Matérialisme dialectique et matérialisme historique
Cet article publié il y a peu donne un aperçu des principales notions du matérialisme dialectique et de la "dialectique matérialiste de l'histoire", avec des liens renvoyant vers
des documents explicitant ces notions : La "négation de la
négation" et le maoïsme
On peut se référer aussi au texte de référence de Staline : Matérialisme dialectique
et matérialisme historique.
Ou encore cette exposé assez clair et précis (de communistes suisses) : Le matérialisme
dialectique.
Servir le Peuple a donné également un exposé du processus dialectique de la révolution prolétarienne dans les deux articles suivants :
- Sur le processus révolutionnaire
- Sur le processus révolutionnaire (2) : vers le
communisme

La conception matérialiste dialectique/historique de SLP repose sur l'idée que l'histoire humaine, comme tout phénomène vivant, progresse par des "cycles", des processus complexes de
négation de l'ordre social existant qui ne se referment, cependant, pas "à la case départ", mais à un niveau supérieur. Chaque "grand
cycle" se subdivisant en "petits cycles" qui en sont les étapes, chacun rapprochant de l'objectif final de l'humanité, qui est le
communisme. Le point de rupture de chaque "grand cycle" étant le moment où le rapport de force entre les deux classes principales formant l'"unité des contraires sociale" (l'unité des
contraires qu'est la société), s'inverse ; où la classe dominée principale devient la classe dominante. Ainsi, si l'on prend l'espace géographique appelé "France" : la négation
de l'ordre social féodal par le capitalisme commence avec le mouvement communaliste du Moyen-Âge (13e, 14e, 15e siècle) et s'achève, pour ainsi dire, dans le "capitalisme triomphant" de la fin du
19e siècle, symbolisé par exemple par l'Exposition universelle de 1889 à Paris ; ou peut-être carrément à la fin du 20e siècle, quand le capitalisme a finalement englobé toute la
société, tous les rapports sociaux. Son "point de rupture" est la Révolution de 1789 : quand la bourgeoisie est devenue la classe dirigeante de l’État. Mais la Renaissance et son
"humanisme", le siècle des Guerres de religion, puis l'absolutisme sur lequel celui-ci débouche (et où la monarchie se fait objectivement l'alliée du développement capitaliste), ou
encore les révolutions de 1830 et 1848, ou enfin la "révolution républicaine" de 1870-1905 (négation des dernières traces féodales, dont le pouvoir de l’Église), sont des "petits cycles" de ce
"grand cycle". Avec les luttes ouvrières du 19e siècle (en 1848 notamment, quand le mouvement ouvrier rompt définitivement avec le mouvement démocratique bourgeois) commence le "grand cycle" de
la Révolution prolétarienne, de la négation du capitalisme pour instaurer, cette fois-ci, le communisme. Mais la négation capitaliste de la féodalité a elle-même rapproché
l'humanité du communisme, en développant le caractère social de la production (en grands collectifs de travail) et une société basée sur la connaissance scientifique, la technologie
etc.
Cette vision rejette la vision "étapiste mécanique" des processus historiques, qui a été celle des mencheviks mais aussi, malheureusement, de beaucoup de ML (il faut d'abord une révolution
démocratique bourgeoise, puis on fera une révolution socialiste, etc.) ; mais aussi la vision d'un processus révolutionnaire "linéaire et sans accroc", qui est celle de certains trotskistes (la
"révolution permanente") mais aussi de certains "maoïstes", pour lesquels à la première embûche, "tout est fini", "les carottes sont cuites"... NON, messieurs les doctes "gardiens" de la "science
MLM", au Népal "tout" n'est pas fini ! Au Népal, il y a eu un CYCLE (1990-2010), un "petit" cycle du grand processus qui est celui de la libération démocratique et anti-impérialiste des masses
travailleuses. Comme la période 1911-27 a été un cycle
du même processus en Chine. Aujourd'hui, le "bloc" Prachanda-Bhattarai a rejoint l'UML et d'autres groupes "marxistes" révisionnistes dans le camp de la Réaction, de l'oligarchie et de
l'impérialisme, comme le Kuomintang chinois en 1927 ; mais cela ne veut nullement dire que "tout est fini" ! Un nouveau cycle s'ouvre (le rejet de l'état de fait actuel est déjà puissant dans les
masses), un nouveau Parti révolutionnaire émergera, et il mènera cette fois-ci les masses populaires opprimées, sous la conduite du prolétariat, au pouvoir...
Réforme et Révolution
L'histoire des sociétés humaines est un phénomène dont la force motrice est la lutte des classes : la contradiction déterminante (à chaque époque) entre
une classe dominante et une classe dominée principale, dirigeante dans la lutte contre la dominante (car il y a, toujours,
plusieurs classes dominées). Sous la féodalité, étaient dominées et opprimées la bourgeoisie, la paysannerie (plus ou moins riche ou pauvre) et les ancêtres de la classe ouvrière (compagnons
etc.) ; mais la classe dirigeante de la lutte contre les féodaux était la bourgeoisie, ainsi qu'une certaine paysannerie aisée (fermiers etc.). Sous le capitalisme, au stade des monopoles, toutes
les classes (même une certaine "moyenne bourgeoisie" : patrons de PME etc.) sont d'une certaine manière "dominées" par la bourgeoisie monopoliste ; néanmoins, la seule classe révolutionnaire
jusqu'au bout est le prolétariat.
Dans cette lutte entre classes, ce qui anime chaque classe en présence est, en définitive, la reproduction de ses conditions d'existence. Sachant
que l'espèce humaine est douée d'intelligence, et ne se limite donc pas à des motivations communes à tous les animaux (se nourrir etc.), mais a aussi des motivations spécifiquement
humaines : la connaissance et la compréhension du monde qui l'entoure (culture), le divertissement et autres plaisirs qui ne sont pas strictement nécessaires à la survie (mais le sont à
l'équilibre mental), etc.
Globalement, "parallèlement" (en quelque sorte) à cette contradiction entre classe dominante et classes dominées, la contradiction motrice de chaque mode de production est qu'il développe les forces productives (qui ne cessent jamais de se développer, contrairement à l'affirmation de
Trotsky dans le "Programme de transition"), que ce développement génère des besoins, des aspirations, un "seuil minimum de satisfaction/tolérance" dans l'existence, et en définitive une
conscience collective ; et qu'en fin de compte les rapports de production et l'ensemble des rapports sociaux (y compris non-liés au procès de production), bref l'organisation sociale créée par la classe dominante se retrouve obsolète, dépassée. Comme si un adolescent en pleine croissance avait les mêmes vêtements qu'à
12 ans : il est évident que ceux-ci craqueraient de toute part.
Cela amène parfois à dire, "parallèlement" à la contradiction de classe bourgeoisie monopoliste / prolétariat, que la contradiction motrice du capitalisme est celle entre le caractère social
de la production (en grands collectifs de travail, permettant un grand développement des forces productives) et la propriété privée des moyens de production (qui permet
l'accaparement capitaliste de la plus-value, fait de la force de travail une marchandise et sous-tend toutes les relations humaines et l'organisation sociale). Dans la
féodalité, c'était la contradiction entre la propriété utile du bourgeois et du paysan sur ses
moyens de productions, et la propriété
éminente du seigneur qui lui permettait de s'accaparer une partie de la production (en taxes, "taille", péages etc.) ou carrément une partie de la force de travail, gratuitement (corvées) ;
d'où l'expression "taillable et corvéable". Au début de la féodalité, cette propriété éminente était justifiée par la protection du roturier par le seigneur, contre les guerres
incessantes, invasions ou crises alimentaires ; mais il est clair qu'au 15e ou 16e siècle elle était devenue complètement inutile et parasitaire, permettant uniquement aux aristocrates et aux
religieux de vivre grassement sans travailler, en entravant le développement de la production et de l'échange (commerce).
C'est la même chose pour le capitalisme : au début, la nécessité de rentabiliser son capital a
donné une impulsion colossale au développement de la production, de la science, des techniques, des échanges ; mais, aujourd'hui, la propriété capitaliste des moyens de production permet surtout
à une classe de rentiers (actionnaires, dirigeants sociaux, banquiers etc.) de
vivre parasitairement en ne travaillant pas ou peu (uniquement pour assurer la survie de leur affaire), pendant que des millions de gens se lèvent le cul à 5 heures du matin
pour gagner 1000 € par mois (ici) ou carrément 200 ou 300 € (ailleurs). Et le développement des forces productives développe parallèlement la conscience, dans les masses, de mériter
mieux que cette vie-là. Cette conscience se heurte aux rapports de production (patron/salariés, cadres/exécutants) et à l'ensemble des relations sociales découlant de la propriété privée des
moyens de production (et de l'accaparement capitaliste de la plus-value) : elle entre en lutte et, en s'organisant pour agir, devient une
force matérielle.
A partir de là, le mouvement réel de la lutte a deux débouchés possibles :
-> soit, la classe principale des classes dominées (ici, le prolétariat) renverse la classe dominante, sa propriété des moyens de production et son État, qu'elle remplace par sa propre
propriété (collective) et son propre État : c'est la révolution, on change de classe dominante et de mode de production
(progressivement, les rapports de production et tous les rapports sociaux capitalistes sont abolis et remplacés par des rapports collectivistes, égalitaires, solidaires, amenant au
communisme) ;
-> soit, la classe dominante s'adapte et réussit à améliorer l'organisation sociale, pour la faire "coller" (ou presque) au niveau des forces
productives et au niveau de conscience engendré : c'est une réforme, un processus
réformiste. C'est le cas des grandes réformes de la Libération (reprenant celles de 1936, abolies par Vichy, et en ajoutant d'autres). Ou encore, les réformes sociales post-Grenelle (1968)
et de 1981-82, couplées aux réformes politiques et "sociétales" entre (globalement) 1975 et 1985 (sous Giscard et "Mitterrand I").
Dans le langage politique courant, la partie de la bourgeoisie qui "milite" pour cette nécessaire adaptation est appelée la GAUCHE (plus ou moins modérée ou "radicale"). La partie qui y résiste,
plus ou moins fort, est la DROITE (plus ou moins modérée ou réactionnaire). Il s'agit d'une contradiction au sein de la classe dominante (comme peut l'être la concurrence entre
entreprises au quotidien), elle peut parfois prendre un caractère très aigu (par exemple, la droite éliminant physiquement la gauche, comme au Chili en 1973), mais c'est une contradiction
secondaire : elle n'est pas motrice en tant que telle de l'histoire ; elle est subordonnée, déterminée par la contradiction bourgeoisie/prolétariat, caractère
social de la production/propriété privée des moyens.
Le mouvement réel de la lutte des classes ne se déroule pas de manière linéaire, "en ligne droite" : il a des cycles, des fluctuations ; comme parallèlement le
développement des forces productives par le capitalisme a des cycles, des fluctuations. Le capitalisme, par sa nature même, traverse des CRISES.
Certaines sont des crises cycliques de surproduction de marchandise (excès de l'offre par rapport à la capacité d'absorption de la demande). Ces crises sont généralement temporaires : le
capitalisme "fait le ménage tout seul", par la "sélection naturelle", les faillites suffisent à réajuster l'offre avec la demande. Depuis le 20e siècle et jusqu'à nos jours, l'intervention de
l’État, avec divers "amortisseurs", suffit à en limiter les conséquences humaines (chômage et tout ce qui en découle).
Mais d'autres, beaucoup plus graves et longues, sont les crises de SURPRODUCTION ABSOLUE DE CAPITAL. Il y a trop de Capital (C) accumulé, on ne sait plus qu'en faire ; le réinjecter dans la
production ne donne pas un profit (P) supérieur (ou alors, très faiblement) et, donc, un taux de profit (P/C) inférieur à ce qu'il était avant
(P/C', avec un C' < C et un P inchangé ou presque)... Le taux de profit s'effondre.
Ce sont des crises terribles, qui s'étalent sur des dizaines d'années. Elles ne touchent pas seulement l'économie (le secteur productif), mais l'ensemble de la société et des rapports sociaux :
ce sont des crises économiques, politiques, sociales et morales (culturelles).
Ces crises sont : celle (relativement courte) qu'a traversé le monde capitaliste dans les années 1870-80 ; celle qui a dominé la première moitié du 20e siècle (avec les deux guerres mondiales) ;
et celle toujours en cours, qui dure depuis les années 1970.
Pour ces crises, il n'existe que deux voies de sortie :
-> une refonte complète et planétaire de l'organisation productive et sociale capitaliste,
pour déboucher sur un "monde neuf" où peut reprendre l'accumulation du capital. C'est un processus terriblement douloureux pour les masses de
l'humanité, qui passe par des guerres locales ou mondiales exterminatrices, des destructions colossales de forces productives, des régimes fascistes qui balayent tous les acquis humanistes et
démocratiques des révolutions bourgeoises, une tendance du Capital (monopoliste) à modeler toute la société à son image et selon ses intérêts. Cette réorganisation de l'organisation sociale, peut
prendre la forme de grandes concessions démocratiques et économiques aux masses populaires : c'est ce qu'on appelle la social-démocratie. Mais alors, le pays concerné se transforme en "cité
grecque" qui a besoin, pour son confort de vie et sa prospérité, d'une masse 10 fois plus nombreuse d'"esclaves"... Cette foule "esclave", il va
la trouver dans les pays dominés par l'impérialisme. Le fascisme, lui aussi, ne peut assurer le niveau de vie qu'il veut offrir aux masses (sans
l'aspect démocratique) que dans la conquête et le pillage. Au final, les guerres sur lesquelles débouchent obligatoirement ces tentatives, débouchent elles-mêmes sur un monde
reconfiguré. La crise de 1873 s'est résolue, assez rapidement, par le partage du monde entre grands pays capitalistes (Conférence de Berlin en 1885 etc.), l'exploration et la
colonisation de régions jusque là "vierges" (c'est-à-dire, encore dans la société primitive, ou féodale). Ce fut l'entrée totale et définitive dans l'époque de l'impérialisme
(l'exportation de capitaux devenant principale sur l'exportation de
marchandise). Mais, une fois le monde partagé, comme l'explique Lénine dans
L'Impérialisme, il ne reste plus que le repartage ; donc, la GUERRE MONDIALE. C'est donc par les deux guerres mondiales, et des dizaines
d'autres "petits" conflits localisés entre 1905 et 1945 (guerre russo-japonaise, guerres balkaniques, guerres gréco-turques, guerre du Chaco, guerre sino-japonaise, guerre d’Éthiopie, et même
guerre d'Espagne, qui fut aussi une lutte d'influence entre italo-allemands et franco-anglais), que se résolut la deuxième grande crise générale du capitalisme. Elle déboucha sur un repartage des
zones d'influence, l'émergence d'une superpuissance (les États-Unis) dont les autres impérialismes devinrent des "vassaux" (plus ou moins fidèles ou turbulents) ; superpuissance contrebalancée
uniquement (jusqu'en 1990) par l'URSS, mais celle-ci devint progressivement une puissance impérialiste comme les autres ; la fin des grands Empires coloniaux (et leur remplacement par
une domination indirecte) ; la transformation des pays impérialistes et avancés (Europe de l'Ouest, Amérique du Nord, Japon et Asie-Pacifique, Australie etc.) en sociétés de
consommateurs ; et surtout, l'inclusion (progressivement, jusqu'à la fin du siècle) de la quasi-totalité de l'humanité dans les rapports de production capitalistes (dominés par les
monopoles européens, anglo-saxons et japonais), donnant une nouvelle division internationale du travail. La dernière crise, commencée dans les années 1970, est entrée depuis le milieu
des années 2000 dans sa phase terminale ; et l'on ignore comment elle se terminera.
OU ALORS
-> la révolution prolétarienne ; l'abolition du mode de production capitaliste et l'instauration de rapports sociaux transitoires
("socialistes") vers le communisme. En plus de la crise elle-même (effondrement du taux de profit), le fait que la révolution soit à l'ordre du jour renforce la férocité des dominants, leurs
massacres et guerres d'extermination, et la nécessité d'une réorganisation totale des rapports sociaux.
La crise générale de la première moitié du 20e siècle déboucha sur une PREMIÈRE VAGUE de révolutions prolétariennes, qui couvrirent au milieu du siècle jusqu’à 1/3 de la population mondiale.
Mais, pour de multiples raisons, les "cadres" de ces États révolutionnaires se muèrent en néo-bourgeoisie et rétablirent le capitalisme. Le vague "mourut" dans les années 1975-90.
Aujourd'hui, avec la nouvelle crise générale, une DEUXIÈME vague de révolutions prolétariennes se lève dans le monde. On peut dire que la Guerre populaire du Pérou (1980-93) a été la "passerelle"
entre la première et la deuxième vague ; laquelle a ensuite pris son essor avec la Guerre populaire au Népal (1996-2006), la reprise de Guerre populaire aux Philippines (fin des années 90), et
maintenant en Inde.
En résumé :
> Réforme = adaptation des rapports de production et de l'ensemble de l'organisation sociale,
par des mesures politiques ("droits", "libertés" etc.) et économiques (augmentation des salaires, diminution du temps de travail, congés payés, salaire minimum etc.), au niveau de conscience de masse induit par le niveau des forces productives. L'ensemble de ces mesures a un
coût élevé. Elles sont permises par
l'exploitation accrue des pays dominés, de leurs ressources et de leur force de travail. En temps de
crise, elles sont intenables et conduisent à la guerre. Dans les pays dominés, elles peuvent être permises par une certaine réappropriation du
produit national (comme au Venezuela, avec Chavez), mais mènent au conflit avec l'impérialisme (et au renversement des réformistes, ou à leur "retour dans le rang"). Dans les pays
"émergents", elles peuvent être permises par le fait que les pays impérialistes, en crise, vont y transférer la production pour essayer de maintenir le taux de profit (coût du travail moindre),
permettant une forte croissance du PIB (cependant, cela restera très limité : dans chacun des B-R-I-C-S, la pauvreté relative du prolétariat par rapport aux classes favorisées reste terrible,
idem dans les "dragons" et "tigres" asiatiques, les pays du Golfe etc.).
Dans les pays impérialistes, la grande crise générale de 1905-1945 a liquidé les forces politiques bourgeoises traditionnelles, "conservateurs", "libéraux" ou "radicaux", et polarisé la
politique bourgeoise autour de la social-démocratie bourgeoise (symbolisée par Keynes, le New Deal, le Front populaire, la Suède) et du fascisme. Après 1945, le fascisme (de temps de crise et de
guerre) a été remplacé en période de paix et de croissance par un "social-conservatisme" plus ou moins autoritaire (gaullisme, "système DC" en Italie, "système PLD" au Japon, "système CDU-CSU" en
Allemagne etc. ; recyclant les vieux personnels fascistes (pétainistes en France), voire carrément les programmes - le programme du gaullisme était totalement repris des Croix-de-Feu des années
30).
Dans la nouvelle crise générale (depuis les années 1970), l'option social-démocrate/keynésienne semble se réduire comme une peau de chagrin (et ses forces politiques avec). Les deux partis qui
(en général) polarisent la politique bourgeoise glissent inexorablement vers la droite, dans la liquidation des conquêtes démocratiques et sociales, le contrôle et la répression
"préventive" des masses populaires ; tandis que les forces fascistes (parfois rebaptisées "droites populistes") ressurgissent en force.

> Révolution = renversement de la classe dominante et de tout l'ordre social existant ; négation du mode de production et des rapports
sociaux capitalistes ; affirmation d'un mode de production et de rapports sociaux communistes ; dans une phase de transition appelée SOCIALISME. Organisés démocratiquement, les prolétaires et les autres classes populaires autour d'eux exproprient et s'emparent des
moyens de production ; ils détruisent le vieil État bourgeois (n'en laissant pas "pierre sur pierre") avec toutes ses institutions, son organisation administrative, ses "relations sociales entre
territoires" etc. ; et fondent leur propre État sur ces nouvelles bases.
Un grand débat, dans le mouvement communiste, depuis les origines (en tout cas, depuis le début du 20e siècle), consiste en l'analyse des "réformes" : lorsque le "système" de domination
capitaliste, sous la pression de la lutte du prolétariat et des classes populaires comme de sa propre crise, est amené à se réorganiser ainsi, a-t-on avancé ou reculé par rapport à
l'objectif (conquête du pouvoir) ? Beaucoup pensent que l'on a reculé, que le système de domination capitaliste est renforcé, "plus fort que jamais"... C'est une thèse erronée, pessimiste et anti-dialectique. Aucun "cycle",
aucun "processus" de négation du capitalisme par le prolétariat (par le caractère social de la production) ne "ramène en arrière". La défaite est éclatante en apparence : on n'a pas
réussi à renverser la classe dominante / conquérir le pouvoir ; les consciences sont "endormies" par les concessions accordées... Mais c'est une défaite temporaire. Ne serait-ce que parce que les concessions accordées vont créer un "niveau de conscience supérieur" : une conception d'une "vie digne", des
attentes et des aspirations, des notions d'"acceptable" et d'"inacceptable" plus élevées, plus avancées vers le socialisme et le communisme. Et lorsque, sous l'effet d'une nouvelle crise (brusque
chute du taux de profit), la bourgeoisie va tenter de "reprendre de la main droite ce qu'elle a accordé de la main gauche", elle va se heurter à une nouvelle résistance acharnée du prolétariat et
des masses, qui peut déboucher sur une situation d'ingouvernabilité, une situation révolutionnaire, si les communistes savent la conscientiser et l'organiser dans la durée. C'est ce que
l'on voit en Grèce, où il n'y a malheureusement pas de Parti
communiste à la hauteur des enjeux (car la prise du pouvoir serait possible), mais où le pays entier est en feu. Le capitalisme, aujourd'hui en France, se donnerait beaucoup
d'air en ramenant les masses populaires à leur condition de 1920 ou 1930 (48 heures de travail par semaine, pas de congés, pas de protection sociale etc.)... mais ce n'est pas possible sans provoquer une situation d'ingouvernabilité du pays, sans compter que cela
impacterait la consommation (qui ne pourrait plus absorber l'offre) ; et c'est une contradiction intenable.
Si, aujourd'hui, la remise en cause du "modèle social" dans les pays impérialistes ("grand chantier" des bourgeoisies depuis les années 1980) ne débouche pas sur une situation révolutionnaire,
c'est en raison de la faiblesse du mouvement communiste et (partant de là) du mouvement ouvrier/populaire organisé en général. C'est parce que (cf. ci-dessous) beaucoup préfèrent regarder les
places à prendre au niveau électoral (ou bureaucratique-syndical) tandis que d'autres préfèrent se regarder le nombril en s'imaginant être Lénine réincarné, plutôt que de reconstruire un mouvement communiste digne de ce nom. Partant de là, les travailleurs luttent pour sauver ce qu'ils peuvent, sous la conduite de partis et
syndicats réformistes (chargés de négocier le "moindre mal" avec la bourgeoisie) toujours plus tirés vers la droite. Prière, donc, de ne pas faire porter le chapeau de sa propre incompétence, aux
conquêtes que les masses en lutte ont (malgré tout) réussi à arracher au siècle dernier...
Le Parti révolutionnaire
Le Parti révolutionnaire communiste, guidé par la conception communiste du monde et la stratégie
révolutionnaire adaptée à la situation concrète (élaborées à la lumière de la science marxiste de notre époque : le marxisme-léninisme-maoïsme) ; est l'avant-garde la plus consciente et organisée de la seule classe
révolutionnaire jusqu'au bout : le prolétariat.
Le Parti ne descend pas du ciel, apporté par le "génie" de quelques cercles "éclairés" : il naît, se forge et grandit dans le mouvement réel de la lutte des
classes au quotidien, dans la résistance quotidienne (pas seulement lors de "grands mouvements" médiatisés) du prolétariat et des classes populaires opprimé-e-s contre
l'oppression de la classe dominante ; car "là où il y a oppression, il y a résistance", tel est le mouvement dialectique de toutes les luttes entre classes sous tous les modes
de production ; et "le marxisme comporte de multiples principes, mais ils peuvent tous se ramener en dernière analyse à une seule phrase : on a raison de se révolter contre les
réactionnaires" (Mao).
Ainsi, du mouvement dialectique de résistance (du prolétariat) contre l'oppression (capitaliste), naît la conscience de classe (d'être
opprimé en tant que classe), la volonté d'en finir avec "ce qui cause nos misères", et la nécessité de s'organiser et d'agir pour cela. Lorsque la
conscience s'organise pour agir, elle devient une force matérielle. Ensuite, dans le mouvement réel de la lutte, de la
résistance à l'oppression, différents degrés de conscience (des problèmes et des buts) et d'organisation se détachent au sein des masses...
Ainsi naît une avant-garde à la conscience (de
la situation et des objectifs, du problème - le capitalisme - et de sa solution - son renversement révolutionnaire) et à l'organisation plus avancée, et qui, en forgeant encore dans la
science marxiste ET dans la pratique sa conception du monde et sa stratégie révolutionnaire, devient le Parti ; et agrège alors autour d'elle toutes les luttes des opprimé-e-s et des exploité-e-s
dans la grande lutte pour le renversement de la domination : la GUERRE POPULAIRE.
Ce phénomène, appelé le Parti, est, il faut le dire, beaucoup plus rare en réalité qu'en apparence. Il ne suffit pas de se dire "Parti" pour
l'être ; il ne suffit pas de se dire communiste pour être communiste. C'est malheureusement ce que de nombreux-ses jeunes (ou moins jeunes) prolétaires, venus frapper à telle ou telle porte sur
laquelle est écrit "communiste", expérimentent tous les jours.
Sur l'ensemble du mouvement se déclarant "communiste", pris au sens le plus large (incluant les anarcho-communistes ou les communistes libertaires), que pouvons nous distinguer
?
Nous pouvons dire, en dernière analyse, qu'il existe deux sortes de personnes se proclamant "communistes" ou plus largement "révolutionnaires" :
- les vrais révolutionnaires, qui correspondent à la définition du Parti donnée plus haut, sont les personnes à la conscience forgée dans le
mouvement réel oppression/résistance, qui se donnent pour but de SERVIR LE PEUPLE (les masses du prolétariat et des autres classes populaires opprimées), d'en élever la conscience et l'organisation jusqu'à leur permettre de balayer la cause de leurs souffrances :
la classe dominante - en ce qui nous concerne, les capitalistes (et leurs cadres supérieurs et dirigeants, leurs politiciens, leur appareil d’État, leurs
serviteurs idéologiques, leurs agents de répression etc.). Pour être plus précis : le Parti est l'élément moteur et directeur de ces forces
révolutionnaires, car il possède la meilleure conception révolutionnaire du monde et la meilleure stratégie pour la victoire ; toutes deux forgées dans la lutte réelle de classe, à la lumière de
la science marxiste. Le Parti ne peut donc être que les révolutionnaires armés de la science marxiste la plus élaborée de notre époque, qui est le marxisme-léninisme-maoïsme.
- et puis, il y a les personnes qui ne mènent la lutte révolutionnaire que pour ELLES-MÊMES, pour s'auto-satisfaire. Chez un grand nombre de
personnes, existe une divergence entre l'importance qu'elles se donnent à elles-mêmes, et l'importance que leur offre la société capitaliste en son sein. Ces personnes vont donc affronter le
capitalisme, afin d'essayer de "conquérir" l'importance sociale qu'elles estiment mériter. Ce serait une grave déformation du marxisme, de considérer que l'être humain est motivé uniquement par
des considérations matérielles : bien sûr, le rôle de "dirigeants révolutionnaires" dans lequel se voient certain-e-s n'est sans doute pas exempt d'avantages matériels ; mais la reconnaissance
par les autres, la satisfaction que l'on a de soi, la "vibration existentielle" d'être sur le pavois, sont également des moteurs importants du comportement humain.
A partir de là, ces personnes se subdivisent en deux catégories :
> Les personnes qui, dans le mouvement réel de la lutte, s'aperçoivent qu'une simple réforme de la société capitaliste actuelle, une simple
mise à niveau de l'organisation sociale avec les forces productives et la conscience engendrée, peut suffire à satisfaire leurs ambitions. Ces personnes sont les OPPORTUNISTES, elles
sont la direction réformiste d'une grande partie du mouvement ouvrier/prolétaire/populaire organisé. D'autres (de culture suffisamment réactionnaire) peuvent devenir des cadres
fascistes.
Leur "base" va être constituée par les larges masses dans lesquelles domine le sentiment possibiliste : l'idée que, lorsque l'on souffre (de la misère, de l'exploitation, de l'oppression
en tout genre etc.), il vaut mieux améliorer sa condition "un peu, tout de suite" que d'espérer en une révolution qu'on ne verra peut être jamais de son vivant. Bien sûr, les communistes ne
s'opposent à la conquête d'améliorations immédiates pour la vie des masses (sachant que la bourgeoisie cherchera tôt ou tard à les reprendre "de la main droite", et que ce sera l'occasion de
nouveaux affrontements de classes). Mais les réformistes sont ceux qui font des ces conquêtes immédiates la fin en soi de leur militantisme. Les opportunistes (ceux qui se
cherchent une place, un strapontin dans une politique réformiste de la bourgeoisie) et leurs troupes possibilistes forment le réformisme.
En définitive, ils vont se placer, et placer leurs troupes, sous l'hégémonie idéologique et culturelle de la gauche réformiste bourgeoise : la frange de la bourgeoisie qui considère que
pour se maintenir il faut faire des concessions (démocratiques et sociales) aux masses, essayer de mettre les rapports sociaux en adéquation avec la conscience collective
engendrée, dans les masses, par le niveau des forces productives. C'est le destin qu'ont connu, pratiquement sans exception, tous les Partis communistes issus de la IIIe Internationale, à partir
d'une interprétation erronée du Front populaire antifasciste dans les années 1930, et du triomphe du révisionnisme dans les années 1950. Dans l’État bourgeois "France", le dernier aboutissement
de ceci est le Front de Gauche.
> Les personnes pour qui même une réforme importante de l'organisation sociale, n'offrirait pas de "place" conforme à l'importance qu'elles se
donnent. Elles sont donc condamnées à la "surenchère" révolutionnaire. Ce sont ceux qu'on appelle les "gauchistes", les "dogmato-sectaires" et autres gourous "ultra-maximalistes", "plus rouge que
moi tu meurs". Plusieurs choses les caractérisent. D'abord, le sentiment de frustration qui les anime, confinant à la névrose, les pousse à une grande agitation, une grande surenchère "radicale",
à l'impatience, à ne pas se satisfaire devant la "lenteur", la "timidité" apparente du mouvement réel, qui ne trouve par conséquent jamais grâce à leurs yeux.
Ensuite, ils ne peuvent tolérer un mouvement
réel qu'ils ne dirigent pas (c'est à dire aucun). Forcément, si un tel mouvement se transformait en situation révolutionnaire, ils n'en seraient pas les glorieux dirigeants ! Ainsi, s'ils
peuvent parfois fantasmer sur telle ou telle cause lointaine et/ou ancienne (la Guerre populaire au Pérou, l'Autonomie italienne), ils rejetteront et vomiront toujours sur les avancées du
mouvement réel se déroulant à leur porte (en Europe, ou juste au Sud de la Méditerranée). Une autre caractéristique est que leurs rapports avec les autres forces révolutionnaires ne sont pas sur
le registre du "débat franc et ouvert" et du "voyons ce qu'on peut faire ensemble", mais de la concurrence de boutiquier et de l'attaque, du crachat systématique.
Enfin, à la frustration causée par le capitalisme lui-même, s'ajoute celle du rejet qu'ils suscitent, instinctivement, dans les masses populaires. Celle-ci débouche sur l'aigreur, et sur le repli
sectaire, considérant que si tout le monde les rejette, c'est qu'ils ont raison contre tout le monde.
Leurs "troupes" sont ce qu'on peut appeler les "petit-e-s névrosé-e-s occidentaux-ales" : cette frustration existentielle, confinant à la névrose, touche en effet de nombreuses personnes du
prolétariat et des classes populaires. Face au "néant" apparent de l'existence, beaucoup de ces personnes sont tentées de "vivre leur vie comme un jeu de rôle" : comment résister à l'attrait d'un
groupe, qui vous propose (rien de moins !) que d'être les nouveaux bolchéviks !?
Parfois, les groupes ne survivent pas à leur leader "charismatique". Parfois, cependant, ils sont auto-reproductifs (il se trouve toujours de nouveaux "cadres éclairés" pour remplacer les
anciens) et peuvent même atteindre une certaine taille, comme certaines organisations trotskistes bien connues.
Il arrive également, assez souvent, que ces groupes "lâchent l'affaire" après un certain temps et versent dans le réformisme (si la bourgeoisie sait leur proposer des strapontins).
Dans tous les cas, ils sont (heureusement) infiniment moins nombreux que les opportunistes et leurs troupes possibilistes...
Malheureusement, les organisations, le mouvement communiste et le mouvement ouvrier/populaire en général peuvent être complètement prisonniers de ce
"dialogue du berger et de la bergère" entre opportunistes et sectaires, entre ceux que parviennent à capter les opportunistes et les disciples des gourous gaucho-sectaires.
Lorsque les uns passent sous la coupe de la gauche réformiste bourgeoise et que les autres, en réaction, se replient sur le dogme et le sectarisme ; il est clair que la classe
dominante a remporté une grande victoire. Ainsi l'explique le (nuovo)PCI dans son Manifeste Programme : "Ils [la gauche réformiste bourgeoise] ne sont un danger pour notre cause que
dans la seule mesure où ils réussissent à influencer la conduite du Parti communiste [on pourrait dire : du mouvement communiste en
général], à alimenter dans nos rangs l'opportunisme et le révisionnisme par émulation, timidité idéologique ou corruption, ou le sectarisme et le dogmatisme par réaction défensive : en somme,
dans la mesure où ils parviennent à agir sur nos contradictions internes."
D'une manière générale, les forces ouvertement réformistes ou gauchistes sont incapables de mener à bien la révolution, d'assurer la prise du pouvoir par le prolétariat.
Pour autant, lorsque le Parti accomplit cette tâche, et remplace l’État du Capital par l’État révolutionnaire du prolétariat, il emmène automatiquement avec lui des contradictions
importantes du capitalisme et de la société de classe en général : dirigeants/dirigés, cadres/exécutants, etc. C'est sur la base de ces contradictions que peut se reformer, à tout moment, une
nouvelle bourgeoisie qui ramènera le pays sur la voie du capitalisme. Contre cela, c'est un enseignement essentiel du maoïsme, de nouvelles
révolutions devront avoir lieu.
MAIS, sans Parti, il n'est pas possible de conduire le mouvement réel de la lutte de classe jusqu'au renversement de la classe dominante. Tout au plus obtiendra-t-on une grande réforme
de l'organisation sociale, qui tentera de mettre les rapports de production et l'ensemble des rapports sociaux, l'organisation sociale, "à la hauteur" du niveau des forces
productives et de la "conscience de masse" qu'il engendre (aspirations des masses, notion de "ce qui est acceptable" et ce qui ne l'est pas, etc.), afin d'abaisser le niveau de contestation.
Telle est la limite du spontanéisme, qui considère qu'un mouvement social suffisamment massif et déterminé peut suffire à renverser la classe dominante. Lénine nous a enseigné, sur la
base de l'expérience concrète, que "les masses sont spontanément trade-unionistes" (c'est-à-dire réformistes, se contentant de petites améliorations immédiates de leurs
conditions de vie, et rentrant dans leurs chaumières une fois satisfaction obtenue). Seul le Parti rend possible de maintenir la conscience et l'organisation du prolétariat dans la durée, dans un processus prolongé.
Toutefois, l'erreur inverse serait le "partidisme", la croyance élitiste en la "supériorité" du Parti, considérer que le Parti a "toujours raison", y compris contre les masses. Comme
nous l'enseigne (là encore) Lénine : "Une des plus grandes erreurs des communistes (comme généralement de tous les
révolutionnaires qui ont accompli victorieusement le début d'un grande révolution), c'est l'idée qu'une
révolution peut-être faite par les révolutionnaires seuls.
Au contraire, tout travail révolutionnaire sérieux nécessite, pour son succès, la compréhension et la traduction en actes de l'idée que les révolutionnaires sont seulement capables de jouer le
rôle d'avant-garde de la classe vraiment dynamique et avancée.
Une avant-garde ne remplit sa tâche d'avant garde qu'en se montrant capable d'éviter le divorce d'avec les masses qu'elle mène et quand elle est vraiment capable de mener toute la masse en avant.
Sans une alliance avec les non-communistes dans les domaines les plus divers, il ne peut être question d'une œuvre constructive communiste couronnée de succès."
Ou encore, comme disait Mao Zedong : "Les masses sont les véritables héros, alors que nous-mêmes, nous sommes souvent d'une naïveté ridicule. Faute de comprendre cela, il nous sera
impossible d'acquérir les connaissances même les plus élémentaires".
Être révolutionnaire, être communiste, être marxiste
Être révolutionnaire est une conscience qui se développe, chez les individus, dans le mouvement dialectique entre l'oppression de la classe
dominante et la résistance des classes exploitées, en particulier la plus exploitée, qui dans le capitalisme est le prolétariat. Être révolutionnaire est un sentiment "viscéral", qui "vient des
tripes" ; il vient du fait que l'espèce humaine est une espèce sociale qui, à l'origine, est programmée pour ne pas être insensible à la souffrance de ses semblables - en plus d'avoir, comme tout
être vivant, le souci individuel d'assurer sa propre existence matérielle.
La meilleure définition en a été donnée par Ernesto "Che" Guevara de la Serna qui, bien que de famille bourgeoise, se rangea dans le camp de la Révolution prolétarienne mondiale et y fit don de
sa vie : "Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus
belle qualité d'un révolutionnaire".
Ceci est le prérequis : si l'on n'est pas un révolutionnaire, on ne peut pas être un communiste, encore moins un marxiste. On peut avoir "toujours
une citation au coin de la bouche", connaître par cœur ses "classiques", on n'en reste pas moins qu'un phraseur. Exemple : on peut regretter que des forces réactionnaires et/ou
pro-impérialistes aient pris la direction des masses populaires en Libye et en Syrie. Pour autant, ne ressentir aucune émotion, aucune révolte lorsque Kadhafi et Assad font massacrer les
masses populaires, car, après tout, "Marx a expliqué que la fonction de l’État, c'est de maintenir par la violence la domination d'une classe", ce n'est pas être marxiste ni communiste. Car on
n'est pas un révolutionnaire.
Être communiste, c'est avoir déjà une vision précise de ce que l'on veut à la place de la société actuelle : une société sans classes et sans
exploitation, sans oppression, où "le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous", "de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins". Ce terme
regroupe les communistes marxistes et les communistes libertaires. Les marxistes considèrent que l'instauration du communisme sera le fruit d'un long processus de
négation du capitalisme, par la lutte révolutionnaire prolongée (Guerre populaire) puis par la transition socialiste : un long processus de liquidation des rapports de
production, de tous les rapports sociaux et de la culture capitaliste, et de remplacement par des rapports et une culture communiste. Les libertaires et les anarcho-communistes considèrent qu'il
est possible de renverser la classe dominante "d'un coup", par une "grève générale insurrectionnelle" se transformant en "Grand Soir" ; et d'instaurer immédiatement le communisme.
Enfin, être marxiste, c'est être armé d'une théorie scientifique élaborée, permettant d'avoir une
compréhension scientifique du monde et du pays dans lequel on vit, et d'élaborer une stratégie
révolutionnaire adaptée, se déclinant en tactiques correctes dans les différentes étapes du processus révolutionnaire.
En somme, ce qui définit un marxiste, c'est la scientificité de sa démarche. En presque 170 ans d'existence (depuis les années 1840), la théorie scientifique marxiste a avancé par
bonds, toujours sur la base de l'expérience pratique du mouvement réel et de l'analyse concrète de la situation concrète. Marx
et Engels (et d'autres encore, mais essentiellement eux) ont élaboré la théorie marxiste, dont l'ouvrage phare est bien sûr Le Capital. Au début du 20e siècle, pourtant, cette théorie se
révéla insuffisante, car nous étions entrés dans l'ère de l'impérialisme, des monopoles, du capitalisme réactionnaire sur toute la ligne, et les dirigeants socialistes d'alors, impuissants à comprendre la réalité qui les entourait, en étaient venus à rejeter les
thèses même du marxisme (nécessité d'une révolution au profit d'une "évolution pacifique, réformiste" vers le socialisme etc.). En comprenant ce passage de l'humanité à
l'ère impérialiste, Lénine enrichit la compréhension scientifique marxiste du
monde : son apport deviendra le marxisme-léninisme et sera mis en pratique par les dirigeants communistes des années 1920-30-40, tels que Staline, Dimitrov, Gramsci, Ho Chi Minh,
Mariategui etc. Mais ce n'était pas encore suffisant : après la Seconde Guerre impérialiste mondiale, le capitalisme connut un nouveau cycle d'accumulation, la révolution prolétarienne ne parvint
toujours pas à gagner les pays impérialistes d'Europe de l'Ouest, les révolutions nationalistes bourgeoises dans les colonies et les semi-colonies maintinrent ces pays dans les griffes de
l'impérialiste ; et, surtout, une nouvelle bourgeoisie prit le pouvoir en URSS et, véritables capitalistes d’État, ramenèrent celle-ci vers le capitalisme pur et simple
(processus achevé en 1990). Face à tout cela, Mao Zedong en Chine et d'autres à travers le monde après lui (Mazumdar en Inde, Sison aux Philippines, Kaypakkaya en Turquie, Gonzalo au Pérou,
d'autres en Italie etc. etc.) enrichirent encore la théorie, pour aboutir au marxisme-léninisme-maoïsme, qui est le marxisme révolutionnaire de notre époque.
Le Che, que l'on a cité plus haut, était assurément un communiste, de formation marxiste-léniniste. Mais sa démarche manqua de scientificité, elle fut imprégnée d'idéalisme et de volontarisme ;
il crut que l'on pourrait répéter indéfiniment la prise de pouvoir très rapide réalisée à Cuba (dans des conditions très particulières), et ces erreurs finirent par lui coûter la vie. Ceci est
une illustration de l'importance de la scientificité, dans la direction du processus révolutionnaire.
Pour autant, la science marxiste ne doit pas devenir un dogme. Comme toute science, elle est un phénomène vivant, appelée à se développer encore et encore dans l'analyse concrète de la situation et dans la pratique
; c'est une science JEUNE (un siècle et demi) qui a encore devant elle mille et une situations concrètes qui n'ont pas été affrontées et analysées à ce jour. Dans
l'Anti-Dühring, Engels appelait à faire preuve de la plus grande prudence, dans la prétention à la vérité scientifique absolue : même dans les sciences exactes et, a fortiori, dans les
sciences humaines, nous devons être méfiants à l'égard de nos connaissances, car "nous sommes encore plutôt au début de l'histoire de l'humanité et que les générations qui nous corrigeront
doivent être bien plus nombreuses que celles dont nous sommes en cas de corriger la connaissance, - assez souvent avec bien du mépris". Si Engels avait une grande sympathie pour les théories
de Darwin, il affirmait ainsi que "la théorie de l'évolution elle-même est encore très jeune et on ne saurait donc douter que la recherche future ne doive modifier très sensiblement les idées
actuelles, voire les idées strictement darwiniennes, sur le processus de l'évolution des espèces"... Le marxisme étant une science, il en va de même
pour le marxisme. On l'oublie souvent, mais Galilée ne fut pas jugé (et Giordano Bruno brûlé !) en vertu d'obscures superstitions ne reposant sur rien, mais d'une théorie parée de toute la
scientificité de son époque : le "système de Ptolémée" ; d'un astronome gréco-égyptien du 2e siècle après Jésus-Christ, qui considérait que la Terre était le centre de l'univers et que la Lune,
le Soleil et tous les astres et la voûte céleste tournaient autour... ce qui est effectivement la première impression que l'on a si l'on observe l'univers depuis la Terre ! On voit bien que la
connaissance humaine est vivante et évolutive, et que les "vérités" les plus "établies" peuvent être complètement à côté de la réalité. Il en va de même avec la
compréhension de l'évolution des sociétés humaines, qu'est le marxisme.
Rien n'est plus insupportable que ces "communistes" se drapant dans la "scientificité" alors qu'ils ne font que réciter un dogme... Cela renvoie à ces personnes étudiée plus haut, qui ne
cherchent pas à SERVIR LE PEUPLE (et donc, à donner au marxisme la meilleure compréhension du monde possible), mais à satisfaire leur égo en se posant en "Gardiens du Temple".
Attention cependant : il y a aussi, toujours pour satisfaire leur égo, des gens qui prétendront au contraire "repenser" ou "dépasser" le
marxisme. Des exemples récents sont Toni Negri, ou encore Bob Avakian (du PCR-USA) avec sa "nouvelle synthèse". Mais, dans ce cas, le rapprochement avec des théories révisionnistes passées permet
assez facilement de les démasquer ; ainsi que leur pratique (chercher la reconnaissance des médias et des intellectuels bourgeois ; ou carrément devenir un notable bourgeois dans toute sa
splendeur, comme Prachanda). La pratique est souvent bien plus parlante que les discours théoriques, en ce qui concerne les motivations de tel ou tel "génial leader"... Là encore (cf. plus haut),
le résultat pratique de ces "révisions" du marxisme est de placer le prolétariat organisé sous la coupe de la "gauche" de la classe dominante.
L’État révolutionnaire, le socialisme
Il faut reconnaître que les expériences révolutionnaires du siècle dernier ont été soumises à des attaques et des manœuvres d'encerclement
contre-révolutionnaires féroces. Pour autant, une grande limite de la conception communiste du monde, au 20e siècle, est sans doute de n'avoir pas assez saisi la vocation de l’État
révolutionnaire (et du Parti à sa tête) à viser son propre dépérissement. Même en
Chine, la Révolution culturelle, plus exaltante expérience révolutionnaire du siècle, a finalement donné lieu à une "reprise en main" (1969-71) sous le
prétexte d'éviter le "chaos"... Les partisans de la ligne d'une Révolution culturelle comme "mobilisation de masse contre la clique révisionniste" l'emportèrent sur les partisans d'une Révolution
culturelle comme négation gigantesque et sans précédent de tous les vieux rapports sociaux, les vieilles habitudes, mentalités et pratiques bourgeoises et féodales qui traversaient la société chinoise millénaire, et formaient le terreau matériel, concret, des idées
révisionnistes (les partisans de cette deuxième vision des choses étaient essentiellement la "Bande des Quatre", autour de Jiang Qing, l'épouse de Mao).
C'est sur cette limite de la conception communiste du monde que purent s'infiltrer ou se former (c'est la condition matérielle qui détermine la
conscience...) des éléments néo-bourgeois, ne voyant la société socialiste ou "démocratique populaire" que comme le moyen d'être "importants", d'être des "cadres", de "diriger", et au
final de prospérer en "dignitaires" sur l'accaparement d'une fraction (toujours plus importante) de la richesse produite par les travailleurs.
Le problème, en réalité, est que le socialisme ne doit pas être vu comme un mode de production en tant
que tel. Le socialisme, pour SLP, est un processus de négation du mode de production et des rapports sociaux capitalistes, et d'affirmation de la propriété collective (démocratique) des
moyens de production et de rapports sociaux communistes : "de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins". Un processus qu'il
est facilement possible, à son début (dans les 40, voire 50 premières années) d'inverser ; et dans lequel, d'une manière générale, c'est reculer que d'être
stationnaire.
Le révisionnisme, justement, désigne (dans les pays socialistes ou de "démocratie populaire") cette inversion du processus ; une liquidation
graduelle de la propriété collective-démocratique et des rapports sociaux collectivistes déjà institués, un renforcement des rapports de production et des rapports sociaux capitalistes
persistants (notamment sous la forme d'un capitalisme d’État), puis carrément une remise en vigueur des formes de propriété et de production capitalistes abolies - pour finir, comme en
URSS en 1991-92, par une "mise à la découpe" de la propriété (formelle, non-démocratique) d’État, constituant d'immenses monopoles attribués à des "oligarques".
Ce processus est permis par une dynamique insuffisante de la ligne rouge révolutionnaire, qui empêche les "sauts qualitatifs" nécessaires pour
transformer la société (hier capitaliste et/ou féodale) en société égalitaire communiste, empêche la "relance" régulière du processus socialiste de négation du capitalisme et
d'affirmation du communisme ; et permet, au final, aux néo-bourgeois de s'affirmer à la tête du Parti et de l’État, ramenant la société vers le capitalisme. Certes, ce processus ne ramène jamais
au point de départ (1917 en Russie et dans les autres ex-Républiques, 1949 en Chine) : en général, il a permis une formidable modernisation du pays, une "révolution" industrielle,
technologique et scientifique, l'anéantissement total des formes sociales féodales etc. Mais ce qui, à son terme, est au pouvoir, correspond à la définition marxiste d'une bourgeoisie (que ce
soit en Russie - où le capitalisme est "officiellement" rétabli - ou en Chine, au Vietnam etc.).
Face à cela, la solution, ébauchée par les maoïstes dans les années 1960, est ce qu'ils appelaient de "nouvelles révolutions" : une relance par les masses (et non par des "purges" internes au Parti) de la "marche au communisme", de la transformation révolutionnaire, socialiste, de la société en
une société communiste (collectiviste, démocratique, égalitaire, où "le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous").
L'encerclement du Centre par les Périphéries
Ce n'est pas un "substitut" à la lutte des classes, qui serait remplacée par une "lutte du Centre et des Périphéries". Il s'agit du "sens d'où le vent souffle", du sens de déploiement de la Révolution prolétarienne mondiale.
Et pour savoir d'où le vent souffle, pas besoin d'un présentateur météo (don't need a weatherman to know which way the wind blows): il suffit d'ouvrir les yeux.
Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir qu'il souffle de l'Inde et de l'Asie du Sud, des Philippines, de l’État turc ; des révoltes populaires qui ont secoué les pays arabes et se poursuivent ; de
celles qui éclatent à leur tour en Afrique (dernièrement au Sénégal) contre l'ordre néo-colonial ; de la Palestine qui résiste encore et encore sous la botte des héritiers fascistes de Jabotinsky
; de l'Amérique latine où les gouvernement "de gauche" parviennent de moins en moins à contenir les aspirations des peuples à la justice et à la dignité ; et il souffle en direction de la
"forteresse Europe" et de la "citadelle yanqui" qui tirent les ficelles de l'exploitation.
En Europe même, il souffle de la Grèce en feu, il se lève d'Italie, de l’État espagnol, du Portugal et d'Irlande, et bientôt sans doute d'Europe de l'Est ; vers l'axe impérialiste franco-allemand
et leurs marionnettes de la BCE et de la Commission de Bruxelles. Dans chaque pays, il se lève de ces territoires déshérités, relégués et "tiers-mondisés", du Mezzogiorno et des corons du Nord,
de Marseille et de Glasgow, du Borinage wallon et de Sardaigne, vers les capitales politiques et économiques. Dans chaque grande métropole, il se lève des quartiers populaires, des ghettos de
relégation du prolétariat, vers les centres bourgeois où brillent les néons et les vitrines du capitalisme.

Ce n'est pas de la théorie pour le plaisir de la théorie ; c'est un constat de fait, objectif. Le même constat de fait que celui de Mao, dans les années 1930, lorsqu'il arriva à la conclusion que la guerre révolutionnaire devait naître et
grandir dans les campagnes écrasées par la misère, par les féodaux et les bureaucrates à la solde de l'impérialisme ; pour encercler et étrangler les villes, forteresses du pouvoir, et enfin y
faire leur jonction avec la classe ouvrière pour l'assaut final...
La réalité est que le capitalisme (devenu monopoliste, impérialiste) s'appuie sur des Centres, où se concentrent non seulement la richesse mais aussi le POUVOIR, politique, économique et
culturel ; généralement là d'où est partie la "révolution" et le développement capitaliste. A partir de là, le capitalisme a "rayonné" progressivement, par cercles concentriques, en "aménageant" toujours le territoire et en pliant toujours la société à ses
intérêts, à SON objectif existentiel : l'accumulation du capital. Ce phénomène s'est amplifié au 20e siècle, lorsque la haute bourgeoisie, devenue monopoliste, a voulu modeler
toute la société à son image.
Ainsi, en cercles concentriques, le capitalisme a pénétré et déstructuré les vieilles sociétés paysannes et mercantiles (voire
primitives, outre-mer) et créé des Périphéries où se concentrent l'exploitation, l'oppression et l'aliénation.
A la périphérie des grandes métropoles économiques se trouvent les quartiers populaires, les ghettos pour prolétaires. Dans les pays impérialistes s'y concentre la force de travail
importée des ex- et néo-colonies, et ces ghettos font parfois l'objet d'un véritable "traitement colonial intérieur" par les autorités. Dans les pays dominés, pauvres ou "émergents", ce sont les
fameux "bidonvilles", "slums", "favelas", "townships", "barriadas" etc.
Dans chaque pays (impérialiste comme dominé ou "émergent") se trouvent des régions périphériques (pas forcément au sens géographique : c'est une image) où se concentrent le taux de
pauvreté et de chômage, les "déciles inférieurs de revenus", l'espérance de vie au dessous de la moyenne, l'illettrisme et/ou la faible qualification, le manque d'infrastructures et de services
publics, etc.
Enfin, au niveau mondial, il y a évidemment les pays "développés" et les pays "en développement", le "tiers-monde" ; pour les marxistes, il y a des pays impérialistes (ou "dépendants" mais hautement avancés, comme la Corée du Sud, Taïwan ou les pays du Golfe) et des pays dominés, exploités et affamés. Telle est la répartition mondiale des richesses par l'impérialisme.
A présent, "la balle revient à l'envoyeur" et c'est des Périphéries vers les Centres que se déploie la négation du système capitaliste et impérialiste sur la planète.
Au niveau planétaire, dans la division internationale du travail qui s'est mise en place au cours du 20e siècle impérialiste, il est évident (sauf pour un aveugle, ou celui qui ne
veut pas voir) que les masses les plus exploitées et opprimées se trouvent dans les pays du "tiers-monde" : Afrique, Asie, Océanie et Amérique latine. Les luttes révolutionnaires des masses
de ces continents vont donc encercler et étrangler les métropoles impérialistes (Europe de l'Ouest, Amérique du Nord, Japon, Australie etc.), dans lesquelles va grandir à son tour la conscience
et la lutte de classe.
Ensuite, dans chaque pays, les communistes travaillant à la Guerre populaire doivent déterminer quelles sont les "villes" et les "campagnes". Dans les pays dominés et arriérés, ou même "émergents" comme
l'Inde ou le Brésil ou l'Afrique du Sud, ou "jeunes impérialismes" comme la Russie et la Chine, c'est généralement assez évident. En Chine, les "villes" sont les gratte-ciels de Pékin, Shangaï,
Canton, Shenzen etc. ; en Russie, Moscou et Saint-Pétersbourg : dans ces pays la classe ouvrière est très clairement la force principale, et les "campagnes" sont les bassins ouvriers géants comme
Chongqing, Chengdu et la Mandchourie en Chine, ou l'Oural en Russie. En Inde, les grands centres sont Bombay ou Delhi ; au Brésil, Rio ou Sao Paulo ; en Afrique du Sud, Johannesbug et Le Cap.
Dans chacun de ces pays, les luttes ouvrières et paysannes doivent se combiner et c'est aux communistes de définir les tâches de chacunes. En Inde, les luttes paysannes, des sans-terres et du
prolétariat rural (et des populations "premières") ont été définies comme principales par les maoïstes, qui déploient en même temps un important travail de mobilisation et d'organisation en
direction de la classe ouvrière des grands centres industriels.
Dans les pays impérialistes (ou, en tout cas, hautement industrialisés et avancés), c'est également aux communistes de définir, dans chaque cadre
étatique bourgeois (Italie comme État espagnol, Royaume-Uni comme État français), quelles sont les "campagnes". Il est évident qu'avec 5 à 10% de paysans, même s'ils sont généralement très
pauvres et doivent être défendus (contre les géants de la distribution et leurs centrales d'achats, les banques et leurs prêts hypothécaires etc.), la question paysanne ne peut être que
corollaire : la force motrice est le prolétariat, la classe ouvrière et les autres salariés pauvres (30% de la population touche moins de 1200 € par mois, 50% moins de 1500€) qui sont
ses alliés naturels.
Pour Servir le Peuple, l’État bourgeois "France" a la particularité (historique) d'avoir une importante industrie rurale, des "bassins ouvriers" et autres "vallées industrielles" de
"province" entourés (et étroitement imbriquées) de campagnes à la petite agriculture peu rentable, qui sont des zones particulièrement reléguées ; situées au Nord, Nord-Est, Ouest ou Sud de
l'entité étatique. Ceci recoupant parfois une question nationale (occitane, bretonne, picarde/ch'ti, lorraine, basque, corse, arpitane (Alpes du Nord) etc.), ou en tout cas d'"identité culturelle
populaire forte" ; c'est même quasi systématique, car la "France" est quelque part l’État d'une bourgeoisie (bleu-blanc rouge) dominant plusieurs peuples. Ces questions
démocratiques nationales, ou ces sentiments culturels populaires forts, sont un point d'appui important pour la mobilisation révolutionnaire, en plus de l'oppression de classe proprement dite
(rapports de production) : nombre de prolétaires ont le souvenir d'un-e grand-père/mère puni-e à l'école "républicaine" pour avoir "parlé patois", par exemple. La culture populaire d'entraide, de
solidarité, de coopération est également une base d'appui forte pour une culture révolutionnaire, en comparaison avec l'individualisme des grandes métropoles. Dans certains secteurs, comme le
Limousin ou d'autres parties d'Occitanie, le Nord/Picardie ou encore l'Allier, malgré la faillite du vieux PC, il peut rester une empreinte de culture communiste (associée, par
exemple, au souvenir de la Résistance antifasciste) qui
peut être également une solide
base d'appui.
Ensuite, il y a les ghettos urbains, où la question de classe recoupe celle des colonies intérieures : la force de travail importée d'Afrique, du Maghreb, d'Anatolie, des Caraïbes ou
d'ailleurs, notamment durant les "Trente Glorieuses", et qui se voit reléguée dans des cités-ghettos et appliquer un traitement de type colonial, de véritable "territoire occupé".
Ce sont les deux "campagnes" essentielles du "bateau France" dans lequel nous sommes embarqués, de l’État bourgeois dans lequel nous vivons. Le
racisme, qui se traduit par un fort vote FN dans les zones "ouvrières semi-rurales" (à dominante "blanche"), est notamment une arme de la classe dominante pour les diviser. Le rôle du Parti est
de relier, de coordonner ces "Périphéries" pour les faire étrangler les Centres (régionaux et parisien) comme les anneaux d'un serpent !
En définitive, et pour résumer, on peut dire que :
- dans chaque grande région, la "métropole" locale est encerclée, d'abord par ses quartiers-ghettos urbains, puis par les zones de
relégation (poches de misère/précarité, exploitation, oppression) alentour ;
- dans chaque pays, les régions "pauvres" (où se concentrent la relégation, l'exploitation et l'oppression, les "problèmes sociaux" comme disent
les bourgeois) encerclent les régions "riches" (où il fait "mieux vivre") ; dans certaines régions ceci se couple à une question nationale. Ce raisonnement peut être élargi à l'échelle
d'un continent relativement "intégré" comme l'Amérique du Nord ou l'Europe : en Europe, il n'est pas difficile de voir que les pays méditerranéens sont particulièrement écrasés et "à la pointe"
de la lutte de classe ;
- au niveau mondial ; les pays dominés, écrasés, affamés par l'impérialisme encerclent les pays impérialistes.
Le NIVEAU de la lutte de classe, d'antagonisme révolutionnaire assumé, va crescendo du premier
cas au troisième (sauf, peut-être, dans les colonies intérieures des ghettos urbains occidentaux, où le niveau pourrait être supérieur au "deuxième cercle" (régions "pauvres") même dans
les régions "riches" (comme l'Île-de-France ou Rhône-Alpes) ; mais c'est parce que ces "colonies intérieures" se rattachent, quelque part, au "troisième cercle").
L'étau des 3 "cercles" se resserre concentriquement pour étrangler les "Centres", les "donjons" du capital impérialiste.
Rappelons que Lénine disait, de la révolution prolétarienne, qu'elle ne devait "pas laisser pierre sur pierre" du vieil appareil d’État bourgeois. On pourrait étendre ce raisonnement à
l'ensemble de la superstructure, des institutions et des "normes" écrites et non-écrites de l'organisation sociale capitaliste : la révolution doit renverser totalement l'ordre
existant. Et, dans cette organisation sociale réactionnaire, il y a notamment l'organisation territoriale de la construction étatique bourgeoise ; avec ses zones concentrant la
richesse, le pouvoir, la culture, les infrastructures, le "bien-vivre" ; et celles concentrant la pauvreté, l'exploitation, l'oppression, le désert culturel et l'absence de services, le mal-être
existentiel (toxico-dépendances, suicides) ; en plus de la négation des cultures nationales ou "populaires régionales" !

Dans cette optique, Servir le Peuple est d'avis que, comme en URSS (ni plus ni moins), le nouveau Parti communiste révolutionnaire "de France" devra, en réalité, fédérer plusieurs Partis communistes
nationaux. Tout comme le PCbUS était composé d'un PC de Russie, d'un PC d'Ukraine, d'un PC de Géorgie etc., notre futur PC révolutionnaire du prolétariat devra être composé d'un PC d'Occitanie,
un PC de Bretagne (Strollad Komunour Vreizh), un PC d'Elsass, un PC de Corse, un PC d'Ipar Euskal Herria, etc. etc.
Sur le fascisme
Les thèses fondamentales de Servir le Peuple sur le fascisme sont que :
1 - en opposition aux thèses de Zeev Sternhell, qui met en avant un fascisme "venant de la gauche anti-libérale" en se basant sur quelques cas célèbres mais minoritaires
(Mussolini, Otto Strasser, Georges Valois, Doriot) ; SLP défend les thèses de Gossweiler et Robert Soucy (pour le fascisme français) : le fascisme s'inscrit clairement dans le
prolongement de la tradition de droite réactionnaire bourgeoise (avec laquelle il présente une différence de degré - dans la brutalité
assumée - plus que de nature). Le terme de "national-socialisme" (en Allemagne) ne doit pas porter à confusion : il ne fait que reprendre, pratiquement mot pour mot, le nom d'un parti
réactionnaire de la fin du 19e siècle, le Nationalsoziale Partei de Friedrich Naumann et Helmut von Gerlach, scission du Deutschkonservative Partei du pasteur
Stöcker, parti ultra-conservateur à tendance "sociale" (prônant une "politique sociale monarchiste et chrétienne") et profondément antisémite (les Juifs incarnant à la fois le libéralisme
politique bourgeois et le mouvement socialiste). Tous les leaders de la prétendue "gauche" du NSDAP (Goebbels, Röhm, Gregor Strasser) avaient fait partie des "corps-francs"
(Freikorpen) d'extrême-droite qui écrasèrent la Révolution allemande de 1918-19, et ne faisaient que prôner ce "socialisme" petit-bourgeois réactionnaire allemand.
2 - (en lien avec ce qui précède) le fascisme n'est pas l'expression d'une "autre classe" que la classe dominante (une "bourgeoisie financière/impérialiste" qui s'opposerait à
une "bourgeoisie traditionnelle/industrielle", par exemple) : pour tout léniniste ou prétendu tel (y compris les trotskistes !), la seule et unique classe dirigeante depuis la fin du 19e siècle
est la bourgeoisie monopoliste. Le fascisme n'est en rien une "alternative révolutionnaire" à la révolution prolétarienne, comme si les masses avaient deux "voies" révolutionnaires
devant elles, l'une rouge et l'autre brune. Le fascisme est l'expression de la frange la plus réactionnaire de la classe dominante, dont les rangs
grossissent en temps de crise (effondrement du taux de profit, guerre impérialiste et révolution à l'ordre du jour), et qui s'oppose aux courants "moins réactionnaires", "libéraux" ou encore
"sociaux-humanistes".
3 - le fascisme est une idéologie composite et mouvante, difficile à caractériser par son discours, qui permettrait parfois de classer une grande partie des progressistes et même
des marxistes comme "fascistes" (les fascistes reprenant des thèmes sociaux sur l'air des "petits" contre les "gros") : le fascisme doit être avant tout identifié par son programme de gouvernement, qui est une dictature terroriste ouverte de la classe dominante contre les masses
prolétaires et populaires (même si cette dictature peut commencer "soft"), et généralement un militarisme chauvin poussant à la guerre impérialiste (même si ce discours peut parfois se camoufler
: ainsi les fascistes américains des années 1930 étaient "neutralistes", tout en soutenant en sous-main l'effort de guerre et de propagande nazi ; les fascistes français étaient "pacifistes" pour
ne pas favoriser le Front populaire contre Hitler et Mussolini...).
Le
fascisme s'inscrit en réalité totalement dans la tradition idéologique la plus réactionnaire, conservatrice autoritaire éventuellement à
tendance "sociale", des différents pays ; tout en étant en même temps profondément "moderne", car la crise générale du capitalisme (surproduction absolue de capital) exige une
restructuration complète de l'organisation sociale capitaliste (à l'intérieur comme au niveau "impérial").
Sa réorganisation totale de la société (économique, politique, culturelle), visant notamment à faire des métropoles impérialistes des sociétés de "producteurs-consommateurs" assises sur les
surprofits de l'exploitation impérialiste, se différencie du keynésianisme en ce que pour Keynes (militant du Parti libéral britannique) cette réorganisation est indissociable du
libéralisme politique (uniquement dans la métropole impérialiste, bien entendu). Le fascisme (et le conservatisme autoritaire fascisant à la Henry Ford), au contraire, prône un
encadrement répressif et idéologique "dur" des masses populaires.
C'est pourquoi le modèle social-démocrate, social-libéral ou "humaniste social" keynésien est plutôt adapté en période de prospérité (lorsque la guerre impérialiste mondiale a permis de relancer
l'accumulation, de résoudre la surproduction de capital) alors que le modèle fasciste est plutôt lié à la crise générale, et à ses nécessités de guerre et de lutte
contre-révolutionnaire. En période d'accumulation (de "forte croissance") le fascisme cède le pas à un "social-conservatisme autoritaire" de type gaulliste, "régime DC" en Italie ou "franquisme
final" (des années 60-70) dans l’État espagnol.
Finalement, dans la réorganisation sociale du capitalisme au 20e siècle, en sociétés de "citoyens producteurs-consommateurs", la démocratie social-libérale keynésienne est "Athènes" et le
fascisme "Sparte" ; mais dans les deux cas, il faut la masse esclave autour de la "cité grecque" impérialiste (ce seront les peuples du "tiers-monde", massivement intégrés dans la chaîne
de production capitaliste mondiale, et soumis à des régimes "gardes-chiourme" sanguinaires).
Dans tous les cas, le fascisme n'est jamais ni "anticapitaliste" ni "révolutionnaire". L'"anticapitalisme" dont il peut parfois se parer, par un
discours contre la "banque" ou la "finance", contre les "gros", les "nantis" et autres "élites" (surtout intellectuelles), se situe dans le prolongement de deux traditions ultra-réactionnaires du
19e siècle, déjà décrites et dénoncées par Marx et Engels :
- le "socialisme" féodal et clérical, dénonçant le capitalisme... car celui-ci a remis en cause la position sociale de l'aristocratie et du clergé (il dénonce alors un "monde sans valeurs", "tout
pour l'argent", alors que l’Église et la noblesse d'autrefois "protégeaient les faibles") ;
- le "socialisme" petit-bourgeois, "socialisme" de la petite et moyenne bourgeoisie (ou paysannerie) écrasée par le Grand Capital, regrettant l'époque "protectrice" des corporations.
L'un comme l'autre tendent bien sûr à l'antisémitisme ; l'irruption des Juifs dans l'économie nationale (avec leur émancipation par les révolutions bourgeoises) étant pour eux
indissociable et emblématique des "malheurs de l'époque", d'un monde qui "fout le camp" avec la disparition de la société immuable des privilèges et des corporations... [Cet antisémitisme ne peut
plus être aussi explicite aujourd'hui, mais les mêmes ressorts apparaissent en filigrane dans la dénonciation des "élites mondialistes", de l'"hyper-classe" et des "lobbies" etc.]
Ces deux courants fusionnent (en Allemagne, comme en France ou en Italie) entre 1870 et 1910, à l'époque de la "deuxième révolution industrielle" et de l'entrée dans l'impérialisme, dans un
"conservatisme social autoritaire" qui pourfend aussi bien le libéralisme politique bourgeois (parlementarisme, franc-maçonnerie, république radicale en France etc.) que les
idées socialistes.
PUIS, avec la crise générale du capitalisme, cette composante idéologique du fascisme rejoint les intérêts de la bourgeoisie impérialiste la plus réactionnaire. En effet :
- la dénonciation de "la banque", des "financiers", de l'"hyper-classe" etc. (toujours avec "le Juif" en filigrane) rejoint l'"insurrection" du Grand Capital contre sa propre crise générale, qui
est une surproduction absolue de capital ; elle rejoint la nécessité d'une "caporalisation" de l'économie capitaliste et d'une réorganisation complète de la société pour fonder une nouvelle base d'accumulation, pour lutter contre cette surproduction absolue ;
- la dénonciation du libéralisme politique bourgeois, de la bourgeoisie "décadente" (bourgeois libéraux, démocrates,
hédonistes, "complaisants" envers le marxisme) et des "élites" intellectuelles, du parlementarisme, rejoint les nécessités d'un régime politique
"fort", autoritaire, pour mener cette réorganisation et contrer efficacement la poussée révolutionnaire des masses populaires ;
- le discours viril, chauvin, exaltant les valeurs militaires et "spartiates", méprisant la "décadence", la "faiblesse" et la "mignardise", rejoint les nécessités de mobilisation de masse pour la
guerre impérialiste, la contre-révolution et la réorganisation totale (économique, politique, culturelle) de la société ;
- enfin, bien sûr, cet "anticapitalisme" réactionnaire est profondément hostile au mouvement socialiste/communiste et au prolétariat organisé en général ; il rejoint donc les nécessités d'une
lutte contre-révolutionnaire sans pitié.
Bien sûr, la bourgeoisie monopoliste la plus réactionnaire va "modeler" le mouvement fasciste selon ses intérêts, et donc limiter les
expressions les plus "radicales" de cet héritage "anticapitaliste" féodal et petit-bourgeois : c'est le sens du "virage à droite" de Mussolini fin 1919 et de sa rupture avec les Arditi
et autres éléments "révolutionnaires", ou de l'élimination des SA en Allemagne (1934).
En fin de compte, on peut dire que le fascisme est une insurrection de la bourgeoisie capitaliste contre sa propre crise (par surproduction absolue de capital), crise qui fait
s'effondrer le taux de profit et met la révolution prolétarienne à l'ordre du jour ; exigeant une restructuration complète de l'organisation
sociale, la guerre impérialiste pour le repartage du monde et la militarisation contre-révolutionnaire de la société : la dictature terroriste ouverte conduite par la frange la plus
réactionnaire, chauvine et militariste des monopoles. En période de crise générale, c'est ce "pôle" le plus réactionnaire de la
classe dominante
qui exerce sa force d'attraction sur l'ensemble de celle-ci, attirant à lui la droite conservatrice "traditionnelle" et même des éléments de la "gauche" bourgeoise, comme les néo-socialistes de
Déat (ou aujourd'hui des gens comme Gerin ou certains éléments de "Riposte laïque"). Cette force d'attraction est encore plus forte aujourd'hui que lors de la crise des années 30, car l'option
keynésienne (alliant politique sociale généreuse et libéralisme politique dans la métropole impérialiste) ne semble à présent plus viable.
A l'inverse, en période d'accumulation/croissance, ce sera plutôt la "gauche" social-libérale et réformiste de la grande bourgeoisie qui exercera sa force d'attraction sur l'ensemble de la classe
dominante, la "droite" bourgeoise devenant alors essentiellement un conservatisme paternaliste à coloration "sociale" ("association Capital-Travail" etc.).
Une autre thèse fondamentale de Servir le Peuple est qu'il ne faut pas attendre le fascisme dans les mêmes habits que ceux des années 30. Certains
mouvements, en Hongrie notamment, reprennent effectivement (et ouvertement) les uniformes de l'époque ; mais celui qui, au 21e siècle, attend de voir des défilés en chemises noires ou brunes pour
dire "voilà le fascisme", risque de ne le voir... que lorsqu'il aura un pistolet derrière la nuque ! Peut-être, justement, qu'au siècle dernier, le problème a été que les marxistes et les
progressistes n'ont réalisé l'existence du fascisme que lorsque celui-ci
s'est manifesté sous la forme de milices paramilitaires.
Aujourd'hui, avec l'expérience du passé, les communistes et les progressistes peuvent être plus attentifs au glissement réactionnaire général de la classe dominante et des ses
représentants politiques, glissement qui pousse en avant (y compris de manière non-voulue et non-contrôlée, pour les éléments les plus extrémistes de type néo-nazi ou Breivik) la frange
ultra-violente et paramilitaire du fascisme.
Des facteurs nouveaux entrent aussi en ligne de compte. Ainsi, nous sommes aujourd'hui dans une "société de consommateurs" alors que, dans les années 1920-30, il s'agissait justement de
construire celle-ci (chose rendue possible, après-guerre, par une nouvelle division internationale du travail, en "déplaçant" l'exploitation la plus dure vers les pays dominés
du "tiers-monde") ; de même, pour lutter contre la chute du taux de profit, existe à présent une "marge" sur le "coût du travail" : celle des conquêtes sociales arrachées par les luttes
(et accordées par la bourgeoisie pour "conjurer" des luttes plus dures encore), qui dans les années 30 n'existaient pas (ou si peu) et que la classe dominante s'efforce (depuis les années 1980)
de reprendre au prolétariat et aux travailleurs en général ; ceci est une composante nouvelle (et essentielle !) du glissement réactionnaire général. Le mouvement ouvrier
organisé n'a plus, dans ce contexte, la force et la combativité de l'entre-deux-guerres ; il a été happé par l'effondrement (dans le révisionnisme puis la restauration capitaliste ouverte) des
expériences révolutionnaires du 20e siècle. Cette combinaison entre effondrement du mouvement communiste, de la "menace" communiste mondiale pour la bourgeoisie et du mouvement ouvrier organisé
en général (y compris réformiste) ; crise générale du capitalisme entraînant la liquidation par la bourgeoisie des concessions du passé ; et "répression permanente de
basse intensité" contre la résistance des masses populaires à cette paupérisation ; forme ce que le PCmF et le PCm d'Italie (Proletari Comunisti) appellent le fascisme moderne. Cette
thèse peut-être débattue et critiquée ; elle a cependant le mérite de poser la question du fascisme à notre époque, des éléments nouveaux qui différencient notre 21e siècle des
années 20-30 du siècle dernier, et de mettre en garde contre l’"attente" du fascisme dans les "mêmes habits" qu’à l’époque d’Hitler et Mussolini. Elle évite de tomber dans le schématisme qui, comme l'expliquait Dimitrov, "désarme la classe ouvrière contre
son pire ennemi".
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