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Jeudi 13 juin 2013 4 13 /06 /Juin /2013 18:10

 

Vive l'Andalousie libre et socialiste, vive nos frères et sœurs ouvrierEs et paysanNEs de l''autre Sud' !

andalucia es mi paisOutre le fait que la moitié Nord du territoire actuellement connu comme France a, très largement, fourni le gros des troupes de la première entreprise/guerre coloniale de l'Histoire (les Croisades, avec la création pour près de deux siècles des 'États francs' d'Orient et même (1204-61) d'un Empire latin de Constantinople, au détriment de l'Empire grec byzantin), la Conquista de nostre Occitània a été, concomitamment avec la 'Re'-Conquista(1) d'al-Andalus (Navas de Tolosa, 1212), la PREMIÈRE GRANDE GUERRE DE LIQUIDATION NATIONALE, donnant littéralement naissance au monde 'moderne' dans lequel nous vivons, notre monde impérialiste. C'est là une donnée historique fondamentale qui sous-tend tout notre engagement communiste révolutionnaire pour une Occitanie libre, prolétarienne et populaire,  'démocratique réelle', en un mot  : socialiste 

Et cette concomitance(2) fait que nous, Occitans révolutionnaires, communistes, éprouvons une profonde solidarité envers le Peuple opprimé, exploité et nié d'Andalousie. 

C'est il y a 140 ans, en juillet 1873, alors que commençaient à renaître les peuples niés par la construction des États modernes dans le cadre/mouvement général/mondial de la Révolution prolétarienne, au cours de ce que l'on a appelé la 'révolution cantonaliste' de l’État espagnol, que fut proclamé l’État libre andalou, 'Andalousie souveraine constituée en république démocratique'. Le mouvement cantonaliste fut bien sûr écrasé par la bourgeoisie conservatrice comme 'libérale' et, après ce que les 'Espagnols' appellent le Sexennio Democratico (1868-74), la monarchie 'libérale-conservatrice' fut restaurée en la personne d'Alphonse XII, venu se présenter aux Cortes comme un ‘prince catholique, espagnol, constitutionnaliste, libéral et désireux de servir la nation’’. C'était à peine deux ans après que l'Hexagone (Paris bien sûr, les cités ouvrières du Nord ou du Creusot, mais aussi tout particulièrement notre 'Midi rouge' occitan et arpitan) ait été secoué par le formidable (et très comparable) mouvement des Communes, et sa sanglante répression par les sabre-peuples de Thiers et Mac-Mahon...
L'organisation Nación Andaluza (organisation révolutionnaire de libération nationale qui plonge notamment ses racines dans le Mouvement communiste, -un temps- d'inspiration maoïste, du Sud de la péninsule), en juillet 2009, lui rendait hommage dans la déclaration suivante, reprise à l'époque sur le site Cantabria proletaria ('ancêtre' d'Odio de Clase ?) :    

 

Cartel campaña 4D Il y a 136 ans, le 21 juillet 1873, sur le lieu tant chargé de symbolisme de Despeñaperros [NDLR littéralement "précipiter les chiens ('maures') du haut d'une falaise", nom donné par les envahisseurs castillans après leur victoire], frontière naturelle de notre Nation et lieu par lequel, historiquement, ont pénétré les envahisseurs de notre Patrie, se rassemblèrent les représentants populaires des Cantons de la population de notre Pays, pour rétablir notre souveraineté et indépendance politico-sociale, proclamant la constitution du premier État libre andalou contemporain.  
Les représentants réunis déclarent : "À Despeñaperros, historique et inexpugnable bastion de la liberté, a été hissée hier, par les forces fédérales envoyées par les soussignés, la bannière de l'indépendance de l’État andalou. S'achève, par conséquent, notre œuvre. Nous avons accompli la régénération sociale et politique de cette terre classique de la liberté et de l'indépendance (...) Nous formons notre Armée fédérale, nous constituons nos Cantons, nous élisons notre Assemblée (...) Nous ne reconnaissons aucune autre autorité que celle de nos Cantons (...) nous avons tous la même pensée, le même cœur : Sauvons-nous ensemble ou mourrons ensemble ! Vive la Souveraineté administrative et économique de l’État d'Andalousie !"

Andalucia banderasCes principes allaient inspirer, dix ans plus tard, l'élaboration de la Constitution d'Antequera, dont les fondements seraient repris par Blas Infante comme piliers du nouvel État libre andalou qu'il proposait : "Andalousie souveraine constituée en démocratie républicaine". Le mouvement cantonaliste comptait des éléments nettement souverainistes et révolutionnaires. Un soulèvement assis sur des principes de liberté, de justice, d'égalité et de démocratie directe, qui plongeait ses racines dans nos traditions sociales.  

modelomapacolorComme tout au long des 700 dernières années de notre histoire, depuis l'invasion européenne de 1212 et la postérieure occupation castillane, cette brève période de liberté populaire et nationale fut détruite par la force des armes espagnolistes. L'Andalousie a toujours fait partie des différents États espagnols par la coercition militaire, jamais par la libre élection. Encore aujourd'hui, l'Armée constitue la "garantie" constitutionnelle de notre espagnolité obligée. 

nacionandaluza1Nous lançons un appel, à tou-te-s les Andalou-se-s de conscience, à suivre l'exemple de ces dignes fils d'Andalousie, qui firent passer les intérêts et les nécessités de notre Peuple et de notre Nation avant les convenances personnelles, de groupe ou conjoncturelles, marchant unis pour la libération de notre terre et de nos gens. Comme ces cantonalistes qui, avant "la Patrie ou la mort, nous vaincrons !", s'exclamaient de cet autre cri qui résonne dans Despeñaperros : "Sauvons-nous ensemble ou mourrons ensemble !".


Pour l'Andalousie libre et socialiste !

 

Nación Andaluza – Commission Permanente

 

andalucia comunistaL'Andalousie, un projet révolutionnaire : exactement notre conception de la Libération occitane !
gordillo-marcha-efe-Juan Manuel Sanchez Gordillo, maire de Marinaleda, marchant à la tête de son 'Quart État'

 

Ce à quoi nous, OCCITANS RÉVOLUTIONNAIRES, ajouterons : soyez assurés, frères et sœurs andalou-se-s, que nous aussi verserons notre sueur et notre sang pour faire bientôt RENAÎTRE notre Andalousie du Nord médiévale, à un niveau supérieur : l'OCCITANIE SOCIALISTE, qui rayonnera comme un nouveau phare de civilisation sur l'humanité entière, un pont jeté vers la Cité universelle communiste !  

navas-de-tolosa-2.jpgbataillemuret.jpg                Navas de Tolosa 1212                                                      Muret 1213
marseillebombardee P1531868640  Commune de Marseille (répression), 1871                 Révolution cantonaliste, sud de l''Espagne', 1873

                   bandera-andaluciamaoc partisans

Liens utiles : Nación Andaluza - Jaleo!!! - JIRA - Andalucia comunista - Andalucia proletaria - Er Llano (Centro Andaluz del Pueblo) - SAT

 

(1) Il n'y a évidemment eu aucune 'conquête' musulmane comparable de la Péninsule ibérique... La réalité historique, c'est que quelques milliers d'Arabes et de Berbères, conduits par Tariq ibn Ziyad, ont franchi en l'an 711 le détroit de Gibraltar, et sont arrivés en quelques années jusqu'aux pieds des Pyrénées et de la Cordillère cantabrique ; car la noblesse ibéro-romaine, la bourgeoisie embryonnaire et la population (très majoritairement de confession arienne), épuisées par plus d'un siècle (depuis 589) d'autocratie catholique wisigothe (un 'prototype' de monarchie absolue avant l'heure, à bien des égards), se sont massivement ralliées aux nouveaux arrivants, sur une ligne politique de monarchie 'libérale' aristocratique et marchande.

(2) Il est à noter également que le ‘commandant en chef’ des armées occitanes et arago-catalanes à Muret, le roi Pierre II d’Aragon, avait pris part aux côtés des Castillans et des Navarrais… à la bataille de Navas de Tolosa, signant le début de la fin d’al-Andalus (ses successeurs – lui-même mourant à Muret – y gagneront dans les décennies suivantes le Pays valencien et les Baléares). Il est évident que des donneurs de leçons soi-disant ‘marxistes’, en réalité bons rationalistes francouilles se payant de grande culture historique (voir le personnage de 'Riquet' dans cette discussion), n’auraient pas manqué de nous le faire ‘remarquer’ en commentaire si nous ne l’avions pas dit… Ils auraient montré là (une fois de plus) leur totale absence de matérialisme dialectique, de compréhension des faits historiques dans leurs multiples aspects parfois (et même souvent !) contradictoires. Tout d’abord, les protagonistes de Muret étaient la Nation occitane et la Nation 'française proprement dite', desquelles ce fut militairement l’un des actes de naissance ; tandis qu’à Navas de Tolosa il y avait la Nation castillane, avec ses alliés de circonstance aragonais, catalans et navarrais (basques), et en face la Nation andalouse en formation : peu nous importe qui en étaient les dirigeants politico-militaires précis (Simon de Montfort ou Raymond de Toulouse, Pierre d'Aragon ou Alphonse de Castille, le calife an-Nâsir ou le pape Innocent III et consorts) ! Dans les deux cas, ce qui compte au regard de l’histoire (pour un vrai marxiste), c’est que la classe dominante d’une nation (aristocrates, grands bourgeois ‘patriciens’ etc.) a balayé (et/ou subordonné) celle d’une autre pour prendre possession de ses forces productives (force de travail, c'est-à-dire les masses du peuple, terres agricoles, ressources du sous-sol etc.). Pierre d’Aragon, roi à la diplomatie complexe pour ne pas dire alambiquée, s’est simplement trouvé être l'un des commandants militaires des conquérants (de ce qui doit à présent être nié) à Navas, et le commandant en chef des conquis (ceux qui doivent maintenant nier leur oppression !) à Muret. Dans le premier cas, il fit d’ailleurs un marché de dupes, ne gagnant pour sa dynastie que la mince bande côtière valencienne tandis que la Castille s’emparait de tout le Sud de la péninsule, devenant la puissance hégémonique indiscutée de celle-ci et finissant, après quelques siècles, par mettre totalement l’Aragon et les Pays catalans sous sa coupe (processus achevé par les décrets de Nueva Planta en 1714). Dans le second, il ne se décida à intervenir qu’après avoir longtemps louvoyé, tentant de pousser les comtes occitans (Toulouse, Foix, Trencavel etc.) à négocier avec les Croisés pour ne pas défier le Pape, faisant perdre un temps précieux ; c’est seulement auréolé de son statut de ‘prince très chrétien’ suite à Navas de Tolosa qu’il crut pouvoir se dresser frontalement contre la Croisade (il n’en fut rien, il fut excommunié et, après avoir été tué dans la bataille, son corps attendit 4 ans une sépulture chrétienne…). D'autre part, matérialistes dialectiques, nous savons que la primauté dans tout phénomène appartient aux causes internes et que, si l’Occitanie a pu être conquise, c’est d'abord et avant tout 'grâce' aux contradictions et aux erreurs de sa direction politique (aristocratique et ‘patricienne’ grand-bourgeoise), avant d'être 'grâce' à la force, au nombre, à la férocité ou à un quelconque 'génie militaire' des hordes de Montfort ! ‘Sommet’ de la pyramide politique féodale en Occitanie centrale (région toulousaine, Languedoc) et en Provence, Pierre d’Aragon était de fait, dans sa politique, un concentré, une synthèse de toutes ces contradictions…

 


Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Histoire - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Jeudi 13 juin 2013 4 13 /06 /Juin /2013 11:45

 

rbLa semaine dernière (5 juin), le fondateur (en 1986) et dirigeant historique du Republican Sinn Féin, Ruairí Ó Brádaigh, a rejoint sous la verte terre d’Irlande les milliers de héros qui, de Wolfe Tone à Jim Lynagh en passant par Bobby Sands, tués au combat ou par chance morts de vieillesse, ont dans tous les cas consacré leur vie à la résistance du Peuple irlandais contre l’exploitation et l’oppression britannique.

Dès ses premières prémices, au milieu des années 1980, Ó Brádaigh s’était fermement dressé contre le processus de capitulation dirigé, au sein du Sinn Féin ‘historique’, par Gerry Adams et Martin McGuinness (des hommes identifiés dès la fin des années 1970, par les services de la Couronne, comme des agents potentiels…). Depuis lors son combat, à la tête des ‘républicains dissidents, n’a jamais cessé. Et, alors que devant la crise générale du capitalisme, la faillite des ‘accords de paix’ au Nord et du ‘tigre celtique’ (le pseudo ‘miracle’ économique irlandais) au Sud se fait chaque jour plus patente ; ce combat pour une Irlande véritablement libre et démocratique, une République réunifiée de la Justice et du Travail, rencontre chaque jour plus d’écho.

Il n’est guère possible de lui rendre un meilleur hommage que celui des camarades de Libération Irlande ; c’est pourquoi nous vous le reproduisons ici :

Nous apprenons ce soir le décès de Ruairí Ó Brádaigh, survenu hier à l’hôpital de Galway. Il y a peu de temps, nous avions publié une photo de ce grand sage et grand révolutionnaire à l’occasion de son 80è anniversaire. Nous aimions et respections énormément cet homme. Nous ne voulons pas résumer ici son oeuvre au service de la libération de l’Irlande et de son peuple, et au service de l’émancipation humaine en général, mais elle a été immense, courageuse, sincère, ininterrompue pendant 60 ans.

Nous qui écrivons ces lignes avions eu l’occasion de le rencontrer lors de la conférence annuelle de Républican Sinn Féin en automne 2010, nous avions échangé quelques mots et l’avions aidé à écrire le mot "Québec" avec l’accent qu’il ne savait pas placer, alors qu’il dédicaçait son livre Dílseacht sur Tom Maguire pour des camarades québécois. Nous avons été charmé par son sourire et sa bonhommie. Il est et reste pour nous un modèle d’engagement, d’humanité et de vertu.

C’était un patriote ardent, un démocrate conséquent et un internationaliste sincère, un citoyen et un soldat de la Irish Republic qui n’a jamais abandonné ses principes et qui a toujours visé sa victoire. Le genre de révolutionnaire très ancré dans sa réalité nationale, celui qu’on appelle une vieille lune et qui est coincé dans les marges, mais qui persévère à contre-courant et qui irradie comme une torche dans la confusion et le manque d’espoir. Le mouvement de libération national irlandais lui doit énormément, car il incarnait sa continuité.

Il était le garant de la pensée républicaine irlandaise traditionnelle : celle de l’école démocratique-révolutionnaire, celle de l’orthodoxie impeccable, celle des républicains anti-traités des années 1920, celle de ceux qui sont fidèles à la ligne, contre vents et marées. Pour notre groupe, Libération Irlande, il représentait un point d’ancrage à la fois théorique et "affectif" dans notre rapport à distance à cette idéologie révolutionnaire. Il faut que dans les esprits des francophones, le républicanisme irlandais soit symbolisé par son nom qui n’est pas si connu, et plus par celui des renégats qui l’est trop. Nous adressons nos condoléances à son épouse Patsy et à toute sa famille.

Au camarade bien aimé et infiniment respecté, Ruairí Ó Brádaigh, un salut fervent
An Phoblacht Abú!

Georges, pour LI.

Aux obsèques, l’infâme Garda, ces Tontons macoutes du Free State fantoche, s’est invitée pour intimider les personnes venues rendre au camarade Ruairí un dernier hommage populaire et révolutionnaire. Les masses leur ont courageusement, et malgré leur tristesse, tenu tête : photos ici en premier commentaire.

m8xql6n.jpg NB : nous prévoyons déjà que des vautours, ne respectant rien tout en se faisant maîtres ès leçons-de-morale-révolutionnaire, viennent se jeter sur le cadavre encore chaud de Ruairí Ó Brádaigh et sur ceux qui lui rendent hommage ; ‘brandissant’, en bons français ‘civilisés’ par 200 ans de ‘laïcité républicaine’ - et se faisant volontiers ‘civilisateurs’, certaines positions ‘sociétales’ de ce fenian bastard, ce ‘négro d’Irlandais’ ; positions que Servir le Peuple comme Libération Irlande ne partagent pas forcément : ainsi, s’il était opposé (explicitement) à une interdiction pénale de l’avortement, Ó Brádaigh réprouvait l’acte moralement, à titre personnel… Ceci avait donné lieu notamment à un débat assez vif sur le Forum des Peuples en Lutte. Un peu comme si, vous savez, ce genre de questions 1°/ étaient principales dans le problème de l’Irlande, qui est une lutte de libération nationale sans laquelle aucun cadre démocratique (et encore moins socialiste) ne peut réellement exister, pour résoudre (entre autres) ce type de problèmes, 2°/ avaient toujours fait l’unanimité dans le mouvement communiste hexagonal et international, qu’il soit trotskyste ou ‘stalinien’, conseilliste ou bordiguiste ou syndicaliste révolutionnaire ou même anarchiste… CQFD. Nous n’en avons, comme d’habitude, cure ; et si ceux qui éventuellement mèneraient ces attaques croyaient en sortir grandis, ils se tromperaient lourdement.

Notre hommage à Ó Brádaigh est un hommage révolutionnaire, à un homme ayant consacré 60 ans de sa vie à lutter pour son peuple, la Périphérie irlandaise, contre le Centre impérial britannique de Londres et sa City, un PILIER du système impérialiste mondial, des blocs impérialistes assassins OTAN et UE, etc. etc. Que l’on soit des poches de misère du dernier tiers Nord ch’ti/picard de l’Hexagone, comme Libération Irlande, ou de la ‘moitié Sud’ occitane-arpitane-catalane-basque comme SLP, nous ne pouvons nous reconnaître qu’à 200% dans ce combat : TEL EST L’ASPECT PRINCIPAL. Les positions sociales, démocratiques et ‘sociétales’ d’un groupe comme l’IRSP/INLA peuvent certes nous sembler beaucoup plus ‘conformes’ aux nôtres, mais ce groupe a déposé les armes, seul moyen de faire triompher son programme dans les conditions actuelles de l’Irlande, et cela est loin d’être négligeable… Ó Brádaigh et le Republican Sinn Féin, au contraire, n'ont cessé d'affirmer que le combat ne cesserait jamais avant la réunification de l’île et la restauration de la République démocratique proclamée à Pâques 1916.

 

VISCA OCCITANIA ANTICAPITALISTA ; AN PHOBLACHT ABÚ !

irlande fights


Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Peuples en lutte - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Mercredi 12 juin 2013 3 12 /06 /Juin /2013 05:34

 

63546-simone-weil-1,bWF4LTY1NXgwVoici un nouvel extrait de ce que l'on peut appeler les réflexions occitanes de la philosophe - 'marxiste' passée 'catho de gauche' - Simone Weil.
Tout d'abord, il faut situer le contexte : lorsqu'elle rédige ces lignes, Simone Weil est installée en Occitanie (dans la région de Marseille) avec sa famille, au début de l'Occupation nazie et la 'révolution nationale' de Vichy (1940-42) qui les menacent (bien sûr) directement en tant que juifs 'ethniques'. Elle s'y plonge dans la rédaction de Cahiers où elle se penche, notamment, sur l'histoire de cette terre occitane qui lui offre un refuge précaire (non-occupée par les nazis, les juifs y sont discriminés mais pas encore systématiquement pourchassés et envoyés vers les camps de la mort). À ce stade, sa compréhension très idéaliste du marxisme - comme, finalement, un 'humanisme radical' - a déjà 'craqué' ; et elle s'est tournée vers la foi chrétienne et le catholicisme 'de gauche', pensant y trouver les 'réponses' que le marxisme, mal compris par elle mais aussi... caricaturé, parfois, par d'autres, ne lui avait pas apportées. C'est donc un texte imprégné d'idéalisme et même, à bien des moments, mystique que nous avons là : tout, pour elle, dans le panorama historique qu'elle dresse, procède de l'idée - ce qu'elle appelle l''inspiration' ou la 'vocation' (de transcendance divine), véritable maîtresse d'
œuvre de l'histoire, sans aucun fondement dans la réalité matérielle (qu'elle 'précède'). ET POURTANT... Encore une fois, comme dans les extraits publiés il y a quelques temps par les camarades de Sheisau Sorelh, une lecture ATTENTIVE de ce qui est écrit montre combien Weil, indirectement, à travers le prisme (déformant !) de son idéalisme religieux, saisit superbement, de manière matérialiste-dialectique, l'histoire de notre Occitanie et de son négateur l’État français... bien mieux que bien des personnes qui (aujourd'hui même !) se considèrent comme les 'gardiens du temple' de la science marxiste ! Il suffit, en fait, de traduire en 'langage' matérialiste dialectique ce que décrit Weil ; de le rattacher à une analyse marxiste de la réalité matérielle (modes de production et crises, classes et contradictions entre elles), pour s'en convaincre... 

Nous ne reproduirons pas ici le texte (on l'a dit, baigné d'idéalisme et de mysticisme 'philosophique') dans son entier ; mais seulement les passages selon nous les plus significatifs, ceux qui rejoignent notre analyse matérialiste/marxiste de la question.

Grèce AntiqueCe qui fonde, à la base, l''occitanophilie' de Simone Weil, c'est que l'Occitanie médiévale a été selon elle l'héritière véritable de la Grèce antique, dont elle aurait failli ("si on ne l'avait pas tuée") 'rééditer le miracle' : "Chaque pays de l'antiquité pré-romaine a eu sa vocation, sa révélation orientée non pas exclusivement, mais principalement vers un aspect de la vérité surnaturelle. Pour Israël ce fut l'unité de Dieu, obsédante jusqu'à l'idée fixe. Nous ne pouvons plus savoir ce que ce fut pour la Mésopotamie. Pour la Perse, ce fut l'opposition et la lutte du bien et du mal. Pour l'Inde, l'identification, platon et aristote1286365236grâce à l'union mystique, de Dieu et de l'âme arrivée à l'état de perfection. Pour la Chine, l'opération propre de Dieu, la non action divine qui est plénitude de l'action, l'absence divine qui est plénitude de la présence. Pour l'Egypte, ce fut la charité du prochain, exprimée avec une pureté qui n'a jamais été dépassée; ce fut surtout la félicité immortelle des âmes sauvées après une vie juste, et le salut par l'assimilation à un Dieu qui avait vécu, avait souffert, avait péri de mort violente, était devenu dans l'autre monde le juge et le sauveur des âmes. La Grèce reçut le message de l'Egypte, et elle eut aussi sa révélation propre : ce fut la révélation de la misère humaine, de la transcendance de Dieu, de la distance infinie entre Dieu et l'homme" : Weil énumère ici les civilisations qui, à leur endroit du monde et à leur époque donnée, ont été l'apogée progressiste de l'organisation sociale antique (esclavagiste), pour la mission historique qui était la sienne : dégager des tâches laborieuses de la reproduction de l'existence une fraction de la population, pour lui permettre de ce consacrer exclusivement à la pensée, à la compréhension scientifique et philosophique du monde qui nous entoure. La Grèce classique (entre 600 et 300 avant Jésus-Christ) est décrite comme le réceptacle et la synthèse (en Europe-Méditerranée) de cette toutes ces pensées et connaissances techniques et scientifiques, qui font faire à l'humanité un 'grand bond en avant' : l'on cesse alors de subir le réel en lui arrachant quotidiennement sa subsistance ; l'on s'efforce (et commence) désormais à le COMPRENDRE (la prochaine étape, comme le dira Marx environ 2000 ans plus tard, sera de commencer à le TRANSFORMER). Ceci dit, à ce stade, la mutation de l’organisation sociale ‘asiatique’ ou communautaire-patriarcale (gentilice) vers l’esclavagisme est totalement consommée : la ‘démocratique’ cité d’Athènes compte 10% de citoyens pour 90% d’esclaves, et il en va à peu près de même dans toutes les autres cités (y compris nostra Marselha). Mais, comme la quasi-totalité de louangeurs bourgeois (ou même prétendument ‘communistes’) de la Grèce classique, Weil fait complètement l’impasse sur ce point. La suraccumulation d’esclaves est pourtant le premier signe annonciateur du fait que l’organisation sociale esclavagiste antique va entrer en crise mortelle…0.367E

Puis, elle nous dit que : "Rome détruisit tout vestige de vie spirituelle en Grèce, comme dans tous les pays qu'elle soumit et réduisit à la condition de provinces. Tous sauf un seul. Contrairement à celle des autres pays, la révélation d'Israël avait été essentiellement collective, et par là même beaucoup plus grossière, mais aussi beaucoup plus solide; seule elle pouvait résister à la pression de la terreur romaine. Protégé par cette carapace, couva un peu d'esprit grec qui avait survécu sur le bord oriental de la Méditerranée. Ainsi, après trois siècles désertiques, parmi la soif ardente de tant de peuples, jaillit la source parfaitement pure. L'idée de médiation reçut la plénitude de la réalité, le pont parfait apparut, la Sagesse divine, comme Platon l'avait souhaité, devint visible aux yeux. La vocation grecque trouva ainsi sa perfection en devenant la vocation chrétienne.
Cette filiation, et par suite aussi la mission authentique du christianisme, fut longtemps empêchée d'apparaître. D'abord par le milieu d'Israël et par la croyance à la fin imminente du monde, croyance d'ailleurs indispensable à la diffusion du message. Bien plus encore ensuite par le statut de religion officielle de l'Empire romain. La Bête était baptisée, mais le baptême en fut souillé. Les Barbares vinrent heureusement détruire la Bête et apporter un sang jeune et frais avec des traditions lointaines. A la fin du Xe siècle la stabilité, la sécurité furent retrouvées, les influences de Byzance et de l'Orient circulèrent librement. Alors apparut la civilisation romane. Les églises, les sculptures, les mélodies grégoriennes de cette époque, les quelques fresques qui nous restent du Xe et du XIe siècle, sont seules à être presque équivalentes à l'art grec en majesté et en pureté. Ce fut la véritable Renaissance. L'esprit grec rome jeux cirquerenaquit sous la forme chrétienne qui est sa vérité." 
; et effectivement, c'est vrai : la Rome impériale, que l'on peut faire débuter au 2e siècle avant Jésus-Christ (avec la conquête de l'Afrique du Nord, de la Grèce et de l'Anatolie, de l'Espagne méditerranéenne et du sud de la Gaule etc.), fut en Euro-Méditerranée non pas l'apogée progressiste de l'Antiquité esclavagiste, mais son 'stade suprême' décadent et réactionnaire, une sorte de crise générale de la société antique : la 'libération' d'une élite de la population envers les tâches 'bassement productives' n'était plus mise au service de l'élévation intellectuelle et civilisationnelle, mais de la décadence, de l'orgie et des jeux de cirques, du pouvoir pour le pouvoir et de la richesse pour la richesse (l'esprit capitaliste d'investir, de faire fructifier la richesse accumulée, n'en était alors qu'à ses balbutiements).

Ceci conduisit à l'effondrement ; et Weil reprend là la position d'Engels dans L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, faisant des 'invasions barbares' un évènement positif et historiquement nécessaire, une 'régression féconde' d'ailleurs saluée comme une 'libération' dans la plupart des pays où les 'barbares' arrivèrent. Bien sûr, à cette époque où l'humanité entendait comprendre la réalité (et sa propre condition), mais pas encore la transformer, cet effondrement fut spontané, sous une pillage-romemultitude de 'coups' produits par les contradictions du mode de production esclavagiste : révoltes d'esclaves et des peuples conquis, guerres civiles et 'anarchies militaires' résultant de l'hypertrophie de la force armée (première fournisseuse d'esclaves par ses guerres, donc de la principale force de travail), et enfin les invasions de ces peuples 'barbares' relégués derrière les limes, comme réservoirs d'esclaves. Il n'y eut pas de 'révolution' consciente et organisée instaurant la féodalité. Il y eut un effondrement inexorable et finalement brutal, une régression 'féconde' certes, mais une régression, et la civilisation autour de la Méditerranée dut se reconstruire, ce qui fut long et laborieux. Ce furent les religions 'révélées' chrétienne au Nord de la mer, et musulmane au Sud qui accompagnèrent comme idéologies de progrès cette reconstruction. Le principe était simple : humaniser la condition du producteur, paysan (sur lequel tout reposait alors) ou 'ouvrier' artisanal, pour le rendre plus productif : l'esclave agricole devient un serf plus ou moins libre, qui peut produire en partie pour lui-même et sa famille ; l'esclave d'atelier ou de mine devient un 'compagnon', un proto-ouvrier rétribué pour sa force de travail, pouvant espérer devenir (un jour) 'maître' à son tour. L'esclavage ne disparaît pas (il est toujours permis de mettre en esclavage des non-chrétiens en Chrétienté et des non-musulmans en Islam), mais devient marginal comme rapport de production – avant d’être rétabli dans les colonies d'outre-mer pour les indigènes et les Africains à partir du 16e siècle… pour les besoins de l’accumulation primitive capitaliste ( !), sous les hourras des penseurs ‘libéraux’ de l’époque (du hollandais Grotius aux anglais Locke et Smith, des ‘pères fondateurs’ américains Washington, Franklin, Adams ou Jefferson aux français Voltaire ou Tocqueville) ; tandis que l'Europe de l'Est, pour 'donner le change', remettait ses paysans dans un servage de fer[1]... Nous reviendrons sur ces ‘paradoxes’ de l’’humanisme’ libéral de l’époque moderne.  
gran al andalusWeil souligne ici à juste titre comment la pensée grecque classique, qui avait profondément imprégné les rives orientales de la Méditerranée, 'accouplée' au monothéisme hébreu, a été directement la matrice de la religion/idéologie chrétienne (et tout autant de la religion/idéologie islamique) ; contrairement aux affirmations de 'philosophes' bobos, se croyant 'rebelles' et 'géniaux' à la Michel Onfray, faisant du christianisme et de l'islam des 'tsunamis' obscurantistes balayant les 'lumières' antiques - poursuite acharnée de l'erreur théorique anti-matérialiste fondamentale des Lumières, et des pré-Lumières ('Renaissance', classicisme) depuis le 16e siècle : Grèce et Rome antiques sacralisées (en ignorant délibérément leurs contradictions fatales) ; 'invasions barbares' et triomphe du christianisme et de l'islam ouvrant un 'âge des ténèbres'. Weil rappelle, en passant, que le christianisme s'est toutefois 'dénaturé' en devenant, sur les derniers siècles (à partir du 4e), la religion d’État de l'Empire romain finissant puis de son hériter byzantin, d'où, dès cette époque, la multiplication des 'hérésies' (arianisme, nestorianisme, monophysisme, gnosticisme etc.) contestant (sous couvert de théologie) le dogme officiel fixé au concile de Nicée (325 ap. J-C) ; tandis que dans les campagnes d'Europe profonde, le paganisme résistait et résistera encore pendant des siècles, sous le nom de 'sorcellerie'... L'islam, au contraire, 'surgi du désert' sans prévenir au 7e siècle, et doté (en plus) d'un véritable programme politique de gouvernement, aura cette dimension 'révolutionnaire' qui lui permettra la conquête rapide d'immenses territoires sur les Byzantins, les Perses et les Wisigoths (en Espagne) ; les populations se ralliant massivement aux 'envahisseurs' (en particulier les communautés 'hérétiques', comme les ariens d'Espagne).

3-Saint-Sernin-3Aux 10e-11e siècles, la reconstruction est achevée et c'est alors (au nord de la Méditerranée) l'âge ROMAN et la 'Renaissance médiévale', la 'vraie Renaissance' selon Weil : l'apogée du mode de production féodal en tant que mode de production supérieur aux précédents, porteur de progrès pour l'humanité euro-méditerranéenne. Une Renaissance dont l'Occitanie d'alors est un très important CENTRE ; lié via la Catalogne à l'Andalus ibérique, via les Alpes à la péninsule italienne, et via l'Arpitanie (alors 'royaume de Bourgogne') à l'Europe rhénane. Weil aborde cette période dans son texte sous l'angle de l'organisation socio-politique, de l'art (religieux) et de la littérature/poésie (courtoise), etc. etc. - bien sûr, tout cela est décrit à travers le prisme de son idéalisme catho-mystique, donc forcément très éloigné d'une analyse scientifique marxiste (analyse des classes, de leurs relations et de leurs contradictions, du pouvoir politique et de la 'conscience collective' - dont la culture, l'art font partie - comme 'gestion' de ces relations et contradictions etc.).
Weil nous dit ensuite : "Il y avait encore alors un lien vivant avec les traditions millénaires que de nouveau aujourd'hui nous essayons de découvrir avec peine, celles de l'Inde, de la Perse, de l’Égypte, de la Grèce, d'autres encore peut-être. Le XIIIe siècle coupa le lien. Il y avait ouverture à tous les courants spirituels du dehors. Si déplorables qu'aient été les croisades, du moins elles s'accompagnèrent réellement d'un échange mutuel d'influences entre les combattants, échange où même la part des Arabes fut plus grande que celle de la chrétienté. Elles ont été ainsi infiniment supérieures à nos guerres colonisatrices modernes. À partir du XIIIe siècle l'Europe se replia sur elle-même et bientôt ne sortit plus du territoire de son continent que pour détruire". Nous ne sommes pas d'accord. Pour nous, le début des Croisades (1095) marque de fait l'entrée dans la première crise générale du mode de production féodal, dont elles sont en fait une 'soupape' qui prolonge, pour un siècle encore, la Renaissance médiévale romane. Le mode de production féodal, qui connaît son apogée au 11e siècle, a traversé en réalité deux crise générales, entrecoupées par ce que l'on appelle classiquement la 'Renaissance' : la première de la fin du 11e jusqu'au milieu du 15e siècle (Croisades, deux 'Guerres de Cent Ans' en Europe occidentale etc.), avec une petite stabilisation vers la fin du 13e/début du 14e siècle ; la seconde du milieu du 16e jusqu'au début du 19e siècle (avec les Guerres de Religion, la Guerre de Trente Ans puis toutes les guerres européennes de Louis XIV et Louis XV jusqu'à la Révolution et l'Empire ; et la première grande expansion coloniale de l'Europe), là encore avec des périodes de stabilisation de quelques décennies maximum. La première donne naissance à l’État moderne (absolutiste) ; la seconde se 'résout' par les révolutions bourgeoises et donne donc naissance à l’État bourgeois (contemporain).

Maintenant, il est vrai que l'époque des Croisades a été marquée par une interpénétration intellectuelle, qu'elle s'est caractérisée par une importation (par pillage violent !) en Europe de connaissances scientifiques et techniques voire (même) de conceptions humanistes du monde musulman attaqué, choses que l'on ne retrouve pas dans les conquêtes coloniales du 16e siècle jusqu'à nos jours, avec un Occident sûr de lui et 'supérieur', qui prétend 'civiliser' les peuples qu'il soumet.

1726705-cathedrale notre dame de rouen-rouenEt entre les deux, que s'est-il passé ? Weil nous dit que "À partir du XIIIe siècle l'Europe se replia sur elle-même et bientôt ne sortit plus du territoire de son continent que pour détruire", et que "Le moyen âge gothique, qui apparut après la destruction de la patrie occitanienne, fut un essai de spiritualité totalitaire. Le profane comme tel n'avait pas droit de cité. Ce manque de proportion n'est ni beau ni juste; une spiritualité totalitaire est par la même dégradée. Ce n'est pas là la civilisation chrétienne. La civilisation chrétienne, c'est la civilisation romane, prématurément disparue après un assassinat. Il est infiniment douloureux de penser que les armes de ce meurtre étaient maniées par l'Église. Mais ce qui est douloureux est parfois vrai. Peut-être en ce début du XIIIe siècle la chrétienté a-t-elle eu un choix à faire. Elle a mal choisi. Elle a choisi le mal. Ce mal a porté des fruits, et nous sommes dans le mal. Le repentir est le retour à l'instant qui a précède le mauvais choix." : eh oui ! L'âge gothique (13e-15e siècles) voit la mise en place des États modernes et, dans chacun de ces États, l’Église passe au service du pouvoir monarchique ; elle perd son caractère 'universaliste' euro-méditerranéen pour devenir un pur 'bras' de l'appareil d’État, elle devient donc ce que Weil appelle 'totalitaire'. C'est l'époque où naît l'Inquisition, laquelle, contrairement à ce que l'on pense souvent, n'est pas un instrument du pape, indépendant voire en contradiction avec les monarchies : elle a un caractère national et agit totalement au service des jeunes États modernes, comme ce qu'il convient d'appeler une police politique, une Gestapo agitant de manière politique les accusations d'hérésie, de sorcellerie, de 'sodomie' et autres joyeusetés. Bernard Gui (début du 14e siècle), de naissance limousine, sévit en Occitanie pour le compte de la monarchie capétienne ; tomas de torquemada Torquemada (fin du 15e siècle), castillan, sévit dans la péninsule ibérique pour la monarchie de Castille-Aragon ; etc. etc. [on peut aussi évoquer, plus tard (1609), la 'chasse aux sorcières' en Pays Basque (Lapurdi), menée par les collabos bordelais d'Espagnet et de Lancre - ce dernier lui-même d'origine basque souletine...]. Là où, par la suite, c'est le protestantisme qui deviendra religion d’État, il existera également des formes d''inquisition protestante', comme le montrent les procès en sorcellerie de Salem, en Nouvelle-Angleterre (colonie anglaise d'Amérique du Nord), tandis qu'à Genève, Calvin fera brûler vif Michel Servet, opposant politico-théologique aux thèses radicales.

En réalité, les choses se sont déroulées comme suit :

- L'ÂGE ROMAN (950-1200) correspond à la Renaissance médiévale, 'âge d'or' et apogée du mode de production féodal. Le régime seigneurial (éventuellement ecclésiastique) exploite la terre, première source de reproduction des conditions d'existence, de manière plus ou moins brutale (servile) ou 'libre' (alleutière) selon les régions (en fait, selon les climats et la fertilité des sols). Les artisans transforment la matière en marchandise ; les commerçants la commercialisent : le capitalisme apparaît. L'Église se charge d'encadrer et de 'pacifier' les comportements sociaux ('Paix de Dieu' etc.). La société est cohérente ; il y a des contradictions bien sûr mais la complémentarité des fonctions dans l'organisation sociale productive est principale ; et, lorsque les conditions climatiques et la fertilité des sols (forces productives essentielles à l'époque !) le permettent, comme en Occitanie ou en Andalousie, l'on atteint de hauts degrés de civilisation et de 'bien-être général', peut-être sans précédent dans l'histoire (Weil évoque fréquemment la Grèce antique, mais en est-elle si sûre ? 90% de la population de celle-ci n'était-elle pas esclave ou semi-esclave ?). Cette période donne naissance aux nations modernes/contemporaines ; comme la Nation occitane. Mais tout cela est forcément éphémère et, à un moment donné, le mode de production féodal va atteindre ses limites et voir ses contradictions exploser.

- L'ÂGE GOTHIQUE (1200-1450) correspond à la première crise générale de la féodalité qui va Assassinat Etienne Marcel donner naissance à l’État (et à l'époque) moderne, à l'absolutisme. Comme tout mode de production ayant atteint les limites de ses capacités historiques, la féodalité tend à la concentration par élimination : elle tend à l'accumulation de domaines entre quelques mains dynastiques, de manière de moins en moins pacifique (mariage, achat) et de plus en plus violente (guerre, conquête). Toute classe ou fraction de classe appelée à jouer un rôle historique à un moment donné produit son 'grand dirigeant', son 'homme providentiel' ; et la fraction de la classe aristocratique constituée par la maison capétienne et ses fidèles va le produire en la personne du roi Philippe II Auguste : en un peu plus de 40 ans de règne, celui-ci va étendre l'imperium (autorité effective) des Capétiens d'une région située entre la Loire, la Somme et la Meuse (à l'Ouest de la Touraine et de la Normandie), jusqu'à... l'actuel Hexagone entier, sauf les régions à l'Est de la Meuse, de la Saône et du Rhône, et un petit l5xyx6ko7wqbj1p8bi-474px-france 1154-frréduit (anglais, Plantagenêt) en Gascogne. Il donne naissance à la France dont il devient le premier roi, et non plus un symbolique 'roi des Francs occidentaux'. Il conquiert directement l''Empire plantagenêt', qui s'étendait de la Normandie aux Pyrénées en passant par l'Anjou, le Poitou etc. ; et indirectement, par le biais d'une 'Croisade contre l'hérésie albigeoise', l''Empire' arago-toulousain qui s'étendait du Rhône à la Garonne et du 'Massif central' aux Pyrénées. Ses successeurs (Louis VIII, 'Saint' Louis IX, Philippe III et Philippe IV le Bel) poursuivent et consolident son œuvre (mettant également la main sur le Dauphiné, la Provence, la région lyonnaise etc.). Après la mort de Philippe le Bel, les rois d'Angleterre (ses descendants par sa fille) tenteront de s'emparer de l’œuvre en invoquant cette filiation, mais ils seront mis en échec par la branche cadette des Valois et définitivement expulsés du continent.

Conquetes Philippe AugusteDe son côté, comme chacun-e le sait, le capitalisme ne peut se développer que dans la concurrence : un capitaliste ne peut JAMAIS accumuler et valoriser 'mieux' son capital autrement qu'aux dépens des autres. Et, dans ce processus que nous venons de décrire... les capitalistes, les grands bourgeois de Paris et alentours, ayant les faveurs de la maison capétienne, vont évidemment profiter de l'expansion territoriale, de l'accumulation de domaines de celle-ci ; tandis que, de leur côté, les bourgeois 'de second rang' des territoires conquis vont, souvent, pactiser avec elle contre les très-grands-bourgeois ayant les faveurs du comte ou du duc local (des petits féodaux mécontents pactiseront aussi pour les mêmes raisons).
Le même processus s'accomplit dans les autres régions de l'Europe ; sauf en Italie (où des tentatives, comme celle des Médicis conseillés par Machiavel, se heurteront à l'opposition papale soutenue par l'Autriche et l'Espagne, à la Contre-Réforme, à la rivalité des grands empires maritimes de Venise et Gênes etc.) et en Allemagne, où la Réforme achève la désagrégation politique commencée au 13e siècle (il y aura deux grands États moderne, l'Autriche et la Prusse, dont la conclusion de la lutte sera la naissance des États contemporains d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie - laquelle disparaît en 1918).
Lorsque le processus s'achève, l’État moderne, ainsi constitué par le 'mariage' du féroce ost (armée royale) et des grands capitalistes/argentiers de Cour, apparaît nettement comme l'appareil/cadre politico-militaire adéquat dans lequel le développement capitaliste va pouvoir se poursuivre et (même) s'accélérer [de leur côté, les éléments féodaux et cléricaux suffisamment 'pragmatiques' y trouvent LouisXjuifscharte-copie-1.jpgun cadre de survie, au sein de l'appareil qui leur offre moult 'niches écologiques']. Car il ne faut pas oublier que, contrairement au noble, le bourgeois, à l'origine, n'est par définition pas un guerrier : la totalité de son activité est consacrée aux 'affaires'. Les villes, certes, ont leurs milices bourgeoises et peuvent parfois se défendre vaillamment, mais de là à 'tenir' un État de la taille de la 'France', de l'Angleterre etc., c'est une autre paire de manche... Or, la force armée est l'instrument indispensable pour qu'une classe dominante puisse défendre ses intérêts, contre ses concurrents comme contre ceux qu'elle exploite - et qui se révoltent. C'est donc l'aristocratie qui se verra 'déléguer' cette tâche, sous l'absolutisme (aristocratie pro-monarchie) et même encore longtemps après les révolutions bourgeoises, lorsque la bourgeoisie sera seule au pouvoir : les aristocrates sont encore très nombreux dans le corps des officiers en Europe lors de la 2de Guerre mondiale, les meilleurs officiers de la Guerre de Sécession américaine sont les planteurs esclavagistes du Sud, vaincus seulement par la supériorité du nombre, etc. etc. Le bourgeois n'est d'ailleurs pas non plus, pour les mêmes raisons, un idéologue... C'est fondamentalement un cynique, qui ne croit qu'en l'accroissement de son capital. La tâche d'encadrement idéologique de la société, il va donc pendant longtemps la confier à l’Église, qui, selon les propres mots d'Adolphe Thiers, "propage cette bonne philosophie qui apprend à l'homme qu'il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l'homme : jouis" ; faisant d'elle une religion d’État qu'elle n'était pas en l'An 1000 (où l’État tel que nous le concevons, de toute manière, n'existait pas !)[2]. Il est en fait possible de dire que, depuis les débuts de l'accumulation capitaliste, toute la praxis idéologique/culturelle de la bourgeoisie est en définitive rambo10une quête de sa 'virilisation' comme classe dominante (alors que la 'virilité' du seigneur médiéval 'coulait de source') ; d'abord par la quête de l'anoblissement (sous l'Ancien régime, mais très vite 'noble' devient synonyme de 'parasite décadent'), puis par des 'épopées' militaires (guerres de Cromwell avec sa New Model Army, guerre d'indépendance US, guerres révolutionnaires et napoléoniennes - Valmy, Grande Armée et tout le tralala ; guerres de l'Unité italienne et allemande, conquêtes coloniales, conquête de l'Ouest américain etc.), tentant d'établir un parallèle avec des 'mythes' du passé (Sparte, Rome, les Germains et les Chevaliers Teutoniques, etc. etc.) ; et la recherche, également, d'une idéologie cohérente et 'englobante', 'totale'. Le fascisme (et l'impérialisme en général) ne seront pas autre chose, avec la brutalité sauvage de ce stade où le capitalisme a perdu absolument tout caractère progressiste.

- IL Y AURA TOUJOURS DES CONTRADICTIONS PAR LA SUITE ; et, après la période communément qualifiée de 'Renaissance' (milieu 15e-milieu 16e siècle), la féodalité entre une nouvelle fois en crise générale (cette fois-ci, les classes féodales sont devenues totalement parasitaires, elles n'ont plus aucune utilité sociale à moins de se transformer en capitalistes - agraires, par exemple... guerresreligionmais en France, édits et ordonnances se succèdent aux 16e et 17e siècles pour le leur interdire, sous peine de perdre leurs privilèges et d'être 'ramenées en roture'). Ces contradictions vont notamment éclater dans les Guerres de Religion, qui marquent souvent, que ce soit du côté 'huguenot' ou du côté de la Ligue, l'expression d'un refus du centralisme et de l'absolutisme monarchique dans les terres conquises depuis le 13e siècle : l'Occitanie, l'Arpitanie et l''Ouest' poitevin-saintongeais et normand deviennent des bastions de la Réforme ; tandis que la Provence, la Bretagne, la région lyonnaise, la Picardie ou encore la Bourgogne deviennent des bastions catholiques anti-protestants, en même temps que Paris et sa région qui contestent également l'absolutisme ; les uns accusant la monarchie d'être trop anti-protestante, les autres de ne pas l'être assez. CEPENDANT, on notera qui si la politique du roi peut à tel ou tel moment être violemment contestée, le principe monarchique et le principe de l'unité du royaume n'est jamais remis en question : l'on défend ses 'libertés' locales (privilèges)... ou l'on dénonce celles du voisin, on déplore que le roi écoute de 'mauvais conseillers' ; on souhaite, au pire, qu'il passe rapidement à trépas et que lui succède un fils plus avisé (quitte à lui 'forcer' un peu la main, ce que fit Ravaillac...) ; mais JAMAIS l'on ne remet en cause le Royaume de France en tant que tel, qui apparaît sans l'ombre d'un doute comme le cadre politico-militaire dans lequel, à la fois, la bourgeoisie capitaliste peut se développer et l'aristocratie et le clergé prolonger leur existence sociale. C'est l'époque où, dit Weil, "Richelieu, dans son travail d'unification, eut tué en France tout ce qui n'était pas Paris" et où "Louis Richelieu1XIV imposait à ses sujets une soumission qui ne mérite pas le beau nom d'obéissance"... Lorsque la Révolution bourgeoise viendra balayer ces privilèges anachroniques et parasitaires, elle ne remettra pas non plus en cause ce cadre essentiel à son existence : d'abord, parce que la bourgeoisie révolutionnaire n'était majoritairement pas républicaine (mais pour une monarchie libérale/constitutionnelle/parlementaire ou une 'solution Bonaparte'), jusqu'en 1870 en tout cas ; ensuite, parce que même la bourgeoisie républicaine, la plus 'avancée', 'démocratique-radicale', mettra en avant, en lieu et place de la 'souveraineté de droit divin', la 'République une et indivisible' comme cadre du 'progrès' dont elle remplissait (comme toutes les autres fractions bourgeoises) ses coffres-forts. L'alliance objective entre cette bourgeoisie 'radicale' et le mouvement ouvrier naissant contaminera durablement ce dernier avec les conceptions de la première (c'est très net, notamment, dans les déclarations des Communes de 1871), en Hexagone mais aussi internationalement. L''accord de principe' sur la 'République une et indivisible' est encore aujourd'hui une passerelle essentielle entre les franges droitistes, opportunistes du mouvement ouvrier (les plus corrompues par les bénéfices de l'impérialisme !) et la 'gauche' de la bourgeoisie... voire le fascisme, lorsque celui-ci se présente comme 'ni droite ni gauche', 'social' etc. !

dragonnades- LE CAPITALISME SE DÉVELOPPE DONC pendant toute cette période entre la fin du 15e et la fin du 18e siècle, réalisant son ACCUMULATION PRIMITIVE jusqu'à la Révolution bourgeoise qui permet le 'saut' vers la révolution industrielle. Cependant, même si (pour rester en 'France') de très importants territoires seront encore annexés pendant cette période (ni plus ni moins que l'actuel Nord-Pas-de-Calais, l'Alsace et la Lorraine, plus le Roussillon, la Franche-Comté ou encore la Corse, sans parler de la Savoie, du Comtat/Vaucluse et de Nice annexés après la Révolution !), l'expansion territoriale en Europe même 'sature' : tout simplement parce que cela veut dire... se heurter à d'autres États modernes, dans des guerres longues, meurtrières et coûteuses, pour des gains territoriaux très en dessous de l''investissement'. C'est donc HORS D'EUROPE que vont se poursuivre (en symbiose) l'accumulation de domaines par les maisons monarchiques (féodalité totalement dépassée historiquement, parasitaire) et l'accumulation primitive du Capital. Évidemment, l'une comme l'autre vont se faire avec une brutalité sans précédent, et sans commune mesure avec les Croisades qui n'étaient pourtant pas, elles-mêmes, des parties de plaisir... C'est ce que dit Weil lorsqu'elle dit que "à partir du XIIIe siècle, l'Europe se replia sur elle-même, et bientôt ne sortit plus du territoire de son continent que pour détruire" : en effet, la construction des États modernes est un processus long, laborieux et souvent guerrier, où les grandes dynasties construisent leurs "États-nations" (en réalité, leurs États/cadres 03 ventepolitico-militaires où une nation - les grands possédants d'une nation - en dominent d'autres) ; et ce processus tend à fermer les États en construction sur eux-mêmes, mettant fin à l''universalité chrétienne' euro-méditerranéenne qui prévalait en l'An 1000, et a fortiori aux relations extra-continentales. Il ne faut pas oublier que cette période est aussi la phase de transition où, comme l'explique Samir Amin, l'Europe cesse d'être une périphérie d'un 'système-monde' dont le Centre s'étend du Maghreb à la Chine en passant par le Machrek, la Perse et l'Inde, pour devenir le Centre du nouveau monde moderne post-1500 : comme le dit Weil, elle se replie quelques siècles (200 à 250 ans) sur elle-même (en fait, chaque État en son sein se replie sur lui-même, ne communiquant avec les autres que par la guerre) ; puis, lorsque l'accumulation primitive capitaliste nécessite d'autres 'terrains' que ceux fournis par le 'Vieux Continent', elle va à nouveau les chercher par delà les mers, mais plus trop vers l'Orient (qui, avec l'Empire ottoman, s'est un temps ressaisi) : ce sera vers 'les Indes', que l'on va aller chercher par la navigation au long cours, le Portugal et la jeune 'Espagne' ouvrant le bal à peine achevée la 'Reconquista' de la péninsule par la prise de Grenade... L'Europe sort alors à nouveau de son continent, mais exclusivement "pour détruire" - ou plutôt, pour asservir.

françois 1Cette période coïncide, sur le continent même, avec ce que nous appelons communément la 'Renaissance'. De cette 'Renaissance' de 1450-1550, et des siècles qui suivirent, Weil nous dit : "Quelques siècles plus tard eut lieu l'autre Renaissance, la fausse, celle que nous nommons aujourd'hui de ce nom. Elle eut un point d'équilibre où l'unité des deux esprits fut pressentie. Mais très vite elle produisit l'humanisme, qui consiste à prendre les ponts que la Grèce nous a légués comme habitations permanentes. On crut pouvoir se détourner du christianisme pour se tourner vers l'esprit grec, alors qu'ils sont au même lieu. Depuis lors la part du spirituel dans la vie de l'Europe n'a fait que diminuer pour arriver presque au néant. Aujourd'hui la morsure du malheur nous fait prendre en dégoût l'évolution dont la situation présente est le terme. Nous injurions et voulons rejeter cet humanisme qu'ont élaboré la Renaissance, le XVIIIe siècle et la Révolution. Mais par là, loin de nous élever, nous abandonnons la dernière, pâle et confuse image que nous possédions de la vocation surnaturelle de l'homme". Là Montaigneencore, elle a raison : contrairement à la première, la 'vraie' des 11e-12e siècles, cette 'fausse Renaissance' (comme le classicisme louis-quatorzien qui suivra) ne fut pas l'expression spontanée ('d'en bas') d'un mode de production féodal à son apogée progressiste (au regard de l'histoire). Elle fut l'expression d'une féodalité 'pourrissante', historiquement dépassée, à son 'stade suprême' décadent-réactionnaire de concentration du pouvoir féodal sous la forme de l’État moderne ; dans le cadre et à l'abri duquel le capitalisme réalisait son accumulation primitive et, tout à cette préoccupation s'embarrassant fort peu de bons sentiments, était encore loin de son apogée progressiste à lui... Elle fut une 'séquence culturelle' de l'histoire totalement pilotée et encadrée 'd'en haut', par le mécénat des grands monarques ; et la très grande majorité de sa production culturelle, artistique et philosophique (Machiavel, Bodin etc.) est
machiavelvouée à magnifier et justifier l'absolutisme, désormais consolidé. Le développement accéléré du capitalisme... et, déjà, de ses contradictions avec les masses productrices (dont il a cependant conscience, contrairement aux autres modes de production, d'avoir un besoin vital), amène l'émergence d'une certaine pensée 'humaniste', 'contestataire' (de l'absolutisme et des privilèges), 'républicaine' (courants calvinistes de la Réforme, mais aussi courants catholiques comme notamment les Jésuites) voire 'démocratique' (Thomas More, Campanella), qui ouvre la voie aux Lumières (la véritable apogée progressiste du capitalisme) ; mais tout cela reste encore très marginal (et sévèrement réprimé, comme le montre le sort de Thomas More, Campanella, Michel Servet, Giordano Bruno etc.). Comme nous le dit Weil, un 'point d'équilibre' est effleuré, mais finalement pas trouvé - car introuvable. Le courant luthérien (Martin Luther) de la Réforme s’accommode tout à fait de l'absolutisme, et sera fait religion d’État par de jeunes monarchies absolues comme le Danemark, la Suède et la Prusse. Plus 'républicaines', les thèses de Calvin resteront limitées, comme religion officielle, à quelques républiques (ou fédérations de républiques) urbaines aristo-grand-bourgeoises, comme les cantons suisses ou les Provinces-Unies des Pays-Bas. Ce qui est indéniable (et se poursuivra aux siècles suivants), c'est le progrès scientifique et technique de l'époque, avec Ambroise Paré, Galilée, Copernic et d'autres ; mais, en plus de se heurter aux dogmes 'scientifiques' de l’Église, dont l'importance pour l'organisation sociale est encore trop importante pour être ainsi remise en question, ce progrès est rabelaistout entier mis au service de l'absolutisme et de l'accumulation primitive capitaliste que celui-ci abrite sous son aile, quand bien même un 'subversiviste' de l'époque, Rabelais, peut s'écrier que 'science sans conscience n'est que ruine de l'âme'. Ce que Weil explique, de manière alambiquée, c'est que finalement du christianisme l'on rejette l'humanisme roman, pour ne garder que le 'principe d'autorité' ('émanant de Dieu' à travers son représentants sur Terre, le roi) et le 'droit naturel' (qui rejette la tyrannie, mais tout autant l''anarchie', c'est-à-dire la démocratie authentique) ; et de l'Antiquité classique l'on reprend surtout le 'sens de l’État' et de sa magnificence, à laquelle tou-te-s doivent se soumettre sans broncher - les 'classiciste' de l'époque sont en réalité bien plus 'Romains' que 'Grecs'.

Ce n'est donc qu'à partir de la fin du 17e siècle, et surtout du milieu du 18e, qu'émerge massivement, dans ce que l'on appelle les Lumières, une pensée réellement libérale voire rousseau'démocrate-humaniste' ; expression du stade où le développement du capitalisme 1°/ doit à tout prix se débarrasser des vieilles reliques féodales parasitaires, qui empêchent la révolution industrielle, 2°/ a déjà BEAUCOUP de contradictions à gérer avec les classes populaires laborieuses (et le prolétariat naissant), tout en ayant un besoin capital de leur alliance contre les forces féodales (et en ayant, on l'a dit, contrairement aux modes de productions précédents, conscience de ces contradictions qui 'creusent sa tombe'). Pour autant, le refus (fondamental) de remettre en cause la propriété privée des moyens de production et la liberté 'sacrée' d'entreprendre laisse, en pratique, les idées démocratiques/humanistes les plus radicales au stade du vain mot... Depuis lors, l'histoire des deux derniers siècles est en dernière analyse sous-tendue par la contradiction entre ces idéaux démocratiques, égalitaires et 'fraternels' que la bourgeoisie a utilisés pour prendre le pouvoir pour elle seule, et la réalité, qui est le pouvoir absolu du détenteur capitaliste de moyens de productions et/ou de capital financier sur la société. La solution de cette contradiction résidant évidemment dans l'élimination du second, c'est à dire la Révolution prolétarienne : ALORS, comme nous l'enseignent les marxistes depuis plus de 150 ans, la 'démocratie' qui règnera aura bien plus de réalité et de sens que tout ce qu'ont pu promettre aux masses les plus 'radicaux' des révolutionnaires bourgeois. 4-5-46264.jpg Mais, nous l'avons vu, au moment où elle écrit ces lignes, Weil a totalement rejeté cette perspective, au profit un idéalisme catho-humaniste de 'contrat social' basé sur le 'consentement' et non 'la force' ; un 'consentement' (elle dit 'obéissance') qui serait finalement le reflet terrestre du lien à Dieu - ce Dieu auquel on obéit, non parce qu'il nous pointe une arme dessus, mais parce qu'il est Dieu... Toute la belle démonstration tombe à plat, dans un tortueux salmigondis philosophico-mysticoïde où tout repose sur la 'pureté' de l''idée' (elle parle d''inspiration' ou de 'révélation'), qui tomberait 'du ciel' (en l'occurrence, de Dieu). L'Occitanie de la 'Renaissance médiévale', nous dit-elle, ne H063 Monfortressuscitera pas : "on l'a, par malheur, trop bien tuée". Elle a là à la fois tort et raison : pour nous non plus, l'Occitanie soumise dans le sang au 13e siècle, l'Occitanie des fiefs féodaux d'Aquitaine, de Toulouse et d'Aragon, ne renaîtra pas à l'identique (ce serait une absurdité au regard du matérialisme dialectique), et ne renaîtra pas non plus sous la forme d'un État tel que nous l'entendons communément, un État moderne... qu'elle n'a jamais été (voir note de bas de page ci-dessous) et qu'elle n'aurait, selon nous, JAMAIS PU ÊTRE. Comme il a été expliqué dans l'article de Sheisau Sorelh, le 'Sud' occitan (avec ses imprégnations latines, grecques voire orientales, que vomissait le fasciste Céline) a sans aucun doute, dans l'actuel Hexagone, 'inventé' le capitalisme 300px-Cathars expelled(avant même les régions de l'axe Rhône-Saône-Rhin-Meuse), et l'humanisme 'spontané' qui va avec, qui en naît spontanément. MAIS le 'Nord', avec sa féroce féodalité guerrière franque (la 'vraie France', 'germanique et celte' du même Céline : voilà un bel exemple de cette quête de virilité de la bourgeoisie dont nous avons parlé), a fourni et pouvait seul fournir, à ce capitalisme, le cadre politico-militaire lui permettant de se développer au-delà d'un niveau élémentaire ; et il ne pouvait pas en être autrement, car le capitalisme ne PEUT PAS (par nature) en rester à un tel niveau élémentaire. Il en a été ainsi dans toute l'Europe et, finalement, ce furent de nouvelles 'invasions barbares', une nouvelle 'régression féconde' : une nouvelle fois, la 'barbarie', les 'moins civilisés', ont amené aux terres 'plus civilisées' le 'fer' politico-militaire permettant aux forces productives de faire un 'bond'. Le capitalisme, peut-on dire en quelque sorte, produit spontanément de l'humanisme, car il met forcément (par nature) en valeur l'individu, il arrache l'individu aux liens de dépendance et de subordination personnelles (à justification divine), pour mettre en présence un vendeur et un acheteur, en principe égaux... Mais pour se développer, pour faire des 'bonds' (nécessaires) dans l'accumulation et la valorisation de son capital, il doit en permanence piétiner cet humanisme qu'il a précédemment produit.

Weil oppose, au capitalisme monopoliste, impérialiste, militariste et fasciste de son temps, au capitalisme de 'minuit dans le (20e) siècle', un 'autre' capitalisme, le capitalisme tel qu'il aurait été 'si' l'Occitanie médiévale n'avait pas été égorgée par les hordes de Montfort... Pour nous, c'est du complet idéalisme. Cette Occitanie 'ne ressuscitera pas', ce avec quoi nous sommes d'accord... et 18 mars - Art de la Renaissance - Vue de la cité idéale (alors, pour Weil, devenue finalement 'démocrate-chrétienne de gauche', la 'Renaissance médiévale' des 10e-12e siècles, dont cette Occitanie était un des 'centres', renaîtra sous la forme de "l'Europe de la paix et du droit" blablabla ; cette Europe qui, elle n'en doute pas, naîtra forcément de la victoire certaine sur la Nouvelle Bête nazie (Simone Weil est, aussi, considérée comme une 'mère' de l''idéal' européen). Aujourd'hui, cette Europe existe, elle se 'construit' depuis 60 ans... et l'on voit bien ce qu'elle a donné ! Il est d'ailleurs probable que, percevant elle-même l'impossibilité de cet 'idéal', Simone Weil se soit donné la mort, à Londres où elle était auprès de la 'France libre', par refus d'alimentation et de soins (elle était tuberculeuse). Finalement, ce que Weil la parigao en exil écrit ici sur notre Occitanie et sa perspective historique, pourrait tout à fait être repris par nos courants 'euro-régionalistes' petits bourgeois à la POc ou PNO - à vrai dire, il est pratiquement impossible qu'ils n'en aient pas connaissance et ne s'en réclament pas.

POUR NOUS, au contraire, l'Occitanie de la Renaissance médiévale, qui ne renaîtra pas sous la forme d'un État moderne qu'elle n'a jamais et n'aurait jamais pu avoir été, renaîtra sous la forme d'une Fédération socialiste démocratique de Communes populaires (ce qu'envisageait une partie du mouvement 'communard' de 1871), qui sera elle-même un bataillon de la grande Révolution prolétarienne mondiale et, à terme, une (petite) partie de la Cité universelle communiste.

Pour autant, jusqu'au 'crash' européiste-humaniste-catho-de-gauche final, Simone Weil n'en met pas moins impeccablement en avant les 'bonnes' (progressistes) et les 'mauvaises' (réactionnaires, antipopulaires) périodes historiques de l'Occitanie et de la 'France' depuis un millénaire. Puisque nous avons parlé de ces auto-proclamés 'gardiens du temple' marxiste, et puisque nous en avons aujourd'hui même des 'spécimens' sous nos yeux, dans la mouvance marxiste-léniniste-maoïste mais aussi 'ML tout court' ou encore trotskyste, que mettent-ils, eux, en avant ? Ils aiment bien, certes, l'âge roman de la 'Renaissance médiévale'. Mais ils n'en aiment pas moins l'âge gothique, conrad1celui de la construction pseudo-'nationale' totalitaire de l’État moderne absolutiste. Ils mettent, surtout, en avant l'absolutisme, de cette âge gothique aux Lumières (qui, on l'a dit, n'était majoritairement pas républicaines et encore moins démocrates, mais pour une monarchie absolue 'tempérée' par une représentation 'nationale' permanente), en passant par la Renaissance et le classicisme : l'absolutisme, ce mariage de cinq siècles (non sans 'scènes de ménage', certes !) entre une féodalité dépassée et parasitaire (concentrée dans la royauté et sa Cour) et un capitalisme en accumulation primitive sauvage, ne s'embarrassant guère de bons sentiments - à peine gratte-t-on un peu le vernis 'humaniste' d'un Montaigne ou d'un Rabelais, d'un Descartes ou d'un Spinoza, ou d'une poignée d'Encyclopédistes... Ils célèbrent des serviteurs fondamentaux de cet absolutisme, intellectuels comme le grand bourgeois anobli Nicolas Boileau (Enfin Malherbe vint), artistes comme le jardinier royal Le Nôtre ou le bouffon de cour Molière. Ils célèbrent, évidemment, la période révolutionnaire bourgeoise (1750-1850), éclair de lumière où une bourgeoise sûre d'elle-même et de sa position veut faire régner sur l'humanité (enfin, l'humanité 'civilisée', européenne-chrétienne !) le droit au bonheur... mais doit vite, très vite se raviser, car face à elle se dresse déjà la pléthorique 'vile multitude' du jeune prolétariat. Dès lors que le prolétariat révolutionnaire est entré en lice (1848 est la date communément admise), nos 'phares' du marxisme rejettent alors les idéologues de la bourgeoisie, avec des figures comme Victor Hugo etc... peu importe que ces idéologues ne disent absolument rien d'autre, sous une forme 'moderne', que ce que dit la bourgeoisie depuis la 'Renaissance' du 16e siècle (qu'ils encensent) : ne cherchez pas à comprendre ! Pour eux, dans leur compréhension linéaire et antidialectique de l'histoire marxiste, toutes ces phases, 'Renaissance médiévale' après les 'temps obscurs' du Haut Moyen-Âge, construction 'gothique' de l’État moderne, absolutisme, révolutions bourgeoises, s'enchaînent et sont 'nécessaires', elles représentent chaque fois un 'progrès'. Mais, si l'on regarde uniquement les forces productives, les sciences et les techniques, la 'culture' et la 'civilisation' (notions ultra-subjectives s'il en est)... hormis quelques phases comme la décadence de l'Empire romain, la décadence de la monarchie absolue au 18e siècle ou la décadence du capitalisme monopoliste aujourd'hui, QUELLE ÉTAPE HISTORIQUE n'a pas été un 'progrès', quelle étape historique n'a pas été 'nécessaire' ? Elles ont existé précisément PARCE qu'elles étaient nécessaires !!!

Mais peu leur importe que, pour qu'à chaque étape la classe dominante développe les forces productives, il ait dû y avoir des DOMINÉ-E-S ; que ceux et celles-ci aient pu avoir leur mot à dire et, souvent, l'aient dit ; que ceux et celles-ci, les masses populaires, aient aussi LEUR PROPRE HISTOIRE. Et que ce soit cette histoire qui, l'ancien se mettant au service du nouveau, guide les masses du peuple, prolétariat en tête, en Occitanie comme au 'Nord' et dans tous les pays du monde, dans leur titanesque tâche historique de faire triompher le communisme !

communismeRien d'étonnant, en réalité, pour de tels 'marxistes' ; vu que du capitalisme et de toute l'histoire de son développement, LEUR CLASSE EST UN PUR PRODUIT : les 'petits mandarins' intellectuels donneurs de leçons, les fonctionnaires, les profs, les bureaucrates et autres petits chefs 'ouvriers', BREF les petits bourgeois 'français' et occidentaux dont le 'confort de vie' repose sur les épaules de 6 milliards d'exploité-e-s à travers la planète. Quoi d'anormal à ce qu'ils admirent cette période, du 13e au 19e siècle, où derrière le vernis de quatre humanistes qui se courent après (chaque 'bond en avant' du capitalisme, on l'a dit, piétinant l'humanisme qui l'a précédé), apparaît très vite la réalité d'une féodalité absolutiste pourrissante et d'une accumulation primitive capitaliste sauvage se nourrissant dialectiquement l'une de l'autre (jusqu'à ce que la seconde se débarrasse de la première, comme un serpent fait sa mue) ? Il suffit, à vrai dire, de lire leurs positions (sur le Honduras, la Syrie ou quelque sujet que ce soit), pour voir à quel point ils en sont dénués, d'HUMANISME. Qu'ils se réclament de Trotsky ou de Staline, leur matérialisme 'dialectique' est linéaire, leur idéologie est celle du 'progrès', reconvertie en la lamentable 'théorie des forces productives'[3]. Alors que de cet humanisme, produit de ce que le capitalisme a eu de progressiste (libérer la personne humaine des rapports de dépendance personnels 'de droit divin', valoriser l'individu sur un pied d'égalité 'de principe' avec ses semblables) ou alors, de la prise de conscience de ses propres contradictions et de la volonté (impossible) de les résoudre pour y survivre, le marxisme n'est rien d'autre que la systématisation scientifique, portée à un niveau supérieur. Le marxisme est l'ARME SCIENTIFIQUE (jamais vraiment maîtrisée, et finalement rejetée par Weil) du prolétariat révolutionnaire, rendant enfin possible, PARCE QUE scientifique, la réalisation ici sur Terre et dans les tous prochains siècles de ce mot d'ordre phare de l'humanisme chrétien : "les derniers seront les premiers" ; ou, comme disaient les maoïstes chinois, "la révolution, c'est retourner la société comme un gant" !

En vérité, il ne faut pas avoir peur des mots : si une personne du niveau intellectuel de Simone Weil s'est détournée du marxisme pour se tourner vers l'idéalisme religieux... ce sont plutôt les marxistes, en tout cas certains prétendus 'phares' de la pensée marxiste comme ceux précités, qui devraient se remettre en question ; même si l'on sait qu'hélas, l'autocritique, toujours prônée pour les autres, n'est pas vraiment leur fort !

 

SLP dédie, au risque (assumé) de surprendre, cette longue étude à la mémoire du camarade antifasciste assassiné Clément MÉRIC, tombé le 5 juin 2013 sous les coups de merdes fascistes arborant fièrement, dans leurs meetings, croix celtiques et drapeaux tricolores ; hérauts de la ‘France éternelle’ et (sans doute) lecteurs assidus de Louis-Ferdinand Céline. Clément a rejoint dans l’éternité de nos mémoires les milliers de héros, connus ou anonymes, de son Finistère prolétarien natal comme des maquis partisans de notre Occitanie et d'ailleurs. Nous lui dédions cet article car, lorsque l’on découvre certaines connexions, tout ce qui y est dit s’éclaire dans une magistrale illustration ; et apparaît clairement le ventre fécond d’où a surgi la Bête immonde qui a emporté notre camarade.

Nous avons critiqué ici l’idéalisme de Simone Weil, mais nous n’oublions pas qu’il y avait un monde pour lequel elle se battait, le même que nous et que Clément ; et puis il y avait le monde pour lequel se battaient les Céline et les Brasillach, et se battent aujourd’hui les nervis d’Ayoub et de Gabriac, du Bloc identitaire et de Marine Le Pen : deux mondes définitivement antagoniques, et le temps de la GUERRE DES MONDES est désormais venu !

maoc

[1] En Grande-Bretagne, les paysans chassés de leurs terres par les enclosures, devenus ‘vagabonds’, sont quant à eux assignés au travail forcé dans les workhouses, gigantesques ateliers de confection semi-esclavagistes, donnant ainsi naissance au prolétariat britannique ; ou envoyés dans les colonies sous le régime très dur de l’’engagisme’ - indenture (ils y deviendront les ‘petits blancs’). Des choses similaires, mais pas aussi institutionnalisées, existèrent dans toute l’Europe occidentale (ateliers de charité en 'France' et 'engagisme' pour les Antilles ou le Canada, etc.).

[2] L'autorité politique, du seigneur local jusqu'au grand duché et au-delà au roi ou à l'Empereur germanique, et de l'abbé jusqu'à l'évêque, l'archevêque et le Pape, fonctionnait sur un mode de subsidiarité (l'autorité supérieure étant le 'recours' face à l'autorité inférieure) ; le seigneur ou l'autorité religieuse locale étant elle-même souvent un simple 'arbitre supérieur' des communautés villageoises ou urbaines s'administrant elles-mêmes : l'autonomie locale était énorme.

[3] Une fois que le prolétariat... enfin bon, EUX-MÊMES prétendant incarner le prolétariat, a pris le pouvoir, le système politique est 'parfait', 'supérieur' ; tout ce qu'il reste à faire est de développer les forces productives qui sont 'en retard' sur l'organisation politique de la société ; c'est cette contradiction qui est la contradiction principale du 'socialisme' tel qu'ils le conçoivent. Cette théorie a démontré, une fois mise en pratique, être une véritable usine à nouveaux bourgeois, ces bourgeois qui émergent au sein même de l'appareil - Parti, État - révolutionnaire ; car tous les rapports sociaux inégalitaires hérités du passé restent en place voire, même, sont renforcés comme prétendument 'nécessaires' à l'effort productif. Le maoïsme (le vrai, pas le fana-stalinisme vite fait repeint !) nous enseigne au contraire que le développement des forces productives, le 'progrès', ne PEUT PAS aller sans la transformation révolutionnaire de tous les rapports sociaux dans le sens du communisme : la révolution MARCHE SUR SES DEUX JAMBES, le mouvement de l'une accompagnant le mouvement de l'autre. Si l'on ne marche que sur une seule jambe, on ne peut pas avancer. La mise en pratique de cet enseignement fut la Grande Révolution culturelle prolétarienne (GRCP).

Destroy the old world Cultural Revolution poster

 

Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Théorie - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Lundi 10 juin 2013 1 10 /06 /Juin /2013 13:11

 

Voie prolétarienne : Solidarité avec les proches de Clément Méric ; contre les réactionnaires et leurs complices bourgeois : Révolution !

Feu de Prairie : Barbarie et  Les vautours

Redskins Limoges : Communiqué des Redskins Limoges, manif du 8 juin

OC Futur Rouge : Clément, on t'oublie pas, Clément, on te vengera ! 

Coordination des Comités Populaires de Martinique (sur le site de la Cause du Peuple, qui a aussi publié ce message de ses ami-e-s et camarades)

Page Facebook de l'Action antifasciste Paris-Banlieue, où militait Clément Méric.

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Clément tu es tombé, comme tant d'autres avant toi, mais 1000 amis sortiront de l'ombre à ta place !  Et ce jour là tes assassins n'auront plus de repos, ni d'espoir en notre pitié ; ce jour là nous te vengerons !

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Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Réaction, Fascisme & Antifascisme - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Vendredi 31 mai 2013 5 31 /05 /Mai /2013 14:31

 

Le message de solidarité envoyé par Servir le Peuple (auquel se joint Sheisau Sorelh) : Serve the People from Occitany send solidarity to Great Unrest Group for a Welsh Socialist Republican Party.

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Version dans la langue de Villers-Cotterêts (histoire de faire plaisir à monsieur Mélenchon !) :

Camarades, 

Depuis notre Occitanie, terre d’un peuple occupé et périphérisé depuis des siècles par l’entité politico-militaire bourgeoise et impérialiste ‘France’, nous adressons un franc, vif et rouge salut à votre combat, et tous nos vœux de succès dans votre entreprise de construire un Parti Républicain Socialiste de Galles.

‘Républicain socialiste’, voilà qui de notre côté du Channel fleurerait bon les notables ventrus de notre 3e République  ! Mais les matérialistes dialectiques que nous sommes sont tout à fait en mesure de comprendre cela : dans un État britannique qui reste, en plein 21e siècle, une monarchie STA73515.JPGet où celle-ci (jusque dans les plus vulgaires tabloids) est un ‘pilier culturel’ de l’hégémonie bourgeoise au sens de Gramsci, s’affirmer ‘républicain’ revêt effectivement une subversivité que le terme n’a pas dans notre État ‘français’, qui est une république bourgeoise, où le terme de ‘république’ est le maître-mot de la classe dominante (se plier à ses lois et à ses valeurs, c’est être ‘républicain’…), et est associé au sang de la répression des Communes de 1871, aux conquêtes et aux guerres coloniales, à la grande boucherie d’ouvriers et de paysans de 1914-18, aux instituteurs ‘laïcs’ négateurs de nos peuples, interdisant à nos enfants de ‘parler breton/occitan/basque etc. et de cracher par terre’. Et ‘socialiste’ n’a évidemment pas la même signification que dans notre État bleu-blanc-rouge où un Parti de ce nom gère, à intervalles réguliers, le capitalisme impérialiste depuis plus de 80 ans, et véhicule typiquement ces valeurs ‘républicaines’ bourgeoises monopolistes. C’est ce qu’expliquait il y a quelques années un camarade du groupe de solidarité Libération Irlande, dans un entretien avec le PC maoïste de France : « Alors pour résumer, je te dirai que c’est le contraire d’être républicain en France. Ici, ceux qui mettent en avant la république, ce sont les flics et les profs, c’est l’idéologie de l’Etat bourgeois. En Irlande, c’est une idéologie révolutionnaire anticoloniale, un truc qui vient du peuple, qui cherche la confrontation avec l’Etat et les institutions ». Il en va de même en Cymru et dans toutes les îles ‘britanniques’ : être républicain, et socialiste de surcroît, cela reste l’idéologie révolutionnaire de James Connolly d’Irlande, de John MacLean d’Alba !

Ensuite, ceci est et demeure un ‘contenant’ idéologique et le plus important, bien sûr, reste le contenu : la conception du monde (Weltanschauung comme disaient Marx et Engels, qui visitèrent peut-être votre pays lorsqu’ils vivaient en Angleterre) et la stratégie révolutionnaire, ainsi que la merthyr-risingconception de la transition socialiste vers le communisme car, comme chacun le sait et comme les expériences du siècle dernier l’ont hélas prouvé, une fois que le Parti du prolétariat a pris le pouvoir, rien n’est terminé… Cette conception ne peut selon nous qu’être le marxisme révolutionnaire de notre époque : le maoïsme. Mais cela est tout à fait valable pour un Parti qui s’affirmerait directement ‘communiste’, ce que n’importe qui peut faire, comme un certain Prachanda ou un certain Bhattarai au Népal, par exemple. 

En 1831 à Merthyr Tydfil fut levé, dit-on chez vous, pour la première fois dans l’histoire le drapeau rouge. Chaque prolétariat révolutionnaire de la planète a sa légende ; et celui de la ‘vraie France’ (comme disait l’historien bourgeois Jules Michelet vers la même époque), la France du Nord, a la sienne : il aurait été levé pour la première fois sur le Champ-de-Mars à Paris en 1791… par les répresseurs : c’était le drapeau signifiant ‘feu à volonté’ sur la ‘populace’ ; mais ensuite le peuple révolutionnaire se le serait approprié comme sien, par défi. Peu importe... Ce qui est certain, c'est qu’il a flotté à Merthyr Tydfil ; et qu’il a également beaucoup flotté sur notre Occitanie : à l’époque des ‘démocrates-socialistes’ et des ‘républicains radicaux’ de 1848 – lorsque ces termes avaient encore à peu près la même signification que chez vous – et de la résistance au coup d’État bonapartiste de décembre 1851, dont nos terres furent un bastion ; et encore à l’époque des Communes de 1871, qui, en dehors de celle mondialement connue de Paris, se situaient pour la plupart en Occitanie (Marseille, Toulouse, Narbonne, Limoges etc.) ou en Arpitanie (Lyon, Saint-Étienne) : notre hymne occitan de libération révolutionnaire, la Libertat, fut alors composé et chanté pour la première fois.

588px-Elections_de_mai_1849.svg.pngNotre ‘Midi’ occitan, qui n’était pas vraiment la ‘vraie France’ pour les grands capitalistes et autres réactionnaires du Nord, devint alors le ‘Midi rouge’ ; un mot qui résonnait alors aux oreilles de la même manière que ‘Russie’ en Europe autour de 1920 ou ‘Cuba’ dans les Amériques autour de 1960… Ainsi, dans les années 1870, un journaliste conservateur du ‘Nord’ (en fait de Lyon, la ‘porte’ de nos terres occitanes), en ‘expédition’ presque coloniale dans le ‘Midi’, pouvait écrire : « Un peu partout, ces mairies radicales arborent volontiers le drapeau rouge à leur fronton, et, si l’emblème est interdit par le préfet, on roule le drapeau tricolore pour n’en laisser apparaître que le rouge ». Telle est notre réalité historique, et tout cela est parfaitement compréhensible d’un point de vue matérialiste dialectique. 

Car depuis quelques années maintenant, Servir le Peuple et les camarades qui forment à présent Sheisau Sorelh ont analysé en profondeur [1] la manière dont s’est construit, depuis le 13e siècle, l’État dénommé ‘France’, devenu à partir du 17e siècle un Empire colonial ; et les implications de ceci sur la lutte des classes. Nous en avons fait de même, d’ailleurs, avec l’État de vos oppresseurs, le ‘Royaume Uni’[2]. Et nous avons compris qu’en se construisant, parallèlement et au service du développement du capitalisme, ces États ont construit des ‘centres’ (comme typiquement la région de Paris ou le Grand Londres et le sud-est de l’Angleterre) et des périphéries, et que si partout les exploités affrontent pareillement leurs exploiteurs, cet affrontement se déploie, en termes d’intensité, depuis les ‘périphéries’ vers les ‘centres’ : au niveau mondial, depuis le ‘tiers-monde’ vers le ‘G8’ impérialiste ; mais aussi au sein même de ces métropoles impériales, comme revolte_1907_3.jpgles ‘îles britanniques’ ou la ‘France’. Voilà pourquoi notre ‘Midi’ a été et reste en large partie (malgré l’hégémonie idéologique réactionnaire qui s’est renforcée depuis 25-30 ans) ‘rouge’, après avoir été au 16e siècle un bastion du proto-républicanisme protestant (‘Provinces de l’Union’) ; et pourquoi votre Cymru est ‘rouge’, bastion socialiste et anti-monarchique sous le drapeau de Merthyr Tydfil.

À vrai dire, nos deux peuples ne sont pas seulement des périphéries : ils ont aussi été les premières, les  fondatrices. Le Peuple occitan vivait, au 13e siècle, soit sous l’autorité des ducs d’Aquitaine, qui étaient aussi… rois d’Angleterre ; soit sous celle des comtes de Toulouse et de leurs ‘partenaires’ rois d’Aragon-Catalogne. Ils avaient une brillante civilisation, reconnue par tous les historiens dans le monde, et même par Engels lui-même dans un texte de 1849. La première partie fut conquise dans le ‘légendaire’ affrontement entre ‘notre’ Philippe Auguste et ‘votre’ Jean Sans Terre ; c’est d’ailleurs lorsque les Plantagenêt furent expulsés du continent qu’ils commencèrent… à se tourner vers vos peuples celtiques de Cymru, de Kernow, d’Erin et d’Alba, pour les asservir. L’autre partie fut annexée au cours d’une sanglante CROISADE, une véritable guerre d’extermination prenant pour prétexte l’hérésie ‘albigeoise’ cathare ; un peu comme aujourd’hui le ‘terrorisme islamiste’ est pris pour prétexte de la plupart des guerres impérialistes dans le monde. Au terme de ces conquêtes, l’entité ‘France’ était née comme cadre politico-militaire, alors monarchique puis plus tard ‘républicain’, dans lequel le capitalisme naissant réalisera son accumulation primitive : Philippe Auguste devint le premier roi ‘de France’ – et non ‘des Francs’. Plus tard, l’accumulation primitive ira se réaliser outre-mer, donnant naissance à l’Empire, aujourd’hui en grande partie pseudo-‘indépendant’ mais dont il reste quelques morceaux, aux Caraïbes, dans l’Océan indien et dans le Pacifique.dragonnades_huguenots-copie-1.gif

Le Pays de Galles, lui, commença à être soumis, on l’a dit, vers la même époque ; puis il connaîtra en 1536, sous un Henri VIII (pourtant lui-même d’origine galloise ; comme ‘notre’ Henri IV et donc Louis XIII, Louis XIV etc. étaient occitans, Napoléon était corse etc. !) qui mérite toute sa place au ‘panthéon’ des tyrans, le premier de ces ‘Actes d’Union’ qui fonderont le ‘Royaume Uni’ – lui aussi ‘métropole’ d’un Empire qui fut un temps le plus grand de la planète, et à vrai dire la première puissance impérialiste mondiale jusqu’à ce que les USA prennent la ‘succession’ entre 1918 et 1945.

Dans les deux cas donc, l’État moderne puis l’Empire sont nés de l’absorption de nos peuples et, par conséquent, dans une guerre révolutionnaire mondiale qui se déploie des périphéries vers les centres, ils périront forcément de notre libération révolutionnaire ; libération intervenant dans l’union fraternelle avec tous les peuples exploités de la planète, dans la Révolution prolétarienne mondiale. Le ‘coup de grâce’ à deux des plus importants États du G8, ‘membres permanents’ du Conseil de Sécurité de l’ONU, nous appartient : soyons à la hauteur de cette tâche historique d’importance planétaire !

C’est pourquoi la solidarité de nos peuples doit être et sera solide comme l’acier ; tout comme sur la voie du communisme, tous les peuples de la planète sont unis comme les bataillons d’une même Armée ! 


VISCA OCCITÀNIA ANTICAPITALISTA ; VISCA CYMRU LIBRE E SOCIALISTA !

VICTOIRE À LA GUERRE POPULAIRE, POUR LA RÉVOLUTION MONDIALE ET LE COMMUNISME !

 

Servir le Peuple (Serve the People) et Sheisau Sorelh (Sixth Sun) ; médias révolutionnaires maoïstes pour la libération populaire occitane.

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Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Peuples en lutte - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Vendredi 31 mai 2013 5 31 /05 /Mai /2013 12:50

 

3200822_5_dd8a_sur-le-trocadero-lundi-soir_4bcbfe889273e3b5.jpgComme chacun-e s'en souvient, le 13 mai dernier sur le Trocadéro et les Champs-Élysées à Paris, "la fête a dérapé" : des 'casseurs' ont 'perturbé' la cérémonie de remise du trophée de champion (de Ligue 1) au Paris-Saint-Germain, entraînant l'annulation de celle-ci et une polémique qui a inondé les médias et la 'toile' en mode mobilisation réactionnaire de masse. Une mobilisation réactionnaire derrière laquelle se profile en filigrane, encore un fois, outre la 'racaille islamisée des banlieues', un 'loup blanc' qui tend à devenir, depuis quelques années, dans les conversations de bistrot ou d'ailleurs, la véritable 'juiverie internationale' (en terme de mythe réactionnaire) de notre époque : l'émirat du Qatar - et son richissime émir.
On le sait, depuis 2012, la totalité des parts sociales du club de foot est détenue par le Fonds d'Investissement de cette monarchie du Golfe, fonds voué à valoriser les milliards de pétro-dollars (50 à 60 milliards de revenus annuels...) accumulés depuis des décennies, et plus encore depuis le début de l'exploitation du gaz vers 1995, par l'oligarchie de ce pays minuscule (11.600 km², taille de l'Île-de-France, pour 1,8 millions d'habitants dont seulement 200.000 qataris proprement dits), mais colossalement riche, concentrant un Capital au kilomètre carré comme peu d'endroits dans le monde.
Le projet des investisseurs qataris, c'était de faire de ce 'nouveau PSG' ('made in Qatar' comme disent certains médias un peu de droite sur les bords... ou pseudo 'maoïstes') un club 'métissé et populaire', 'black-blanc-beur' comme on aurait dit il y a une dizaine d'années, un 'club des banlieues', 'ces banlieues dans lesquelles investit massivement l'émirat' dixit les mêmes médias - mais aussi, bien entendu, un club 'bon enfant' : exit donc les 'Boulogne Boys' d'extrême-droite comme les 'ultras d'Auteuil' plutôt 'des quartiers' et antifascistes, les uns comme les autres massivement interdits de 6981368524491.jpgParc des Princes. Et l'arrivée en première place du championnat, cette année donc, après 19 années sans titres (et même beaucoup de saisons carrément catastrophiques), devait évidemment
être la 'consécration' de cela. Mais voilà, ce 'beau projet' n'allait forcément pas tarder à se fracasser sur la réalité, que les Qataris ont ignoré ou voulu ignorer : la manière dont s'est construite socialement et culturellement l'Île-de-France actuelle ; et la place qu'occupe le PSG dans le 'dispositif'. Le 13 mai, donc, ce furent 'les violences', la 'fête gâchée' par (toujours selon les mots médiatiques) quelques 'hooligans d'extrême-gauche et d'extrême-droite', mais surtout des 'jeunes casseurs venus des banlieues' : de jeunes prolétaires des quartiers populaires de la 'petite couronne' (92-93-94, un peu 95). Festivités annulées en catastrophe, Delanoë la queue basse, Valls et le gouvernement 'socialiste' (déjà au plus bas des enquêtes d'opinion) mis en cause sous les cris d’hallali de toute la droite et l'extrême-droite... Il n'est même pas impossible, à vrai dire, que les 'heurts' aient été permis par laisser faire, afin de 'torpiller' l'image du 'club qatari' (et de toute manière du gouvernement PS) : l'on connaît les relais dont dispose la 'droite radicale' dans les forces de l''ordre', la préfecture de police etc. Ce qui est certain, dans tous les cas (et que ladite préfecture savait parfaitement), c'est que chaque 'grande manifestation' dans ce secteur de Paris est en fait, à chaque fois, l'occasion d'une venue de ces jeunes prolétaires des 'banlieues' qui viennent (de manière non-conscientisée, non-politisée, mais pas moins concrète) se 'faire Paris', plus précisément, 'se faire' ce Paris entre Tour Eiffel et Arc de Triomphe. Un phénomène que seule notre compréhension scientifique de la construction de l'Hexagone, de chacune de ses régions et de chacune des métropoles en 'Centres' et 'Périphéries' permet de comprendre ; et d'en comprendre la portée subversive (pour le moment spontanée, non-conscientisée, 'tribale' et 'consumériste' nous dirons les réacs, mais bel et bien subversive). Se 'faire Paris', pour ces jeunes prolétaires, est un acte révolutionnaire non-conscientisé comme tel, au même titre que siffler la Marseillaise lors d'un match France-Algérie ou Lorient-Bastia !

la-pyramide-du-systeme-capitalisteLe PSG, lui, est et demeure (malgré tout le 'volontarisme' qatari) le club emblématique de ce Paris-là : pas le Paris de la Commune, non non, pas le Paris de Mai 68 ni le Paris populaire et métissé de la Goutte d'Or et du 9-3 ; mais le Paris du Trocadéro et des Champs Élysées où ont justement eu lieu les 'affrontements', le Paris des avenues scintillantes de boutiques de luxe, des sacs Vuitton et des boîtes de nuits VIP, le Paris bunkérisé de l’Élysée  et des ministères, entre place Beauvau et faubourg Saint-Honoré, le Paris qui se retrouve tous les mois de juin à Roland-Garros, le Paris (aussi) du Quartier Latin avec ses intellectuels médiatiques prétentieux, éventuellement 'de gôôôche'. Le Paris du Pouvoir et du Capital (qui, comme chaque révolutionnaire le sait, ne font qu'un), monstrueux Léviathan engraissé depuis des siècles, de Dunkerque à la vallée d'Ossau et de Mururoa à Tamanrasset, du sang et de la sueur des peuples pris dans ses chaînes. Ce Paris-là, pour bien le distinguer de celui de la Commune et de 68, nous l'appellerons PARYLON (Paris-Babylon).

Il est donc évident qu'il n'est pas, qu'il ne sera JAMAIS possible de faire du PSG, qui a la Tour Eiffel de cet Ouest parisien pour emblème, ce 'club des banlieues' voulu par les Qataris ; le club de ces quartiers populaires dans lesquels s'est accumulée, depuis des siècles, la force de travail venue de toute la 'province' pauvre (Bretagne, Occitanie, Corse, Alsace et Lorraine, Ardennes...), d'Europe du Sud ou de l'Est, puis de l'Empire fraîchement dé/néo-colonisé - à vrai dire, longtemps, on a soutenu dans ces quartiers... l'Olympique de Marseille, ou d'autres clubs de 'province' comme les Verts de Saint-Étienne, le club de la région d'origine où l'on a 'gardé des racines', ou alors l'on s'est plutôt passionné pour la sélection nationale du pays d'origine etc. : tous les clubs de foot sont des machines à fric, mais peu ont suscité autant d'indifférence voire d'hostilité dans les classes populaires de leur propre région (il suffit de voir, en contre-exemple absolu, l'OM dans toute la Provença hors Côte d'Azur, et même dans la vallée du Rhône jusqu'à Valence, presque à Lyon !).

Et cela se comprend parfaitement, car le PSG qui depuis le début (en 1970, c'est l'un des clubs les plus récents d'Hexagone) se veut 'le club de Paris', selon le mythe de 'la seule grande capitale européenne qui n'avait pas son grand club' (ce qui est faux, il n'y a pas de club 'de Londres' par exemple), ne prend pas seulement place dans la construction sociale-politique-culturelle Île-de-France, mais dans la construction 'France' toute entière, avec sa 'province' et son 'Empire' [qui dit 'province' dit de toute manière Empire, puisque provincia en latin signifie 'pays conquis', de vincia ->vincere->vaincre, conquérir ; l'on a simplement pris l'habitude de réserver le terme 'Empire' aux terres ultramarines]. Qui donc 'représente' le PSG ? Pas, jamais les 'banlieues populaires et métissées' d'Île-de-France. Ceux que le PSG 'représente', ce sont plutôt les 5 déciles supérieurs de revenu (les 50% les plus riches) d’Île-de-France, région la plus riche d'Hexagone : l''Hyper-Centre' de la construction capitaliste 'France'.

Une construction dans la sueur de l'exploitation et le sang des conquêtes, voilà ce dont être 'le club' de PARYLON signifie être l'emblème ; et voilà qui explique tant les banderoles vomissant le mépris des supporters nazillons du PSG, que tout le bien que les masses populaires de 'province' comme des 'banlieues' d'Île-de-France pensent de ces derniers [ajoutons au passage que le PSG et ses 'Boulogne Boys' ont leurs pitoyables imitateurs, jusque dans les couleurs, en l'Olympique lyonnais et ses 'Bad Gones', Lyon s'étant construite depuis des siècles comme le grand 'Centre relais', la 'capitale de la province', le 'petit Paris' aux portes du 'Midi' occitan-arpitan ; et plus largement dans tous les petitss 'centres relais' régionaux du capitalisme BBR en Hexagone, comme Reims, Rouen, Lille etc.].

Des banderoles au suprématisme d'hyper-centre odieux, dont le florilège devrait suffire (mais peut-être en faudra-t-il plus à certains trotskystes, anarchistes, 'marxistes-léninistes' ou 'maoïstes') à illustrer ce que nous disons depuis des années :  

bienvenuechezleschtisLa ‘fameuse’ banderole anti-ch’tis…   

2430197225 be64299449Le supporter du PSG est ‘aryen’, le Marseillais est un ‘mexicain basané’ : on-ne-peut-plus évocateur !

2430197049 d82f6819352431012404 653101ab45Banderoles anti-stéphanoises des supporters ‘Bad Gones’ de l’OL

2430198005 b7f60a63d92431011872 3e810753b0Banderoles de Rouen, ‘centre-relais’ bourgeois de la Normandie, contre Le Havre, bastion ouvrier et populaire

2430197767 09fa8f406eReims (capitale bourgeoise de la Champagne) contre les ‘paysans’ ardennais de Sedan

Des 'vannes' qui peignent sous nos yeux toute l'Histoire de la 'France' telle que nous l'avons analysée, disséquée ici sur Servir le Peuple, média révolutionnaire maoïste qui se veut au service de la Libération occitane et de celle de tous les peuples de l'Hexagone (la Libération des peuples d''outre-mer' allant, en principe, de soi pour qui se prétend 'révolutionnaire'...).

Une histoire dans laquelle, au départ, il ne faut pas l'oublier, il y avait les peuples du Nord, d'Île-de-France et de l'Orléanais, de Champagne et de la Beauce, du Vermandois future Picardie et de l'Artois futur ch'Nord - les actuels "chômeurs, pédophiles et consanguins". Pas des alleutiers relativement libres comme en nostre Occitània, mais des serfs quasi-esclaves et affamés, qui en versant leur sueur et mourant de faim réalisaient la première de toutes les accumulations primitives : celle de protéines et autres glucides pour remplir les estomacs de nos envahisseurs. Et ce qui n'allait pas dans les estomacs devenait monnaie ; et de monnaie devenait armes, chevaux et armures pour nous égorger. Lorsque notre sang enfin fut séché, ce fut notre tour de verser notre sueur ; et de celle-ci jaillirent de nouvelles armes pour aller mettre dans les chaînes nos frères les Bretons, les Franc-Comtois, les Lorrains ou les Corses ; des bateaux à voile pour arracher nos futurs frères antillais et réunionnais à leur Afrique natale ; puis des bateaux à vapeur, des baïonnettes et des canons pour aller asservir l'Afrique elle-même ; et en ramener, lorsque de guerre en guerre nos enfants venaient à manquer, quelques paires de bras pour les usines ou les champs - ces 'immigrés' que l'on nous apprend aujourd'hui à détester pour (sans doute) nous sentir pleinement 'français'. Pendant ce temps-là, au Nord c'était les corons et les taudis ouvriers, la silicose et les fusillades ; mais dans les mairies, comme le dit la chanson, il y avait un portrait, celui de nostre Joan, Jaurès l'Occitan, la voix des affamé-e-s roulant comme les eaux impétueuses de son Tarn natal ! L'on s'y souvenait encore, parfois, que le chant des volontaires marseillais de l'An I, devenu hymne de la République bourgeoise, appelait à l'origine à faire couler le sang des tyrans ; pas des Communards, pas des ouvriers et paysans allemands et pas des 'sauvages' berbères ou kanaks à 'civiliser'... Et dans la nuit de la kollaboration, tandis qu'entre Trocadéro et Champs Élysées on célébrait la 'Révolution nationale' et la mort du Front populaire, les dérailleurs de trains d'Amiens parlaient d'un lointain 'préfet du maquis' sur ses hautes terres limousines...

Voilà du haut de quoi le supporter fasciste du PSG (et son misérable siamois de Lyon, 'capitale de la province', de l’Église gallicane, de la Résistance bourgeoise... et de la kollaboration !) lance ses invectives. Mais voilà aussi du haut de quoi les ch'tis "chômeurs, pédophiles et consanguins", les Stéphanois (consanguins) qui "crevaient dans les mines" pendant que "les Lyonnais inventaient le cinéma" (que l'un n'ait pas pu aller sans l'autre ne leur vient pas à l'esprit) et les Occitans "cuves à pastis", "feignasses professionnels", "baiseurs de chèvres", mexicains sodomisés et autres "capitale algérienne de l'inculture", "bâtards méditerranéens, Narbonoïdes dégénérés, nervis, félibres gâteux, parasites arabiques que la France aurait eu tout intérêt à jeter par-dessus bord (...) rien que pourriture, fainéantise, infect métissage négrifié" (disait un certain Louis-Ferdinand Céline[1]) que nous sommes... ON LES EMMERDE !

Le chômeur pédophile et consanguin des corons du Nord est et sera toujours définitivement notre frère ; comme ne le seront JAMAIS nos caciques 'méridionaux' à la Frêche, Gaudin, Mariani ou Chauzac et nos oncles Tom à la Roudier, Bompard et Vardon ; et a fortiori JAMAIS les 'Boulogne Boys' et autres 'Bad Gones' des Babylones du Capital ! Qu'il sache, ce frère des brumes, que ces détritus humains-là, nous, Occitans, serons en première ligne quand il s'agira de les FUSILLER !!

Prisonniers dans les chaînes d'un même État, appareil politico-militaire et idéologique de leur exploitation, les peuples de l'Hexagone sont les doigts d'un poing uni ; dressé contre toi PARYLON !

NB : il ne s'agit nullement, ici, de 'prendre parti' pour tel ou tel club contre tel ou tel autre. Les clubs de foot sont TOUS, sans exception, d'énormes machines capitalistes et des instruments de 'défoulement' 'tribal' et patriarcal, 'localiste' et interclassiste, l'on dirait communément 'beauf', qui détournent les masses de la lutte révolutionnaire. Mais même dans ce cadre, toute pensée étant le reflet d'une réalité matérielle, il y a des expressions révélatrices de la manière dont l'entité BBR 'France' s'est construite... et fonctionne encore aujourd'hui, des siècles plus tard ; alors que d'autres (la plupart) en 'restent' au stade de la beauferie patriarcale, du 'c'est nous qui avons la plus grosse'', 'on va vous la mettre profond' etc. C'est ce que nous avons voulu interroger dans cet article.

carte des traitesCarte fiscale de 1732 avec les provinces ‘réputées étrangères’ et ‘à l’instar de l’étranger effectif’ : actuel ‘ch’Nord’, Lorraine et Alsace, Bretagne, Franche-Comté, Occitanie et majeure part de l’Arpitanie, Pays Basque du Nord et Roussillon (Catalogne du Nord) – la Corse, la Savoie, le Vaucluse et Nice n’étaient pas encore annexés. Voilà qui avait le mérite d’être clair !

5928379018_.jpg drapeau-occitan-70x100-cm.jpg



[1] Céline/Destouches était un parisien 'pur jus' mais avait aussi, par sa mère, des ascendances bretonnes ; et il disait d'ailleurs que la 'vraie France', celle au Nord de la Loire, était "aryenne, germanique et celtique"... Ce délire 'celtique', du type "nous sommes des Celtes, des Nordiques, eux ce sont des Méditerranéens, des semi-Arabes, des bâtards d'Orientaux", qui imprégnait alors le nationalisme réactionnaire-kollabo breton (PNB) et encore aujourd'hui ces héritiers d'Adsav et 'Jeune Bretagne', était en fait le dernier avatar de la 'Bretagne blanche', la Bretagne armée de réserve de la Réaction ; ou "comment être un cul-terreux méprisé par le tout-Paris mais néanmoins heureux de servir ses maîtres". Des 'bretons' un peu oublieux du fait que, pour les 'théoriciens raciaux' d'outre-Manchecousins de leurs copains Drieu, Brasillach et Céline de Paris, leurs 'frères celtes' irlandais étaient certes de langue celtique, mais 'de sang ibère', autrement dit, là encore, 'quelque part entre l'Anglo-teutonique et le Nègre'... Car la réalité est évidemment qu'il n'y a aucune 'biologie' là-dessous, mais des constructions idéologiques se piquant de scientificité, pour justifier la suprématie politico-économique, l'exploitation et l'oppression ! Cela dit, il est toujours comique de le rappeler (ce genre de délire, on l'a dit, existant encore aujourd'hui)...Scientific racism irish

 


Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Considérations diverses - Communauté : KANAKY
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Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 13:49


m05-nbp2-trotsky-250S'il y a bien un concept indissociablement attaché au trotskysme, c'est celui de 'révolution permanente'. D'abord par les trotskystes eux-mêmes, bien sûr, qui en revendiquent la paternité et le 'monopole intellectuel'. Mais aussi par les 'anti-trotskystes' (sauf les anarchistes, qui ont de toutes autres références), marxistes-léninistes et maoïstes, pour lesquels l'épithète de 'trotskyste' est (trop) souvent devenu le point final à toute argumentation, une sorte de 'point Godwin' ; et qui reprennent souvent à tort et à travers les concepts attachés au trotskysme pour les lancer à la face de leur contradicteur. Ainsi, pour les 'vieux ML', ceux qui reconnaissent l'URSS comme socialiste jusqu'à la perestroïka comme ceux qui ne la reconnaissent telle que jusqu'au 20e Congrès de 1956, mais qui dans tous les cas rejettent le maoïsme (les hoxhistes), Mao et les maoïstes, avec leurs concepts de révolution ininterrompue (révolution démocratique ininterrompue vers le socialisme et le communisme) ou encore de nécessaires révolutions culturelles (2, 3, 4 ou plus) pour écarter, régulièrement, les partisans de la stagnation ou du retour en arrière (ce qui revient au même) et réaliser les 'bonds' qualitatifs nécessaires vers le communisme, sont en réalité des trotskystes tenants de la 'révolution permanente'. Mais pour certains maoïstes aussi (qui ne savent polémiquer que comme cela), leurs contradicteurs qui pensent, par exemple, que dans une situation de mouvement révolutionnaire trahi par des révisionnistes (comme au Népal) ou de processus réformiste montrant ses limites de classe (comme en Amérique du Sud), des forces militantes saines peuvent (ce n'est évidemment pas certain !) 'faire rupture' et réaliser un 'saut qualitatif' vers une meilleure conception communiste du monde, vers la ligne rouge communiste internationale (selon le principe que les communistes authentiques, au niveau mondial, doivent renforcer la gauche, isoler la droite et gagner ou au moins neutraliser le centre), sont des tenants de la 'révolution permanente' trotskyste ! Il est donc nécessaire d'éclaircir les choses.

En réalité, le concept de 'révolution permanente' a été développé par Trotsky ou encore Parvus à partir de citations récurrentes où Marx, lui-même, emploie ce terme comme ici : "Tandis que les petits bourgeois démocratiques veulent terminer la révolution au plus vite et après avoir tout au plus réalisé les revendications ci-dessus, il est de notre intérêt et de notre devoir de rendre la révolution permanente, jusqu'à ce que toutes les classes plus ou moins possédantes aient été écartées du pouvoir, que le prolétariat ait conquis le pouvoir et que non seulement dans un pays, mais dans tous les pays régnants du monde l'association des prolétaires ait fait assez de progrès pour faire cesser dans ces pays la concurrence des prolétaires et concentrer dans leurs mains au moins les forces productives décisives. Il ne peut s'agir pour nous de transformer la propriété privée, mais seulement de l'anéantir ; ni de masquer les antagonismes de classes, mais d'abolir les classes ; ni d'améliorer la société existante, mais d'en fonder une nouvelle" (adresse du Comité central à la Ligue des Communistes, 1850) ; ou encore "Le but de l'association est la déchéance de toutes les classes privilégiées, de soumettre ces classes à la dictature du prolétariat en maintenant la révolution en permanence jusqu'à la réalisation du communisme, qui doit être la dernière forme de constitution de la famille humaine" (Statuts de la Société universelle des Révolutionnaires communistes, même année). Autrement dit : la révolution prolétarienne est un processus ininterrompu, permanent, de longue durée, pour nier le capitalisme et affirmer le communisme ; elle se poursuit tant qu'elle n'a pas atteint ce but (le communisme) ; tant que cela n'est pas accompli, "c'est reculer que d'être stationnaire", que d'affirmer à la manière d'un Napoléon (pour la révolution bourgeoise) que "la révolution a atteint ses buts, elle est terminée". Affirmer, par exemple, qu'il n'y a 'plus de classes' puisque plus de propriété privée d'aucun moyen de production, et que la transition socialiste vers le communisme se limiterait alors à 'développer les forces productives' dont le faible niveau (dans un pays comme la Russie des années 1920 ou la Chine des années 1950) serait en contradiction avec le 'système politique très avancé', ce qui serait la 'contradiction principale' ; et à lutter contre les 'agents de la contre-révolution internationale'... alors que le socialisme véritable et le communisme ce n'est pas cela, et que la société abrite encore une multitude de rapports sociaux sur lesquels peuvent se reformer des rapports de domination, d'appropriation du travail d'autrui, donc, en définitive, des rapports de classe. Entendu comme cela, ce ne sont donc certainement pas Lénine et Mao qui auraient renié la 'révolution permanente', et le concept maoïste de 'révolution ininterrompue' ne dit pas autre chose - surtout dans le contexte chinois où, comme lorsque Marx écrit en Europe en 1850, la lutte révolutionnaire du prolétariat est encore étroitement imbriquée avec les luttes démocratiques de la petite-bourgeoisie, de la mao-zedong-1.jpg paysannerie etc. Le processus révolutionnaire est un processus prolongé de négation du capitalisme par le communisme : il ne s''arrête' pas tant que l'on n'a pas atteint cet objectif ultime. La phase visant à porter le prolétariat révolutionnaire, à la tête des masses populaires laborieuses, au pouvoir est la Guerre populaire et celle-ci ne cesse pas tant que le pouvoir n'est pas conquis ; la phase conduisant de la conquête du pouvoir au communisme est la transition socialiste, et elle ne s'arrête pas jusqu'à la transformation totale de la société en société communiste - sans classes, sans division du travail, sans 'sachants' et exécutants, sans dirigeants et dirigés etc. 

En réalité, ce n'est absolument pas cela que l'Internationale communiste, alors que Staline était encore très loin de quoi que ce soit ressemblant à un 'pouvoir absolu', a rejeté dans la 'révolution permanente' de Trotsky. Ce qui a été rejeté, c'est son interprétation particulière de cela, en particulier dans les rapports entre classe ouvrière et paysannerie, dans un pays à dominante rurale comme la Russie de l'époque. Comme par exemple :« De ce que nous avons dit plus haut résulte clairement ce que nous pensons d'une dictature du prolétariat et de la paysannerie. La question n'est pas de savoir si nous considérons qu'une telle forme de coopération politique est admissible en principe, si nous la souhaitons ou ne la souhaitons pas. Nous pensons simplement qu'elle est irréalisable, au moins dans un sens direct et immédiat » (L. Trotsky, Bilan et perspective, 1905). Cela, il est évident que ce n'est jamais ni Lénine ni Mao qui l'auraient affirmé ! La position du PC bolchévik d’Union soviétique et de l'Internationale communiste était, dans les années 1920, que "la « révolution permanente » n’est pas une simple sous-estimation des possibilités révolutionnaires du mouvement paysan ; c’est une sous-estimation du mouvement paysan qui mène à la négation de la théorie léniniste de la dictature du prolétariat. La « révolution permanente » de Trotsky est une des variétés du menchévisme" ; car "la dictature du prolétariat, c'est le pouvoir qui s'appuie sur l'alliance du prolétariat et des masses laborieuses de la paysannerie pour le renversement complet du capital, pour l'édification définitive et l'affermissement du socialisme" (voir notamment ici, page 5 et suivantes, et ici les Questions du léninisme). On imagine difficilement plus grande négation de la réalité concrète dans laquelle opérait le mouvement révolutionnaire russe. Mais c'est surtout là, finalement, sous une forme spécifique à l'Empire russe de l'époque, une négation totale du sens de déploiement périphéries->centres de la révolution prolétarienne ; même si les adversaires léninistes de cette thèse n'avaient pas formulé la chose comme cela... d'où peut-être le relatif succès que ces conceptions trotskystes ont pu connaître à travers le monde ; notamment dans les pays les plus industrialisés, avec une certaine aristocratie ouvrière dans laquelle, outre le social-chauvinisme, la classe dominante capitaliste entretenait le chauvinisme de classe pour détourner la classe ouvrière de sa mission historique qui est de prendre la tête de tou-te-s les opprimé-e-s contre toutes les oppressions, sans quoi elle reste prisonnière de l'économisme : les lambertistes du POI et de LO sont les représentants typiques de cette pensée en 'France' - avec une conception de la 'classe ouvrière' très élastique, incluant 'petits cadres', fonctionnaires etc., mais des courants similaires existent en Grande-Bretagne, en Amérique du Nord, en Argentine etc.

Il allait de soi que, non seulement la première vague de la Révolution prolétarienne mondiale allait bientôt partir de Russie parce que celle-ci était une périphérie du système capitaliste mondial ; mais encore qu'en Russie même, le 'niveau' de conscience, d'organisation et de mobilisation révolutionnaire allait être d'autant plus important dans les sections des masses populaires touchées en dernier par le capitalisme, dans les sections de la classe ouvrière les plus récentes, comme typiquement les champs pétroliers de Bakou, en Azerbaïdjan, où le jeune Staline fit un intense travail d'agit-prop associé à une mobilisation contre l'oppression nationale grand-russe des peuples caucasiens ; des sections ouvrières et populaires - donc - profondément imbriquées avec l'immense masse paysanne qui constituait encore 80% de la population de l'Empire. Faut-il s'étonner si la Révolution bolchévique fut dirigée par un Tatar puis un par un Caucasien, si les nationalités opprimées y avaient des représentants importants (comme le polonais Dzerjinsky), et si les Juifs qui, de la Baltique à la Mer Noire, vivaient dans une condition proche de l'apartheid, y étaient surreprésentés (comme Trotsky lui-même) ?

155473725C'est cela qui a été critiqué par le PC bolchévik d'Union soviétique et l'Internationale communiste : la conception (notamment) anti-paysanne qu'avait Trotsky de la révolution permanente ; et non le concept lui-même, selon lequel (pour résumer) pendant tout le processus de négation du capitalisme par le communisme, "c'est reculer que d'être stationnaire" - ce que Mao ne fera pas autre chose que réaffirmer sous une autre appellation.

Mais Trotsky et ses partisans (jusqu'à aujourd'hui) réussiront, face aux graves dérives de la 'révolution par étapes' et de la 'consolidation du socialisme dans un seul pays' prônées par Staline (qui ne faisait là que continuer Lénine), à s'approprier la 'propriété intellectuelle' de l'idée même, au point qu'aujourd'hui même des 'marxistes' affirmés comme tels ignorent qu'elle fut formulée par Marx lui-même, et en font (pour la défendre ou pour l'attaquer) un 'fondement' de l''identité' trotskyste face aux marxisme-léninisme de Staline.

a1Il faut dire que Trotsky était ce qu'il convient d'appeler un contorsionniste politique de première.

Lui qui jusqu'à l'été 1917 n'était même pas bolchévik, mais prônait l''unité' des bolchéviks révolutionnaires avec les réformistes menchéviks - droitiste, donc ; lorsque la lutte pour la direction du Parti se dénouera en sa défaveur (face, alors, à un 'bloc' Staline-Kamenev-Zinoviev), se révèlera subitement un défenseur acharné de la 'pureté' bolchévique, reprochant à Staline d'avoir 'embauché' des centaines d'anciens menchéviks ou socialistes-révolutionnaires... Lui qui avait passé sa vie politique, excepté les années de guerre civile à la tête de l'Armée rouge (où il se révèlera efficace), à s'opposer aux vues de Lénine, se fera le 'champion' de son héritage, pour ne pas dire son seul et unique héritier. Lui qui était un summum de déviation partidiste ; lui qui dans une vision ultra-autoritaire et 'verticale' de la révolution considérait que 'hors le Parti, il n'y a rien' (ça ne vous rappelle personne ?), que ce ne sont pas les masses qui vont l'histoire, mais le Parti s'en proclamant l'avant-garde, ayant toujours raison contre elles ; lui qui, aux dires de Boris Souvarine (qui était de ses proches) n'avait "qu'un seul mot d'ordre à la bouche : fusiller !", et qui le mit en pratique plus qu'à son tour (des makhnovistes d'Ukraine aux marins de Kronstadt) ; lui qui au sortir de la guerre civile voulait 'militariser les syndicats' pour encadrer la production et faire de la Russie soviétique une grande 'caserne' de l''armée de réserve de la révolution mondiale' ; se découvrira soudain une vocation de défenseur des soviets de travailleurs, 'dépouillés de tout pouvoir' par une 'bureaucratie' 'produit du communisme de guerre' (dont il fut le premier organisateur pendant 3 ans !) ; il se fera subitement conseilliste (l'autre grande déviation : "les soviets/conseils ont toujours raison" vs "le Parti a toujours raison")... C'était décidément un grand comique, ce Léon ! En définitive, son activité politique d''opposition de gauche', ce sera de dire 'blanc' quand le PCbUS et le Komintern disaient 'noir' : quand le PCbUS et le Komintern défendaient (de manière excessive, gauchiste) le 'classe contre classe', il prônait l'unité de la base au sommet (et non 'à la base') avec la social-démocratie ; puis, lorsqu'ils abandonneront cette ligne au profit des Fronts populaires (qui dériveront, en général, vers la subordination des Partis 'staliniens' à la 'gauche' bourgeoise), il défendra une position très proche du 'classe contre classe' qu'il rejetait en 1930 ou 32... Au bout du compte, il n'est pas difficile, en 15 ans d'activité politique de ce type (puis 70 ans par ses continuateurs jusqu'à nos jours) de trouver des 'dossiers' sur lesquels il a eu raison : une horloge cassée ne donne-t-elle pas l'heure juste deux fois par jour ? Mais rien ne dit, par contre, qu''aux commandes' il n'aurait pas fait exactement ce qu'il ne fallait pas faire.... Passons.

Ce qui seul doit retenir, en fin de compte, notre attention ; ce qui fonde la 'pensée' et (surtout) l'activité trotskyste depuis trois quarts de siècles, c'est le Programme de Transition (1938) ; et celui-ci repose tout entier sur deux affirmations-aberrations mémorables :

1/ "Les forces productives de l'humanité ont cessé de croître"... !!! : elles ne cessent JAMAIS ; ce qui peut se produire est qu'un mode de production dépassé et en crise entrave leur croissance ; mais le mode de production peut même surmonter une grave crise générale de ce type, en se 'refondant' dans de grandes convulsions - mais 'pas grave', ce sont 'ceux d'en bas' qui trinquent !
2/ "La crise historique de l'humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire du prolétariat" : aux oubliettes la théorie léniniste de l'impérialisme, l''achat par les surprofits' de l'impérialisme, via une 'aristocratie laborieuse', de larges pans du prolétariat par la bourgeoisie (dans ces pays impérialistes, voire dans des pays dominés 'suffisamment riches') ; exit toute l’œuvre de Gramsci surl'hégémonie intellectuelle/culturelle, la 'société civile', la construction pas seulement répressive de l''acceptation de l'exploitation' - tout ce qui, en définitive, préfigure et confluera dans la théorie maoïste authentique du déploiement périphéries->centres de la lutte de classe révolutionnaire.

Et en conclusion de cette 'brillante analyse' : il faut 'entrer' dans les syndicats... voire les partis (!) réformistes, y former des 'noyaux' révolutionnaires, et 'de là', mettre en avant un 'programme maximal' (le fameux programme de transition) qui mettrait le capitalisme et les directions social-traîtres 'au pied du mur', car ces revendications impliqueraient un 'suicide' du système capitaliste s'il les accepte... Alors, les directions traîtresses se démasqueront, ce qui mettra à l'ordre du jour l'affrontement révolutionnaire direct avec la bourgeoisie capitaliste. Bien, très bien, SAUF QUE :

- Encore faut-il que le capitalisme soit vraiment incapable de satisfaire (même partiellement) ces revendications (c'est tout le problème de l'affirmation sentencieuse et erronée que "les forces productives ont cessé de croître"), satisfaction qui même partielle démobiliserait totalement les troupes (voir point suivant) ;

- Encore faut-il qu'une masse significative de militant-e-s suivent ces 'revendications maximales' (que fait-on lorsque 7% du salariat est syndiqué, et encore en grande majorité des fonctionnaires, salariés du public, cadres intermédiaires etc.) ; et/ou suivent la transformation de leur rejet en situation révolutionnaire : là c'est toute la question de l'hégémonie idéologique/culturelle selon Gramsci, dont nous avons vu comment elle est totalement passée à la trappe (tout étant 'la faute des directions') ;

- Encore faut-il pouvoir, de l'intérieur des organisations certes 'ouvrières' (encore que, les syndicats aujourd'hui...) mais totalement, hégémoniquement réformistes,
mettre en avant une telle plate-forme 'maximale' sans se faire immédiatement gicler ou au moins marginaliser et traiter en parias (ce qui a été le cas pour les trotskystes jusqu'aux années 1980 au moins, quand bien même ils aient pu parfois avoir raison) ;

- Si le réformisme ne 'tient' plus les masses, l'histoire a systématiquement montré ce qu'il se passe : la classe dominante descend sur le terrain de la guerre civile, ce que l'on a coutume d'appeler le fascisme. Les 'noyaux' révolutionnaires trotskystes seront-ils alors prêts... militairement, s'entend ??

affiche-NPA-tousLà réside tout le secret de ce qu'est devenu le trotskysme après 80 ans d'existence : en dernière analyse, une social-démocratie 'radicale', 'dure', 'de combat'... Car l'ordre du jour n'est évidemment pas à 'noyauter' les grosses machines réformistes qui ne visent (et n'ont jamais visé) qu'à défendre les travailleurs des attaques du Capital, jamais à permettre leur prise de pouvoir ; pour essayer de 'pousser en avant' celles-ci sur des 'revendications maximales', dont la satisfaction impliquerait 'automatiquement' le socialisme et le rejet 'automatiquement' l'affrontement révolutionnaire décisif. L'ordre du jour est à CONSTRUIRE patiemment L'ANTAGONISME, dans un processus PROLONGÉ, entre les exploité-e-s et les exploiteurs ; antagonisme idéologique et physique ; et à CONSTRUIRE ainsi les CONDITIONS d'une prise du pouvoir à l'ordre du jour, dans un long processus qui est la GUERRE POPULAIRE, avec son 'étape zéro' faite de la somme de toutes les luttes et résistances populaires antagoniques, puis, lors qu’apparaît un Parti révolutionnaire en lien réel avec les masses, la défensive stratégique, puis l'équilibre (prise du pouvoir à l'ordre du jour) et enfin l'offensive ('mère de toutes les batailles' et prise du pouvoir elle-même). Les luttes sociales et leurs trahisons (et l'agit-prop là-dessus) peuvent, certes, être un outil dans ce combat prolongé, mais c'est un outil tactique, pas une ligne stratégique !

Aujourd'hui que le Capital lance ses offensives tous azimuts, "c'est en défendant les conquêtes d'hier que l'on prépare celles de demain... et finalement la révolution" nous disent-ils (alors que les troupes des syndicats et organisations 'anticapitalistes' sont clairsemées... et petite-classe-moyenne comme jamais !). Mais en fin de compte ils ne font que cela : défendre, avec un succès variables, les 'conquêtes d'hier'. Pas l'ombre d'un début de conquête révolutionnaire du pouvoir par les prolétaires en vue, faute d'un début de commencement de stratégie révolutionnaire conséquente pour cela ! On 'résiste' et l'on essaye (maigrement) d''accumuler des forces', en attendant non pas Godot, mais les mythiques 'conditions objectives' (là on récite son petit Lénine par cœur) pour le 'Grand Soir' insurrectionnel. Sauf que ces 'conditions objectives', jadis énoncées par Lénine... ne sont en fait pas vraiment des conditions objectives : LA seule vraie condition objective au renversement du capitalisme, c'est sa crise générale, c'est le fait qu'il ait cessé d'apporter quoi que ce soit de positif à l'humanité et qu'il pourrisse sur pied. Les 'conditions objectives' de Lénine sont en fait plutôt la traduction matérielle de conditions SUBJECTIVES... qui, elles, ne s''attendent' pas mais se construisent ! [les conditions objectives d'une situation révolutionnaire pour Lénine sont 1/ 2/ 3/ ]

Mais surtout, au-delà de tout ceci, il y a fondamentalement la nature et la conception de classe du trotskysme, base de toutes ses oscillations entre ultra-purisme gauchiste et opportunisme éhonté, auxquelles l'on peinerait à trouver une cohérence autrement : les petits néo-bourgeois en puissance, c'est à dire les personnes qui 'entrent' dans la lutte révolutionnaire non pas pour servir le peuple, mais parce qu'ils y voient un moyen (ou le seul) d'accéder à l''importance sociale' qu'ils estiment mériter (mais n'obtiennent pas dans le capitalisme, tel qu'il est à l'instant t) ; une engeance qui peut voir le jour dans la petite-bourgeoisie en déclassement, dans l'aristocratie ouvrière mais aussi jusque dans des catégories très opprimées de la population, comme la communauté juive de Russie qui était, à cette époque, comparable aux Noirs des États-Unis dans les années 1960, et dont était issue Trotsky.

SCHIVARDIEt il y a une conception de la révolution, et du matérialisme historique, horriblement linéaire, anti-dialectique, incapable de saisir le sens de déploiement périphérie->centre de la révolution prolétarienne, incapable, finalement, de comprendre que la révolution prolétarienne pour le communisme, c'est la réalisation sur Terre de ce mot d'ordre que les chrétiens réservaient au 'Ciel' : "les derniers seront les premiers". La révolution prolétarienne est conçue comme un prolongement de la révolution bourgeoise (c'est très net en 'France', où le 'mythe' de 1789 et 1793-94 est fort), dans un enchaînement 'mécanique' des modes de production : féodalité, capitalisme, socialisme (qui n'est pas un mode de production, mais c'est pas grave...), communisme... et non pas comme la négation totale du monde que cette révolution bourgeoise a construit ! Il est parfaitement logique que le trotskysme soit ainsi porté par une certaine aristocratie ouvrière et surtout une certaine petite-bourgeoisie ; pas celle des boutiquiers, des petits entrepreneurs et des artisans (qui est spontanément réactionnaire, 'poujadiste', bien que des éléments soient gagnables à la révolution), mais celle des intellectuels, des 'encadrants' de la force de travail, des fonctionnaires etc. : des couches sociales qui DOIVENT leur existence sociale à la révolution industrielle et au stade des monopoles (donc à la révolution bourgeoise, condition de la révolution industrielle)... mais une existence sans pouvoir, que certains éléments veulent donc conquérir. Une conquête passant forcément par un 'prolongement' de la révolution bourgeoise version 'radicale', puisque ces classes sont des produits de la révolution bourgeoise et de la révolution industrielle qui a suivi (la classe ouvrière aussi, mais un produit dans l'oppression... et voué au pouvoir dans une révolution prolétarienne véritable, alors que les 'petits chefs' et autres 'petits mandarins' sont voués à la disparition) ! Une révolution bourgeoise 'radicale' caractérisée notamment par le 'ratage' de l'alliance entre la proto-classe ouvrière et la paysannerie (puisque ni l'une ni l'autre ne dirigeaient de toute façon, mais une petite et moyenne-bourgeoisie 'éclairée' et paternaliste), secret de sa faillite thermidorienne, et dont Lénine tirera précisément les leçons en théorisant la dictature démocratique conjointe des ouvriers et des paysans. Tout est là !

 


Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Théorie - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 13:27

 

conrad1Nous y sommes : le 'centre' 'mlm' de l’État belge, centre on-ne-sait-trop de quoi sinon de la Belgique universitaire, elle-même pitoyable appendice de la 'France' intello-parisienne du 'p''c''mlm', a publié le n°3 de sa revue 'Clarté rouge' consacré à la Guerre populaire (le dernier numéro sur le sujet était plutôt intéressant), et s'y livre enfin aux attaques promises contre le (nouveau) Parti communiste italien. Le ridicule de s'attaquer à des gens ayant, pour certains, passé plusieurs années en prison, ne tuant manifestement pas ces petits bourgeois prétentieux, le jour de l''exécution politique' est donc arrivé (héhéhé !) ; et comme disait Robert-François Damiens au matin de son écartèlement en 1757 : "la journée sera rude" :D

1. En premier lieu, le document aborde (et repose sur) les trois formes de lutte constituant, selon le 'centre' 'mlm', la 'vraie' Guerre populaire en pays impérialiste. Ces trois formes sont :

- la lutte armée (entendue au sens ETA, Brigades rouges etc. : actions violentes clandestine, avec armes à feu ou explosifs) ;

- le sabotage

- le combat de rue (de type black- ou red-blocks).

Déjà, pour commencer, ce découpage est totalement fallacieux. Car en réalité :

- la lutte armée et le sabotage ne font qu'un : le sabotage est une forme de lutte armée, visant des biens, des installations et non des personnes. Les actions des Cellules Communistes Combattantes de Belgique (CCC), visant des installations et des 'symboles' du capitalisme et de l'impérialisme et se voulant (à ce stade) non-létales (elles ne le furent que par accident), étaient du sabotage, dans le cadre d'une lutte armée.

- le combat de rue type 'black-block' ou kale borroka (au Pays Basque) est lui aussi une forme   Anni di piombo2particulière de lutte armée, sans armes à feu et 'au grand jour' (bien que le visage couvert, évidemment). En Italie, dans les années 1970, il y avait même parfois des combats de rue avec armes à feu (il en reste des photos célèbres).

DONC, les trois formes de lutte que nous donne le 'centre' 'mlm' pour la Guerre populaire sont en fait des formes différentes de lutte armée.

2. Reste donc entière la question de toutes les autres formes de lutte, et (bien sûr) de l'articulation de celles-ci avec la lutte armée dans ses différentes formes. Quid des 'luttes économiques' DURES, avec occupation d'usine, séquestration des cadres, menaces de tout faire sauter (menace qui seront peut-être, un jour, mises à exécution) ? Quid, dans des pays impérialistes frappés durement par la crise du logement, de l'occupation-autogestion de logements contre les 'marchands de sommeil' (ces logements occupés pouvant devenir, comme en Italie ou en 'Espagne', des centres de diffusion culturels 'alternatifs' contre la culture dominante) ? Quid, dans des pays globalement riches mais frappés par la 'crise du pouvoir d'achat' et la consommation à crédit, des actions d''auto-réduction' contre la grande distrib' capitaliste ? Quid, dans des États qui sont d'énormes machines de guerre où les masses financent leur propre oppression (pendant que les Cahuzac de tout poil planquent leur pognon en Suisse), des actions visant à 'frapper au portefeuille' : la 'grève' des taxes, impôts locaux injustes, 'droits', péages (ah c'est vrai, il n'y en a pas en Belgique... les veinards) et autres prélèvements qui étranglent le prolétaire au SMIC obligé de payer comme le cadre à 5.000 euros par mois ; voire carrément de la grève des loyers, tickets/billets de transport etc. etc. ? Quid des actions d'agit-prop diverses (banderoles, affiches, stickers, 'happenings' divers pratiqués par les fascistes qui ont là 13 longueurs d'avance, etc. etc.) ? Quid du combat contre les fascistes qui, dans les pays 'développés', sont une forme particulière, para-étatique d'ultra-réaction ; une sorte de 'société politico-militaire parallèle dans la société civile' ? Pour ce qui est de la lutte armée au sens où l'entend le 'centre mlm', en Europe industrialisée, sa difficile accessibilité au 'prolétaire lambda' et la logistique clandestine qu'elle suppose ont déjà montré, par l'expérience, sa principale limite, qui est l'isolement avant-gardiste de l'organisation combattante, même là où les conditions étaient les plus favorables à un large soutien de masse (Irlande du Nord, Pays Basque 'espagnol' et Italie dans les années 1970) ; au contraire des pays du 'tiers-monde' où il est possible de prendre le contrôle de régions reculées entières, même au stade d'une très faible défensive stratégique, et d'y instaurer le Pouvoir populaire. En réalité, même lorsque les circonstances (condition première !) d'une grande violence répressive du Capital (descente sur le terrain de la guerre civile) rendent cette forme de lutte acceptable par les masses d'un point de vue d'agitation et de propagande, elle va alors être 'centrale' d'un point de vue idéologique ('référence' politique des personnes en lutte) et organisationnel, mais 'marginale' d'un point de vue opérationnel... tout simplement parce que le terrain ne permet pas autre chose ! Même pendant la Seconde Guerre mondiale, en Europe de l'Ouest (Italie, 'France'), les grands 'maquis' n'ont véritablement existé que lorsqu'il y eût 'débandade', dissolution de l'État réactionnaire fasciste (nazi-vichyste et mussolinien) face aux débarquements alliés de 1943 et 1944, avec aussi une question de légitimité de celui-ci ('marionnette' d'une occupation étrangère brutale). Avant cela, l'intensité de la lutte armée clandestine (et du sabotage) n'était guère plus haut que le niveau de l'Italie des années 1970 (sans le combat de rue, qui aurait évidemment conduit à un massacre de masse)... En Belgique, qui comptait alors déjà près de 280 habitants au km², jusqu'à ce que les armées alliées pénètrent sur le territoire, c'était totalement impossible (sauf dans region-paris-squat-social-1972-1973certains secteurs des Ardennes, peut-être). Et dans un contexte d'État bourgeois 'libéral', à façade démocratique et à 'société civile' forte, c'est tout simplement inenvisageable (même le simple fait d'utiliser mortellement, de manière organisée dans ce but, des armes à feu ou des explosifs est problématique, et doit être bien pensé) ! Il n'est donc pas possible de faire tout simplement 'abstraction' des autres formes de lutte que nous avons citées ; formes qui, loin d'être de la 'pseudo-guerre populaire' et des 'cache-sexes pour opportunistes', permettent l'engagement large et concret des masses opprimées dans le processus révolutionnaire ; la lutte armée, lorsqu'elle existe, servant de 'point de référence' : même dans un contexte de Résistance antifasciste, lorsqu'il n'y a pas plus 'descendu sur le terrain de la guerre civile' que la bourgeoisie d'alors, et que la légitimité de la lutte armée avec mort d'homme ne laisse pas l'ombre d'un doute dans les masses, elles ont encore leur place !

Quant à la question de l'articulation/ coordination de toutes ces formes de lutte, c'est évidemment la question du Parti, avant-garde révolutionnaire des masses constituée et consolidée (en lien avec celles-ci) en 'centre directeur/coordinateur' de toutes les actions visant à renverser le capitalisme... et non une bande de bouffons auto-proclamés avant-garde !

3. La mauvaise foi, la simplification/caricature et l'ultra-critique destructive qui caractérisent de tout temps la petite bourgeoisie gauchiste : "Donc, pour le (n)PCI, la première phase de la guerre populaire consiste à participer aux élections, aux luttes économiques et à former des clubs de gym et des cinéclubs !
Cette première phase doit nous amener à la seconde phase, la guerre civile lors de laquelle « les forces armées populaires disputeront le terrain aux forces armées de la bourgeoisie impérialiste, lors de laquelle existeront des territoires libérés, etc. ».
Pas une action armée, pas une action violente n’est évoquée entre ces deux phases. Pas même un mot sur l’organisation du Parti et de ses organisations périphériques en vue de l’affrontement armé. Il faut croire que le public sortira des cinéclubs du (n)PCI pour disputer le terrain aux forces armées de la bourgeoisie en leur lançant des paquets de pop corn...
Rarement l’opportunisme ne s’est affiché de manière aussi impudente, rarement les principes du maoïsme ont été à ce point bafoués."

La caricature du propos critiqué [l'article du (n)PCI Il faut distinguer lois universelles et lois particulières de la Guerre populaire (2004), voir les extraits dans l'article du 'centre' 'mlm' en lien] est on-ne-peut-plus grossière, et en définitive pathétique pour le groupuscule qui l'émet. S'il ne s'agissait 'que de cela', il est évident que le (n)PCI et ses organisations générées (CARC, Syndicat des Travailleurs en Lutte, Solidarietà Proletaria, groupe 'Caccia allo Sbirro' contre les violences policières etc.) ne feraient pas face à la répression qu'ils subissent, même si celle-ci est évidemment moindre que pour le PC politico-militaire, qui (lui) prônait directement la lutte armée. 1248614219686 carcrissap g 0627L'article attaqué donne au contraire de grandes et précieuses précisions sur la conception de la Guerre populaire en Italie, au stade de la 'défensive stratégique' [ou plutôt, devrait-on dire, vu la faible d'emprise d'un quelconque Parti ((n)PCI ou autre) sur les masses, à l'étape zéro de la GPP] ; et notamment sur la thèse de l''irruption dans le petit théâtre de la politique bourgeoise' : la participation aux échéances électorales, qui est beaucoup reprochée au (n)PCI (déjà en Italie même) et sur laquelle s'est beaucoup exprimé SLP. L'on peut ne pas être d'accord (ainsi, sur le fait de soutenir des listes bourgeoises 'de gauche' ou petites-bourgeoises 'contestataires', et non de présenter des listes du mouvement dirigé par le Parti, nous ne le sommes pas) ; l'on peut critiquer la pratique qui en découle (ce que nous faisons également, précisons aussi que l'article date de 2004 et que nous sommes en 2013, depuis il y a eu la 'Grillo-mania' etc.) ; mais avoir ainsi besoin de caricaturer pour argumenter, c'est la marque de ceux qui n'ont définitivement rien à dire.

La critique destructive du 'centre' 'mlm' ignore, avec un ton péremptoire ‘marque de fabrique’ de leurs parrains intello-parisiens, des réalités essentielles de l'activité politique révolutionnaire en Italie :

- Il y a des choses qui ne se crient pas sur les toits : l'Italie n'a pas seulement une législation 'anti-terroriste' comparable aux autres pays d'Europe et d'Occident, elle a également une législation 'anti-subsersive' extrêmement large et élastique, datant de Mussolini et jamais abrogée (elle fut notamment appliquée massivement dans les années 1970-80). Cette législation, permettant de frapper des personnes n'ayant commis aucune violence ni même rien d'illégal (mais seraient 'susceptible de'), est sans doute la plus dure du continent, ex aequo avec celle de l'État espagnol. Il est évident qu'au stade de la défensive stratégique, voire de l''étape zéro', lorsque la supériorité politico-militaire et idéologique/culturelle de l'ennemi est totale, on ne va pas clamer publiquement comment l'on compte, bien plus tard, passer à une véritable guerre civile armée, et les préparatifs que l'on fait en ce sens. Le ton d'AUCUN média révolutionnaire marxiste-léniniste ou maoïste italien (dont l'existence est pourtant indispensable, pour diffuser la conception communiste du monde dans les masses) n'est guère plus 'radical' et violent que celui des CARC et du (n)PCI (à la rigueur, des site comme Redblock des jeunesses du PCmI ou 'Militant' assument le combat de rue, mais c'est tout) ; tout simplement parce qu'en Italie cela entraînerait une 'exécution électronique' immédiate du site, et l'inculpation de ses administrateurs. Dans un éclair de lucidité (en dernier paragraphe), le 'centre mlm' dit d'ailleurs lui-même que "Une authentique préparation à la guerre populaire implique une discrétion telle que mettre au défi telle ou telle organisation de « prouver » qu’elle prépare réellement la guerre populaire serait ni plus ni moins une provocation policière"...

- L'Italie est un pays de fort 'civisme' populaire et de grande illusion en la politique électorale (une abstention de 25%, comme aux dernières élections législatives, a pu être considérée comme extraordinaire !), et le mouvement communiste italien a une LONGUE histoire d''électoralisme' (traduire, d'utilisation des 'tribunes' électives dans les buts qu'il s'est fixé) : Gramsci lui-même était député, et portait la contradiction à Mussolini dans l'hémicycle ! Dans les années 1970, même les organisations combattantes, ou militantes 'très radicales' comme Lotta Continua, donnaient des consignes de vote pour Democrazia Proletaria... ou carrément le vieux PCI ! Cela ne veut pas dire que c'était juste et qu'il faille le refaire ; il s'agit simplement de montrer que les arguments du (n)PCI ne reposent pas sur rien ou sur n'importe-quoi : il y a dans la 'formation psychique nationale' des communistes italiens un fort terreau en ce sens. Quoi qu'il en soit, ni Lénine ni Mao n'ont jamais dit (bien au contraire) qu'il ne faille jamais, en aucun cas, s'impliquer dans un 'moment électoral', surtout dans des pays impérialistes/avancés où ce 'moment' génère une particulière 'réceptivité' des masses au discours politique (et beaucoup d'illusions quant à la 'citoyenneté' et la 'démocratie'... nous ne sommes pas au Pérou !). La 'ligne de démarcation', c'est et cela a toujours été de faire de cette implication une forme de lutte (tactique) parmi d'autres, ou d'en faire une fin en soi (avoir des élus, gagner des mairies, des sièges de députés etc.), conduisant à l'opportunisme et à l'institutionnalisation.

solidarietàgramigna2- L'Italie est également un pays où, depuis les années 1970 où ils ont succédé aux 'maisons du peuple' et autres 'cercles culturels' d'un PCI institutionnalisé, les 'centri sociali' (qui n'ont rien à voir avec les centres associatifs subventionnés par les mairies ici) jouent un grand rôle dans la lutte de classe réelle (celle que les groupuscules type 'centre' 'mlm' ignorent totalement, du haut de leur chaire universitaire). Ce sont les 'cinéclubs' et autres 'clubs de gym' de l'insinuation perfide du 'centre mlm' contre le (n)PCI. Quiconque connaît l'Italie sait que l'on est fort loin de cette caricature (même si, sous des municipalités 'de gauche', certains de ces centres sociaux ont pu finir par s'institutionnaliser).

- L'Italie est un pays où l'organisation massive des travailleurs pour les 'luttes économiques' est encore une réalité : l'Union des Syndicats de Base, ainsi par exemple, un syndicat alternatif et réputé 'dur', compte plus de 250.000 adhérent-e-s et la CGIL (grand syndicat le plus 'à gauche')... près de 6 millions (dont près de 400.000 pour la seule FIOM, syndicat 'dur' de la métallurgie et de la mécanique), certes en comptant les retraité-e-s... Notre CGT (son équivalent hexagonal) en compte moins de 700.000 (là encore, certainement en incluant les retraité-e-s) ! Peut-on ignorer une réalité comme celle-ci, lorsque l'on prétend diriger les masses populaires vers le communisme ? Ces organisations sont, certes, 'réformistes radicales', ou encore 'subversivistes' au sens de Gramsci (contestataires du 'système', mais 'intégrant' intellectuellement la position d'infériorisé). Il y a du travail (beaucoup...) pour en extraire des forces révolutionnaires conséquentes... Mais qui va le mener et comment, ce travail, si l'on refuse catégoriquement de se lier aux prolétaires qui y voient, pour le moment, le meilleur voire le seul instrument de résistance aux agressions du Capital ??

4. Le (n)PCI tire sans doute, en fait, 'trop' les leçons des années 1970 ; et dérive ainsi vers le légalisme et l'électoralisme. Lorsque, nous l'avons déjà dit ici-même, le succès électoral (en mode 'ballon de baudruche') d'un mouvement contestataire populoïde et archi-ambigu comme celui de Beppe Grillo est décrit comme une véritable 'attaque au cœur de l’État' (au coeur des 'sommets de la République pontificale'), c'est ce qu'il convient d'appeler du délire...

Selon nous (pour s'être cognés 300 pages de Manifeste Programme, on en sait quelque chose !), le (n)PCI a une analyse critique erronée de la période (dont certains de ses cadres sont issus), analyse dont découle peut-être (voire sans doute, même) les autres erreurs : pour lui, tout est une question de 'dérive militariste' et 'clandestiniste', autonomiade 'coupure' avant-gardiste armée avec les masses (ce qui est peut-être vrai à partir de la fin des années 1970). La conclusion (erronée) est donc qu'il faut 'mieux accumuler des forces', à travers une pratique légaliste et pacifique prolongée... Pour nous, au contraire, la 'petite guerre populaire' qui sévissait alors dans la 'Botte' présentait une très grande et très intéressante variété de formes de lutte (notamment celles que nous avons citées au point 2), en plus des formes de lutte armée illégale (celles que cite le 'centre' 'mlm'), et un très fort appui de masse, en tout cas au début. Le problème a été, principalement, outre une confusion entre début de la nouvelle crise générale et effondrement imminent du capitalisme (ce que dit aussi le (n)PCI), un problème de division de la direction politique, d'absence de centre dirigeant unifié : parfois sur de VRAIES questions idéologiques (mais sans véritable lutte de ligne permettant le triomphe de la position juste ou 'meilleure') et parfois, aussi, sur des questions de dogmato-sectarisme voire des hostilités de personnes ; suite à quoi, dans les 'interstices' laissés par cette division, se sont engouffrées de idéologies erronées et 'perdantes' à terme ('francfortisme' marcusien, situationnisme et operaïsme qui en est une forme italienne spécifique, semi-anarchisme 'autonome', théories sur les 'nouveaux sujets révolutionnaires', élucubrations de Toni Negri etc. etc.).

Mais le 'centre mlm', lui, ne tire aucune leçon de l'expérience des CCC... y compris de la propre autocritique de celles-ci (notamment le fameux document La Flèche et la Cible) ; sur le fait de s'être, même armées d'un marxisme-léninisme 'solide', retrouvées dans la position d'une 'minorité agissante' (une dizaine de personnes) semi-anarchiste à la Action Directe ou RAF (bien que ces organisations aient ensuite essayé de 'torpiller' les CCC), sans grand lien avec le mouvement réel des luttes de classe (alors d'ailleurs en grand recul, au milieu des années 1980).

200px-Communist Combatant Cells Logo Reste entière la question de la manière dont ces 'trois formes de Guerre populaire' (en réalité, trois formes de lutte armée...) s'articulent avec et s'appuient sur d'autres formes de luttes populaires, plus 'accessibles' au prolétaire 'de base', pour éviter l'avant-gardisme armé.

Reste entière la question du LIEN tissé entre le Parti qui mène ces actions et LES MASSES exploitées/opprimées, lien qui (avec l'existence du Parti lui-même) est la condition du passage de l''étape zéro' à la défensive stratégique proprement dite ; en fait, la question d'une véritable mobilisation révolutionnaires dans les masses, permettant une 'réceptivité' aux actions 'hors des clous' de la légalité, sans quoi les 'trois formes' de Guerre populaire de nos théoriciens en herbe restent une activité groupusculaire de 'minorités agissantes' coupées des masses, et contre lesquelles la bourgeoisie pourra même facilement mobiliser dans un sens réactionnaire... Question qui est en fait, tout simplement, celle de l'hégémonie intellectuelle/idéologique/culturelle selon Gramsci, hégémonie qui plus encore que la force armée/policière et la répression pénale, dans un capitalisme suffisamment avancé, est un pilier essentiel de la domination de classe : en fait, c'est le SECRET du 'pourquoi' les masses ne se reconnaissent pas (de manière spontanée, 'immédiate') dans le type d'actions que prône le 'centre mlm', sauf dans quelques parties réduites de l'Europe comme l'Irlande du Nord, le Pays Basque etc., où la conflictualité a de profondes racines historiques. Pour nous, la construction de cette influence idéologique progressiste/révolutionnaire de l'avant-garde sur les masses, condition pour que des actions clairement extra-légales soient 'suivies', est la première tâche essentielle de l'avant-garde en question, à l''étape zéro' (une tâche qui se mène DANS les gramsciluttes de masses telles qu'elles sont, et non du haut d'une 'chaire' internet, les luttes n'étant pas ce qu'elles devraient être).

La stratégie actuelle du (n)PCI est connue et a été suffisamment abordée sur SLP : à travers leur 'Gouvernement de Bloc Populaire' ou (aujourd'hui) de 'Salut National' (gouvernement de dirigeants syndicaux 'durs' et autres tribuns politiques 'alternatifs'), ils espèrent constituer un 'cadre' dans lequel ce lien pourra se nouer rapidement, dans lequel le Parti pourra facilement et massivement accumuler (et armer) des forces pour l'étape suivante, celle où la bourgeoisie reprendra l'offensive et descendra sur le terrain de la guerre civile : pour nous, ceci est 'trop simple' et donc erroné, sans parler des méthodes pour parvenir à ce fameux gouvernement, qui peuvent laisser effectivement pantois. Mais en tout cas, l'analyse que font à peu près tous les ML et MLM de l'étape actuelle en Italie nous laisse mesurer le chemin à parcourir devant nous, lorsque l'on sait que cet État est beaucoup plus faible que le nôtre (tant dans le champ de la 'société politico-militaire' que de la 'société civile'), déléguant nombre des tâches 'normales' d'un État à d'autres forces (à l’Église et aux organisations mafieuses, principalement).

5. Vient enfin la prise de conscience : "Nous avons traité dans notre précédente contribution la question des « conditions préalables » à la guerre populaire. Pratiquement, tout élément essentiel au processus révolutionnaire pourrait devenir « condition préalable » : la fondation d’un Parti communiste MLM, ou l’établissement d’un lien aux masses (la préparation de « bases d’appui »), d’une base de masse, ou l’élaboration d’une pensée, et à partir de celle-ci, d’une stratégie, etc.
Le propre de ces « conditions préalables » est d’être :
- Légitimes en ce sens qu’il s’agit effectivement de conditions préalables, sans lesquelles le déclenchement de la lutte armée ne serait pas le déclenchement d’une guerre populaire mais le déclenchement d’une lutte armée aventuriste, militariste, opportuniste de gauche
".

Ben oui, ce sont effectivement les conditions essentielles pour sortir de l''étape zéro' des résistances populaires à l'oppression, et passer à la véritable défensive stratégique d'une Guerre populaire planifiée. Un apport indéniable du (n)PCI, là-dessus, au mouvement communiste en Europe (quoi que l'on pense ensuite de leur pratique), est que ces conditions sont en fait, dès lors qu'il y a une crise générale du capitalisme, essentiellement subjectives et qu'elles se construisent (cf. ce que nous disons plus haut) : trop souvent, sur notre continent, les communistes se sont contenté de les 'attendre', sous la forme d'une crise aiguë, économique ou 'de régime', c'est pourquoi ils ont fait du sur-place dans leur lutte et ont fini (principalement de la cadre des 'Trente Glorieuses') par s'institutionnaliser. Mais de ces conditions indispensables, nos petits donneurs de leçon nous disent qu'elles sont "Floues, en ce sens que chacun peu interpréter à quel degré d’achèvement ces conditions doivent être arrivées pour légitimer le déclenchement de la guerre populaire. L’opportunisme de droite utilise ce « flou » pour étendre sans cesse la phase consacrée à la réunion des « conditions préalables » — et donc reporter sans cesse le déclenchement de la guerre populaire. De plus, cela finit par faire des « conditions préalables » des objectifs en soi. Et pour progresser dans la réunion des « conditions préalables », on en vient à faire des choix et développer des pratiques qui, sous couvert de servir la réunion des « conditions préalables » à la guerre populaire, rend le déclenchement de celle-ci encore plus problématique. Par exemple, en invoquant la constitution d’une certaine « base de masse » comme préalable à la guerre populaire, les opportunistes de droite vont développer des pratique qui, certes, peuvent multiplier les connexions du parti dans les masses, mais qui rendent ces connexions inutiles dans une véritable perspective de guerre populaire (parce qu’elles sont toutes bien connues de la police par exemple)"... ben oui, c'est tout le risque de ce qui s'appelle l'opportunisme (le (n)PCI dénonce précisément ce type d'attitude !) ; et en même temps, il faut ces conditions pour pouvoir 'parler sérieusement', et il faut travailler à les construire. L'opportunisme de droite n'a en fait nullement sa source dans leur recherche et leur construction, ni même dans l'attente passive de celles-ci (qui n'est qu'un 'terreau favorable'), il a sa source dans les aspirants néo-bourgeois que génère inévitablement la société capitaliste, et qui vont pour certains voir dans le militantisme politique cette 'voie royale' - les gauchistes à la 'centre mlm' n'en sont qu'une autre version. C'est là une lutte idéologique à mener au sein même du mouvement communiste organisé, en développant la ligne de conduite : 'servir le peuple !'.

Kakashi Rouge2En attendant, c'est sûr que des pseudos comme 'Volodia Gigot' ou 'Toupie-qui-tourne', ça respire, ça 'suinte' (comme dirait l'autre) les gars qui préparent avec tout le sérieux requis la Guerre populaire... version Armée des Clowns ! 

Pour le reste, "On ne joue pas avec l’insurrection, on ne joue pas avec la guerre populaire, on ne joue pas à la guerre populaire. La guerre populaire est l’activité centrale de la stratégie révolutionnaire. Tout doit y ramener, tout doit s’y subordonner. Comme disait le PCP : la centralité, c’est le combat. Se prendre en photo avec des armes, dans des poses avantageuses, sur fond de drapeau rouge, multiplier des effets d’annonces et des déclarations de guerre, baptiser « action de guerre populaire » des initiatives qui relèvent de l’agit-prop la plus banale (comme accrocher une banderole ou un drapeau rouge), voire même mener l’une ou l’autre action armée, ce n’est pas encore faire la guerre populaire. Un des caractères de la guerre populaire, c’est qu’elle doit est la pratique centrale des communistes. Un parti qui ne consacrerait qu’une portion minime de son activité, de ses forces, de ses moyens, aux procédés spécifiques de la guerre populaire (le sabotage, le combat de rue et la lutte armée) ne peut être considéré comme menant la guerre populaire"... voilà qui pourrait s'appliquer pleinement, sinon à eux-mêmes, du moins à leurs 'petits maîtres à penser' parisiens, rois de la photo de stickers déposés par leurs soins. Même si l'agit-prop, nous ne disons pas le contraire, c'est important !

En réalité, il n’y a qu’une SEULE ET UNIQUE universalité de la Guerre populaire : c'est d'être l’action prolongée, consciente et organisée, planifiée (par un Parti révolutionnaire), de négation du capitalisme par le communisme  ; jusqu’à la prise du pouvoir par le prolétariat (et dans ce but assumé, évidemment) – après, c’est la transition socialiste. Ce processus ne peut certes pas se faire sans une part de violence (aucune classe dominante ne se liquidant elle-même ‘gentiment’), encore moins sans une part d’illégalité, puisque la légalité exprime les intérêts de la classe dominante… mais cela, les marxistes le disent depuis Marx et Engels, même si des révisionnistes l’ont épisodiquement oblitéré : le ‘centre mlm’ n’a franchement pas révolutionné la pensée communiste. Et dans ce processus, rejeter dogmatiquement UNE forme de lutte possible parce qu’elle ne correspondrait pas aux fantasmes de cyber-warriors que l’on se fait de la Guerre populaire, c’est condamner celle-ci à la défaite ! Rejeter ce que le ‘centre mlm’ appelle les ‘clubs de gym’ et les ‘cinéclubs’, c'est-à-dire en réalité les outils de conquête de l’hégémonie intellectuelle par le prolétariat révolutionnaire, c’est carrément catastrophique !!!

Pour finir, le numéro de 'Clarté rouge' version 'centre mlm' nous sert un entretien avec le PC politico-militaire italien, durement frappé par la répression. C'est un document, effectivement, intéressant : il participe, avec ses points justes et sans doute ses erreurs (nous n'avons pas la prétention de trier les uns des autres), à la décantation/reconstruction du mouvement communiste en Italie, au même titre que le PC maoïste et le (n)PCI et d'autres encore. Le PCPM considère que l'étape permet le développement d'une forme de lutte armée ; le (n)PCI considère que les formes de lutte de l'étape où nous sommes sont celles exposées dans l'article du 'centre mlm' en lien ; le PCmI prône les luttes économiques et démocratiques 'dures', les occupations, les expropriations et le combat de rue. Tout ceci participe du débat. D'ailleurs, quelles que soient les divergences de vues, lorsque le PCPM est tombé sous les coups de la répression en 2007, il a reçu le soutien... du (n)PCI, des CARC et de Solidarietà Proletaria. Quiconque a approché le mouvement communiste transalpin aura été frappé, au-delà des prises à partie parfois vives, par le très faible sectarisme politique dans la pratique, à des années-lumière du 'centre mlm' et de ses amis internationaux (qui, après avoir constitué une éphémère 'internationale anti-népalaise', se sont ensuite gaiement étripés entre eux).

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Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Polémique / Critique - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Mercredi 29 mai 2013 3 29 /05 /Mai /2013 10:01

 

Ce ne sont ni plus ni moins que le ‘patron’ régional du Parti du Congrès (au pouvoir à Delhi), avec plusieurs autres cadres de haut rang, et le dirigeant fondateur de la sanglante milice contre-révolutionnaire Salwa Judum qui ont été touchés, dans une attaque digne de l’opération Ogro du mouvement révolutionnaire basque contre Carrero Blanco (27 ennemis du peuple tués au total)… Le Premier ministre Manmohan Singh et la présidente du Congrès, Sonia Gandhi, se sont précipités sur les lieux, abasourdis. Une belle réponse des maoïstes d’Inde à la réaction locale et internationale, mais aussi aux bouffons gauchistes qui annonçaient leur Guerre populaire morte et enterrée ; alors qu’elle ne faisait face, depuis deux ans, qu’à un repli tactique après des pertes douloureuses, comme celle des camarades Azad et Kishenji. Des pertes aujourd’hui largement vengées !

Article bourgeois du Monde :


 New Delhi, correspondant régional. Sonia Gandhi s'est dit "dévastée". La présidente du Parti du Congrès, la formation au pouvoir à New Delhi, avait le visage défait quand elle s'est rendue, dimanche 26 mai, à Raipur, capitale du l'Etat du Chhattisgarh, au chevet des survivants d'une des attaques les plus sanglantes jamais perpétrées par la guérilla maoïste en Inde.

3418302_3_12b1_dimanche-26-mai-la-presidente-du-parti-du_d3.jpgSonia Gandhi aux obsèques des 27 ennemis du peuple liquidés, pour la plupart cadres dirigeants de son parti.


 Vingt-sept personnes ont été tuées, samedi, dans le district de Bastar, l'un des plus violents du Chhattisgarh, lorsqu'un convoi de dirigeants et de cadres locaux du Parti du Congrès est tombé dans une embuscade tendue par plusieurs dizaines de rebelles d'extrême gauche. La caravane de véhicules revenait d'une réunion électorale.
L'état-major du Parti du Congrès dans le Chhattisgarh a été en partie décapité.

Parmi les victimes figurent Nand Kumar Patel, le patron politique du Congrès dans cet Etat du centre de l'Inde, l'un des plus affectés par le mouvement armé des naxalites (maoïstes).

L'autre personnalité tuée dans le guet-apens est Mahendra Karma, le fondateur d'une milice tribale anti-naxalite controversé, Salwa Judum. Intégrée dans la lutte contre-insurrectionnelle menée par les autorités – centrales et locales – Salwa Judum s'est rendue coupable de nombreuses violations des droits de l'homme, au point que la Cour suprême a ordonné, en juillet 2011, de sa dissolution.

[La suite est l'habituel blabla journalistique 'gauche bourgeoise', tentant d'adopter un ton 'neutre']

LA MARGINALISATION SOCIALE ET ÉCONOMIQUE, UN TERREAU FERTILE 

Le précédent coup de main sanglant des naxalites remonte au 6 avril 2010 quand un groupe de 300 rebelles avait tué 75 soldats de la Central Reserve Police Force (CRPF), une force paramilitaire, dans le district de Dantewada, un autre point chaud du Chhattisgarh. A la fin des années 2000, l'insurrection des naxalites était devenue si meurtrière que le premier ministre Manmohan Singh lui-même l'avait qualifiée de "plus grande menace pour la sécurité intérieure du pays".

Afin de contrer ce "péril rouge", le gouvernement de New Delhi a tenté de combiner une politique répressive et des efforts de développement visant à désenclaver les zones de peuplement tribal dont la marginalisation sociale et économique a fourni un terreau fertile aux groupes d'extrême gauche.

Cette stratégie mixte a semblé produire quelques résultats si l'on en juge par la baisse de la violence enregistrée dans les Etats les plus touchés : Chhattisgarh, Jarkhand, Bengale-Occidental, Orissa... Selon le centre d'études sur le terrorisme South Asia Terrorism Portal (SATP), le nombre de tués liés à des affrontements entre forces de sécurité et extrême gauche armée en Inde a décliné de 1 180 en 2010, à 602 en 2011, puis 367 en 2012.

Le début de l'année 2013 a toutefois marqué une recrudescence avec plus de 200 victimes en cinq mois seulement. Si l'on en croit les données de SATP, les naxalites demeurent actifs dans 173 districts sur les 640 que compte l'Inde – soit plus du quart –, la plupart étant répartis le long du fameux "corridor rouge" traversant les régions forestières de peuplement tribal d'Inde du Centre et du Nord.

SATP estime que les effectifs insurgés se montent à 8 600 combattants, lesquels peuvent compter sur un vivier de soutiens potentiels de 38 000 hommes.

Le naxalisme tire son nom du village de Naxalbari (Bengale-Occidental), où avait éclaté une révolte paysanne en 1967, attisée par des militants d'extrême gauche en rupture avec les partis communistes officiels tentés par le jeu parlementaire. Dirigé par Charu Mazumdar – tué en 1972 –, le Parti communiste indien marxiste-léniniste (PCI-ML) s'est créé dans la foulée des événements de Naxalbari en se réclamant ouvertement des préceptes révolutionnaires de Mao.

COMBATTRE "L'ORDRE SEMI-FÉODAL" PAR "UNE GUERRE POPULAIRE PROLONGÉE" 

Le mouvement n'a toutefois pas tardé pas à se scinder en une multitude de groupes rivaux, qu'opposaient parfois des affrontements meurtriers. L'année 2004 consacre d'une certaine manière la renaissance du naxalisme indien à la suite de la fusion de deux tendances, le groupe Guerre du peuple (PWG) et le centre communiste maoïste (MCC), au sein d'un parti réunifié : le Parti communiste indien maoïste (CPI-Maoist).

L'idéologie professée par le CPI-Maoist puise fidèlement dans les classiques de la littérature révolutionnaire. Elle affirme combattre "l'ordre semi-féodal et semi-colonial" au moyen d'une "guerre populaire prolongée" permettant d'instaurer in fine la "démocratie du peuple". La tactique consiste à "libérer" des zones rurales afin d'"encercler" les villes par les campagnes.

Cette rhétorique n'est pas sans rencontrer d'écho au sein des parias de la société indienne, en particulier les communautés tribales de plus en plus dépossédées par des projets de développement industriel. Les forêts des Etats de Jarkhand, Chhattisgarh ou de l'Orissa recèlent en effet des gisements de minerai – fer, bauxite, etc. – attisant les convoitises de grosses sociétés minières.

S'il a échoué à percer dans les grandes villes, le mouvement maoïste indien continue de planter ses racines dans ces zones tribales aliénées qui n'ont jusqu'à présent guère vu la couleur de la "Shining India" (l'Inde brillante).

3418736 5 c4dc le-cratere-laisse-par-l-embuscade-a-l-explosLe cratère laissé par l'explosion

 

En anglais, le communiqué de presse du PC d'Inde maoïste au sujet de l'action : http://democracyandclasstruggle.blogspot.co.uk/2013/05/press-statement-of-communist-party-of.html

 


Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Asie du Sud - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Lundi 27 mai 2013 1 27 /05 /Mai /2013 09:38

 

gajurel nepal maoist leaderCP Gajurel 'Gaurav', bien connu de ceux et celles qui suivent l''actualité' révolutionnaire népalaise des dernières années, est aujourd'hui un important dirigeant (vice-président) du nouveau PC maoïste qui s'est formé voilà bientôt un an. Mais, avec Kiran et d'autres hauts dirigeants (la plupart, en fait), il est plutôt un représentant de l'aile droite de ce Parti : en réalité, il est 'centriste' dans la grande lutte de lignes internationale qui oppose maoïsme authentique et prachandisme (avec les ultra-gaucho-dogmatiques destructeurs aux aguets) ; un centrisme qu'il s'agit de gagner ou neutraliser, si l'on veut que le processus révolutionnaire reparte de l'avant dans ce pays. Cet article, publié en anglais sur le site des camarades de Democracy & Class Struggle, est encore une bonne illustration de ce centrisme. Par rapport à des controverses qui ont eu lieu récemment (entre 'droitistes', 'gauchistes' et courant maoïste international auquel se rattache SLP, 'gauchiste' pour les uns et 'centriste' pour les autres...), les passages suivants ont retenu notre attention :
"Once, almost two third of the world population was under the banner of socialism.
But due to the events of counter revolution staged by the leadership of communist parties and socialist states, the socialism went on squeezing and now it is confined at the stage of strategic defence.

The anti-socialist "democratic movements" designated by the imperialist powers swept away the "socialist states" of East European pro-soviet block during the '90s. The governments of communist parties and socialist states have been reduced to quite few.
If we can have a good relation with those survived, it can be of great help to the revolutionaries and the people against the onslaught of domestic and foreign reactionaries.
This relation can play significant role for the development of revolutionary movement, to protect the revolutionary parties and to bring the balance of power in favour of the revolutionaries. It is necessary to develop relation with countries like China, North Korea, Cuba, Latin American countries. In the context of Nepal, the relation with China attaches great importance.

The wave of Bolivarian revolution in Latin America can be considered as anti- US imperialist wave. The "socialism" that has been achieved in Latin American countries differs from the scientific socialism and communism envisaged by communist parties. However it is necessary to salute the revolutionary changes that the people have brought after heroic struggles. We should make serious efforts to develop friendly relation with them. We should understand the significance of balance of power in favour of revolutionary movement".

C'est toute la question de ces États cibles de la propagande et (en dernier recours) des bombes ou des opérations par mercenaires interposés de l''impérialisme' (en fait, de l'impérialisme OCCIDENTAL, de la 'Triade') qui ressurgit là. C'est une question COMPLEXE, à aborder dans toute sa complexité ; Gaurav adoptant ici la position 'campiste' simplificatrice qui est celle du PC des Philippines, du (n)PCI et des CARC d'Italie, etc.

Il faut en réalité comprendre que :

- AUCUN de ces États cités n'est 'socialiste', ni de 'nouvelle démocratie' (ce qui serait plus logique, vu qu'ils sont tous du 'tiers-monde', cela dit, 'depuis le temps', ils pourraient peut-être être socialistes...). Leur économie est généralement un capitalisme d’État, avec une nouvelle bourgeoisie d'appareil, et un secteur privé d'importance variable (même la Corée du Nord, contrairement aux idées reçues, à ses 'zones franches' près de la frontière avec le Sud). Ce capitalisme privé est même parfois prédominant, comme en Iran ou en Syrie, que Gaurav ne cite pas mais auxquels il pense certainement.

- La plupart de ces capitalismes d’État sont de type dépendant ; pour ne 'pas trop dépendre' de l'impérialisme US honni, ils se cherchent d'autres partenaires : Européens 'pas trop alignés' sur les USA, Russie, Chine et 'BRICS' en général, autres 'émergents' comme l'Argentine, la Turquie, l'Iran etc.

- La Chine 'populaire', en revanche, est engagée dans un processus impérialiste, comparable à celui du Japon dans le premier tiers du 20e siècle. Ce processus est à l'heure actuelle un facteur considérable et croissant de guerre mondiale (y compris 'indirecte'), même si évidemment, sauf mauvaise foi caractérisée (comme celle de certains 'ML', pour ne pas citer de noms), la Chine n'en porte pas seule la responsabilité (voire moins que les puissances 'installées' de la ‘Triade’, que sa 'résistible ascension' dérange). Ceci étant, il faut être extrêmement vigilants là-dessus ; d'autant plus que les dirigeants chinois actuels sont les révisionnistes qui ont liquidé idéologiquement le maoïsme - il faut donc se méfier aussi de leur influence idéologique.

- Dans la plupart de ces pays, sauf peut-être Cuba et les pays de l'ALBA où les 'processus' sont récents (encore que, au vu des dernières élections au Venezuela...), les masses travailleuses ne se reconnaissent plus guère dans la classe dirigeante et ses discours 'officiels' ; elles ont de plus en plus tendance à se lever contre la nouvelle bourgeoisie (ou nouvelle oligarchie, dans les pays qui n'ont jamais prétendu sortir du capitalisme, mais rendre celui-ci plus 'juste') : en Chine 'populaire' il y ainsi plus de 80.000 explosions sociales violentes par an ; le Vietnam est touché dans les mêmes proportions ; et il n’est pas utile de rappeler ce qu’il se passe en Syrie et s’est passé en Libye. L’on est bien obligé de constater que Gaurav fait un silence total sur ce point...

- CEPENDANT, s'il est clair qu'il n'y aucun 'socialisme', aucun véritable 'pouvoir populaire' objectivement visé dans ces pays, il est également clair que l'impérialisme occidental, à travers eux, vise subjectivement l''idée socialiste', l''idée révolutionnaire' même (l'Iran est violemment antisocialiste et anticommuniste, mais se veut 'révolutionnaire' et l'imagerie qui lui est associée, dans les médias bourgeois occidentaux, rappelle celle de l'URSS et des 'pays de l'Est' dans les années 1980). Pour les impérialismes occidentaux, il ne s'agit pas seulement d'en finir avec le socialisme comme réalité (il n'en est plus question sur la planète depuis la fin des années 1970), mais avec l'IDÉE MÊME de socialisme, de révolution ou même de 'contestation' de leur mainmise sur la planète ; ce 'spectre' qui les a hanté pendant trois quarts de siècle à partir de 1917 et qui, chaveznodapparemment terrassé même comme opposition armée autour de 1992-93,  ressurgit ici et là, en Inde, aux Philippines etc. [les monopoles russes et chinois, eux, essayent évidemment de 'capitaliser' sur ce 'mythe', même si sur le plan intérieur l'injustice sociale n'a rien à envier au Brésil, à l'Inde ou à l'Afrique du Sud]. Il est juste de dénoncer cela, mais Gaurav va visiblement beaucoup plus loin ; les 'liens' qu'il envisage avec ces États semblent bien plus stratégiques que 'tactiques', il semble les 'prendre pour modèle' et là, c'est la faillite assurée pour le mouvement communiste au Népal.

L'idée de Servir le Peuple tend à être la suivante : lorsqu'un mouvement communiste international CONSÉQUENT, tel qu'il existe actuellement en Inde (par exemple), se sera suffisamment développé à travers le monde, la situation dans ces pays se 'débloquera' d'une manière ou d'une autre, entre mouvements de contestation de masse, 'coups de balai' physiques et idéologiques dans les équipes dirigeantes et autres scénarios que nous n'imaginons pas forcément (en Russie il faut dans tous les cas une nouvelle révolution, puisque les forces se réclamant a minima du léninisme sont actuellement dans l'opposition, le 'coup de balai' concernant donc en premier lieu celles-ci)... En l'absence d'une telle nouvelle hégémonie intellectuelle communiste mondiale, c'est malheureux, mais c'est très certainement à 'plus d'alignement' sur l'Occident impérialiste que ne pourront que profiter des déstabilisations importantes de ces régimes, comme cela s'est produit en 1989-90 dans les 'pays de l'Est' et tout récemment en Libye et (bientôt) en Syrie - c'est toute la quadrature du cercle. Mais cette position ne semble pas partagée par Gaurav, pour lequel (en tout cas en Corée du Nord, à Cuba et même... en Chine) il n'y a rien à 'débloquer', aucun 'problème', aucune nouvelle solidarietà gaddafibourgeoisie/oligarchie/caste exploiteuse en travers du chemin révolutionnaire vers le communisme...

Un peu plus haut dans le document, est abordé la question d'un 'nouveau centre' communiste international 'unique', qui rassemblerait les 'éléments sains' du (mort-vivant) MRI et de l'ICMLPO 'mao' International  (qui compte aussi ses horreurs !). Cela est en apparence louable... sauf que un se divise en deux et que, si recomposition idéologique il peut y avoir, c'est à travers un processus de décantation et de lutte de lignes (liquidant le révisionnisme et le gauchisme, et permettant aux éléments sains de 'bonifier' leur conception du monde et de la révolution)... pas à travers une 'volonté', aussi louable soit-elle, de fusion - ce concept liquidateur qui est au 'cœur' du révisionnisme prachandiste, et avec lequel Gaurav n'a visiblement pas rompu. Si l'on dresse un rapide 'panorama' des forces auxquelles Gaurav fait référence, qu'avons-nous ?

1°/ D'un côté nous avons le MRI, qui n'est plus qu'une 'coquille vide' et a globalement éclaté entre :

- la liquidation avakianiste derrière le Parti 'communiste révolutionnaire' des USA et la 'nouvelle synthèse' de Bob Avakian, qui prétend 'solder les comptes' et 'dépasser' toute la théorie marxiste accumulée depuis plus de 160 ans... le bonhomme ne se prend pas pour n'importe qui !

- la liquidation prachandiste derrière le Parti 'communiste maoïste' unifié du Népal ; qui en dernière analyse consiste à faire de la Guerre populaire un 'réformisme armé', une 'prise d'armes' pour amener le vieil État réactionnaire 'à la table des négociations', à un 'consensus démocratique', à une 'assemblée constituante' etc. Ceci ne vise, au fond et en réalité, qu'à permettre aux auteurs de cette 'géniale' révision du marxisme de s'offrir un maroquin dans les institutions ; cependant des personnes comme Gaurav ou Kiran n'ont pas compris et n'ont pas réellement rompu avec cela : ils reprochent simplement à la Constituante népalaise de 'ne pas fonctionner', d'être 'paralysée'... mais ne comprennent pas qu'il ne peut pas en être autrement, que c'est précisément parce que le 'consensus' est impossible entre des forces de classes aussi antagoniques que le Congrès, qui représente l'oligarchie 'libérale', et les maoïstes qui représentent les ouvriers et les paysans affamés !

- le repli sur le dogmatisme sectaire derrière le Mouvement Populaire Pérou, la 'sacralisation' des 'grandes pensées' comme si la direction de Staline n'avait pas débouché sur le blitzkrieg révisionniste de Khrouchtchev (l'un des plus importants cadres d'appareil avant 1953), comme si la Guerre populaire du Pérou (la 'pensée Gonzalo' est leur 'totem' absolu...) n'avait pas subi une cinglante défaite, comme si Mao lui-même n'avait pas été impuissant à empêcher la contre-révolution en Chine et dans le monde ; bref, comme s'il n'y avait pas des questions à se poser. Cette ligne est partagée par des groupes extra-MRI 'historique' comme le 'p''c''mlm' de 'France', les PC d'Équateur 'Sol Rojo' et 'Comité de Reconstruction' etc.

- enfin, ceux qui ('dogmatiques' pour les uns et 'centristes' voire révisionnistes pour les autres), autour des PC maoïstes d'Italie, de Turquie/Nord-Kurdistan et de 'France', du PCR Canada, du PC d'Inde 'Naxalbari' etc., ont pris acte de la 'mort clinique' du MRI et veulent refonder une nouvelle coordination internationale.

2°/ De l'autre, il y a l'ICMLPO ou plutôt l'aile gauche de celle-ci (car on y trouve aussi des 'cas lourds', pour ne citer personne), avec le PC des Philippines qui mène la Guerre populaire dans ce pays depuis près de 45 ans, le TKP/ML dans l'État turc, les CARC et le (n)PCI en Italie, ce que l'on peut appeler la 'mouvance philippine', qui anime notamment l'ILPS (Ligue internationale des luttes populaires)... Contrairement à ce qu'affirme Gaurav, le PC d'Inde maoïste n'en fait pas partie (ou en tout cas, il reste 'en marge'). Mais voilà... c'est oublier un peu rapidement que l'ILPS, justement, a connu voilà deux ans un très important 'clash', avec l'exclusion de plusieurs personnalités et organisations membres... dont le Front révolutionnaire démocratique d'Inde, précisément sur la question... de ce soutien aveugle, a-critique à ces pays 'anti-impérialistes' que défend Gaurav ; un soutien faisant totalement fi du sort que ces régimes peuvent réserver aux révolutionnaires et aux progressistes authentiques : en Iran ou en Syrie, c'est la torture et la mort quasi-assurée ; en Chine (ou au Vietnam ou au Laos) c'est la prison ou en tout cas de 'sérieux problèmes' (privation d'emploi etc.) ; en Corée 'démocratique' du Nord, il vaut certainement mieux ne pas critiquer le 'Grand Leader' et l'idéologie officielle (totalement antimarxiste) du juche ; même au Venezuela ou en Bolivie (soutenus par Cuba, qui ne dit mot donc consent), c'est le risque d'être extradé (lorsque l'on est étranger) vers son État réactionnaire d'origine (Colombie, Pérou, 'Espagne' etc.)... Même l'Inde, qui fait partie de ces fameux 'BRICS', proche de la Russie (pour les contrats militaires, surtout), ne pourrait-elle pas, dans cette optique, être considérée comme un 'contre-pouvoir' à cette 'Triade' à laquelle, trop souvent, les 'anti-impérialistes' réduisent l'impérialisme ? Faut-il voir 'positivement' le pouvoir AKP en Turquie, sous prétexte qu'à ses heures il adopte une posture anti-israélienne ou Assad l'assassin'non-alignée' vis-à-vis de l'impérialisme US (comme lors de l’invasion de l'Irak) ? Il ne s'agit pas de hurler avec certains 'loups' gauchistes et de qualifier indistinctement tous ces États et toutes leurs actions de 'fascistes' (sauf, pour les gauchistes en question, lorsqu'il massacrent leur population, là ils deviennent subitement des 'victimes' de z'horribles z'islamiiiiiistes pilotés par l'impérialisme...), même si pour certains c'est le mot qui convient à la plupart de leurs agissements ; il ne s'agit pas de ne jamais rien voir d'objectivement positif à ce qu'ils peuvent dire ou faire (comme Lénine, en son temps, défendait la résistance à l'impérialisme du monarque féodal afghan, ou encore des kémalistes turcs). Mais peut-on, en tant que communistes conséquents, se voiler la face en permanence et sur tout ? N'avons-nous pas une CONCEPTION DU MONDE à mettre en avant, et à laquelle rallier les masses ? Pour des militant-e-s révolutionnaires... des pays concernés, c'est évidemment hors de question ; c'est ainsi que parmi les militant-e-s expulsé-e-s de l'ILPS en 2011, l'on trouve un Iranien exilé en Grande-Bretagne, trois personnes anatoliennes (turques et/ou kurdes, rappelons que la minorité kurde est également opprimée en Iran et en Syrie), une brésilienne (dont l'organisation est connue pour son peu de sympathie envers Chavez etc.) et deux indiens, dont G. N. Saibaba du Front révolutionnaire démocratique maoïste. Depuis son 'indépendance féconde' qui est le fondement même de sa démarche, SLP n'a pas peur de dire, sans vouloir défendre tout ce qu'ont pu dire ou faire les personnes sus-mentionnées (dont nous n'avons de toute manière pas vraiment connaissance), que cette contradiction a été traitée de manière particulièrement bureaucratique et inutilement antagonique : peut-on sérieusement expulser un représentant du mouvement maoïste d'Inde... comme s'il s'agissait d'un vulgaire intellectuel gauchiste parisien ou bruxellois de la mouvance 'p''c''mlm' ? Gaurav ne dit pas un seul mot de cela ; difficile donc a fortiori de comprendre comment il entend surmonter cette divergence idéologique.

Servir le Peuple a proposé voilà quelque temps une définition simple de ce qu'est un régime 'progressiste': un régime qui, objectivement, FAVORISE le développement et le renforcement du mouvement ouvrier/populaire organisé et (par conséquent) du mouvement communiste, quantitativement et qualitativement ; le régime servant ainsi objectivement la révolution prolétarienne mondiale même si, subjectivement, il n'est pas favorable à celle-ci telle que nous la concevons. Cette définition exclut totalement des pays comme l'Iran ou la Syrie par exemple, si l'on laisse de côté les pseudo 'communistes de régime' syriens ; pour la Libye la situation a pu être 'tangente' (avec beaucoup d'ambigüités) dans les années 1980 mais plus après (et l'on pourrait ajouter : favorise dans le pays même, pas 'à l'international', ce qui disqualifierait alors définitivement la défunte 'Jamahirya') ; dans tous les cas, aucun régime bourgeois (même 'national') ne peut jamais être 'progressiste' à 100%. Plus largement, nous avons souvent mis en avant la distinction entre soutien positif et soutien négatif :

- soutien POSITIF aux forces qui, soit appartiennent directement aux Forces subjectives de la Révolution prolétarienne mondiale (FSRP), soit favorisent leur développement (local, régional et international) ;

- soutien NÉGATIF lorsque, simplement, l'ennemi principal n'est pas le régime aussi réactionnaire soit-il (comme les Talibans en Afghanistan, le régime du Hamas à Gaza ou le régime Hezbollah de facto au Sud du Liban, Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire etc.), mais l'impérialisme (ou son 'chien d'attaque' sioniste) qui les vise, et que l'on ne peut en aucun cas mettre l'un et l'autre sur le même plan. Dans ce cas, lorsque l'impérialisme ou le sionisme est tenu en échec ou en demi-échec, c'est à saluer pour le 'retentissement' subjectif mondial de l'évènement ; mais c'est une situation ponctuelle, qui ne signifie pas glorifier politiquement ces forces. C'est, globalement, la situation de l''émir afghan' ou du mouvement nationaliste turc de Mustafa Kemal à l'époque de Lénine. Il faut mener parallèlement, bien souvent, une lutte idéologique contre les révisio-confusionnistes qui voudraient presque faire de ces forces des 'compagnons de route' du mouvement communiste international ;

- dans tous les cas, LE CAMP DU PEUPLE EST NOTRE CAMP et la 'mesure de toute chose' : ce que nous dénonçons avant tout est le massacre impérialiste des masses populaires, et ce que nous saluons éventuellement est leur résistance ; pas l'attaque contre la caste dirigeante et son éventuelle résistance en tant que tels. Lorsque l'agression impérialiste (directe ou par des forces qui se sont vendues à lui) est précédée (et 'justifiée', d'après les médias impérialistes) par de grands crimes contre le peuple (notamment contre une révolte populaire ou de nationalité opprimée), comme en bolivarencolombia Syrie ou en Libye et (hier) en Yougoslavie ou en Irak, il n'est pas question de 'taire' cela, et encore moins de faire des victimes, qui se révoltaient légitimement contre l'oppression, des 'coupables', des 'agents de l'impérialisme'. La lutte idéologique sur ce point doit être implacable ; c'est une lutte de conception du monde : il en va du lien dialectique qui doit unir le mouvement communiste aux masses opprimées de tous les pays. Il ne s'agit pas de 'ni-ni' mais de double dénonciation : dénonciation des crimes du régime ET dénonciation des rapaces impérialistes qui se jettent sur l'occasion comme des vautours, instrumentalisant les cadavres alors qu'eux-mêmes en traînent des kilomètres derrière eux. Le fait que ces régimes réactionnaires ET assassins soient la cible de l'impérialisme n'en fait pas moins des assassins et des réactionnaires, pas forcément des anti-impérialistes (souvent, ils se rattachent au 'nouvel Est' : Russie, Chine, expansionnisme iranien etc.), et EN AUCUN CAS des 'progressistes' ou des 'héros des peuples du monde entier' (blablabla) : un Bokassa en Centrafrique ou un Hissène Habré au Tchad, un Trujillo à Saint-Domingue ou un Duvalier en Haïti, un Marcos aux Philippines ou un Galtieri en Argentine, n'ont-ils pas eux-mêmes été 'lourdés' lorsque les impérialistes (US et/ou BBR) en ont 'eu marre' ? Cela en fait-il des 'héros de la résistance des peuples' ? Soyons sérieux. Le fait que les directions 'révoltées' se soient vendues à l'impérialisme, quant à lui, doit être utilisé pour illustrer la nécessité impérieuse d'un mouvement communiste conséquent à la tête de toute lutte populaire d'émancipation dans le monde : le 'Parti des mécontents' se vend toujours, le Parti révolutionnaire authentique ne se vend JAMAIS.

Ne pourrait-on pas, simplement, établir un 'consensus' communiste mondial sur ces positions simples, claires et populaires ? 

Pour autant, tout ceci montre que le DÉBAT existe, un débat VIVANT ; que la conception communiste du monde en ce début de nouvelle vague révolutionnaire mondiale est en DÉCANTATION-CONSTRUCTION ; et que rien n'est tranché contrairement à ce qui peut-être affirmé du haut de chaires intellectuelles.

Si nous étions autour de 1960, au sein de l'ensemble des mouvements se réclamant du marxisme, un gouvernement comme celui de Chavez aurait été 1°/ très certainement considéré comme 'progressiste' et 'anti-impérialiste' par les marxistes-léninistes se réclamant de Lénine et Staline, et bien sûr les révisionnistes acceptant les conclusions du XXe Congrès de Khrouchtchev ; toute 'dissidence' à ce sujet étant sévèrement sanctionnée ; 2°/ rejeté par les trotskystes en des termes peu ou prou similaires à ceux de la ligne 'ultra-maoïste' actuelle ('p''c''mlm' etc.), sauf peut être les 'pablistes', 'frankistes' et autres 'mandéliens' qui auraient pu le voir comme une 'possibilité de rupture' avec le capitalisme et l'impérialisme, si 'la classe ouvrière s'organise' et 'fait pression' (ils appuyaient alors la Yougoslavie, l'Algérie, Cuba et même le Vietnam dans ce même raisonnement) ; 3°/ chez les 'marxistes anti-totalitaires', 'à la Castoriadis', peut-être dénoncé par certains pour son 'caudillisme', son 'populisme', son 'autoritarisme' etc., d'autres soulignant vraisemblablement que Chavez organise et gagne des référendums et des élections, qu'il y a un véritable mouvement populaire en sa faveur, etc. etc.

Aujourd'hui, si l'on ne regarde QUE les quatre grandes Guerres populaires sous direction maoïste à travers le monde, plus le Népal où la GP s'est achevée en 2006 :

- Le PC des Philippines, les maoïstes népalais (nouveau CPN-M) et le TKP/ML de Turquie (proche des Philippins) appuient avec enthousiasme, quasi inconditionnellement. Parmi les 'héritiers' de la 'petite guerre populaire' italienne des années 1970, c'est aussi la position du (n)PCI.

- Le MKP de Turquie/Kurdistan et le PC d'Inde maoïste sont vraisemblablement sur la même ligne que SLP : voir 'toute la complexité' et 'toute la dialectique' des choses ; c'est aussi la position du PC maoïste d'Italie, du PC maoïstes de France (qui provient de la Gauche prolétarienne), des groupes Gran Marcha hacia el Comunismo, Dazibao Rojo/Correo Vermello et Odio de Clase (pourtant violemment hostile aux 'révisionnistes' népalais de Gaurav, Kiran etc.) dans l’État espagnol.

- Les Péruviens sont sur une ligne de rejet sans appel (Chavez était un 'fasciste' etc.) ; ce qui est aussi la ligne des maoïstes d’Équateur, du Brésil etc. Il faut dire que les gouvernements qu'ils combattent (y compris au Pérou désormais) sont plutôt des amis du Venezuela 'bolivarien'... Les maoïstes sud-américains semblent en fait 'désarçonnés' et poussés à l'outrance par la montée, après 20-30 ans de 'néolibéralisme' issu des dictatures militaires, de ces 'gauches' bourgeoises sur le continent, qui captent la mobilisation des masses contre le capitalisme et l'impérialisme à leur détriment (et à celui de toute forme de lutte révolutionnaire marxiste en général). Ils ne trouvent pas les 'clés' pour comprendre ce phénomène (l'engouement des masses, pas l'existence d'une fraction 'moderniste' et social-réformiste dans la classe dominante, celle-ci étant tout à fait normale) et mettre à profit ses contradictions. Ce phénomène a, historiquement, souvent frappé le mouvement communiste face à la social-démocratie et autres 'populismes sociaux' (y compris 'de droite' : péronisme, gaullisme etc.). N'étant pas dans les pays concernés, nous pouvons émettre des 'réflexions' avec les éléments dont nous disposons... mais pas le faire à leur place !

De leur côté, les trotskystes comme les marxistes-léninistes qui 's'arrêtent à Staline'... sont tout aussi divisés sur la question ! [Les trotskystes, peut-être, seront un peu plus unanimes (dans le rejet) sur les régimes proche- et moyen-orientaux de type Assad, Kadhafi, Iran etc.]

Comme nous le voyons bien, ce type de débat est loin d'être tranché dans le mouvement communiste international !!

Qu'il se poursuive avec VIGUEUR, mais toujours franc et ouvert et dans la camaraderie ; il ne fera qu'alimenter le feu de la lutte !

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Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Théorie - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 16:59

 

300px-Day after Saur revolution in Kabul (773)Il y a 35 ans, dans les derniers jours d'avril 1978, le président 'non-aligné' (mais penchant 'dangereusement' vers l'Occident) d'Afghanistan, Mohamed Daoud Khan, lui-même arrivé au pouvoir... par un coup d’État contre son cousin et roi Zaher Shah cinq années plus tôt, était renversé par des officiers formés en URSS et liés au PDPA (Parti 'démocratique' 'populaire' d'Afghanistan), un parti-gang (enfin... divisé en deux gangs : le 'Khalq' et le 'Parcham') de bureaucrates bourgeois prétendument 'marxistes-léninistes', et en réalité simples 'courroies de transmission' du social-impérialisme soviétique de Brejnev dans ses visées d'expansion vers l'Océan Indien. Car l'impérialisme, comme nous l'enseigne le maoïsme, c'est cela : le socialisme et l'internationalisme en paroles, le capitalisme d'État et l'hégémonisme chauvin dans les faits. C'était le début de la tragédie de tout un peuple, ou plutôt des peuples de ce pays nommé Afghanistan - mais ce nom est le nom impérialiste ('internationalement reconnu') et suprématiste pachtoune (la nationalité la plus nombreuse - 42% environ - de cet État plurinational) donné à l'ancien Khorasan, appellation depuis l'Antiquité de cette terre d'Asie centrale aux multiples nationalités et au carrefour des cultures. Une tragédie qui se perpétue encore aujourd'hui, alors que ce pays est occupé depuis bientôt 12 ans par une coalition des principaux pays impérialistes de la planète, venus en 2001 y renverser des Talibans (fondamentalistes musulmans radicaux) et y traquer un Oussama Ben Laden qu'ils avaient pourtant appuyé quelques années plus tôt... contre l'URSS, mais qui avaient fini par se retourner contre eux. Des principaux pays impérialistes de la planète... dont le nôtre, l'impérialisme BBR, l'impérialisme français. C'est la raison pour laquelle la cause de l'Afghanistan est aujourd'hui une cause fondamentale pour tous les véritables révolutionnaires de la planète en général, et d'Hexagone en particulier. Voilà pourquoi il est important de connaître l'histoire de ce pays, de ces peuples et de leur résistance infatigable contre toutes les tentatives d'asservissement impérialiste.

soviet-union-war-afghanistanPour tout le 'gratin' révisionniste brejnévien de la planète, ce coup d’État d'avril 1978 (suivi, 20 mois plus tard, face aux contradictions internes du PDPA, par l'intervention directe de l'Union soviétique) a évidemment été une 'révolution', et la résistance héroïque des masses populaires (qui eurent 2 millions de victimes, donc forcément pas que des 'bourgeois', des 'féodaux' et des imams réactionnaires, le pays n'en comptant pas le dixième) est réduite à son seul (bien réel) appui par la CIA, l'Arabie saoudite et le Pakistan. Aujourd'hui, alors que strictement les mêmes forces sociales résistent à la coalition occidentale, ils sont plus partagés, les uns soutenant la résistance (en regrettant parfois son caractère 'religieux réactionnaire'), les autres adoptant le 'ni-ni', certains 'cas' isolés (dans la mouvance 'stalino-dogmatique') souhaitant même... la victoire de la coalition. Les trotskystes sont globalement sur une position de 'ni-ni' (classique chez eux) ; il faut dire ici que l'Afghanistan, voisin de l'Iran, a un important mouvement 'communiste-ouvrier' hekmatiste (de Mansoor Hekmat, iranien), 'léninisme orthodoxe' ayant dérivé vers un trotskysme de fait, qui est globalement sur cette position (comme en Irak et en Iran même) et dont ils s'inspirent... Ceci dit, en janvier 1980, il s'en trouvait pour soutenir l'intervention soviétique !

yari Mais pour nous les maoïstes, il en va tout autrement, car dans ce pays notre mouvement a une histoire, et pas des moindres. L'Afghanistan a en effet connu un très important mouvement 'maoïste' (marxiste-léniniste anti-soviétique, pro-chinois) entre la fin des années 1960 et le début des années 1980. Ce mouvement mobilisait notamment dans la nationalité hazara, la plus opprimée du pays, de 'souche' turco-mongole et de confession majoritaire chiite (anciennement bouddhiste, il en reste dit-on quelques uns), violemment méprisée et réduite en quasi-esclavage (l'oppression nationale devenant ici oppression de classe) par la nationalité dominante pachtoune, dont est issue la dynastie des Durrani qui régna sur la pays (et même, un temps, bien au-delà) du milieu du 18e siècle jusqu'en 1973, et qui lui donna son nom d'Afghanistan, 'pays des Afghani' c'est-à-dire des Pachtounes ('Afghani' étant le nom d'un 'ancêtre' mythique de ce peuple) ; nom repris ensuite par les impérialistes anglais qui (régnant sur l'Inde voisine) tentèrent de s'emparer du pays par trois fois entre 1839 et 1920 - ils furent à chaque fois défaits, mais réussirent à imposer peu à peu une domination indirecte, semi-coloniale (et utilisèrent le pays comme 'rempart' contre - déjà - les ambitions impériales russes : c'est pourquoi l'Afghanistan a cette petite 'queue' au nord-est, bande de terre qui servait à séparer les Indes britanniques du Turkestan du tsar).

Il y a là, entre parenthèses, un parallèle saisissant avec la manière dont la monarchie capétienne de Paris, revendiquant une mythique descendance des Francs (peuple germanique de Clovis et Charlemagne, vivant plutôt dans l'actuelle Wallonie), a imposé le nom de 'France' et de 'français' à toutes les nationalités de l’État qu'elle s'est construite entre le 13e et le 18e siècle ; œuvre poursuivie ensuite par la bourgeoisie du Bassin parisien à la tête de toutes les bourgeoisies d'Hexagone... fin de la parenthèse.

Sous cette domination semi-coloniale britannique (puis occidentale à dominante US, après 1945) se mit en place le capitalisme bureaucratique, ce 'stade suprême' du compradorisme dans un pays dominé, 'développementisme' de la production impulsé 'par en haut' au bénéfice des monopoles impérialistes : c'est principalement le roi Zaher Shah (1933-73) qui, surtout à partir des années 1950, comme Reza Pahlavi en Iran voisin, mena cette 'révolution blanche', 'révolution' royale modernisatrice, impulsée par le palais. Le pays, bordé au Nord par l'URSS, avait la particularité d'afficher un certain 'non-alignement' géopolitique pour ne pas froisser ce puissant voisin. Il avait d'autre part, on l'a dit, la particularité de ne pas avoir subi, et même d'avoir  repoussé vaillamment toute tentative de domination coloniale directe : une 'gloire nationale' sur laquelle 'capitalisaient' évidemment la dynastie régnante et l''élite' sociale pachtoune.  

UntitledC'est dans ce contexte très particulier de capitalisme bureaucratique n'ayant pas connu la domination coloniale directe, associé à une puissante féodalité à dominante pachtoune, qu'a donc émergé au milieu des années 1960 le mouvement maoïste d'Afghanistan (analysant en des termes limpides l'un et l'autre phénomène), avec le Courant de Nouvelle Démocratie et l'Organisation de la Jeunesse Progressiste (PYO), publiant l'organe de presse Shola-e-Jawid ('Flamme éternelle', réactivé dans les années 1990 par les camarades qui allaient devenir le PC maoïste d'Afghanistan). Ce mouvement avait pour principales figures Abdulrahim et Abdulhadi Mahmudi, et les frères Akram et Seddiq Yari - des Hazaras. Il connut rapidement, avec les difficultés que l'on imagine dans une société aussi profondément arriérée, un estimable succès tant dans les plus petits villages de campagne que dans la capitale Kaboul, dans toutes les classes opprimées et dans toutes les nationalités du royaume, Pachtounes comme Hazaras, Tadjiks comme Ouzbeks. Il arborait et appliquait le slogan maoïste : SERVIR LE PEUPLE !

Tout à l'opposé, qu'était le PDPA, fondé lui aussi en 1965 ? C'est simple : un ramassis de mercenaires opportunistes 'ligne Brejnev', et en définitive de social-fascistes. Un 'cas' encore plus 'carabiné' que le PC syrien, par exemple, que l'on plaindrait presque dans son rôle de caniche battu du clan Assad. L'Afghanistan, on l'a dit, était 'pris en étau', bordé au Nord par l'URSS et au Sud par le Pakistan et l'Iran, qui faisaient partie du 'monde libre'. La monarchie tentait de ménager la 40614461 taraki-ap-203x300chèvre et le chou, de jouer 'l'équilibre' entre les blocs... Mais cela ne suffisait pas à la nouvelle bourgeoisie, aux nouveaux tsars au pouvoir à Moscou : ceux-ci voulaient, en effet, ni plus ni moins que reprendre la 'grande entreprise' tsariste de 'course à l'Océan Indien', afin d'assurer à l'URSS un port permanent en mer chaude (pas gelée les 3/4 de l'année, comme en Arctique) et non-fermée (contrairement à la Mer Noire, la Baltique et la mer du Japon), ce qui lui manquait cruellement, et au Pacte de Varsovie pris dans son ensemble également (il suffit de regarder une carte). L’Afghanistan devait être un 'avant-poste' dans cet objectif, pour ensuite (sans doute) s'emparer de l'Iran ou du Pakistan. Que firent-ils alors ? Et bien, ils tissèrent leur toile dans la classe bureaucratique, par le biais d'intellectuels et de militaires formés en URSS, fédérant les petits bureaucrates et officiers de moyen rang, frustrés par la monarchie et avides d'ascension, voulant être 'califes à la place du calife'. C'est de ce type de personnes que fut formé le PDPA... et il est évident que ceci n'est en rien l''avant-garde' d'une révolution démocratique. Certes, le PDPA ne se limitait pas à cela : il avait aussi une certaine base sociale... Mais celle-ci était essentiellement petite-bourgeoise : des couches 'moyennes' urbaines-éduquées, 'experts', 'techniciens', 'sachants', fonctionnaires et intellectuels en tout genre, purs produits de la 'révolution blanche' moderniste de Zaher Shah ; ainsi qu'une certaine classe ouvrière particulièrement qualifiée, dans des entreprises de grande taille et encadrée par les syndicats révisionnistes ; auxquelles le PDPA promettait 'le progrès' : le développement du capitalisme Saur-Revolution.jpgbureaucratique (cette fois-ci sous la houlette de Moscou), base même de leur existence sociale. En bref, ce fameux 'Afghanistan moderne des années 1970' chanté aujourd'hui par les journaleux occidentaux... et qui n'a pas plus disparu que n'ont subitement pullulé les longues barbes et les burqas (ils font partie, globalement, des 'démocrates' et des 'libéraux de gauche' dénoncés par le texte ci-après). Les masses paysannes (80% de la population), la petite 'plèbe informelle' urbaine, les centaines de milliers de petits ouvriers des petits ateliers semi-artisanaux étaient complètement ignorés, considérés comme des 'masses arriérées' à 'civiliser' par en-haut, ce qui est tout simplement hallucinant dans un pays comme l'Afghanistan, et contraire aux principes les plus élémentaires du léninisme. L'Afghanistan était alors (et reste largement aujourd'hui) un pays ultra-arriéré, au point que des millions de personnes ne connaissent même pas précisément leur date de naissance... Autant dire que, pour mettre une société comme celle-là sur la voie socialiste du communisme, il fallait toute la subtilité du matérialisme dialectique maoïste, et non un 'volontarisme' modernisateur bureaucratique, un 'positivisme' à la mode radicaux-3e-République. Et, dans un pays parfaitement défini par les marxistes-léninistes comme multinational, avec le PDPA c'était l''afghanisme' suprématiste pachtoune et les thèses révisionnistes de 'nation en construction' à tous les étages ! Là est la clé de tout le déroulement ultérieur des évènements – et ces contradictions se reflétaient au sein même du Parti, avec une fraction dite Khalq ('peuple'), réputée plus 'nationaliste', et une fraction Parcham ('drapeau') totalement servile au Kremlin (celle qui sera mise au pouvoir par l'Armée 'rouge' fin 1979). De toute façon, il n'y a pas lieu de chercher midi à 14 heures pendant 107 ans ! Lorsqu'il y a besoin d'une telle répression (avec carrément l'intervention d'une puissance étrangère !) pour imposer la 'démocratie populaire' à une société, c'est qu'il n'y a pas de 'démocratie populaire', c'est que le pouvoir n'est pas celui d'une authentique avant-garde révolutionnaire en lien permanent et dialectique avec les masses, mais celui d'une nouvelle bourgeoisie, d'une nouvelle caste dominante... 

En 1973, le Kremlin parvint à 'toucher' l''Iznogoud' local, le cousin et premier ministre du roi Mohamed Daoud, qui s'empara du pouvoir et proclama la 'république' (avec lui-même, évidemment, comme président). Mais, rapidement, il ne donna pas satisfaction : il restait trop 'équilibriste' entre 'monde libre' occidental et bloc social-impérialiste. De nouvelles tentatives de coup d’État furent orchestrées, toutes déjouées jusqu'à celle d'avril 1978 : volant au secours des amin-lijevo.jpgprincipaux dirigeants du PDPA emprisonnés par Daoud, les officiers formés en Union soviétique finissent par renverser celui-ci. Bilan : plusieurs milliers de mort-e-s, dont Daoud lui-même... Ce ne seront que les premiers. Car immédiatement la résistance des masses se lève, face à la 'révolutionnarisation' brutale et bureaucratique, 'par en haut', que le PDPA veut imposer à la société afghane pour se donner les apparences du 'socialisme', mais dont personne n'est dupe, et encore moins que les autres les masses auprès desquelles a milité le mouvement maoïste depuis plus de 10 ans.

Le mouvement marxiste-léniniste subit très durement la répression du PDPA après le coup d’État pro-social-impérialiste, qui porte au pouvoir Mohamed Taraki et Hafizullah Amin : dans les derniers jours de 1978, les principaux cadres révolutionnaires, dont Akram Yari, sont arrêtés ; ils disparaissent, probablement torturés à mort.

Ces événements sont évidemment totalement passés sous silence par les révisionnistes et les trotskystes, qui ont tout intérêt à voir tomber dans l'oubli une page aussi héroïque de l'histoire révolutionnaire du prolétariat mondial ; alors même que la presse bourgeoise ne le fait pas : ainsi le Monde, dans un article consacré au 'réveil des Hazaras', évoque-t-il ces 'cercles maoïstes' qui 'recrutaient surtout' dans cette population. Mais ils le sont aussi, en Hexagone, par certains 'maoïstes' : ceux-ci font d'Akram Yari (qu'ils viennent de découvrir...) une nouvelle 'idole' de leur panthéon, mais ne disent jamais rien du contexte dans lequel il a lutté, et des circonstances de sa mort. Curieux ! Dénoncer un tel crime du social-impérialisme ne devrait-il pas être au cœur même de l'identité politique maoïste ? Mais faut-il vraiment s'étonner lorsque l'on est capable, dans un article consacré à l'Afghanistan, d'asséner l'abominable thèse révisionniste de la 'nation en formation', qui était notamment... celle du PDPA (et d'être contredit... par ses propres camarades afghans quelques jours plus tard) ??

97764900Au sommet de l’État, pendant ce temps-là, la 'valse des Iznogoud' se poursuit : Taraki, qui a renversé et fait assassiner Daoud (qui avait lui-même renversé et exilé son cousin Zaher Shah), est à son tour renversé et assassiné par Amin (septembre 1979), qui sera lui-même renversé et tué... par l'intervention directe des Soviétiques, amenant le parchami Babrak Karmal (le laquais des laquais) dans leurs valises. Mais toujours aucun engouement des masses pour tout ce 'processus', bien au contraire : la résistance ne fait que grandir, et les 'élites traditionnelles', armées de leur légitimité historique, 'surfent' dessus pour revenir au pouvoir (les uns pour rétablir la monarchie, les autres pour une 'république' islamique). Elles trouvent le 'généreux soutien' du Pakistan (directement visé par les plans soviétiques), mais aussi de l'Arabie saoudite et des monarchies du Golfe... derrière lesquelles se tiennent évidemment l'impérialisme US et ses alliés du 'monde libre'. Ceux-ci veulent, certes, barrer la route aux visées du Kremlin vers l'Océan Indien. Mais surtout, ils voient là l'occasion de porter à l'URSS un coup dont eux-mêmes ont eu beaucoup de mal à se relever, et dont ils savent qu'elle ne se relèvera pas : ils veulent infliger aux Soviétiques leur Vietnam, leur Diên Biên Phu, leur guerre d'Algérie.

RTEmagicC sovietunion-afghanistan-mujC'est la résistance afghane que l'on connaît mondialement : celle des 'moudjahidines', de Massoud dans sa vallée du Panshir, du Hezb-i-islami de Gulbuddin Hekmatyar, des 'volontaires internationaux' autour d'un certain jeune héritier saoudien inconnu (...), des 'héroïques combattants de la liberté' qui font leur prière quotidienne avant de marcher pieds nus pendant des heures dans la montagne rocailleuse, et d'aller tirer un missile Stinger sur un hélicoptère 'rouge' : la résistance que les médias occidentaux ont glorifiée pendant toute une décennie... et que les armées impérialistes du même Occident combattent aujourd'hui. Car une fois que ces 'combattants de la liberté' eurent eu raison du PDPA (après le retrait militaire, puis l'effondrement de l'URSS), ils s'entre-déchirèrent pour le pouvoir, jusqu'à ce que la faction des Talibans ('étudiants en théologie' ultra-radicaux pachtounes, venus des zones frontalières du Pakistan, les plus 'Savonaroles musulmans' de tous), soutenue par "l’État dans l’État" des services secrets pakistanais (ISI) et par des secteurs oligarchiques saoudiens/'golfiens' (avec la bienveillance US, l'objectif étant de faire barrage à Massoud, l''homme des Européens', et à Dostom, un transfuge de l'armée du PDPA, l''homme des Russes'), et associée aux 'volontaires internationaux' de Ben Laden, ne s'empare des 3/4 du pays... on connaît la suite (l''Émirat' taliban servit de QG à Ben Laden pour les attaques du 11-Septembre 2001, nouvelle invasion - occidentale cette fois-ci, etc.). 

Mais cette résistance-là ne fut pas la seule, loin de là. Car des rescapé-e-s de la répression PDPA contre les forces marxistes et progressistes authentiques entrèrent eux/elles aussi en résistance contre l'occupation social-impérialiste : ils/elles formèrent notamment la SAMA (Organisation Populaire de Libération de l'Afghanistan), avec Abdul Majid Kalakani, et l'ALO (Organisation de Libération de l'Afghanistan) avec le docteur Faiz Ahmad. 200px-Ahmad-aOn-ne-peut-plus révélateur de ce qu'était, alors, la situation des forces authentiquement progressistes et anti-impérialiste dans le pays, le premier fut pris et tué par le KGB et le PDPA en 1980 ; et le second... par les hommes d'Hekmatyar, en 1986 (il faut dire que le contentieux était sans doute ancien : sous Zaher Shah et Daoud, les étudiants islamistes, dont Hekmatyar était un leader connu, étaient envoyés 'cogner' les 'gauchistes' sur les campus de la capitale...).

Kalakani et Ahmad étaient issus de ce très important mouvement marxiste-léniniste anti-révisionniste, partisan de la Chine de Mao Zedong. majidDisons-le tout net et d'emblée : ils n'étaient pas précisément issus de son aile la plus à 'gauche', celle qui, avec Akram Yari, tendait le plus vers la conception maoïste du monde. La SAMA et l'ALO baignaient largement dans le 'brouillard' qui enveloppait le mouvement (réellement) communiste international à l'époque, entre contre-révolution de Deng Xiaoping en Chine, 'théorie des trois mondes', attaques dogmato-révisionnistes d'Enver Hoxha contre le maoïsme, assimilation (par les masses mondiales) du communisme à l'URSS en pourrissement terminal, etc. etc. Néanmoins, elles ont eu le mérite incontestable d'incarner une opposition PROGRESSISTE, 'socialiste' et (surtout) ARMÉE à l'occupation soviétique et à ses laquais PDPA, opposition qui, contrairement à la propagande impérialiste occidentale, ne se limitait pas du tout à des forces religieuses conservatrices et anticommunistes. Et, comme les maoïstes palestiniens et libanais de la Brigade étudiante du Fatah et de l'OACL quelques années plus tôt, ces forces ont eu le mérite de reconnaître l'importance de plus d'un millénaire d'islam dans la 'formation psychique nationale' des peuples d'Afghanistan, reconnaissance sans laquelle rien de sérieux ne pouvait être entrepris, ni contre les Soviétiques et leurs laquais, ni contre le 'monopole' que les réactionnaires cléricaux (liés aux services secrets pakistanais et à la monarchie saoudienne) tentaient d'établir sur la résistance. Ainsi fut notamment fondé, par l'ALO, un 'Front des Moudjahidines combattants de la Liberté', qui diffusait au début des années 1980 une proclamation intitulée "Ni régime fantoche, ni fondamentalisme : Liberté et Démocratie !". Malheureusement, comme pour les maoïstes palestino-libanais précités, cette reconnaissance finira par dériver vers la soumission à la direction des bourgeois et notables féodaux 'islamistes' pro-occidentaux - du coup, les branches hazara des deux organisations feront scission, vu que les Hazaras sont chiites, alors que les autres nationalités d'Afghanistan sont sunnites. Une dérive qui rappelle, un peu, celle de la juste ligne de Front populaire chez les PC européens des années 1930-40, vers la subordination à la bourgeoisie 'de gauche', 'républicaine', 'antifasciste' etc. ; ce qui n'est finalement pas surprenant, car tenir compte de l''islam populaire' dans les pays musulmans, c'est un peu la même démarche que le Front populaire en Europe : tenir compte de la 'spontanéité' réformiste, 'républicaine', 'démocrate-radicale' des masses (d'autres 'marxistes', au nom de l''anti-obscurantisme', se subordonneront eux au PDPA et au social-impérialisme, et aujourd'hui à la coalition impérialiste occidentale...).  

C'est la raison pour laquelle ont rompu, avec la SAMA et l'ALO, les forces communistes conséquentes qui forment aujourd'hui (depuis 2004) le Parti communiste maoïste d'Afghanistan. D'ailleurs, on relèvera qu'après que Faiz Ahmad ait été assassiné par les islamo-réactionnaires de Gulbuddin Hekmatyar, l'ALO a quelque peu 'tourné casaque' et, tandis qu'Hekmatyar est aujourd'hui (à nouveau) l'un des chefs de file de la résistance 1ri quelque part en afghanistancontre l'occupation occidentale, la principale 'vitrine' internationale de l'organisation, l'association féministe RAWA, est sur une ligne 'pacifiste'-capitularde de 'ni-ni', renvoyant dos à dos l'occupation, son régime fantoche (Hamid Karzaï) et la résistance : une position rappelant un peu celle des trotskystes hexagonaux au début de l'occupation nazie. Sur la même position de 'renvoi dos à dos', mais en version ultra-gauchiste/dogmatique, l'on trouve les petits copains du 'p''c''mlm', l''Organisation des Ouvriers d'Afghanistan - MLM, principalement maoïste' : des éléments principalement exilés en Europe (très loin, donc, du terrain et de ses réalités...) et qui, pour des raisons qu'il n'appartient qu'au mouvement communiste afghan de trancher, n'ont pas été admis dans le Parti communiste maoïste lors de sa construction, et mènent aujourd'hui une activité de critique destructive à son encontre. À l'inverse, les véritables maoïstes d'Afghanistan, réunis depuis 2004 dans le PC(m)A, caractérisent (certes) correctement les islamistes comme des réactionnaires, ennemis à long terme, mais caractérisent surtout l'Afghanistan comme un pays occupé et, dans ces conditions, L'ENNEMI PRINCIPAL NE PEUT ÊTRE QUE L'OCCUPANT IMPÉRIALISTE et ses marionnettes du gouvernement Karzaï.

Voilà, pour l'information du mouvement 'sympathisant communiste' international, qui nous lit et auquel nous nous voulons destinés, et qui croit souvent que la résistance afghane se limite aux 'islamistes', une déclaration du PC (maoïste) d'Afghanistan sur la situation actuelle, publiée sur le site du PCmF en mars 2012 :  

«Notre lutte en Afghanistan fait partie de la lutte internationale des oppriméEs…»

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En Octobre 2001, lorsque la coalition impérialiste menée par les Etats-Unis a lancé sa guerre d'agression pour envahir et occuper l'Afghanistan, les impérialistes ont proclamé que l'objectif de leur guerre était la traduction en justice des auteurs présumés des attentats sur le World Trade Center et le Pentagone. Mais plus important encore, ils ont également déclaré que leur guerre libérerait le peuple afghan, en particulier les femmes afghanes, et que l'occupation impérialiste allait promouvoir la démocratie et un projet de construction de l'Etat qui serait favorable aux droits de l'homme, aux droits des femmes et à d'autres valeurs de la démocratie libérale. Il ne fait aucun doute que ces promesses signifiaient en pratique et en théorie un appel à de nombreuses forces bourgeoises et petites-bourgeoises ainsi qu’aux intellectuels de notre pays, y compris les éléments qui se prétendent de gauche.

Dans cet exposé, je vais essayer de dégager les positions prises par les différents camps qui se réfèrent à des valeurs de gauche et s’en revendiquent. Nous pouvons diviser la gauche en Afghanistan en trois camps : le premier camp est le signe avant-coureur d’un capitulationnisme national - capitulards se prétendant de gauche ou de gauche libérale- ; le deuxième camp, nous le qualifions de semi-capitulard ou partiellement capitulationniste, et le troisième camp est le camp de la gauche anti-impérialiste et internationaliste. (Il est important de noter que ces trois camps se revendiquent du mouvement maoïste de la génération précédente.)

Le camp des capitulards se compose d'anciens membres et de cadres du Mouvement de Nouvelle Démocratie sous la direction maoïste des générations passées. En privé et parfois même publiquement, ils prétendent encore être les fiers héritiers du glorieux mouvement maoïste d'Afghanistan. Ils jouent un rôle très important pour le régime fantoche et l'occupation impérialiste, siégeant en tant que cadres intellectuels et politiques du régime fantoche et de l'occupation impérialiste. Ils sont membres du parlement, ils sont ministres dans le gouvernement, ils sont de proches et importants conseillers du président, ils sont en charge des nombreuses ONG et des organisations de la soi-disant société civile, ils sont largement présents dans les médias ... Bref, ils assument le rôle de « légitimation » du régime fantoche.

On peut en gros résumer comme suit l’argumentation de ce camp, sa compréhension de l'histoire politique de l'Afghanistan : l'histoire du pays a été l'histoire de la contradiction entre les forces de la modernité et les forces de la tradition, et c’est toujours cette même contradiction qui est à l’œuvre et modèle la politique actuelle de l'Afghanistan. Selon cette interprétation, il y a d'un côté les forces de la tradition sous la forme de l'islamisme des talibans (incarnant la pire espèce des valeurs féodales, le machisme, le chauvinisme national, le rejet d’absolument toutes les valeurs démocratiques et modernes), et de l'autre côté la «communauté internationale» qui tente de promouvoir l’instauration de la démocratie et la construction d’un l'Etat favorable aux valeurs modernes / libérales / démocratiques, dans des circonstances très difficiles. Par conséquent, ceux qui sont dans le camp capitulard croient qu'il est de leur devoir en tant que "progressistes" de se tenir aux côtés des forces de la modernité, c’est à dire, de l'occupation impérialiste et du régime fantoche.

Ces libéraux de gauche de l'Afghanistan moderne sont les fantassins intellectuels de l'occupation impérialiste. Ils se sont révélés être des partenaires les plus cohérents et les plus fiables de l'occupation impérialiste, et même plus encore que l'aile islamiste du régime fantoche dirigé par Hamid Karzaï.

Le deuxième camp, ceux que j'ai appelés semi-capitulards, est un autre camp très large composé de plusieurs groupes d’organisations réformistes de gauche. Leurs prétentions à se revendiquer de la gauche sont parfois plus marquées que celles du premier camp. A l’origine, il était très difficile de tracer une ligne de démarcation entre ces deux camps. En effet, au début de l'occupation, les principales cibles d'attaques politiques du camp semi-capitulard étaient des tendances spécifiques de la présence islamiste dans le régime fantoche ainsi que la force externe (ex: « les seigneurs de la guerre », « terroristes talibans »). Leur seul vrai problème avec l'occupation impérialiste était qu'ils avaient mis « les méchants » au pouvoir - les seigneurs de la guerre, les fondamentalistes islamiques, des moudjahidines, ex-talibans, etc.- et que, par conséquent, les occupants n'avaient aucune politique anti-intégristes cohérente. Le résultat de ce raisonnement c’est que, si « les bons » : eux-mêmes et les libéraux de gauche - avaient été mis au pouvoir par les impérialistes, l'occupation n’aurait pas fait problème. En quelque sorte, l'impérialisme serait une bonne chose s’il avait mieux choisi son gouvernement de marionnettes.

Un exemple paradigmatique du camp semi-capitulard est l'Association Révolutionnaire des Femmes d'Afghanistan [RAWA], une organisation qui définit ses activités selon le raisonnement ci-dessus. Maintenant, après dix ans d'occupation impérialiste qui ont ravagé l’Afghanistan, ils ont légèrement modifié la rhétorique de leur discours. Après des années de refus d'utiliser le mot « occupation », voilà qu’ils l'utilisent par ci par là. A différents niveaux et degrés, ils adoptent une position politique anti-occupation très discrète. Ils n’en restent pas moins cependant des semi-capitulards parce qu'ils continuent à placer sur le même plan les talibans et les occupants impérialistes comme ennemi principal. Ils affichent leur mépris envers l'appel à la résistance armée contre l'occupation. Pour la plupart, ils sont coincés dans le discours de pacifisme réformiste bourgeois et de parlementarisme. Cette position, dans le contexte d'une occupation impérialiste, revient en fait à fournir un soutien tacite au projet des occupants impérialistes. Il convient de noter que le discours de ce camp est en quelque sorte prolongé et amplifié par la gauche social-démocrate et réformiste dans le mouvement anti-guerre des pays impérialistes. Malheureusement, à plusieurs reprises, les communistes révolutionnaires ont également promu le projet semi-capitulard.

Le troisième camp, et la principale force anti-impérialiste en Afghanistan, c'est la gauche internationaliste anti-impérialiste. Ce camp se compose de plusieurs groupes et organisations marxistes-léninistes-maoïstes, mais c’est le Parti Communiste (maoïste) d'Afghanistan [PC(m)A] qui est la force principale et la plus importante avec plusieurs organisations de masse sous sa direction. C’est elle qui rassemble une résistance révolutionnaire anti-impérialiste dans le pays depuis le début de la guerre d'agression et de l'occupation de l'Afghanistan. Ce camp et le PC(m)A ont une analyse anti-impérialiste de la guerre contre notre peuple et l'occupation de notre pays : il identifie la contradiction principale en Afghanistan comme la contradiction entre les peuples de l'Afghanistan et les forces impérialistes d'occupation. Ainsi, le PC(m)A appelle à une guerre révolutionnaire de résistance populaire contre l'occupation impérialiste. Il convient de noter que, dans une perspective d'analyse de classe, nous ne considérons le mouvement des talibans que comme notre ennemi stratégique, mais, dans la conjoncture actuelle de l'occupation impérialiste, nous ne les considérons pas comme ennemi principal. Nous ne les assimilons pas au régime fantoche et aux forces d'occupation. Nous considérons l'occupation impérialiste et le régime fantoche comme l'ennemi principal du peuple d'Afghanistan. Par conséquent, l'occupant et son régime fantoche doivent être la cible principale de la guerre populaire révolutionnaire de résistance nationale.

Le PC(m)A a été fondé en 2004, constitué à la suite de l'unification d’organisations marxiste-léninistes-maoïstes importantes et plus anciennes : l'Organisation Révolutionnaire pour le Salut de l'Afghanistan, l'Alliance Révolutionnaire des Travailleurs d'Afghanistan et le Parti Communiste d'Afghanistan. En 2001, lorsque l'alliance américano-impérialiste dirigée par les USA a envahi et occupé l'Afghanistan, les forces et les organisations MLM en Afghanistan ont entamé un processus d'unification pour rassembler les communistes révolutionnaires en un seul parti dans le but de constituer une force de résistance révolutionnaire contre la guerre impérialiste et l'occupation. Le Mouvement Révolutionnaire Internationaliste (MRI) a joué un rôle important à l'époque dans la facilitation de ce processus d'unité entre les organisations MLM en Afghanistan. (Malheureusement, le MRI, à la suite de la ligne déviationniste au sein de son comité de direction, s’est effondré et est maintenant dans un état ??de complète paralysie.) Depuis l'époque de sa formation, le PC(m)A a été la principale force révolutionnaire laïque à résister à l'occupation. Sous sa direction, il existe plusieurs grandes organisations de masse des travailleurs, des femmes, des jeunes et des étudiants qui sont à l’origine d’un mouvement de masse anti-impérialiste dans le pays.

Bien que cette résistance révolutionnaire anti-impérialiste n'ait pas encore atteint le stade de la guerre populaire, les étudiants, les jeunes, les femmes et les mouvements de masse des travailleurs dirigés par le PC(m)A dans différentes parties du pays sont un pilier important de la résistance globale - la résistance principale de démocratie nouvelle, révolutionnaire, communiste - à l'occupation impérialiste. Maintenant le PC(m)A a affirmé dans ses récentes déclarations qu'il a amplifié la préparation pour déclencher la guerre populaire révolutionnaire de résistance nationale à l'occupation impérialiste.

Il est également très important de noter qu’il ne faut pas oublier la dimension internationale de la lutte en Afghanistan. Les puissances impérialistes menées par les Etats-Unis ont choisi l'Afghanistan comme principal champ de bataille pour leur projet de domination militaire de la planète. Par conséquent, elles ont des plans d’installation à long terme de bases militaires dans le pays - et, jusqu'à présent, il semble y avoir un consensus entre les puissances impérialistes sur la question de l'Afghanistan. Ainsi, c’est une coalition de 44 pays présents avec leurs forces armées en Afghanistan qui viennent appuyer le projet impérialiste américain et renforcer le régime fantoche. Et les puissances régionales réactionnaires qui n'ont pas une présence armée en Afghanistan ont d'autres rôles très importants en fournissant une assistance politique, diplomatique et financière à l'occupation et son régime fantoche. Le parapluie de l'ONU est l'expression de l'unité impérialiste et réactionnaire de puissances régionales internationales en ce qui concerne l'Afghanistan.

De même, l'insurrection des talibans islamistes bénéficie du soutien puissant, politique, militaire et financier des forces islamistes à travers le monde. Les talibans pakistanais, ainsi que d'autres forces islamistes de l'Asie Centrale, de la Chine et du Moyen-Orient apportent des ressources militaires ainsi qu’un soutien politique et financier au mouvement des talibans en Afghanistan. Il ne fait aucun doute que sans cette aide internationale islamiste, il serait très difficile pour le mouvement des talibans de se maintenir.

Cet état de choses international devrait expliquer pourquoi le PC(m)A s’intéresse beaucoup à l’évolution des choses au MRI et à la formation d'une nouvelle organisation communiste internationale. Nous croyons fermement que la lutte en Afghanistan et la révolution en Afghanistan s'inscrivent dans le cadre de la lutte mondiale et de la révolution mondiale contre le capitalisme et l'impérialisme. Etant donné que le MRI a contribué au processus d'unité des organisations MLM en Afghanistan (ainsi que dans d'autres pays), l'existence et les activités d'une nouvelle organisation communiste internationale, nous l'espérons, devrait avoir un rôle extrêmement important de soutien politique et idéologique aux luttes révolutionnaires en Afghanistan et ailleurs. Avec l'émergence de la ligne Avakianiste post MLM et la ligne révisionniste Prachanda-Bhattarai, le MRI s'est effondré. Avec la paralysie du MRI, nous pensons que la lutte révolutionnaire en Afghanistan a perdu une dimension importante et internationaliste.

À ce stade, travailler à la formation d'une nouvelle Organisation Internationale Communiste ou à réactiver notre organisation internationale dormante est la tâche principale internationaliste du mouvement communiste dans le monde entier. Ce serait l'expression concrète de la devise communiste « travailleurs de tous les pays unissez-vous ». A une époque où le système capitaliste impérialiste est en grande difficulté, ébranlé par des crises économiques et financières récurrentes et où les masses opprimées se lèvent pour lutter contre ce système en décomposition avancée, nous avons plus que jamais besoin d'une telle organisation internationale afin de lutter pour influencer ces mouvements et travailler à leur fournir une dimension révolutionnaire communiste.

Notre lutte en Afghanistan s'inscrit dans le cadre de la lutte mondiale des opprimés. Par conséquent, non seulement nous travaillons pour la révolution en Afghanistan mais nous jouons ainsi notre rôle internationaliste pour œuvrer à la formation d'une organisation internationaliste communiste.

1007850-Retrait des troupes soviétiques dAfghanistanun-soldat-francais-en-patrouille-a-deh-rawod-au-sud-de-l-af.jpg          'Social'-impérialisme d'hier...                                                     et impérialisme 'humanitaire' d'aujourd'hui...

 

Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Histoire - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Mercredi 15 mai 2013 3 15 /05 /Mai /2013 15:34

 

Cliquer sur l’image pour lire l’article de l’Organisation communiste Futur Rouge : Kaypakkaya

Aujourd'hui, l’État turc est traversé par des puissantes contradictions : une fraction (de nouvelles couches) de la bourgeoisie, revendiquant l’héritage ottoman et musulman du pays et cherchant à ‘diversifier’ les tutelles impérialistes ou expansionnistes (comme le Qatar), se voulant elle-même expansionniste, ‘regarde vers l’Orient’, en particulier vers le Machrek arabe, dans une démarche ‘néo-ottomane’ (‘crime’ pour lequel le premier ministre Menderes, par ailleurs totalement pro-occidental et europhile, avait été destitué et pendu en 1960, ouvrant l’ère sinistre de l’État sous supervision militaire sous laquelle mourra, affreusement torturé, le camarade Ibo) ; tandis qu'une autre, la fraction ‘kémalo-militaire’, veut que la ‘Turquie’ reste un ‘poste avancé de l’Occident’ – hier contre le ‘péril rouge’, le nationalisme arabe et le social-impérialisme soviétique, aujourd’hui contre les ‘nouvelles menaces’ de l’Iran (derrière lequel se tiennent le ‘redressement’ russe et l’‘émergence’ chinoise), le national-islamisme arabe ‘djihadiste’, etc. En raison de cela, l’Occident impérialiste et en particulier les impérialistes européens, qui en faisaient hier encore leur ‘premier de la classe’, lui ferment aujourd’hui la porte au nez pour entrer dans l’UE. La crise syrienne, dans laquelle l’État turc est profondément impliqué, va certainement pousser ces contradictions à un degré d’acuité intenable (1) ; tandis que pour la classe ouvrière, la paysannerie pauvre, le peuple kurde et les forces révolutionnaires (guérilla kurde, MKP, TKP/ML, MLKP, DHKP-C), il n’est toujours pas question d’‘indulgence’, de la part ni d’une fraction oligarchique ni de l’autre.

Ibrahim Kaypakkaya, appelé fraternellement ‘Ibo’ par les communistes de là-bas, est le théoricien révolutionnaire qui a rendu vie au mouvement communiste révolutionnaire dans l’État turc, en révélant correctement, pour la première fois, la nature du kémalisme : un régime bourgeois antipopulaire, assassin, fasciste et à la solde de l’impérialisme. 1310812-Mustafa Kemal PasaLe kémalisme n’a rien été d’autre, en réalité, que le parachèvement de la ‘révolution bourgeoise’ des Jeunes-Turcs (1908) : une ‘révolution’ visant simplement, pour la bourgeoisie et autres grands possédants turcs, à éliminer la bourgeoisie compradore d’alors, intermédiaire depuis des siècles (dans les ‘échelles du Levant’) du Capital européen, et qui était principalement non-turque (grecque, ‘judéo-espagnole’ ladino, arménienne, arabe chrétienne ‘syriaque’ etc.) ; pour prendre sa place. Elle ne visait NULLEMENT à briser le fond féodal de la société (par une révolution agraire), ni une quelconque libération nationale. Dans ce but, les Jeunes-Turcs se lièrent à l’impérialisme allemand, qui cherchait à étendre son influence vers le Golfe arabo-persique (où ‘fleurait’ déjà l’odeur du pétrole) ; les Alliés franco-anglo-russes soutinrent alors les mouvements nationaux, arabe (avec ‘Lawrence d’Arabie’), grec, arménien (qui subiront alors le premier génocide du 20e siècle) etc. ; et l’Empire ottoman fut entraîné par l’Allemagne dans sa défaite, et démembré par le terrible Traité de Sèvres (1920). Mustafa Kemal (bientôt surnommé ‘Atatürk’, le ‘père de tous les Turcs’) fut simplement le ‘dernier des Jeunes-Turcs’, qui mena contre les Alliés vainqueurs de 1918 une guerre nationaliste, pour finalement aboutir à un Traité (de Lausanne, 1923) moins inique, qui fonda l’État turc que nous connaissons. Dans le contexte des traités iniques d’après-Première Guerre mondiale, cette lutte nationale pouvait éventuellement revêtir un certain caractère objectivement progressiste, et fut saluée comme telle par l’Internationale communiste, mais cela s’arrête là et ne signifie nullement une nature ‘progressiste’ en soi du kémalisme – ce qui fut pourtant l’erreur du mouvement communiste turc, dès le début (coûtant la vie à ses fondateurs, dont Mustafa Suphi) et jusqu’à Kaypakkaya. Le kémalisme, héritier des Jeunes-Turcs, tenta de garder le ‘lien fondamental’ avec l’impérialisme allemand, y compris sous le nazisme (Istanbul devint alors la ‘plaque tournante’ de la diplomatie et de l’espionnage nazis pour tout l’Orient), puis, à partir de 1943-44, il se rangera résolument dans le camp occidental, alors que se dessine la Guerre froide. Il réprime avec une extrême brutalité les nationalités non-turques, notamment les Kurdes qui ont 'entrevu' l'indépendance en 1920, ainsi que les rescapés du génocide arménien (massacres du Dersim, 1937-38).

Free-Kurdistan Sur ce point, comme le rappellent les camarades de l’OC-FR, Kaypakkaya a beaucoup parlé de la question kurde, et de la question des nationalités en ‘Turquie’ en général ; en fait, pour nous qui nous voulons également des révolutionnaires de libération occitane, il est absolument fondamental : il a en effet expliqué que les réalités nationales apparaissent avec l’aube du capitalisme, soit en Europe au ‘Bas-Moyen-Âge’ (11e-15e siècle), et non à l’apogée de celui-ci, contrairement aux élucubrations thorézo-trotskoïdes à la ‘Voie Lactée’ sur de prétendues ‘nations en formation’ – comme en… Afghanistan, quelques jours avant que leurs compères de l’OOA (MLM-pM) ne sortent leur texte… parlant d’État regroupant plusieurs nationalités, ce qui est la thèse juste et celle du grand maoïste afghan (hazara) Akram Yari. Il ne s’agit pas pour nous de nier la communauté de destin historique qui nous unit, depuis plus de 220 ans (d’abord derrière la bourgeoisie la plus avancée et démocratique, puis ‘à notre propre compte’), contre un État donc un ennemi commun et parfois contre des envahisseurs réactionnaires étrangers (1792-93, 1870-71, 1940-44), aux autres masses populaires de l’Hexagone, que ce soit des corons du Nord, des landes de Bretagne ou des quartiers populaires d’Île-de-France ; et qui nous unira encore dans la lutte révolutionnaire à venir, pour le socialisme ; mais cela ne veut pas dire accepter que l’on nous nie comme réalité nationale, alors qu’au milieu du 19e siècle un Jules Michelet ou un procureur impérial (de Napoléon III) dans le Var nous considéraient encore comme ‘pas la vraie France’, comme des ‘sauvages’ devant être ‘civilisés’ par le Nord, et qu’en 1942 le ‘bon docteur’ Céline nous qualifiait encore d’‘infect métissage négrifié’. Une négation qui est, pourtant et malheureusement, omniprésente dans le ‘marxisme’ hexagonal, y compris chez des ‘maoïstes’ comme les sus-cités…

Le modernisme’ (‘progressisme’ pour certains...) dont fit preuve le kémalisme est en réalité un ‘pilier’ de son idéologie, qui considère que la ‘Turquie’ est un pays européen, occidental, et assimile le rejet de son ‘orientalité’ au rejet de l’arriération qui a, selon lui, conduit à l’effondrement de l’Empire. Il correspondait, d'autre part, à la mise en place en Anatolie du capitalisme bureaucratique - 'stade suprême' de la domination impérialiste sur un pays semi-colonial. Le premier ministre ‘démocrate’ Adnan Menderes (1950-60) était ainsi, par exemple, un pro-occidental forcené, faisant entrer l’État turc dans l’OTAN, le Conseil de l’Europe etc., mais il critiquait également ce rejet de l’orientalité, de l’islamité de la Turquie ; il noua des liens directs avec son voisinage arabe et iranien, etc. : ce seul ‘péché capital’ contre l’idéologie kémaliste suffit à entraîner son renversement, et son exécution l’année suivante. Ce coup d’État, suivi du retour au pouvoir de l'ex-successeur de Kemal (à la présidence) et ami d’Hitler, Ismet Inönü, marqua le début de l’État sous supervision militaire, régime fasciste où les gouvernements civils sont ‘supervisés’ par un ‘Conseil de Sécurité nationale’ des Forces armées, et régulièrement entrecoupés de pronunciamientos militaires suivis de plusieurs années de loi martiale, de gouvernement militaire direct. Ibrahim Kaypakkaya a lutté et péri durant l’une de ces périodes (1971-74). Après un dernier coup d’État en 1997 (contre l’ancêtre de l’actuel parti ‘islamiste’ au pouvoir, suivi d’une nouvelle période ultra-répressive contre les forces populaires et révolutionnaires, les Kurdes, les ‘islamistes’ etc.), cette politique a commencé à être un peu remise en cause depuis 2002, avec l’arrivée au pouvoir de la fraction bourgeoise AKP : liée, à l’origine, à la petite et moyenne-bourgeoisie turque d’Allemagne et d’‘Europe médiane’ (de la Suède à l'Autriche) – et donc à ces pays impérialistes, celle-ci, après une tentative infructueuse de ‘forcing’ à la porte de l’UE, s’est lancée dans une politique ‘néo-ottomane’, renouant le lien avec le voisinage arabo-musulman, se rapprochant de l''axe' Iran-Syrie (plus maintenant), puis s’alignant sur le Qatar (historiquement lié aux Frères musulmans, dont fait partie l'AKP), rejetant l’invasion US de l'Irak, critiquant la politique d’apartheid sioniste en Palestine (sans précédent, pour la ‘Turquie’, depuis la création de l’État d’Israël), etc. etc. … mais jusqu’à quand ? Les menaces de ‘reprise en main’ militaire ont émaillé toute la fin des années 2000, et restent latentes… Ces ‘pragmatiques’ issus de l’‘islamisme’, c'est-à-dire de l’expression du ‘capitalisme d’en bas’ (émergeant des ‘entrailles’ de la vie sociale, contre le capitalisme bureaucratique ‘d’en haut’), sont en fait les véritables ‘nouveaux Menderes’, entre libéralisme économique, ‘ouverture’ politique vis-à-vis des ‘vaches sacrées’ du kémalisme, charité ‘sociale’ islamique, néo-ottomanisme tourné vers l’Orient et europhilie frustrée ; tandis que les partis de la ‘Juste voie’ et de la ‘Mère patrie’ (les héritiers ‘officiels’), fusionnés en 2007 dans un nouveau Parti démocrate, sont en réalité plutôt ‘kémalo-libéraux’ (en fait, ce sont les ‘partis’ du coup d’État de 1980, qui visait aussi l’aile ‘sociale’, ‘dirigiste’ du kémalisme, pour instaurer le ‘néolibéralisme’). Pour les masses populaires, quoi qu'il en soit, l’oppression ne change guère : les communistes peuvent et doivent jouer de ces contradictions au sein de la classe dominante, mais cela ne fait pas de l'une ou de l'autre fraction une 'alliée'.

tikbmayLe mouvement communiste anatolien (Turquie et Kurdistan du Nord sous occupation turque) est aujourd'hui actif et héroïque, mais hélas profondément divisé, divisions qui ont parfois pu aller jusqu’à l’affrontement sanglant. Peut-être la situation a-t-elle quelque peu évolué depuis la mort de Kaypakkaya, il y a maintenant 40 ans, et lui manque-t-il alors une analyse de la société, des classes en présence et des rapports de force adaptée à notre époque... Il appartient à lui et à lui seul d'élaborer cette 'pensée' pour mener victorieusement la lutte révolutionnaire au 21e siècle. Souhaitons de tout cœur qu’il puisse bientôt s’unir sous la bannière du maoïsme et unir toute les forces populaires révolutionnaire, pour ABATTRE ENFIN cet État fasciste, assassin de centaines de milliers de personnes du peuple !

De notre côté, ne perdons pas de vue que l’État fasciste turc, s’il mène parfois sa propre ‘petite partition’ régionale (‘ottomaniste’ ou ‘panturquiste’), n’en reste pas moins un État LAQUAIS du Grand Capital impérialiste, et notamment de l’impérialisme bleu-blanc-rouge et de son comparse allemand : à nous de mener sans relâche notre lutte révolutionnaire au cœur du monstre, des métropoles impérialistes ; telle est NOTRE TÂCHE dans la gigantesque, grandiose œuvre révolutionnaire de libération de l’humanité !

« Le camarade Ibrahim vit toujours dans le cœur de millions d’opprimés, et un jour viendra où nous le vengerons ! »

guerillatikko


Hommage a Ibrahim Kaypakkaya
par Socialisme44

 


(1) Nous ne croyions pas si bien dire... puisqu’à peine deux semaines après cet article débutait le mouvement de Gezi/Taksim contre la destruction d'un espace vert historique d'Istanbul pour y construire un centre commercial ; mouvement de type Indigné-e-s/Occupy/'Printemps arabe' rassemblant pêle-mêle toute la 'Turquie non-AKP' : révisionnistes du TKP et des grands syndicats, écologistes et 'gauches radicales' diverses, trotskystes, anarchistes, jeunesse 'cyber-démocratique' de type 'printemps arabe', marxistes-léninistes et maoïstes avec de grands portraits... de Kaypakkaya, Kurdes et autres minorités, mais aussi... des kémalistes 'de gauche' (CHP et DSP) ; il n'est même pas improbable que des Loups Gris (MHP) d'extrême-droite aient pointé le bout de leur nez [ils le pointent de toute façon partout, et, laïcistes (bien que plus 'ouverts' que les kémalistes sur la question), foncièrement hostiles à toute concession aux minorités et anti-arabes (panturquistes), ils ne portent pas spécialement dans leur cœur l'AKP - ils participaient à la dernière coalition 'laïque' (1999-2002) battue par ce dernier en 2002]. Toutes les contradictions du pays ont alors jailli au grand jour ; la politique du gouvernement sur la Syrie, et plus largement son alignement constant sur le Qatar et le Golfe, ont notamment été mis en cause. Comme tous les camarades maoïstes (1 - 2), Servir le Peuple salue le mouvement dans ses composantes progressistes, et ses potentialités de développement de la conscience et de l'organisation de classe sur les rives du Bosphore, dans la perspective de longue durée de construire l'antagonisme populaire. Nous restons toutefois prudents quant à la récupération du mouvement au profit d'un 'retour en force' kémaliste [y compris 'de gauche', cela ne veut rien dire, rappelons qu'en 1999-2002 les kémalistes 'de gauche' de Bülent Ecevit étaient en coalition... avec la droite kémalo-thatchérienne (ANAP) et le MHP/Loups Gris !]. Le tentatives n'ont pas manqué depuis bientôt 11 ans que l'AKP est au pouvoir, et la présence massive des révisionnistes (TKP et syndicats DISK et KESK) kémalo-complaisants dans le mouvement tend largement en ce sens. La dernière période (1997-2002) de 'tout sauf l'AKP' (à l'époque Refah de Necmettin Erbakan), pilotée par les militaires du Conseil de Sécurité Nationale, n'a pas spécialement été une période de libertés démocratiques florissantes... mais, au contraire, de répression brutale et tous azimuts ! Le 'printemps' stambouliote pourrait alors se refermer sur un 'hiver' pire encore que celui infligé par les amis de l'AKP en Tunisie, Égypte, Libye etc.

Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Histoire - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Mardi 14 mai 2013 2 14 /05 /Mai /2013 11:16

 

La thèse du CAPITALISME BUREAUCRATIQUE dans les pays dominés (semi-féodaux et semi-coloniaux) est une thèse maoïste incontestable et incontestée, et personne parmi ceux PCEque d’aucun-e-s qualifient de ‘centristes’ ne l’a jamais remise en question. Le PROBLÈME est l’utilisation qui en est faite, par certains groupes s’affirmant ‘maoïstes’, pour qualifier (abusivement) certains types de gouvernements du ‘tiers-monde’ de ‘fascistes’, car ils représenteraient (et ‘restructureraient’) ce capitalisme bureaucratique. Une thèse dangereuse, car rien n’est plus dangereux – pour des communistes – que de montrer du doigt le ‘fascisme’ là où il n’est pas ; et d’autant plus regrettable qu’elle est partagée par des gens conséquents, comme le mouvement maoïste brésilien autour d’A Nova Democracia, du MEPR, du CEBRASPO etc.

        chavez-castro-nazichav-fascfascistasfascismo-rojoVisuel du PC d’Équateur ‘Comité de Reconstruction’… et propagande anti-chaviste d’ultra-droite : où est la différence ?

Cependant, une compréhension sérieuse de la thèse du capitalisme bureaucratique elle-même permet, très facilement, des démonter ces affirmations fumeuses et irresponsables.

- Le capitalisme bureaucratique est une forme de 'capitalisme par en haut', étroitement associé à l'appareil d’État et appuyé sur le 'fond féodal' de la société d’un pays arriéré-dominé, qui émerge à un certain stade de pénétration des monopoles impérialistes dans le pays en question. Typiquement, en Chine où il a été caractérisé pour la première fois par Mao Zedong, ce fut sous le régime de Tchang Kaï-chek (1926-49) ; en Inde, sous Nehru (1947-64) ; en Iran, sous les Pahlavi (1925-79) ; dans la plupart des pays d'Amérique latine (sous divers régimes, souvent dits ‘développementistes’), entre les années 1920 et 1960 ; dans les pays arabes, sous les régimes ‘à la Nasser’ des années 1950-80 et – déjà – sous les régimes (souvent monarchiques) précédents, etc. etc. Visant la mobilisation de masse au service de la production, ce capitalisme bureaucratique se donne parfois des airs ‘nationalistes’ et ‘populistes’, d’autant plus qu’il apparaît souvent dans un contexte de lutte anticoloniale (ou plutôt, le contraire : la lutte anticoloniale se développe rapidement à cause de lui), et qu’il faut ‘donner le change’. Il revêt souvent un caractère MONOPOLISTE ou ‘oligopoliste’, car il apparaît à un stade où se renforce la division internationale du travail, et donc la spécialisation productive des pays dominés sur une ou quelques marchandises : pétrole ou gaz ici, tel ou tel métal là, production agro-alimentaire ou pierres précieuses, etc.
- Dès lors, il y a une bourgeoisie/oligarchie/‘caste’ bureaucratique (cela dépend du niveau des forces productives du pays).
- MAIS, aucune classe (comme l'explique brillamment le Manifeste Programme du (n)PCI) n'étant 'imperméable', 'insensible' au mouvement des autres, il va FORCÉMENT, à un moment donné, émerger dans cette bourgeoisie bureaucratique, comme d'ailleurs dans les autres classes possédantes (compradore, latifundiste et bourgeoisie nationale), une 'GAUCHE', une fraction
04mad-mayo998pensant qu'il faut 'tout changer pour que l'essentiel ne change pas', qu'il faut faire des réformes, des concessions pour sauver l'essentiel - sa position dominante. Cela existe de la même manière dans les pays impérialistes, et cela s'appelle du RÉFORMISME, pas du fascisme. Ce phénomène est favorisé par les périodes de développement des forces productives qui font émerger, dans tous les 'secteurs' (bureaucratique, compradore, propriétaire terrien et 'national') de 'nouvelles couches', des 'modernes' comprenant qu'il n'est plus possible de gouverner les masses 'comme avant'.
- Souvent, dans des pays structurellement soumis au capital impérialiste étranger, mener cette politique de réformes/concessions peut impliquer de CHANGER D'ALIGNEMENT géopolitique,de 'changer de bloc' ou de puissance tutélaire (typiquement, des États-Unis vers l'URSS pendant la Guerre froide), ou de 'diversifier' ses 'partenaires'/tuteurs pour essayer d'en 'dégager' un peu d'autonomie. Globalement, tout puissance impérialiste (ou expansionniste régionale) sera ravie de nuire ainsi à ses concurrentes, même si elle n'y est pas 'gagnante' au sens sonnant et trébuchant (exemple type : l'URSS avec Cuba, ou plus près de nous la Russie, la Chine et dans une certaine mesure l'Europe avec le Venezuela).

C'est ce qui s'est produit au Venezuela : en 1998, le vieux système puntofijiste, qui gérait le capitalisme bureaucratique depuis 40 ans, était usé jusqu’à la corde et à bout de souffle, incapable de faire face à l’agitation populaire (situation assez proche, finalement, de celle du Chili en 1970). Une fraction ‘pragmatique’ de l’oligarchie dominante a alors effectué un ‘repli tactique’ et ‘ouvert les portes’ à un petit lieutenant-colonel, un zambo (métis) d’origine paysanne modeste… condamné quelques années auparavant pour tentative de coup d’État ‘de gauche’, et donnant (alors) de sérieux gages de modération (un discours, globalement, 'à la Lula'). La suite des évènements est suffisamment connue pour ne pas la retracer ici, pour la centième fois, dans les détails : ‘emballement’ des concessions sociales et démocratiques pour pouvoir ‘chevaucher’ et maîtriser l’agitation des masses, et (l’un se nourrissant de l’autre) contre-attaques rageuses de la vieille oligarchie (la DROITE de la grande bourgeoisie bureaucratique), principalement concentrée dans le monopole pétrolier PDVSA et dans la Fedecamaras (Medef local), avec sa presse aux ordres, contre ‘l’intrus’ ; ceci débouchant sur la tentative de coup d’État d’avril 2002 (le ‘Parisot’ local prenant le pouvoir), soutenue par l’administration Bush de Washington et déjouée par la mobilisation des masses ; radicalisation encore plus grande de Chavez et de ses partisans contre l’oligarchie (qui poursuit le bras-de-fer jusqu’encore aujourd’hui), l’impérialisme US et ses proches alliés (notamment la Colombie voisine) ; proclamation du ‘socialisme du 21e siècle’ ; tissage d’alliances avec tout ce que la planète compte d’hostile ou de rétif à l’hégémonie US (Russie, Chine, Iran, bourgeoisie arabe antisioniste, Syrie, Libye, guérillas colombiennes, fractions des bourgeoisies européennes etc.) ; mobilisation et (tenant compte de la tragédie chilienne de 1973) tentative d’armement des masses contre les menées de la droite, etc. etc. Depuis, cependant, faute… d’être une véritable révolution, le ‘processus’ s’est essoufflé, la condition des masses s’est dégradée et le soutien populaire à Chavez (face aux ‘candidats uniques’ du vieux puntofijisme, présentés à chaque élection) s’est effrité (son successeur, Maduro, ne l’a emporté que d’une très courte tête) ; le bloc impérialiste US et l’oligarchie locale ont un peu ‘lâché l’affaire’ et ‘jouent le pourrissement’ ; un rapprochement s’est amorcé avec le (totalement fasciste, pour le coup !) voisin colombien et des militants révolutionnaires réfugiés au Venezuela ont été livrés (après que Chavez se soit fait ‘choper’ pour son soutien aux guérillas, avec la saisie de l’ordinateur d’un dirigeant guérillero tué dans une opération militaire) ; une partie des cadres du ‘chavisme’ a formé une nouvelle caste privilégiée et exploiteuse, la ‘boli-bourgeoisie’. En Bolivie et en Équateur, ce sont carrément des présidents qui ont ‘valsé’ à la chaîne devant les explosions de colère des masses (ingouvernabilité totale), ouvrant à un ‘vieux’ syndicaliste paysan indigène et à un économiste ‘de gauche’ inconnu les portes du pouvoir ; les évènements ont ensuite suivi un déroulement assez similaire. Ailleurs, les oligarchies ont du ‘ouvrir les portes’ à des leaders plus 2 Caracas 1 de Mayo 2009modérés, mais néanmoins réformistes. En réalité, l’Amérique latine a ‘vomi’ la ‘potion’ ‘néolibérale’ qui lui a été administrée, dans les années 1980-90, par la domination impérialiste US, après (et déjà pendant) les grandes dictatures / guerres d’extermination des années 1960-80. Aujourd’hui, même les opposants aux régimes ‘bolivariens’ se veulent ‘sociaux-libéraux’, ‘proches d’un Lula’, pour un ‘capitalisme intégrant le facteur humain’ ; tandis que les régimes en question se sont eux-mêmes considérablement recentrés’, ‘face aux réalités’. Le capitalisme bureaucratique de ces pays s’est, oui, dans un sens, ‘restructuré’. Pour autant, dans l’enthousiasme de la ‘rupture’ et la résistance aux menées réactionnaires, les masses ont écrit une page d’histoire qui ne s’effacera pas, elles ont été à une école de révolution . Quelque part, pour dire les choses clairement : Chavez himself, son idéologie, ses amitiés internationales, ses élucubrations dominicales de 14 heures non-stop, on s’en brosse le cul ! Ce qui nous intéresse, ce sont les masses vénézuéliennes, et celles-ci ont démontré, le 13 avril 2002, que les masses font et peuvent tout : déjouer un coup d’État made in US en Amérique latine, c’était tout simplement du jamais vu ! Si les PC d’Équateur ‘Sol Rojo’ et ‘Comité de Reconstruction’ peuvent aujourd’hui trouver un certain écho dans les masses, c’est en ‘capitalisant’ sur la déception envers le social-libéralisme (de fait) du gouvernement Correa, et parce que les masses ont été (pendant toutes les années 2000) à cette ‘école’… Cela aurait été tout simplement impossible il y a encore 15 ou 20 ans ; d’ailleurs, à cette époque, les membres actuels du ‘Sol Rojo’ étaient dans le mouvement ‘alfariste’, équivalent local du bolivarisme !

EN AUCUN CAS CELA NE PEUT ÊTRE QUALIFIÉ DE FASCISME : le fascisme ne peut se caractériser que par UN SEUL critère fondamental, celui de la DICTATURE TERRORISTE OUVERTE contre tout mouvement organisé, révolutionnaire ou même réformiste, des masses populaires exploitées ; ceci associé à une certaine MOBILISATION d'une partie des masses ('peuple de droite', 'patriotes', 'honnêtes gens', 'majorité silencieuse' etc. etc.) contre ledit mouvement, ce qui distingue le fascisme de la dictature réactionnaire 'classique' (dans les pays dominés cependant, cette mobilisation revêt souvent un caractère clientéliste ou ethnique/tribal/régionaliste/confessionnel, plus qu'idéologique à proprement parler). Dans les pays impérialistes, il se rattache à la fraction la plus réactionnaire de la bourgeoisie monopoliste et, dans les pays dominés, à la fraction la plus réactionnaire (et soumise à l'impérialisme) des trois classes dominantes (oligarchies bureaucratique, compradore et terrienne) et, à travers celle-ci, à la fraction la plus agressive des monopoles du pays/bloc impérialiste de tutelle. À ceux qui qualifient le réformisme 'bolivarien' de 'fasciste', la première réponse doit être "où sont les milliers de mort-e-s et de disparu-e-s des 'fascistes' Chavez, Morales etc. ?", comme au Chili sous Pinochet, en Argentine sous Videla, au Guatemala sous les juntes de 1978-85, etc. etc. De même, 'nier la lutte des classes' au profit de prétendus 'peuple' (aux contours flous), 'citoyenneté' ou 'intérêt général', ne peut suffire à qualifier le fascisme, car le réformisme bourgeois, le 'rooseveltisme' et autres 'keynésianismes' c'est typiquement cela, et cela n'est pas le fascisme (confusionnisme dénoncé par Dimitrov dès 1935). Même le gaullisme, totalement sur cette ligne corporatiste d''association Capital-Travail', pour ne pas avoir régné dans une période de crise générale, ne peut pas être réellement qualifié de fascisme...

casapound-ricorda-hugo-chavezantifa chavezLes néofascistes italiens de Casa Pound saluent la mémoire de Chavez… sauf que ce dernier n’était pas tout à fait du même avis : "Les fascistes ne sont pas des êtres humains, un serpent est plus humain qu’un fasciste"...

Il serait certes tentant (et si simple…) de se contenter d’ânonner dogmatiquement que "le stade impérialiste (du capitalisme) c’est la réaction sur toute la ligne", et que la classe dominante (monopoliste ici, capitaliste bureaucratique là-bas) est intégralement, en bloc, ‘réactionnaire sur toute la ligne’… mais cela n’est pas vrai, ce n’est pas la réalité. AUCUNE classe n’est ‘imperméable’ à l’influence des autres (ne serait-ce que pour ‘prendre en compte’ leurs mouvements dans son intérêt) ; et, si les classes populaires subissent à pleins tubes l’influence de la classe dominante, cette dernière ‘subit’ aussi, directement ou indirectement, l’influence du ‘mouvement ouvrier’. C’est ainsi qu’émerge en son sein une ‘gauche’, qui va chercher à ‘contenir’ celui-ci ‘dans les limites de l’acceptable’ par des concessions (et va, généralement, chercher à se revendiquer de la période où la bourgeoisie jouait encore un certain rôle de progrès humain ; c’est ainsi que la gauche bourgeoise sud-américaine va se revendiquer de Bolivar ou de l’équatorien Alfaro, la gauche BBR des ‘Lumières’ ou du ‘Hugo républicain’ d’après le coup d’État bonapartiste, etc. etc.). Ce n’est en aucun cas une alliée, sinon de circonstances… exceptionnelles (lutte contre le fascisme, occupation étrangère etc.) ; mais c’est un ‘facteur’, un ‘paramètre’ de la réalité sociale qui nous entoure et de notre lutte au sein de celle-ci, paramètre que les communistes ne peuvent ignorer. La ‘gauche’ bourgeoise est matériellement incapable d’initier un début de commencement de processus révolutionnaire, de conduire les masses exploitées vers leur émancipation ; elle a, au contraire, uniquement vocation à ‘contenir’ leur mouvement dans les limites de l’‘acceptable’ et à trahir les espoirs populaires placés en elle ; mais elle est l’expression des contradictions internes à la classe dominante, dont une lutte révolutionnaire conséquente doit savoir tenir compte. Son arrivée au pouvoir exprime, plutôt qu’un besoin de ‘restructuration’ du système capitaliste (idée répandue dans le mouvement communiste ; mais cela, la droite s’en charge très bien, du gaullisme des années 1960 aux ‘thatchériens’ des années 1980-90 !), un repli tactique de la bourgeoisie face à une agitation sociale importante, ou, en tout cas, une crainte des dominants face aux ‘cris du peuple’ (mais des mouvements ou des ‘cris’ qu’ils pensent encore pouvoir conjurer par quelques concessions et réformettes – avant de revenir en force). Mais ce 'repli' des dominants, même s'il prépare un tel ‘retour en force’, même s’il n’est jamais une œuvre de philanthropie, ouvre forcément (mathématiquement) un espace, des 'perspectives', des 'marges de manœuvres' pour le 'mouvement social' des masses opprimées, que les révolutionnaires doivent savoir mettre à profit afin d'en faire, pour les masses, une école de communisme - telle a été l'analyse, profondément CORRECTE, de l'UOC-mlm de Colombie réagissant à la mort de Chavez.

general franco la clauLe fascisme, lui, est une toute autre chose : c’est l’expression et l’arme de l’aile extrême-droite, de la fraction réactionnaire ultra des classes possédantes, pour une guerre TOTALE contre tout mouvement organisé (même réformiste) des classes populaires ; même s’il va souvent (dans un souci de mobilisation de masse, sa caractéristique) reprendre aussi à son compte des revendications jugées ‘acceptables’ des ‘petites gens’, sur un mode paternaliste (le problème est que les ‘petites gens’, tel qu’il l’entend, englobent tant d’intérêts de classe immédiats contradictoires qu’il est impossible de les satisfaire tous, et au final tout le monde est perdant, sauf la fraction la plus réactionnaire de la classe dominante). Il va chercher, pour mobiliser, à détourner la colère d’une partie des masses contre les plus opprimés qu’eux (ultra-prolétaires qualifiés de ‘canaille’ hier et de ‘racaille’ aujourd’hui, prolétaires étrangers ou d’origine étrangère, travailleurs organisés qualifiés de ‘rouges’, ‘assistés’, ‘drogués’ etc. etc.), mais aussi contre de chimériques ‘mondialisme’, ‘capitalisme sauvage’ (vieille rengaine bourgeoise, partagée par la ‘gauche’, du ‘capitalisme à visage humain’), ‘finance cosmopolite’ etc. etc., visant généralement, à travers ces mots, les fractions de la classe dominante jugées trop ‘modérées’ et ‘laxistes’. L'objectif visé ici (certes inatteignable, mais néanmoins visé), c'est, pour tout 'mouvement social' organisé, une marge de manœuvre zéro. Une question fondamentale, pour permettre de répondre à beaucoup de choses, peut en définitive être celle-ci : est-ce que la situation considérée FAVORISE objectivement l’émergence d’une conscience, d’une organisation et d’une ‘radicalité’ des classes populaires (comme c’est le cas, selon nous, au Venezuela ou en Bolivie, en tout cas dans les premiers temps – cela s’est peut-être ‘tassé’ depuis) ; ou est-ce qu’elle tend, au contraire, à leur écrasement sans pitié (comme en Iran dans les années suivant la prise de pouvoir de Khomeyni, pour prendre volontairement l’exemple de régimes alliés) ?? Pour nous, la première situation est ce qu’il convient de qualifier de régime/’processus’/situation ‘progressiste’ ; la seconde est du fascisme, ou assimilable au fascisme.

Les classes intermédiaires, elles (petite-bourgeoisie entrepreneuriale, salariat moyen, paysannerie relativement aisée, professions libérales, intellectuels divers etc., et bourgeoisie nationale dans les pays dominés), vont généralement se scinder entre partisans d’une ‘démocratie radicale’, d’une ‘démocratie réelle’, qui vont en dernière analyse converger dans le réformisme ; et individualistes-égoïstes réactionnaires, accrochés à leur petit patrimoine et leur ‘petite position’ comme des singes à leur branche, et qui vont converger dans la mobilisation réactionnaire de masse (en clair : voter Sarko/Copé ou Le Pen). En l’absence de Parti révolutionnaire de classe, comme centre d’agrégation de la mobilisation révolutionnaire, le prolétariat et les classes populaires ‘assimilées’ (petits employés, paysans et indépendants pauvres, etc.) vont généralement ‘suivre’ l’un ou l’autre de ces courants, car ces ‘classes moyennes’ exercent une grande influence sur eux (ils/elles sont perçu-e-s comme ‘le/la cousin-e’ ou ‘le fils/la fille du voisin’ qui a ‘réussi’).  

dimitrovLe ‘premier cercle’ de la mobilisation révolutionnaire de masse, la première ‘terre de mission’ des communistes révolutionnaires, ce sont précisément ces prolétaires-et-assimilé(e)s qui sont sous l’influence des ‘classes moyennes’ ‘progressistes’/’démocratiques-radicales’, elles-mêmes se plaçant sous la direction de la ‘gauche’ bourgeoise. C’est tout le sens de la démarche de Front populaire à la base impulsée par l’Internationale communiste dès 1934 ; c’est tout le sens de bien distinguer réformisme bourgeois et fascisme ; et c’est tout le sens de la dénonciation, par Dimitrov, du ‘schématisme’. Cela est totalement valable dans les pays dominés par l’impérialisme.

 

Mais, pour le ‘p’’c’’mlm’ et ses (de plus en plus rares) amis internationaux, il va en être tout autrement. Dans nos pays impérialistes/avancés, les attaques vont se concentrer sur les révolutionnaires non-maoïstes (personne n’étant réellement maoïstes sauf eux, de toute façon…) et les personnes progressistes du peuple, qualifié-e-s (non-exhaustivement) de ‘social-démocrates’, ‘libéraux-libertaires’, ‘révisionnistes’ et ‘nationalistes-révolutionnaires’/’SA’/’fascistes’ en puissance, ‘frères jumeaux’ et fourriers du fascisme, etc. etc. Pour dire les choses clairement, il n’y a pas 36 manières pour des communistes de faire triompher le fascisme, il n’y en a qu’une seule et c’est celle-là : agir ouvertement et consciemment comme force de répulsion sur les masses progressistes (le ‘peuple de gauche’), et non comme force d’attraction vers la conception communiste-révolutionnaire du monde. Et dans les pays dominés, semi-coloniaux semi-féodaux, vont être qualifiés de ‘fascistes’ non pas des régimes laquais de l’impérialisme, massacrant et torturant des milliers de personnes (à la Pinochet ou Videla, Rios Montt ou Mobutu, Suharto ou Ferdinand Marcos, Bokassa ou Hassan II), mais précisément des régimes qui ‘s’agitent’ et ‘défient’ un petit peu l’impérialisme (en tout cas l’impérialisme occidental), et tentent d’apporter quelques petites avancées de bien-être aux masses laborieuses. Ceux-là et aucuns autres : il ne s’agit même pas de dire qu’‘au nom de la thèse du capitalisme bureaucratique’, ‘tous les pays semi-coloniaux sont fascistes’ (ce qui serait simplificateur mais au moins cohérent). Ils ont, toutefois, ‘une tête de turc au-dessus’ de ces régimes – là encore, en parfaite cohérence avec la pensée dominante impérialiste : les ‘islamistes’… C’est ainsi que, lorsque le régime baathiste syrien se contente d’opprimer 300x168 188654 syrie-soupcons-de-crimes-contre-‘tranquillement’ ses masses populaires, tout en appuyant objectivement la résistance libanaise et palestinienne contre Israël, il est ‘fasciste’… mais lorsqu’il se met à massacrer, avec la plus extrême barbarie, des milliers de personnes ; et que semble menacer l’instauration d’un ‘émirat djihadiste’ incontrôlable aux portes de l’entité sioniste, tout d’un coup leur ‘anti-impérialisme’ se réveille ! Comme c’est étrange… En revanche, au Mali, il n’est plus du tout question d’anti-impérialisme (alors même que de très nombreux/euses militant-e-s démocratiques de ce pays rejettent l’intervention BBR, tout en vomissant les djihadistes) : tout ce que ‘Voie Lactée’ trouve à dire, c’est que "la France est obligée de faire le nettoyage anti-islamistes armés à la place de cet État d'une faiblesse toute bureaucratique, empêtré dans ses contradictions"… !!!

Il y a en Grèce une organisation ‘maoïste’, l’OAKKE, qui assume elle aussi des positions pour le moins ‘étranges’ : à contre-courant de toute la gauche radicale et révolutionnaire de ce pays, elle considère que l’impérialisme russe est actuellement la principale menace pour l’humanité, le ‘nouveau 3e Reich’ de notre époque, à la tête d’un ‘axe néo-nazi’ avec la Chine, l’Iran etc. (et donc forcément l’ALBA sud-américaine) ; et que les forces qui dénoncent principalement l’impérialisme nord-américain et ouest-européen sont ses alliés objectifs. Si l’OAKKE ‘dénonce’ les ‘excès’ et le ‘chauvinisme’ de la politique israélienne, elle revendique néanmoins pour l’État sioniste le ‘droit de se défendre’ (!!!) contre les ‘islamo-nazis’ de la résistance palestinienne, du Hezbollah et d’Iran, qui sont des ‘pièces maîtresses’ de cet axe. Militer contre les crimes sionistes, appeler à la ‘destruction d’Israël’ (c’est-à-dire à la fin de l’apartheid, de l’État ethnique ‘juif’, pour une Palestine démocratique et égalitaire), c’est participer d’une théorie du ‘complot juif pour la domination mondiale’, également au  service de ce ‘nouveau Reich’ russo-irano-chinois (un florilège de leurs délires ici)… Dans la mêmeisraeldemo veine,  mais encore plus ‘hardcore’, il y a les ‘anti-deutsch’ d’Allemagne : s'appuyant de manière ‘fondamentaliste’ sur les tous premiers écrits de Marx et Engels, l’impérialisme occidental est pour eux, ‘objectivement’, un ‘progrès’ là où il passe, une ‘condition nécessaire’ à la révolution prolétarienne : il faut donc soutenir ses interventions contre les régimes ‘despotiques’ en Irak, en Afghanistan etc., il faut soutenir l’apartheid sioniste en Palestine sans quoi l’on est ‘antisémite’, etc. etc. Le ‘p’’c’’mlm’ et ses comparses internationaux (notamment ses pitoyables appendices de la Belgique universitaire, elle-même lamentable excroissance de la ‘France’ intello-parisienne) sont, globalement, exactement sur cette ligne ; mais ils sont plus intelligents, et donc plus 'subtils'. Et leur obsession de l’‘islamisme’ sunnite va éventuellement les amener, le cas échéant, à soutenir comme ‘moindre mal’ un régime (pourtant ‘fasciste’) de ‘l’axe néo-nazi’ Russie-Chine-Iran, comme la Libye ou la Syrie (enfin, dans le cas de la Libye, l’Iran avait dans un premier temps salué le ‘réveil islamique’ du peuple, alors…).

Sur ce point d’ailleurs, peut-on ajouter au passage, la thèse du capitalisme bureaucratique permet SEULE de comprendre le phénomène politique communément appelé 'islamisme'. Dans les pays de la 'région intermédiaire' à majorité musulmane (du Sahel à l'Indonésie en passant par le Maghreb, le Machrek, l'Iran, l'Asie centrale et le sous-continent indien) ;

tantaoui1°/ les RÉGIMES, qu’ils soient 'républicains laïcs' ou 'monarchiques de droit divin', représentent le capitalisme bureaucratique, le capitalisme 'par en haut' impulsé par et au service de l'impérialisme sur la société. L'institution militaire y joue souvent un rôle central, et elle est (conformément à la thèse du capitalisme bureaucratique) une émanation directe de la féodalité, notamment de la féodalité tribale du 'pays profond' (en Égypte, par exemple, elle est l’héritière des Mamelouks qui dirigeaient le pays sous la tutelle ottomane, et le ‘pilier’ de l'État moderne depuis sa naissance avec Mehmet Ali).

2°/ les 'islamistes', eux, sont l'expression politique du 'capitalisme par en bas', le capitalisme (et la bourgeoisie) qui émerge 'spontanément' des 'entrailles' de la vie sociale, et se heurte au capitalisme bureaucratique impulsé 'd'en haut' par les régimes. Ceci est par exemple assez bien expliqué (avec des ‘mots’ non-maoïstes, bordiguistes en l’occurrence) dans cet article sur la Syrie, son régime baasiste et son opposition ‘islamiste’. Les courants de type Frères musulmans représentent une morsibourgeoisie plus 'prospère', plus 'installée' et éduquée, politiquement plus 'pragmatique', se faisant parfois 'démocrate-musulmane' sur le modèle de l'AKP turc ; tandis que les salafistes, eux, représentent une petite et moyenne bourgeoisie (commerçants, artisans, ‘économie informelle’) plus 'rustre' et inculte, plus agressive et 'possédée' par sa mission divine, des 'Savonarole de l'islam' pour ainsi dire. Une bourgeoisie nationale, en réalité, mais ce terme a souvent été accolé automatiquement, par les léninistes, à 'progressiste' (la bourgeoisie nationale serait ‘forcément’ progressiste), alors que personne (ni Lénine, ni le Che, ni Mao : personne) n'a jamais dit cela : en l'occurrence, ce n'est PAS DU TOUT le cas ; les pays musulmans ont en effet une LONGUE histoire de capitalisme (remontant au Moyen-Âge, comme en Europe, mais il a été surpassé et finalement dominé par le capitalisme européen à partir de la 'découverte' des Amériques), et donc une bourgeoisie ANCIENNE, consciente ('pour soi') de ses intérêts, avec une 136354 le-president-du-mouvement-islamiste-ennahda-rached-gconception du monde 'achevée', cohérente et solide, particulièrement imperméable à l'idéologie révolutionnaire du prolétariat (alors que les bourgeoisies nationales africaines ou sud-américaines, par exemple, y sont beaucoup plus perméables, se faisant généralement 'démocrates' et social-réformistes). Il est totalement erroné de voir dans ces ‘islamistes’ des ‘créatures de l’impérialisme’, qui seraient là pour ‘justifier’ la domination et les interventions impérialistes sur ces pays (comme si l’impérialisme en avait besoin !) ; ou encore des ‘agents’ de l’impérialisme qui lui auraient ‘échappé’ (des alliances de circonstances ont pu avoir lieu, au temps de la Guerre froide, contre des régimes ‘républicains laïcs’ souvent pro-soviétiques, ou encore récemment contre Kadhafi et en ce moment même Assad ; mais les ‘islamistes’ sont des ‘pragmatiques par nature’ qui nouent et rompent les alliances comme ils changent de chemise, qui savent ‘attendre leur heure’, et la ‘géopolitique’ US est culturellement à courte vue) ; de même qu’il est totalement erroné d’y voir des ‘révolutionnaires de libération nationale’, une ‘forme musulmane de théologie de la libération’ (s’il existe de tels courants, ils sont très minoritaires), etc. etc. Les ‘islamistes’ sont des ‘créatures’ de l’impérialisme, oui… mais au sens de conséquences, de RÉACTION à la pénétration impérialiste dans ces pays, au stade capitaliste-bureaucratique. Une réaction inévitable du corps social, de type ‘réflexe du genou’… mais une réaction ‘passéiste’, ‘antimoderne’, tournée vers le passé idéalisé d’avant l’intrusion occidentale ou, carrément, des ‘4 premiers califes’ succédant à Mohamed (632-661 de l’ère chrétienne…) ; ou alors une contestation ‘radicale’ petite-bourgeoise de type ‘Savonarole musulman’, mêlant ultra-libéralisme boutiquier en économie (avec un peu de redistribution par la zakât, aumône obligatoire au bénéfice des plus démunis et troisième ‘pilier’ de l'islam), ‘républicanisme’ égalitaire des pères de famille en politique, et ultra-puritanisme culturel et salafmoral. Sauf que nous sommes à l’époque de la révolution prolétarienne ; et que de telles conceptions ne peuvent donc être, aujourd’hui, que 100% réactionnaires… et au final, perdantes. 'Démonisées' depuis une trentaine d'années (globalement, depuis la 'révolution' confisquée iranienne de 1979) sous le vocable d''islamisme', ce type de réactions 'antimodernes' à la pénétration anti-impérialiste sont en fait aussi anciennes que celle-ci : il suffit de penser à l'insurrection du Mahdi au Soudan, dans les années 1880 (qui reste une référence pour le régime 'islamiste' actuel) ; quant aux révoltes algériennes contre la colonisation française, au 19e siècle, elles n'étaient sans doute pas moins 'islamistes' et 'djihadistes' (contre les 'infidèles', pour un gouvernement basé sur la charia) que ce que l'on observe actuellement. Simplement, elles ont été 'occultées', entre les années 1940 et 1970, par un puissant mouvement communiste et par les nationalismes bourgeois à façade 'progressiste', qui ont depuis considérablement reculés. Il n'est toutefois pas possible, pour ces forces, de parler de fascisme néocolonial au sens strict, puisqu'elles ne se rattachent à la fraction la plus réactionnaire et soumise à l'impérialisme d'une oligarchie BUREAUCRATIQUE - comme Ben Ali en Tunisie après la 'mise à la retraite' de Bourguiba, le régime de Moubarak en Égypte, le régime Baas irakien après les coups d'État de 1963 et 1968, le régime du shah d'Iran après l'éviction de Mossadegh, le régime de Mobutu au 'Zaïre' ou de Suharto en Indonésie, etc. ; ou même des régimes à façade 'socialiste' comme celui de la droite du Baas syrien après le coup d'État d'Assad contre Jedid, de la droite du PCT avec Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, de Boumediene puis Chadli en Algérie etc. etc. (dans ces derniers cas, souvent pour le compte du social-impérialisme soviétique, généralement associé... à l'impérialisme BBR de l'ancienne métropole coloniale ! - 'Françafrique', 'politique arabe'...). Que ces forces soient 'anticapitalistes romantiques', si l'on entend par là 'passéistes', 'idéalisant un passé mythique' (car 'anticapitalistes', elles ne le sont nullement !), c'est indéniable... mais voilà : le fascisme, pour les marxistes, ne se définit pas par une idée (comme 'anticapitalisme romantique', par exemple) ; ceci est de l'idéalisme. Le fascisme répond à une définition MATÉRIALISTE, comme EXPRESSION D'UNE CLASSE ou (plutôt) d'une fraction de classe : la bourgeoisie monopoliste la plus réactionnaire dans les pays impérialistes, et ses représentants/agents/valets locaux, l'oligarchie bureaucratique-compradore-terrienne la plus réactionnaire, dans les pays dominés.

3°/ Pour ce qui est des autres classes possédantes, les courants 'libéraux-démocrates', 'libéraux-conservateurs' et 'occidentalophiles' représentent plutôt la bourgeoisie compradore classique ; les 'conservateurs religieux de régime' (type 'oulémas', comme le PJD désormais au pouvoir au Maroc, moncef marzoukià ne surtout pas confondre avec les 'islamistes') expriment le 'fond féodal' et arriéré de la société ; et les 'démocrates' et la 'gauche' sont les représentants de la bourgeoisie nationale de type urbaine-éduquée (professions libérales, enseignants et  universitaires, intellectuels divers etc.). Les masses populaires laborieuses, en l’absence de Parti révolutionnaire authentique, sont amenées (en fonction, souvent, de leur situation géographique – ville, campagne ou bidonvilles (‘paysans en exil’), ou de leur ‘capital intellectuel’ – niveau d’éducation) à suivre l’une ou l’autre de ces tendances ; hormis le soutien idéologique aux régimes (le soutien clientéliste/tribal, lui, est omniprésent), qui existe un peu dans les monarchies (légitimité historique et ‘divine’) et pratiquement pas du tout (en tout cas plus) dans les républiques – celles-ci n’ont, de toute façon, pas vraiment d’idéologie, sinon ‘Longue vie au raïs’ et ‘Mort à ces salauds de sionistes qui occupent Al-Qods’ (mais que l’on ne se risquera pas à aller attaquer…).

4°/ Dans certains pays ayant accumulé de grandes masses de capitaux à travers l’exportation de leur production nationale (notamment pétrolière ou gazière), comme l’Arabie saoudite (qui hamas-qatar‘protectoralise’ de fait les autres émirats du Golfe), le Qatar (seul à ne pas être ainsi ‘protectoralisé’), l’Iran ou encore le Pakistan ou la Turquie, l’oligarchie bureaucratique ou une fraction de celle-ci, ou encore des oligarques ‘à titre privé’, cherchant à exporter les capitaux sur-accumulés, peuvent commencer depuis quelques dizaines d’années à mener une politique ‘expansionniste’ relativement ‘autonome’ de l’impérialisme dominant (généralement occidental, sauf pour l’Iran), voire en contradiction avec celui-ci. Ces politiques vont généralement s’appuyer, dans les différents pays, sur des forces ‘islamistes’ : Frères musulmans (dont le Hamas palestinien) pour le Qatar, qui en héberge de nombreux militants depuis les années 1950, ou encore pour l'AKP turc (ex-branche locale de la Confrérie) ; salafistes pour l’Arabie saoudite et les oligarques des autres émirats du Golfe ; ‘radicaux’ chiites mais aussi, parfois, sunnites – Jihad islamique palestinien – pour l’Iran, etc. Des capitaux oligarchiques privés du Golfe et de toute la région arabe (parfois sous forme d''ONG') alimentent la 'nébuleuse Al-Qaïda'.

En Iran, nous avons l'exemple-type d'une partie de la classe bureaucratique (armée, administration, cadres supérieurs de monopoles productifs etc.) de l'ancien régime (Pahlavi) qui est 'passée' au ali-khamenei-with-the-sepah-pasdaran-marching-iranservice de la nouvelle 'république islamique' ; et d'une fraction de la bourgeoisie nationale (le bāzār) et du clergé 'contestataire' qui s'est muée en nouvelle caste bureaucratique, à travers notamment la gigantesque armée/entreprise des Gardiens de la Révolution (Pasdaran) ; en 'réalignant' les allégeances impérialistes (globalement : "tout sauf les USA et leurs satellites", alors que le shah Pahlavi était farouchement pro-US ; il y a à présent une fraction pro-européenne autour d'Hachemi Rafsandjani et Mir Hossein Moussavi, et une fraction pro-russe et pro-chinoise autour du 'guide' Khamenei et du président Ahmadinejad), et en développant une politique de 'trublion' régional.

Le même phénomène s’est, très certainement, reproduit en Égypte ou encore en Tunisie après les récentes ‘révolutions’, une part conséquente de l’appareil bureaucratique voyant dans les Frères musulmans locaux un ‘moindre mal’ (préservant leurs privilèges) ; sans même parler de la Libye où, devant la perte de contrôle de la situation par Kadhafi, les ‘rats’ ont ‘quitté le navire’ en masse et rallié la rébellion (précipitant, devant la présence d’‘hommes sûrs’ et connus, l’intervention occidentale).

Car dans tous les cas, socialement conservatrice voire réactionnaire (donc opposée aux classes populaires et à leurs revendications économiques et démocratiques), la bourgeoisie nationale 'islamiste', si elle arrive au pouvoir, est vouée à se transformer très rapidement en nouvelle caste bureaucratique au service de l'impérialisme (éventuellement, d'un impérialisme rival du précédent 'suzerain'), et/ou d'une politique expansionniste régionale comme désormais celle de l'Iran ou encore de la Turquie AKP, de l'Arabie saoudite ou du Qatar. C’est ainsi que cette fraction de la bourgeoisie nationale assouvit ses appétits frustrés de classe (quant aux autres… et bien ils restent ‘bourgeois nationaux’ et râlent contre les ‘nouveaux oligarques’ ; c’est ainsi qu’Ahmadinejad a été élu en Iran en 2005)… L'on peut voir cela, chaque jour qui passe, là où les 'islamistes' sont arrivés au pouvoir depuis les grandes révoltes de 2011 : en Tunisie, en Égypte, en Libye, sans parler de la violente oppression imposée par les jihadistes aux masses populaires du Nord du Mali, ou encore des milices chiites pro-iraniennes et des salafistes sunnites 'pro-Golfe' qui s'entre-tuent et égorgent la population aujourd'hui en Syrie, comme hier en Irak…

may-day-amman

Telle est la seule compréhension authentiquement marxiste, dialectique, de la thèse fondamentale sur le capitalisme bureaucratique.


Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Théorie - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Mardi 14 mai 2013 2 14 /05 /Mai /2013 10:36

 

Le 'FLNP' (Front de Libération Nationale de la Provence) a encore frappé… Après une première action, en janvier, contre une agence immobilière à Garéut ('Garéoult'), dans le Val d'Issole (l'engin explosif n'avait pas explosé), puis une autre en mars contre une autre agence immobilière à Sant Nàri ('Sanary'), faisant des dégâts matériels légers, c'est le 6 mai dernier un établissement bancaire de la BNP Paribas (l'un des 'géants' financiers BBR) à Draguignan, la 'capitale' administrative du Var, qui a été visé (la bombe de faible puissance a été désamorcée par les forces de l'ordre bourgeois). Mais surtout, pour la première fois, des tracts de revendications ont été retrouvés sur les lieux de l'attaque, permettant enfin, peut-être, d'en savoir un peu plus sur ce 'mystérieux' groupe. L'un de ces tracts, le jour même des évènements, a été reproduit sur le site de la presse régionale de régime, le 'petit empire' Nice/Corse/Var-Matin. Mais voilà : le texte du tract en question était... flouté ! Comme c'est étrange... Se pourrait-il que ce tract dise quelques vérités qui dérangent, dont le système voudrait 'préserver' des masses populaires 'tellement influençables' ? Le 'petit souci', c'est que, sans besoin d'être un grand hacker, il est très facile de déflouter légèrement un floutage informatique (du coup, ils ont carrément supprimé la photo du tract... mais trop tard, nous l'avons téléchargée ).

Voici ce que nous avons pu en décrypter :pro.jpg

« ESPECULAIRE ET TOUT (…) DEFORS ! [Spéculateurs et tous (…) dehors !]

Notre terre est devenue la colonie des spéculateurs et des nantis en tout genre, colonisation encouragée par l’État français, ses élus et subalternes, (qui ?) nous (…) de notre pays.

La Provence est la terre des Provençaux, nous n’en revendiquons aucune autre, nous entendons bien la défendre par tous les moyens que nous jugerons nécessaires à la libération de notre pays. Tout provençal doit passer en priorité sur sa terre, dans tous les domaines, acquérir son logement (…) assurer le bien-être de sa famille et de ses enfants.

QUICONQUE SE CONDUIT EN PAYS CONQUIS CHEZ NOUS SUBIRA LES CONSÉQUENCES DE SES ACTES, TOUS CEUX QUI N’ONT PAS VOCATION À (rester ?) EN PAYS PROVENÇAL DOIVENT QUITTER SANS DÉLAI NOTRE TERRITOIRE, LES TRAÎTRES ET LES VENDUS À L’ÉTAT FRANÇAIS SERONT PLUS DUREMENT FRAPPÉS. TOUS SONT DÉSORMAIS PRÉVENUS.

PATRIOTE, rejoins la lutte, rejoins le FLNP, rejoins-nous par tes actions contre l’envahisseur, tu regagneras ta liberté.

LIBERTA PER NOSTRE POBLE, PER NOSTRO TERRA, PER NOSTRO NACIOUN [Liberté pour notre Peuple, pour notre terre, pour notre Nation]

AVEN UNO LENGO, UNO CULTURO, UN DRAPEU, UNO IDENTITA, UNO TERRA, UN PAIS, PROUVENÇO TERRA NOSTRO. [Nous avons une langue, une culture, un drapeau, une identité, une terre, un pays ; Provence notre terre]

OSCO PROUVENÇO – FLNP   [VIVE LA PROVENCE – FLNP] »


En fin de compte... le communiqué ne dit rien de bien 'spécial'. Il ne permet toujours pas de rattacher les auteurs à une idéologie précise. En fait, le groupe semble sur la ligne du nationalisme corse, dont il s'inspire manifestement (ne serait-ce que déjà pour le nom...) ; il se veut sans doute, comme celui-ci, 'rassembleur', en évitant les propos ‘idéologiquement tranchés' – ce qui, à notre sens, est peut-être 'payant' dans l'immédiat, mais une erreur à long terme. Pour autant, rien que cela semble déjà intolérable pour le système bourgeois bleu-blanc-rouge et sa presse aux ordres… Quant à l’‘occitanisme de régime’, ces ‘bouffons de la République’ comme il y avait, jadis, des bouffons du roi (phénomène bien abordé ici), il dit ‘comprendre et partager totalement’ les revendications du FLNP sur la question immobilière (qui, en même temps, affirmerait sérieusement être ‘pour’ la crise du logement ??), mais condamne la ‘violence’, pourtant jusqu’ici ‘zéro morts/zéro blessés’, mais qui ‘pourrait’ en faire selon eux. Comme si la première violence n’était pas celle subie par les familles populaires incapables de trouver un logement décent… et de toute manière, tout révolutionnaire conséquent sait bien qu’il n’y a pas de plus grands terroristes que les États qui nous dirigent, et dirigent le monde.

Le ‘FLNP’ considère, peut-être, qu'il faut d'abord 'libérer' la Provence, se séparer de l’État français, et ensuite... il y aura une 'démocratie' (bourgeoise), avec une 'droite' et une 'gauche', des élections et des alternances ; simplement, un ‘gouvernement des Provençaux par les Provençaux’ (comment les définit-on d’ailleurs, qui est provençal et qui ne l’est pas ?) serait 'naturellement' plus conforme à 'l'intérêt général' des habitants de la Provence... C'est là une conception fondamentalement erronée, démentie par des dizaines de néo-colonies à travers le monde : si l'on ne pose pas la QUESTION DU POUVOIR, de QUELLE CLASSE DIRIGE (prolétariat à la tête des classes populaires – petits employés, paysans pauvres etc., ou petite minorité de bourgeois), on ne résout rien ; comme le disait déjà dans les années 1910 le héros révolutionnaire irlandais James Connolly : "Si, dès demain, vous chassiez l’armée anglaise et hissiez le drapeau vert sur le château de Dublin, vos efforts s’avéreront vains si vous n’érigez pas la République socialiste. L’Angleterre continuera à vous dominer. Elle vous dominera par l’intermédiaire de ses capitalistes, de ses propriétaires, de ses financiers, de toutes les institutions commerciales et individuelles qu’elle a implantées dans ce pays et arrosées des larmes de nos mères et du sang de nos martyrs".

cote_d_azur_ferienhaus.jpgPar 'spéculateurs', il faut très certainement entendre les spéculateurs IMMOBILIERS, et par 'nantis' les grands bourgeois héliotropes ('cherche-soleils'), qui infestent la région de leurs résidences secondaires : la 'campagne' actuelle du groupe est en effet essentiellement dirigée contre la PRESSION IMMOBILIÈRE, comme l'attestent les deux premières cibles ; une pression (prix du mètre carré) devenue, dans ce département de Provença, absolument intolérable pour les classes populaires. Ce point avait déjà été abordé, après l'action de Sant Nàri, dans l'article du blog 'frère' Sheisau Sorelh à son sujet.

Mais, c'est là sans doute le plus important à souligner, le communiqué de revendication s'en prend clairement à l’État français, 'ses élus et ses subalternes' ('caciques' locaux, qui sont un élément structurel de l'organisation sociale occitane sous domination BBR, et cadres administratifs, policiers, judiciaires et militaires), et les ‘traîtres et les vendus’ à celui-ci, qui sont 'désormais prévenus'. L’État semble ici bien identifié comme l’ENNEMI PRINCIPAL, création et arme de l’oppresseur bourgeois (comme les 'spéculateurs et nantis' en question) ; et non comme un simple 'complice' d'un autre phénomène déplaisant, que l'on pourrait réussir à 'détacher' de celui-ci : pression immobilière, ravages environnementaux ou 'mondialisation marchande' (si l'on est sur une ligne 'altermondialiste'), 'mort du petit commerce', 'racket' du fisc et des radars routiers ou 'immigration incontrôlée' (si l'on est sur une ligne poujadiste fascistoïde). C'est là un antagonisme assumé qui est, pour nous, hautement positif, un antagonisme pour lequel, déjà, une grande majorité de la 'gauche radicale' hexagonale n'a pas de leçons à donner au 'FLNP'. Généralement, l'extrême-droite (profondément implantée dans la région, tant le FN que les Identitaires) est profondément respectueuse de l’État, certes ‘corrompu’ par une 'élite mondialiste', mais restant intrinsèquement 'sain' et même 'l'ultime recours' de 'ceux qui n'ont plus rien'. Plus largement, l'extrême-droite rejette les attaques et les dégradations tant contre les 'biens publics' (que l'on 'paye avec nos impôts'), à l'exception peut-être des radars routiers, des agences du fisc ou de l’URSSAF (les 'racketteurs'), que, surtout, contre la 'propriété privée' – sauf, bien sûr, lorsqu'elle est 'allogène' : épiceries arabes, kebabs, mosquées voire cimetières musulmans, etc. ; là ‘on peut dévaster’ sans problème ! Et si, pour dénoncer la ‘finance mondialisée’ et ‘apatride’, il y a ‘du monde’, l’on trouvera rarement des attaques contre la spéculation immobilière… et pour cause : les cadres politiques d’extrême-droite sont souvent, comme tous bons bourgeois BBR, de ‘jolis’ ‘petits’ propriétaires de ‘parcs’ fonciers !

Une autre chose qui mérite d'être soulignée, sur ce point, c'est que le communiqué n'évoque à aucun moment des thématiques réactionnaires comme 'l'immigration', 'les étrangers', 'les arabes' (même comme 'instruments' de l'État français dénoncé), forcément ‘délinquants’ et ‘parasites’, sur un territoire où la question est pourtant 'bien présente' et les propos xénophobes à ce sujet font partie, pour ainsi dire, du 'fond de l'air'... C'est plutôt positif, car cela serait totalement incompatible avec une démarche de libération révolutionnaire occitane telle que nous la concevons : dans notre Occitanie conçue comme projet révolutionnaire, nous affirmons être un peuple du Nord de la Méditerranée, un 'pont' entre l'Europe et l'Afrique, entre l''Occident' et l''Orient' ; et de toute manière, l'immigration (dont les immigré-e-s et les 'colonies intérieures' eux/elles-mêmes sont les premières victimes) comme le racisme envers celle-ci ne sont qu'une conséquence de l'impérialisme français, dont nous-mêmes, Occitans, avons été les premières victimes, sacrificielles et fondatrices, voilà 8 siècles. Être raciste, fut-ce sur un mode paternaliste, envers les ‘extra-européens’, c’est un ‘reflet dans la pensée’ de l’histoire (et du présent !) impérialiste de la ‘France’ : ÊTRE RACISTE, C’EST ÊTRE (idéologiquement) ‘FRANÇAIS’ – ce que le FLNP affirme vouloir rejeter. En Hexagone, l'extrême-droite est généralement tout au plus 'régionaliste' ; l'on ne peut guère citer, comme extrême-droite réellement 'séparatiste' (qui attaquerait l'État français dans ses tracts), qu'Adsav en Bretagne, et sans doute quelques courants néo-nazis alsaciens... ceux-ci ne manquant jamais de pointer du doigt "l'immigration-colonisation" comme "arme de l'État français jacobino-mondialiste".

provence_libre.jpg Nous en sommes encore (nous aussi !) au stade de l'enquête, sans laquelle pas de droit à la parole ; mais pour l'instant, les premiers éléments sur le 'FLNP' semblent plutôt positifs - en tout cas, pas rédhibitoires ; pas de 'carton rouge' a priori. Peut-être que le FLNP – là encore, sur une ‘ligne corse’ – prône pour une ‘nationalité du cœur’ : ‘indigènes métropolitains’, maghrébins et comoriens, soyez ‘provençaux de cœur’ et il n’y aura pas de problème ! Malheureusement, c’est là une vision totalement idéaliste des choses, qui sont beaucoup plus compliquées : les ‘immigrés’ et leurs descendants, en Hexagone, sont les ‘ambassadeurs’ d’un autre cercle de l’Empire BBR ; les ‘méridionaux’, plus anciennement ‘avalés’ par la construction étatique et impériale, plus ‘proches du Centre’, sont ‘au-dessus’ des immigrés-et-descendants dans l’‘échelle des valeurs sociales’ ; et cela ne peut pas plus être résolu par un simple ‘appel’ à ‘se sentir provençaux’… que par un simple ‘appel’ à ‘se sentir français’ !

Le gros 'point noir' du communiqué, pour terminer, c'est son côté 'provençaliste' : écrit (pour les passages en occitan provençal) dans la graphie de Mistral, affichant en en-tête les couleurs sang et or de la région (sans aucun symbole idéologique distinctif), il ne fait nulle part mention de l'occitanité de la Provence, encore moins de sa méditerranéité ; il n'inscrit aucunement les problématiques strictement provençales (voire strictement varoises) dans la vaste question méridionale de l'Hexagone en général ; il n'évoque à aucun moment les grandes luttes populaires radicales en 'Espagne' proche ou en Italie pourtant voisine, ni au Maghreb dont les ports de Marseille et Toulon sont la 'porte'. Il n'intègre pas la dimension occitane qui seule, selon nous, est potentiellement révolutionnaire (sans l'être automatiquement). Il n'est pas question pour nous (c'est évident) d'imposer un quelconque 'jacobinisme occitan', de 'dupliquer' sur notre terre le 'rouleau égalisateur' que nous a imposé l'État français depuis 3 ou 4 siècles ; nous respectons et respecterons toujours les différentes variantes dialectales et cultures populaires régionales de nostra Occitània. Mais historiquement, les courants qui cherchent à 'démembrer' régionalement l'Occitanie en ‘insistant’ sur sa diversité régionale (Provence, Auvergne, Béarn etc.) sont plutôt du côté de la réaction, ou alors, finissent par y tomber tôt ou tard…

De même, la référence à 'l'identité', sans plus de précisions, peut être inquiétante... Pour nous, l''identité' en soi, cela ne veut rien dire, sinon semer le plus grand confusionnisme de classe et idéologique. 'Identité', de la même racine latine que ‘identique’, n'a de sens qu'entendu comme ensemble d'êtres humains unis par 1°/ un même cadre POLITIQUE, 2°/ un même cadre ÉCONOMIQUE (communauté de vie productive, avec un mode de production principal), 3°/ un même cadre CULTUREL et IDÉOLOGIQUE : langue commune, culture commune (en tout cas, commune au niveau de chaque classe de l'organisation sociale), 'sentiment' de commune appartenance, 4°/ éventuellement, un projet historique commun. En Provence, le cadre politique a été le comté de Provence, catalan (puis aragonais) à partir du 11e siècle, puis passant aux ducs d'Anjou (frères cadets des rois capétiens de 'France') au 13e siècle avant d'être définitivement rattaché à la couronne en 1480. Le mode de production principal était alors FÉODAL, 'chapeautant' une économie 'holiste' communautaire-patriarcale dans les campagnes, tandis que dans les centres urbains le capitalisme était déjà en développement assez avancé. La Provence a gardé une certaine 'identité' politique comme province (généralité, gouvernement militaire et ressort de parlement) sous l'absolutisme, tandis que le capitalisme se développait et 'balayait' petit à petit la féodalité. Puis, pour les Provençaux comme pour les autres 'Hexagonaux', la 'France', la 'Patrie française' avec son drapeau bleu-blanc-rouge, a été de 1789 jusqu'en 1871 (environ) le 'cadre' politique et idéologique de la révolution bourgeoise (comme projet historique), jusque dans sa plus extrême radicalité démocratique (1793-94, 1848, 1870-71), mais 'butant' et 'trébuchant' toujours au seuil de la révolution prolétarienne ; le 'cadre' économique de la révolution industrielle ; et, du coup... 'naturellement' le 'cadre' de la contre-révolution, des tentatives de barrer la route à cela : c'est ainsi que le poète-écrivain Frédéric Mistral, le 'père' du provençalisme, plutôt du côté de la contre-révolution, pouvait dire "nous, les Provençaux, sommes de la grande France, franchement et loyalement" (li Provençau, flamo unanimo, sian de la grande Franço, e ni court ni coustié). Charles Maurras, de Martegue (‘Martigues’), ‘fils spirituel’ de Mistral sur le plan culturel, ne dira pas autre chose quelques années plus tard. Culturellement et idéologiquement, les classes ‘supérieures’ ont, à travers ces siècles, globalement ‘fusionné’ avec leurs homologues hexagonales, pour former les ‘honnêtes gens’, les ‘bons français’. La culture provençale a subsisté au niveau populaire, dans la 'ruralité', et dans la classe ouvrière naissante que celle-ci ira alimenter tout au long des 18e et 19e siècles (chant emblématique de l'Occitanie révolutionnaire, la Libertat verra le jour lors de la Commune de Marseille, en 1871) ; puis, à partir de la fin du 19e siècle, elle subît elle aussi le 'rouleau compresseur' d'une idéologie BBR au stade des monopoles - l'on apprit, alors, à 'parler français et être propres'... Lorsque, par trois fois (aux dates ci-dessus), la bourgeoisie eût écrasé la plus petite tentative d’affirmation autonome du peuple travailleur, et qu’elle fût entrée concomitamment dans la première crise générale du capitalisme, alors la Provence (‘Midi rouge’ à l’époque), l’Hexagone et l’humanité entière entrèrent dans l’ère de la révolution prolétarienne ; et il n’y eut plus aucun ‘projet historique commun’, donc plus aucune ‘identité’ entre les masses populaires et leurs exploiteurs : la ‘croisade’ du FLNP contre la spéculation immobilière n’exprime pas autre chose que cet antagonisme d’intérêts inconciliables. Aujourd'hui, donc, l''identité' provençale/occitane est (en soi et encore plus pour soi, ‘consciemment’) bien mal en point : elle ne peut être que RESSUSCITÉE, et cela n'est possible qu'à travers 1°/ un État révolutionnaire socialiste, fédération de Communes populaires, comme cadre politique, 2°/ une économie socialiste, collectiviste, mettant les travailleurs au poste de commandement et pavant la voie vers le communisme, comme cadre économique, 3°/ la transition révolutionnaire socialiste vers le communisme, la Révolution prolétarienne mondiale comme projet historique commun (relié à l’humanité entière !), 4°/ une culture populaire révolutionnaire provençale/occitane de type nouveau, mettant 'l'ancien au service du nouveau' (et notamment, la fonction de pont sur la Méditerranée qu'avait l'Occitanie indépendante du Moyen-Âge), mais tournée vers l'avenir communiste, et non vers un 'folklore' du passé. Bref, cela n’est possible qu’à travers un projet révolutionnaire. Faute de saisir cela, le FLNP reste encore très largement sur une ligne nationaliste petite-bourgeoise, ‘à la corse’, ligne qui a précisément conduit dans l’ornière la LLN de ce pays, dont il semble manifestement s’inspirer[1].

Il est évident que, si le 'FLNP' se révélait finalement être un groupe plutôt nauséabond, d'idéologie identitaire réactionnaire/fasciste, peut-être des 'dissidents' du Bloc identitaire local (forcément des dissidents, car le BI lui-même ne commettrait jamais de tels actes contre la sacro-sainte 'propriété privée'… ‘blanche et européenne’), toute l''extrême-gauche' BBR jacobinarde se ferait un plaisir de nous tomber dessus à bras raccourcis, 'coupables' que nous serions d'avoir 'pactisé' avec la 'bête immonde'... SAUF QUE, nous serions les SEULS à avoir ENQUÊTÉ, à avoir cherché à savoir et à comprendre, au lieu d'attendre bien sagement que... LES FLICS, les gardiens du Capital, fassent leur boulot pour se livrer ensuite à la curée sur les 'régionalistes fascisants'. Et sauf que (peut-être), lorsque des millions de personnes, ayant les toutes les raisons du monde de faire la révolution (comme la pression immobilière, par exemple !), 'préfèrent' tomber dans les bras d'idéologies d'extrême-droite... l''extrême-gauche' hexagonale ferait bien de commencer par se poser des questions sur elle-même ! À bon entendeur...

Si, en revanche, le FLNP s’alimente d’une conception du monde ‘progressiste-révolutionnaire’, c’est alors la critique ‘classique’ du militarisme, de l’ultra-avant-gardisme armé qui doit s’exprimer : le FLNP doit parvenir à soulever, à se lier avec et à diriger un grand mouvement de masse contre (ne serait-ce que) cette pression immobilière dont il fait le cœur de son combat, et qui ravage effectivement la Provence littorale ; sans quoi, il restera une petite ‘minorité agissante’ coupée des grandes masses – qui seules font l’histoire. Rappelons-nous que même un mouvement aussi formidable que le mouvement socialiste-révolutionnaire de libération basque a connu cette dérive tragique – pour son volet armé ; tandis que le volet ‘légal’ (illégalisé en 2002, mais bon) se diluait dans une ‘gauche abertzale’ aux vagues contours ‘nationalo-altermondialistes’…

Pour le moment, wait and see...

big provence flag

[1] Rien d’étonnant, en fait, à cela, car le Var a une ‘morphologie sociale’ et des ‘problématiques’ très comparables à celles de la Corse.

 

Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Peuples en lutte - Communauté : les marxistes léninistes
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Lundi 6 mai 2013 1 06 /05 /Mai /2013 10:16

 

La proposition du ministre de l’Éducation ‘socialiste’ Vincent Peillon de rétablir, à l’’école de la République’, l’enseignement de la ‘morale’ laïque, n’est pas seulement un ‘serpent de mer’ récurrent de la ‘classe politique’ bourgeoise depuis 20 ans voire plus : elle est aussi une question sur laquelle nous allons voir se mettre en place une ligne de démarcation essentielle au sein des forces qui s’affirment ‘anticapitalistes’, ‘radicales’ voire ‘révolutionnaires’. Nous allons voir, de manière très nette, une très grande majorité de ces forces faire un silence quasi-total sur cette question, considérée comme ‘sans importance’, comme ‘une diversion des sociaux-libéraux’ pour ‘camoufler julesferryles vrais problèmes’ qui sont ‘ailleurs’ – comme si, dans une société, dans une organisation sociale fondée sur un mode de production (le capitalisme), pouvait exister un ‘ailleurs’ et des ‘cloisons’ étanches entre les ‘problèmes’.

En réalité, c’est de TOUS TEMPS qu’en Hexagone, la question de l’’école républicaine’ (en général) est une ligne de démarcation fondamentale entre, d’un côté, les authentiques révolutionnaires et de l’autre, les réformistes, les sociaux-républicains, les ‘sociaux-BBR’. Pour les seconds, l’’École républicaine’ (et la 'République' en général) est un ‘idéal’ détaché de toutes contingences du réel et, surtout, de tout CONTENU DE CLASSE ; elle est en soi une ‘bonne chose’, une 'grande avancée républicaine', mais elle est ‘corrompue’ par le reste de la société (dont elle pourrait, manifestement, s''abstraire', être 'en dehors' ou 'au dessus', c'est selon…) : le ‘manque de moyens’ (plus ou moins 'sciemment' voulu par les gouvernants) ; les ‘inégalités’ sociales de la société capitaliste qui s'y répercutent ; et les ‘intérêts privés’, ‘marchands’, qui la détourneraient de sa ‘mission’ de 'diffusion universelle du savoir'… Pour les premiers, en revanche, révolutionnaires dignes de ce nom, l’’école 01 03 tu seras soldatrépublicaine’ a au contraire un contenu et une FONCTION de classe : c’est un instrument de la classe dominante, donc CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE, un outil d’encadrement idéologique des masses dès le plus jeune âge, pour en faire de ‘bons citoyens’, de ‘bons petits soldats’ de la production capitaliste (et, hier, de ‘bons petits soldats’ de la ‘Patrie’ tout court !), sélectionnant au long du parcours scolaire, par la ‘méritocratie’ (capacité à assimiler les valeurs et lécher les bottes du système...) ceux et celles qui auront la ‘chance’ de devenir des 'cadres' de l’exploitation, ou d’accéder à des boulots ‘pas trop mal payés’, et ceux/celles qui resteront dans la ‘vile multitude’ des futur-e-s chômeurs/euses, précaires, 'intérimaires professionnels', manutentionnaires, équipiers/ères McDo ou carrément 'cas sociaux'… détruisant psycho-socialement, ainsi, des millions d’enfants et d’adolescents à chaque génération. Tel est le rôle qui lui a été assigné, explicitement, dès sa création en 1881 par l’’icône’ de la ‘gauche’ bourgeoise, paternaliste et coloniale Jules Ferry : « Dans les écoles confessionnelles, les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes. [...] Si cet état de choses se perpétue, il est à craindre que d'autres écoles ne se constituent, ouvertes aux fils d'ouvriers et de paysans, où l'on enseignera des principes totalement opposés, inspirés peut-être d'un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871.  » [NDLR - il parle de la Commune de Paris, évidemment… Ferry était également un fervent défenseur de l’expansion coloniale (et bien sûr, logiquement, de la liquidation des ‘patois’ dans l’Hexagone multinational), un ‘florilège’ de ses propos à ce sujet est disponible sur la page Wikipédia qui lui est consacrée]. Tel est le seul rôle que peuvent lui attribuer ceux qui ont compris Gramsci, et la théorie de l’hégémonie intellectuelle/culturelle en société capitaliste avancée. Si l’enseignement compte un grand 400px-SpeakFrenchBeCleannombre de personnes progressistes sincères, et même (historiquement) de nombreuses personnes révolutionnaires dans ses rangs, contrairement – par exemple – à un corps purement répressif comme la police, l’armée de métier ou la ‘justice’, il faut bien dire que la contradiction, pour ces personnes, entre leurs convictions politiques profondes et leur fonction sociale réelle est un ‘grand écart’ souvent insoutenable (le corps enseignant est sans doute, de toutes les catégories professionnelles ‘relativement aisées’, celle qui compte le plus fort taux de dépressions et de suicides). L’idée-force, pour les communistes d’aujourd’hui (armés de l’expérience), devrait être qu’une personne enseignante qui devient révolutionnaire doit rester dans l’enseignement pour y mener l’agitation et la propagande ‘de l’intérieur’, mais qu’une personne déjà révolutionnaire ne peut et ne doit pas chercher à devenir enseignante : ce serait une contradiction intenable pour son identité politique, et cela n’aurait aucun intérêt.

Il faut dire que, depuis qu’un mouvement communiste – en tout cas, affirmé comme tel – existe en Hexagone (1920), une réelle critique révolutionnaire de cet instrument ‘républicain’ d’encadrement idéologique des masses n’a été menée qu’à deux période : légèrement dans les années 1920-30, avec la Fédération Unitaire de l’Enseignement de la CGTU ou le courant ‘oppositionnel de gauche’ (d’origine syndicaliste-révolutionnaire et anarcho-syndicaliste) École émancipée (d’ailleurs présent et puissant sois-jeune-et-tais-toi.jpgau sein de la FUE jusqu’en 1936) ; et puis, bien sûr, au moment de Mai 68 et dans les années qui ont suivi : c’est là que la remise en cause du ‘dogme’ de l’’école républicaine’ – entre temps canonisée par la SFIO et le PCF… – a été la plus massive et radicale. Malgré le reflux du mouvement, au milieu des années 1970, cette critique radicale a en partie porté ses fruits : le système scolaire, à partir de cette époque, s’est ‘libéralisé’, ‘décorseté’ ; mais sur une ligne ‘libérale-libertaire’ et/ou en amenant les choses sur le terrain de la psychanalyse à la Françoise Dolto : ‘l’enfant est une personne’, il faut ‘veiller à son épanouissement’ et être ‘à son écoute’, pas seulement dans une posture d’’autorité’, etc. Et, depuis les années 1990, cette libéralisation (entre autres choses) est bien entendu la cible de tous les discours d'‘en finir avec Mai 68’, ‘mot d’ordre identitaire’ de toute la droite et l’extrême-droite de l’éventail politique bourgeois. Mot d’ordre auquel la proposition de Peillon, encore une fois, vient signer le ralliement du PS (pourtant, à l’origine, ‘fils’ idéologique libéral-libertaire de Mai 68 s’il en est).

Pour les révolutionnaires qui ont compris le rôle d’encadrement idéologique, d’hégémonie intellectuelle au service du Capital que joue l’’école républicaine’, qui ont compris Gramsci et ne voient donc pas dans la ‘morale’ (les valeurs dominantes) un sujet sans intérêt, mais au contraire un élément fondamental du maintien de l’ordre social établi, la réintroduction (même ‘light’) de la ‘morale’ plus_d-ecole_prison_mai68.jpgdans les salles de classe n’est donc pas un ‘non-évènement’ et une ‘diversion’ sans importance : c’est, même s’il y a effectivement d’autres choses et des plus importantes, un marqueur d’une tendance historique à la ‘réaction tous azimuts’, à la guerre de classe ‘décomplexée’ de la bourgeoisie contre les masses populaires ; tendance encore illustrée récemment par Jean-François Copé avec son appel à un ‘nouveau 1958’ ; et cela doit être combattu, la ‘libéralisation’ de l’enseignement scolaire dans les années 1970-80, malgré ses grandes limites, devant être considérée comme une victoire des masses populaires en lutte des ‘années 68’.

Le point de vue progressiste qui suit est celui de Ruwen Ogien, un ‘philosophe-sociologue’ typique de la gauche 'radicale' bourgeoise (comme au demeurant le site sur lequel elle est publiée) : elle reprend donc, à bien des égards, les points de vue de la position réformiste (l’école "manque de moyens", les ‘vrais problèmes sont ‘sociaux’, la proposition de Peillon est un ‘écran de fumée’ ; comment enseigner "les valeurs suprêmes de la République, liberté, égalité, fraternité" dans "un système qui cultive la concurrence acharnée entre les élèves et les établissements", etc. etc.). Néanmoins, elle a le mérite de pointer, mieux que d’autres de la même 'famille de pensée', les dimensions idéologiques de la réintroduction de la ‘morale’ (‘républicaine’ bourgeoise) dans les programmes : c’est en cela qu’elle est intéressante et que nous vous la présentons.

Source

Questions de classe(s) - Avec La Guerre contre les pauvres commence à l’école : sur la morale laïque (Grasset, 2013, 168 p., 14,50 €) vous nous proposez un livre « sur » l’actualité qui s’ouvre en montrant que ce retour prôné par Vincent Peillon est tout sauf original et qu’il s’inscrit à la fois dans la nostalgie de l’école d’antan et dans le mouvement de revanche contre « l’esprit 68 » déjà porté par ses prédécesseurs. La nouveauté serait surtout que Vincent Peillon pourrait réussir à convertir la gauche au conservatisme scolaire, comme elle s’est convertie au libéralisme ou à la pensée sécuritaire...

Ruwen Ogien - Ce que la pensée conservatrice a de plus frappant, c’est sa vision moraliste des urgences politiques. Pour ceux qui la propagent, le problème principal de nos sociétés n’est pas l’accroissement considérable des inégalités de richesse et de pouvoir, le traitement inhumain des immigrés sans papiers, ou les atteintes à la vie privée par le fichage clandestin et la surveillance illégitime des communications. Non. Ce qui les préoccupe, c’est l’effondrement d’un certain ordre moral fondé sur le goût de l’effort, le sens de la hiérarchie, le respect de la discipline, le contrôle 3d75e7dbef78f875f7cc337be5138241des désirs, la fidélité aux traditions, l’identification à la communauté nationale, et la valorisation de la famille « naturelle » et hétérosexuelle. Logiquement, la priorité, pour les conservateurs, n’est pas d’améliorer la condition économique des plus défavorisés, ou de mieux protéger les droits et les libertés de chacun. Elle est de restaurer cet ordre moral.

Le projet de ramener la morale « laïque » à l’école séduit manifestement beaucoup de monde, à droite comme à gauche. Il repose cependant sur une idée profondément conservatrice : le problème principal de l’école ne serait pas qu’elle manque de moyens matériels, et qu’elle est incapable, aujourd’hui, de compenser les injustices causées par un système économique et social profondément inégal. Non. Le problème, c’est l’immoralité des élèves, plus exactement l’immoralité des élèves des quartiers défavorisés ! Car pourquoi auraient-ils besoin de cours de morale, s’ils étaient déjà moraux ?

En affirmant que la France a besoin d’un « redressement moral » avec des accents réactionnaires un peu gênants pour tous ceux qui veulent soutenir ce gouvernement, l’actuel ministre de l’Éducation nationale, dont les engagements à gauche sont pourtant incontestables, consacre l’hégémonie de la pensée conservatrice sur le sujet de l’école, comme d’autres ministres de gauche l’ont consacrée, par leurs déclarations, sur l’immigration ou la sécurité. C’est une tendance qu’il faut, je crois, essayer de combattre sans se lasser.

Q2C - Ce qui distingue aussi le projet de Vincent Peillon de celui de ses prédécesseurs, c’est l’adjectif « laïque » accolé au terme de morale. Comment comprendre cette démarche et ses impasses ?

R. O - Il ne faut pas être naïf. On ne peut pas ignorer ce que sont devenus les mots « laïque » et « laïcité » dans le débat public aujourd’hui.

Loin d’exprimer la défense de la justice sociale, des droits et des libertés individuelles, comme ce fut le cas à certains moments de l’histoire, les mots « laïque » et « laïcité » servent à glorifier la Nation et ses « traditions » (gros rouge et saucisses de cochon, entre autres), et de discréditer les minorités religieuses qui ont le « culot » de revendiquer l’égalité dans la possibilité de s’exprimer publiquement et de vivre selon leurs propres habitudes culinaires ou vestimentaires.

femme-voileePour éviter ce danger, il faudrait dire et répéter que l’usage public des mots « laïque » et « laïcité » ne vise nullement à étouffer le pluralisme des mœurs, la diversité des habitudes culinaires et vestimentaires, à rejeter les revendications présentes à l’expression publique des minorités religieuses, ou à stigmatiser telle ou telle population déjà défavorisée. Ce que le ministre ne fait pas suffisamment à mon avis.

C’est pourquoi je me suis permis de suggérer que son projet peut parfaitement être compris comme visant en priorité, les jeunes des quartiers défavorisés, généralement accusés d’être trop sensibles à l’appel de l’intégrisme religieux musulman, d’être trop violents et trop incivils, des jeunes dont tout le monde semble penser qu’il serait urgent de les « discipliner », et de les ramener dans le « droit chemin » de l’uniformité républicaine.

En effet, même si sa portée est plus large dans l’esprit du ministre, c’est ainsi que son projet d’enseignement de la morale laïque est généralement interprété, et c’est ce qui explique pourquoi il suscite un tel enthousiasme, même à l’extrême droite… et même chez les croyants catholiques !

Selon un sondage IFOP effectué du 4 au 6 septembre 2012, après que Vincent Peillon ait annoncé pour la première fois son projet d’un enseignement de morale laïque, 86% des catholiques étaient pour des cours de morale laïque ! (Dimanche Ouest-France, 8 septembre 2012). C’est quand même significatif. Même les plus catholiques semblent apprécier la laïcité lorsqu’elle est comprise ainsi !

En fait, le ministre de l’Éducation nationale n’a probablement pas l’intention, par son projet, de stigmatiser une population Il vise plutôt à obtenir une sorte de consensus sur ses projets de réforme de l’école, et il sait que l’idée d’un retour de la morale peut servir de base à ce consensus, parce qu’elle est approuvée par la majorité des citoyens. Mais le danger politique de voir la morale dite « laïque » mise au service de la stigmatisation des musulmans existe clairement à mon avis.

Q2C - L’ouvrage aborde cet enseignement de la morale d’un point de vue philosophique. Mais c’est aussi une réflexion pédagogique puisque vous y poser la question de la possibilité d’un tel enseignement, de ses modalités et surtout de son efficacité. Quelle conclusion en tirez-vous ?

R. O. - Le projet de faire revenir la morale à l’école part du postulat que la morale peut s’enseigner au moyen de cours et d’examens, comme si c’était une connaissance théorique du même genre que la physique - chimie ou l’histoire - géographie.

amour du travailIl ne tient pas compte du fait que ce postulat n’a rien d’une vérité d’évidence, et qu’il est disputé depuis l’antiquité. La morale peut-elle s’enseigner ? Et si son enseignement est possible, doit-il se faire de façon magistrale au moyen de cours et d’examens ? Ne consiste-t-il pas plutôt à montrer l’exemple, et à donner l’envie de le suivre ? Les examens de morale devront-ils vérifier, la connaissance de l’histoire des idées morales, celle des principes de la morale, ou la moralité des conduites de l’élève ? L’élève devra-t-il seulement montrer qu’il sait ce qu’est la vertu, ou devra-t-il prouver qu’il est devenu vertueux grâce au programme ?

Toutes ces questions philosophiques se ramènent en fait à une seule plus terre-à-terre : l’enseignement de la morale laïque devra-il ressembler à celui des sciences naturelles ou de la natation ? Savoir nager ne consiste évidemment pas à être capable de décrire les mouvements de la brasse sur une copie d’examen ! Et si apprendre la morale laïque, c’est comme apprendre à nager, si c’est la transformation des conduites de l’élève qui est visée, comment sera-elle évaluée ? En soumettant l’élève à des tentations (tricher, voler, mentir, tromper, etc.) pour voir s’il y résiste ? En instaurant une surveillance permanente des élèves en dehors de l’école par des agents spécialisés ? En construisant des confessionnaux « laïques » où l’élève devra avouer au professeur de morale ses péchés contre le « vivre ensemble » ou le bien commun ?

Finalement, lorsqu’on s’interroge sur la possibilité même d’enseigner la morale à l’école, on ne peut pas éviter de se poser des questions plus générales sur le contexte dans lequel les professeurs sont censés inculquer les valeurs suprêmes de la République : liberté, égalité, fraternité. Comment un enseignement de la fraternité peut-il être dispensé dans le contexte d’un système qui cultive la concurrence acharnée entre les élèves et les établissements scolaires ? Comment un enseignement de la liberté et de l’égalité pourrait être donné dans le contexte d’une institution organisée comme une armée, outrageusement centralisée et hiérarchisée, où les enseignants souffrent plus, finalement, de mépris et du contrôle permanent de leurs supérieurs que des provocations de leurs élèves ?Pour certains observateurs que l’état présent de l’école en France préoccupe, ce qu’il faudrait pour améliorer les choses, ce n’est pas plus d’autorité, de surveillance, de contrôle, mais plus de démocratie à tous les niveaux. En ce qui concerne les conduites « antisociales » à l’école, par exemple, ils constatent que les établissements dans lesquels les élèves participent à l’élaboration du règlement intérieur sont, par la suite, les moins exposés aux actes de violence. Cette hypothèse n’est probablement pas acceptée par tout le monde, mais elle mérite d’être explorée. En tout cas, s’il fallait choisir entre deux moyens de rendre l’école plus satisfaisante pour ses membres, enseignants et élèves, ou bien introduire plus de démocratie à tous les niveaux, ou bien restaurer des cours de morale laïque, je n’aurais personnellement aucune hésitation. Ce ne serait pas les cours de morale !

Q2C - Le titre frappe fort, et, à première vue le lien entre « la guerre contre les pauvres » et la morale laïque ne semble pas immédiat. Est-ce que vous pouvez éclairer le rapport que vous établissez entre les deux ?

R. O. - De nombreuses enquêtes montrent que l’explication de la pauvreté par la paresse n’a cessé de gagner du terrain dans le monde « occidental » au cours des années 1990, au détriment de l’explication par les phénomènes macro-économiques. Voyez par exemple celles dont fait état Nicolas Duvoux dans son excellent livre Le nouvel âge de la solidarité. Pauvreté, précarité et politiques publiques (2012).

grandjouanecole.jpg L’idée qui se répand à nouveau, comme si on revenait au XIXe siècle, c’est que si vous êtes riche, c’est que vous le méritez, et que si vous être pauvre, c’est de votre faute. Vous ne vous levez pas assez tôt, vous ne cherchez pas un emploi avec suffisamment de persévérance, vous préférez être assisté, et ainsi de suite [NDLR cela est tout simplement le cœur de l'idéologie capitaliste bourgeoise depuis l'origine ; et l'école 'républicaine' ne raisonne pas et n'a JAMAIS raisonné autrement !].

On cherche de plus en plus massivement à « blâmer la victime ». C’est ce que j’appelle la guerre intellectuelle contre les pauvres.

Cette guerre aux pauvres s’exprime aussi dans les tentatives d’expliquer la situation des plus défavorisés par des déficits moraux des individus, plutôt que par les effets d’un système social injuste à la base, et d’une redistribution des bénéfices de la coopération sociale et économique qui ne permet pas de compenser les handicaps initiaux.

À mon avis, le retour de la morale à l’école exprime aussi cette philosophie, Mettre l’accent sur la nécessité de la morale à l’école permet de diminuer l’importance du facteur social dans l’explication de la violence et de l’échec scolaire. C’est en ce sens qu’on peut dire du retour de la morale à l’école qu’il est un nouvel épisode dans la guerre intellectuelle contre les pauvres, visant, comme les précédents, à les rendre responsables des injustices qu’ils subissent. S’ils échouent, c’est parce qu’ils sont immoraux.

Q2C - Une telle annonce semble finalement avoir pour objectif de détourner les regards des véritables enjeux scolaires du moment et d’offrir une grille d’analyse conservatrice et réactionnaire de l’école. Le texte reste assez discret sur ces questions et en particulier, puisque c’est l’un de vos objets d’étude en tant que philosophe, sur la question sociale. Comment faites-vous le lien entre cette question sociale et l’école. Que pensez-vous par exemple des réflexions et des pratiques visant à faire advenir une « pédagogie sociale » ?

R. O. - Pour ceux qu’on appelle les « nouveaux réactionnaires », l’école serait en pleine « décadence » parce qu’elle serait devenue trop démocratique (les élèves ne se lèvent plus à l’arrivée des professeurs, ils ont leur mot à dire sur des problèmes d’organisation interne de l’école, et les parents aussi : quel scandale !), trop pluraliste en matière religieuse (on peut manger « halal » ou « cachère » dans certaines cantines : où sont passées nos traditions ?), trop tolérante à l’égard des attitudes plus décontractées, et plus libres des jeunes d’aujourd’hui (on petain_coup_cairamieux.jpgs’habille comme on veut, on flirte dans la cour, on fume à la sortie : on est passé directement de l’école - caserne aux maisons closes !)

Ces critiques ne sont pas nouvelles, et elles rencontrent un certain écho chez les plus nostalgiques de l’école du passé.

Ce qui est nouveau, c’est que certains penseurs veulent en tirer des conclusions agressives contre la démocratie, le pluralisme moral et religieux, et la tolérance en matière de mœurs en général. Du fait que, d’après eux, ces principes ne marchent pas à l’école, ils affirment qu’ils ne peuvent marcher nulle part !

Le raisonnement est fallacieux du début à la fin. D’abord, ces principes ne marchent pas plus mal que ceux qui autorisaient les maîtres à tirer les oreilles des élèves, ou qui forçaient les élèves à cacher leur appartenance religieuse quand elle n’était pas chrétienne. Ensuite, même si ces principes ne sont pas pertinents pour l’école, il ne s’ensuit pas qu’ils ne peuvent pas l’être ailleurs.

Il n’empêche qu’un discours radical sur les ravages de la démocratie, du pluralisme et de la liberté prospère sur le fond d’une description effrayante de la vie quotidienne dans les établissements scolaires des quartiers populaires.

Ce que j’ai voulu, montrer, dans mon livre, c’est que contrairement à ce que les nouveaux réactionnaires proclament dès qu’on leur donne l’occasion de s’exprimer, ce dont l’école souffre, ce dont nous souffrons en général sans la société, ce n’est pas de l’excès de démocratie, de pluralisme moral et religieux, et de libertés individuelles, mais des restrictions de plus en plus fortes à la démocratie, au pluralisme, et à la liberté.


Propos recueillis par Grégory Chambat pour Q2C

 


 

 

Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Lutte des classes - Hexagone - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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