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Amériques

Mercredi 6 mars 2013 3 06 /03 /Mars /2013 16:30

 

chaveznodHugo Chávez Frías, président ‘bolivarien’ et ‘socialiste’ du Venezuela, s’est donc éteint ce mardi 5 mars à Caracas, des suites d’une longue maladie diagnostiquée en 2011.

 

Servir le Peuple ne s’étendra pas 'kilométriquement' sur l'évènement, sinon pour dire que comme nous l’annoncions il y a quelques semaines en conclusion d’un article, sa disparition comme ‘clé de voûte’ d’un édifice politique aussi interclassiste et contradictoire que le ‘bolivarisme’ devrait rapidement amener celui-ci à exploser, et de grands bouleversements des rapports de force sont à prévoir.

Notre position sur le personnage et – surtout, car ce ne sont pas les ‘grands hommes’ qui font l’histoire – la réalité politique latino-américaine qu’il représentait a déjà été largement exposée ici : il vous suffira de taper ‘Chavez’, ‘bolivarien’ ou ‘bolivarisme’ dans le moteur de recherche du blog, d’aller consulter la catégorie ‘Amérique latine’, etc.

Schématiquement, la position de SLP pourrait se résumer ainsi : le ‘bolivarisme’ de Chávez et consorts était un nationalisme bourgeois social-réformiste, teinté de populisme et de dénonciation de l’hégémonie historique nord-américaine sur le continent, chose assez typique (historiquement, au cours des 60 ou 70 dernières années) de l’Amérique latine ; et découlant de la conjonction, du ‘frottement’ contradictoire de deux phénomènes :

1/ depuis les années 1970, la crise générale frappant le monde impérialiste a amené une grande partie de la production à se délocaliser vers les pays d’Amérique latine, ou encore d’Asie-Pacifique, les pays arabes voire certaines régions d’Afrique subsaharienne, entraînant une notable modernisation de la vie sociale et l’émergence de nouvelles couches petites et moyennes-bourgeoises, de classes ‘moyennes’ éduquées ; ce à quoi l’on peut ajouter, dès les années 1970 mais aussi 1990 et 2000, une nette augmentation des cours des hydrocarbures, dont les principaux pays concernés (Venezuela, Bolivie, Équateur) sont de gros producteurs, amenant des fractions de la grande bourgeoisie à désirer une ‘plus grosse part du gâteau’ (en renégociant les contrats, en se tournant vers d’autres clients ‘émergents’ - Chine, Russie, Brésil, Iran - etc.) ;

2/ face au ‘néolibéralisme’, ainsi qu’est appelée là-bas la domination semi-coloniale (principalement nord-américaine) féroce mise en place après (ou directement pendant) les dictatures fascistes des années 1960-80, qui ont anéanti les forces révolutionnaires et progressistes, des mouvements de contestation sociale de grande ampleur qui ont rendu les principaux pays concernés ingouvernables par les ‘méthodes’ et la ‘classe politique’ traditionnelle. Une ingouvernabilité, démontrant une fois de plus que ce sont les masses qui font l’histoire, qui a amené les partis ‘traditionnels’ de l’oligarchie dominante à rétrocéder tactiquement, ouvrant la porte à des ‘créatures politiques’ atypiques : un ancien militaire putschiste à l’idéologie hétéroclite se voulant ‘progressiste’ (‘entre communisme impossible et capitalisme inhumain’) au Venezuela, un syndicaliste paysan ‘musclé’ défendant les cultivateurs de coca en Bolivie ; ou encore, d’anciens partis guérilleros ‘socialistes’ (sandinistes au Nicaragua, FMLN au Salvador) que l’on croyait enterrés aux oubliettes de la ‘Fin de l’Histoire’ (ayant même droit à leur chapitre dans le Livre noir du communisme), en Amérique centrale ; l’économiste ‘catho de gauche’ équatorien Correa étant quant à lui plus proche d'un ‘homme du sérail’, tout comme l'éphémère libéral-réformiste hondurien Zelaya. Une aile de l’oligarchie pensait, sans doute, parvenir avec le temps à les ‘responsabiliser’ (embourgeoiser), scénario qui se s’est finalement réalisé ; une autre qu’ils seraient nuls et perdraient les élections suivantes face aux partis traditionnels ; une autre, enfin, pensait les liquider militairement ou par un mouvement de la ‘société civile’ au moment propice – ce qui a été tenté partout, et a réussi au Honduras.

Une rupture du front de la ‘Fin de l’Histoire’, voilà finalement la (seule) véritable signification historique qu’il faut retenir de ces phénomènes politiques qui ont dominé la dernière décennie : une démonstration, presque 10 ans avant les évènements des pays arabes (comme cela semble loin !), que les masses se levant selon le principe ‘là où il y a oppression, il y a résistance’ peuvent faire tomber un ordre politique que l’on croyait immuable ; que toute idée de ‘changement pour de bon’ n’est pas irrémédiablement vouée au 'musée des horreurs' du ‘siècle des totalitarismes’… Mais nullement, en aucun cas, le début d’un commencement de révolution au sens marxiste (accession de la classe révolutionnaire, le prolétariat, au pouvoir, à la tête des masses populaires).

Telle est la position qui nous a semblée, à tout le moins, la plus léniniste possible ; léniniste... car il n’y a PAS, au niveau international, de position ‘maoïste’ unifiée sur la question.

Parmi les Partis, organisations ou simples groupes de personnes qui se réclament du maoïsme, le (nouveau) PC italien vient ainsi de rendre un vibrant hommage au comandante disparu ; le PC des Philippines, qui mène la Guerre populaire dans ce pays, avait un point de vue également assez bienveillant sur le ‘processus’, tout comme les PCR d’Argentine ou d’Uruguay (mais le PCR d’Argentine avait un point de vue positif sur le péronisme, alors…) qui font partie de la même Conférence internationale (ICMLPO ‘International newsletter’), mais l’OCML-VP (membre de la même) était beaucoup moins enthousiaste ; le blog cantabre (État espagnol) Odio de Clase relaie quant à lui l’hypothèse d’un empoisonnement du comandante ‘comme Yasser Arafat’ (impossible, peut-être pas, mais dans tous les cas cela ne change pas grand-chose...). En revanche, les maoïstes qui se placent dans la lignée du Parti communiste du Pérou et de Gonzalo étaient et restent FAROUCHEMENT HOSTILES à Chávez et à son ‘processus’ (comme aux ‘processus’ apparentés sur le continent), carrément définis comme… FASCISTES ; ce qui, pour SLP, relève de ce que Dimitrov qualifiait en 1935 (au sujet du New Deal et de certaines positions communistes à son sujet) de pire schématisme :  « N'est-ce pas une manifestation de cette attitude schématique que l'affirmation de certains communistes assurant que l'’ère nouvelle’ de Roosevelt représente une forme encore plus nette, plus aiguë de l'évolution de la bourgeoisie vers le fascisme que, par exemple, le ‘gouvernement national’ d'Angleterre ? Il faut être aveuglé par une dose considérable de schématisme pour ne pas voir que ce sont justement les cercles les plus réactionnaires du Capital financier américain en train d'attaquer Roosevelt, qui représentent, avant tout, la force qui stimule et organise le mouvement fasciste aux Etats-Unis. Ne pas voir le fascisme réel prendre naissance aux Etats-Unis sous les phrases hypocrites de ces cercles en faveur de la ‘défense des droits démocratiques des citoyens américains’, c'est désorienter la classe ouvrière dans la lutte contre son pire ennemi » (exemple d’un pays impérialiste, mais exemple intéressant car il ne faut pas oublier que c’est l’impérialisme US, avec sa ‘tradition’ réactionnaire spécifique, qui pilote principalement la droite radicale anti-bolivariste en Amérique du Sud). Le site ‘Voie Lactée’ du ‘p’’c’’mlm’ a réagi tellement promptement (l’information n’étant parvenue en Hexagone que ce matin) que de toute évidence, l’article ‘enfonçant le mort’ était rédigé de longue date, probablement dès l’annonce de la grave maladie du comandante*.

Des positions diverses et variées, donc, mais généralement accompagnées des mêmes épithètes les unes à l’encontre des autres, et notamment, bien sûr… ‘trotskyste’ (évidemment !) ; car le mouvement se réclamant de Léon Trotsky et de son Programme de Transition était tout aussi divers dans ses analyses, allant de l’hostilité farouche (ici Lutte ouvrière, ou la tendance ‘CLAIRE’ du NPA) au soutien critique-mais-bon-pas-vraiment (majorité du NPA, la Riposte etc.) : il était donc, quelle que soit la position adoptée, facile de trouver des trotskystes défendant la position inverse… Ou encore l’épithète de ‘révisionniste’, tout aussi ridicule, puisque pour les marxistes-léninistes-maoïstes, sont révisionnistes aussi bien les ‘cubanistes’ et autres ‘brejnéviens’ (comme les FARC-EP, le PC vénézuélien, le KKE, le PTB, en ‘France’ l’URCF, le PRCF ou le RCC), qui étaient farouchement pro-Chávez, que les ‘pensée maozedong’ comme le PCR d’Argentine, qui étaient sur les mêmes positions, mais aussi… les hoxhistes (les marxistes-léninistes ‘albanais’), qui eux, étaient nettement plus hostiles, le PCML d’Équateur étant clairement dans l’opposition au gouvernement Correa, tandis que le petit groupe vénézuélien ‘Bandera Roja’ était allé tellement loin… qu’il s’était fait exclure de l’autre ICMLPO, l’ICMLPO ‘Unité et Lutte’ hoxhiste : il avait soutenu explicitement la tentative de coup d’État (ratée) de la droite ultra vénézuélienne en avril 2002 ! Tout cela semble bien, en fait, relever du plaquage abstrait de vieux schémas (schématisme !) de la première vague de la révolution mondiale, dans toutes leurs limites qui ont conduit à l'épuisement de celle-ci, sur un phénomène de notre époque qui n'a, dans toutes ses spécificités, pas d'antécédent historique...

La réalité, devant ces positions extrêmement atomisées, que ce soit du mouvement marxiste-léniniste, du mouvement maoïste ou du mouvement trotskyste, c’est que tous ont en fait partiellement raison, tous détiennent une partie de la vérité – mais ne voient, justement, qu’une partie, qu’un aspect du phénomène ‘bolivarien’, et non sa totalité contradictoire, en ‘unité et lutte’. Les forces plutôt ‘avant-gardistes’ (sacralisant le rôle de l’avant-garde, du Parti, ‘centre’ de la ‘vérité’ révolutionnaire et cadres du socialisme de demain) étaient globalement hostiles à Chávez et consorts, ne tolérant pas une autre direction sur les masses que la leur. Les organisations plutôt ‘massistes’, mettant en avant le rôle des masses en mouvement, en lutte pour le progrès démocratique et social, que le Parti doit simplement ‘accompagner’, en avaient au contraire une vision plus positive, sauf peut-être (en Hexagone) VP (maoïste) et certains courants du NPA (trotskyste). Le ‘bolivarisme’ était clairement un ‘rempart’ des classes dominantes face aux mouvements de lutte populaires, empêchant ceux-ci (qui l’ont porté au pouvoir…) d’effectuer un ‘saut’ qualitatif et de devenir révolutionnaires, avec l’émergence d’un Parti. Mais, pour ce faire, il a dû offrir de très réelles et concrètes avancées démocratiques et sociales aux masses du peuple. Dans les pays impérialistes, de telles avancées reposent sur quelque chose que de véritables communistes ne peuvent ignorer : le pillage des pays dominés par l’impérialisme. L’Occidental de 2013 après Jésus-Christ est un Athénien antique, dont la ‘démocratie’ (de façade) et le 'niveau de vie' reposent sur le dos d’une masse dix fois plus nombreuse d’esclaves affamés… Mais dans des pays dominés, comme le Venezuela ou la Bolivie, des avancées de ce type reposent au contraire sur une réappropriation partielle du produit national, soit, en définitive, sur une réaffirmation du caractère national de la production face à l’appropriation impérialiste de la richesse produite. Cela, le léninisme nous enseigne que c’est toujours (objectivement) positif. Le ‘bolivarisme’ était un phénomène politique à dominante bourgeoise, ne pouvant pas ne pas avoir de contradictions, y compris violentes, avec les masses laborieuses et leur volonté d’émancipation ; et ne représentant en rien une ‘première étape’ d’un processus ininterrompu vers le socialisme et le communisme. Mais un phénomène bourgeois nécessitant de chevaucher, nécessitant comme appui et comme ‘carburant’, les luttes sociales ; et pouvant, par conséquent, créer par là des conditions favorables au développement d’une conscience révolutionnaire dans les classes opprimées, et d’un mouvement communiste, à condition bien sûr qu’un PARTI révolutionnaire conséquent se saisisse de ces tâches (le régime ‘socialiste’ bourgeois crée simplement les conditions, il ne s’en charge pas). Dans les différentes positions marxistes ayant émergé depuis 15 ans sur le phénomène, jamais la totalité de ces aspects n’a – hélas – été entièrement saisie. Soit Chávez pavait la voie au socialisme, soit il représentait la contre-révolution la plus noire… il n'y avait pas d'autre 'subtilité' possible. Et entre le ‘maoïsme’ (ou le trotskysme) virant Libé, grand pourfendeur du ‘populisme fascisant’, et le ‘marxisme-léninisme’ (ou d'autres trotskystes) virant Monde Diplo ou Michel Collon (admirateur béat des régimes et des forces de réaffirmation nationale type bolivarisme, Hezbollah, Frères musulmans ou mollahs iraniens), le prolétariat révolutionnaire avait-il une chance de retrouver ses 'petits', c'est-à-dire sa conception du monde ?

Quoi qu’il en soit, la position de Servir le Peuple a toujours été claire : quelles que soient ses spécificités, le ‘chavisme’/’bolivarisme’ est un phénomène politique à apparenter au réformisme bourgeois (position partagée, d’ailleurs, par les MLM de Bolivie quant au MAS d’Evo Morales dans ce pays), version social-populiste ; tentant en tant que tel de nier la contradiction fondamentale Capital/Travail (derrière une contradiction ‘Amérique latine surexploitée/impérialisme yankee’), tout réformisme bourgeois cherchant de toute manière à placer un supposé ‘intérêt général’ au-dessus de la lutte des classes ; mais en rien apparentable au fascisme, qui est une forme de gouvernement réactionnaire terroriste, visant l’annihilation de toute force révolutionnaire (même aux théories erronées), mais aussi simplement… réformiste, ‘progressiste’ : régime de Pinochet, junte argentine de 1976-83, régime militaire du Guatemala au début des années 1980, régime de Fujimori au Pérou (1990-2000) ou d’Uribe en Colombie (2002-2010) en sont les exemples type en Amérique latine. Un phénomène politique bourgeois, à ne défendre en aucun cas dans ses éventuelles contradictions avec les masses populaires en lutte ou les forces subjectives de la révolution mondiale (ce que SLP n'a jamais fait), mais à défendre tactiquement, oui, comme une certaine République espagnole de 1936, face à une éventuelle contre-offensive de la réaction la plus noire (à la Pinochet), de l'aile réactionnaire la plus terroriste de la classe dominante et des monopoles impérialistes (principalement US).

Il était un assemblage hétéroclite d’intérêts de classe très variés, ne pouvant pas coïncider au-delà du très court terme – de fait, les contradictions éclataient déjà au grand jour depuis plusieurs années (1) ; et il volera inévitablement en éclat avec la disparition de sa ‘clé de voûte’ (vitale non seulement au Venezuela, mais dans toute l’Amérique latine, les autres dirigeants ne lui arrivant pas à la cheville). Il appartient désormais, de fait, à l’histoire.

Une nouvelle page de l’histoire populaire révolutionnaire d’Amérique latine s’ouvre. Espérons vivement qu’une analyse marxiste de notre époque, maoïste, correcte du phénomène ‘bolivarien’ saura rapidement voir le jour, afin que les classes exploitées puissent écrire victorieusement leur histoire dans les prochaines décennies.

[(1) Notamment avec les extraditions, depuis début 2009, de militant-e-s basques et colombien-ne-s vers leurs États réactionnaires répressifs d’origine. Un ‘tournant’, au cours de ces 14 années de présidence, semble bien avoir été l’opération Phénix de l’armée colombienne (en territoire équatorien), le 1er mars 2008, se soldant par la mort du dirigeant FARC Raúl Reyes et la saisie de l’ordinateur de ce dernier, révélant des liens entre la guérilla colombienne et le Venezuela de Chávez (ainsi que l’Équateur de Correa). Évidemment, les ‘fana-chavistes’ de tout poil déployèrent alors toute leur ‘armada’ de dénégations, pour affirmer que ces documents étaient des faux, une provocation du régime fascisant d’Uribe etc., mais leur authenticité semble en réalité bel et bien avérée. Face à ce que, dans une ‘guerre par procuration’, il faut bien appeler une défaite militaire, Chávez semble alors avoir fait brutalement machine arrière et adopté ‘profil bas’, se repliant sur un anti-impérialisme ‘qui ne mange pas de pain’ (dénonciations tonitruantes de la superpuissance US, ou des crimes sionistes au Machrek arabe), et commençant à extrader les militant-e-s réfugié-e-s sur son territoire pour éviter l’étiquette infâmante d’’État terroriste’, jusqu’à l’arrestation et l’extradition d’un journaliste ‘radical’ colombien qui, pour être pro-FARC, n’en était pas moins retiré de toute activité ‘terroriste’ depuis les années 1980 : le ‘bolivarisme’ révélait ici on-ne-peut-plus clairement ses limites de classe, de nationalisme réformiste bourgeois.]

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* Le ‘p’’c’mlm’-‘Voie lactée’ en remet une et même deux couches (attaquant une nouvelle fois le PCm d’Italie) : décidément, ils savent se faire ‘cosmopolites’ (aborder des thèmes non-hexagonaux) lorsque cela les arrange, ou plutôt, lorsqu’ils ont leurs ‘petites obsessions’ – Chávez en l’occurrence, ou le PCmI qui a sûrement dû, à une époque indéterminée, les renvoyer aux petits intellectuels prétentieux qu’ils sont, ou encore les z’horribles z’islamiiiiistes en mettant en avant les textes de leur groupuscule-frère du Bangladesh (pays où l’islam est idéologie d’État, et non la cible première de la mobilisation réactionnaire de masse comme ici ; difficile pour le coup de faire plus ‘cosmopolite’). Ils nous présentent donc, Mao et Gonzalo à l’appui, la ‘position maoïste classique’ concernant le capitalisme bureaucratique dans les pays dominés par l’impérialisme (semi-coloniaux semi-féodaux) : impeccable, jusque-là rien à redire… Sauf que TOUT repose sur un seul et unique postulat : il est AFFIRMÉ, et jamais en aucun cas DÉMONTRÉ, que Chávez représente ledit capitalisme bureaucratique, ni à fortiori qu’il en représente la TOTALITÉ – et non, précisément, une fraction… réformiste. Car, que nous dit le ‘p’’c’’mlm’ sur le capitalisme bureaucratique dans les pays dominés ? Si l’on suit leur ‘brillant’ exposé (un vieux document du groupuscule), « Ce capitalisme bureaucratique est le capitalisme que l'impérialisme développe dans les pays arriérés et qui comprend les capitaux des grands propriétaires terriens, des grands banquiers et des magnats de la grande bourgeoisie ; Il passe par un processus qui fait que le capitalisme bureaucratique se combine avec le pouvoir de l’État et devient capitalisme monopoliste étatique, compradore et féodal ; il en découle qu'en un premier moment il se développe comme grand capital monopoliste non étatique, et en un deuxième moment - quand il se combine avec le pouvoir de l’État - il se développe comme capitalisme étatique »… Or cela, au Venezuela… s’appelle typiquement (notamment) PDVSA, le gigantesque monopole ‘national’ (soi-disant ‘public’) du secteur hydrocarbure hypertrophié caractéristique de ce pays. À la fin des années 1990, lors de l’élection de Chávez, celui-ci était effectivement aux mains d’une oligarchie bureaucratique, qui vivait dans une opulence indescriptible tout en bradant la principale richesse du pays aux monopoles pétroliers US et européens. Et c’est précisément cette oligarchie qui, dans la première moitié des années 2000 et même au-delà (jusqu’en 2007 voire 2008), a été à la POINTE de la mobilisation réactionnaire anti-Chávez, avec notamment le coup d’État raté d’avril 2002, puis la ‘grève générale’ de décembre 2002-janvier 2003, appuyée sur les syndicats jaunes de cadres et d’aristocrates-salariés. Depuis, Chávez a prétendu ‘renationaliser’ la compagnie, renégocier les contrats avec les monopoles euro-US acheteurs et ‘diversifier’ sa clientèle (avec les fameux ‘BRICS’ et autres ‘émergents’) ; et il a éliminé cette oligarchie en la remplaçant par des partisans à lui… qui ont formé ce que l’on appelle là-bas la ‘boli-bourgeoisie’, la nouvelle bourgeoisie ‘en chemise rouge’, qui est tout le problème, qui démontre sans ambigüité le caractère non-révolutionnaire du chavisme et est dénoncée par tous les révolutionnaires – y compris certains ‘fascinés’ par le ‘processus’ au début. Mais l’oligarchie bureaucratique PDVSA de 1999 a combattu Chávez, et Chávez l’a combattue. Toute la démonstration et les attaques sournoises du ‘p’’c’’mlm’ et des ses amis internationaux reposent, donc, sur une première contre-vérité absolue.

Les positions d’organisations se réclamant du maoïsme (PC des Philippines, (n)PCI), que ‘Voie lactée’ met en avant, ont été critiquée par SLP comme positions ‘borgnes’ – ne voyant que les aspects positifs du phénomène politique Chávez, et non les très nombreux aspects négatifs. La position du PCm d’Italie, elle, conclut justement (bien que de manière sectaire envers le (n)PCI, le ‘chauvinisme d’organisation’ – plaie du mouvement communiste – a encore de beaux restes), mais est beaucoup trop élogieuse au début, donnant au final l’impression de dire ‘tout et son contraire’.

Mais que penser de la position du PC d’Équateur ‘Comité de Reconstruction’ (un ‘ami’ international de ‘Voie lactée’, bien que des tensions aient éclaté ces derniers temps) ? Pour SLP, cela tient en deux phrases :

- pire schématisme (cf. Dimitrov) en qualifiant Chávez et le PSUV de ‘fascistes’ ; refusant de voir que c’était précisément les secteurs attaquant son ‘populisme’ et son ‘castro-socialisme’ au nom des ‘libertés’ qui représentaient la réaction la plus noire, terroriste, ‘pinochétiste’ au Venezuela ; et désarmant ainsi les classes populaires vénézuéliennes contre leur pire ennemi et se coupant d’elle (en qualifiant de ‘fasciste’ un homme perçu par elles comme un ‘révolutionnaire’ et un ‘patriote’, ‘phénomène social de masse’ que des communistes authentiques ne peuvent ignorer) ;

- y-a-qu’à-faut-qu’on dès lors que l’on aborde la question de ‘Que faire ?’ : les tâches exposées sont des tâches pour après la prise de pouvoir par le prolétariat et son alliance révolutionnaire de classes ; mais en dehors de ‘la Guerre populaire’, l’on ne voit pas l’embryon d’une stratégie pour PRENDRE le pouvoir… Cela alors que cette organisation maoïste évolue dans un pays proche et très semblable au Venezuela : ‘morphologie sociale’ et histoire comparables, secteur hydrocarbure hypertrophié, gouvernement ‘populiste de gauche’ allié à Chávez (Rafael Correa) etc.

Les anarchistes et les marxistes ‘conseillistes’ (gauchistes), ou encore certains trotskystes, se caractérisent historiquement par leur refus de reconnaître différents types de gouvernement bourgeois, et donc différentes stratégies adaptées à chacun. Mais là, c’est encore pire : il y a carrément, et délibérément, caractérisation erronée d’un gouvernement réformiste ‘populiste’ (c’est-à-dire mobilisant les masses dans son projet réformiste, pour les empêcher de devenir révolutionnaires et sauver ainsi une partie des possédants en en sacrifiant une autre, la plus ‘pourrie’) en gouvernement ‘fasciste’, dont le mouvement communiste international a fixé la définition une fois pour toutes en 1935 : « dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du Capital financier » - et, cela va de soi, de leurs représentants dans les pays semi-coloniaux non-impérialistes. En l’occurrence, les représentants des éléments les plus réactionnaires et impérialistes du Capital financier nord-américain et européen étaient les putschistes ratés d’avril 2002, les agitateurs cambas racistes de la Media Luna bolivienne (2007-2010), ou encore, les putschistes réussis du Honduras en juin 2009. Le régime fasciste typique actuellement en Amérique latine, c’est celui mis en place en Colombie par Uribe et son ‘Parti de la U’, et poursuivi en version plus ‘libérale’ par son successeur Santos.

Décidément, le ‘p’’c’’mlm’ et ses amis internationaux partagent beaucoup, beaucoup de ‘têtes de turcs’ (‘bolivariens’, ‘islamistes’ etc.) avec la pensée mainstream des monopoles impérialistes, et cela en devient préoccupant…

Voir aussi la position du PC d’Équateur ‘Sol Rojo’, particulièrement alambiquée : réformisme bourgeois (comme le posaient en 2008 les maoïstes boliviens au sujet d’Evo Morales) ou fascisme ? On n’y comprend plus grand-chose… ce n’est pourtant pas du tout la même chose, et pas du tout la même stratégie d’action pour les communistes : il faudrait choisir camarades ! Il y a également la position de l’’Organisation des Ouvriers d’Afghanistan MLM’, totalement calquée sur celle du ‘p’’c’’mlm’ : cette organisation paraît totalement ‘générée’ (comme les mystérieux ‘Arab maoists’) par le courant ultra-gauchiste dogmato-sectaire du maoïsme international, certainement à partir d’Afghans de l’exil, peut-être d’anciens éléments du courant ‘communiste-ouvrier’ historiquement fort dans ce pays, dont les positions sont proches… L’amitié de Chávez avec des régimes particulièrement réactionnaires du Proche et Moyen-Orient (Iran, mais aussi Syrie, Libye etc.) est en revanche dénoncée à juste titre – amitié parfaitement conforme aux intérêts de classe de la ‘boli-bourgeoisie’ qui s’est constituée depuis 1999, en ‘occupant les niches’ de la bourgeoisie bureaucratique puntofijiste balayée par Chávez.

Bien que SLP ne partage pas les louanges du (n)PCI envers la ‘révolution bolivarienne’, il est intéressant de lire l’article suivant, reprenant… la position maoïste classique justement, sur l’attitude qui doit être celle des communistes vis-à-vis de formes de gouvernement réformistes de ce type, et des ‘forces sociales intermédiaires’ qui sont leur base sociale : Les communistes et la ‘gauche’ bourgeoise.

Un fait historique incontournable est qu’un régime fasciste, même lorsqu’il dénie cette appellation (à peu près tous la dénient depuis 1945), est identifié comme tel par un bon 25% ou 30% des masses populaires, ce que l’on peut appeler le ‘peuple de gauche incompressible’ : tel était le cas en Italie mussolinienne (où socialistes, démocrates sociaux et communistes avaient récolté 34% des suffrages en 1921, et encore presque 15% aux élections frauduleuses de 1924), en Allemagne (SPD+KPD = 30,6% aux élections de mars 1933, donc déjà sous la botte hitlérienne), dans l’État espagnol (les gauches avaient réuni près de 50% en février 1936), au Portugal salazariste, au Chili sous Pinochet, etc. etc. De même, aux États-Unis sous la présidence Bush-Cheney, en Hexagone sous la présidence Sarkozy et déjà lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, et même en Israël-Palestine sous les gouvernements du Likoud et de ses alliés d’extrême-droite, une part significative de la population s’accordait à reconnaître au gouvernement des ‘traits fascisants’, une ‘pente de sinistre mémoire’, etc. Au Venezuela, il n’y avait pas 1% de la population (dont peut-être quelques centaines de ‘maoïstes’ sur la ligne internationale du ‘p’’c’’mlm’) pour qualifier Chávez de ‘fasciste’ : pour ses plus fervents supporters comme pour ses adversaires les plus acharnés, il était un ‘socialiste’ (un réformiste bourgeois ‘radical’), et ceci était précisément l’objet de la ferveur comme de la haine. Et ici ? Et bien, lorsque l’on entre ‘chavez fasciste’ sur Google, l’on trouve, pour associer cet épithète au dirigeant ‘bolivarien’… les documents de ‘Voie Lactée’ (ou de leurs amis internationaux traduits par eux), et… des sites très-à-droite de type ‘néoconservateurs’ (‘droite radicale’ particulièrement pro-US, pro-Israël etc.), tels que ‘La Pensée néoconservatrice’ ou dreuz.info (et encore, ces sites parlent-ils de ‘fascisme’… ‘rouge’ !). À méditer...

Une autre caractéristique du fascisme au sens strict (Hitler, Mussolini, Franco, Pinochet etc., à distinguer du ‘pourrissement réactionnaire généralisé’ de la politique bourgeoise - 'fascisme moderne' - que nous connaissons actuellement en Occident), du choix du fascisme (et non du réformisme) par la classe dominante face à l’ingouvernabilité galopante, c’est le développement d’une intense activité squadriste  (paramilitaire anticommuniste, anti-progressiste) avant même la prise de pouvoir (laquelle est rarement le fruit d’un net résultat des urnes, mais plutôt d’un coup de force, fut-il ‘constitutionnel’) : Chemises noires en Italie, SA en Allemagne, Phalange en ‘Espagne’, ‘ligues’ et ‘Cagoule’ en ‘France’, Rex en Belgique, 'Garde de Fer' en Roumanie, Patria y Libertad au Chili, Triple A en Argentine, AUC en Colombie, etc. Rien de tout cela au Venezuela de la fin des années 1990, pas plus qu’en Équateur ou en Bolivie dans la première moitié des années 2000…

Ah ! Et puis un dernier fait intéressant, un de ces petits ‘buzz’ politiques révélateurs, ce sont les propos de l’ex-président régional de Gwadloup et oncle Tom des dernières colonies ministre de l’Outre-mer, Victorin Lurel, représentant la France aux obsèques du défunt, qui a comparé Chávez à De Gaulle (certes) et Léon Blum (le genre de point de vue très répandu dans la ‘gauche’ bourgeoise et le ‘peuple de gauche’ des Antilles) : ces propos ont été non seulement critiqués par les courants les plus ‘euro-atlantistes’ du PS (Cambadélis etc.), mais aussi vivement dénoncés comme ‘hallucinants’, ‘choquants’, ‘fadaises’ par Jean-François Copé lui-même et la droite copéiste, dont le sinistre Lionnel Luca, chef de file de la Garde de Fer de Sarkozy ‘Droite populaire’ (voir aussi la réaction de Luca ici), bref, la droite dans laquelle le ‘p’’c’’mlm’ voit jour après jour ‘renaître le RPR’ et fleurir le ‘néogaullisme’. Chez les fascistes, Marine Le Pen juge la polémique ‘stérile’ et estime que Chávez "a fait des choses positives, notamment faire profiter son peuple de la manne du pétrole, d'autres dirigeants en Afrique qui avaient des ressources très importantes n'ont pas fait cela" (elle ménage là le fort courant ‘NR’ de son parti, en faisant preuve au passage d’une hypocrisie totale sur les peuples africains pillés par la Françafrique), mais "avait un exercice un peu personnel du pouvoir et une manière d'envisager la liberté des médias qui n'était pas évidemment la nôtre" (la ‘liberté d’expression’ contre la ‘pensée unique’ - 'de gauche' évidemment - est devenue une rengaine récurrente de l’extrême-droite fasciste depuis une trentaine d’années, à rapprocher de l'UMPiste ex-FN Guillaume Peltier exigeant un 'quota de journalistes de droite', etc.) : bref, elle reste assez ‘neutre’ et ‘garde ses distances’. Son grand rival dans le parti d'extrême-droite, Bruno Gollnisch, en dresse un portrait plus élogieux – et largement fantasmé ; mais s’en sert surtout pour ‘aligner’ Mélenchon, avant de digresser sur les ‘chrétiens de Syrie’, sa grande marotte. Le 'bras droit' de MLP, Florian Philippot (énarque venu du chevènementisme), a certes affirmé (sur Twitter) que Chávez "c'était d'abord une volonté, un courage"... mais il n'est lui-même plus vraiment en odeur de sainteté au sein du FN, qu'il est accusé de 'gauchiser', et encore moins à la droite de celui-ci (le spectre des 'années Soral' flotte encore sur la vieille garde frontiste). Novopress (Bloc identitaire) est en revanche extrêmement critique (critiques rejoignant, d’ailleurs, en partie celles des anti-chavistes d’extrême-gauche…) ; tandis que le site ‘occidentaliste’ et islamophobe Euro-reconquista n’a pas réagi au décès (ni aux propos du Lurel), mais a déjà eu l’occasion de critiquer très violemment le comandante ‘bolivarien’ (la ligne de ce site reflète, très largement, la pensée de l’immense majorité du ‘peuple d’extrême-droite’ hexagonal). Bernard Antony (Chrétienté-Solidarité, extrême-droite nationale-catholique) ironise sur la 'pratique marxiste des momifications' (Chávez devant être embaumé) ; ce qui ne laisse pas supposer (si Chávez est un 'révolutionnaire marxiste' selon lui) une grande sympathie. Ni l'Union de la Droite Nationale, ni ses composantes (NDP, MNR et Parti de la France, dissidences du FN nettement plus maurassiennes et 'occidentalistes') n'ont réagi à la nouvelle. Synthèse Nationale (proche de l'UDN) présente deux analyses, l'une 'NR' (évidemment) fana-chaviste, l'autre d'un membre de la NDP, beaucoup plus critique. Comme chacun-e peut le constater, Chávez était donc loin de faire l’unanimité dans la mouvance fasciste, la ‘droite radicale’ et les ‘néogaullistes’ de tout poil (toute la 'droite radicale' et l’extrême-droite se réfère aujourd'hui plus ou moins à De Gaulle, même si certains lui reprochent encore la ‘trahison algérienne’), contrairement à ce que prétendent le ‘p’’c’’mlm’ et ses satellites gauchistes internationaux. Voilà une autre contre-vérité factuelle absolue...

Et voilà... ça ne devait pas être 'kilométrique'... et ça a fini encore une fois par l'être !


Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Amériques - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Mardi 12 février 2013 2 12 /02 /Fév /2013 19:48

 

165192 144270088959492 100001295066667 207790 6371168 nNous sommes en 2013. Il y a 40 ans, de l'autre côté de l'Atlantique et de l'Équateur terrestre, le continent sud-américain était le théâtre d’événements aussi glorieux - héroïques luttes populaires révolutionnaires - que tragiques - leur extermination par les fascistes à la solde de l'impérialisme. Le 11 mars 1973, sous la pressions des mouvements populaires, la junte fasciste national-catholique de la "révolution argentine" (1966-73) avait fini par opérer un 'repli stratégique' ou ouvrir la 'soupape de sécurité' en organisant des élections bourgeoises libres. Celles-ci virent la victoire d'un représentant de l'aile gauche du mouvement péroniste (Front justicialiste de Libération, FREJULI), Hector Cámpora. À peine élu, celui-ci libère les prisonniers politiques (près de 500), rétablit les relations diplomatiques et commerciales avec Cuba, et autorise immédiatement le retour de l'ultra-populaire général Perón (point clé de sa campagne) et de son entourage, exilés en Espagne, dans une atmosphère de grand espoir et de liesse populaire : ce fut le printemps camporiste. Un "printemps en automne" (puisque l'Argentine est dans l'hémisphère sud) qui devait s'achever tragiquement sur un long hiver, dès le retour de Perón le 20 juin sur l'aéroport d'Ezeiza, lorsque les escadrons péronistes de droite de López Rega firent feu sur les jeunes 'péronistes de gauche' : l'hiver du 'second péronisme', ouvertement réactionnaire et antipopulaire, qui ouvrira un boulevard au nouveau coup d'État militaire national-catholique de 1976 et à l'une des plus terribles dictatures fascistes du continent [1976-83 ; 30 000 « disparus » (desaparecidos), 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques et 1,5 million d'exilés pour 30 millions d'habitants]. Quelques mois plus tard encore, le 11 septembre, au Chili voisin, c'est le printemps austral qui devenait à son tour hiver, avec le coup d'État fasciste d'Augusto Pinochet et ses milliers d'assassiné-e-s et de disparu-e-s, tandis que dès le 27 juin, en Uruguay, les militaires plaçaient le gouvernement civil (de droite) sous la tutelle d'un 'Conseil d'État', pour un 'processus de reconstruction nationale' luttant contre la 'subversion' : il y aura des centaines de 'disparu-e-s' et un prisonnier politique pour 450 habitant-e-s... Depuis de nombreuses années déjà, le Brésil (1964), la Bolivie (1964 aussi, avec une parenthèse 'progressiste' en 1970-71) et le Paraguay (1954) vivaient sous de similaires régimes militaro-fascistes au service de l'impérialisme US ; au Venezuela et en Colombie, les ailes gauche et droite de la politicaille civile s'étaient partagées le pouvoir pour écraser pareillement les guérillas révolutionnaires et les mouvements sociaux ; tandis qu'au Pérou et en Équateur, des juntes militaires 'de gauche' trahissaient les luttes du peuple. Le héros sublime, le 'Christ rouge' continental Ernesto 'Che' Guevara, était lui même tombé au combat révolutionnaire, en Bolivie, le 9 octobre 1967. 

2013 est donc l'occasion, pour Servir le Peuple, de publier ce document d'une inestimable valeur historique ; jamais traduit en français à ce jour : la déclaration "Aux peuples d'Amérique latine" (1er novembre 1974) de la Junte de Coordination Révolutionnaire, 'petite internationale' formée par les forces révolutionnaires avancées d'Argentine (PRT-ERP), du Chili (MIR), d'Uruguay (Tupamaros) et de Bolivie (ELN fondé par le Che lui-même) pour coordonner la lutte révolutionnaire anti-oligarchique et anti-impérialiste dans le 'cône Sud' du continent, au moment où les dictatures fascistes pro-impérialistes coordonnaient elles-mêmes leurs efforts dans le sinistre 'Plan Condor'.

Une déclaration, bien sûr, et c'est AUSSI sa valeur historique, pétrie de toutes les limites de conception révolutionnaire du monde de la première vague mondiale des révolutions prolétariennes (1917-92) ; notamment - bien sûr - celles du guévarisme. Le PRT-ERP prônait même de dépasser ces limites par un 'plein retour au léninisme', à travers la fusion des apports théoriques de Mao Zedong et de... Trotsky, ainsi que du Che, d'Hô Chi Minh, de Mariátegui ou encore Gramsci, à la lumière de l'expérience 'des révolutions chinoise, vietnamienne et cubaine'. Il n'était, bien sûr, et n'est pas plus aujourd'hui question d'un 'plein retour au léninisme', puisque c'est bel et bien dans les limites de la science marxiste à 'l'étape Lénine' (1900-1950) que résident les causes des échecs subis par le mouvement communiste international au siècle dernier ; mais bien de porter le marxisme-léninisme, lui-même développement supérieur du marxisme, à un niveau ENCORE SUPÉRIEUR ; et ce développement supérieur du marxisme-léninisme, nous en disposons aujourd'hui : c'est le marxisme-léninisme-maoïsme (le PRT avait donc partiellement vu juste). Dans ces limites résident aussi, hélas, bel et bien les causes de la défaite et de l'extermination de ces révolutionnaires par les juntes fascistes.

Mais tout cela, il va de soi, n'enlève rien à l'héroïsme de ces camarades tombé-e-s (pour la plupart) en combattant vaillamment les ennemis du peuple ; et, d'autre part, c'est aussi et seulement en nous APPROPRIANT LE PASSÉ, sans honte ni tiédeur révisio-réformiste, mais aussi sans sectarisme dogmato-gauchiste, que nous pouvons CONSTRUIRE L'AVENIR : défendre, renforcer, arborer, appliquer mais aussi développer (car il n'est pas, selon nous, 'parfait', 'fini') ce maoïsme qui est notre arme de destruction massive contre la dictature du Capital.

Il faut bien comprendre que le grand reflux stratégique mondial du mouvement révolutionnaire (1975-92) a été aussi rapide que BRUTAL, que la chute a été de très haut. Car à l'inverse, entre 1950 et 1975, la première vague de la révolution mondiale, malgré que l'URSS et ses 'pays frères' d'Europe de l'Est aient déjà entamé leur dégénérescence révisionniste, était à son APOGÉE : 'le fond de l'air était rouge' ; c'est là le fameux 'totalitarisme intellectuel de gauche' contre lequel ferraille la bourgeoisie réactionnaire depuis plus de 30 ans. En revanche, après 1975, tant la gigantesque Guerre populaire du Pérou, guidée par le marxisme-léninisme-maoïsme, que les guérillas marxistes-léninistes ou 'socialistes révolutionnaires' d'Amérique centrale, tant les organisations communistes combattantes italiennes que les petit-e-s GRAPO de l'État espagnol ou les CCC de Belgique, tant les mouvements révolutionnaires de libération du Pays Basque ou d'Irlande que la résistance armée et l'Intifada palestinienne ou encore les luttes du peuple d'Azanie contre le régime fasciste d'apartheid, n'ont malheureusement fait que lutter désespérément contre le courant inexorable qui poussait l'humanité vers l'autoproclamée 'Fin de l'Histoire', vers le triomphe à la romaine du Grand Capital sur les forces qui, durant trois quarts de siècle, avaient ébranlé son ordre établi. Ce n'est que dans les dernières années du siècle, au Népal, aux Philippines, en Colombie (mais là, dans les profondes limites idéologiques du 'révisionnisme armé'), puis dans la décennie suivante en Inde, qu'a pu commencer à se lever l'étendard de la DEUXIÈME VAGUE révolutionnaire mondiale, qui, cette fois-ci, conduira les peuples de la Terre à leur émancipation définitive. Il est donc très important pour nous, communistes révolutionnaires du 21e siècle, maoïstes, sans nous emmurer dans le sectarisme et les a priori du 'chauvinisme d'idéologie', d'étudier, de nous approprier et d'APPRENDRE de ce 'pic' de la révolution mondiale passée, pour faire se lever la nouvelle vague à un niveau - de très loin - supérieur à la première, en espérant que, dans les années 2050 ou 2060, nous redeviendrons poussière avec le sentiment d'une formidable œuvre accomplie.

Depuis les années 1980, la guerre contre-révolutionnaire déchaînée 30 ans plus tôt par l'impérialisme, avec ses Pinochet, ses Videla, ses Stroessner, ses Banzer, ses Rios Montt et ses D'Aubuisson, a réussi à ramener l'Amérique latine, sacrée au cœur des révolutionnaires du monde entier, à un état de semi-colonialisme effroyable et sans pitié, appelé là-bas 'néolibéralisme', que seuls contestent, dans toutes les limites du réformisme bourgeois, quelques gouvernements depuis la fin des années 1990-début des années 2000 (Brésil, Venezuela, Argentine, Équateur, Bolivie, Uruguay etc.). Si l'impérialisme US a été militairement le maître d’œuvre de cette guerre d'extermination, et le principal bénéficiaire du 'néolibéralisme' qui l'a suivie, TOUS les impérialismes de la planète profitent du pillage et s'engraissent tels des charognards sur le cadavre du continent, Y COMPRIS (très largement) les impérialismes de l'UE, qui profitent, même, des gouvernements 'contestataires' de l'hégémonie US, et Y COMPRIS notre impérialisme BBR. Il est donc de notre DEVOIR INTERNATIONALISTE ('cosmopolite' pour certain-e-s...) d'accorder une grande attention au mouvement révolutionnaire sur le continent latino-américain. Un rôle de l'impérialisme BBR encore aggravé, de sinistre manière, par le fait que la guerre d'extermination contre-révolutionnaire déchaînée contre les peuples et les révolutionnaires des Amériques, entre les années 1960 et 1980, s'est largement appuyée sur l'école française des méthodes 'antisubversives' développées, pendant la guerre de libération algérienne, par les bouchers de l'impérialisme Trinquier, Massu, Bigeard et autres Aussaresses...

Voici donc la Déclaration de la Junte de Coordination Révolutionnaire du 'cône Sud', du 1er novembre 1974 :  


AUX PEUPLES D'AMÉRIQUE LATINE

 

Source

"C'est la voie du Vietnam qui est la voie que doivent suivre les peuples ; c'est la voie que suivra l'Amérique, avec la caractéristique particulière que les groupes en armes pourront former quelque chose comme des Juntes de Coordination pour rendre plus difficile la tâche répressive de l'impérialisme yankee et faciliter leur propre cause."

Che Guevara, "Message à la Tricontinentale"

Le Mouvement de Libération Nationale (Tupamaros) d'Uruguay, le Mouvement de la Gauche Révolutionnaire (MIR) du Chili, l'Armée de Libération Nationale (ELN) de Bolivie et l'Armée Révolutionnaire du Peuple (ERP) d'Argentine cosignent la présente déclaration pour faire connaître aux ouvriers, aux paysans pauvres, aux pauvres de villes, aux étudiants et aux intellectuels, aux peuples indigènes, aux millions de travailleurs exploités de notre souffrante patrie latino-américaine, leur décision de s'unir en un Junte de Coordination Révolutionnaire. Cet important pas en avant est le produit d'une nécessité ressentie ; la nécessité de donner une cohésion à nos peuples dans le domaine de l'organisation, d'unifier les forces révolutionnaires face à l'ennemi impérialiste, de livrer avec plus d'efficacité la lutte politique et idéologique contre le nationalisme bourgeois et le réformisme. Ce pas en avant important est la concrétisation de l'une des principales idées stratégiques du commandant Che Guevara, héros, symbole et précurseur de la Révolution socialiste continentale. C'est aussi un pas significatif qui tend à reprendre la tradition fraternelle de nos peuples, qui surent fraterniser et lutter comme un seul homme contre les oppresseurs du siècle passé, les colonisateurs espagnols.

NOTRE LUTTE EST ANTI-IMPÉRIALISTE

combattants-erpLes peuples du monde vivent sous la menace permanente de l'impérialisme le plus agressif, le plus rapace à avoir jamais existé dans l'histoire. Ils ont été témoins, et non avec indifférence, du génocide organisé et dirigé par l'impérialisme yankee contre l'héroïque peuple vietnamien. Dans cette guerre inégale, dont la clameur ne s'est pas encore éteinte, s'est montré sans masque le caractère militariste et sournois de l'impérialisme du Nord. Mais, dans cette guerre, encore une fois et en contrepartie, s'est démontrée la faiblesse de son système et de toute sa puissance militaire, face à un peuple disposé à lutter et décidé à être libre quel qu'en soit le prix. Les peuples latino-américains, depuis le siècle dernier jusqu'à nos jours, ont supporté lourdement le joug colonial ou néocolonial des impérialistes, ils ont subi l'une après l'autre interventions militaires et guerre injustes exécutées ou fomentées, tant par l'armée nord-américaine que par les monopoles supranationaux. Nous avons là la spoliation du Mexique, l'occupation de Puerto Rico, l'intervention de Saint-Domingue, et cette Baie des Cochons et beaucoup d'autres actes belliqueux que notre Amérique n'oubliera ni ne pardonnera jamais. Et nous avons là Shell, Esso ou la Standard Oil, la United Fruit, la ITT, les dollars de M. Rockefeller et de M. Ford. Nous avons là la CIA, qui avec Papy Shelton, Mitrione, Siracusa, a laissé des traces indélébiles de la politique dominatrice et arrogante des États-Unis contre le Mouvement populaire et Amérique latine.

L'AMÉRIQUE LATINE EST EN MARCHE VERS LE SOCIALISME

418390 1Le 1er janvier 1959, avec la victoire de la Révolution cubaine, commençait la marche finale des peuples latino-américains vers le socialisme, vers la véritable indépendance nationale, vers le bonheur collectif des peuples. La juste et ouverte rébellion des exploitées d'Amérique latine contre un système barbare, néocolonial, capitaliste, imposé depuis la fin du siècle dernier par les impérialismes yankee et européens, qui par la force, la tromperie et la corruption se sont appropriés notre continent. Les lâches bourgeoisies criollas (élites descendant des colons espagnols, NDLR) et leurs armées ne surent pas faire honneur au legs révolutionnaire libérationiste de la glorieuse lutte anticoloniale de nos peuples, qui, conduits par des héros comme Bolívar, San Martín, Artigas et tant d'autres, conquirent leur indépendance, l'égalité et la liberté. Les classes dominantes, défendant de mesquins intérêts de groupe,s 'unirent aux impérialistes, collaborant avec eux, facilitant leur pénétration économique, livrant progressivement le contrôle de notre économie à la voracité insatiable du capitalisme étranger. La domination économique a engendré le contrôle et la subordination politique et culturelle. Ainsi vit le jour le système capitaliste néocolonial qui exploite, opprime et acculture depuis un siècle les classes laborieuses de notre continent. Depuis le début du siècle, la classe ouvrière a commencé à se lever contre ce système, déployant la peu connue alors bannière du socialisme, unie indissociablement à la bannière de l'indépendance nationale, favorisant le réveil des paysans, des étudiants, de tout ce qu'il y a de sain et de révolutionnaire dans nos peuples.

mir3L'anarchisme, le socialisme et le communisme, comme mouvements organisés de la classe ouvrière, prirent la tête avec énergie et héroïsme de larges mobilisations de masse, jalons ineffaçables de la lutte révolutionnaire. Le légendaire leader nicaraguayen Augusto César Sandino, ouvrier métallurgiste, dirigea dans son petit pays l'une des plus héroïques de ces batailles, quand son armée de guérilla mit en échec et défit les troupes interventionnistes nord-américaines en 1932. Ce fut dans cette décennie 1930 que nos peuples déclenchèrent dans tout le continent une formidable poussée de masse qui bouscula la domination néocoloniale homogénéisée par l'impérialisme yankee, ennemi n°1 de tous les peuples du monde. Mais cette formidable mobilisation révolutionnaire de masse ne fut pas couronnée de victoire. L'intervention active, politique et militaire, directe et indirecte de l'impérialisme yankee, ajoutée aux déficiences de l'anarchisme, des courants socialistes et des Partis communistes, furent les causes d'une défaite temporaire.

José Carlos MariáteguiLa majorité des Partis communistes, les plus conscients, conséquents et organisés de cette époque, tombèrent dans le réformisme. Certains d'entre eux, comme l'héroïque et aguerri Parti communiste salvadorien, subirent de cruelles défaites avec des dizaines de milliers de martyrs. Pour cette raison, la poussée impétueuse des masses dévia de son chemin révolutionnaire et tomba sous l'influence et la direction du nationalisme bourgeois, voie de garage de la révolution, ressort intelligent et démagogique que trouvent les classes dominantes pour prolonger par la tromperie l'existence du système capitaliste néocolonial. À partir de la formidable victoire du peuple cubain, qui, sous la conduite habile et clairvoyante de Fidel Castro et d'un groupe de dirigeants marxistes-léninistes, parvint à défaire l'armée de Batista et à établir dans l'île de Cuba, sous le nez même de l'impérialisme, le premier État socialiste latino-américain, les peuples du continent se virent renforcés dans leur foi révolutionnaire, et débutèrent une nouvelle et profonde mobilisation collective. Avec réussites et erreurs, nos peuples et leurs avant-gardes se lancèrent avec décision dans la lutte anti-impérialiste pour le socialisme. Le décennie 1960 vit se succéder de manière ininterrompue de grandes luttes populaires, de violents combats guérilleros, de puissantes insurrections de masse. La Guerre d'Avril (1965), insurrection générale du peuple dominicain, obligea à l'intervention directe de l'impérialisme yankee qui dut envoyer 30.000 soldats pour écraser dans le sang ce magnifique soulèvement.

aniv-che03La figure légendaire du commandant Ernesto Guevara personnifia, symbolisa toute cette époque de luttes et sa mort héroïque, comme sa vie exemplaire et sa claire conception stratégique marxiste-léniniste, ouvre et éclaire la voie de la nouvelle vague révolutionnaire de nos peuples, qui grandit jour après jour en puissance et en consistance, jaillissant des usines, des villages, des campagnes et des villes, et se déploie irrésistiblement sur tout le continent. C'est le réveil définitif de nos peuples qui fait se lever des millions de travailleurs et prend inexorablement le chemin de la seconde indépendance, de la libération nationale et sociale définitive, de la définitive élimination de l'injuste système capitaliste et de l'établissement du socialisme révolutionnaire.

LA LUTTE POUR LA DIRECTION DU MOUVEMENT DE MASSE

Mais la voie révolutionnaire n'est ni facile ni simple. Nous ne devons pas seulement affronter la force économique et militaire barbare de l'impérialisme. Des ennemis et des dangers plus pueblo-bandera-mirsubtils guettent à chaque instant les forces révolutionnaires, dans leurs efforts de livrer effectivement, victorieusement, la lutte anti-impérialiste. Aujourd'hui, étant donnée la situation particulière du processus révolutionnaire continental, nous devons nous référer spécifiquement à deux courants de pensée et d'action, qui conspirent puissamment contre les efforts révolutionnaires des peuples latino-américains. Ce sont : un ennemi, le nationalisme bourgeois ; et une conception erronée dans le camp du peuple, le réformisme. Chacun d'entre eux, parfois étroitement liés, tentent de chevaucher la poussée révolutionnaire de nos peuples, d'en prendre la direction et d'imposer leurs conceptions erronées et intéressées, qui indéfectiblement finiront par contenir et mutiler l'élan révolutionnaire. Pour cette raison, revêt une dimension stratégique la lutte idéologique et politique intransigeante que les révolutionnaires doivent livrer contre ces courants, pour s'imposer à eux, pour gagner ainsi la direction des plus larges masses, pour doter nos peuples d'une direction révolutionnaire conséquente qui nous conduise avec constance, intelligence et effectivité jusqu'à la victoire finale.

peron12Le nationalisme bourgeois est un courant parrainé par l'impérialisme qui s'appuie sur lui comme diversion démagogique pour détourner et dévier la lutte des peuples, lorsque la violence révolutionnaire perd en efficacité. Son noyau social est constitué par la bourgeoisie pro-impérialiste ou un secteur de celle-ci, qui prétend s'enrichir sans aucune mesure, disputant à l'oligarchie et à la bourgeoisie traditionnelle les faveurs de l'impérialisme, grâce au 'truc' de se présenter comme les pompiers de l'incendie révolutionnaire, par leur influence populaire et leur capacité de négociation face à la mobilisation de masse. Dans sa politique de tromperie, elle endosse un anti-impérialisme verbal et tente de confondre les masses avec sa thèse nationaliste préférée : la troisième voie. Mais en réalité, ils ne sont nullement anti-impérialistes ; ils se soumettent au contraire à de nouvelles et plus subtiles formes de pénétration économique étrangère.

allendeLe réformisme est, au contraire, un courant qui germe au sein même du peuple travailleur, reflétant la crainte de l'affrontement de la part de secteurs petits-bourgeois ou de l'aristocratie ouvrière. Il se caractérise par refuser fermement en pratique la juste et nécessaire violence révolutionnaire comme méthode fondamentale de lutte pour le pouvoir, abandonnant ainsi la conception marxiste de la lutte des classes. Le réformisme diffuse dans les masses de nocives idées pacifistes et libérales, enjolive la bourgeoisie nationale et les forces armées contre-révolutionnaires avec lesquelles il cherche constamment à s'allier, exagère l'importance de la légalité et du parlementarisme. L'un de ses argumentas favoris, celui de la nécessité d'éviter la violence et de s'allier avec la bourgeoisie et les militaires 'patriotes', en quête d'une voie pacifique qui épargne aux masses des effusions de sang sur le chemin vers le socialisme, est catégoriquement et douloureusement réfuté par les faits. Là où le réformisme a imposé sa politique conciliatrice et pacifiste, les classes ennemies du peuple et leurs forces armées ont exécuté les plus grands massacres contre le peuple. La récente expérience chilienne, avec plus de 20.000 hommes et femmes assassiné-e-s, nous dispense de plus de commentaires.

santuchoFace au nationalisme bourgeois, au réformisme et à d'autres courants de moindre importance, en lutte idéologique et politique constante avec eux, se dresse le pôle armé, le pôle révolutionnaire qui jour après jour se consolide au sein des masses, accroissant son influence, améliorant sa capacité politique et militaire, devenant toujours plus une option concrète vers l'indépendance nationale et le socialisme. C'est précisément pour contribuer au renforcement de ce pôle révolution à l'échelle continentale, que les quatre organisations signataires de cette déclaration ont décidé de constituer la présente Junte de Coordination Révolutionnaire, autour de laquelle et de chacune de ses organisations nationales, nous appelons à s'organiser et à combattre unie tout l'avant-garde révolutionnaire, ouvrière et populaire, d'Amérique latine. Ceci signifie naturellement que les portes de cette Junte de Coordination Révolutionnaire sont ouvertes aux organisations révolutionnaires des différents pays latino-américains.

L'EXPÉRIENCE DE NOS ORGANISATIONS

ADELANTE-TUPAMAROS20120216Le MLN Tupamaros, le Mouvement de la Gauche révolutionnaire (MIR), l'Armée de libération nationale (ELN) et l'Armée révolutionnaire du Peuple (ERP), au cours de leur lutte patriotique et révolutionnaire, ont peu à peu compris la nécessité de s'unir, ont peu à peu affirmé par leur propre expérience leur conception internationaliste, comprenant que contre l'ennemi impérialiste uni et organisé nous devons opposer la plus solide et étroite unité de nos peuples. Liées par la similitude de nos luttes et de nos lignes, nos quatre organisations ont d'abord établi des liens fraternels, et à travers tout un processus nous sommes passés à un échange d'expériences, à une collaboration mutuelle chaque jour plus active, jusqu'à accomplir aujourd'hui ce pas décisif qui accélère la coordination et la collaboration qui sans le moindre doute fera bénéficier d'une meilleure effectivité pratique la lutte acharnée que livrent nos peuples contre le féroce ennemi commun.

Le développement de nos organisations, le renforcement de leur conception et pratique internationaliste, permettra de mieux mettre à profit les potentialités de nos peuples, jusqu'à MIR-victor-toro-80-004ériger une puissante force révolutionnaire capable de vaincre définitivement la réaction impérialiste et capitaliste, d'annihiler les forces armées contre-révolutionnaires, d'expulser l'impérialisme yankee et européen du sol latino-américain, pays après pays, et d'initier la construction du socialisme dans chacun de nos pays, pour arriver un jour prochain à la plus complète unité latino-américaine. Atteindre cet objectif sacré ne sera pas facile, la cruauté et la force de l'impérialisme rendra nécessaire, comme l'entrevoyait le commandant Che Guevara, de mener une cruelle et prolongée guerre révolutionnaire qui fera du continent latino-américain le deuxième ou troisième Vietnam du monde. Mais, suivant le glorieux exemple de l'héroïque peuple vietnamien, les travailleurs latino-américains sauront combattre sans relâche, avec toujours plus d'efficacité, déployant dans toute leur intensité les invincibles énergies des masses, et écraser l'impérialisme yankee et ses agents, conquérant ainsi notre félicité et contribuant puissamment à la destruction définitive de l'ennemi principal de la classe ouvrière internationale, du socialisme, et de tous les peuples du monde.

NOTRE PROGRAMME

tupamarosNous sommes unis par la compréhension du fait qu'il n'y a pas d'autre stratégie viable en Amérique latine que la stratégie de la guerre révolutionnaire. Que cette guerre révolutionnaire est un processus complexe de lutte de masses, armé et non armé, pacifique et violent, où toutes les formes de lutte se développent harmonieusement en convergeant autour de l'axe directeur de la lutte armée. Que pour le développement victorieux de tout le processus de guerre révolutionnaire, il est nécessaire de mobiliser toutes les masses du peuple sous la direction du prolétariat révolutionnaire. Que la direction prolétarienne de la guerre s'exerce à travers un Parti de combat marxiste-léniniste, de caractère prolétarien, capable de centraliser et diriger, unissant en un seul et puissant faisceau tous les aspects de la lutte populaire, garantissant une direction stratégique juste. Que sous la direction du Parti prolétarien, il est nécessaire de structurer une puissante Armée populaire, cœur d'acier des forces révolutionnaires qui, en se développant du petit vers le grand, intimement unie aux masses et alimentée par elles, s'érige en un mur infranchissable où se briseront tous les assauts militaires réactionnaires, et soit en condition matérielle d'assurer l'annihilation totale des forces armées contre-révolutionnaires. Qu'il est nécessaire de construire pareillement un large Front ouvrier et populaire de masse, qui mobilise tout le peuple progressiste et révolutionnaire, les différents partis populaires, les MIR-Chilesyndicats et d'autres organisations similaires, en un mot, qui mobilise les plus larges masses dont la lutte se déroule actuellement en parallèle, convergeant à tout moment, stratégiquement, avec l'activité militaire de l'Armée populaire et l'activité populaire clandestine du Parti prolétarien.

La réponse doit être claire, et nulle autre que la lutte armée comme principal facteur de polarisation, d'agitation et, en définitive, de défaite de l'ennemi, l'unique possibilité de victoire. Cela ne veut pas dire que ne sont pas utilisées toutes les formes d'organisation et de lutte possible : la légale et la clandestine, la pacifique et la violente, l'économique et la politique, convergeant toutes avec la meilleure efficacité dans la lutte armée, en accord avec les particularités de chaque région et pays. Le caractère continental de la lutte est déterminé, fondamentalement, par la présence d'un ennemi commun. L'impérialisme nord-américain mène une stratégie internationale pour contenir la Révolution socialiste en Amérique latine.

graff de l'erpCe n'est pas fortuitement que sont imposés des régimes fascistes dans les pays où le mouvement de masse en expansion menace la stabilité du pouvoir oligarchique. À la stratégie internationale de l'impérialisme doit répondre la stratégie internationale des révolutionnaires. Le chemin à parcourir dans cette lutte n'est pas court. La bourgeoisie internationale est prête à empêcher, par tous les moyens, la Révolution, dès qu'elle sera à l'ordre du jour dans un seul pays. Elle détient tous les moyens officiels et officieux, militaires et de communication, pour les utiliser contre le peuple. Pour cela notre guerre révolutionnaire une guerre d'usure de l'ennemi dans ses premières phases, jusqu'à former une Armée populaire qui surpasse en force celle de l'ennemi. Ce processus est lent, mais il est, paradoxalement, le chemin le plus court et le moins coûteux pour atteindre les objectifs des classes opprimées.

PEUPLES D'AMÉRIQUE LATINE : AUX ARMES !

bolivia-eln Nous vivons des moments décisifs de notre histoire. Conscients de cela, le MLN Tupamaros, le MIR, l'ELN et l'ERP appellent tous les travailleurs exploités latino-américains, la classe ouvrière, les paysans pauvres, les pauvres des villes, les étudiants et intellectuels, les chrétiens révolutionnaires et tous les éléments provenant des classes exploiteuses disposés à collaborer avec la juste cause populaire, à prendre les armes avec décision, à rejoindre activement la lutte révolutionnaire anti-impérialiste et pour le socialisme qui se livre actuellement sur notre continent, derrière la bannière et l'exemple du commandant Guevara.

 

JCR - JUNTE DE COORDINATION RÉVOLUTIONNAIRE

LA VICTOIRE OU LA MORT ! - ELN

LA PATRIE OU LA MORT, NOUS VAINCRONS ! - MIR

VAINCRE OU MOURIR POUR L'ARGENTINE ! - ERP

LA LIBERTÉ OU LA MORT ! - TUPAMAROS

 


Note SLP : à la lumière de ce document, et en particulier de son paragraphe 'La lutte pour la direction du mouvement de masse', que pouvons-nous et devons-nous penser des gouvernements dits 'bolivariens', au Venezuela ou (impulsés par celui-ci) en Bolivie, en Équateur, au Nicaragua etc. (si l'on laisse de côté les autres, en premier lieu le Brésil et l'Argentine, qui, si leurs capitaux 'émergents' sont un paramètre important sur le continent, sont plus classiquement réformistes 'modérés', sociaux-libéraux) ? Question que SLP a largement traité et sur laquelle il a (il faut le reconnaître) pas mal évolué... Alors, nationalisme bourgeois, réformisme ou processus révolutionnaire ? [Pour mémoire, lire : Les Etats "bolivariens" : notre position ; Retour sur la situation en Amérique latine ; Retour sur la situation en Amérique du Sud ; Discussion sur la "gauche" en Amérique latine et la bourgeoisie bureaucratique ; ou encore, sur des actualités ponctuelles : HAUTE TRAHISON : la bourgeoisie nationale réformiste de Chavez est passée à la Réaction ; Équateur : le lent mais sûr glissement réactionnaire de la "révolution citoyenne" ; À propos de la dite « Loi de révolution productive, communautaire et agricole » d'Evo Morales ; Bolivie : Marche indigène réprimée]
chaveznodEt bien, la réalité, c'est que dans le contexte du 'néolibéralisme', oppression semi-coloniale d'une férocité sans précédent, d'où a surgi le mouvement bolivarien, devenu PSUV en 2008 (avec ses petits satellites PCV, courants trotskystes, 'marxistes' divers),
il y a sans doute... LES TROIS (Chavez lui-même représentant une synthèse des trois, ce pourquoi il a été choisi comme 'clé de voûte' de l'édifice) : des secteurs oligarchiques/grands-bourgeois qui veulent s''affirmer' face à l'impérialisme US et/ou se poser en 'pompiers' du mouvement social devenu incontrôlable (ce que les maoïstes du continent appellent la 'bourgeoisie bureaucratique', mais c'est schématique) ; des (sans doute la grande majorité) secteurs réformistes des classes populaires et de la petite et moyenne bourgeoisie (la bourgeoisie 'nationale') ; et des forces (ou des personnes non-organisées) révolutionnaires, ou en tout cas pour un 'changement radical' (il faut bien prendre en compte que l''idée' révolutionnaire communiste, conscientisée comme telle, a beaucoup reculé par rapport aux années 1970), qui ont soutenu et parfois soutiennent encore 'avec des critiques', comme 'un premier pas', 'faute de mieux'... Et, depuis que l'offensive impérialiste US a été contrecarrée au milieu des années 2000, l'on voit effectivement les contradictions s'aiguiser chaque jour un peu plus entre ces trois composantes. Si Chavez venait à passer de vie à trépas, ces contradictions viendraient très certainement et très rapidement à exploser. Il en va de même pour les autres pays où Chavez a exporté son 'modèle' à partir du milieu des années 2000...

 


Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Amériques - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Vendredi 24 août 2012 5 24 /08 /Août /2012 20:30

Si l'Amérique latine a connu de nombreuses dictatures, militaires voire parfois civiles (elle n'a, à vrai dire, jamais connu la démocratie bourgeoise au sens propre, sinon dans de courtes expériences comme Allende au Chili, et depuis autour de l'an 2000 dans quelques pays comme le Brésil, l'Argentine etc.) ; notamment dans la période 1945-85 (voire 1990 en Amérique centrale), dans la triple préoccupation d'écraser le mouvement révolutionnaire, de lutter contre l'influence social-impérialiste soviétique et d'asseoir la tutelle semi-coloniale US face à des bourgeoisies (beaucoup plus fortes qu'en Afrique, par exemple) tentées par l'émancipation et l'"émergence" ; les dictatures argentines de 1966-73 et (surtout) 1976-83 furent de loin les plus féroces, mettant en place une répression et une élimination systématique des forces populaires progressistes et révolutionnaires (en même temps que d'imposer le "néolibéralisme" des Chicago boys), comparables à l'Espagne de Franco en plus méthodique et organisé, inspirées en particulier des méthodes élaborées lors de la guerre d'indépendance algérienne et diffusées dans le continent américain par Roger Trinquier ou Paul Aussaresses. Une histoire tragique dont Servir le Peuple est parmi les rares médias maoïstes à se faire l'écho, et qui fait profondément partie de son identité politique.

Il faut bien dire qu'à l'époque, le pays était en proie à une effervescence révolutionnaire incontrôlable, expliquant, pour "calmer le jeu", l'intermède du retour du - très populaire - général Perón en 1973, auquel sa veuve Isabel succèdera de 1974 à 1976. Mais, justement, cette effervescence avait le malheur d'être prisonnière d'une particularité argentine : la question de Perón et du péronisme.
Les débats sur le péronisme ont secoué le mouvement communiste argentin et international pendant toute la seconde moitié du 20e siècle et jusqu'à nos jours, alors que la réalité est pourtant très simple : pays très particulier d'Amérique latine, l'Argentine a la particularité d'avoir sa classe dominante (bourgeoisie et propriété terrienne) traversée par un clivage depuis les origines (l'indépendance en 1810-16), clivage donnant
deux droites réactionnaires, dont le péronisme et l'anti-péronisme du siècle dernier ne furent que la réactivation. D'un côté, la région de Buenos Aires (et le Grand Sud colonisé par elle à la fin du 19e siècle), grand port ouvert sur le monde, mais paradoxalement siège d'une bourgeoisie aspirant à faire de l'Argentine une nation capitaliste moderne et indépendante, parlant d'égal à égal avec les puissances européennes et nord-américaines ; de l'autre, la bourgeoisie et (surtout) la grande propriété agraire des provinces intérieures du Nord (l'Amérique latine classique), assumant la soumission à l'impérialisme (principalement britannique jusqu'aux années 1930-40, puis principalement US) pour exporter sa production. Au 19e siècle (1829-53), cette contradiction s'incarna dans l'affrontement entre l'homme fort de Buenos Aires, Juan Manuel de Rosas, et celui de l'intérieur, le gouverneur d'Entre Rios, Justo José de Urquiza.

Et au 20e siècle, elle s'exprima dans l'affrontement entre le péronisme et son adversaire, tout autant sinon plus réactionnaire, partisan ouvert de la tutelle semi-coloniale US, incarné dans ce que l'on peut appeler le "parti militaire", qui mènera trois coups d’État suivis de dictatures réactionnaires sanglantes (1955-58, 1966-73 et 1976-83). La réactivation de cette "guerre des deux droites" fut, en réalité, causée par la crise mondiale de 1929, qui ruina l'économie agro-exportatrice de l'intérieur et vit la mise en place, durant une première période de dictature militaire (la "décennie infâme" 1930-43), d'une politique volontariste et industrialiste de modernisation du pays (générant un vaste prolétariat ouvrier non conscientisé, qui sera le terreau électoral du péronisme).

Cette "guerre des deux droites", des années 1940 aux années 1980 (et encore, dans une certaine mesure, jusqu'à aujourd'hui), va totalement polariser la vie politique du pays, de l'extrême-droite jusqu'à... la gauche populaire progressiste et révolutionnaire, au moment même où les conditions objectives mondiales étaient les plus favorables à la révolution prolétarienne. Ainsi, le PCA et le PSA seront toujours farouchement anti-péronistes (avec toutefois des dissidences : Borlenghi du PS, Puiggrós du PC, qui rallient Perón), quitte à soutenir (plus ou moins "avec critiques") les régimes militaires, jusqu'à leur "aggiornamento" après la dernière dictature (il était temps...). Le mouvement trotskyste se divisera, lui aussi, entre adversaires résolus de Perón (rejoignant le PCA et le PSA dans le "Front démocratique") et partisans de sa politique développant, selon eux, la classe ouvrière et donc les "conditions objectives" de la révolution. La figure emblématique du trotskysme argentin, Nahuel Moreno, tentera de concilier ces deux tendances, avant de pencher franchement vers l'anti-péronisme, puis d'osciller entre les deux camps. La principale scission anti-révisionniste et pro-chinoise du PCA, le PCR (1968), sera quant à elle très clairement pro-péroniste, y voyant un mouvement "bourgeois national", "tiers-mondiste" et "indépendant des deux superpuissances", dans une vision totalement "théorie des trois mondes" rappelant, par certains aspects, l'attitude du PCMLF face au gaullisme ; alors même que ses militants étaient décimés par la Triple A (Alliance Anticommuniste d'Argentine, escadron de la mort péroniste de droite). Il y aura de surcroît, dès les années 1950 et surtout 1960, toute une gauche radicale péroniste (Jeunesses péronistes et "organisations combattantes" comme les FAR ou les Montoneros) drainant des éléments qui, ailleurs, auraient été marxistes, montrant (douloureusement) l'influence néfaste du "mythe" Perón sur les masses populaires et la jeunesse. [Dans un souci de précision, on évoquera brièvement, dans le camp bourgeois, un troisième larron : l'Union civique radicale (UCR), née dans les années 1890 et dirigeant le pays de 1916 à 1930. Très proche du radicalisme BBR (encore aujourd'hui avec le PRG), peu intéressée par le débat entre nationalisme et compradorisme assumé, l'UCR était surtout tournée vers la société argentine elle-même, qu'elle voulait "moderniser" dans une vision positiviste et paternaliste franc-maçonne. Néanmoins, à la fin des années 1950, elle finira par éclater entre un courant pro-Perón et un courant anti-péroniste.]

En définitive, DEUX organisations conséquentes (seulement) sauront se placer au-delà de ce débat pourri : le Parti communiste marxiste-léniniste (PCML), autre scission anti-révisionniste du PC (mais aujourd'hui, son héritier, le Parti de la Libération (PL), soutient à fond le gouvernement Kirchner, que le PCR a au moins le mérite d'affronter sans concessions) ; et le PRT-ERP.
erp.jpgCelui-ci est fréquemment, et de manière simpliste, présenté comme une organisation "trotskyste". La réalité est beaucoup plus complexe, comme le montre cette très intéressante étude que SLP vous invite à lire en digérant après le dîner (il serait difficile de résumer 98 pages en un article ici...) : http://jeremyrubenstein.files.wordpress.com/2011/10/une-histoire-du-prt.pdf

En réalité, le PRT est né en 1965 de la fusion de deux forces révolutionnaires dans le Nord-Ouest argentin (région de Tucumán, Salta, Santiago del Estero) : le Front révolutionnaire indoaméricaniste populaire (FRIP) des frères Santucho, d'où seront issus les principaux cadres, mouvement nationaliste progressiste à forte tendance indigéniste, recherchant un "socialisme adapté à la réalité latino-américaine" ("indo-américaine") et ayant évolué vers le marxisme dans la première moitié des années 1960, sous l'influence des écrits de Mariátegui et des révolutions chinoise, vietnamienne et surtout cubaine ; et Palabra Obrera, l'élément trotskyste, de Nahuel Moreno... mais celui-ci démissionnera dès 1968, refusant l'orientation vers la lutte armée (avec la formation de l'ERP, Armée révolutionnaire du Peuple), pour former le PRT "La Verdad" (emmenant donc, avec lui, l'élément trotskyste "pur et dur"). Un refus de la lutte armée bien typique du trotskysme, à une époque où même un social-démocrate comme Allende (sous la pression de la base, bien entendu) pouvait dire que "la lutte révolutionnaire armée constitue la ligne fondamentale de la révolution en Amérique latine". [Une opinion à laquelle, bien entendu, souscrit totalement SLP, même encore aujourd'hui, car même si la population urbaine s'est considérablement accrue par rapport à la population rurale (phénomène déjà à l'oeuvre dans les années 1960-70) et même si l'économie latifundiaire a évolué vers la plantation/ferme agro-industrielle, la classe dominante et les structures fondamentales de domination n'ont pas changé (moderniser n'est pas changer) et de toute manière, la Guerre populaire est la stratégie révolutionnaire universelle et contient forcément un aspect de lutte armée.]

À partir de là, et alors que de puissants mouvements populaires (Cordobazo, Rosariazo) secouent la dictature fasciste de la "Révolution argentine" (1966-73), le PRT-ERP, dans la pratique comme dans l'idéologie, s'éloigne de plus en plus du trotskysme, jusqu'à rompre officiellement avec la IVe Internationale (Secrétariat Unifié), alors dominée par la figure de Pierre Frank, en août 1973 (document en castillan). Dès lors, les références assumées seront, outre les bolchéviks et la Révolution russe de 1917-22, Mao Zedong, Hô Chi Minh et la guerre populaire vietnamienne, Che Guevara et la révolution cubaine, Mariátegui etc. etc.

C'est que, outre ses composantes originelles, le PRT-ERP comptera aussi un important et influent noyau MAOÏSTE, qui infléchira fortement sa ligne ; ainsi, dans le document du IVe Congrès "La seule voie vers le pouvoir ouvrier et le socialisme" (1968), on peut lire : "Aujourd'hui, la tâche principale des marxistes révolutionnaires est de fusionner les apports du trotskysme et du maoïsme dans une unité supérieure, qui signifiera un plein retour au léninisme", belle marque de cette influence, alors que nous sommes juste après le départ de Moreno et encore fort loin de la rupture officielle avec la "IV". Vers la même époque, tout en utilisant la "IV" comme "caisse de résonnance" internationale, le PRT défendait l'idée d'une nouvelle Internationale communiste, qui serait basée sur les PC cubain, vietnamien, chinois et albanais... CQFD. Ce seront peut-être, quelque part, les communistes révolutionnaires les plus conséquents d'Argentine à cette époque - le PCR, on l'a dit, évoluant sur une ligne ouvriéro-économiste et pro-péroniste trois-mondiste déplorable, pour laquelle il n'a effectué à ce jour aucune autocritique...
Sa rupture avec le trotskysme consommée, le PRT se lancera à fond dans la lutte armée révolutionnaire contre le régime "constitutionnel" réactionnaire de Perón lui-même puis de sa veuve Isabel, avec en arrière-plan "l'éminence grise" fasciste
José López Rega, "patron" de la Triple A ; tout en se préparant à l'éventualité du "pire", c'est à dire d'une nouvelle dictature militaire exterminatrice (qui surviendra effectivement en mars 1976 : 30.000 "disparus" (desaparecidos), 15.000 fusillés, 9.000 prisonniers politiques et 1,5 million d'exilés pour 30 millions d'habitants). Il appellera les péronistes de gauche sincères à rompre avec leurs illusions (d'un Perón "prisonnier" de l'ultra-droite) et à se joindre au mouvement révolutionnaire authentique, non sans un certain succès, puisqu'en mars 1974, un certain nombre de personnes sincèrement progressistes, trompées par Perón, notamment dans les Jeunesses et les organisations combattantes péronistes, scissionneront pour former le "Parti péroniste authentique". En 1973-74 existera brièvement un Front anti-impérialiste pour le socialisme, regroupant autour du PRT diverses forces de la gauche révolutionnaire (PCML, MIR-Praxis de l'intellectuel marxiste Silvio Frondizi, et d'autres organisations ML, trotskystes ou "socialistes révolutionnaires"), ainsi que des secteurs péronistes de gauche "déçus" par le retour aux affaires de leur "héros" (Front révolutionnaire péroniste du 17 Octobre, Peronismo de Base). Sera également constituée une "Coordination révolutionnaire" avec d'autres organisations armées des pays voisins  : MIR chilien, ELN bolivienne et Tupamaros uruguayens.

De solides bases d'appui seront établies dans le Nord-Ouest, d'où le Parti était issu et où il était profondément ancré dans la réalité populaire. Mais, faute d'une stratégie militaire suffisamment élaborée, elles seront écrasées par l'offensive contre-révolutionnaire déchaînée en 1975 par Isabel Perón et conduite par le sinistre général Bussi (opération Independencia), calquée sur les méthodes de quadrillage de la guerre d'Algérie... Le document PDF en lien ci-dessus donne un assez bon éclairage des erreurs ayant conduit à cette défaite (foquisme en pratique tout en le rejetant en paroles, militarisme, obsession de la guérilla rurale - Tucumán - au détriment de la lutte urbaine, etc.). C'est finalement l'Armée (ERP) qui a pris le dessus sur le Parti (PRT) et le Front ("anti-impérialiste pour le socialisme"), ce qui constitue une déviation militariste. Exactement la même chose qui s'est produite avec ETA (militaire) - vis à vis du parti HASI (jusqu'en 1992) et du Front (Alternative KAS, Herri Batasuna) - ou avec les GRAPO vis à vis du PCE(r) ; tandis que d'autres organisations communistes combattantes européennes (Brigades rouges, CCC) fusionnaient carrément le tout dans un seul et unique appareil... Seule une application correcte du marxisme-léninisme-maoïsme, avec le principe clair des "trois épées" Parti-Armée-Front sous la direction du Parti, permet d'éviter une telle déviation.

L'année suivante, les militaires ayant destitué Isabel Perón n'auront qu'à "finir le travail", abattant notamment Mario Roberto Santucho (le secrétaire général) et 5 autres cadres dans une fusillade le 19 juillet 1976.
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Pour en revenir à notre in memoriam, donc, la lutte armée déclenchée dès la fin des années 60 par le PRT-ERP et les péronistes de gauche avait conduit un grand nombre d'entre eux en prison. En août 1972, 25 d'entre eux s'évadèrent avec l'objectif de gagner le Chili de l'Unité populaire, et de là Cuba. Mais une poignée seulement (6), dont Santucho, y parvint ; les autres, repris, seront sauvagement assassinés à la mitrailleuse, montrant là le visage infâme de la réaction argentine et de la réaction mondiale en général. Dans la conscience populaire révolutionnaire d'Argentine, le 22 août 1972 reste donc gravé comme un jour de martyre et d'heroicidad, comparable au 19 juin 1986 dans l'histoire révolutionnaire du Pérou.

Source

Le 15 août 1972, durant le gouvernement dictatorial du géneral Alejandro Agustín Lanusse, 25 prisonniers politiques appartenant au PRT-ERP (Parti Révolutionnaire des Travailleurs - Armée Révolutionnaire du Peuple), aux FAR (Forces Armées Révolutionnaires) et aux Montoneros, s'échappèrent du pénitencier de Rawson dans la province de Chubut. Six d'entre eux parvinrent à gagner le Chili de Salvador Allende. Dix-neuf ne réussirent pas à parvenir à l'avion. Ils se livrèrent après qu'on leur eut accordé des garanties pour leur intégrité physique. Le 22 août, les 19 prisonniers furent lâchement fusillés par des rafales de mitrailleuse dans la base navale Almirante Zar. Trois d'entre eux survécurent pour raconter l'histoire que nous récupérons aujourd'hui, pour maintenir vive la mémoire, pour ne pas oublier, ni pardonner.

asesinados trelewLes fusillés :

Carlos Alberto Astudillo (FAR), Rubén Pedro Bonet (PRT-ERP), Eduardo Adolfo Capello (PRT-ERP), Mario Emilio Delfino (PRT-ERP), Alberto Carlos del Rey (PRT-ERP), Alfredo Elías Kohon (FAR), Clarisa Rosa Lea Place (PRT-ERP), Susana Graciela Lesgart de Yofre (MONTONEROS), José Ricardo Mena (PRT-ERP), Miguel Ángel Polti (PRT-ERP), Mariano Pujadas (MONTONEROS), María Angélica Sabelli (FAR), Ana María Villareal de Santucho (PRT-ERP), Humberto Segundo Suarez (PRT-ERP), Humberto Adrián Toschi (PRT-ERP), Jorge Alejandro Ulla (PRT-ERP),

Les survivants :

Maria Antonia Berger (MONTONEROS), Alberto Miguel Camps (FAR), Ricardo René Haidar (MONTONEROS)

Six camarades réussirent à fuir le 15 août, gagnant le Chili puis Cuba :

Roberto Quieto. (FAR), Marcos Osatinsky. (FAR), Domingo Mena, (PRT-ERP), Mario Roberto Santucho, (PRT-ERP), Enrique Gorriarán Merlo. (PRT-ERP), Fernando Vaca Narvaja. (MONTONEROS),

Les prisonniers de Rawson n'étaient pas seuls. Nombre de voisins de la cité s'offrirent comme mandataires des prisonniers et formèrent l'Assemblée du Peuple. Ils furent eux aussi victimes de la répression d’État quelques mois après l'évasion : le gouvernement national ordonna de nombreuses violations de domiciles et de commerces et finit par arrêter 15 personnes qui furent transférées à la prison de Devoto.


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Une affiche d'une modération exemplaire : c'est évidemment 12 balles dans la peau que méritent les assassins fascistes (encore vivants) des années noires de la "guerre sale". Quatre murs, c'est déjà trois de trop !

 

 

 

Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Amériques - Communauté : les marxistes léninistes
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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 23:18

 

Voici un documentaire bourgeois. Après le récit prenant aux tripes de la soeur d'une victime des atrocités paramilitaires, il enchaîne sur une voie off (au ton volontairement lugubre) qui nous sert l'inévitable couplet sur le renvoi dos à dos de la violence "d'extrême-gauche" et "d'extrême-droite". Ce n'est un secret pour personne ici : si SLP qualifie sans ambigüité les guérillas colombiennes de révisionnisme armé, il réfute la thèse (notamment de certains maoïstes là-bas) du "trait d'égalité" entre celles-ci est les forces réactionnaires (Etat et armée régulière, caciques locaux, Cartels de la drogue et paramilitaires).

Néanmoins, passée cette première introduction, le documentaire est très intéressant et absolument édifiant sur la constitution de l'Etat fasciste colombien actuel : le fascisme s'est d'abord développé sous la forme d'"autodéfenses" paramilitaires formant un Etat parallèle, à côté de l'Etat "parlementaire oligarchique" des années 1990 ; puis, avec l'arrivée au pouvoir d'Uribe (leur "homme"), sous couvert de "processus de paix", les milices ont été "blanchies" et... totalement recyclées dans l'appareil d'Etat ! Tout en gardant en apparence un "théâtre de marionnettes" démocratique, comme l'Etat turc etc., l'Etat colombien est ainsi devenu un Etat paracofasciste. Un bel exemple de fascisme du 21e siècle...

 


 
Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Amériques
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Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 00:39

 

Depuis cet été, un très important mouvement des étudiants et lycéens des masses populaires secoue le Chili. C’est d’ailleurs un mouvement qui touche tout le continent, et c’est ni plus ni moins que de la gratuité et de l’accès de tous et toutes à l’éducation qu’il est question. Mais voilà : le monde étant vaste et de plus en lus bouillonnant de luttes, SLP n’en a pas parlé (sauf un petit article sur la Colombie). C’est chose faite avec ce communiqué des maoïstes du Front étudiant révolutionnaire, publié par Maoist Road. Il montre d’ailleurs bien à quel point, d’un bout à l’autre de la planète, les revendications et les luttes de la jeunesse populaire (et malheureusement leur répression…) sont internationales !

 

F.E.R. 

Front étudiant Révolutionnaire 

Par le chemin du marxisme-léninisme-maoïsme

 

En tant que Front étudiant révolutionnaire et sur la base de l’idéologie du prolétariat, sur la base des derniers faits survenus dans notre région où 4 étudiants du lycée industriel A-27 ont été injustement expulsés de l’établissement, nous déclarons ce qui suit :

Nous rejetons et répudions l’expulsion des 4 camarades, laquelle est une mesure fasciste portant atteinte à la juste lutte étudiante qui s’est levée à travers tout le pays, où les étudiants exigent l’éducation gratuite, démocratique et populaire et luttent frontalement contre le vieil Etat et les classes exploiteuses, bourgeois et terratenientes. Cette mesure prise par la direction de l’établissement représentée par Juan Carlos Duran García et la corporation SEPADE, propriétaires du lycée, et une grande partie des professeurs, attente à la liberté d’expression à l’intérieur de celui-ci et vise à démobiliser les étudiants, voyant dans les camarades une menace contre leurs intérêts de perpétuer le commerce de l’éducation, ainsi que les mauvaises conditions du lycée, une éducation au service des exploiteurs, voyant dans les enfants du peuple une main d’œuvre à bas coût pour remplir leurs poches à billets, mesure qui va main dans la main avec la nouvelle loi fasciste du vieil Etat et de son gouvernement qui cherche à criminaliser la protestation populaire, les occupations et toute action des masses qui cherchent à revendiquer leurs justes demandes. Au-delà d’une éducation gratuite, les camarades exigent aussi des questions minimales comme la réintégration par un plan spécial de tous les élèves a qui a été interdit l’accès au lycée par ordre de la direction, chauffage dans toutes les salles, plus de matériel pour chaque spécialité et accès à toutes les machines de travail, justes demandes visant à améliorer la condition des étudiants et des tous les élèves du lycée. C’est le devoir de tous les secteurs démocratiques et de tous les étudiants de rejeter cette mesure qui cherche seulement à criminaliser la lutte étudiante, intimider et persécuter ceux qui se lèvent dans la lutte, par des procédures judiciaires et des persécutions policières ; et d’exiger la réintégration immédiate des camarades.

En tant que maoïstes et faisant partie de la F.E.R., nous rejetons aussi l’attitude de l’URC [??? l’URC-mlm, les petits copains du "p""c""mlm" ?], avec des professeurs qui acceptent cette mesure sans plus de remise en question, ce qui confirme encore qu’ils sont de faux maoïstes qui ne se fondent pas sur la lutte des masses et la défense des secteurs opprimés de la société, prenant une position réactionnaire qui privilégie leur intérêt et leur sécurité personnelle et non la lutte de classes.

Nous lançons l’appel à tous les secteurs démocratiques des professeurs, et principalement aux étudiants de rejeter cette mesure et exiger la réintégration immédiate des camarades.

 

Halte à la répression et à l’intimidation des étudiants en lutte !

Halte à l’autoritarisme du directeur et de ses complices !

Réintégration immédiate des camarades expulsés !

 

De pie, cantar, que vamos a triunfar,

Avanzan ya banderas de unidad,

y tú vendrás marchando junto a mí

y así verás tu canto y tu bandera florecer

La luz de un rojo amanecer

anuncia ya la vida que vendrá !

 

El pueblo unido jamás será vencido!

En Hexagone aussi, les lycéens se mobilisent : Soutien au mouvement lycéen

Puisse l’exemple des camarades du Chili les accompagner dans leur lutte !

 

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Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Amériques - Communauté : Communisme - maoïsme (.org)
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Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 18:35

 

En parcourant, notamment, un Forum communiste de langue castillane, Servir le Peuple a fini par "mettre le doigt" sur le "problème" qui l'oppose à l'analyse des marxistes-léninistes-maoïstes latino-américains vis-à-vis des "gauches" réformistes bourgeoises qui ont fleuri sur le continent depuis 1998.

En réalité, il semble que les camarades maoïstes des Amériques fassent une confusion entre :

- les différentes branches de la classe dominante dans ces pays (compradore, bureaucratique et terrateniente),

ET

- les différences de conception du monde au sein même de la classe dominante en question, formant une "droite" ("modérée" ou "ultra", sans parler des fascistes) et une "gauche" (elle aussi "modérée" ou "radicale").

"Droite" et "gauche" au sein de la classe dominante sont réduites à une simple opposition entre la bourgeoisie bureaucratique d'un côté, et la bourgeoisie compradore (plus les grands propriétaires terriens) de l'autre. Ceci est extrêmement réducteur et simpliste, et conduit les MLM latino-américains à des analyses erronées des situations ou à des "positions de principe" déconnectées du mouvement réel des masses.  Ils se privent, finalement, d'exploiter et de tirer profit des contradictions de la classe dominante.


Il y a dans tout un courant du MLM une tendance à "l'économie politique déterministe", à rechercher une "froide" base matérielle, un "type" de capitalisme derrière chaque courant politique de la bourgeoisie. Ceci échoue généralement à "rendre" toute la complexité du réel. Ce courant de pensée s'exprime, par exemple, dans l'entité "France", par l'idée qu'il y aurait une "bourgeoisie industrielle" derrière les courants "atlantistes" de la politicaille bourgeoise, et une bourgeoisie "financière" derrière les courants plutôt "souverainistes", anti-américains de la même... Mais Lénine nous enseigne pourtant, dès 1916, que depuis la fin du 19e siècle (probablement les années 1860 du Second Empire en France) l'impérialisme, stade suprême du capitalisme, consiste justement en la fusion du capital industriel et du capital bancaire en un capital financier qui constitue les monopoles.
Ne serait-il donc pas plus simple (et moins anti-léniniste) de considérer qu'il n'y a en France qu'un seul Grand Capital monopoliste, mais que :
1°/ il y a des monopolistes dont la base d'accumulation est intimement liée à de bonnes et "loyales" relations avec l'impérialisme US, et qui sont "fondamentalement atlantistes" ; généralement dans le cadre d'un partenariat ouest-européen solide, mais parfois dans un grand euro-scepticisme (De Villiers) ;
2°/ il y a des monopolistes dont la base d'accumulation est profondément en contradiction avec la superpuissance impérialiste US, et qui sont "fondamentalement atlantophobes" ; là encore, certains peuvent être pour une "Europe forte" face aux US (Chirac, Villepin), d'autres pour le "cavalier seul", "l'indépendance" et la "grandeur de la France" restaurées (Dupont-Aignan, et bien sûr le FN) ;
3°/ ces courants sont eux-mêmes traversés par le clivage entre droite et "gauche" bourgeoise, c'est à dire (pour la faire courte) entre réactionnaires assumés (politique du bâton) et "modérés" voire "réformistes" (qui pensent qu'il faut user de la carotte vis-à-vis de la "vile multitude"). Ainsi divisé en quatre, l'"échiquier" politique bourgeois rejoint dans la superstructure, le "ciel des idées" si l'on peut dire, les "quatre traditions" issues de la révolution bourgeoise française : bonapartistes et orléanistes (droite) ; jacobins et girondins (gauche). Vous les aurez bien sûr reconnus : les "bonapartistes" sont les "gaullistes", partagés entre "Europe forte" et "cavalier seul", mais plutôt hostiles à l'hégémonie US ; les "orléanistes" sont les giscardo-balladuro-sarkozystes, plutôt atlantophiles et "reagano-thatchériens" ; les "jacobins" sont les "républicains" et "souverainistes" de gauche ; les girondins, les sociaux-libéraux européistes et non-hostiles à un Washington "bleu" (démocrate).
4°/ MAIS, entre ces 4 "pôles", la grande majorité du Capital monopoliste n'est "fondamentalement" rien du tout, et "tend" majoritairement vers l'un ou l'autre "pôle" en fonction de la situation objective, nationale et mondiale (besoin de carotte ou besoin de bâton ; besoin de contenir le géant US ou besoin de son alliance contre une autre menace...). Se décide, ainsi, de la majorité parlementaire, du gouvernement et de ses orientations...

Le fascisme, lui, "mixe" un peu tout cela, pouvant dire tout et son contraire ; "jacobin" face aux aspirations libérationistes des peuples et "provincialiste" girondin devant la "France des mille terroirs" (contre la "gauche intello-mondialiste parisienne"), "gaulliste social" (bonapartiste) devant les travailleurs et "reagano-thatchérien" devant les patrons de PME : il n'est pas une idéologie cohérente, mais une forme de gouvernement (dictature terroriste ouverte en lieu et place de la "démocratie" libérale bourgeoise). Il survient quand la bourgeoisie estime majoritairement qu'elle n'a pas d'autre solution.


Pour revenir à notre sujet, l'Amérique latine, quelle est la situation ? Comme dans tous les pays dominés, la situation est semi-coloniale semi-féodale - bien que toutefois, l'aspect semi-féodal ait beaucoup reculé ces 30 dernières années, au profit de l'agro-business.

On peut dire que les pays dominés sont marqués par trois contradictions fondamentales : 

-> la contradiction fondamentale du capitalisme : Capital/Travail, caractère social de la production contre appropriation privée (capitaliste) de la richesse produite (et propriété privée des moyens de production, à la base).

-> la contradiction fondamentale de la féodalité, entre propriété utile du producteur sur ses moyens de production et sa production elle-même, et propriété éminente de l'autorité féodale : c'est l'oppression des grands propriétaires terriens sur les petits paysans (qui "louent", finalement, la terre) ; mais aussi la tendance des "caciques" et autres potentats locaux à "rançonner" les producteurs (paysans ou petits entrepreneurs), le clientélisme etc.

-> enfin, il y a une contradiction spécifique : celle entre le caractère national de la production et le caractère impérialiste (étranger) de l'appropriation d'une grande partie de la richesse produite. 

Il y a ainsi une classe dominante qu'on peut séparer en trois branches

-> la bourgeoisie compradore, qui est l'intermédiaire privé des monopoles impérialistes,

-> la bourgeoisie bureaucratique, c'est à dire les individus qui prospèrent au sein de l'appareil d'Etat, l'administration, l'Armée ; et sont dans un sens l'intermédiaire public de l'impérialisme,

-> enfin, la grande propriété terrienne : terratenientes, gamonales, latifundistes, hacenderos... Elle tend à évoluer vers l'agro-business ("salarisation" des paysan-ne-s exploité-e-s). 

Il est évident que ces trois branches ne vont pas sans frictions entre elles... Mais voilà : les MLM du continent sud-américain identifient complètement la "gauche", en tout cas le réformisme bourgeois, avec la bourgeoisie bureaucratique. La contradiction se résumerait à l'opposition de celle-ci aux compradores et aux propriétaires terriens.

Il n'est bien sûr pas interdit, ni complètement idiot, de déceler des "colonnes vertébrales" de classe derrière les camps politiques bourgeois. Dans l’État "France", on sait bien que la "colonne vertébrale" idéologique et électorale de la "gauche" (PS et alliés) est la bourgeoisie d’État (les fameux "énarques" et autres hauts-fonctionnaires, les magistrats, ou encore les milieux universitaires, de la recherche etc.) entraînant derrière elle le salariat public (fonctionnaires et entreprises à capital étatique). C'est tout à fait normal : nonobstant un certain étatisme et dirigisme bonaparto-gaulliste, c'est historiquement la social-démocratie qui est favorable à un "État fort", "régulateur", représentant "l'intérêt général", dirigiste vis-à-vis de l'économie. Il est donc normal que la bourgeoisie d’État et le salariat public s'y retrouvent politiquement (ce qui ne les empêche pas d'avoir souvent des conceptions totalement réacs sur les autres questions !). En Amérique latine, il n'y a pas de raison qu'il en soit autrement, surtout que la culture jacobino-bonapartiste française y est très vive, en concurrence avec la culture politique anglo-saxonne. Si le réformisme bourgeois implique de nombreuses nationalisations "patriotiques", un État fort et dirigiste "contre la domination étrangère" ; si le leader, issu de l'Armée, entend bien sûr choyer celle-ci, il est logique que toutes ces forces bourgeoises bureaucratiques se retrouvent derrière ce réformisme.

Mais les MLM sud-américains font complètement l'impasse sur ce qui fonde principalement le clivage droite/gauche dans une classe dominante. Ils font complètement l'impasse sur l'aspect purement politique, superstructurel des contradictions au sein de la bourgeoisie.

Le clivage droite/gauche dans une classe dominante repose principalement sur deux choses :

1°/ La bourgeoisie influence idéologiquement (ce n'est pas un scoop...) le prolétariat et les classes populaires (on peut même dire qu'elle les aliène totalement) ; mais l'inverse est également vrai. Pour Gramsci, la "muraille de classe" n'est pas infranchissable, par aucune idéologie. La bourgeoisie, la classe dominante, peut donc voir certains de ses éléments influencés par la pensée propre aux classes laborieuses, surtout si celle-ci est "arriérée", non-révolutionnaire (mais réformiste, ultra-démocratique). Évidemment, les gens de classe aisée adhérant totalement à l'idéologie révolutionnaire du prolétariat, et y consacrant leur vie (comme le Che), sont très rares. Mais, abstraction faite de l'avant-garde révolutionnaire (armée d'une théorie scientifique), les masses travailleuses sont spontanément réformistes. Cela, des bourgeois peuvent très bien l'accueillir et y adhérer.

2°/ L'autre facteur, intimement lié au premier, c'est la question de comment la bourgeoisie essaye de préserver sa position. C'est la question de la carotte ou du bâton. Pour les partisans du bâton, quand se lève une contestation, il suffit de l'écraser, de la réprimer. Inconvénient : si l'on n'écrase pas la contestation "sur le coup", on décuple sa rage et sa force... D'autres sont donc partisans de "lâcher du lest" sur certaines revendications des exploité-e-s/opprimé-e-s, afin de faire taire la contestation tout en conservant confortablement leur position de classe. La base matérielle de ces deux camps ? C'est, tout simplement, la situation concrète (générale comme de chacun-e-s).  En réalité, les réformistes et les réactionnaires (ou carrément les fascistes, partisans de la dictature terroriste ouverte) "de conviction" sont, tous réunis, une minorité de la classe dominante (ceux qui "font de la politique", notamment). La grande masse des autres va se déterminer en fonction des circonstances : a-t-on (que ce soit individuellement ou en général) quelque chose (au moins !) à concéder, ou pas ? Là est notamment le distinguo entre période de "croissance" (d'accumulation) et période de crise. Et puis, lorsqu'il y a mouvement de masse, contestation, lutte de classe ouverte : quel est le rapport de force ? Peut-on écraser le mouvement "comme une mouche" ? Vaut-il mieux l'amadouer avec des réformes ? Ou alors, même les réformes ne serviraient à rien et il faut envisager la guerre civile ? [Le fascisme pourrait alors être qualifié de "guerre civile préventive", combinant savamment mobilisation populiste-réactionnaire, mesures sociales et répression féroce : il n'existe pas vraiment d'idéologie fasciste, le fascisme est avant tout une forme de gouvernement - définie par Dimitrov : dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier (ou de leurs "chiens de garde" dans les pays dominés)].

En élargissant encore les choses, on peut dire que le capitalisme, même s'il devient toujours plus un frein au développement des forces productives, les développe quand même (exemple : pendant les "Trente glorieuses"). Ce développement des forces productives élève le niveau de la "conscience sociale", des conceptions et des aspirations des masses, de l'idée (en gros) qu'elles se font (spontanément) d'une "bonne" société. Pour maintenir sa position sociale et son mode de production, la bourgeoisie doit s'adapter. Elle doit mettre la superstructure (système juridique écrit et non-écrit des relations sociales, depuis la Constitution jusqu'aux "usages sociaux" non-écrits) en adéquation, au niveau de ces forces productives et de la conscience de masse engendrée.

Dans un sens, donc, on peut dire aussi que la "gauche" bourgeoise, le réformisme ou "progressisme" bourgeois, ce sont les bourgeois "plus avancés" (pour une multitude de raisons matérielles individuelles) dans la compréhension de cette nécessité d'adapter l'organisation sociale. Les "réacs" sont ceux qui ne vont pas vouloir bousculer leurs habitudes et leur vision du monde ; ou alors, ceux qui pensent qu'en "donnant la main", on va "leur prendre le bras".

Bien sûr, tout cela se déroule au milieu de grands mouvements de masse. Typiquement, comme l'a déjà expliqué SLP dans l'article "Sur le processus révolutionnaire", il y a deux sortes de "situation révolutionnaire" : 1°/ quand l'organisation sociale est archaïque par rapport au niveau des forces productives et à la "conscience collective" engendrée, ET 2°/ quand, après une période d'accumulation capitaliste et d'élévation constante du niveau de vie, la crise fait s'effondrer celui-ci. Parfois, évidemment, les deux facteurs se combinent (puisque l'accumulation capitaliste, précédant la crise, développe les forces productives et la conscience collective qui va avec). C'est ce qui s'est produit pour la "dernière vague" de "réformismes" en Amérique latine, durement touchée par la "crise asiatique" de 1997 (qui s'est propagée à tous les "pays émergents" comme le Brésil, l'Argentine, le Chili, le Mexique, et de là à tout le continent) : l'archaïsme de l'organisation sociale et l'effondrement du niveau de vie se sont combinés.

À cela s'ajoute, dans les pays dominés, une "particularité" : c'est (on l'a dit) la contradiction entre caractère national de la production et caractère impérialiste de l'appropriation de la richesse produite ; et l'existence d’une bourgeoisie nationale. C'est à dire une bourgeoisie qui, tout en vivant de la force de travail du pays, ne sert pas d'intermédiaire à l'appropriation impérialiste de la richesse (ou le fait, mais avec dégoût, comme le prolétaire va offrir chaque jour sa force de travail au patron ; et souhaite mettre fin à cette situation). On y rattache les intellectuels à son service (et non au service des intermédiaires de l'impérialisme). Cette classe produit une idéologie que l'on pourrait qualifier de "révolutionnaire bourgeoise patriotique". Cette idéologie, pas plus qu'une autre, ne s'arrête aux "frontières" de classe : elle influence bien sûr (énormément) le prolétariat et la paysannerie pauvre, "semi-prolétaire" ; mais elle arrive aussi aux oreilles de la frange "moderniste" de l'oligarchie dominante. Celle-ci l'accueille d'autant mieux, que cette idéologie ne s'intéresse pas (ou peu) à la contradiction Capital/Travail, tout juste éventuellement à la question de la terre pour les paysans (si l'on prend la terre comme moyen de production, donc capital) ; et qu'elle-même a ses ‘petites’ frictions avec les impérialistes étrangers dont elle est l'intermédiaire. C'est, d'ailleurs, dans cette bourgeoisie nationale au sens large (intellectuels comme Correa ou Garcia Linera, paysans moyens comme Evo Morales, militaires de moyen rang comme Chavez) que le "gauche" dominante recrute les forces et les dirigeants politiques du "changement", chargés de mettre en œuvre les réformes modernisatrices. La "gauche" que nous observons en Amérique latine, depuis la toute fin du siècle dernier, est donc un "mariage" de ce "patriotisme progressiste" bourgeois-national, et des "modernistes" des trois branches de la classe dominante. Ceci n'est comparable à rien d'existant dans les pays impérialistes (ni la moyenne bourgeoisie, ni la petite, ni la "classe moyenne intellectuelle"), puisqu'il n'y existe pas de contradiction entre production nationale et appropriation impérialiste étrangère.

 

Tout ce qui précède éclaire, donc, ce qu'est la "gauche" en Amérique latine. 

En réalité, plus que de bourgeoisie bureaucratique, ou "nationale" comme le proclameront des courants "maoïsants" tels que le PCR d'Argentine, l'émergence de ces "gauches" ou de ces "national-progressismes" est plutôt liée à l'émergence de nouvelles couches bourgeoises, qui peuvent être aussi bien bureaucratiques que nationales, compradores ou agraires, dans les différents cycles d'accumulation qu'a connu le continent. On peut distinguer 3 vagues :

-> La vague des années 1930 à 50 [avant elle, il y a déjà eu des "révolutions libérales" en Équateur (1895-1912) et au Mexique (1910-29), la "révolution radicale" en Argentine (1890-1930) etc.]  est liée au grand développement capitaliste du continent dans la première moitié du 20e siècle, notamment en restant à l'écart des deux guerres mondiales (et en devenant le grenier et l'atelier de l'Europe durant celles-ci). Elle est incarnée par le justicialisme de Perón en Argentine (1946-1955), le gétulisme (Getulio Vargas) au Brésil qui domine toute la période de 1930 à 1955, le cardenisme au Mexique (1934-40) ou encore le MNR en Bolivie, qui s'appuiera sur un grand mouvement populaire pour arriver au pouvoir en 1952. On peut aussi citer l'APRA au Pérou (mais celle-ci n'arrivera jamais au pouvoir à cette époque). Toutes ces forces ont la caractéristique d'avoir des dirigeants plutôt grands bourgeois. Ce sont des idéologies populistes, nationalistes, souvent fascinées (au début en tout cas) par les régimes fascistes européens (souvent l'Italie, mais parfois aussi l'Allemagne nazie) - à l'exception notable du Mexique de Cardenas, résolument antifasciste et soutien de la République espagnole ; et absolument pétries de contradictions. Ces contradictions sont symbolisées de manière maximale par le suicide (en 1954) de Vargas, revenu au pouvoir en 1951 sur une ligne plus "social-démocrate". Dans les années 1930, son "État nouveau" était ouvertement inspiré du fascisme européen, avant de se retourner en 1942 et d'entrer en guerre aux côtés des Alliés. Perón, lui, sera renversé après 10 ans de pouvoir par la frange national-catholique conservatrice de l'oligarchie. Le MNR bolivien, après avoir trahi les aspirations populaires de la "Révolution" de 1952, sera renversé par un coup d'Etat  en 1964 (il reviendra aux affaires dans les années 1980-2003, mais comme emblème du "néo-libéralisme" ; c'est aujourd'hui le parti le plus détesté du pays).

Dans un contexte de mouvement communiste fort (la révolution soviétique battant son plein), ces forces bourgeoises "modernistes" sont également profondément anticommunistes. Le contexte est également un contexte de mutation entre la traditionnelle (depuis le 19e siècle) domination britannique ("pénétrant" plutôt par la côte Atlantique : Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), et la nouvelle tutelle totale de l'impérialisme US ("pénétrant" plutôt par le Pacifique et la région Caraïbe). D'ailleurs, la seule véritable manifestation de la "guerre impérialiste mondiale de 30 ans" (1914-1945), sur le continent, fut la Guerre du Chaco entre Bolivie et Paraguay (1932-35), opposant en réalité monopoles pétroliers US (Bolivie) et britanniques (Paraguay). Les vétérans de cette guerre sont d'ailleurs à l'origine du MNR en Bolivie.

Certes, on l'a dit, ces courants "populistes", "justicialistes" et autres "nationalistes révolutionnaires" affichaient des sympathies marquées pour l'Axe nazi-fasciste... Mais ces sympathies étaient aussi celles de tout un Capital monopoliste US, bien évidemment le plus anti-européen, le plus en concurrence avec les monopoles anglais et français (la droite isolationniste, anticommuniste et pro-nazie de Ford, Lindbergh, Hearst etc.). Bien sûr, une fois la mainmise américaine totalement installée, les "populistes" seront dégagés par des coups d’État militaires conservateurs. Dans cette situation complexe, les PC cèderont souvent au browderisme, c'est à dire à l'alliance avec l'impérialisme US "démocratique", "allié de l'URSS" et "vainqueur du nazi-fascisme", contre les "populistes". C'est la "grande catastrophe historique" du marxisme-léninisme latino-américain. La seule grande figure communiste de cette époque est Mariátegui (mais il est mort en 1930...).

-> La deuxième vague est celle des caudillos militaires "de gauche" des années 1960-70 : les "figures de proue" sont ici essentiellement des hauts gradés de l'Armée. Ce sont les généraux Velasco Alvarado au Pérou (1968-75), contre lequel se construira le PCP maoïste de Gonzalo, Juan José Torres en Bolivie (1970-71, rapidement renversé par le fasciste Banzer), Omar Torrijos au Panama (1968-81) ou encore les "nassériens" d’Équateur sous la conduite de Guillermo Rodriguez Lara (1972-76). En "version civile", il y a évidemment Allende au Chili (1970-73) et le "retour" du couple Perón en Argentine (1973-76). Il y a bien sûr eu un certain développement capitaliste dans les années 1950-60 ; mais cette vague est surtout liée à la concurrence continentale entre l'impérialisme US et le social-impérialisme soviétique, appuyé sur Cuba. Elle est liée, soit à la volonté des Soviétiques d'imposer des dirigeants pro-Kremlin mais en même temps non-communistes et réformistes, antirévolutionnaires (afin que, sans mobilisation de masse, ceux-ci soient complètement à la botte de Moscou), soit, au contraire, à une volonté de "non-alignement", d'échapper à la "logique des blocs", chez une partie de la classe dominante locale (Argentine de Perón, Panama de Torrijos). Là encore, les PC alignés sur l'URSS sombrèrent complètement, soit dans l'appui aveugle au réformisme pour être ensuite laminés par la contre-offensive d'ultra-droite pro-US (Chili, Bolivie), soit dans l'opposition (à nouveau) au "populisme" allant jusqu'au soutien... au coup d’État (PC d'Argentine). De leur côté, les autres forces (pro-chinoises, trotskistes, "guévaristes" etc.) du mouvement révolutionnaire ne surent pas dépasser les limites de leur conception du monde, et subirent elles aussi durement les dictatures réactionnaires terroristes de la contre-offensive US (Plan Condor).

-> Enfin, la troisième vague est directement issue du "néo-libéralisme", grande offensive mais aussi grande modernisation capitaliste, entraînant une profonde mutation des sociétés (très forte urbanisation de la population notamment, fort recul de la féodalité dans les campagnes - au profit de l'agro-capitalisme - etc.). A ce "néo-libéralisme" a succédé une grande crise économique à partir de 1997 ("crise asiatique"). C'est la vague des Chavez, Morales et Correa qu'on ne présente plus, ou, en version "modérée", "social-libérale", Lula au Brésil, les Kirchner en Argentine, le Frente Amplio en Uruguay, Fernando Lugo au Paraguay etc. "Bourgeois nationaux", ils arrivent au pouvoir après de grandes explosions sociales (Bolivie, Équateur, Argentine) ou des périodes de grande agitation (Brésil avec les Sans-terres, décennie suivant le Caracazo au Venezuela).

À chaque fois (avec le bémol évoqué pour les années 70), l'analyse la plus probablement juste de la situation est l'émergence de couches nouvelles dans toutes les élites sociales (armée de métier, administration et secteur public, capitalisme compradore intermédiaire entre la richesse nationale et les monopoles impérialistes, capitalisme à base d'accumulation nationale, production agricole, milieux intellectuels) ; couches nouvelles aspirant à une "modernisation" ou un "changement", autrement dit à la mise à niveau de l'organisation sociale avec les forces productives. Mais bien sûr pas, en aucun cas, à une révolution (propriété des moyens de production par les travailleurs eux-mêmes, organisés sous la direction d'un Parti du prolétariat). Dans ce sens de mise à niveau de l'organisation sociale avec les forces productives, on peut parler de réformistes, si l'on s'enlève de l'esprit l'analogie entre un réformiste et un social-démocrate d'Europe du Nord...
Il faut souligner, car c'est souvent oublié, que quand la droite réactionnaire mène sa contre-offensive (militaire ou "civile"), elle ne revient pas (ou peu) sur cette mise à niveau : elle "ramène l'ordre", écrase l'agitation "radicale" et/ou révolutionnaire, mais ne revient pas en arrière sur les "modernisations".

Face à cela, on l'a dit, les forces communistes n'ont pas vraiment brillé par leur analyse concrète de la situation concrète, hormis le Parti communiste du Pérou (mais non sans erreurs gauchistes). La réalité, c'est que dans ces situations tout est une question de rapport de force, et surtout de force idéologique, c'est à dire de justesse de la conception du monde et de l'analyse concrète de la situation et de ses potentialités, base de l'hégémonie culturelle. D'un côté, il y a le prolétariat et ses (généralement multiples) organisations communistes. De l'autre, il y a la classe dominante, en l'occurrence divisée entre une droite conservatrice ou réactionnaire et une "gauche" modernisatrice. Au milieu, il y a toutes les forces intermédiaires (paysans, petits et moyens bourgeois nationaux, travailleurs intellectuels), potentiellement progressistes (celles qui ne sont pas aliénées politiquement par la classe dominante).

À partir de là, SOIT les communistes (avec un Parti ayant une conception correcte du monde et de la situation) jouent des contradictions de la classe dominante (exprimées par l'existence de ces "réformistes-modernistes") et en profitent, pour se renforcer quantitativement et surtout qualitativement, et gagner les forces intermédiaires ; SOIT c'est la "gauche", les "modernistes-réformistes" de la classe dominante, qui gagnent les forces intermédiaires et jouent sur les contradictions des communistes, pour faire triompher parmi eux des conceptions gravement erronées qui les conduisent au fiasco. Cela n'a nul besoin d'un plan concerté et "pensé" de la classe dominante : c'est automatique si aucune organisation communiste n'analyse correctement la situation concrète. Alors, les unes se jetteront dans les bras des "modernistes", des "réformistes", et seront balayées par la contre-offensive réactionnaire (communistes chiliens en 1973) ou entraînées dans la dérive vers la droite des "réformistes" eux-mêmes (actuellement PC révisionnistes de Bolivie, Équateur etc.) ; les autres, faisant des "réformistes" l'ennemi principal, s'allieront de fait avec les forces réactionnaires "dures" (PC argentin contre Perón, MPD actuellement en Équateur ou "Bandera Roja" au Venezuela en 2002 - tous deux "albanais") ; ou encore s'isoleront dans le sectarisme et finalement l'inaction, sans aucune base de masse, etc. 

Globalement, si l'on synthétise les attitudes vis-à-vis des régimes "de gauche" actuels :
-> les "révisio-soviétiques" (liés à l'URSS jusqu'en 1991) soutiennent globalement les "processus de changement", "avec des critiques" mais bien maigres... Ils sont SUIVISTES vis-à-vis du mouvement de masse qui a engendré ces gouvernements (en poussant la classe dominante à mettre l'organisation sociale au niveau de la conscience de masse). Ils ne travaillent pas à le porter à un niveau supérieur, révolutionnaire (ni de nouvelle démocratie, ni "populaire anti-impérialiste" : rien du tout). Ils sont rejoints sur ce positionnement par les trotskistes de type "Alan Woods" (Tendance Marxiste Internationale) et "Secrétariat Unifié" (comme notre ex-LCR) ; les représentants brésiliens de ce dernier siégeaient même au gouvernement de Lula, au début.
-> les "albanais" sont plutôt dans l'opposition frontale, quitte a faire quasi sciemment le jeu de la droite réactionnaire. Le cas le plus édifiant est "Bandera Roja" au Venezuela (exclue pour cela de l'Internationale "albanaise"), mais il y a eu aussi l'attitude du MPD/PCMLE lors du soulèvement policier (fomenté par la droite de Gutiérrez) contre Correa en Équateur. Ils sont plus ou moins rejoints sur cette position par les trotskistes de type moréniste (courant très fort sur le continent).
-> les "vieux maos" (issus de l'anti-révisionnisme prochinois, scissions des PC révisionnistes à la fin des années 60) rejoignent, globalement, la position des "soviétiques"... Le PCR d'Argentine soutient "critiquement" Chavez et ses alliés de l'ALBA. En revanche, il est plutôt en pointe dans la dénonciation du "système K" (Kirchner). Tout un paradoxe que l'Argentine, car le Parti de la Libération, ex-PC-ML (sorte de "marxisme-léninisme-guévarisme", en lien avec le PTB etc.), soutient quant à lui le "système K" ; alors qu'il avait une position plutôt correcte sur le "retour de Perón" (1973-76), véritable "entracte" entre deux dictatures militaires sauvages ; tandis que le PCR avait lui une position complètement foireuse ! Certains vont en revanche beaucoup plus loin : le PC-mlm de Bolivie a des ministres au gouvernement du MAS, et maintient son soutien envers et contre toutes les mesures réactionnaires ; pire, il serait directement impliqué dans la récente arrestation/extradition de 4 militant-e-s maoïstes d'origine péruvienne. Si c'était avéré, on serait alors dans les tréfonds de la social-trahison...

Les MLM du continent, globalement, n'ont jamais versé dans l'une ou l'autre de ces dérives extrêmes. Il faut le dire en toute honnêteté. On compte parmi eux l'UOCmlm, le PCE "Sol Rojo" (Équateur), le PC Populaire d'Argentine, et "dieu" sait combien SLP peut être en désaccord total avec ces organisations : sur le Népal (où le PCE-SR en vient à l'insulte et à la menace contre les "centristes" qui, au lieu d'enterrer le Parti maoïste, s'efforcent d'appuyer sa succession) ; sur les guérillas révisionnistes qui seraient "l'équivalent" de l’État fasciste en Colombie (comment une force mourante pourrait-elle, déjà pour commencer, être l'équivalent d'un fascisme d’État en pleine vigueur ?) ; etc. L'UOCmlm est même d'un atypisme théorique total : ils prônent pour la Colombie la révolution socialiste par la Grève Politique de Masse ! Néanmoins, leur pratique n'a jamais versé dans l'ignoble ou la naïveté totale, et il faut le souligner.
Pour autant, ils ont adopté un "ni-ni" sectaire, dogmatique et finalement stérile, qui les a conduit à s'isoler du mouvement réel. La caractérisation des "bolivarismes" comme "le fascisme latino-américain", qui serait opposé à une "droite compradore" (?), est complètement à côté de la plaque et impliquerait, logiquement, que ces régimes soient l'ennemi principal. En Bolivie, le FRP-MLM a au moins une caractérisation correcte : "réformisme du MAS" et "fascisme de la Media Luna" (région "basse" du pays, avec pour capitale Santa Cruz). C'est très important du point de vue (Dimitrov) de l'identification correcte du fascisme par les communistes et le prolétariat. Mais il lance un "ni-ni" à un moment (juillet 2008) où la guerre civile réactionnaire menaçait. Était-ce vraiment la meilleure position à adopter ? La meilleure ligne de masse ? N'aurait-il pas mieux valu, même si c'était "pour rien" (la guerre civile n'a finalement pas eu lieu), s'inspirer à ce moment-là de la ligne du PC d'Espagne en 1936 ? 

Servir le Peuple a donné sa position sur la question : Retour sur la situation en Amérique du Sud
Sans la prétention d'une analyse parfaite de la situation (la connaissant un peu, mais n'étant pas sur place), la ligne à suivre est posée de manière simple : être toujours DANS LE CAMP DU PEUPLE (le prolétariat, les paysans pauvres, les indigènes, tou-te-s les exploité-e-s et opprimé-e-s), toujours à ses côtés. Prêts à organiser des milices de résistance populaire contre un coup d’État réactionnaire à la Pinochet ; mais tout aussi prêt à riposter à la première mesure antipopulaire et social-traître des réformistes. De cette manière, élever qualitativement le "mouvement social" en mouvement populaire révolutionnaire autour du Parti et de son Front uni ; et être prêts à riposter aussi bien face à une contre-offensive réactionnaire (putschiste ou... par les urnes, ou encore une "révolution colorée") que face à un pourrissement et un dévoilement réactionnaire ouvert des réformistes. Ceci permettant peut-être, si le travail politique a été suffisant, de transformer cette riposte populaire en Guerre populaire, finissant par instaurer la Nouvelle démocratie.
Il ne suffit pas de clamer "ni-ni, no votar !, Guerre populaire". La Guerre populaire doit d'abord être conçue, c'est à dire qu'il faut une idée très précise de son contenu, de sa stratégie guidant ses tactiques, dans les conditions concrètes du pays considéré. Ensuite, elle se construit par un lent et patient travail de masse, elle ne se proclame pas, ne s'incante pas, ne se "décrète" pas... 

Pour conclure, il y a aussi des forces "inclassables" (dans une des précédentes catégories) : Parti communiste Sol Rojo de Bolivie (positions et analyses intéressantes, se réclamant du MLM et de Neptal Viris, un révolutionnaire des années 70) ; Jeunesse Marxiste Révolutionnaire de Cali (Colombie, maoïste) ; et récemment une "Fraccion Roja" (ML "maoïsante") qui s'est formée en Bolivie contre les "siamois du révisionnisme", le PC bolivien et le PC-"mlm", et contre le réformisme de plus en plus ouvertement social-traître du MAS...

 

            252208 1987010630982 1114793609 32331738 1289239 n165192 144270088959492 100001295066667 207790 6371168 n

 


 

 

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Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 20:51

 

SLP n'a plus parlé du Honduras depuis un moment, mais cela ne veut pas dire qu'il ne s'y passe plus rien. Quatre mois après que Chavez ait joué son bon petit soldat social-traître, et l'accord autorisant son ami Zelaya à regagner son hacienda luxueuse, la violence fasciste du régime post-putschiste de Lobo se poursuit, contre les militants sociaux, paysans etc. Comme le montre cet article du Monde Diplo (Maurice Lemoine) repris par Solidarité Honduras, plusieurs dizaines de personnes ont été tuées depuis le 1er juin... Mais maintenant sous un masque encore plus "démocratique" et "respectable" qu'avec "l'élection démocratique" (par 56% de 30% de votant-e-s) de l'ultra-réactionnaire Porfirio Lobo. Voilà qui rend encore plus odieuse la social-trahison de Chavez, décidément devenu le gardien n°1 (allez, n°2, après Santos !) de l'ordre impérialiste dans les Amériques.

Au total, au Honduras, on compte déjà plus de 200 assassinats politiques depuis le coup d'État de juin 2009. C'est le DOUBLE des victimes de la "dictature militaire à façade civile" des années 1980 (Alvarez-Suazo), lorsque le pays était la "plaque" tournante de l'administration Reagan, dans sa lutte contre les guérillas pro-cubaines du Salvador ou du Guatemala et le Nicaragua sandiniste.


Pueblo de Honduras, tu historia no la hacen los Chavez y Zelaya !

La historia la hacen las MASAS, detràs de su vanguardia consciente y organizada, el PARTIDO !

Contra el imperialismo, sus lacayos y sus "gorillas" : Guerra popular de los obreros y campesinos !

 

« Réconciliation » à la hondurienne


 
Par Maurice Lemoine  |  14 septembre 2011

Signé le 22 mai dernier par l’ex-président Manuel Zelaya (renversé fin juin 2009 par un coup d’Etat) et l’actuel chef de l’Etat Porfirio Lobo, l’Accord dit « de Cartagena » était censé mettre un terme à la grave crise politique qui affecte le Honduras. Ayant pour véritable intitulé « Accord pour la réconciliation nationale et la consolidation du système démocratique dans la République du Honduras », il a permis à cette dernière d’être réadmise au sein de l’Organisation des Etats américains (OEA), le 1er juin 2011, et prétend, dans son paragraphe 5, « veiller de manière particulière au respect de la Constitution en ce qui concerne les garanties du respect et de la protection des droits humains ».
S’il a été paraphé malgré les sérieuses mises en garde d’une part non négligeable du mouvement social hondurien qui, durement réprimé, a vu en lui une façon insidieuse de faire oublier le golpe [1] et d’absoudre ses auteurs, cet accord n’en a pas moins permis le retour de M. Zelaya dans son pays, d’où il peut désormais assumer son rôle de dirigeant de l’opposition – le Front national de résistance populaire (FNRP). Tout irait donc pour le mieux dans le (presque) meilleur des mondes si la « communauté internationale » (en général) et l’OEA (en particulier) ne se désintéressaient totalement de la curieuse conception qu’a l’oligarchie hondurienne de la « réconciliation » et « des droits humains ».
Le 5 juin, quatre jours seulement après que, à San Salvador, les chefs d’Etats du continent (ou leurs ministres des affaires étrangères) aient célébré le retour « officiel » de la démocratie à Tegucigalpa et de Tegucigalpa au sein de l’OEA, le sang coulait à nouveau dans le Bas Aguán – région de la côte atlantique, au nord du pays, où trois mille cinq cents familles membres du Mouvement uni des paysans de l’Aguán (MUCA), du Mouvement paysan de l’Aguán (MCA) et du Mouvement authentique revendicatif paysan de l’Aguán (MARCA) occupent une partie des 20 000 hectares de terre que trois grands propriétaires terriens – MM. Reinaldo Canales, René Morales et Miguel Facussé – se sont indûment appropriés au fil des années. Ce 5 juin, donc, un fort contingent de policiers, de militaires et d’authentiques « paramilitaires » à la solde des terratenientes [2] attaquait les asentamientos (colonies) du MARCA, à Trinidad, San Isidro et San Estebán, avant d’envahir violemment les installations de l’Institut national agraire (INA), une entité semi-autonome de l’Etat, à Sinaloa. Au même moment, des inconnus interceptaient et assassinaient trois membres de la coopérative de San Estebán : José Recinos Aguilar, Joel Santamaría et Genaro Cuesta. Ce crime portait alors à trente-deux le nombre des paysans victimes de la répression.
Depuis, la mort poursuit son œuvre. Le 16 juillet, tombent Luis Alonso Ortiz Borjas et Constantino Morales Enamorado, de la communauté de Nueva Marañones (MUCA). Une semaine plus tard, le 23, des inconnus abattent Julián Alvarenga García, président de l’asentamiento Isla Uno (MUCA) et blessent gravement l’un de ses compagnons, M. Santos Dubón.
La confusion atteint son comble lorsque, les 14 et 15 août, un affrontement aux circonstances encore non élucidées coûte la vie à quatre sicaires de M. Facussé, en blessant onze autres, et quand, le lendemain, cinq personnes n’ayant rien à voir avec les conflits agraires de la zone sont froidement exécutées alors qu’elles sortent des bureaux de l’INA, à Sinaloa.


Familles des victimes, dans le Bas Aguan 
C’est toutefois le drame du 14 qui, et pour cause, fait sortir les autorités de leur léthargie : cette fois, les victimes ne sont pas des paysans en lutte mais des hommes de main du « maître de la terre » et roi de la palme africaine Miguel Facussé. Dirigeant l’INA avec rang de ministre, M. César Ham peut bien affirmer que ces faits de violence ne peuvent être attribués ni au MUCA, ni au MARCA, ni au MCA, le ministre de la sécurité Óscar Álvarez, sur ordres du président Lobo, lance l’ « opération Xatruch II ». Mille militaires et policiers sont dépêchés dans la région pour y « rétablir l’ordre » et procéder à un « désarmement » (sous-entendu : des paysans). Une opération similaire avait déjà eu lieu en décembre 2010… sans qu’aucune arme ne soit trouvée [3] !
Rétablir l’ordre ? Mais quel ordre ? Cette re-militarisation massive du Bas Aguán n’empêche nullement l’assassinat, le 20 août, de Secundino Ruiz, président de la coopérative San Isidro (MARCA) ; l’exécution et la décapitation, le 21 août, à La Concepción, du vice-président du MUCA Pedro Salgado et de son épouse Reina Mejía Licona ; la mort violente, le 2 septembre, d’Olvin David González Godoy, membre du MUCA, à proximité de la coopérative Marañones.
Le calme reviendra-t-il avec l’approbation par le Congrès, le 7 septembre, d’un décret affectant 4 712 hectares à sept communautés appartenant au MUCA et au MARCA ? Le 14 avril 2010, en effet, admettant que ses membres avaient le droit d’accéder à la terre, le président Lobo leur avait proposé, par l’intermédiaire de l’INA, 11 000 ha en trois parties (dont une première de 4 000 ha), à condition qu’elles abandonnent l’occupation de vingt-six fincas [4] et moyennant une indemnisation des pseudo propriétaires, MM. Morales et Facussé. Depuis, la transaction traînait en longueur, ouvertement sabotée par ce dernier : alors que le gouvernement proposait 110 000 lempiras par hectare (4 028 euros), il en réclamait 350 000 (12 800 euros). La négociation a finalement débouché sur 135 000 lempiras par hectare (4 963 euros), soit pour les 4 045,70 hectares de M. Facussé et les 667 ha de M. Morales, une somme de 636 millions de lempiras (23,3 millions d’euros) [5]. Bénéficiant d’un prêt au taux « préférentiel » de 10 %, les paysans devront les rembourser dans un délai de quinze ans – l’Etat se portant garant de ce remboursement.
Pour positif qu’il soit, cet accord, contesté par une majorité des intéressés car ne résolvant qu’une infime partie des conflits agraires, ne garantit en rien la fin des revendications et donc de la répression. Laquelle, par ailleurs, ne se cantonne pas au seul Bas Aguán. Le 22 août, l’étudiant Nahúm Guerra Guerrero, qui participait à l’occupation pacifique de l’Ecole d’agriculture Pompilio Ortega, à Santa Bárbara, est tombé sous le feu de tueurs circulant en automobile. Le 7 septembre, à Tegucigalpa, Mahadeo Roopachand Sadloo, dit « Emo », militant connu et très populaire du FNRP, a été fauché à son tour, à son domicile – une balle dans la tête, quatre dans le thorax. Le lendemain, à Puerto Cortés, le journaliste et trésorier du Front élargi de résistance populaire (FARP) pour le nord du pays [6], était victime des tueurs d’un escadron de la mort.


Mahadeo Roopachand Sadloo, dit « Emo », assassiné le 7 septembre 
Face à l’hécatombe, les autorités font preuve d’une fertile imagination. Ainsi, la violence qui affecte le Bas Aguán serait-elle due à la présence d’un groupe (lire : une guérilla) « d’au moins trois cents hommes armés » obéissant aux ordres d’un individu nommé « El Comandante » et entraîné par « deux Nicaraguayens » – originaires, on l’aura compris, d’un pays membre de l’Alliance bolivarienne des peuples de notre Amérique (ALBA) [7]. En revanche, d’après le commissaire Marco Tulio Palma Rivera, chef de la Direction nationale d’investigation criminelle (DNIC), qui mène l’enquête sur le meurtre d’ « Emo », « l’hypothèse la plus forte est qu’il s’agit d’un crime de droit commun, sans caractère idéologique [8] ».
On ignore pour l’instant si la démission du ministre de la sécurité Óscar Álvarez, survenue le 9 septembre, à la demande du président Lobo, est due à son échec dans la lutte contre une insécurité galopante, ou si elle est une conséquence de pressions intervenues après les déclarations fracassantes qu’il a faites le 31 août : ce jour-là, en effet, il a dénoncé « qu’au moins dix officiers de la police nationale se sont transformés en “contrôleurs aériens” permettant l’atterrissage [au Honduras] de narco-avions qui transportent de la drogue du sud du continent jusqu’en Amérique du Nord [9] » et a annoncé qu’il voulait épurer l’institution.
Ce pavé dans la mare a fait d’autant plus d’effet que, quelques jours plus tard, il a été suivi de la publication, via WikiLeaks, d’un câble « secret » de l’ambassade américaine daté du 19 mars 2004 et intitulé « Un avion du narcotrafic brûlé dans la propriété d’un éminent Hondurien » [10]. Le document détaille comment, le 14 mars de cette année-là, un bimoteur chargé d’une tonne de cocaïne et provenant de Colombie a atterri sur l’une des propriétés de M. Miguel Facussé située à Farallones (côte nord du Honduras) ; comment le chargement fût transféré dans une caravane de véhicules escortés par trente hommes fortement armés ; comment l’aéronef fût brûlé, en plein jour, près de la piste d’atterrissage, et enterré le 15 au soir, avec l’aide d’un bulldozer. Sans mettre ouvertement en cause M. Facussé, le rapport signé par l’ambassadeur Larry Leon Palmer n’en rapporte pas moins que sa propriété « était fortement surveillée ce qui rend “questionnable” la version selon laquelle des étrangers auraient pu y pénétrer et utiliser la piste d’atterrissage sans autorisation », sachant par ailleurs « que Facussé était présent (…) au moment où ont eu lieu les faits ». Enfin, mentionne le câble, « cet incident marque la troisième occasion où, au cours des quinze derniers mois, l’on a vu des trafiquants de drogue en relation avec cette propriété de M. Facussé ».
Sans aller au-delà de ce que suggère ce document, on n’en comprend pas moins que, vu sous cet angle, certaines « élites » du Bas Aguan préfèrent voir la zone fourmiller de paramilitaires et de policiers que… de paysans.

Photos : Maurice Lemoine
Notes
[1] Coup d’Etat.
[2] Grands propriétaires.
[3] Lire « Bras de fer au Honduras », Le Monde diplomatique, juin 2011.
[4] Propriété.
[5] Sont concernées les fincas La Aurora, La Confianza, Isla 1 et 2, Marañones, La Concepción, La Lempira et San Estebán.
[6] Après le retour d’exil de M. Zelaya, la résistance populaire a pris la décision de constituer un Front élargi (FARP) regroupant le FNRP et d’autres secteurs de l’opposition, en vue des élections prévues en 2013.
[7] L’ALBA regroupe la Bolivie, Cuba, la Dominique, l’Equateur, le Nicaragua, le Venezuela, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Antigua et Barbuda ; le Honduras en faisait partie avant le coup d’Etat.
[8] El Heraldo, Tegucigalpa, 9 septembre 2011.
[9] La Prensa, Tegucigalpa, 1er septembre 2011.
[10] Radio La Primerísima, Tegucigalpa, 3 septembre 2011.

Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Amériques
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Mardi 27 septembre 2011 2 27 /09 /Sep /2011 18:44

 

Merci à Secours Rouge, toujours un grand travail internationaliste, de très haute qualité !

 

Dimanche, cela faisait quarante jours qu’un milliers d’Indiens amazoniens marchaient vers La Paz en provenance du nord du pays. Ils entendaient faire connaître leur opposition à un projet routier dont la réalisation entrainera la traversée de tout le territoire indigène ainsi que d’un parc national. Les indigènes accusent également Morales de vouloir ouvrir de nouvelles terres aux cultivateurs de coca, une famille syndicale et politique dont il est issu, de surcroît dans un projet co-financé par la firme étrangère OAS (Brésil) avec toutes les conséquences que cela aura pour les pauvres amazoniens. Samedi déjà, le cortège avait du forcer un barrage policier. En fin d’après-midi dimanche, les marcheurs sont arrivés à Yucumo et ont été accueillis par un barrage de contre-manifestants, partisans du gouvernement. La police est violemment intervenue, officiellement ’afin de prévenir tout affrontement entre les deux camps’. Elle a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser le campement des indigènes, et les a forcé à monter dans des cars. Deux manifestants ont été blessés, et de nombreux enfants ont été séparés de leurs parents. Il semblerait qu’un bébé soit décédé dans les affrontements. Dans la nuit de dimanche à lundi, plusieurs centaines d’entre eux ont été emmenés par les forces de l’ordre vers un aéroport situé à proximité de Yucumo afin qu’ils soient renvoyés vers le nord du pays. Mais la population locale est parvenue à empêcher le décollage de l’avion, en occupant la piste. Peu d’informations sont actuellement disponibles sur les conséquences de l’action policière, mais l’on sait que seule une centaine de personnes se trouvent aujourd’hui à Yucumo. Plusieurs manifestations de soutien ont été organisées à travers le pays, et ce mardi, Morales a annoncé la suspension provisoire du projet routier.

Marche des indigènes

 

 

 


 

 

 

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Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 22:55

 

Info reçue par les camarades de la Juventud Marxista Revolucionaria, que SLP tient à faire connaître.


Le Secrétaire général de la Fédération des Etudiants Révolutionnaires de Colombie, David Flores, dénonce la répression par la Police Nationale des jeunes de l’Université de District et la tentative de pénétrer dans l’enceinte de l’université, laissant 20 étudiant-e-s blessés comme conséquence de la répression.

Flores signale également des plaintes, indiquant que la Police a fait usage d’armes non-conventionnelles contre la population universitaire. Il raconte également qu’à l’Université de Pamplona, les forces spéciales de la police sont entrées de nuit dans l’enceinte et en ont pris possession.

Les étudiant-e-s colombien-ne-s mènent depuis plusieurs semaines diverses protestations contre la proposition de réforme de la loi des universités. Selon les étudiants, les changements prévus représentent l’approfondissement des maux dont souffre l’enseignement dans le pays.

Le dirigeant étudiant indique qu’en ce moment les universités publiques colombiennes sont au bord de la banqueroute et que les nouveaux contenus de la loi vont empirer cette situation, signifiant à court terme la privatisation de l’éducation.

Flores rappelle que pour les 12 et 13 octobre est convoqué un grand mouvement national universitaire en Colombie.

 

Source (bolivarienne, mais on fait ce qu'on peut...)

 

En Colombie comme dans l'entité France, la lutte révolutionnaire de la jeunesse pour le droit à l'avenir est internationale !

A bas l'Etat fasciste colombien !

 

http://laradiodelsur.com/wp-content/uploads/2011/09/represion-colombia-300x200.jpg


Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Amériques
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Mardi 13 septembre 2011 2 13 /09 /Sep /2011 08:36

 

Cette année 2011 aura vu l'éclatement au grand jour de la dérive réactionnaire des régimes "bolivariens" en Amérique du Sud. La "chape de plomb" faite de crainte (envers une culture répressive d'État toujours présente), de révérence envers les avancées (bien réelles) pour les masses et d'espoir envers un "redressement de situation", ne parvient plus à contenir la réalité des faits. Au Venezuela, après la "déclaration d'amour" de Chavez envers non seulement Kadhafi et Assad, mais TOUS les gouvernements réactionnaires arabes, l'arrestation et l'extradition vers la Colombie fasciste du journaliste de gauche Joaquin Pérez Becerra, suivie de celle du "chanteur des FARC" Julian Conrado, a fait grand bruit ; mais en réalité, cela faisait plus de 2 ans que les extraditions se succédaient, de militants ELN (surtout) et FARC vers la Colombie, ou de militant-e-s basques vers l'État espagnol. La Bolivie de Morales, après l'explosion de colère sociale contre les prix du carburant au début de l'année, lui a maintenant emboîté le pas en livrant 4 militant-e-s révolutionnaires (William Antonio Minaya, Hugo Walter Minaya, José Antonio Cantoral Benavides et Blanca Riveros Alarcón) à "sa" Colombie à lui, le Pérou de l'ex-"liquidateur" anti-subversif Ollanta Humala. L'Equateur de Correa ne peut, quant à lui, plus faire mystère de sa collaboration active avec l'armée fasciste colombienne, dans la traque et l'extermination des guérilleros FARC et ELN. Parallèlement, tous piétinent allégrement leurs proclamations contre les "multinationales" et pour la "défense de la Terre-Mère" en bradant les ressources naturelles, notamment le poumon amazonien de l’humanité, aux intérêts capitalistes, éventuellement sous couvert d’entreprises "à majorité étatique" et "patriotiques" : ainsi le projet de "Loi sur l’Eau" et de concessions aux "multinationales" en Amazonie équatorienne, provoquant un soulèvement indigène (shuar) brutalement réprimé (le leader est toujours emprisonné) ; tandis qu’en Bolivie on peut citer l’affaire de l’exploitation du lithium dans le salar d’Uyuni (convoité notamment par Bolloré !) et, en ce moment même, le projet de construction d’une grande autoroute à travers un territoire amazonien préservé…
Tout cela est absolument désolant, lorsque l'on sait la signification révolutionnaire de l'Amérique latine pour tou-te-s celles et ceux qui luttent contre le capitalisme et l'impérialisme à travers le monde.
Les raisons, SLP les a déjà évoquées à plusieurs reprises : le "socialisme bolivarien" n'a jamais été autre chose qu'un réformisme bourgeois redistributif. Par rapport à la misère des masses là-bas, il a représenté un progrès réel. Mais ce réformisme redistributif n'a pas, ne POUVAIT pas résister à la crise mondiale du capitalisme, car pour qu'il y ait redistribution il faut des profits élevés et même, surtout, des surprofits ; or la crise du capitalisme c'est l'effondrement du taux de profit et donc des surprofits. Ceci entraîne alors un effritement de l'appui populaire, qui ne laisse alors pas d'autre solution que de perdre les élections (voire essuyer un coup d'État contre l'éventuel "désordre"), ou de se rallier et/ou rechercher l'appui de la droite au niveau national et continental, et de l’impérialisme au niveau international... Dans des conditions différentes (d'un pays impérialiste), c'est exactement ce qui se produirait, ici, si le PS et ses alliés de la gauche bourgeoise parvenaient au pouvoir ; ce que ne manquent pas de souligner les idéologues de la droite bourgeoise. La seule "redistribution" des richesses possible face à la chute tendancielle du taux de profit, c'est évidemment l'expropriation du Capital et l'abolition de l'appropriation capitaliste de la richesse produite par le Travail ! 
 

Il est cependant intéressant de revenir, "à froid" si l'on peut dire, sur la nature de ces régimes et leur dérive depuis 2-3 ans.

Pour SLP, ce qui a toujours été dit, c'est que ces régimes ont été le produit d'une poussée révolutionnaire de masse et que c'est celle-ci qui doit retenir l'attention, et non les gouvernants, "progressistes" ou non, en eux-mêmes.

Certes, on pourra rétorquer que dans les pays arabes, il y a eu aussi d'immenses mouvements de masse, et que rien n'a changé, que même si les tyrans honnis ont dû parfois démissionner et partir, il n'y a pas eu de "révolutions". C'est vrai ; mais il faut aussi souligner que, "situation géopolitique" oblige, les régimes réactionnaires arabes étaient beaucoup plus "verrouillés" que les régimes "néolibéraux" sud-américains dans les années 90-début 2000. A cette époque, les oligarchies locales comme l'impérialisme de tutelle (US) avaient "la confiance" et la marge de manœuvre des masses populaires organisées était beaucoup plus importante. La crise qui a frappé leur "modèle" économique made in FMI, à la fin des années 90 - début des années 2000, les a pris de court ; et si les mouvements de masses furent moins larges et intenses que ceux qui ont secoué les pays arabes, ils ont conduit à une bien plus importante désorganisation de l'État oligarchique compradore-bureaucratique-terrateniente [en tout cas au Venezuela, en Bolivie et en Équateur* : les autres "victoires" comme au Nicaragua, au Salvador ou au Honduras, sont plus un effet "d’onde de choc" sans nécessairement de mouvement de masse important].

Maintenant, que dire de la qualification de « révolutions » pour ces régimes bolivariens ?

Rappelons tout d’abord le processus que suit la révolution à notre époque, la révolution prolétarienne : révolution politique => révolution économique => révolution culturelle, révolution dans les rapports sociaux. Le capitalisme et la bourgeoisie ont pu se développer dans le cadre de l’absolutisme, stade suprême du féodalisme (ceci dit, la véritable révolution économique bourgeoise, la révolution industrielle, n’a été rendue possible que par la révolution politique – et a fortiori, la révolution culturelle bourgeoise, l’imposition de sa culture comme culture dominante). En revanche, instaurer le socialisme ou même, là où c’est à l’ordre du jour, liquider la "chape" féodale qui pèse sur la production toute entière, impose aujourd’hui au prolétariat de prendre d’assaut et détruire la superstructure-État de la classe dominante, et de la remplacer par une superstructure révolutionnaire. Sans pouvoir du prolétariat, il n’est pas possible d’instaurer le socialisme.

Qu’en a-t-il été au Venezuela, en Bolivie ou en Équateur ? Et bien, c’est une réalité que la superstructure étatique qui prévalait depuis plusieurs décennies a fait plus que vaciller. On voit mal comment qualifier autrement un président qui s’enfuit en hélicoptère vers l’aéroport et de là vers les États-Unis (Bolivie), le dégageage de deux présidents en 5 ans (Équateur) ou l’incapacité, par les deux partis qui "verrouillaient" le pays depuis 40 ans, d’empêcher l’élection d’un militaire populiste "de gauche" condamné pour… mutinerie 5 ans auparavant (Venezuela) ! 

Dans chacun des cas, le mouvement populaire de contestation, le "mouvement social" pour reprendre les mots de l’idéologue du "processus" bolivien, Alvaro Garcia Linera, a créé l’ingouvernabilité du pays par la "classe politique" traditionnelle. Au Venezuela, on dira qu’il y a eu un lent effritement pendant 10 ans, permettant le "passage en fraude" de Chavez puis, après la "reprise en main" ratée d’avril 2002, une pulvérisation totale.

Les tenants du vieux système ont en quelque sorte "déserté" les lieux de pouvoir (ou un grand nombre…) et le "mouvement social" s’y est engouffré, dans le sillage d’outsiders politiques de longue date. Il ne faut pas se mentir : ce "mouvement social" a réellement créé un rapport de force qu’il serait vain et grotesque de vouloir comparer à quoi que ce soit en Europe depuis des décennies, voire depuis 1945 (où par contre, il était supérieur, car il y avait alors des Partis communistes de masse). Il est bon d’avoir cela à l’esprit, avant de se lancer dans toute critique salonarde des limites de ce mouvement.

 

Quel a alors été le problème ? Et bien, en dernière analyse, c’est un problème de conception politique, de conception du monde. Et ce problème a très peu été abordé dans le mouvement international se réclamant du communisme.

On s’est beaucoup échiné à définir et à dénoncer la nature de classe (militaires petit-bourgeois, paysans moyens, intellectuels bourgeois) et idéologique ("réformisme", "populisme", "social-fascisme") des chefs de file des "processus", mais le problème résidait fondamentalement DANS le "mouvement social" lui-même.

Il n’y a pas eu dans ce "mouvement social" de véritable conception politique révolutionnaire, concentrée et systématisée par une (ou même plusieurs) organisation(s), permettant de conquérir TOTALEMENT le pouvoir politique et, de là (et seulement de là), pouvoir envisager la transformation socialiste de l’économie et des rapports sociaux.

La plupart des organisations de masse ne reconnaissaient même pas le marxisme, voire le rejetaient ouvertement, comme "trop matérialiste" ou au contraire comme "idéaliste, utopique", ou encore comme "eurocentriste"… Plus petites, il y avait de nombreuses organisations et même des Partis (comme le PC du Venezuela) se réclamant du communisme, mais aux conceptions très limitées, qui n’ont finalement fait que du suivisme "critique" vis-à-vis des forces réformistes. D’autres forces, par ailleurs, dont malheureusement beaucoup se réclamant du maoïsme, ont adopté une posture sectaire, refusant de reconnaître quoi que ce soit de positif aux évènements et se coupant ainsi des masses et de leur mouvement réel. 

Pour renverser le pouvoir des classes dominantes, il faut au moins (même s’il n’est pas interdit, bien au contraire, de penser avec sa tête…) avoir étudié le léninisme, puisque celui-ci, ayant présidé à la première révolution prolétarienne réussie de l'histoire, est la science de la conquête du pouvoir par les exploité-e-s.

Les bourgeoisies nationales réformistes ont donc été  laissées en roue libre. Avec les limites de la conception communiste au 20e siècle, les nouvelles bourgeoisies émergeaient au sein des expériences socialistes (ou démocratiques-populaires) en l’espace de 20 ou 30 ans. Quant aux forces nationalistes bourgeoises "progressistes", qu'il s'agisse des différents "socialismes arabes", ou "socialismes africains" ou des forces latino-américaines de type APRA, MNR bolivien, PRI mexicain, justicialisme argentin etc., entre écrasement militaire par les forces ultra-réactionnaires pro-impérialistes et "droitisation" interne, l'évolution vers le stade de laquais assumés de l'impérialisme se faisait sur des séquences historiques à peu près du même ordre. Mais ici, les nouvelles oligarchies "endogènes" se sont formées au sein des "processus de changement" en à peine quelques années… rejoignant les anciennes, qui n’avaient jamais disparu !

Pour autant, fallait-il accepter la liquidation réactionnaire de ces "processus", entendus comme rapports de force établis par le "mouvement social" des masses populaires ? Évidemment que non ! 

Pour SLP, il a toujours été clair que la tranchée populaire conquise par les luttes de masse (n’ayant pas débouché sur une véritable révolution), au Venezuela, en Bolivie et ailleurs, allait devoir faire face à deux grandes menaces :

- la contre-offensive réactionnaire de l'oligarchie (compradore-bureaucratique-terrateniente) et de l'impérialisme de tutelle (US) ;

- la trahison des réformistes nationaux-bourgeois.

Cela a toujours été une évidence. Mais encore fallait-il savoir prendre chaque chose en son temps, savoir à quel moment et contre quel ennemi principal lutter !

En 2008-2009, la situation semblait se stabiliser au Venezuela, mais le coup d’État au Honduras, ou encore les menaces de guerre civile et le massacre d’une soixantaine de paysans pro-Morales en Bolivie, semblaient laisser entrevoir un NOUVEAU PLAN CONDOR continental. À ce moment-là, considérer qu’il fallait lutter à la fois contre l’"ultradroite" (comme on dit sur le continent) et contre les réformistes bourgeois, voire PLUS contre les seconds que contre les premiers (!), était absolument CRIMINEL. Aujourd’hui, en revanche, la situation se pose autrement. Car le nouveau Plan Condor, en réalité, ne faisait que se profiler : il est désormais bel et bien là, sous nos yeux. Simplement, à présent, Chavez, Morales et Correa en FONT PARTIE, ils ont intégré le dispositif !

Et soyons sûrs qu’au Pérou, Ollanta Humala, à qui l’oligarchie vient finalement d’ouvrir les portes de la présidence, y aura toute sa place, poursuivant le « Plan Pérou », véritable « Plan Colombie II » de l’impérialisme contre les groupes de guérilla maoïstes.

 

La position de SLP n’a donc pas "changé", car elle n’a toujours fait que reposer sur un seul principe absolu : LE CAMP DU PEUPLE EST NOTRE CAMP. Quand le Nouveau Plan Condor continental visait également les gouvernements réformistes, défendre la tranchée populaire conquise par les luttes impliquait de défendre également ces gouvernements (sans s’aveugler pour autant sur leur nature). Que cela plaise ou non, c’était la seule ligne juste. Mais si, maintenant, ces gouvernements ont intégré le Nouveau Plan Condor contre les masses populaires et les forces révolutionnaires, alors bien sûr ils doivent être combattus au même titre que les gouvernements ouvertement d’ultradroite !

Pour mieux faire comprendre cette ligne, SLP a fréquemment utilisé la comparaison avec la République bourgeoise espagnole (1931-39). Si, quand l’Allemagne nazie était devenue (après 1933) le "Centre" de la Réaction en Europe, défendre la vie et la liberté de millions de personnes impliquait de défendre le gouvernement bourgeois de gauche en Espagne (ou même en France : le Front populaire), alors il fallait le faire, point ; il en était ainsi et pas autrement. En revanche, il n’y avait aucune raison de soutenir un gouvernement aligné sur Berlin : il fallait au contraire le combattre. Or, aujourd’hui, la Colombie de Santos-Uribe est le Centre de la Réaction continentale, avec derrière elle les forces les plus noires de l’impérialisme US, et voilà que Chavez s’allie avec ! Il n’y a donc plus aucune raison de le soutenir en aucune manière.

Puisque l’on est sur la République bourgeoise espagnole : il est très possible que si elle avait été victorieuse du franquisme, elle aurait pu suivre la même évolution réactionnaire que le Mexique PRIste, qui fut d’ailleurs son grand allié avec l’URSS ; rompant avec les révolutionnaires (communistes et anarcho-syndicalistes) sur un grand « merci de votre soutien camarades ! »… Exactement comme le PRI mexicain, après Cardenas, a évolué vers la droite, à l’ombre de l’impérialisme US (nouveau "Centre" de la Réaction mondiale), jusqu’au massacre des manifestant-e-s à Mexico en 1968. Et bien, dans ce cas, il est évident que les communistes et tous les révolutionnaires, après l’avoir défendue contre les fascistes, auraient dû la combattre sans pitié ! Encore un exemple (de "politique-fiction", cette fois-ci) pour illustrer la ligne à suivre vis-à-vis de Chavez et consorts : victorieux des manœuvres réactionnaires de l’oligarchie, Chavez a ensuite évolué vers la droite jusqu’à rejoindre le camp des ennemis du peuple ; il fallait le défendre contre ces manœuvres, il faut désormais le combattre sans faiblir… 

 

Pour conclure, voyons ce que disait Dimitrov au milieu des années 1930 : « Or, il subsiste encore maintenant des vestiges de l'attitude schématique à l'égard du fascisme. N'est-ce pas une manifestation de cette attitude schématique, que l'affirmation de certains communistes assurant que l' « ère nouvelle » de Roosevelt représente une forme encore plus nette, plus aiguë de l'évolution de la bourgeoisie vers le fascisme que, par exemple, le « gouvernement national » d'Angleterre ? Il faut être aveuglé par une dose considérable de schématisme pour ne pas voir que ce sont justement les cercles les plus réactionnaires du Capital financier américain en train d'attaquer Roosevelt, qui représentent, avant tout, la force qui stimule et organise le mouvement fasciste aux États-Unis. Ne pas voir le fascisme réel prendre naissance aux États-Unis sous les phrases hypocrites de ces cercles en faveur de la « défense des droits démocratiques des citoyens américains », c'est désorienter la classe ouvrière dans la lutte contre son pire ennemi. »

Il parle ici, certes, d'un pays impérialiste, les États-Unis, ce qui est sensiblement différent, mais pas tellement pour le sujet qui nous intéresse : savoir bien identifier où se trouve le fascisme. Comme pour Roosevelt aux États-Unis dans les années 1930, c'était bien du côté de ceux qui s'attaquaient à Chavez ou Evo Morales au nom de la "société civile", de ceux qui ont renversé Manuel Zelaya au nom de la "constitutionnalité", que se trouvait la menace fasciste. Les masses populaires de ces pays n'ont jamais eu le moindre doute là-dessus !

La seule chose qu'a toujours refusé Servir le Peuple, refus qui a pu lui être reproché d’une manière extrêmement violente et sectaire, c'est de qualifier ces régimes "bolivariens" de fascistes (ce qui impliquait, automatiquement, qu'ils soient l'ennemi principal à abattre, car entre le fascisme et le conservatisme bourgeois, il n'y a pas photo !). Tandis que de leur côté, bien sûr, tous les révisionnistes thorézo-brejnéviens, rabatteurs de Mélenchon et du PS, pourfendaient comme "trotsko-maoïste" toute critique marxiste scientifique de ces mêmes régimes...

Non, il n'y a pas, derrière le béret rouge de Chavez, l'hydre du fascisme... Mais seulement le réformisme bourgeois qui, lorsqu'il ne perd pas la partie  avant  face à la droite, finit simplement par révéler petit à petit sa nature de classe réactionnaire, face à la soif de révolution grandissante des masses. Le terme de "social-fascisme" peut uniquement s'appliquer, à la rigueur, lorsque la social-démocratie a été "chargée" par la bourgeoisie de la liquidation d'une révolution (comme en Allemagne, après l'écrasement des spartakistes) ; ou lorsqu'une contre-révolution a eu lieu au sein même du socialisme (URSS, Chine) tout en conservant les apparences de celui-ci.


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[ * - Au Venezuela, la "nouvelle ère" post-1989 s'ouvre par la répression-massacre du Caracazo (soulèvement populaire contre l'augmentation du prix des transports), au moins aussi brutale que celle du "Printemps de Pékin" (entre 300 et plusieurs milliers de victimes), mais largement ignorée par les grands médias internationaux. S'ensuit une période de grande agitation sociale et ingouvernabilité politique par les deux partis (Action démocratique et Copei) qui se partageaient le pouvoir depuis 1958. Celle-ci voit notamment la tentative de coup d'État "patriotique" de Chavez en 1992, sa libération comme "concession" au mouvement populaire en 1994, puis son élection "surprise" fin 1998. Mais c'est l'échec de la tentative de renversement contre lui, en avril 2002, qui marque vraiment le rapport de force conquis par les masses contre les classes dominantes. 

- En Bolivie : d'abord la "guerre de l'eau" de Cochabamba en 2000, contre la privatisation du service de l'eau (amenant à l'abandon du projet), puis un mouvement des policiers réprimés par l'armée (avec bien sûr des affrontements armés entre les deux forces) et enfin la "guerre du gaz" de septembre-octobre 2003, contre le pillage des ressources gazières par les monopoles impérialistes, qui fait plus de 80 mort-e-s et voit la démission et la fuite du président Sanchez de Lozada ("Goni el Gringo"), remplacé par son vice-président, ce qui ouvre la voie à l'élection du syndicaliste Evo Morales fin 2005. 

- En Équateur, la colonne vertébrale du mouvement de masse a été les puissantes organisations populaires indigènes, comme la CONAIE. En janvier 2000, un mouvement contre la dollarisation (remplacement de la monnaie nationale par le dollar US) entraîna la chute du président Jamil Mahuad et, après un intérim vice-présidentiel, l’élection de Lucio Gutiérrez (2003), un militaire rallié à la révolte de 2000. Mais celui-ci fit à son tour allégeance à l’impérialisme, se proclamant « meilleur ami de Bush dans la région », et fut à son tour renversé en 2005 suite à de nouvelles mobilisations. Les élections de novembre 2006 voient finalement l’élection de Rafael Correa, un économiste "humaniste et chrétien de gauche" selon ses propres mots, qui annonce une "révolution citoyenne".]

 

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Mardi 28 juin 2011 2 28 /06 /Juin /2011 20:55

 

Par le PARTIDO COMUNISTA SOL ROJO DE BOLIVIE

 

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !


LES SEULS BENEFICIAIRES : LES PROPRIÉTAIRES FONCIERS DE NOUVEAU TYPE ET LES PAYSANS RICHES

Cette loi prétend servir ni plus ni moins à la nouvelle classe émergente des rangs du gouvernement actuel et du Mouvement vers le Socialisme (M.A.S.), qui ont la capacité d’en retirer les bénéfices, entre autres aspects, à travers le crédit, l'application de « technologie mécanisée », la mise en œuvre de « plus de systèmes d'irrigation », la création de deux entreprises étatiques (un d'appui à la production de semences et une autre de production de fertilisants et d’engrais) et de l'Assurance Universelle Agricole « Pachamama ». 

Dans la mesure où cette loi ne contient aucune proposition visant à dépasser la propriété privée sur la terre, ni l'agriculture de petite échelle, il ne s'avère pas difficile de comprendre comment la nommée « économie communautaire » - constituée majoritairement par de petits propriétaires parcellaires (lire : paysans pauvres) -, serait capable de jouer un rôle important dans la production d'aliments pour la population bolivienne et d'atteindre des niveaux collectifs de production agricole.

La reconnaissance des Communautés comme « organisations économiques communautaires », n'explicite pas les raisons de cette dernière et encore moins les objectifs économiques que poursuit une telle mesure. On cherche, en gros, à fournir l'accès individuel/familial de ces « communautaires » (lire : les partisans évistes) à de plus grandes ressources économiques, principalement par la voie de l’autorisation de crédits qui, comme c’est déjà habituel depuis l'instauration du dénommé « néo-libéralisme » en 1985, se feront par l’intermédiaire de la bourgeoisie compradore (lire : les Banques financières). En aucun cas, la reconnaissance des Communautés comme « organisations économiques communautaires » n’impliquera de promouvoir des formes de production collectives orientées vers l'agriculture à grande échelle.

Comme ce projet de loi ne vise certainement pas à dépasser la petite production rurale (présente fondamentalement dans la zone andine) et à balayer la propriété privée sur la terre, il convient de se demander pourquoi cette fois-ci la petite voire minuscule parcelle campagnarde communautaire, serait en conditions de dépasser sa tendance à avoir toujours moins d'importance dans l'ensemble de la production agricole du pays.

 

La petite et la grande production agricole

 L’information statistique relative à l'évolution de la production de blé durant les dernières années dans le pays, est un bon exemple qui permet d'apprécier pourquoi existe la nécessité d’aller de l'agriculture de petite échelle vers l'agriculture de grande échelle, si l’on prétend augmenter les niveaux de production de l'« économie communautaire », ce qui ne sera évidemment pas possible si dans le même temps subsiste un système semi-féodal de production.

Bien qu'il soit possible de signaler un accroissement dans les surfaces cultivées et dans les volumes de production de blé, fondamentalement à la charge de petits producteurs des départements de Cochabamba, Chuquisaca, Potosí et de La Paz, ceux-ci sont en pratique marginaux par rapport à ceux de l'Est du pays.  

Ces chiffres reflètent les limitations propres de la petite propriété rurale qui ne peut pas développer considérablement sa surface cultivée, sinon au prix d'une plus grande spécialisation productive, ou à travers la location et/ou l'achat intra-communal ou extra-communal d'autres terres, rendant impossible aussi d'incorporer de la technologie moderne, ce qui l’empêche d'augmenter substantiellement ses niveaux de productivité.

Pour cette raison, la tendance de la loi promulguée, est de stimuler, sans doute aucun, la grande propriété foncière de nouveau type, la production agricole d'une nouvelle classe émergente qui depuis 2006, se développe comme bourgeoisie bureaucratique au sein de l’Etat appelé « plurinational », en condamnant de grands secteurs de la population rurale à l'abandon, à la marginalisation et à la misère sans retour.

 

Le Mouvement vers le Socialisme et la petite propriété rurale

 Le M.A.S. comme parti dirigeant, ne conçoit pas dans son programme bourgeois ni dans son action d’exclure et/ou écraser la propriété privée des moyens de production. Pour cette raison, l'intérêt d'Evo Morales et son régime ne se centre pas sur la défense et la projection de la propriété sociale de la terre, mais sur l’impulsion, la consolidation et la matérialisation de la propriété privée mais de cette dernière, dans chacune de ses dimensions : petite, moyenne ou grande.

Pour cette raison, le gouvernement du M.A.S. propose un « socialisme communautaire », qui d'un point de vue théorique et discursif se base prétendument sur le titre collectif du « territoire communal », avec prédominance de la propriété ou de l'usufruit privé de la terre pour la production, et non de la propriété collective ou sociale de la terre pour la production collective qui permettrait justement d'atteindre - par la suppression de la petite propriété - la grande production sociale ou collective paysanne, agricole et d'élevage.

Pour cette raison, cette loi - comme beaucoup d'autres du gouvernement du M.A.S. - finira par favoriser ceux de toujours : les grands propriétaires d’ancien et de nouveau type (ce qu'on appelle de manière erronée « chefs d'entreprises agricoles ») et aux paysans riches, les alliés fondamentaux du M.A.S. Ce sont eux qui en profiteront, à partir de l'application de cette loi, avec des ressources additionnelles, parce que ce petit groupe est en conditions d'obtenir des crédits accordés avec des garanties hypothécaires sur les machines, équipements, autres moyens de production, production actuelle ou future, bétails et autres actifs et garanties personnelles considérés dans la loi, ainsi que d'acquérir des « technologie mécanisée », semences améliorées, fertilisants et engrais et de payer une partie des primes pour l'assurance agricole « Pachamama ».

 

[note SLP : si les extraditions de militants colombiens par Chavez a été un coup de tonnerre pour la "gauche radicale" idéaliste du continent et du monde entier, la présente loi en est un pour les ONG et autres mouvements écologistes petits-bourgeois, qui avaient fait d'Evo Morales leur champion... comme si l'on pouvait être "socialiste" ou "défenseur de la Terre Mère" "parce qu'on le veut (vaut ?) bien", indépendamment des positions de classe, des rapports de forces entre les classes et entre les Peuples et les monopoles impérialistes, etc.

La suite du texte expose leurs réactions à travers le monde]

 

Les transgéniques pour la sécurité alimentaire ?

« Serait-il possible que le gouvernement du M.A.S. propose la légalisation des transgéniques en Bolivie ? »  se demandent beaucoup d'écologistes et quelques militants de ce parti de gouvernement, qui croyaient aveuglément en Evo Morales, héros et défenseur mondial autoproclamé de la Mère Terre.

Quand s’est confirmée la mauvaise nouvelle, les écologistes du pays et de l'étranger se sont sentis aussi désillusionnés que les travailleurs boliviens après le gasolinazo de Noël. « Apparemment la Pachamama n'obtient pas l'appui nécessaire de ses fils parlementaires qui ne savent pas la défendre », a regretté le journaliste Fortunato Esquivel.

« Il doit y avoir une grave erreur dans l'information de certains de nos parlementaires pour qu'ils proposent de donner libre voie au commerce de semence transgénique », s’est interrogé l'ex sénateur du M.A.S. Antonio Peredo. Les « honorables » du MAS sont une troupe de « lève-mains » soumis à l'Exécutif qui fait le jeu des multinationales comme aux pires temps du néo-libéralisme, déplore le Conamaq.

Lever la main sans savoir ce qu'ils approuvent est du « sectarisme stupide », a reproché l'ex sénateur du M.A.S. Gastón Cornejo, scandalisé par « le manque énorme de bon sens de quelques politiciens ignares » et du « discours fort peu respectable » du ministre Carlos Romero.

Des dizaines de rapports la FAO et de l'UNESCO corroborent que le commerce transgénique renforce un modèle de production agricole indéfendable et déprédateur. L'Union of Concerned Scientists (Union de Scientifiques Concernés par la Société, USA), après avoir analysé des études de domaine durant les 20  dernières années, est arrivée à la conclusion que la prétendue augmentation de rendements des cultures OGM est complètement fausse. Il a été démontré dans la pratique que la culture industrielle de transgéniques intensifie l'utilisation de pesticides agro-industriels et dévaste des secteurs étendus. Le plus grand danger est la pollution biologique des espèces et des cultures.

Il a été scientifiquement vérifié que les OGM contaminent les espèces indigènes. En avril de cette année, 270.000 agriculteurs non-OGM victimes de pollution génétique ont attaqué Monsanto devant un tribunal de New York. L'histoire a démontré que les semences organiques ne peuvent pas coexister avec les semences transgéniques de le commerce agricole, a affirmé Public Patent Foundation (PUBPAT).

La Bolivie est le centre d'origine d'innombrables variétés de maïs, pomme de terre, quinua, noix amazonienne, haricots, arachide et racines andines et autres cultures qui apportent la souveraineté alimentaire du monde ; les transgéniques attentent contre cette richesse, a alerté le Forum bolivien sur l'Environnement et le Développement (Fobomade). Il serait extrêmement dangereux d’introduire des transgéniques dans le pays, car nous pourrions exposer la richesse indigène à la pollution horizontale de pollens et gènes, a signalé la Ligue de Défense de l'Environnement (Lidema).

Le soja transgénique contamine déjà la production nationale, et on laisse maintenant ouverte la porte aux transgéniques de maïs, de riz, de blé, de canne, fondamentaux dans le régime quotidien des Boliviens. « Voulons-nous répéter l'expérience du soja dans d'autres cultures ? Défendrons-nous ainsi les droits de la Mère Terre ?  », ont demandé des dizaines d'organisations sociales boliviennes à Evo Morales par une lettre ouverte.

Des données scientifiques abondantes démontrent que ni les OGM, ni les pesticides agro-industriels comme le glyphosate ne sont inoffensifs pour les hommes ; au contraire, ils constituent un danger grave pour la santé humaine. C'est pourquoi l'Italie, la Grèce, la Suisse, l'Allemagne et même le Pérou ont déclaré des moratoires sur la culture de transgéniques par plusieurs années.

Peut-être ceux du MAS ne sont pas conscients des risques ? « Je suis convaincu que les produits transgéniques font beaucoup des dommages ; cela est démontré scientifiquement. Certains ignoreront sûrement ce que je dis, mais d’ici à un certain temps tout le monde me donnera raison », disait Evo le 28 avril 2010 en Sucre, et il a proposé que la Bolivie soit « territoire libre de transgéniques ».

« Vous avez été un espoir pour les organisations de la société civile et les mouvements sociaux de la région et du monde, pour promouvoir une gestion différente de celles que nous impose le pouvoir des transnationales et le Capital… (Mais), les transgéniques vont contre le Bien Vivre que vous nous avez promis », ont rappelé à Evo, par une lettre publique, des dizaines d'organisations environnementalistes de toute la planète.

Président Evo, apprenez de notre expérience : « La modification génétique, en privatisant les biens publics par l'intermédiaire des brevets de vie, détruit primordialement les valeurs que la Bolivie a défendues », a indiqué le directeur exécutif de Food & Water Watch aux Etats-Unis, Wenonah Hauter, par une autre lettre publique.

Il est vérifié que le commerce transgénique est une nouvelle forme de domination qui nous soumet toujours plus aux grandes corporations de l'agro-capitalisme, qui font pression politiquement pour maintenir « un modèle d'affaires où les profits sont atteints aux dépens de l'environnement et des sept milliards de personnes qui produisent et consomment les aliments », a admonesté le directeur exécutif d'Oxfam,  Jeremy Hobbs.

Il faut examiner « avec la plus grande attention » les causes et implications de la crise alimentaire mondiale pour ne pas prendre de « décisions précipitées », ont recommandé la FAO, le Pape et des centaines d'académiques et experts de gauche, centre-droit et jusqu'à des démocrates libéraux, auxquels profitent les transgéniques monopolisés par Monsanto.

Plusieurs études de l'ONU et d'autres institutions indépendantes indiquent que l'agriculture contemporaine pourrait nourrir jusqu’à 12 milliards de personnes, le double de la population actuelle. Par conséquent, la crise alimentaire n'est pas un problème de manque de ressources, d’investissement ou de production, mais de « priorités », a souligné le directeur Général de la FAO Jacques Diouf. Il ne s’agit pas que nous produisions davantage d'aliments, mais de la manière dont ces produits sont bien distribués et dont les gens ont la capacité acquisitive pour les acheter, a souligné le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation Olivier de Schutter.

La faim dans le monde ne dépend pas tant de la pénurie matérielle mais du manque de volonté politique pour faire face à la cause structurelle de la crise : le système économique qui met à sac et exploite les ressources de la terre et les biens communs de l'humanité « de manière destructive » et en rejetant tout type d'« ingérence » de caractère moral, a sermonné le Pape Benoît XVI dans l’encyclique Caritas in veritate.

 

 La stratégie d'Evo Morales : impulser la production latifundiste de la terre

 Il est clair que la nouvelle stratégie agricole bolivienne n'est pas de « revaloriser » la culture agricole ancestrale mais de favoriser la production agricole des nouveaux et resurgis propriétaires fonciers, avec une focalisation sur les transgénique qui approfondit l'oppression du pays par les multinationales du marché des transgéniques. Nous parlons d'un modèle productif totalement soumis aux semences et aux facteurs de production qui ne répond absolument pas à la réalité et aux nécessités boliviennes, critique María Julia Jiménez, de l'Association de Producteurs Écologiques de la Bolivie.

Président Evo : « Nous ne comprenons pas cette mesure, qui apparaît comme quelque chose de profondément contradictoire, puisque vous même avez manifesté à de multiples reprises votre critique de ces cultures… Ce serait une mesure suicidaire pour la Bolivie et un dur coup pour tous et toutes ceux qui croient qu'il est possible de suivre un chemin nouveau et  juste avec les gens et la Mère Terre », ont dit des écologistes et des intellectuels de l'étranger.

Président Evo : nous les Boliviens attendions un changement dans le processus productif agricole, mais l'ensemencement de soja transgénique a été augmenté de 40 à 85% sous la gestion de votre gouvernement, avec l'augmentation conséquente de l'utilisation d'herbicides fongicides et insecticides de plus de 300%, ont averti à Evo des dizaines d'ONG boliviennes. Par débordement, le ministre de Développement Rural veut maintenant réduire à zéro les tarifs d'importation d'agrochimiques, soi-disant parce que les paysans « dépensent beaucoup » dans les produits chimiques.

Tout ceci contredit les buts et les principes de la loi de RPCA elle-même : « Obtenir la Souveraineté Alimentaire dans des conditions d’innocuité et de qualité pour le Bien Vivre des bolivien-ne-s, en harmonie et en équilibre avec la Mère Terre » (Articles 3 et 6) ; et « garantir la provision d'aliments et un état nutritionnel adéquat » (Art. 12).

Ne mentez pas Président : Avec les transgéniques et des pesticides on ne vit pas bien, ni on ne garantit une alimentation et un état nutritionnel adéquats. Les transgéniques offensent la Mère Terre et violent les droits fondamentaux à la vie, à l'existence et « à continuer des cycles vitaux et des processus libre de la modification humaine ; et à ne pas avoir sa structure cellulaire contaminée ou altérée génétiquement… ».

La loi pro transgénique viole l'article 255 paragraphe 8 de la Constitution et nuit aussi à une dizaine de droits élémentaires de la Nature reconnus par la Loi de la Mère Terre et du Bien Vivre, parmi lesquels le droit de chacun droit à l'air propre et à l'eau pure ; à l'équilibre ; à ne pas être contaminé et « ne pas être affectée par des méga infrastructures et des projets de développement… ».

Eu égard à tout ce qui précède, les organisations sociales du monde entier exigent du prétendu défenseur de la Mère Terre qu'il assume une position plus claire et cohérente avec son discours : «un pays qui a constitutionnalisé les Droits de la Mère Terre ne peut pas mettre en danger la biodiversité, qui est patrimoine collectif de tout le peuple bolivien ». 

Un gouvernement qui appelle à « établir une nouvelle relation harmonieuse entre l'homme et la nature comme garantie de sa régénération » - comme le prône le Vice-président Alvaro García Linera-, ne peut pas favoriser les « affaires » de quelques chefs d'entreprise et multinationales au prix de la santé de la Pachamama.

Président Evo : « Un gouvernement comme le votre ne peut pas être rendu aux intérêts des entreprises transnationales de semences qui sont aussi les propriétaires des agro-pesticides nécessaires ; un représentant du peuple ne peut pas approuver des semences pensées pour l'exportation déplaçant les cultures destinées à l'alimentation humaine. Vous ne devez pas, Monsieur le Président », insiste l'activiste espagnol Gustavo Duch Guillot.

« Il est totalement pertinent que l'État bolivien adopte le principe de précaution et élimine les articles 15 et 19 de la loi RPCA, en assumant son obligation de veiller à la santé de la population, à l'écosystème et au patrimoine génétique du pays ».

Le mouvement écologiste international est confiant que le gouvernement de Morales indiquera et corrigera ses erreurs, et s'occupera positivement des inquiétudes du peuple, fidèle à sa promesse « d'agir en obéissant au peuple », et pour le bien de la souveraineté alimentaire et des soins et la défense de la Mère Terre. Ne pas le faire, par la loi pro-transgénique, « peut avoir un effet dévastateur aussi grave que le gasolinazo », signale l'ex sénateur Cornejo.

Si le gouvernement décide de légaliser les transgéniques, Evo muterait de « défenseur mondial » de la Mère Terre à valet de Monsanto et trahirait sa propre « révolution démocratique culturelle». Ce serait la fin du prétendu « processus de changement », mettent en garde les écologistes.

 

 Cochabamba, Juin 2011

 

                                                     PARTIDO COMUNISTA SOL ROJO DE BOLIVIA

Ecraser la propriété privée des terratenientes d'ancien et de nouveau type !!!
NON A LA LOI D'EVO MORALES SUR UNE PRETENDUE "REVOLUTION PRODUCTIVE, COMMUNAUTAIRE ET AGRICOLE", QUI NE SERT QUE LES TERRATENIENTES !
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Mardi 21 juin 2011 2 21 /06 /Juin /2011 23:00

 

Article du PCR Canada :

 

LE MARTYRE DES PRISONNIERS RÉVOLUTIONNAIRES AU PÉROU
Souvenirs et leçons du «Jour de l’héroïsme»
Partisan No5Du 10 au 23 juin 2011

En 1980, après des décennies de souffrance et de pauvreté croissante pour les masses, le Parti communiste du Pérou (PCP) déclenchait la guerre populaire. À la suite de l’échec de la stratégie parlementaire qui s’était avérée incapable de sortir les opprimés et les exploités de la misère, le PCP a ouvert un nouveau sentier, ce qui allait susciter une réaction particulièrement brutale de la part de l’État péruvien et du régime meurtrier alors dirigé par Alan García.

L’expérience du Parti communiste du Pérou jusqu’à ce jour nous montre que jamais l’État n’hésitera à recourir à la répression la plus ignoble pour protéger la classe dominante et la propriété privée. Le massacre de près de 300 prisonnières et prisonniers politiques le 19 juin 1986, ordonné par le président Alan García au moment même où il assistait au congrès de l’Internationale socialiste à Lima, prouve que la social-démocratie est tout aussi disposée que la bourgeoisie réactionnaire à procéder à l’extermination physique des militantes et militants communistes, si cela s’avère nécessaire pour protéger les droits du capital.

Il est de notoriété publique que pendant des décennies, l’armée péruvienne et les escadrons de la mort ont mené une politique d’extermination systématique des présumés supporters de la révolution, en particulier parmi la paysannerie. Des femmes et des enfants, et dans de nombreux cas des villages entiers ont été victimes de leurs exactions, parce que leur communauté était réputée sympathique au PCP.

Les prisonnières et prisonniers héroïques, qui n’en pouvaient tout simplement plus de pourrir dans les prisons de l’ennemi et qui savaient très bien que le régime n’avait jamais hésité à massacrer leurs prédécesseurs, ont lancé un mouvement de lutte pour tenter d’améliorer leur sort. Tout comme celles de Callao et de Lurigancho, la prison de l’île d’El Frontón a subi l’assaut combiné de la marine, de l’infanterie, de l’armée régulière et de l’escouade d’élite de la police péruviennes.

Après plusieurs heures d’intenses combats, les prisonnières et prisonniers se sont rendus; mais ce n’était pas suffisant pour la troupe, qui les a exécutés un à un, avec une balle dans le cou. Les corps des martyrs ont été jetés dans des fosses anonymes à l’extérieur de Lima. Et personne n’a été puni pour ce crime odieux.


Le 19 juin, souvenons-nous du «Jour de l’héroïsme» !

 

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Jeudi 9 juin 2011 4 09 /06 /Juin /2011 21:54

 

Cette fois, c'est le "barde" des FARC, qui, il y a peu encore, composait et interprétait des odes au régime "bolivarien", qui se trouve expédié vers les geôles fascistes de Santos.
Les "chavistes irréductibles" (et bientôt inconsolables) ne comprennent plus rien à ce qui leur arrive...
Il faut croire que Chavez, dont la volonté d'endormir la contradiction antagonique entre capitalisme et socialisme fait de moins en moins recette dans les masses, cherche à "compenser" en gagnant le soutien... de l'oligarchie vénézuélienne et continentale (et des impérialistes).
 
Le néo-menchévik NPA pige un peu mieux... mais reste prisonnier de son trotskisme dans son aspect menchévik : il faut que les "mouvements sociaux" combattent "l'orientation actuelle de la direction chaviste" pour lui "imposer un changement de cap radical"... Alors que c'est une nouvelle révolution populaire qu'il faut, contre la nouvelle oligarchie (en l'occurrence, de type bureaucratique* : utilisant l'appareil d'Etat et les entreprises "publiques" pour accaparer la plus-value), que la gauche révolutionnaire latino-américaine commence à appeler la "nouvelle droite endogène".
Mais pour cela, il n'est plus possible de s'en tenir au "mouvement social" (qui avait imposé un repli tactique à l'oligarchie, traduit par l'élection de Chavez). Il faut un PARTI REVOLUTIONNAIRE !

[*une des trois classes de l'oligarchie des pays dominés, avec les compradores (intermédiaires commerciaux privés des monopoles du Nord) et les latifundistes (grands propriétaires terriens, terratenientes)]

Le Grand Soir (chavistes inconsolables...)

http://www.legrandsoir.info/local/cache-vignettes/L250xH156/arton13893-32556.jpg« Le Venezuela serait-il devenu dangereux pour les combattants sociaux et pour les révolutionnaires du monde ? » (1) s’interroge le Parti Communiste vénézuélien. Après avoir essuyé de nombreuses critiques suite à la détention et extradition de l’opposant communiste Joaquin Pérez Becerra, le gouvernement bolivarien récidive avec l’arrestation, mardi 31 mai 2011, de Guillermo Enrique Torres, alias “Julian Conrado”, membre reconnu des FARC. Toujours coiffé d’un chapeau et armé d’une guitare, l’homme s’est fait connaître comme le chanteur de la guérilla, de par ses nombreuses chansons composées sur le thème. Petite moustache et une allure d’enseignant, Julian Conrado intègre, selon les services de rensignements colombiens, la guérilla dans les années 80 fuyant l’extermination du parti de gauche l’Union Patriotique (2).

Né en 1954, l’homme était activement recherché dès lors où son corps ne fut pas retrouvé parmi les tués lors de l’opération “Fénix” (durant laquelle fut abattu Raul Reyes, en 2008) (3). Ce sont finalement les autorités vénézueliennes qui l’ont capturé, dans l’état de Barinas (à l’Ouest du pays), où le guérillero vivait dans une « modeste ferme » semble-t-il depuis qu’il avait quitté la Colombie il y a de cela huit mois (4). « Nous étions à sa poursuite depuis plusieurs années, jusqu’à ce que nous puissions récolter suffisamment d’informations crédibles qui nous indiquaient qu’il se trouvait au Venezuela ; nous en informèrent les autorités vénézuéliennes qui ont agit immédiatement » a indiqué le Ministre de la Défense colombienne, Rodrigo Rivera (5). Comme lors de l’affaire de Pérez Becerra, le président Hugo Chavez a reçu les remerciements de son homologue colombien, Juan Manuel Santos, qui a déclaré que l’extradition du détenu lui avait été confirmé par le dirigeant bolivarien (6).

Il n’est pas difficile de deviner que cette nouvelle action du régime chaviste va accentuer la fissure qui s’était déjà dessinée au sein du mouvement révolutionnaire vénézuélien. Le PCV a rapidement exprimé son désaccord profond avec l’action gouvernementale et a affirmé « toute sa solidarité » avec Julian Conrado (7). Soulignant la coopération des services de renseignements colombiens et vénézuéliens dans cette traque, il a rappelé « la relation et l’aide au niveau des services d’intelligence et militaire qui existe entre le MOSSAD israélien et la CIA nord-américaine avec le gouvernement et l’état colombien pour persécuter ceux qu’ils appellent “terroristes” et qui sont des militants révolutionnaires » (8). Pour les communistes, cette relation entre les administrations des deux pays voisins est en train « indirectement et sans le vouloir, de faire le jeu et/ou de faire partie du réseau mondial de l’impérialisme pour capturer des cadres révolutionnaires de gauche » (9).

Soumis à une alerte de code rouge émise par Interpol (10), Julian Conrado est recherché pour délit de trafic de drogue, extorsion et violence à des fins terroristes (11). Rapidement, sur internet, les sites alternatifs d’information de gauche ont informé sur cette détention et ont reçu de nombreuses critiques d’internautes à l’encontre de Chavez avec, en toile de fond, le cas de Pérez Becerra (12).

Nul doute que la Colombie semble avoir trouvé le point faible du gouvernement bolivarien avec ces différents cas d’extraditions de “terroristes”. Soudainement préoccupé par l’image que pourrait renvoyer le Venezuela aux yeux des médias, le président Chavez s’est déjà exprimé sur le “piège” que lui tendait ses adversaires avec ces “patates chaudes”, ce chantage au soutien “aux terroristes”. Pourtant, la soumission aux exigences de Bogota ne se traduit pas par une paix médiatique à l’égard du régime chaviste : sitôt après la livraison du Becerra, une vaste campagne de désinformation s’est opérée contre Chavez avec l’affaire de l’ordinateur de Raul Reyes. Attribuant au président vénézuélien ainsi qu’à son homologue équatorien des relations douteuses et des financements obscures avec la guérilla colombienne. Il s’est avéré que l’ensemble des “preuves” apportées par l’analyse des fichiers informatiques de l’ordinateur ont été déclarées invalides et d’une authenticité « douteuse » comme le rapporte le journal britannique The Guardian (13). Le journaliste Maurice Lemoine a souligné le double jeu de Santos qui, tout en voulant s’afficher comme le nouvel allié de Caracas, n’a pas hésité a contribuer au mensonge sur ces supposées relations entre les FARC et Chavez (14).

Au final, les concessions octroyées à l’état colombien par Hugo Chavez ne lui apportent qu’un semblant d’apaisement et affaiblissent au contraire sérieusement son propre camp. Sourd aux avertissements, portés principalement par les communistes, le président vénézuélien continue d’alimenter involontairement la politique de déstabilisation de Bogota qui a réussi là à le piéger dans ses filets. Quant à Julian Conrado, il est à son tour victime de cette alliance contre-nature et sera certainement livré à ses geôliers par ceux dont il pouvait espérer au moins la protection.

« Le plus joli mot dans la guérilla (...) c’est le mot Camarade, Camarade, Camarade, on l’entend dans les bons moments et mauvais moments (...) si tu ne le sens pas ne le dis pas, ne le dis pas, ne le dis pas » (15) chantait le guérillero.

Loïc Ramirez

 

 

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Mercredi 25 mai 2011 3 25 /05 /Mai /2011 14:56

 

... et s'agenouille devant la junte oligarcho-militaire fasciste.

Les bourgeois "pardonnent" toujours aux bourgeois... Les masses, elles, subissent toujours la répression.

 

De la Terre de Feu mapuche à la Chine contre-révolutionnaire fasciste, en passant par le Burkina néo-colonial et les Guerres populaires en Inde et aux Philippines, et bien sûr par les soulèvements arabes, la Zone des Tempêtes rugit de mille tonnerres en ce début de décennie 2010.

Et, comme toujours lorsque l'humanité accomplit de grands pas vers sa destinée finale communiste, on voit les classes dominantes resserrer les rangs. Et les classes intermédiaires réformistes, elles, petite-bourgeoisie et bourgeoisie nationale, sont face à un choix crucial : se placer sous la direction du prolétariat (et donc, renoncer à leurs privilèges et prendre des risques en situation révolutionnaire) ; ou alors, se rallier à la dictature des monopoles et maintenir (à court terme) leur position sociale. Malheureusement, c'est la seconde option qui est choisie 90% du temps...

C'est ainsi, donc, que nous voyons aujourd'hui le "chancelier" (ministre des Affaires étrangères) de Chavez, Nicolas Maduro, en compagnie du fasciste colombien Santos (qui, il y a quelques années encore, infiltrait des paramilitaires au Venezuela et frappait les FARC en territoire équatorien), entourant la poignée de main entre Manuel Zelaya (renversé et expulsé de son pays en pyjama, pour avoir voulu convoquer une Constituante) et Porfirio Lobo, le président d'extrême-droite élu dans la foulée de ce coup d'Etat fasciste (avec 35% de participation...). Le tout... en Colombie fasciste (où l'on découvre une fosse commune par jour).

Et le tout, bien entendu, sous les auspices bienveillantes des monopoles impérialistes, "occidentaux" (USA, UE émanation des monopoles franco-allemands, Japon) comme "shangaïens" (Russie, Chine).

Suspendu depuis le coup d'Etat de juin 2009, le Honduras et son gouvernement illégitime devrait rejoindre l'OEA. Ceci s'inscrit totalement dans la logique, poussée par Chavez ET Santos, d'"intégration latino-américaine"... Une intégration 100% capitaliste, oligarchique et "néolibérale", autrement dit à la botte de l'impérialisme.

D'autant plus révoltant que c'est dans cette même logique d'intégration que s'inscrit, sans aucun doute, l'extradition criminelle de Joaquin Pérez Becerra, journaliste colombien de gauche et réfugié politique.

Bien sûr, il y aura des petits rigolos pour dire "on vous l'avait dit depuis 10 ans ! Chavez est un nationaliste bourgeois, il ne pouvait QUE terminer dans la réaction !". Mais bien entendu ! Servir le Peuple n'a jamais douté une minute que le réformisme social-populiste de Chavez finirait réactionnaire, et l'a même dit il y a un an et demi...

Seulement, il y a UN TEMPS POUR TOUT. Dénoncer Chavez quand il livre un militant révolutionnaire à un régime fasciste (ou chante son "amitié" pour les tyrans arabes), c'est une chose. Dire "ils se valent", quand un pays et un Peuple sont livrés à un coup d'Etat réactionnaire (Honduras) ou à des massacres fascistes comme à Pando (Bolivie), c'en est une autre... CQFD.

 

Honduras: l'ancien dirigeant Zelaya autorisé à rentrer au pays

Le président hondurien Porfirio Lobo et l'ex-chef de l'Etat renversé Manuel Zelaya, ont signé un accord de "réconciliation nationale", ont-ils annoncé dimanche à Cartagena, en Colombie. Le texte prévoit le retour de Zelaya dans son pays et du Honduras au sein de l'Organisation des Etats américains (OEA).

"Un pas d'une très grande importance a été effectué en vue de la consolidation de l'unité de tous les latino-américains", a déclaré Porfirio Lobo après la signature de l'accord, avant de s'adresser à Manuel Zelaya: "Vous pouvez rentrer chez vous tranquillement", lui a-t-il dit.

Par le biais de ce texte, signé à Cartagena (nord) Tegucigalpa s'engage à respecter "pleinement les droits" de Manuel Zelaya, sa "sécurité" et sa "liberté".

L'actuel gouvernement s'engage aussi à veiller "au respect et à la protection des droits de l'homme", et à l'inclusion dans les "processus politiques et électoraux" du parti de Zelaya, le Front national de résistance populaire (FNPR).

Accord "historique"

Manuel Zelaya a pour sa part salué un accord "historique" de "réconciliation nationale", en assurant qu'il s'agissait de "bonnes nouvelles pour les démocraties d'Amérique latine".

La réunion entre Porfirio Lobo et Manuel Zelaya avait été annoncée en début de matinée par la présidence colombienne et de Tegucigalpa, presque simultanément.

Elle fait suite à une médiation de plusieurs semaines menée par le président colombien Juan Manuel Santos, présent dimanche, et son homologue du Venezuela Hugo Chavez, représenté à Cartagena par son ministre des Affaires étrangères Nicolas Maduro. (source)

 

 
Contenu de l'accord
 
1 Que toutes les décision prisent le soit dans le cadre de la loi
 
2 Garantir à l'ex président José Manuel Zelaya Rosales son retour au Honduras avec la pleine reconnaissance de ses droits [...] en situation de liberté et de sécurité.
 
3 Appronfondir les garanties pour le retour en liberté et en sécurité pour les ex fonctionnaires du gouvernement de Zelaya ainsi que des personnes affectées par la crise et qui son en exil.
 

4 Saluer la décision des autorité compétence d'annuler les poursuites judiciaires contre l'ex président

5 Veiller de manière particulière l'application de la Constitution de la République pour ce qui est des garanties de respect et de protection des droits humains.

6 Veiller à l'accomplissement de toutes les garanties que concède la loi pour que le Front National de Résistance Populaire sollicite son inscription au Tribunal Suprême Électoral et participe démocratiquement aux processus politiques électoraux du Honduras.

7 Réitérer que la réforme de l'article 5 de la constitution hondurienne régule la convocation de plébiscite avec des procédures clairement établies ce qui permet que le peuple peut-être consulté.

8 reconnaître la création du Secrétariat de Justice et de Droits Humains comme entité qui permet de fortifier les capacités nationales pour la promotion et la protection des droits humains au Honduras.

9 Constituer une Commission de Suivi intégrée originellement par les ministres des affaires étrangères de Colombie et du Vénézuéla laquelle entre en fonction dès la signature du présent accord.

 

 

 

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Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 13:24

 

CSI - traduction HNS

 

(Attention : texte réformiste-légaliste, plein d'illusions sur le gouvernement social-démocrate actuel - le président est accusé en 2009 d'avoir fait assassiner un avocat pour étouffer des magouilles. Juste pour l'information)

 

La Confédération syndicale internationale (CSI) se rallie aux organisations syndicales, paysannes et autochtones du Guatemala pour condamner avec force le massacre survenu entre le 14 et le 15 mai dans la plantation Finca « Los Cocos », dans la municipalité de La Libertad, au cours duquel 29 paysans ont été assassinés, y compris deux femmes et trois mineurs de 13, 15 et 16 ans.

 

La CSI exige du gouvernement guatémaltèque qu’il assume entièrement son rôle de garant de la démocratie et de l’État de droit en veillant à la pleine application des recommandations issues de la mission du Bureau du Haut-commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme au Guatemala en 2010. Garantir la vie de tous et toutes les guatémaltèques relève des responsabilités élémentaires de l’État.

 

« La CSI exhorte le procureur général du Guatemala à entreprendre sans plus tarder une enquête effective et exhaustive qui permette d’identifier et de traduire en justice les auteurs de ce crime odieux » a déclaré Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI. « Il est inadmissible que la majorité des crimes et délits perpétrés au Guatemala restent impunis. » ll est impératif que la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG) exécute le mandat dont elle investie, qui est de renforcer la démocratie dans le pays et qu’elle procède à une enquête sur l’implication de groupes parallèles et de forces de sécurité clandestines dans ce massacre.

 

Dans une lettre envoyée aux autorités guatémaltèques, la CSI demande instamment au président Álvaro Colom de prendre toutes les dispositions qui s’imposent pour mettre un terme à la violence systématique à l’encontre des organisations syndicales, paysannes et indigènes et de veiller au respect des conventions fondamentales de l’OIT ratifiées par le Guatemala.

 

http://astm.lu/wp-content/uploads/2011/04/mission-Am_lat11-2.jpg

 

Massacre dans le nord du Guatemala: les forces de l'ordre déployées en force

 

Massacre dans le nord du Guatemala: les forces de l'ordre déployées en force

SAN BENITO, Guatemala - Le président du Guatemala a supervisé en personne, mardi, les centaines de soldats et de policiers déployés dans la province de Petén pour rechercher les meurtriers des 27 travailleurs agricoles tués ce week-end à San Benito, tandis que les écoles et les commerces de cette petite ville terrifiée ont fermé leurs portes.

Le président Alvaro Colom est arrivé dans la région pour diriger les opérations visant à déloger les membres du cartel mexicain des Zetas qui se sont implantés dans la province de Petén, dans le nord du pays, une zone forestière dense le long de la frontière avec le Mexique.

M. Colom a indiqué que 25 des 27 victimes de la tuerie, survenue dans la nuit de samedi à dimanche, avaient été décapitées. La police enquête pour déterminer si des «Kaibiles», des membres des forces spéciales de l'armée guatémaltèque spécialisés dans les méthodes contre-révolutionnaires, pourraient être impliqués.

Les autorités mexicaines avaient déjà prévenu en 2005 que le cartel des Zetas recrutait de tels vétérans.

M. Colom a précisé que trois survivants de l'attaque aidaient les forces de l'ordre dans la recherche des assaillants.

Les autorités de la province de Petén ont ordonné mardi la fermeture des écoles dans la municipalité, qui comprend la petite ville de San Benito, où a eu lieu le massacre. Les rues de la ville étaient désertes et les commerces sont restés fermés.

Un résidant de Santa Elena, chef-lieu de la municipalité, a affirmé qu'il avait ouvert la porte de sa maison à des policiers qui fouillaient les résidences lundi soir quand un assaillant est passé dans la rue et leur a lancé une grenade.

«J'ai ouvert la porte et soudainement, il y a eu une explosion», a dit l'homme, qui s'est seulement identifié sous le nom de Diego par crainte de représailles. «J'ai peur. La vie est devenue impossible ici.»

Un homme qui a été arrêté et deux autres qui ont été tués durant un raid de la police étaient arrivés dans le quartier il y a moins d'un mois, a dit Diego.

«Ils n'avaient pas l'air d'être des Mexicains, ils parlaient comme nous... Je ne les ai jamais vus armés», a dit l'homme.

Le président Alvaro Colom a déclaré l'état de siège dans la province lors d'un message à la nation diffusé tard lundi soir. Une telle disposition accorde à l'armée des pouvoirs exceptionnels, dont celui de détenir des suspects sans mandat.

L'attaque, qui a eu lieu sur une ferme bovine isolée, est l'un des pires massacres à survenir au Guatemala depuis la fin de la guerre civile, en 1996.

«C'était d'une sauvagerie totale», a déclaré le président, mardi, à la radio mexicaine MVS.

«Ces pauvres gens étaient des ouvriers. Il n'y a pas de preuve qu'ils aient eu des armes. Ils étaient des paysans qui venaient juste d'arriver de l'est du pays», a dit M. Colom.

Les assaillants ont réuni les travailleurs du ranch et les ont tués un à un en les questionnant sur l'endroit où se trouvait le propriétaire des lieux, ont raconté les survivants. Sept têtes décapitées ont été abandonnées dans les pâturages. Un message écrit avec du sang sur un mur de la maison du ranch menaçait le propriétaire, Otto Salguero.

M. Colom a indiqué que la police tentait de déterminer si M. Salguero, propriétaire de quatre ranchs et de plusieurs centaines de têtes de bétail, pourrait avoir des liens avec les trafiquants de drogue. Les autorités ne savent pas où il se trouve pour l'instant.

Les cartels de la drogue mexicains étendent de plus en plus leur influence aux autres pays d'Amérique centrale, où la corruption est répandue, où les frontières ne sont pas bien contrôlées et où les gangs locaux fournissent une infrastructure toute faite pour le crime organisé.

Le Rapport mondial sur les drogues 2010 publié par l'ONU affirmait que les cartels mexicains des Zetas et de Sinaloa avaient des intérêts dans la région de Petén et pourraient s'affronter pour prendre le contrôle du territoire et pour utiliser les petits aéroports près de la frontière.

Le gouvernement guatémaltèque a récemment mis fin à un siège de deux mois dans la région voisine d'Alta Verapaz, qui est aussi un important lieu de transit des trafiquants de drogue qui se rendent du Honduras au Mexique. Des membres des Zetas se déplaçaient dans la région avec des armes d'assaut et des véhicules blindés et contrôlaient même les déplacements des résidants.

 

 

 

 

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Réflexion sur la déviation ouvriériste – Avant-propos

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EXCLUSIF : Lotta Continua - "Prenons la Ville !" (1970) [avec un salut rouge et fraternel à l'AA Bordeaux ]

Manifeste Programme du (n)PCI

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du chap. 1 du Manifeste pour les lecteurs/trices francophones (valable pour tout le Manifeste)

 

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Le Plan Général de Travail ((n)PCI)


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IMPORTANT pour la compréhension du Manifeste :

La crise actuelle, une crise par surproduction absolue de capital (en PDF)

article de 1985 paru dans Rapporti Sociali n°0

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