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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 21:59


Le 2 octobre 1968 était sauvagement assassiné par les sbires de Mobutu le leader révolutionnaire Pierre Mulele, héros du peuple congolais.

Congolite - biographie des leaders

http://2.bp.blogspot.com/_scZalK3p0EE/SbLSNfkwa1I/AAAAAAAAC3I/BeINxe9_FaU/s400/-000.jpg Pierre Mulele naquit le 11 juillet 1929 à Isulu-Matende, un petit village situé dans le secteur de Lukamba sur le territoire de Gungu (Bandundu). Son père, Benoît Mulele, avait fait des études d’infirmier. Il était l’un des premiers intellectuels de la région. Sa mère s’appelait Agnes Luam. Le jeune Pierre bénéficia de bonnes conditions d’éducation ; son père lui avait appris l’alphabet avant qu’il n’aille à l’école. Benoît Mulele était très aimé par la population de la région d’Idiofa. Il prenait à coeur le sort des malades les plus démunis. C’est dans cet esprit qu’il éleva ses enfants. À l’école, le jeune Mulele était connu pour son aversion de l’injustice. Désigné comme surveillant du dortoir des plus jeunes élèves à l’école moyenne de Leverville (actuelle Lusanga), il ne dénoncera jamais un seul élève.

En janvier 1951, Mulele, jugé «rebelle» et anticolonialiste, fut renvoyé de l’Ecole d’Agriculture. Le directeur l’envoya à l’armée, où il obtint après six mois le grade de caporal.

Très jeune, Mulele était déjà un organisateur. Il comprit très tôt que les opprimés devraient s’organiser pour devenir une force. En 52, il demanda à son ami Fernand Nima de regrouper les anciens élèves de la mission de Leverville qui résidaient à Léopoldville. Nima fonda l’Unamil, l’Union des anciens élèves de la mission Leverville. Après sa démobilisation, Mulele arriva, début 1953, à Léopoldville. Il y fut engagé par la Direction générale des bâtiments civils comme commis de deuxième classe.

Dès son arrivée, Mulele organise au sein de l’Unamil des causeries contre le colonialisme. Il fut aussi actif dans l’Apic, l’Association du personnel indigène de la colonie, une organisation syndicale. Dès 1953, il se lance dans une campagne visant à obtenir l’égalité des droits entre les fonctionnaires blancs et noirs. Cette campagne pour «le statut unique» impulse la prise de conscience nationaliste de nombreux « évolués ». Le 10 octobre 1958, Lumumba fonde le Mouvement National Congolais (MNC). Mulele estime que ce parti est trop lié aux colonisateurs puisque des éléments comme Ileo et Ngalula, proches de l’Eglise catholique et de l’administration coloniale, se trouvent à sa direction. Ce n’est qu’en juillet 1959 après les défections de Ileo, Ngalula, Kalonji et Adoula. que le parti de Patrice Lumumba trouvera grâce aux yeux de Mulele qui va encourager le rapprochement avec le Parti Solidaire Africain, à la naissance duquel il a participé.

C’est la révolte de Léopoldville, qui a précipité la fondation du Parti Solidaire Africain, comme en témoigne Pierre Mulele : «Les nôtres se sont vaillamment battus sans armes. S’ils avaient disposé d’une bonne organisation et d’armes en suffisance, ils auraient pu libérer la ville».

La mort de Lumumba pousse Mulele à entrer au maquis

L’assassinat de Patrice Emery Lumumba en janvier 1961 a profondément révolté Pierre Mulele. Ce qui le conduira quelques années plus tard à prendre le maquis dans sa région natale du Bandundu pour poursuivre l’œuvre du « maître ». De décembre 1967 à septembre 1968, Pierre Mulele et ses lieutenants, dont sa fidèle compagne Léonie Abo, installés à Matende-Lukamba, animent le mouvement insurrectionnel. Harcelé par les troupes de Mobutu et ses mercenaires, Pierre Mulele qui doit faire face à d’insurmontables difficultés logistiques, continue inlassablement à poursuivre la formation politique et idéologique de ses partisans. Mais les renforts en armes, en hommes et en cadres lumumbistes qu’il attend de Brazzaville tardent à venir.

Le maquis - deboutcongolais.info 

Le manifeste de Mulele et Bengila

À partir d'avril 1962, Mulele et son ami Theodore Bengila suivent des cours politiques et militaires en Chine. À leur retour à Kinshasa, ils publient en juin 1963 un manifeste pour annoncer la révolution populaire qu'ils apprêtaient de déclencher.

"Peuple congolais, le pays est en train de mourir à cause des manoeuvres colonialistes. Les colonialistes veulent nous imposer une nouvelle forme de domination, le néo-colonialisme, c'est-à-dire une domination par l'intermédiaire de nos propres frères traîtres et corrompus, c'est-à-dire les réactionnaires de la bourgeoisie.

Il n'est pas besoin de vous démontrer la barbarie, la cruauté de cette nouvelle forme de colonialisme. Les néo-colonialistes utilisent diverses méthodes: tueries, assassinats, empoisonnements, la corruption avec des sommes colossales d'argent en dollars, la propagande mensongère par radio, journaux, tracts.

Beaucoup de dirigeants qui, hier, étaient vos défenseurs acharnés, ont trahi la cause du pays. Le pays est tombé entre les mains d'une caste qui ne cherche qu'à s'enrichir d'une manière scandaleuse, rapide, révoltante, impitoyable au détriment des intérêts réels du peuple qui continue à mourir de faim.

La stratégie américaine au Congo s'appuie sur nos divisions, nos querelles, nos luttes tribales, provoquées et entretenues d'ailleurs par les sociologues et psychologues américains qui sont partout dans le pays.

Il nous faut parer à cette situation menaçante.

Sur le plan interne, nos efforts doivent tendre à balayer toutes les traces du colonialisme. Il va de soi que nos frères traîtres, qui servent d'intermédiaires aux capitalistes et qui constituent le support d'une politique étrangère doivent subir les rigueurs de notre lutte de libération totale. cette lutte doit se mener sous la direction d'un pouvoir populaire et démocratique.

C'est aussi une fausse conception que l'indépendance équivaut à prendre la place des anciens dirigeants coloniaux pour ne rien changer quant à la structure économique du type colonialiste.

L'indépendance, si l'on la veut entière et totale entraîne une lutte héroïque et implacable du colonisé parce que sa réalisation implique un changement radical. C'est une lutte systématique de décolonisation. Elle est dure et de longue haleine.

C'est une utopie de croire que la décolonisation totale et réelle puisse se réaliser sans casse. L'histoire de l'humanité nous le prouve avec éloquence. Notre détermination dans la lutte nous conduira à la victoire et celle-ci est inéluctable."

7. Le début du maquis du Kwilu

Le 3 juillet 63, Mulele revient clandestinement de Chine à Kinshasa via Brazzaville. "La stratégie parlementaire a définitivement échoué à Lovanium, dit-il. Tous les nationalistes doivent quitter la capitale et rentrer chez eux. Il faut se préparer pour déclencher dans toutes les régions du pays un soulèvement populaire."

Mulele promet d'accueillir au Kwilu tous les dirigeants qui veulent s'engager dans la lutte armée et de les former pour qu'à leur tour ils créent des bases d'entraînement. "Il faut d'abord former des cadres et préparer la population. Je ne veux pas agir avant 3 ans."

Les débuts du maquis

Début août, Mulele et quatre compagnons, Bengila, Mukulubundu, Mukwidi et Mitudidi arrivent au Kwilu dans la région de Nkata. Très tôt le matin, ils y tiennent la première réunion du maquis. Mukwidi et Mitudidi doivent aller à Léopoldville dès le mois d'août pour contacter les cadres nationalistes susceptibles de s'engager dans la lutte. Mitudidi, traducteur chez Mabika Kalanda, doit aussi garder le contact avec les pays progressistes africains, avec la Chine et Cuba.

Dès le 6 août, Mulele commence à recruter des partisans. Parmi le premier groupe de dix jeunes, Valère Etinka, le petit frère de Bengila et une seule fille Léonie Abo. À la fin du mois, le camp compte 580 partisans, dont 150 jeunes filles.

La répression s'abat sur tous les villageois: le sang coule

Le 3 septembre déjà, le gouvernement proclame la "mise à prix de la tête de Mulele" et décide d'envoyer des troupes vers "les régions troublées".

L'abbé Placide Tara témoigne de la répression qui sévit dès septembre dans le triangle Kikwit-Idiofa- Gungu: "Le chef de clan chez qui manque un enfant, fille ou garçon, paie l'absence. Il est torturé, les parents de l'enfant de même. On leur inflige de fortes amendes et on parvient à ravir les habits des chefs de clan. Les scènes sont parfois horribles à voir. Tous les hommes doivent se coucher à plat ventre. Les militaires et les policiers marchent sur le dos des villageois couchés par terre. Ils les rouent de coups de bâton. Le sang coule."

Mulele déclenche l'insurrection populaire

Le 1er janvier 1964, Mulele donnait l'ordre de passer à l'action. Pendant tout le mois de janvier les équipes menaient dans la province du Kwilu des opérations ponctuelles dans le but de se procurer des armes et de punir les réactionnaires les plus endurcis.

Le 13 janvier, Jérome Anany, ministre de la Défense, prit la charge des opération au Kwilu, où il se rendaient en compagnie de Mobutu. Le 14 janvier, une compagnie de l'ANC, envoyée en renfort, débarquait à Kikwit. le 18 janvier, Kasavubu décrétait l'état d'exception dans toute la province du Kwilu.

La terreur était horrible. À Mungindu, les policiers organisaient des razzias et entassaient par centaines leurs victimes ensanglantées dans la prison. La revue belge "La Relève" du 1 février écrit: " Un camion maculé de sang est arrivé de Mungindu. Le chauffeur a raconté qu'il a dû emporter 87 cadavres pour les faire enterrer. Ils ont péri asphyxiés, parce qu'ils étaient entassés à 124 dans un local trop petit. "

L'abbé Tara, qui par la suite a rejoint le maquis, témoigne: " Les militaires incendient les cases, tuent tout être humain qu'ils voient, attrapent des chèvres, des poules. Le gros bétail sur leur passage attrape aussi des balles. " Tarra avait entendu une conversation entre soldats, qui disaient: " On a tué des policiers, mais nous devons tuer 500 civils. Un policier vaut 500 civils. Si c'était un militaire qui avait été tué, alors nous allions massacrer le village entier. "

Le premier territoire libéré

Le 22 janvier, Mulele donnait l'ordre à toutes les unités combattantes de passer à une offensive générale. Les partisans détruisaient les ponts et les bacs. Ils creusaient de larges fosses dans les routes. De cette manière, ils voulaient empêcher les déplacements militaires et obliger l'armée à se diviser en unités plus réduites.

En même temps, des équipes de 100 à 200 partisans, souvent renforcés par des villageois, s'emparaient des personnalités particulièrement détestées dans les villages et les exécutaient.

À la fin de février 1964, les partisans de Mulele exerçaient un contrôle réel sur un territoire de 300 km de long sur l'axe nord-sud et de 120 km de large sur l'axe est-ouest. Mulele avait eu trois mois pour former ses premiers cadres. Rentrés chez eux, ceux-ci ne disposaient que de deux mois pour organiser et entraîner les équipes locales et pour préparer les masses.

Le 20 janvier, le mouvement muléliste toucha le centre minier et diamantaire au Kasaï, Tshikapa. Au nord de la province du Kwilu, les mulélistes traversèrent le fleuve Kasaï en direction d'Oshwe. Ils étaient même arrivés dans la région de Coquilhatville. Le 19 février le gouvernement central annonça que plus aucune autorisation ne serait accordée pour se rendre au Kwilu.

Le maquis s'étend et la répression s'aggrave

Début octobre, il y avait déjà 940 partisans. C'était trop, il fallait se diviser en trois groupes: un groupe de 380 combattants sous la direction de Mukulubundu part vers le Nord, entre Kalanganda et Bulwem. Mulele et Bengila dirigent une section centrale de 350 hommes, à une bonne trentaine de kilomètres d'Idiofa. Le troisième groupe, commandé par Louis Kafungu s'établit d'abord près de Yassa-Lokwa, pour se déplacer ensuite vers Kilembe.

Entre temps, la répression mobutiste continue. Partout où passent ses troupes, les villages sont pillés: manioc, légumes, cochons, poules sont emportés. Le 19 décembre, Mobutu arrive à Kikwit accompagné des colonels belges Marlière et Noël. Des jeunes, soupçonnés d'être des partisans de Mulele, sont pendus. Conscient que les conditions ne sont pas mûres pour la confrontation, Mulele ne riposte pas. Il donne la priorité à la préparation politique. Fin décembre, il y a déjà plus de 5.000 partisans.

En novembre et décembre, des partisans impatients lancent des actions sporadiques contre les représentants du gouvernement anti-populaire. Des bâtiments appartenant à des Blancs sont attaqués à Kakobola, Mungindu, Yassa-Lokwa, Kanga et Kilembe.

8. La formation dans le maquis

D'abord il y avait l'entraînement physique et militaire. Ensuite, il y avait des leçons politiques, dont le premier objectif était de susciter parmi les masses la haine et le mépris du régime existant et l'amour du peuple. Un commissaire politique raconte: "Il suffit de vivre parmi les masses, de voir ce qui les tracasse, d'écouter leurs plaintes, pour trouver les thèmes et le matériel d'une leçon politique. Une fois qu'on a suscité la haine des injustices, on se met ensemble pour trouver les moyens de changer cette situation."

Mulele et Bengila expliquaient les principes de la guérilla, de l'organisation et du renseignement. La solidarité entre combattants est la pierre d'angle du mouvement: les partisans partagent leurs joies et leurs peines; les dirigeants doivent vivre de la même façon que les maquisards et donner l'exemple en tout. Les partisans doivent être dans le peuple comme le poisson dans l'eau: l'organisation puise toute sa force dans les masses populaires. Elles constituent la principale source de renseignements. Le partisan doit toujours privilégier l'action politique en expliquant les méfaits et les crimes des réactionnaires. La lutte armée en sera grandement facilitée, parce que les masses, conscientes de leur rôle, rapporteront aux partisans tous les événements dont elles sont les témoins. Le combattant tentera de nouer des relations avec le plus grand nombre possible de villageois. 

"Ils sont comme des moustiques qui nous sucent tout notre sang"

Une leçon politique de Pierre Mulele sur les classes sociales

Mulele enseignait que celui qui veut faire une politique pour les masses populaires, doit d'abord analyser les classes sociales qui existent dans la société.

Il faut toujours étudier qui possède les moyens de production et de circulation (la terre, les usines, les machines, les camions) et qui contrôle l'Etat. Les classes exploiteuses possèdent les moyens de production et possèdent l'Etat; c'est pour cette raison qu'elles peuvent exploiter les ouvriers, les paysans, les petits commerçants et les petits fonctionnaires. Pascal Mundelengolo se distinguait par sa faculté d'exposer les leçons politiques sous forme de dialogue, compréhensible pour les villageois. Voici comment il expliquait les idées de Mulele.

"Il y a maintenant chez nous trois classes de vie.

La première classe, c'est nous qui produisons, les coupeurs de fruits de palme.

Qu'est-ce que nous recevons pour nos fruits? Est-ce que nous pouvons encore acheter les pagnes pour les femmes avec notre salaire? Non, nous ne pouvons plus acheter de wax.

Quand nous vieillirons, est-ce que nous aurons une pension? Non, nous n'y avons pas droit.

La deuxième classe, ce sont les Blancs qui achètent nos fruits. Est-ce que nous savions ce que les Blancs pourraient faire avec nos produits? Personne parmi nous ne le savait. Avec nos fruits, le Blanc fabrique de l'huile de palme, du savon, des bougies, du beurre. Les coques, il les vend comme bois de chauffage. Il mélange les déchets avec le maïs pour obtenir du fourrage pour la volaille.

Tout cela, est-ce que nous le savions? Nous ne connaissions pas la vraie valeur de nos fruits de palme. C'est nous qui faisons le travail dangereux, mais nous ne recevons presque rien. Le Blanc vole nos richesses. Les impérialistes sont comme les moustiques. Vous avez travaillé et peiné toute la journée. Avec votre argent, vous mangez pour vous procurer du sang qui est nécessaire pour vivre. Alors, les moustiques viennent et ils sucent votre sang, et ils ne laissent plus une seule goutte dans votre corps. Ils deviennent très gras. Mais, dites-moi, est-ce que c'est eux qui ont travaillé?

Les richesses sont produites par nous, mais nous n'en profitons pas. Est-ce que vous êtes contents de cette situation? Non, on n'est pas contents. Les Blancs viennent et eux ils fixent les prix.

Mais pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas fixer les prix? Ah oui, quand est-ce qu'on aura ce pouvoir-là? Oui, voilà ce qu'on cherche. Nous ne voulons plus travailler comme avant.

Alors, nous faisons la connaissance d'une troisième classe. Il y a des personnes qui se mettent du côté du Blanc et qui nous disent: vous n'avez pas le droit de faire grève. Nous revendiquons une juste cause, mais eux, ils nous mettent en prison. Entre le Blanc et nous, se trouve le réactionnaire noir.

Dans un régime normal, le gouvernement doit prendre les mesures pour satisfaire les besoins du peuple. Mais nos chefs ne savent que donner des amendes, lever des impôts, arrêter et torturer. Les Blancs les paient pour ça. Le Blanc corrompt nos frères qui sont réactionnaires pour nous causer du tort. Le militaire qui a tué toute sa vie aura sa pension et retournera au village. Est-ce qu'il va continuer à exterminer ses propres parents? Non, le militaire doit aussi apprendre pourquoi ses parents luttent. Quand il aura compris, il rejoindra notre combat." 

Le capitalisme ne vivra pas éternellement

Une leçon politique
donnée par Théodore Bengila

"L'impérialisme est venu au Congo, mais il faut savoir que chez lui, il s'appelle d'abord le capitalisme. En Belgique aussi, il y a un petit nombre de personnes qui ont le pouvoir et qui commandent le gouvernement et l'armée. Ce petit nombre possède les usines du pays, les machines et les outils avec lesquels le travail peut s'effectuer. Là-bas en Belgique, la terre manque, tu ne peux pas aller labourer les champs pour avoir quelque chose à manger. Donc, si un patron ne te donne pas du travail, tu peux même mourir. Le travailleur est ainsi obligé de se vendre pour une faible somme d'argent, mais le patron l'oblige à bosser durement. De cette façon, tous les patrons ont gagné beaucoup d'argent. Tant d'argent qu'ils ne savent plus quoi en faire en Belgique ou en Europe. Ca, c'était à la fin du siècle passé. Alors, cet argent des capitalistes est venu ici au Congo et l'impérialisme a pris naissance. Ces capitalistes ont pensé qu'au Congo, il y a encore beaucoup de richesses, des palmeraies, du cuivre, du diamant. Ils viennent nous prendre par la force pour que nous coupions des noix de palme, pour que nous creusions la terre pour en sortir le cuivre. Ils nous accordent un salaire de rien du tout et ils transportent toutes nos richesses chez eux. Ainsi, ils gagnent encore plus d'argent. Puis, avec les matières premières qu'ils ont volées chez nous, ils fabriquent du savon et d'autres produits qu'ils réexportent au Congo. Avec notre petit salaire, nous sommes obligés d'acheter ces produits et les capitalistes en profitent une fois de plus. Bref, l'impérialisme, c'est un voleur qui dévalise deux peuples, les travailleurs belges et le peuple congolais.

Mais le capitalisme ne va pas vivre éternellement. Tout a un début et une fin. Maintenant que le capitalisme exploite toute la planète, c'est le monde entier qui est entré en lutte contre lui. Dans le capitalisme, il y a le petit nombre qui possède tout et qui décide de tout. Il y a des classes, des riches et des pauvres, des oppresseurs et des opprimés. Sur la terre entière, les gens qui travaillent durement vont chasser le capitalisme et le remplacer par le socialisme. Dans le socialisme, il n'y a pas de classes, tous les gens ont les mêmes chances, peuvent faire des études et devenir dirigeants. Les usines ne sont plus pour la petite minorité mais pour le peuple. Les richesses produites servent à nourrir, vêtir et éduquer tout le monde pour qu'il n'y ait plus de maîtres et d'esclaves, plus de riches et de mendiants."

(Abo, Pages 111-112)

Pas de révolution sans les femmes

Une leçon de Mulele sur le rôle des femmes

" Les femmes mettent les enfants au monde; pourquoi doivent-elles laisser la lutte aux seuls enfants et rester derrière eux? Elles souffrent avec les enfants, elles doivent lutter avec les enfants, mourir ensemble ou connaître le bonheur ensemble. Les femmes connaissent beaucoup de choses Elles ont l'habitude de bien réfléchir, elles peuvent nous donner conseil. Si les hommes agissent seuls, ils feront des bêtises. La mère de Marc Katshunga, à l'indépendance, était déjà très vieille, mais elle écoutait chaque jour les nouvelles à la radio. La femme doit s'intéresser au sort du pays. Sinon, elle ne comprendra pas pourquoi son enfant lutte, elle dira qu'il est bandit.

Les femmes sont toujours avec les enfants, elles les éduquent Si la femme ne connaît pas les misères du pays et ne sait pas comment lutter, les enfants ne l'apprendront pas non plus. Il y a des pays ou les femmes ont lutté à côté des hommes. Angela Davis est une Noire américaine qui a beaucoup lutté. Valentina Terescova a été la première femme astronaute.

En Chine, j'ai vu des femmes travailler comme ingénieur, directeur d'entreprise, pilote d'avion, j'en ai vu commander dans l'armée, conduire des chars. Avant la révolution, la femme chinoise ne pouvait pas sortir de sa maison. Dès l'enfance, on lui bandait les pieds pour qu'ils restent petits, atrophiés. Sur ses pieds déformés, la femme ne pouvait pas s'enfuir. C'est le président Mao qui a combattu tout cela. "

(Abo, Page 83-8)

9. Le Conseil National de Libération et l' agression belgo-américaine de 1964

Le 25 septembre 1963, des députés du Parlement manifestent à Léopoldville pour la libération de Gizenga, le président du PSA. Mukwidi, Yumbu, Mulundu, Masena, Tumba Mwasipu, Bocheley et Gbenye sont arrêtés. Le 19 octobre, le gouvernement déclara l'état d'exception.

Tous les pouvoirs sont à ce moment concentrés entre les mains de Kasavubu, Mobutu, Nendaka, Anany, Maboti, Kandolo et Bomboko. Le MNC-L et le PSA-Gizenga sont interdits. Un Conseil National de Libération est formé le 3 octobre 1963 sous l'impulsion de Mitudidi et de Mukwidi, qui ont commencé la révolution avec Mulele.

Une ordonnance-loi signée le 16 décembre 1963 définit dans son article 202 que "sera puni de mort quiconque, en vue de troubler l'Etat, en faisant attaque ou résistance envers la Force publique, se sera mis à la tête de bandes armées."

Après leur libération, les parlementaires lumumbistes se retirent à Brazzaville. Chassé de son siège parlementaire, Gbenye se laisse convaincre par Mukwidi, Mitudidi et Yumbu à accepter la création d'un Conseil National de Libération. Mais très vite, il y a un désaccord entre Gbenye et ceux qui suivent les conseils de Mulele. Les nationalistes radicaux ne veulent à aucun prix que Gbenye dirige le CNL, parce qu'ils le tiennent pour responsable de la capitulation à Lovanium et parce qu'il a signé l'arrestation de Gizenga.

Le programme de Libération Nationale

Le 5 février 1964, les nationalistes radicaux retirent le mandat de président provisoire à Gbenye. Bocheley devient le nouveau président du CNL.

C'est au nom de cette organisation que Léonard Mitudidi, Thomas Mukwidi et Abdoulaye Yekodia rédigent le programme du CNL, publié le 15 avril 1964. Quelques extraits.

"La solution à la crise congolaise a son fondement dans les masses populaires et exclut tout recours à un simple changement d'hommes par une mascarade électorale ou à la suite d'un coup d'Etat militaire. La solution du problème congolais implique un changement complet et radical des formes d'organisation économique et des options politiques de notre pays. ... Aucune solution viable ne peut voir le jour à la suite d'élections ou d'un référendum dans le cadre politique actuel caractérisé par le fascisme, la soumission aux USA, l'abus des pouvoirs, la fraude. ... Le CNL préconise toutes les formes de lutte susceptible de renforcer l'action révolutionnaire armée: protestations, manifestations, agitation, comités de solidarité avec les combattants. ... Le gouvernement révolutionnaire adoptera une orientation économique inspirée d'une connaissance scientifique des lois sociales: l'expérience socialiste, adaptée aux conditions de notre pays, est la voie sûre de développement pour nos masses laborieuses."

Les troupes mobutistes chassées de deux tiers du territoire national

À l'exemple de l'insurrection du Kwilu-Kwango, tout l'Est du Congo s'enflamma à partir d'avril 1964. Toutes les masses, à l'Est du Congo, étaient lumumbistes. Elles étaient inspirées par l'insurrection que Mulele avait déclenchée à l'Ouest, fin 1963.

Les révolutionnaires à l'Est n'avaient jamais vu Mulele, mais ils allaient au combat sous le cri: "Mulele maï!". Le général Olenga déclara: "Le Lumumbisme est une doctrine, tandis que le Mulelisme est une force. Les deux éléments conjugués donnent une arme invincible pour délivrer le peuple congolais de la servitude des impérialistes."

En août, les troupes mobutistes sont déjà chassées de deux tiers du territoire national. Les troupes de Mobutu étaient en pleine débandade. Seul Tshombe disposait encore d'une force combattante redoutable: 10.000 mercenaires katangais gardés en réserve à l'ombre des fascistes portugais en Angola.

Tshombe, premier ministre à Kinshasa

Tshombe est le principal responsable de la mort de Lumumba. Il était une marionnette que les Belges ont utilisée pour créer le soi-disant: "Etat Indépendant du Katanga".

L'impérialisme belge et américain se sont mis d'accord pour placer Tshombe au poste de premier ministre à Kinshasa. Tshombe reçoit ses ordres à Bruxelles, où il rencontre, le 24 juin 1964, Spaak et l'ambassadeur américain Douglas Mc Arthur. Le 10 juillet, Tshombe prête serment "aux lois du Congo et au chef de l'Etat" entre les mains de Kasavubu.

Thsombe, Kasavubu et Mobutu organisent une véritable terreur contre les masses insurgées. Mais ils ne peuvent pas contenir la volonté de libération des masses populaires, inspirées par Mulele. Alors ils demandent aux gouvernements belge et américain d'intervenir militairement pour écraser la révolution.

À partir du 14 septembre 1960 jusqu'au 24 novembre 1965, le Congo a été dirigé essentiellement par Kasavubu, Mobutu et Tshombe. Ces trois personnages ont été les principaux instruments du néocolonialisme dans sa lutte contre les nationalistes. Il est faux de prétendre que "la démocratie" existait au Congo jusqu'au coup d'Etat de Mobutu en 1965.

C'est lélimination de Lumumba le 14 septembre 60 qui a marqué le début de la dictature néocoloniale exercée contre les masses lumumbistes.

La contre-offensive pour écraser l'insurrection muleliste

Le colonel Vandewalle, l'attaché militaire de l'Ambassade belge à Kinshasa, envoie, le 3 septembre 64, une note à Spaak. Il constate que Mobutu n'a plus d'armée. "Il faut considérer que sauf quelques détachements, l'ANC actuelle est, soit mutinée, soit passée à la rébellion, soit accrochée dans des camps, loin du front, d'où elle refuse de sortir. Les autorités congolaises, notamment Tshombe et Mobutu, sont d'accord pour déclarer qu'elle doit être remplacée."

La Belgique dépêche 390 officiers et techniciens au Congo, auxquels elle ajoute 320 paras lors de l'opération Dragon Rouge du 24 novembre 1964. En mars 1965, Mobutu a à son service 637 mercenaires blancs.

Début novembre 64, le colonel Vandewalle dit à ses hommes: "La liquidation du gouvernement révolutionnaire s'impose au plus tôt."

À l'Est du Congo, les forces nationalistes sont écrasées lors de l'Opération Ommegang exécutée par la colonne Vandewalle. Ce corps compte 65 officiers belges, 390 mercenaires blancs, 65 officiers katangais et 4.200 soldats noirs, essentiellement des mercenaires katangais venus de l'Angola.

Vandewalle ne cache pas qu'il revit les journées de grandeur coloniale. "Tous les membres de l'État-major de la 5ième Brigade mécanisée (colonne Vandewalle) avaient servi à la Force publique. Ce fut la dernière fois qu'un groupe d'officiers des anciennes troupes coloniales belges, conduisit des opérations en Afrique centrale." 

Le général sans soldats Joseph-Désiré Mobutu a signé personnellement l'ordre de recruter 1.000 mercenaires. Il déclara : " Au départ et en principe, je n'étais pas très chaud pour engager des mercenaires. Et puis, la situation militaire est devenue telle que j'ai dû engager moi-même des mercenaires pour combattre la rébellion. Mais il n'y en a jamais eu plus de mille. Ce sont des hommes valables qui aident réellement les populations de l'intérieur. Cela me peine qu'on les traite comme des mercenaires à chasser. On ne les chassera pas. Je sais qu'ils viennent ici pour gagner de l'argent, mais beaucoup d'entre eux travaillent avec un grand idéal. Blancs et Noirs, tous sont officiers et exercent effectivement leur commandement. C'est indispensable. Et les soldats sortis de Kitona sont maintenant sans complexes : ils trouvent tout normal d'être commandés par des officiers blancs et noirs. Ici au quartier général, les officiers belges exercent des responsabilités réelles, comme s'ils se trouvaient dans l'armée belge. "

10. L'organisation est la clé de la victoire

L'organisation créée par Mulele en 1963 constitue un progrès essentiel par rapport aux partis nationalistes des années '59-'60. Chacun avait sa responsabilité dans le maquis

La lutte pour l'indépendance a été une explosion spontanée après 80 années d'oppression coloniale. Toute la masse s'est lèvée pour soutenir les "évolués" qui lui promettent la liberté et le bien-être. Mais le peuple n'avait pas encore une compréhension de l'histoire et une connaissance des forces qui exploitent le Congo. Le peuple ne participait pas de façon organisée et disciplinée à la lutte.

Mulele a dirigé, aux côtés de Lumumba, cette lutte et il en senti les limites. À l'étranger, et surtout en Chine, il a étudié l'expérience des révolutions populaires victorieuses et il a étudié le marxisme-léninisme qui résume l'expérience révolutionnaire de tous les peuples opprimés.

Mulele est revenu au Congo avec une approche toute nouvelle du combat pour la libération.

Retourné au Kwilu, Pierre Mulele réussit à organiser chaque villageois et à le faire participer consciemment à la lutte. Il met sur pied une double structure d'encadrement. Le comité de village dirige les affaires des villageois. L'équipe de partisans est responsable de la lutte armée contre l'ennemi.

Cette double structure permet une politisation profonde des masses et une participation active à toutes les tâches de la révolution.

L'organisation muleliste est constituée de quatre niveaux: la Direction générale, les commandants de zone, les sous-directions et les équipes de partisans et les comités de villages.

Un noyau de cadres supérieurs dirige l'ensemble du mouvement. Ils sont groupés autour du commandant en chef Mulele àla Direction générale. Mulele et Théodore Bengila supervisent tout le travail politique et militaire.

Laurentin Ngolo, Pascal Mundelengo et Godelieve Madinga parmi sont les principaux collaborateurs de Mulele et Bengila dans le domaine politique.

Théotime Ntsolo et Ngwensungu donnent la formation militaire aux meilleurs combattants regroupés dans le bataillon de l'état-major. Louis Kafungu dirige l'état-major général.

L'organisation des structures de la direction

Au premier niveau de la Direction générale, plusieurs bureaux assument des tâches précises.

Le bureau d'études et de documentation élabore les textes qui servent de base aux leçons politiques.

Le bureau d'information et de presse présente chaque jour à Mulele, Bengila et Ngolo un résumé de toutes les informations. Les rédacteurs écoutent les émissions de Pékin, de Cuba, de Moscou, de Bruxelles, Paris et Londres. Ils assurent la publication de La voix de la révolution.

Le bureau de politique intérieure forme les instituteurs et les autres intellectuels à leur responsabilité de commissaires politiques.

Il y a un tribunal, un département de santé et un dépôt central où l'on enregistre et garde le matériel confisqué à l'ennemi ainsi que les biens offerts par les masses populaires.

Le bureau technique est consacré à la fabrication des pupus, des fusils de chasse et des explosifs. En plus il y a une prison, un bivouac où six à sept prisonniers résident et reçoivent des leçons politiques. Il existe également un important service de garde qui doit signaler la présence éventuelle de militaires dans un rayon de 10 à 20 km du camp. À une certaine période, l'abbé Tarra dirige la sécurité du camp.

Dans la cuisine collective, on prépare la nourriture pour les deux mille personnes qui vivent à la direction générale.

Le deuxième niveau de la structure est formé par les commandants de zone. Le territoire libéré compte sept zones. Chaque zone est dirigée par un commandant qui a son bureau à la Direction générale. Là, les commandants disposent d'un petit noyau de collaborateurs. Ils se rendent régulièrement dans leur zone pour y conduire ou superviser les opérations. Ils consultent Mulele, Bengila et Kafungu pour toutes les affaires importantes.

Les tâches des équipes et des comités villageois

Les équipes de partisans représentent le noyau de base du maquis muléliste. Une équipe compte en moyenne 53 combattants et il y eu au total entre 90.000 et 100.000 personnes organisées dans les équipes. Entre 20 et 35% étaient de jeunes filles. Chaque Equipe est dirigée par un commissaire politique et un commissaire militaire. Le commissaire militaire est en général élu à cette fonction par les partisans. À l'intérieur de chaque équipe, il y a une division des tâches: l'information, le renseignement, l'intendance; la santé, le service de garde, etc...

Les comités comptent trois responsables principaux : le chef du comité, le responsable militaire et le responsable de l'agriculture. De nombreux liens existent entre l'équipe et le comité de village. L'équipe est le noyau armé du village qui défend les villageois contre les militaires réactionnaires.

Le troisième niveau est la sous-direction. Elle tient le milieu entre l'équipe de village et la Direction générale. L'équipe la plus vaillante d'une région, qui dispose des meilleurs cadres formés à la Direction générale, se voit parfois chargée des fonctions de sous-direction. Elle coordonne et dirige la lutte d'une dizaine de villages et elle est aidée et supervisée par le Commandant de Zone.

Dieudonné Ndabala, élu commissaire politique de la sous-direction Ibubu explique: "Les dirigeants de la sous-direction sont choisis par cinq cents délégués de toutes les équipes de la région de Ngosos. Plusieurs candidats, jugés par les partisans comme étant les plus courageux et les plus aptes à diriger, sont proposés aux différents postes de responsabilité."

11. Mulele dans le maquis: éducateur et organisateur

Un instituteur qui arrive à la Direction, passe devant la cuisine. On lui dit : " Celui-là, c'est Mulele ". On lui montre un homme en train de travailler dans la cuisine comme tout le monde. D'abord, il ne croit pas que c'est lui, le chef de la révolution. Plus tard, il comprend que Mulele donne ainsi une leçon : les dirigeants doivent vivre et travailler avec les masses. Le responsable de la justice au maquis déclare : " Les partisans mangent d'abord, ensuite les dirigeants. Mulele mange toujours le dernier, après s'être assuré que tout le monde a mangé ". Ce détail montre que Mulele était l'opposé de Mobutu. Mobutu a 'mangé' et dévoré tout le Congo, laissant les enfants du pays affamés.

Un enseignant qui a vécu longtemps à la Direction générale raconte: "Pierre Mulele était villageois parmi les villageois. Il s'asseyait par terre, entouré de paysans et de coupeurs. Il était un des plus grands intellectuels de notre pays, mais il restait un homme de la masse. D'autres se vantaient qu'ils avaient fait des grandes études, voyagé en Europe. Lui, tout ce qu'il avait appris à l'étranger, il voulait le partager avec la masse."

Mulele sur l'armée du peuple : Les huit commandements

"La faiblesse de l'armée réactionnaire réside dans le fait qu'elle opprime la masse et qu'elle brime le soldat. À l'inverse, la clé de notre victoire se trouve dans l'organisation et l'éducation de la masse et dans la politisation du soldat.

Les dirigeants et les combattants poursuivent le même but qui consiste à servir les masses populaires. Pour cette raison, dans l'armée révolutionnaire, officiers et soldats sont politiquement égaux. Les officiers doivent vivre et lutter aux côtés de leurs hommes et se soucier d'eux.

Pour faire face à l'ennemi, l'armée révolutionnaire doit s'appuyer sur une discipline à toute épreuve. Il faut observer rigoureusement les règlements et obéir strictement aux ordres des supérieurs. la méthode fondamentale pour instaurer cette discipline de fer est l'éducation idéologique et politique."

Voici les huit commandements des partisans notés lors d'une leçon.

"1. Donnez le respect à tous les hommes, même les hommes vilains.

2. Achetez les objects des villageois en toute honnêteté et sans vol.

3. Remettez à temps les objets empruntés et sans faire de problèmes.

4. Payez les objets que vous avez détruits et faites-le de bon coeur.

5. Ne frappez pas et n'injuriez pas d'autres personnes.

6. Ne détruisez pas et ne piétinez pas, ne marchez as sur les champs des villageois.

7. Respectez les femmes et ne vous amusez pas avec elles comme vous le voulez.

8. Ne faites pas souffrir ceux que vous arrêtez pendant les combats, ne confisquez pas leurs biens personnels, par exemple anneaux, argent, montres."

Mulele sur l'unité congolaise et africaine :"Pas de place pour le tribalisme"

"Le Congo est pour nous tous, enfants du Congo. Quand les Belges ont envoyé leur armée, en 1931, ravager le Kwilu, est-ce que leurs balles cherchaient seulement une race? Non, des Bambala, des Bapende, des Bakwese, des Bambunda ont été tués. Des Bapende en fuite devant cette terreur sont arrivés dans notre village. Nos ancêtres leur ont donné de la terre. Les Bapende avaient beaucoup d'huile de palme que nous ne savions pas bien produire; ils avaient aussi des légumes, qu'on appelle élin, en abondance. Nous, en échange, nous leur donnions du millet et du maïs. Dans la révolution, il n'y a pas de place pour le régionalisme, le sectarisme ou le tribalisme. Nous, les partisans, devons montrer l'exemple. Et la population prendra exemple sur nous.

"Je n'ai jamais dit de faire la révolution avec une seule race, commence Mulele. La révolution est pour tout le monde. Mulele avec les Bambunda, Kandaka avec les Bapende, quelle sorte de révolution pourrait-on faire de cette manière? Je sais que Kandaka ne durera pas longtemps. Maintenant que je suis arrivé dans la région, il pourra peut-etre laisser tomber cette affaire et revenir à la direction.

"Vous, les vieux, vous connaissez les événements de chez nous avant l'indépendance. Kasavubu a d'abord envoyé ses hommes à Brazzaville, pour s'entendre avec Youlou, un abbé, afin de créer ensemble une république pour les Bacongo.

"Un an plus tard, Kasavubu a proposé à Gizenga, à Kama et à moi, de proclamer l'indépendance d'une République du Congo Central ne regroupant que le Bas-Congo et le Kwango. Les enfants du Congo allaient se diviser pour se battre entre eux, au grand profit des Belges. Mais nous avons créé le Parti Solidaire Africain pour affirmer que nous sommes Africains et que nous ne voulons pas diviser les différentes races." (Abo, pages 152-153)

Mulele sur la persévérance et la fidélité : "Une calebasse qui a contenu du poivre"

"Maintenant, nous sommes traqués par l'ennemi et certains sont découragés et fatigués. Le proverbe dit: "Dans une calebasse qui a contenu du poivre, il reste toujours son odeur." Moi, j'ai amené l'esprit de la révolution et je l'ai mis dans une calebasse; même si elle se vide, même si elle se casse, les idées de la révolution resteront toujours. Certains sont déjà fatigués, même si notre lutte ne dure que depuis deux ans. Ne pensez pas que vous aurez la vie plus tranquille en vous réfugiant auprès de l'armée. Partout où le gouvernement réactionnaire imposera sa volonté, vous souffrirez doublement. La souffrance s'aggravera aussi longtemps que durera ce gouvernement vendu aux étrangers." (Abo, page169)

Mulele sur le coup d'Etat de 1965 : "Mobutu est le chien de l'impérialisme"

"Mobutu, qui est-il? Quand il était avec Lumumba, c'est l'impérialisme qui se trouvait derrière lui. Il nous a toujours combattus, il continuera à nous faire la guerre. Tu entres dans la forêt avec ton chien pour chasser les animaux. Le chien amène le gibier. Mais est-ce que le chien va te diriger? Mobutu est un surveillant de l'impérialisme. Il veille sur toutes les richesses dont disposent les étrangers blancs. Mobutu n'est toujours que le chien de l'impérialisme et le chien ne commande pas au maître. Il travaille comme un capita sous les ordres du Blanc."

(Abo, page 175)

Mulele sur le combat anti-impérialiste: "La lutte réformiste et la lutte révolutionnaire"

"Il y a longtemps, des étrangers sont venus dans notre pays pour nous dire que désormais ils dirigeraient le Congo. Ils ont fait les lois et organisé une armée pour les faire respecter. Au tout début, ils ont fait la chasse à l'homme et ils ont vendu les Noirs comme esclaves. Il y a eu beaucoup de morts.

Après, ils nous ont obligés à leur apporter de l'ivoire et du caoutchouc naturel. Nous avons refusé et il y a eu encore plus de tués. Ensuite, ils ont pris nos palmeraies et les richesses de notre sous-sol et ils ont instauré le travail forcé.

Chaque fois que les Noirs ont refusé, ils ont envoyé l'armée pour commettre des massacres. Nos parents ont payé beaucoup d'impôts pour entretenir le gouvernement et l'armée des Belges. Ils ont effectué des travaux forcés pour enrichir les compagnies étrangères.

Quand la souffrance est devenue insupportable, Lumumba nous a dirigés pour obtenir l'indépendance. Il voulait que les enfants du Congo gouvernent le pays, que les lois soient faites pour les Noirs qui ont souffert et que l'armée protège les villageois et les travailleurs

Mais après l'indépendance, les compagnies étrangères, les impérialistes ont encore envoyé leur armée pour nous faire la guerre. Ils ont corrompu une partie de nos frères, ceux qui étaient depuis toujours les amis des Blancs, pour être leurs auxiliaires.

Aujourd'hui, le Congo est toujours aux mains des capitalistes étrangers qui font exécuter leurs basses besognes par leurs boys, les réactionnaires noirs du gouvernement et de l'armée. Les lois sont faites pour que les grands capitalistes étrangers puissent continuer à voler nos richesses et à opprimer la grande masse du peuple.

L'armée est composée de Noirs qui travaillent pour les étrangers et qui sont formés et dirigés par eux. Il y a donc une lutte perpétuelle entre l'impérialisme qui s'appuie sur la réaction noire et la masse du peuple qui veut se libérer de la domination et de l'exploitation étrangères.

Mais il y a deux sortes de luttes, la lutte réformiste et la lutte révolutionnaire. Les réformistes croient qu'il faut seulement lutter pour changer certaines choses dans l'ordre actuel. Ils ne veulent pas détruire cet ordre imposé par les impérialistes. Ils font des propositions au parlement, écrivent contre le gouvernement dans des journaux, organisent des grèves

Ils peuvent obtenir de petits succès mais ceux-ci ne durent pas. Puisque les impérialistes restent les maîtres, ils peuvent à tout moment reprendre ce qu'ils ont accordé. Les réformistes ne connaissent pas la vraie nature de l'impérialisme et des hommes à son service.

L'impérialisme est une sangsue qui vide le Congo de son sang. L'impérialisme ne peut pas être amélioré. Il doit être chassé L'impérialisme est venu il y a cinq siècles avec sa violence et ses fusils. Il faut une lutte violente pour le chasser.

Pour qu'il y ait lutte révolutionnaire, il faut que les masses populaires participent et qu'elles utilisent tous les moyens, y compris les fusils, pour en finir avec la réaction et l'impérialisme

Pour qu'une lutte aussi importante puisse réussir, les masses doivent être organisées et unies dans un parti révolutionnaire qui a des idées progressistes et socialistes.

Ce parti doit accorder de l'importance aux syndicats, aux journaux, aux grèves, aux manifestations, mais la forme principale de lutte est la lutte armée. Toute la masse populaire doit aider à mener cette lutte armée pour nous libérer de l'impérialisme et de la réaction noire. Alors les lois seront faites pour les masses populaires et l'armée sera là pour les protéger."

(Abo, pages 134-136)

12. Avancée, défaite et ses causes

Pendant huit mois, entre début avril et fin novembre 1964, la révolution muleliste se développe victorieusement.

À Idiofa, Nkara, Kilembe, Gungu et Kikwit, les partisans lancent des opérations pour chasser l'armée de Mobutu. Ensuite, ils mènent des offensives d'envergure contre les points d'appui stratégiques de l'ANC.

En juin 1964, le colonel Eugène Ebeya, chef d'état-major de l'ANC, est tué dans une embuscade sur la route Kikwit-Gungu.

La plus grande bataille que les mulelistes ont livrée se déroule le 30 juin à Kimpata Eku. Mulele ordonne à toutes les équipes d'envoyer des combattants pour cette bataille. Plusieurs milliers de partisans se réunissent pour ce combat. Les habitants des villages environnants doivent apporter à manger aux militaires mobutistes. Les partisans reçoivent des villageois tous les renseignements nécessaires pour préparer l'attaque. C'est une importante victoire, l'armée prend la fuite, plusieurs soldats sont tués.

Le mois suivant, en juillet, une opération du même genre contre la ville de Kikwit échoue. Les équipes mobilisées pour cette attaque ne sont pas bien préparées. Elles s'installent près de la ville pour se reposer et manger avant l'attaque. Mais le bruit causé par plusieurs centaines de combattants avertit les militaires. Ceux-ci attaquent et chassent les partisans.

De décembre 1964 jusqu'en février 1965, les troupes mobutistes réussissent à s'implanter sérieusement dans plusieurs points stratégiques de la zone libérée. Les partisans sont poussés dans la défensive: ils tendent des embuscades aux groupes de l'ANC. Mais ces soldats se risquent toujours plus nombreux dans la zone libérée. Vers la fin du mois de février 1965, les militaires peuvent entraver le contact régulier entre la Direction de Mulele et les différentes équipes des partisans.

L'individualisme et le tribalisme, deux ennemis dangereux de la révolution

Dès le mois de mars 1965, une lutte interne divise et affaiblit le mouvement. Pierre Damien Kandaka, commandant de la zone du sud, est un combattant nationaliste courageux. Mais il ne respecte pas la règle de remettre toutes les armes et autres biens pris à l'ennemi. En août 1964, des dépôts clandestins se constituent. Kafungu juge Kandaka et le condamne à quelques semaines de prison. Kandaka gardera de cette sanction une grande rancune.

En septembre 1964, dans la bataille de Kikwit, Kandaka se montre très courageux. Il prend beaucoup de risques et un grand nombre de ses hommes tombent. Revenu à la Direction, il exige que Kafungu, qu'il accuse d'avoir mal dirigé le combat, soit jugé. Excitant les sentiments tribalistes, il déclare à ses hommes: "Ce sont toujours les Bapende qui se font tuer au combat. Nous ne reviendrons plus ici à la Direction où les Bampunda commandent. Nous ferons notre propre révolution." Les services de guerre psychologique de Mobutu lancent des tracts à partir d'avions. Ces tracts appellent "les Bapende" à ne pas se soumettre "aux Bampunda"!

Début décembre 1964, Mulele envoie une expédition de 120 partisans, commandée par Lievin Mitu, pour arrêter Kandaka. La nuit, ils sont attaqués par des combattants de Kandaka et perdent vingt hommes. Cette tuerie marque la rupture totale.

D'âpres combats se déroulent entre les partisans de Kandaka et ceux de Mulele. Les masses comprennent que Kandaka les a trompées et lui disent: "Mulele n'est pas venu avec une telle révolution." Kandaka écrit alors une lettre à Mulele pour demander la réconciliation. Mais peu après, Kandaka tombe lors d'un affrontement. À la mi-juin, l'attention de la Direction générale est toujours entièrement concentrée sur la lutte contre les partisans de Kandaka.

L'attaque décisive de l'armée mobutiste

Le 19 juin, à 16 heures, l'ANC surprend les hommes de Mulele et prend le camp de la Direction générale situé devant Kifuza. Une répression brutale règne alors dans la région. Un témoin raconte: "À Mukedi, les militaires fauchent avec des mitraillettes les gens qui sortent de la forêt. Ma petite soeur a vu une rangée de plus de dix personnes, supposées être des

partisans: les militaires les ont achevées une par une en leur défonçant le crâne avec des bâtons. Ils ont brûlé la brousse aux environs de Mukedi et on voyait partout des cadavres d'hommes et de femmes sommairement abattus par les militaires."

En 1966, Daniel Monguya est le vice-gouverneur de Bandundu. Il déclare: "Au camp militaire règne le colonel Monzimba, un homme sanguinaire qui appelle ce camp 'la boucherie nationale de Kikwit'. On y coupe les mains et les bras à un grand nombre de rebelles. Les autorités n'ont aucun recours contre ces militaires qui se comportent comme de vrais chacals. On enterre les gens vivants. Trois mille personnes y ont été tuées."

En mars 1966, trois cents combattants sont toujours regroupés autour de Mulele. Il faudra vingt mois, jusqu'en novembre 1967, pour que l'ANC, dotée d'une suprématie écrasante en armes, arrive à disperser ce noyau central. Seule la volonté farouche des villageois de protéger l'avenir de la révolution, explique que ce faible noyau ait pu tenir tête à l'armée mobutiste pendant une période aussi longue.

C’est ainsi que le 12 septembre 1968, en compagnie de Léonie Abo et de Joseph Makindua, Pierre Mulele embarque dans une petite pirogue pour Brazzaville. Arrivés dans la petite capitale congolaise le 13 septembre, Mulele et ses compagnons sont immédiatement placés en résidence surveillée au « Camp de la milice ».

À plusieurs reprises, le chef maquisard va s’entretenir avec de nombreux officiels de Brazzaville. Le 27 septembre, il est enfin autorisé à rencontrer ses compatriotes, des camarades lumumbistes résidant à Brazzaville. Mais les autorités du Congo-Brazzaville [NDLR : à l'époque le Congo-Brazzaville était dirigé par une junte de jeunes officiers pro-soviétiques... dont un certain Sassou Nguesso, devenu par la suite un pilier zélé de la Françafrique] déjà en pourparlers avec leurs collègues de Kinshasa intiment pratiquement à Pierre Mulele l’ordre de rejoindre la rive gauche du fleuve pour prendre part au processus de réconciliation nationale dans le cadre de l’amnistie générale proclamée par le président Mobutu. Selon plusieurs témoignages, de nombreux cadres lumumbistes exilés à Brazzaville vont essayer, en vain, de convaincre les autorités de ce pays de ne pas tomber dans le piège que leur tendait Mobutu.

Le 28 septembre, Justin Marie Bomboko, le ministre des Affaires étrangères de Mobutu signe avec son collègue de Brazzaville un accord secret qui garantit la sécurité de Pierre Mulele et de ses compagnons. À la sortie de l’audience que lui accorde le président Marien Ngouabi, le ministre Bomboko déclare : «L’amnistie générale décrétée à Kinshasa par le général Mobutu, est valable pour tous. Nous accueillons donc M. Mulele en frère. Il travaillera avec nous pour la libération totale de notre pays».

Le retour à Kinshasa

Le 29 septembre à 11 heures, Justin Marie Bomboko offre une somptueuse réception sur le yacht présidentiel que Mobutu a mis à sa disposition pour ramener au pays Pierre Mulele. Le tout Brazzaville et le héros du jour, Pierre Mulele, y participent. En début d’après-midi, l’imposant yacht met le cap sur Kinshasa. À son bord Pierre Mulele, Léonie Abo, Joseph Makinda, et deux autres compagnons, Théodore Kabamba et Zénon Mibamba.

Pierre Mulele et sa femme, hôtes de Justin Marie Bomboko, passeront la nuit dans la résidence officielle du ministre des Affaires étrangères. Les trois jours suivants, Pierre Mulele recevra dans cette résidence des dizaines d’amis venus le saluer. La seule formalité qu’ils ont à accomplir est de faire enregistrer leur nom auprès des soldats commis à la garde.

Un des visiteurs, Germain Mwefu, un ami d’enfance, fait à Mulele cette confidence : «À l’extérieur, nous entendons des rumeurs disant que l’on va te tuer. La situation est grave, il faut que tu prennes la fuite.» Ce qui lui vaut cette réponse énigmatique de Pierre Mulele: «Je ne suis pas allé à Brazzaville pour arriver à Kinshasa. Il y a eu un changement là-bas et cela m’a amené ici. Il y a trois choses: la naissance, la vie et la mort. J’ai fait tout ce que je pouvais, j’ai semé les bonnes graines, elles ne sont pas tombées sur les rochers mais dans la bonne terre. J’attends maintenant mon dernier jour.»

Le 2 octobre, soit le quatrième jour de son retour à Kinshasa, vers 17 heures, Pierre Mulele, sa compagne Abo, une de ses soeurs Thérèse et son camarade Zénon Mibamba prennent place à bord d’un véhicule mis à leur disposition par le ministre Bomboko. Après avoir traversé le boulevard du 30 juin, le chauffeur qui a reçu des ordres, emprunte l’avenue du 24 Novembre et les conduit enfin au camp militaire Lieutenant colonel Kokolo où les a déjà précédé Théodore Bengila. Ce dernier apercevant Mulele lui lance : «Vous aussi, vous êtes venus pour qu’ils nous tuent tous ensemble?

Toutes les personnes qui étaient venues cet après-midi là rendre visite à Pierre Mulele dans la résidence de Bomboko, sont également amenées au camp militaire. Parmi elles la mère de Mulele, Mama Agnes Luam et Annie, la fille de Bengila. Toutes ces personnes seront tenues au secret pendant trois mois au camp Kokolo, sans savoir ce qu’il sera advenu de Pierre Mulele.

Pierre Mulele et Théodore Bengila sont immédiatement séparés de leurs compagnons et enfermés dans un petit local.

Un assassinat barbare

Pierre Mulele et Théodore Bengila vont être assassinés au cours de cette nuit du 2 octobre 1968. La cruauté et la bestialité avec lesquelles Mulele et son compagnon d’infortune vont être mis à mort couvriront à jamais d’ignominie et de honte le régime qui a ordonné une telle sauvagerie. Avant de mourir, Pierre Mulele connaîtra des souffrances extrêmes. Alors qu’il est toujours vivant, les bourreaux lui arrachent les oreilles, lui coupent le nez, retirent ses yeux de leurs orbites. Ils lui arrachent ensuite les organes génitaux. Alors qu’il est toujours vivant, ils lui amputent les bras et les jambes. Les restes de son corps seront ensuite jetés dans un sac et immergés dans le fleuve. Théodore Bengila a subi le même sort. Ce meurtre illustre toute la cruauté et toute la bestialité du néo-colonialisme qui, depuis 1960, a ravagé et détruit le Congo. Le devoir de mémoire nous impose de revisiter ces témoignages insoutenables et d’évoquer l’horreur et la barbarie de la mise à mort de Pierre Mulele.

Le président Mobutu prétendra quelques années plus tard, que la mise à mort de Pierre Mulele avait été l’initiative d’un petit groupe d’officiers indisciplinés qui voulaient venger leurs camarades tombés dans les combats contre les maquisards au Bandundu. Ce qui est une flagrante contrevérité, car Pierre Mulele a été assassiné le jour même où le général Mobutu qui était à l’étranger, est rentré à Kinshasa.

À juste titre, le livre du belge Ludo Martens « Pierre Mulele ou la seconde vie de Patrice Lumumba », publié en 1985, se termine sur ces phrases: «Lumumba et Mulele assassinés, on n’a jamais retrouvé leurs corps. Mais rien ne pourra empêcher les révolutionnaires du Congo-Kinshasa de retrouver la pensée de Lumumba et de Mulele. Le jour où l’avant-garde des forces nationalistes aura assimilé cette pensée, un nouvel espoir naîtra dans le coeur des millions d’opprimés, rendus muets depuis vingt ans. (...) Dans cet immense cimetière qu’est devenu le Congo mobutiste, la vie rejaillira immanquablement et avec impétuosité sous le drapeau des deux héros nationaux qui font à jamais la fierté du peuple congolais: Patrice Lumumba et Pierre Mulele.»

Tel fils, Telle mère

Dix ans après l’assassinat de Pierre Mulele, Mobutu juge nécessaire d’exécuter sa vieille mère, Agnès Luam. En janvier 1978, dans la région de Lukamba, un prophète du nom de Martin Kasongo Mimpiepe prétend être Mulele ressuscité. L’armée, qui fait la chasse aux nouveaux mulelistes qui se sont réfugiés dans la forêt massacre quelque deux mille paysans de la région d’Idiofa. Tous les membres du clan et toute la parenté lointaine ou proche de Mulele sont particulièrement traqués. C’est ainsi que Mama Agnès Luam, la mère de Pierre Mulele, est arrêtée et exécutée devant les villageois de Lukamba.Dans un texte rédigé par des témoins le 28 avril 1978, on lit: «Les militaires lièrent la maman avec des cordes en formant une croix ». Avant qu’elle ne soit fusillée, elle interpella les soldats en ces termes: « Vos mamans vous ont mis au monde; est-ce qu’elles savaient que vous deviendriez des militaires? ». Les soldats tireront à plusieurs reprises sur elle avant que leurs balles ne l’atteignent. Ils couperont ensuite, avec des poignards, son corps en plusieurs morceaux qu’ils enterreront en différents endroits.

Au coeur de Kinshasa, l'avenue Pierre Mulele

Le matin du 8 février 2002, le gouverneur de la ville, le professeur Loka Ne Kongo, signe l’arrêté suivant : «Considérant le combat historique mené par Pierre Mulele dans la lutte de libération de la République démocratique du Congo, considérant le martyre subi par ce combattant de la révolution pour la sauvegarde de l’indépendance et de la souveraineté, considérant le devoir de l’immortaliser dans l’histoire de la ville de Kinshasa, le gouverneur arrête: Article Un, - l’Avenue de la Libération est rebaptisée Avenue Pierre Mulele.»

C’est un événement de taille, comme l’affirme le général major Faustin Munene, neveu de Pierre Mulele: «C est une très grande, une très belle journée!». Ce 8 février 2002, une cérémonie émouvante a lieu au centre de Kinshasa. L’avenue qui, en 1968, a conduit Pierre Mulele à la mort au Camp Kokolo a été rebaptisée du nom du martyr. Le ministre Abdoulaye Yerodia, qui préside la cérémonie commence son discours par des mots très simples: «J’ai hâte de dévoiler cette plaque de l’Avenue Pierre Mulele». La voix brisée par l’émotion, il poursuit «Il n’y a pas beaucoup de gens à qui ça fait quelque chose d’entendre le nom de Pierre Mulele. Ce qui n’est pas le cas pour nous qui l’avons suivi dans sa lutte… ».

En effet, le choix de cette rue n’est pas un fait de hasard. Cette avenue de la Libération, qui va porter désormais le nom du chef du maquis du Bandundu s’est appelée autrefois «avenue des Victimes de la Rébellion» et ensuite «avenue du 24 Novembre», jour du coup d’Etat de Mobutu en 1965. C’est bien une revanche qu’elle devienne aujourd’hui l’«avenue Pierre Mulele». Car, comme le rappelle Abdoulaye Yerodia, «Pierre n’a pas de tombe. Sa tombe, ce sont les flots du fleuve, les flots multipliés par le nombre de morceaux de son corps puisque Mulele, vivant, fut découpé en tranches, taillé en pièces dans un endroit qui est toujours là, sur cette avenue qui porte maintenant son nom ».

Adapté des articles de Rich Ngapi (Le Potentiel)

 

L'assassinat barbare de Pierre Mulele est à la hauteur de la barbarie de l'impérialisme et de ses séides, en Afrique et ailleurs, hier comme aujourd'hui : les Mobutu, Compaoré, Biya, Bozizé et Déby ; les Sassou-Nguesso, Conté et Obiang Nguema ; les Taylor et Habyarimana ; les Tchang Kai-chek, Suharto, Chun Doo-hwan et Ferdinand Marcos ; les Pinochet, Videla et Somoza ; les Garcia, Uribe et Micheletti.

Mais ne sentez-vous pas un vent nouveau souffler ?

C'est la tempête de la Guerre Révolutionnaire des Peuples qui se lève, des Andes au Bengale, de Mindanao aux forêts de l'Afrique, et qui balayera la barbarie impérialiste de la surface de la Terre !

Les masses sont la lumière même du Monde !

Commençons à abattre les vieux murs, et à déployer l'Aurore !

zone tempêtes

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Histoire
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commentaires

k. 25/04/2013 23:05

Merci pour ce très très touchant témoignage du martyre de Mulele.
Mulele ne méritait pas un tel traitement .Que personne au monde n'oublie ce grand homme !Il n'y a pas de mot pour exprimer ce qu'il a enduré avant de mourir .Le colonialisme est condamnable .Mulele
que la paix soit avec vous!

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Comité de Construction du PCR des Terres d'Òc : Déclaration du 11 Novembre

La phrase du moment :

"La tyrannie cessera parmi mon peuple ; il n'y aura que liberté, liberté toute nue, sans déguisement. Bouleversements d’États entiers : je les renverserai de fond en comble, il n'y aura rien de reste. Il va y avoir de terribles renversements de conditions, de charges et de toutes choses. Je veux faire un monde nouveau, je veux tout détruire. Je veux appeler à moi la faiblesse, je veux la rendre forte. Pleurez gens du monde, pleurez grands de la terre, vos puissances vont tomber. Rois du monde, vos couronnes sont abattues !"

Élie Marion, "prophète" et guérillero camisard cévenol, 1706.

Amb l'anma d'un Camisart, Pòble trabalhaire d'Occitània endavant !

 

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Grèce :

  • KOE ('maoïsant', allié à la gauche bourgeoise SYRIZA, en anglais) [dissous dans SYRIZA en 2013, publie maintenant Drómos tis Aristerás, en grec]
  • KKE(m-l) (marxiste-léniniste 'maofriendly', partie en anglais, le reste en grec)
  • ANTARSYA (Coordination de la gauche anticapitaliste pour le renversement, avec des trotskystes, des 'maos' etc., en grec)
  • ANTARSYA - France (site en français)
  • Laïki Enotita ("Unité populaire") - France (en français et en grec, scission anti-capitulation de SYRIZA, pour s'informer)
    EKKE (Mouvement communiste révolutionnaire de Grèce, 'maoïsant' et membre d'ANTARSYA, présentation en anglais, le reste en grec)

Karayib (Antilles-Guyane) & Larényon (Réunion) okupé : 

Monde arabe / Résistance palestinienne :

État turc / Kurdistan : 

  • Maoist Komünist Partisi (PC maoïste de Turquie/Kurdistan-Nord)
  • DHKP-C (ML, tendance 'guévariste')
  • TKP/ML (maoïste)
  • MLKP (ML, site francophone)
  • ATİK (Confédération des Travailleurs de Turquie en Europe, maoïste, en anglais)
  • Nouvelle Turquie (information et soutien à la Guerre populaire et aux luttes, en français) [ancien blog]
    Nouvelle Turquie (nouveau site)
  • YPG (Unités de Protection du Peuple, Kurdistan "de Syrie", en anglais)
    PKK (Kurdistan "de Turquie", site en anglais)
    PYD (Parti de l'Union démocratique, Kurdistan "syrien", site en anglais)
    ActuKurde (site d'information en français)

Afrique :

Asie & Océanie :

Antifa :

Action Antifasciste Bordeaux (plus mis à jour, mais "cave aux trésors")

AA Alsace (idem)

Union Révolutionnaire Antifasciste du Haut-Rhin (URA 68, page Facebook)

Collectif Antifasciste Paris - Banlieue

Action Antifasciste Paris - Banlieue

Montpellier Antifa

Collectif Antifasciste 34

Collectif Antifasciste Rennais (AntifaBzh)

Cellule Antifasciste Révolutionnaire d'Auvergne (CARA, page Facebook)

Carcin/Quercy Antifascista (page Facebook)

Occitània Antifascista (page Facebook)

Breizh Antifa (page Facebook)

Perpignan Antifa (page Facebook)

Action Antifasciste de Pau

Union Antifasciste Toulousaine

Ipar Euskal Herria Antifaxista (Pays Basque du Nord antifasciste)

REFLEXes - site d'informations antifascistes

La Horde, portail d'information antifa

Rebellyon - rubrique "Facho"

Redskins Limoges

Droites extrêmes - blog Le Monde (site d'information bourgeois bien fourni, parfait pour le "watch")

Document : Ascenseur pour les fachos (série de 6 vidéos Youtube, Antifascisme.org, site social-démocrate)

 

Guerre pop' - Asie du Sud :

Inde Rouge (nouveau site "officiel" francophone)

Comité de Soutien à la Révolution en Inde

Comité de solidarité franco-népalais

Fil d'actu "Inde - Népal" du Secours Rouge - APAPC

J. Adarshini (excellent site en français)

Revolution in South Asia (en anglais)

Maoist Resistance (guérilla maoïste indienne - en anglais)

NaxalRevolution (Naxalite Maoist India, en anglais)

Banned Thought (en anglais)

Indian Vanguard (en anglais)

The Next Front (Népal - anglais)

Signalfire (sur la GPP en Inde et aux Philippines, le Népal et les luttes populaires dans le monde - en anglais)

Communist Party of India (Marxist-Leninist) Naxalbari (a fusionné avec le PC d'Inde maoïste le 1er mai 2014)

New Marxist Study Group (maoïste, Sri Lanka)

Parti communiste maoïste de Manipur (page Facebook)

 

Guerre pop' - Philippines :

Philippine Revolution (en anglais)

The PRWC Blogs

(tous deux remplacés apparemment par ce site CPP.ph avec notamment les archives d'Ang Bayan, l'organe officiel du Parti)

Solidarité Philippines

Fil d'actu "Philippines" du Secours Rouge - APAPC

 

Guerre pop' & Luttes armées - Amérique latine :

CEDEMA - actualité des mouvements armés en Amérique latine (+ qqs documents historiques)

 

Nuevo Peru (Pérou, basé en Allemagne, en castillan et allemand principalement)

Guardias Rojos (Pérou, page FB)

Fil d'actu "Amérique latine" du Secours Rouge - APAPC

Archives

Autres documents théoriques

 

Récapitulatif des "grandes thèses" de Servir le Peuple


À lire également, les Considérations Diverses, petits "billets" trop courts pour faire un article et donc regroupés par trois, quatre ou plus, exprimant notre CONCEPTION DU MONDE sur toute sorte de sujets. 


En finir avec la 'France', appareil politico-militaire et idéologique de nos oppresseurs ! (1) et (2) 

En finir avec la 'France' (3) : l'État bourgeois contemporain et nos tâches

Même étude sur l'État espagnol (1 et 2) ; le Royaume-Uni (1 et 2) et l'Italie.

 

APRÈS 8 SÈGLES… (Huitième centenaire de la bataille de Muret 1213 & DÉCLARATION FONDATRICE de notre Comité de Construction du PCR-Òc)

 

V. I. Lénine : "Il y a deux guerres" 

 

Le 18 Juin, une date symbolique pour les fascistes


Réflexion sur la déviation ouvriériste – Avant-propos

Réflexion sur la déviation ouvriériste : la classe ouvrière, le prolétariat et la révolution. 


Sur le Gouvernement de Bloc Populaire

Rectificatif sur le Gouvernement de Bloc Populaire

Encore une fois sur le "Bloc populaire" et la QUESTION ELECTORALE


Harry Haywood contre la Théorie des Trois Mondes et les dérives réactionnaires des « prochinois »


TKP(ML) : On ne peut pas être communiste sans défendre le maoïsme


La Question nationale au 21e siècle 

Considérations diverses : un (gros) pavé sur la Question nationale...

Clarification sur l'encerclement du 'Centre' par la 'Périphérie'

 

Pour comprendre la Tempête arabe, avoir une analyse de classe correcte de la situation

(n)PCI : La révolution démocratique anti-impérialiste des pays arabes et musulmans

 

2011 : un point indispensable sur le fascisme et l'antifascisme pour les années à venir

 

Thèses fondamentales pour la construction partidaire


Sur le processus révolutionnaire

Sur le processus révolutionnaire (2) : vers le communisme

 

La "négation de la négation" et le maoïsme


Considérations diverses : Sur la question du SECTARISME

 

(Conception du monde) Le Parti révolutionnaire : ARTISAN conscient... ou 'accompagnateur contemplatif' du mouvement historique ?


Sur la 'révolution permanente' et le trotskysme

 

Le 'centre mlm' de Belgique, la Guerre populaire et le (n)PCI (sur la stratégie révolutionnaire en pays impérialiste) ; et dans la continuité :

Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (1ère partie)

et Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (2e partie)

 

 

Sur le document "Expériences, débats et perspectives" du PC d'Équateur - Comité de Reconstruction, adressé au Mouvement communiste international

 

EXCLUSIF : Lotta Continua - "Prenons la Ville !" (1970) [avec un salut rouge et fraternel à l'AA Bordeaux ]


Manifeste Programme du (n)PCI

Présentation

du chap. 1 du Manifeste pour les lecteurs/trices francophones (valable pour tout le Manifeste)

 

(Chapitre I): PDF - WORD

 

Le Plan Général de Travail ((n)PCI)

 

 MANIFESTE COMPLET

(version non-définitive ; chap. 4 et 5 pas encore validés par les camarades italiens)

 

IMPORTANT pour la compréhension du Manifeste :

La crise actuelle, une crise par surproduction absolue de capital (en PDF)

article de 1985 paru dans Rapporti Sociali n°0

[en bas de la page en lien, icône
PDF - Télécharger le fichier pour télécharger le document]

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Mort d'Hugo Chávez au Venezuela


Considérations diverses 03-2013 - et un peu de polémique/critique, ça fait pas de mal ! (sur Chavez, le 'bolivarisme', le 'fascisme' de celui-ci et autres choses...)


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Etudions l'histoire de la Révolution chinoise


Bref panorama historique révolutionnaire des Amériques


Quand Argala répondait (par anticipation) à certaines "lumières éclairées" du "marxisme" le plus social-chauvin...


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35 ans après le coup d’État pro-soviétique, les peuples d'Afghanistan continuent de résister héroïquement aux envahisseurs impérialistes


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