[NDLR : Ce qui suit N’EST PAS 100% SERIEUX. Mais ne faut-il pas, parfois, sortir des
« convenances » du « débat politique sérieux » et de la « rigueur militante » pour lancer de grands et constructifs débats ? Paul Lafargue ne prétendait à rien
d’autre avec son "Droit à la paresse" : il ne s’agissait pas de poser une théorie universelle, mais d’aiguillonner le
débat sur le rapport de l’être humain au travail… Cet article de politique fiction ne se place pas dans une autre optique. Mais, soyons-en sûrs, il risque de « parler » à
beaucoup de monde en ce moment !]
Empare-toi maintenant de l’usine
Du capital, deviens le fossoyeur
Ta vie vaut mieux que d’être une machine
Tout est à tous, rien n’est à l’exploiteur
Sans préjugé, suis les lois de nature
Et ne produis que par nécessité
Travail facile, ou besogne très dure
N’ont de valeur qu’en leur utilité
(Charles d’Avray, Le Triomphe de l’Anarchie)
Sous la démocratie socialiste, lorsque la mobilisation révolutionnaire des masses et la consolidation de
l’économie collectiviste aura quelque peu desserré l’étau de la menace réactionnaire, et donc les rigueurs de la dictature révolutionnaire du prolétariat ; par décret du Bureau Politique
Général, toute activité productive sera proscrite du 1er juillet au 1er septembre. Les unités productives (agricoles, industrielles, ou médicales, d’assistance indispensable
aux personnes ou de services indispensables comme l’énergie) nécessitant le maintien d’une force productive minimale feront l’objet de décisions démocratiques au cas par cas,
pour organiser des rotations etc. : ce sera la dérogation et en aucun cas, la règle.
Durant cette période d’environ 9 semaines, chacun-e s’acheminera vers la ou les destination(s) de son choix
(pas obligé de rester 2 mois au même endroit) et s’y auto-organisera avec les autres personnes ayant choisi la même destination, pour faire face à toutes les nécessités du quotidien :
alimentation, (picole), logement, hygiène, matériel de loisir, activités culturelles (concerts tous les soirs etc.), sportives etc. Cette organisation démocratique permettra qu’en aucun cas, le
loisir exclusif des un-e-s ne soit source du labeur exclusif des autres.
Ainsi, tout l’été, dans divers endroits « de l’espace et du temps » (Hunter S. Thompson),
s’organiseront des communautés joyeuses et festives où s’épanouiront toutes les activités qui élèvent l’esprit humain vers le haut. La liberté s’arrêtera là où commencent l’intégrité et la
dignité des autres, pas la propriété du capitaliste ou du petit propriétaire à la mentalité d’assiégé. Les gens ne se battront plus pour une place de parking ou parce que l’un (complètement
torché) aura sifflé le verre de l’autre en boîte, puisque les transports collectifs (épargnant bien de la fatigue et de l’énervement) et les lieux et outils de divertissement seront totalement
gratuits, comme juste rétribution du travail pour la collectivité le reste de l’année. D’ailleurs, il n’y aura plus besoin d’être complètement torché(e) : quel mal-être y aura-t-il à
exorciser ?
Toutes les lectures seront autorisées, sauf les ouvrages réactionnaires (qui seront de toute manière
présentés uniquement dans les musées), mais l’accent sera particulièrement mis sur le Droit à la Paresse de Paul Lafargue, par exemple à travers des conférences-débats. Mais toutes
sortes d’œuvres pourront faire l’objet d’études collectives, comme les auteurs beatniks anglo-saxons des années 1950-60, ou les œuvres poético-musicales de Jim Morrison et Bob Marley, et
d’autres postérieures encore (mais pas Justin Timberlake). Jack Kerouac sera autorisé, mais avec une préface obligatoire rappelant son évolution réactionnaire sous l’effet du succès et de
l’alcoolisme (ainsi que d’une mère ultra-catholique et antisémite), ceci pour l’édification des masses.
Il en ira de même pendant la période hivernale, où chacun-e disposera de 4 semaines mais sans période de
travail interdit, donc pas forcément consécutives. Là encore, chacun-e se dirigera vers le lieu de détente de son choix (sports d’hiver ou autres) et y fonctionnera de la même manière.
Ce sera ainsi, ce sera la loi.
Pas possible ? Il faut arrêter de se foutre du monde et de prétendre que ce n’est pas possible ! La
production ? Mais nous ne sommes pas en URSS dans les années 30, quand il fallait « rattraper 100 ans de retard (sur les pays avancés) en 10 ans » sous peine d’être anéantis... Les
pays « avancés », comprendre « impérialistes », sont déjà en surproduction et en surconsommation par rapport aux nécessités réelles des masses, que la révolution se chargera
de recenser et de planifier démocratiquement.
Finalement, si l’on fait les comptes, la moitié du temps passé au travail ne sert qu’à produire une richesse
qui part intégralement dans les poches des parasites capitalistes, pour leur grotesque existence de VIP, scintillante à St-Tropez, glauque dans les bordels de Bangkok.
Nous pourrions, sans problème, avoir le même niveau de vie en travaillant, disons, 18 ou 20 heures par
semaine. Mais n’est-il pas préférable de travailler un peu plus, disons 28 ou 30 heures, et de bénéficier de périodes entières (13 semaines sur 52) sans aucun travail ? Sans aucun
doute !
Arrêtons la plaisanterie : c’est déjà le cas des enfants et des adolescents, et donc des profs. Si les
enfants n’ont pas besoin d’apprendre à travailler plus de 9 mois par an, on n’a pas besoin de travailler non plus !
Les pays « moins avancés », doux euphémisme pour les pays écrasés par l’impérialisme, une fois libérés de cette surproduction et surconsommation du "Nord" qui ne vise qu’à remplir quelques dizaines de milliers de
poches de par le monde, pourront rapidement accéder à cette qualité de vie qui est, tout simplement, la seule digne d’un être humain. Ils adapteront leurs périodes de travail interdit à
la saisonnalité locale.
Il faut vraiment arrêter la comédie. Il y a, particulièrement dans l’Etat bourgeois « France », où
la radicalité politique a longtemps été synonyme de petite-bourgeoisie intellectuelle, des gens qui se disent communistes. Ils se réclament de Joseph Staline, non pas par matérialisme
historique et donc par justice envers une expérience politique historique donnée, mais parce que celui-ci jouit depuis les années 1970 (Soljenytsine) d’une réputation détestable et fait peur aux
grands-mères. Et comme projet politique à présenter aux masses, ils n’ont que « production », « discipline de fer », abnégation totale au service de la patrie du prolétariat
(dont ils espèrent être les dirigeants éclairés, bien entendu). Ils oublient complètement que, plus de 60 ans avant Lionel Jospin (qui lui, se réclamait de Trotsky, paraît-il…), l’URSS du GenSek
Staline avait réduit la journée de travail à 7 heures… dans les années 30 ! Ce sont les nécessités de l’encerclement belliqueux par la Réaction internationale, de la marche à la guerre, qui
ont obligé à déroger à cette règle jusqu’à ce qu’elle devienne finalement l’exception en pratique. Pas autres chose. Les marxistes-léninistes d’URSS considéraient bien, bien qu’il faille
« rattraper les pays avancés en 10 ans », le travail comme le produit d’une nécessité, et qu’il fallait laisser à l’être humain le maximum de temps pour s’épanouir en dehors…
Dans les sociétés « civilisées », on sait bien que toute sa vie, l’être humain regrette l’enfance.
Mais pourquoi donc ? Regrette-t-on de faire ses besoins sur soi ? D’être dépendant-e pour tout ? La douleur des dents qui poussent ou des os qui s’allongent ? Et de
l’adolescence, regrette-t-on les colles des profs, les parents qui ne comprennent pas qu’on n’a plus 6 ans, les boutons, l’appareil dentaire, les râteaux par le sexe opposé (ou pas) ? Bien
sûr que non, évidemment. On regrette L’INSOUCIANCE. Le fait de ne pas avoir à se soucier du lendemain. De ne pas avoir à ACHETER en permanence, par le labeur éreintant sans compter les ronds de
jambes et autres révérences, son droit de VIVRE aux gavés propriétaires du Capital.
La Vie socialiste sera une éternelle enfance… l’autonomie de l'adulte en plus !
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