Ce billet est une ébauche que je vais encore compléter...
Palestinien, je suis antisioniste de naissance, viscéralement, jusqu'au plus profond de mes tripes. Radicalement. Sans concession. Mais quand on a dit cela, on n'a rien dit. Qu'est-ce que le sionisme? Trop souvent, ceux qui se revendiquent de l'antisionisme ne définissent pas ce qu'est exactement l'idéologie qu'ils disent combattre. Le sionisme, pour moi (et pas que pour moi) c'est l'idéologie nationaliste qui vise à établir un Etat ethnocratique Juif en Palestine. Ce projet est intrinsèquement porteur de l'expulsion des Palestiniens, de la négation de leur droits nationaux, voire de leur droit à exister tout court. Il est évident qu'il faut combattre une telle idéologie, qui de surcroît est teintée d'un racisme colonial profond, qui considère par exemple qu'une terre qui n'est pas peuplée par des blancs "civilisés" est une terre vierge qui ne demande qu'à être conquise (voyez ce que ça a donné en Amérique, en Australie, en Afrique du Sud...et aujourd'hui en Palestine).
Ceux qui pensent rendre service aux descendants des survivants du génocide nazi en assimilant toute critique radicale de la légitimité de l'Etat d'Israël à de l'antisémitisme se trompent de combat. Un des premiers facteurs de l'antisémitisme, dont une des manifestations est la paranoïa conspirationniste de certains, est le sentiment que l'Etat Juif serait au-dessus des lois, protégé donc par un lobby dont la puissance est fantasmée. Un des facteurs du réflexe négationniste de certains défenseurs de la cause palestinienne est le fait que le génocide nazi est trop souvent utilisé pour légitimer la posture victimaire des dirigeants d'une nation qui est aujourd'hui hégémonique en Palestine et dans toute la région. Ce qui s'ajoute au fait que l'expérience du génocide nazi concerne l'Europe avant tout, cette Europe qui est la matrice de plus d'un crime atroce, Europe qui n'est ni le centre du monde, ni le monde.
L'explication sereine mais franche qui est nécessaire pour désamorcer ces errements et la nécessité d'universaliser les leçons des pages sombres de l'histoire européenne est en voie d'être interdite par les nouveaux censeurs, qui trouvent dans leur combat un allié objectif en la personne de Dieudonné, Soral et compagnie. En effet ces derniers, que nous n'avons jamais vu mobilisés concrètement en solidarité avec les Palestiniens, eux qui n'ont semble-t-il jamais noué de dialogue politique sérieux avec des Palestiniens, contribuent par leurs amalgames viciés à déligitimer la cause de l'antisionisme qui est le mien, un antiracisme anticolonialiste radical. Ces faux-amis de la cause palestinienne, qui fricottent d'ailleurs avec des jetteurs d'arabes dans la Seine même pas repentis, sont un cadeau permanent aux sionistes : ils délégitiment le combat qui est le nôtre, ils le salissent. Leur définition du sionisme n'a d'ailleurs rien à voir avec celle que j'ai rapidement posée plus haut. Pour eux le sionisme est une idéologie globale organisée, un pouvoir occulte, un complot permanent visant à l'hégémonie mondiale. Cela je n'y crois pas. Je ne peux pas y croire, parce que je sais que cette lecture du monde fait abstraction des rapports de force, des conflits d'intérêts et des éléments objectifs d'une course à la domination qui n'a que peu à voir avec la "race" ou la religion. Le capitalisme colonial n'a pas attendu le sionisme pour asservir les Noirs, décimer les Indiens, conquérir et soumettre le monde à son implacable recherche du profit.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur tous ces sujets. Mais l'essentiel est là : interdire l'expression d'un antisionisme radical est une faute aussi grave que celle de dévoyer ce dernier en un masque pour les racistes. Un dernier point : sionisme ou pas, au fond, là n'est pas la question. Mon combat, avant même d'être antiraciste, anticolonialiste, antisioniste est avant tout une lutte POUR, pour la justice, pour le droit, pour la liberté du peuple palestinien pour son droit à choisir son destin, pour mon droit et celui des miens à rentrer sur la terre dont nous avons été chassés, pour que tous trouvent leur place dans un mouvement unifié de citoyens et citoyennes égaux. Et beaucoup de jeunes sont comme moi, à l'heure de l'échec des grandes idéologies globalisantes à expliquer le monde et fournir des pistes d'action, nous sommes avant tout mobilisés par une exigence morale : contre des injustices insupportables, comme le bombardement aveugle de civils ou le vol de leur terre et de leur eau à des paysans, et pour des droits qui sont des évidences, comme celui de se déplacer librement dans et à l'extérieur de son pays, ou de choisir les dirigeants que l'on souhaite.
Enfin, une question mérite d'être posée : si je refuse la légitimité de l'Etat d'Israël, et lutte contre le régime d'Apartheid imposé à mon peuple, il me reste à déterminer ce qu'est, dans notre projet de libération (nationale ou non) la place de ces Juifs originaires des quatres coins du monde et dont la présence sur la terre de Palestine est aujourd'hui une réalité incontournable. Humaniste, je n'oublie pas cette question, bien qu'elle me paraisse trop souvent primer chez certains fils de collabos complexés sur la préoccupation urgente, immédiate, celle de savoir comment libérer les Palestiniens de la violence raciste qu'ils subissent au quotidien. Ma réponse est claire : égalité totale et absolue des droits, après jugement et réparation des crimes commis. Concrètement ça donne quoi? On en reparlera ici...

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