Bon, c'est pas tout ça, mais après un 150e article sur la Libye (pour dire toujours la même chose, qu'un enfant comprendrait), il se passe au pied de l'Himalaya
des choses BEAUCOUP PLUS IMPORTANTES pour la nouvelle révolution mondiale, que le "licenciement" musclé d'un ancien zélé serviteur par ses maîtres françafricains...
La situation au Népal est donc à un instant décisif ; instant décisif que les centristes autour du leader Prachanda auront réussi à reculer pendant 3
ans. Décisif non seulement pour le Peuple népalais, mais aussi pour toute la région et le monde. Car pour toute analyse marxiste un peu sérieuse, il est clair que le mouvement communiste le
plus avancé au monde, quantitativement ET qualitativement (Guerre populaire dirigée par un Parti maoïste), se trouve dans l'Etat indien ; que l'Inde pourrait être la nouvelle URSS
du nouveau mouvement communiste mondial ; et que le développement (ou au contraire la liquidation !) de la révolution populaire au Népal est d'une très haute importance pour le
mouvement communiste de son grand voisin (et inversement : c'est en lien dialectique).
Il y a depuis toujours, et donnant particulièrement de la voix depuis les "accords de paix" de 2006, une très importante LIGNE DE DROITE dans le Parti maoïste
népalais. Ceci est une réalité objective à TOUS les Partis communistes de la Terre et de l'Histoire : il y a toujours des éléments qui sont plus touchés par l'influence idéologique de la
bourgeoisie, d'autres beaucoup moins, d'autres presque pas ; il y a donc dans tout Parti communiste une GAUCHE, un CENTRE et une DROITE (et, par conséquent, toute TACTIQUE - indispensable au
progrès du mouvement communiste - porte en elle le risque de révisionnisme, de mutation en stratégie, si la droite l'emporte dans la lutte interne : le meilleur exemple est
bien sûr le PCF de Thorez, en alliance à partir de 1934 avec la social-démocratie et l'aile gauche de la démocratie bourgeoise, tactique (prônée par l'IC) mutée en stratégie).
Mais il y a, à son importance au Népal, deux raison essentielles :
- le contexte international encore largement défavorable, isolant ce petit pays de 150.000 km², quasi enclavé dans le deuxième pays du monde en population
(l'Inde) ;
- la "surprise" qu'a été, pour les maoïstes, la victoire de 2006 : ils contrôlaient pratiquement tout le pays et encerclaient la capitale, mais ne parvenaient
pas à la prendre ; c'est alors qu'a éclaté un mouvement populaire emmené par les partis "démocratiques" bourgeois contre la dictature personnelle du roi, conduisant au renversement de
celui-ci. Ceci a perturbé les plans des maoïstes, qui pensaient mener une Guerre populaire "classique" et "jusqu'au bout", c'est à dire jusqu'à la prise militaire de la capitale. Cette
"victoire surprise" s'est avérée extrêmement perturbante, et a pu conduire beaucoup de militant-e-s a des illusions sur les partis "démocratiques" bourgeois.
Sur la situation au Népal, Servir le Peuple a toujours affirmé bien haut deux choses (face aux délires des ultra-gauchistes, et bien sûr face aux révisios de
tout poil "célébrant" la dérive droitière) :
- il est totalement erroné de considérer que la lutte de lignes dans le Parti népalais s'est terminée en 2006, le jour de la signature des "accords de paix"
(alors que de très importants dirigeants révolutionnaires étaient en prison en Inde), et que le Parti est dès lors "révisionniste". Aucune lutte de lignes n'est pliée en quelques jours ou
quelques semaines. C'est la même conception métaphysique que celle qui considère que le jour de la mort de Staline (1953), l'URSS est passée du "paradis socialiste" (comme s'il n'y avait
aucun problème !) à l'enfer social-fasciste, qu'elle est devenue alors l'équivalent mondial de l'impérialisme US ou du Reich nazi avant 1945. Ou encore, que d'affirmer que le PCF est devenu
révisionniste le jour du dépôt des armes en 1945 : ceci était bien sûr un aboutissement, cela faisait déjà plus de 10 ans que Thorez et Duclos "travaillaient" le Parti au révisionnisme
social-républicain petit-bourgeois, à coup de "Peuple de France" interclassiste, d'"accents mêlés de la Marseillaise et de l'Internationale", d'abandon de l'anti-colonialisme alors que
l'Empire était (et est toujours) le "secret de l'impuissance" du prolétariat de l'Hexagone, etc. (certains auteurs - comme Hoxha - mettant même en doute que le PCF ait jamais été
léniniste...).
- deuxièmement, même si ça n'a jamais été dit aussi clairement, il est erroné de se concentrer sur Prachanda. La "Voie Prachanda" n'est PAS une idéologie
cohérente, c'est un fourre-tout, bourré de contradictions et de lieux communs marxistes. Prachanda est simplement un de ces "leaders éclairés" qui pullulent dans l'histoire du mouvement
communiste international, pensant avoir "révolutionné" le marxisme. Ce qui l'intéresse, c'est d'être sur le pavois, acclamé par la foule et recouvert de colliers de fleurs. Dans ce seul et
unique but, Prachanda est un OPPORTUNISTE au sens commun du terme : il va vers où le vent souffle, tout en essayant toujours de mettre tout le monde d'accord... Sa position dépend du rapport
de force, du "pôle d'attraction" le plus puissant, entre la gauche et la droite du Parti. C'est pourquoi la cible prioritaire doit être BHATTARAI. Baburam Bhattarai, lui, a une vision
cohérente, et cette vision politique, c'est le MENCHEVISME : il n'est "pas possible" de mener directement une révolution populaire de nouvelle démocratie, car le pays est "trop
isolé" (trotskysme), il faut donc appuyer une "démocratisation bourgeoise" et la révolution populaire viendra en temps voulu (conception dénoncée par Lénine dès les années 1900 en Russie,
puis balayée par Mao, Ho Chi Minh etc.)... C'est pourquoi (on peut le dire maintenant que Bhattarai, devenu Premier ministre, tombe allègrement le masque), l'accord "tactique" de la gauche
avec lui, contre les "méthodes autoritaires" de Prachanda, était une erreur.
Si la droite autour de Bhattarai est liquidée, dégagée du Parti (et alors probablement satellisée par l'U"ml"), et que le rapport de force se modifie en
conséquence, Prachanda suivra le mouvement, bien sûr comme pur suiveur et plus comme le leader qu'il a été, et en tentant toujours de le freiner, mais en n'ayant plus les forces pour le
faire.
En revanche, si c'était la gauche, finalement minoritaire, qui faisait scission
(comme le souhaite ouvertement le Congrès népalais, parti de la droite bourgeoise), il est
probable que Prachanda reste dans le "gros" Parti, afin de conserver son statut de "personnage important".
Mais peu importe, dans tous les cas ! Car cette focalisation sur Prachanda vient de la conception métaphysique qu'ont certain-e-s de la
jefatura, du "grand dirigeant" du Parti : à partir du moment où celui-ci dérive à droite, le Parti est "foutu". Ces gens sont incapables de concevoir que le Parti népalais a un
fonctionnement démocratique, et que le débat franc et ouvert y fait rage, quasi sans interruption, depuis les accords de 2006 ! Prachanda n'a,
finalement, pas grande importance : il faut penser en termes de gauche, centre et droite ; Prachanda se raccrochera bien à la branche qu'il veut... Il n'est EN RIEN irremplaçable
; des dirigeants révolutionnaires très reconnus et expérimentés existent en dehors de lui, comme Kiran, Gaurav ou Basanta. Ceci contrairement à Gonzalo pour le PC du Pérou, ce qui fut la
cause de l'effondrement de ce dernier après son arrestation.
Quant à Bhattarai, il devra tôt ou tard répondre de sa HAUTE TRAHISON devant un Tribunal du Peuple, et recevoir un châtiment exemplaire. Car même si sa
manoeuvre contre-révolutionnaire triomphe pour le moment, la victoire de la révolution au Népal est inéluctable en définitive...
Bhattarai qui justifie son trotskysme pratique par la nécessité de lutter "en priorité" contre la "réaction locale", donc pour une "démocratisation"...
Alors que Kiran a très justement défini le problème principal comme celui de la TUTELLE INDIENNE, car celle-ci protège l'oligarchie
compradore-bureaucratique-terrienne du pays, et tant qu'elle durera, il n'y aura rien à tirer de la bourgeoisie "nationale" : pour manger une
banane, il faut enlever la peau ; là encore, même un enfant de 5 ans (et même un vegan...) est en mesure de comprendre.
Reste donc à voir comment va se résoudre cette lutte sans précédent, contre la manœuvre contre-révolutionnaire la plus ouverte de la droite liquidatrice
depuis 2006.
Mais voilà : c'est dans ces moments là qu'il faut savoir si l'on est MAOÏSTE ou "staliniste", autrement dit, si UN SE DIVISE EN DEUX ou s'il faut préserver
"l'unité" de façade du Parti à tout prix, c'est à dire au prix de concessions qui n'ont pas lieu d'être. Une "unité" sacralisée comme un totem auquel on ne peut pas toucher... C'est
ce que fait Prachanda depuis 5 ans, mais c'est bien normal, car la lutte de lignes, la contradiction antagonique, c'est difficile, brutal, inconfortable, et lui est très bien dans son confort
de "Chairman" en colliers de fleurs... Mais il se peut, aussi, que la gauche révolutionnaire Kiran-Gaurav-Basanta-Biplab, tous presque 60 ans en moyenne (hormis Biplab), soient hélas
aussi imprégnés de cette culture, et finissent par se ranger au "centralisme", à la sacro-sainte unité du Parti, comme ils l'ont beaucoup fait ces dernières années, même s'ils ont toujours
présenté la liquidation de l'Armée populaire comme un casus belli. C'est là une problématique bien plus vaste que le petit Népal, une problématique de CONCEPTION DU MONDE et du
Parti. Il est d'ailleurs marrant que les gens qui hurlent, depuis 2006, au "révisionnisme" et au PC maoïste népalais "contre-révolutionnaire", soient des gens qui mettent, finalement, bien
plus en avant Staline que Mao ; alors que le problème au Népal semble bel et bien être la conception "staliniste" du Parti, où l'on se plie bon gré mal gré au "centralisme démocratique"
et où l'on refuse les ruptures, les "franchissement de Rubicon" salutaires (bien entendu, le "nager à contre-courant" et le "un se divise en deux" maoïstes ne sont pas "la scission pour
la scission" trotskyste, mais la "scissionite" trotskyste vient simplement de leur fourre-tout idéologique complet...).
SLP suit les développements népalais de très près et vous tiendra au courant aussi régulièrement que possible.
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