Ce derniers temps, ce n’est pas tant Servir le Peuple qui a « oublié » la Libye : ce sont plutôt les grands médias bourgeois qui n’en ont plus
tellement parlé… semblant passés un peu à autre chose.
Il faut dire que la situation, comme nous l’avons dit depuis le départ, prête à interrogation. Ce qui se dégage, c’est l’impression d’une grande
stagnation, d’une grande paralysie de la ‘croisade’ (copyright Guéant) contre le ‘Guide’ de Tripoli.
Voyons la situation, d’abord, au niveau du pilotage politique de l’opération. Une réunion du « Groupe de contact » à Doha, hier, a encore étalé les
divergences de stratégie :
Source
Le «Groupe de contact sur la Libye», qui regroupe une vingtaine de pays, a insisté lors de sa première réunion mercredi à Doha sur un
départ de Kadhafi comme moyen de parvenir à un règlement de la crise. Organisée par le Qatar et la Grande-Bretagne, cette rencontre visait à définir une solution politique à la crise
libyenne.
Londres et Paris veulent une intervention plus musclée de l'Otan, tandis les Etats-Unis défendent l'action de
l'Alliance, qui dirige les opérations alliées. Son secrétaire général Anders Fogh Rasmussen, qui redoute un enlisement, maintient sa position selon laquelle il n'y a «pas de solution militaire»
au conflit. Il appelle à «lancer un processus politique».
Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a expliqué depuis Doha que le Groupe de contact souhaitait «(s')acheminer vers
un cessez-le-feu, mais à condition que ce soit un vrai cessez-le-feu réellement contrôlé, pas simplement l'arrêt des tirs». Cela devrait comprendre «le retrait des troupes
Kadhafi des villes qui ont été envahies et le retour de ses forces dans leurs casernes».
Outre une aide financière, le Groupe de contact a décidé de
fournir un soutien «matériel» à la rébellion, en accord avec les résolutions 1970 et 1973 de l'ONU, qui prévoient notamment un embargo sur les armes. Mais l'interprétation de
cette décision variait selon les interlocuteurs. Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a évoqué la fourniture de moyens de communications, alors que son homologue
italien Franco Frattini estime que «la résolution 1973 n'interdit pas de fournir des armes, des armes non offensives, des armes d'auto-défense».
Rome avait déclaré avant la réunion qu'il fallait fournir aux insurgés «tous les moyens possibles pour leur défense». Une position récusée par la Belgique et les Pays-Bas.
Présent à la réunion, le responsable des relations extérieures du CNT, Ali al-Issaoui, a demandé à l'Otan d'intensifier ses frappes «contre les
chars et les sites de lancement de missiles». Le CNT a aussi obtenu d'être reconnu comme le représentant «légitime» du peuple libyen.
Ainsi l’on voit que l’impérialisme italien, qui encore courant mars, défendait bec et ongles Kadhafi, a fini le 4 avril par reconnaître (pour ne pas insulter l’avenir ?) le Conseil de Transition comme « seul interlocuteur
légitime » (selon le vocable consacré), avec à ce jour la France, le Qatar (bénéficiaire du premier contrat pétrolier avec l’insurrection) et… les Maldives ; et qu’il se propose même…
d’armer les rebelles. Initiative rejetée immédiatement par les impérialistes belges et hollandais, et trouvant, finalement, une fin de non-recevoir BBR et british :
Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique David Cameron ont fait le point mercredi soir sur la situation et leur stratégie en Libye,
près d'un mois après le début des frappes aériennes de la coalition internationale. Ils ont manifesté leur accord pour accroître la «pression militaire» sur le régime Kadhafi. Le président
français et le premier ministre britannique ont également plaidé pour un soutien accru à l'opposition libyenne regroupée au sein du Conseil national de transition (CNT), qui «incarne seul les
espoirs du peuple libyen» et «représente toutes les tendances» de l'opposition, selon l'Elysée. «Il est très important qu'il sente que la communauté internationale le soutient».
Evoquant les appels lancés par le CNT pour que la coalition lui fournisse des armes, l'entourage du chef de l'Etat a fait savoir que la France
avait décidé de ne pas y répondre. «Ça ne veut pas dire que n'avons pas de sympathie pour ceux qui le font, mais la France ne le fait pas», a-t-on commenté.
Pour autant, si l’Italie a fourni 4 ( !) chasseurs à la coalition, ceux-ci n’ont toujours pas mené la moindre mission. La coalition dont les leaders, français
et britanniques, pressent l’OTAN d’intensifier
l’offensive… et se voient opposer par son Sec’Gén’, l’impérialiste danois Rasmussen, que la crise libyenne « n’a pas de solution militaire » mais seulement politique.
Il se dégage donc, comme depuis le départ à vrai dire, une impression de grande cacophonie, de grand cafouillage entre les « alliés »
impérialistes de l’OTAN.
Une confusion qui montre les contradictions non seulement inter-impérialistes, mais INTRA-impérialistes, au sein même de
chaque bourgeoisie impérialiste.
Au dernières nouvelles, Juppé a rencontré Westerwelle, son homologue allemand, histoire de rappeler que les « différences de vue » sur le dossier libyen
(la France est le chef de file de l’intervention, l’Allemagne s’est abstenue à l’ONU…) ne remettaient pas en cause le bloc impérialiste Paris-Berlin.
Et sur le terrain ? Le front semble s’être stabilisé près d’Ajbadiyah. Autrement dit, il n’a pas avancé d’un iota depuis que les premières
frappes ont dégagé Benghazi de la contre-offensive kadhafiste (et du massacre annoncé).
Autre bastion des tribus insurgées, Misrata, assiégée, agonise ; et
dénonce la faiblesse de l’appui aérien des « croisé humanitaires ».
C’est militairement extrêmement surprenant : en 1991 et (rebelote) en 2003, les armées occidentales sont venues à bout en 15-20 jours de
l’armée de Saddam Hussein. L’armée de Kadhafi est 20 fois inférieure militairement, elle est coupé en deux (une bonne partie a rejoint les tribus insurgées), et pourtant… elle résiste, le conflit
« s’enlise » et le front reste stable. Décidément, si comme le clament d’aucuns, les insurgés sont dès le départ des « agents de l’impérialisme »… avis aux prochains candidats
« agents de l’impérialisme » à travers le monde !
L’impression qui en ressort, c’est une totale absence de volonté politique (et donc militaire) d’écraser militairement Kadhafi, ce que les deux
premières armées d’Europe pourraient faire en quelques jours. Absence de volonté exprimée clairement par le SG de l’OTAN. Les impérialismes, on l’a dit, sont non seulement divisés entre eux, mais
en leur propre sein. Si l’on en cherche les raisons, elles sont faciles à trouver : il y a bien sûr tous ceux qui faisaient de juteuses affaires avec le régime… et puis,
même si la menace d’une révolution démocratique-populaire anti-impérialiste est faible ou nulle (il n’y a pas d’organisation même ‘marxisante’ d'importance en Libye), la menace d’un Etat
islamique incontrôlable, d’une Somalie nord-africaine, du retour de la piraterie barbaresque en Méditerranée, est quand à elle bien réelle.
Il n’est pas possible, en l’absence de plus d’éléments, de porter des affirmations catégoriques. Mais SLP tend à se renforcer dans sa conviction,
que ce à quoi l’on assiste est bien une guerre de com’ : on se rachète à peu de frais (quelques sorties aériennes, on largue
quelques bombes, oups ! 3 victimes collatérales…) une « virginité » morale devant les « opinions » arabes et les minorités arabes (et plus largement, de culture
musulmane) en Occident. On cherche un moyen de débarquer le clan Kadhafi, son empire financier et son armée privée, au besoin avec un parachute doré. Mais pas question de créer le
« chaos » (traduire : un foyer d’infection anti-occidental) là où il y avait un régime stable et « pivot » du contrôle impérialiste en Afrique. D’où les plus grandes
victoires célébrées par la coalition : les ralliements d’éléments du régime.
Et donc, comme on l’a déjà dit, que les « anti-impérialistes » campistes et leurs « alliés surprise » ultra-gauchistes se sont
complètement montés le bourrichon. Au moins les anti-impérialistes ont-ils le mérite de la constance : ils ont toujours considéré Kadhafi comme un révolutionnaire, qui s’est
un peu égaré ces dernières années. On ne peut pas en dire autant, de ceux qui hier le qualifiaient de pire fasciste, et aujourd’hui souhaitent sa victoire.
Curieusement, depuis décembre dernier, on a beaucoup moins entendu tout ce beau monde sur la Côte d’Ivoire. Vous comprenez, ce Gbagbo, ce fasciste ethnique, ses
milices, ses charniers, et Le Pen qui le défend (ce qui est faux, Gbagbo a des soutiens troubles mais le FN refuse de prendre position et s’inquiète simplement du sort des ‘expats’-colons
hexagonaux)… C’est pourtant, là-bas, une toute autre partie qui se joue : 2.300 morts en une seule nuit, du 4 au 5 avril,
lors de la conquête d’Abidjan par les forces « républicaines » et impérialistes Licorne-ONUCI. Dans le but d’imposer le pantin FMIste d’une coalition (globalement, l’Occident européen
et nord-américain) contre un trouble fête souverainiste se rapprochant dangereusement de Pékin, Moscou, des « BRIC », des ambitions continentales sud-africaines.
CELA, c’est une guerre d’extermination, comme celle des impérialistes US en Irak
ou des fascistes sionistes à Gaza. On a ainsi bombardé délibérément un dépôt de munition des FDS de Gbagbo, sachant que les munitions explosant à leur tour allaient ravager les quartiers
alentours (et les pro-Gbagbo ne stockent pas leurs munitions dans les quartiers pro-Ouattara, bien entendu…). C’est l’Irak BBR ; dans le
plus total silence des grands médias monopolistes hexagonaux.
En Libye, d’après les informations qu’on en a, ce n’est pas une guerre d’extermination (à moins qu’on nous cache tout et qu'on nous dise rien, diront nos amis
conspirationnistes...).
Bien sûr, SLP l’a X fois expliqué, l’intervention impérialiste est une récupération et une confiscation honteuses (après avoir baisé la main de Kadhafi pendant des
années) de la colère du Peuple et de la jeunesse, et doit être dénoncée comme telle. Bien sûr, les impérialistes essaient ainsi de garder sous contrôle, une situation loin de l’être au début.
Bien sûr, pour les impérialistes, les « droits de l’homme » nouveau nom de la « civilisation » ne peuvent que s’importer des contrées « civilisées » d’Occident, à
coup de bombes « libératrices » qui feront leur lot de dommages collatéraux (mais vous comprenez, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs…).
Mais tout cela ne justifie pas, ne justifiera jamais
l’union sacrée derrière un oppresseur de son Peuple et de millions d’immigré-e-s africain-e-s, jamais que l’on souhaite la victoire d’un
traître à la libération arabe et à l’anti-impérialisme ; celui qui a livré Hachem el-Atta, le jeune officier communiste soudanais, au tyran pro-impérialiste Numeyri ; celui qui
conseillait aux dirigeants palestiniens, assiégés par les sionistes à Beyrouth, de… se suicider ; celui qui aida Foccart et Chirac à faire liquider SANKARA par le traître innommable
Compaoré, avant d’armer et financer les hordes de Taylor, Johnson et Sankoh à l’assaut du Libéria et de la Sierra Leone.
Servir le Peuple souhaite la défaite de Mouammar al-Kadhafi et de son clan. Ne serait-ce que parce
que le contraire serait complètement ridicule : il faut arrêter de fantasmer partout sur des « Stalingrad », que les armées de compradores semi-coloniaux sont incapables d’infliger à des armées impérialistes*. Puis, SLP souhaite que, dès cette défaite actée, les éléments les plus
avancés du Peuple retournent leurs armes contre les « libérateurs » impérialistes et leurs marionnettes ex-kadhafistes retournées (ou vieux monarchistes made in
CIA). Les forces à même de le faire existent. N’est-ce pas ce qui s’est passé en Irak, où finalement, les nostalgiques de Saddam étaient une toute petite partie de
la résistance ? N’est-ce pas ce qui s’est passé aux Philippines, après la "libération" US de 1898 (et encore de 1945, lors de la "libération" de l'occupation japonaise) ? Ou encore,
après la "libération" franco-anglaise du Proche-Orient de la domination ottomane, en 1918 ?
Certains nous diront, sans doute, que « c’est exactement ce que disaient les trotskystes, au sujet de l’invasion par les nazis de l’URSS de Staline ».
Nous leur répondrons simplement, sans idolâtrie masturbatoire particulière pour l’oncle Jo, que comparer Kadhafi à Staline, il faut quand même oser…
* Seule le peut la GUERRE DU PEUPLE et la solidarité internationaliste avec celle-ci, principalement dans les pays impérialistes agresseurs. Comme
au Vietnam. Mais comment construire la solidarité internationaliste, à commencer par les masses d'origine nord-africaine en Europe, sur le mot d'ordre "Victoire à Kadhafi" ??? Que celui ou celle
qui a la réponse nous en fasse part...
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