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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 11:18

 

thCOMPLOCRATIE- Le conspirationnisme consiste à voir dans tous les mécanismes de domination "cachés", "sournois", "détournés", fondés non sur la répression ni sur la persuasion franche des consciences populaires mais sur leur manipulation ou leur "apprivoisement", des "complots" alors qu'ils ne sont que des instruments parmi d'autres de la domination de classe. Cela sous-entend qu'il y aurait de "bons" mécanismes de domination, ceux qui sont "francs" et "ouverts", et des "mauvais" - ceux qui sont "occultes". Autrement dit qu'il y aurait une bonne et une mauvaise domination (aujourd'hui que le capitalisme domine le monde : un bon et un mauvais capitalisme). Tel est réellement le fond de la pensée des conspirationnistes. C'est bien sûr complètement utopique et idéaliste : le mensonge et la manipulation des consciences individuelles sont des mécanismes absolument indispensables à quelque domination de classe que ce soit, théorisés - pour l’État moderne au service du Capital - dès le 16e siècle avec Machiavel, voire avant. Toujours dire la vérité en "toute transparence" et réprimer (on suppose) les personnes qui n'accepteraient pas cette réalité des faits (sur laquelle on ne les aveuglerait pas) "tiendrait", comme mode de gouvernement, au maximum une dizaine d'années - a fortiori depuis qu'une théorie scientifique (le marxisme) est à la disposition de l'émancipation des exploité-e-s et des opprimé-e-s. Prétendre qu'un système capitaliste "éthique" pourrait exister sans mentir, dissimuler et manipuler est une imposture intellectuelle.

S'y ajoute généralement un besoin de vision binaire du monde avec un "camp du Bien" et un "camp du Mal", refusant de voir la complexité des choses, les contradictions, les transformations en cours ou possibles : un exemple typique est par exemple l'affirmation que "les djihadistes sont une fabrication de l'Occident pour servir de prétextes aux guerres" (comme si l'impérialisme, occidental ou pas d'ailleurs, avait besoin de tels prétextes) alors qu'ils sont en réalité le produit de situations dans lesquelles l'impérialisme occidental joue certes un rôle, mais aussi bien d'autres facteurs et dans tous les cas, "islamisme" et "djihadisme" sont avant tout des phénomènes endogènes aux sociétés musulmanes. Mais comme ils sont "inclassables", s'opposant à TOUS les blocs et toutes les puissances impérialistes ("Croisés") et à toutes les forces qui ne partagent pas leur (très particulière) vision de l'islam sunnite, et qu'il faut bien (malgré tout) les faire rentrer dans un "camp" (en l'occurrence celui du "Mal"), alors...

Il faut dire que très souvent, les "conspis" sont des gens qui militent pour que l’État où ils vivent renonce à son alignement atlantiste (pro-américain, favorable à Israël etc.)* et se tourne plutôt vers la Russie, la Chine, les régimes "nationalistes" arabes ou sud-américains, l'Iran etc. Des régimes incarnant selon eux le "bon capitalisme" (qu'ils appellent parfois, pour certains, "socialisme") et qui, c'est bien connu, ne dissimulent ni ne déforment "jamais" aucun fait (voilà qui illustre bien l'imposture intellectuelle dont nous parlons plus haut).

Il est donc absolument clair que nous, communistes, sommes résolument opposés au conspirationnisme. Nous combattons le conspirationnisme car nous combattons tout ce qui altère la conscience politique révolutionnaire du Peuple et la juste compréhension communiste (scientifique) des choses, condamnant dès lors à l'impuissance (parce que pour ses "dénonciateurs" - Thierry Meyssan et compagnie - le "Grand Complot" est évidemment "surpuissant" et "invincible", tout ce que l'on peut faire c'est les écouter nous le "dévoiler" et éventuellement voir en eux et/ou en Poutine et Assad des "contre-pouvoirs" - et surtout acheter leurs livres). Pour prendre l'exemple le plus connu, les théories à la mord-moi-l'nœud sur le 11 Septembre empêchent de comprendre correctement la guerre mondiale non déclarée que traverse le monde depuis la fin de la "Guerre froide" ; guerre dans laquelle il y a (entre autres) un Capital arabe sur-accumulé qui "étouffe" dans ses petits États semi-coloniaux et qui se "rebelle" donc contre l'impérialisme occidental pour tenter d'instaurer un "califat" comme base d'accumulation adaptée (ces théories font au demeurant bien rire les "islamistes" eux-mêmes, qui revendiquent au contraire fièrement l'opération de "cheikh Oussama" contre "les Juifs et les Croisés").

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- La "chasse aux conspis" consiste non pas à lutter contre ce glissement sémantique de "mécanismes détournés de domination" à "complots" et cette idée qu'il y aurait une "bonne" et une "mauvaise" domination ; mais à asséner l'argument massue de "théorie du complot" devant chaque remise en cause, chaque voile levé sur les mécanismes de domination. Il n’y a pourtant nul besoin de croire en une quelconque "théorie du complot" pour constater l’existence de stratégies de la part des classes dominantes pour orienter l’opinion, pour masquer des réalités, pour imposer des choix en les présentant comme souhaitables et nécessaires. C'est que les gens qui croient aux théories du complot (nous ne parlons pas, bien sûr, de ceux qui les émettent), tout au moins, se posent des questions - auxquelles ils apportent ensuite de mauvaises réponses, celles que leur concoctent les théoriciens conspirationnistes et qui font partie des "défenses immunitaires" du "système". Les "chasseurs de conspis", au contraire, donnent souvent une lamentable impression d'acceptation bêta du monde tel qu'il est, de confiance ovine en tout ce qui se dit et se fait - du moins dans ce qu'ils appellent les "démocraties".

Dans les faits, consciemment ou en mode "idiots utiles", les "chasseurs de conspis" sont en réalité les agents et les défenseurs de l'alignement géopolitique atlantiste et pro-israélien que combattent les "conspis" (l'on peut consulter ici - pas inintéressant - une petite "cartographie" de cette nébuleuse politique "néocon" dans laquelle les plus médiatiques/"gauche bourgeoise" d'entre eux trouvent pleinement toute leur place). Il est d'ailleurs notable qu'ils n'ont aucun problème à dénoncer les "média-mensonges" (qu'ils appellent pour le coup des hoax**) lorsque ceux-ci émanent des agences de presse d’États ou de forces anti-occidentales (Russie, Chine, Iran, Hezbollah ou islamistes sunnites) ou d'agitateurs qui (en Occident même) leurs sont liés. Seules sont "conspirationnistes", pour eux, les dénonciations de mensonges et autres mécanismes de dominations émanant du bloc impérialiste occidental.

Le vrai problème, en définitive, de ces "chasseurs de conspis/confusionnistes" tellement indignés que l'on puisse balancer 4 vérités à la gueule de leur magistère intellectuel, c'est qu'ils ne sont pas là pour lutter contre le confusionnisme ; en d'autres mots ils ne sont pas là pour lutter contre les idées fausses, "pourries", "puantes" ou tout ce que l'on voudra, ce qui pourrait être fait très simplement en y opposant des idées justes, en apportant de bonnes réponses et analyses aux questions soulevées : non, ils sont là pour défendre leur conception du monde qui ne vaut guère mieux (qui n'est en dernière analyse que l'aile extrême-gauche de l'idéologie républicarde francouille universaleuse) et imposer celle-ci par le terrorisme intellectuel en faisant taire les bonnes questions auxquelles les "confusionnistes" apportent de mauvaises réponses. 

On retrouve d'ailleurs (et c'est intéressant) la même chose quant à nos luttes d'affirmation de Peuples (il se trouve pour le coup que "conspis" et "anti-conspis" nous vouent une même haine féroce). Pour les "conspis", généralement hostiles à l'Union européenne et à ce qu'ils appellent le "mondialisme", nous sommes des "euro-balkanisateurs" qui veulent détruire leurs si chers États-"nations". Mais pour les "anti-conspis", c'est encore plus "simple" : chaque fois que nous démontons une falsification historique, un mécanisme faisant qu'à l'heure actuelle (c'est un constat de fait) 90% des habitant-e-s de l'Hexagone se sentent "Françai-se-s", nous faisons de la "théorie du complot" ce qui est somme toute "bien normal" pour les "sales natios" que nous sommes. Car nos chers "anti-conspis" confondent, bien sûr, le phénomène infrastructurel et objectif que les marxistes appellent nation avec les "nations" que PRÉTENDENT être les États bourgeois (entendu dans ce sens, il est clair que nous sommes tout le contraire : nous sommes les  theorie-du-complot.1261399536antinationaux par excellence !)... Et ils se font finalement (là encore) les idiots utiles de ces États-"nations" qu'ils appellent à "dépasser" (de manière totalement abstraite) "vers l'universel" au lieu d'en briser les murs et d'en libérer les Peuples (= les nationalités sans leurs bourgeoisies) qui pourront ensuite se fédérer, s'unir, éventuellement fusionner etc.

À l'arrivée, il est intéressant et même - pour tout dire - amusant de voir cette "chasse au conspi rouge-brun antisémite" déboucher sur une véritable... "théorie du complot complotiste" (!), suivant exactement les mêmes "raisonnements" et méthodes (d'amalgame, d'"untel connaît untel qui - parfois plusieurs années en arrière - a repris un article d'untel sur son site" etc. etc.) que les "conspis" et autres "chasseurs" de "sionistes partout" qu'ils prétendent dénoncer, comme le conclut fort bien ce petit collectif socialiste dans sa réponse à Yves Coleman (l'un des "gourous" de cette petite mouvance).

Nous recommandons de lire à ce sujet ce (très bon comme d'habitude) petit article de Quartiers Libres : Problèmes d’orientation chez les chasseurs de confusionnistes

Il résulte de tout cela que nous, communistes et a fortiori communistes révolutionnaires de Libération des Peuples, ne sommes clairement pas "chasseurs de conspis" non plus. Pour donner un exemple, nous avons déjà fait part de notre jugement peu amène quant à l'"opération antifasciste" dirigée en juin 2013 contre le "conspi" Michel Collon à Lille. Michel Collon n'est pas un "conspi tendance dure", quelqu'un qui verrait un "cénacle mondial secret" (illuminati, juif ou autre) derrière toutes les "mauvaises choses" de la planète (on a ici un aperçu de sa position de fond sur le sujet). En réalité, issu du PTB (pro-Deng Xiaoping et très anti-soviétique à sa création en 1979...), il a suivi l'évolution "vieille-stal"/brejnévienne et "campiste" de cette organisation belge depuis la fin de la Guerre froide (la Chine elle-même, soumise à des "déstabilisations" - "Printemps de Pékin" etc., tournant alors le dos à son alignement pro-occidental des 15 années précédentes). "Orphelin" de l'URSS et des "démocraties populaires" disparues en 1989-91, il s'est fabriqué à partir d'un agglomérat de pays (Russie, Chine, Iran et alliés, pays de l'ALBA avec bien sûr Cuba) un "nouveau camp de l'Est" (du Bien) de substitution qu'il oppose au "camp du Mal" occidental (relativement inchangé, quant à lui, depuis les années 1980 de Reagan & co). Autrement dit, il a une vision extrêmement binaire et simpliste d'un monde en réalité beaucoup plus complexe, ce qui l'oblige à invoquer les "(média-)mensonges", la "manipulation" et l’œuvre des services secrets occidentaux derrière tout ce qui ne rentre pas dans ses schémas d'analyse ou tout ce qui a deux aspects (comme typiquement les soulèvements populaires en Libye ou en Syrie, devenus guerres "atlantistes" contre ces pays) mais dont il ne veut voir qu'un seul. C'est donc une vision du monde révisionniste ("stalinienne" diront les anarchistes et les trotskystes) qu'il est utile et nécessaire de contredire et combattre... Mais encore faut il avoir (dans sa petite tête) le matériel idéologique pour cela, ce qui aurait (carrément, même) rendu l'opération "coup de poing" très intéressante. Ce n'était malheureusement pas le cas ; et se contenter de hurler au "Collon conspi", "Collon fasciste" etc. et d'étaler ses "accointances" avec tel ou tel spécimen plus gratiné que lui dans le conspirationnisme, sans lui apporter la moindre contradiction sur le fond, n'a eu qu'un effet contre-productif auprès des personnes de classe populaire (et souvent "non-blanches" !) présentes. La "Coordination antifasciste de Lille" s'est tout simplement montrée incapable de la moindre confrontation d'idées (qui aurait fait avancer la compréhension communiste du monde) avec le journaliste belge. Pourquoi la controverse, la polémique, n'ont-elles pas été assumées de la sorte ? "Parce qu'on ne discute pas avec les fascistes", nous disent-ils/elles. Ah d'accord... Mais alors, dans ce cas-là, depuis quand va-t-on dans un meeting fasciste pour y lire une déclaration puis (compter) s'en aller tranquillement ?? Les meetings fascistes s'attaquent casqués et armés de barres de fer !!! Bref, tout cela ne tient tout simplement pas debout ; et l'"antifascisme" dans ce style ne sert clairement pas la cause révolutionnaire.

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* Cet anti-américanisme virulent des "conspis" européens est d'autant plus cocasse lorsque l'on connaît... l'origine essentiellement nord-américaine des théories du complot, que l'on retrouve très largement dans une myriade de films (JFK d'Oliver Stone et autres thrillers politiques à la chaîne) et de séries télévisées (X-Files, Le Caméléon, Prison Break etc. etc.) archi-connues. C'est - tout simplement - que les États-Unis sont sans doute LE pays où l'hégémonie intellectuelle du capitalisme est la plus forte et où l'idée communément admise qu'il est "indépassable" et ne "peut pas être mauvais en soi" est la plus largement répandue dans les masses. Dès lors, comme le capitalisme en tant que mode de production ne "peut pas" être remis en cause mais que les masses populaires US (comme tout le monde) voient bien que "quelque chose ne va pas", celles-ci vont alors chercher la main de "groupements occultes" et autres "consortiums" de riches-et-puissants mal intentionnés derrière "ce qui ne va pas". Ces théories, qui ne peuvent évidemment être anti-américaines puisqu'on est en Amérique, sont assez souvent dirigées contre l'État fédéral ("bureaucratique", "étranger au peuple", "représentant des grandes multinationales et des banques" et "assassin des libertés") ; ce qui est une ligne constante de l'"anticapitalisme" populiste et (donc) de l'extrême-droite là-bas.

** Nous aurons l'occasion de revenir un jour prochain sur cette question des hoax, qui est encore différente. En somme et synthétiquement : le hoaxing consiste à FABRIQUER des faits qui viennent "confirmer" une certaine vision des choses lorsque les VRAIS faits manquent voire - pire - contredisent cette vision. Un exemple typique - et récent - est l'"information" relayée par la mouvance soralienne comme quoi des CRS auraient mis l'arme au pied et pris la tête d'une manifestation pro-palestinienne : Quand le fantasme sert de réalité aux soraliens...
Dans le même veine (mais cette fois ouvertement antisémite), on peut citer l'"information" qu'ont fait courir les agences de l'axe Iran-Hezbollah (mais aussi parfois des islamistes sunnites hostiles à Daesh) comme quoi le dirigeant de l'"État islamique" Abu Bakr al-Baghdadi serait un "agent du Mossad du nom de Shimon Eliott, de père et mère juifs" : manipulation indispensable à leur vision binaire du monde. Il faut dire que depuis les années 1980 où il régnait sans partage sur le "réveil islamique" du monde musulman, le régime de Téhéran s'est considérablement fait damer le pion par ses rivaux sunnites saoudiens et du Golfe ! Voilà qui a très certainement de quoi provoquer son ire, et qui "justifie bien" que sa propagande qualifie ces redoutables adversaires de "créatures du Grand Satan occidental" et surtout du "sionisme", dans une région du monde où "sioniser" l'adversaire est le strict équivalent (différence de "centralité du Mal" oblige...) de le "nazifier" dans la propagande occidentale [dans la même veine, plus tard en 2015, il y a eu l'histoire de ce "général israélien capturé par l'armée irakienne à la tête d'une unité de l'EI" ; "fait" dont la seule source est l'armée irakienne en question et ses auxiliaires des milices chiites, leur allié/parrain iranien et ici la "soralosphère"...].

Le hoax est très usité par le bloc Russie-Chine-Iran-ALBA (ou les islamistes) et, comme nous l'avons dit, les "anti-conspis" sont très dévoués à lui donner la chasse dans ce cas ; mais il faut aussi rappeler que le camp occidental/"atlantiste" ne s'en prive pas : quel plus grand hoax (aujourd'hui totalement dévoilé) dans l'histoire que les prétendues "armes de destruction massive" en Irak, ou encore les "charniers de Timișoara" lors de la chute du despote révisionniste roumain Ceaușescu (1989), les couveuses de bébés prématurés soi-disant débranchées par les Irakiens lors de l'invasion du Koweït en 1990 etc. etc. (pour ne parler que de hoax aujourd'hui communément admis... car attention, l'on a vite fait de se faire traiter de "conspi" si l'on dénonce un hoax occidental pas encore établi !).


Post-Scriptum : Une polémique a récemment éclaté au sujet de la mise en avant par Quartiers Libres d'une conférence de l'universitaire "marxiste-léniniste" italien Domenico Losurdo, qui relève (à très peu de choses près) du même courant de pensée que Collon. C'est-à-dire qu'il a des positions et des analyses intéressantes (voir notamment une présentation sur ce site) comme lorsqu'il réfute (comme nous le faisons) la thèse du fascisme/nazisme "accident"/"anomalie"/"bug" de l'histoire - ou carrément produit... de la Révolution bolchévique d'Octobre 1917 ! - pour le placer au contraire dans la stricte continuité des idéologies capitalistes et impérialistes occidentales des trois derniers siècles (logique impériale-coloniale que le "tort" d'Hitler serait d'avoir appliquée au cœur même de l'Europe) ; analyses qui ne sont au demeurant ni son exclusivité ni une nouveauté puisqu'elles sont partagées par bien d'autres (Enzo Traverso, Rosa Amelia Plumelle-Uribe etc.) et remontent aux combats intellectuels anti-coloniaux de Césaire et Fanon ; bref, lorsqu'il réfute l'idée d'un fascisme ou carrément d'un "totalitarisme" (fascisme et marxisme "jumeaux") d'origine externe et "prenant d'assaut" la démocratie capitaliste, système qu'il s'agit évidemment pour les tenants de ces thèses (BHL et autres "nouveaux philosophes", Nolte, Furet, Sternhell) de défendre. Et puis il a des positions pourries comme lorsqu'il part en mode "campiste" sur la défense de la Chine actuelle (100% capitaliste et impérialiste) et autres régimes "résistants" à l'impérialisme occidental (pléonasme selon lui : il n'y a d'impérialisme que occidental) comme la Syrie, l'Iran ou hier la Libye de Kadhafi ; à grand renfort de théories du complot made in Réseau Voltaire (auquel il contribue occasionnellement : on suppose que si ses textes sont repris par le site c'est avec son autorisation) puisqu'il faut forcément la "main de la CIA" pour expliquer que les classes populaires puissent se soulever contre de tels régimes du "camp du Bien" (même si bien sûr, le soudain intérêt et soutien de l'Occident à ces soulèvements quand tant d'autres sont qualifiés de "terrorisme" ou d'"instabilité" peuvent et doivent poser question).

Losurdo fait tout simplement partie de ces "vieux ML" (il s'offre même le luxe de se réclamer beaucoup de Mao...) pour qui la Chine est "évidemment" socialiste vu qu'en 1949 "c'était le Moyen Âge" et qu'aujourd'hui elle envoie des taïkonautes dans l'espace ; la Libye kadhafiste d'hier et la Syrie baasiste d'aujourd'hui sont des "États nationaux" dont l'"opposition" à l'Occident et à Israël est supposée annuler les contradictions internes, etc. etc. "Progrès" économique fulgurant + proclamations "socialistes" et "révolutionnaires" = socialisme et peu importent les rapports de production et les rapports sociaux en général ; c'est aussi simple que cela pour lui. Pure théorie "vieux ML" des "forces productives"... Au nom du "front uni" contre l'ennemi principal qui est (selon lui) le "nouveau colonialisme", l'interventionnisme militaire "néolibéral" (c'est-à-dire le versant occidental de la guerre non-déclarée de repartage du monde en cours depuis 25 ans), il est possible d'"encourager la prise de position contre la guerre [en Syrie] qu’a assumée Marine Le Pen" sans pour autant "renoncer à soumettre celle-ci à une critique idéologique et politique serrée", les communistes devant "garder fermement leur identité" (autrement dit le courant anti-atlantiste de l'impérialisme français peut être un "possible interlocuteur d’un moment déterminé") : il l'a affirmé ouvertement au sujet des menaces d'intervention en Syrie l'année dernière, aux côtés d'Annie Lacroix-Riz qui appartient elle aussi plus ou moins à ce courant de pensée. Quant à nos luttes pour l'affirmation de nos Peuples (niés par les grands États capitalistes modernes), on suppose que sa position est celle de cette "mouvance-là" (PRCF, URCF etc. etc.) : l'accusation d'"euro-balkaniser" les sacro-saints "États-nations" n'est pas loin...

Bien évidemment, c'est l'occasion pour l'habituelle petite clique "anti-antisioniste"/"anti-anti-impérialiste" (ou mieux dit les néocons-sionards masqués) de crier haro sur ce site haï ; mais de nombreuses réactions négatives ont également surgi dans leur entourage habituel : "comment pouvez-vous mettre en avant un rouge-brun pote du fasciste Meyssan ?", "vous me décevez" etc. etc. Il semble en fait pour tous ces gens que nos petits cerveaux de prolos et de "gauchistes" soient trop étriqués pour faire la part des choses, pour FAIRE DES TRIS : il ne serait pas à notre portée intellectuelle de dire "voilà, dans la pensée d'untel il y a telle et telle chose intéressante et telle et telle autre beaucoup plus critiquable pour ne pas dire puante, il y a à prendre et il y a à laisser". Le commentaire d'un intervenant est particulièrement évocateur : "il n'y a que des gens politisés comme vous, Quartiers Libres, qui sauront faire la part des choses"... Quelle vision élitiste de la lutte des classes !!! D'aucuns nous rétorqueront "et avec Soral, vous faites pareil, vous faites le tri ?"... Eh bien OUI, TOUT À FAIT, nous faisons le tri sauf que dans ce cas cela va très vite : une fois retiré le "vernis" des portraits du Che, de Lumumba, de Fidel Castro ou encore Sankara en devanture du site, il ne reste plus grand chose sinon un mélange de planisme et d'"association Capital-Travail" corporatiste Rerum novarum à la De Gaulle, Pétain ou Salazar, le tout baignant dans l'huile rancie du "complot juif international". Il y aura aussi des "matérialistes" (.com, tout est dans le .com !) pour nous expliquer qu'une fois qu'untel a des idées de merde toutes ses idées le sont (rien à prendre et tout à laisser), "tout est lié" dans le "mouvement éternel de la matière vers le communisme", autrement dit il ne peut pas y avoir de lutte de lignes, d'affrontement entre idées justes et idées fausses à l'intérieur même de chaque individu - bonjour le matérialisme !

Pour notre part, nous pouvons effectivement considérer cette mise en avant de Losurdo (sans autre commentaire que "c'est un penseur atypique") comme un faux pas ; mais un faux pas qui n'efface en aucun cas l'IMMENSE TRAVAIL de Quartiers Libres pour "dé-dieudonniser" intellectuellement les quartiers populaires tout en restant CLAIRS ET FERMES sur les sujets où l'absence de clarté et de fermeté a (justement) fait le terreau de Dieudonné, à commencer par la Palestine ; ce qui leur vaut évidemment la haine féroce des tenants (y compris d'"extrême-gauche") de l'alternative "reconnaître la légitimité d'Israël ou être un antisémite soralien"...

[PS 2 - Rebelote quelques mois plus tard, à plus grande échelle encore, avec cet excellent article : https://quartierslibres.wordpress.com/2015/04/27/problemes-dorientation-chez-les-chasseurs-de-confusionnistes/]


Peut-être le "mot de la fin" (commentaire sur FB) :

Pour dire les choses clairement : ce que vous appelez "confusionnisme" ne peut tout simplement pas être appréhendé, et encore moins combattu sans notions de dialectique marxiste.

Parce que ce que vous appelez "confusionnisme" c'est tout simplement l'expression des CONTRADICTIONS qui traversent CHAQUE INDIVIDU comme elles traversent toute la société, entre idées progressistes/révolutionnaires et idées réactionnaires, influence des idées d'avenir (le communisme, vers lequel doit aller l'humanité) et aliénation du peuple par les dominants (détenteurs des moyens de "faire l'opinion"... au service de la préservation de leurs intérêts).

Tout(e) un(e) chacun(e) est traversé(e) par ça !! Pas seulement les organisations politiques - les marxistes-léninistes/maoïstes (enfin, plus les maoïstes que les ML quand même lol) avec leur "lutte de lignes", les trotskystes avec leurs "tendances", les anars avec leurs "sensibilités", et même les partis bourgeois avec leurs "courants" (mais bon eux on s'en fout un peu, ce sont toujours les points de vue contre-révolutionnaires qui dominent). Les individus aussi.

Alors après, qu'il y en ait qui fassent "COMMERCE" de la "confusion", cela oui on peut l'admettre. Mais même ces gens-là (comme Pierre Rabhi, au hasard) peuvent aussi être "sincères" : persuadés d'avoir trouvé "la voie de la vérité", prêchant celle-ci et contents de voir que plein de gens (tout aussi confus qu'eux dans leurs têtes) les reconnaissent comme les "génies" qu'ils "sont". Puisque "ça marche", c'est donc la "preuve" qu'ils ont "raison"... Qui ne profiterait pas de l'occasion de faire ainsi son beurre, ou même simplement de se sentir "famous" s'il en avait ainsi la possibilité ? Très peu de gens en vérité - peut-être les vrais révolutionnaires qui ont appris à "penser collectif"... et encore, cet apprentissage est-il vraiment parfait et chez tout le monde ? Pas sûr, lorsque l'on voit comment certains défendent "leur" "boutique" politique ! Les "marchands" d'idées confusionnistes existent... parce qu'il existe un "marché" pour ces idées !

Donc en réalité, la seule vraie lutte contre le confusionnisme... c'est de dégager, définir, élaborer et compiler les idées justes/progressistes (celles qui vont vers l'émancipation, vers le communisme), grâce à l'outil scientifique qu'est le marxisme, et de les diffuser, de mener la bataille pour elles (et d'identifier, combattre et écraser les idées fausses/réactionnaires). Lutter pour que la contradiction interne à chaque personne que l'on rencontre se résolve en faveur d'une conscience progressiste/révolutionnaire ; ce que Gramsci appelle la "bataille d'hégémonie"... et faire ainsi disparaître l'"offre" confusionniste par disparition de la demande, tout simplement !

"Traquer" le "confusionnisme" d'untel ou untel ne sert strictement à rien : vous ne faites, dans le cas des "penseurs", que mettre à jour leur "offre"... qui est précisément ce que des gens demandent ; et dans le cas de tartempion, mettre à jour une "demande" de réponses sans y apporter les BONNES (réponses), face à une offre de MAUVAISES que l'on sait colossale. Ceci pour ne parler que d'une traque "propre", en laissant de côté les procédés à vomir...

 

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Considérations diverses
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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 10:51

...dans l’État de Guerrero, suite à l'atroce enlèvement de 43 militant-e-s étudiant-e-s par des escadrons de la mort mafieux (28 corps atrocement assassinés ont déjà été retrouvés dans une fosse), la Justice du Peuple est en partie passée même si l'on a pas encore vu (hélas !) de dirigeants se balancer la tête en bas suspendus à une station-service.

À Chilpancingo, capitale de l'État, des centaines d'étudiants et de pères de familles viennent d'incendier le palais du gouverneur et la mairie. C'était la moindre des choses après le massacre de masse commis par les forces de "l'ordre" et leurs alliés des Cartels à Iguala, après tant de violences commises contre les pauvres et les indigènes du Guerrero.

¡ Lucio Cabañas vive, la lucha sigue ! ¡ Victoria al Pueblo !!!

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Amériques
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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 12:53

 

Nous avons déjà évoqué sur SLP la magnifique lutte du Peuple andalou (dans l’État espagnol) pour sa Libération révolutionnaire ; et nous avions alors souligné la très grande similitude entre cette lutte et la nôtre, ici en Occitanie : similitude par la position géographique méridionale dans les États qui nous renferment, certes, mais aussi et surtout par l'époque de nos Conquistas respectives (entre le début du 13e et la fin du 15e siècle pour l'essentiel, puis "pacification" jusqu'au 17e voire 18e) faisant de celles-ci l'acte fondateur et fondamental, le BAPTÊME DE SANG de nos États modernes (espagnol et français) respectifs. Nous sommes les uns et les autres, aux côtés du Mezzogiorno de l’État italien, la "question méridionale" de ces États !

Et ceci se reflète aujourd'hui dans le beau témoignage de solidarité qu'adresse la jeunesse révolutionnaire indépendantiste d'Andalousie, l'organisation Jaleo!!!, aux camarades occitans de Libertat! face aux persécutions judiciaires qu'ils subissent actuellement.

http://www.jaleoandalucia.org/joomla/index.php/component/content/article/3-internacional/352--jaleo-en-solidaridad-con-libertat-izquierda-revolucionaria-de-occitania.html

De la part de Jaleo!!! – Jeunesse indépendantiste d'Andalousie, nous voulons exprimer notre solidarité avec Libertat, gauche révolutionnaire d'Occitanie, face à la répression politique subie de la part de l’État français. Depuis plusieurs mois déjà se multiplient les convocations policières contre les militants de Libertat, pour le seul fait de leurs actions en défense de la langue occitane ou d'espaces politiques comme le bar associatif la Tor deu Borrèu.

Toutes ces procédures conduiront certains militants de l'organisation devant la justice, comme c'est déjà le cas pour un camarade qui passera en procès le 17 octobre prochain suite aux violences policières contre les concerts organisés par la Tor deu Borrèu dans le cadre de la dernière Fête de la Musique à Pau.

Depuis l'Andalousie, nous adressons un salut chaleureux et solidaire aux camarades de Libertat et nous affirmons notre soutien à l'existence d'espaces politiques tels que la Tor deu Borrèu. Si l’État français met en cause ces espaces et ces organisations, c'est parce qu'il perçoit comme une menace la Résistance des Peuples.

La répression des États capitalistes ne connaît pas de répit, ni dans l’État espagnol ni dans l’État français. La lutte des Peuples et la solidarité internationaliste non plus !

Solidarité avec les Peuples en Lutte !

La resisténcia qu’ei ua question de dignitat ! (La résistance est une question de dignité !)

Occitània, socialisme et libertat ! (Occitanie, socialisme et liberté !)

La Tor viurà ! (La Tor vivra !) 

occitania.jpg             bandera-andaluciamaoc


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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 06:08

http://www.europe1.fr/politique/pasqua-zemmour-ne-connait-rien-a-la-realite-2257751

… et, entré dans la Résistance à l’âge de 15 ans, il défend quant à lui l’autre mythe, le grand mythe officiel de la République bourgeoise post-1944, celui de la vraie-France-la-France-libre défendant les "valeurs de la Républiiiique" dont le refus de l’antisémitisme contre un Vichy-nul-et-non-avenu seul (soi-disant) à porter un discours et des sentiments anti-juifs :

"Si M. Zemmour pense que Pétain a protégé les Juifs de France [...], c'est qu'il ne connaît rien à la réalité des choses", s'est énervé Charles Pasqua dans l'émission de Patrick Roger et Sonia Mabrouk. Il prend le polémiste à partie : "Je lui fais une proposition. Qu'il vienne me voir, nous irons dans le Midi ensemble", a-t-il lancé sur Europe 1. "Nous monterons sur la route Napoléon", pour rejoindre "un petit village qui s'appelle Séranon, dans lequel on verra des maisons détruites par les SS" et dont les habitants ont été "assassinés parce qu'ils avaient protégé des enfants juifs".

L'ancien ministre de l'Intérieur Charles Pasqua a rappelé avoir fait partie d'un club secret d'anciens résistants, "le club des 22", "composé à parité de gens de droite et de gauche". Il déclare que "si quelqu'un était venu tenir le genre de propos de Zemmour devant nous, je ne sais pas dans quel état il serait ressorti".

C’est bien, c’est beau… Sauf que cela a été démenti depuis longtemps, notamment par l’historien Simon Epstein (israélien comme Sternhell, mais dont les thèses quant à la genèse du fascisme BBR sont selon nous beaucoup plus intéressantes) dans ses deux ouvrages phare Les Dreyfusards sous l’Occupation et Un paradoxe français - antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance.

En réalité, en dehors des communistes (qui purent connaître un certain "flottement" à l’époque du Pacte germano-soviétique mais ne furent jamais vichystes ni antisémites) et encore, si l’on ne tient pas compte de la scission de Doriot, toutes les familles politiques d’avant-guerre étaient représentées dans l’un comme l’autre camp, à Vichy comme à Londres. AUCUN clivage d’avant 1940 n’est significatif pour délimiter collabos et résistants gaullistes, ni entre "gauche" et droite ni (surtout pas !) entre catholiques et laïcistes, ni entre dreyfusards et anti-dreyfusards ni entre antisémites et "philosémites". Le seul clivage était entre ceux qui pensaient que l’Allemagne allait gagner la guerre et que la France devait se faire sa place dans le nouvel ordre européen "à l’heure allemande", et ceux qui trouvaient insupportable une telle tutelle étrangère (surtout allemande !) sur le pays et qui pensaient que les Anglais tiendraient bon et, bientôt rejoints par les Américains, finiraient par gagneril fallait donc être de leur côté. Bien entendu, ces derniers étaient une infime minorité en 1940 tandis que les premiers le seront devenus quatre ans plus tard, dans la débâcle du "Reich du Mille Ans" ; s’étant opéré entre temps un gigantesque transvasement de chefs d’entreprise, hauts fonctionnaires, intellectuels, militaires de carrière etc. etc. entre l'un et l'autre camp.

Et puis bien sûr il y avait le clivage entre le camp de la révolution prolétarienne anticapitaliste qui, à quelques défections près, n’a jamais envisagé l’avenir des travailleurs sous la botte nazie et le camp de la bourgeoisie qui comme nous le voyons s’est divisé en deux (l’infime minorité du début devenant l’écrasante majorité de la fin et inversement).

Par la suite le jeune "Français libre" Pasqua s’inscrira à la droite de la droite du gaullisme, étant notamment (en 1968) l’un des plus chauds partisans d’arrêter et parquer les "gauchos" dans les stades – comme le feront réellement les juntes du Chili ou d’Argentine quelques années plus tard. Tout un programme... Deux fois "Premier flic" de sinistre mémoire, en 1986-88 (R.I.P Malik Oussekine) et 1993-95, il tentera vers la fin des années 1990 d’exister politiquement entre le chiraquisme (gaullisme social à la Chaban, la tête de veau en plus), le balladurisme (devenu sarkozysme) et le Front National avant d’être peu à peu poussé vers une retraite politique bien méritée et (surtout) ne venant pas trop tôt.

Quant à De Gaulle lui-même, on lui prête (de source plutôt fiable) ce florilège de propos :

Juin 1940 : De Gaulle n'est rejoint que par une troupe hétéroclite. "Encore un juif...", soupire-t-il quand on lui annonce Georges Boris, ancien secrétaire de Loewenstein et ex-directeur de la "Lumière", conseiller financier. (Cité par J.R. Tournoux Pétain et de Gaulle. Ed Plon 1964)

"Je n'aime pas les youpins". (Cité par André Le Troquer, La parole à Le Troquer, Ed. la Table Ronde 1962)

Au député UNR Dronne, ancien héros de la libération de Paris :
"Voulez-vous être bougnoulisés ? Voyons, Dronne ! Donneriez-vous votre fille à marier à un bougnoule ?" (Cité dans Le petit de Gaulle illustré. Ed. Le Crapouillot, 1967, et par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

À Léon Delbecque :
"Et puis, Delbecque, vous nous voyez mélangés à des musulmans ?  Ce sont des gens différents de nous. Vous nous voyez mariant nos filles avec des Arabes ?" (Cité par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

Au général Koenig :
"Évidemment, lorsque la monarchie ou l'Empire réunissaient à la France l'Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté, le Roussillon, la Savoie, le pays de Gex ou le Comté de Nice, on restait entre Blancs, entre Européens, entre chrétiens... Si vous allez dans un douar, vous rencontrerez tout juste un ancien sergent de tirailleurs, parlant mal le français". (Cité par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

Au soir des accords d'Evian, en mars 1962 :
"Alors, Joxe, vous avez bientôt fini avec vos bicots ?" (Cité dans Le petit de Gaulle illustré. Ed Le Crapouillot, 1967-68)

"Tous ces bicots se chamaillent. Ils aiment les fusils, ils aiment s'en servir. Ils ont la manie de la  fantasia." (Cité par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

"Les Arabes, ce n'est rien. Jamais on n'a vu des Arabes construire des routes, des barrages, des usines... Ce sont d'habiles politiques. Ils sont habiles comme des mendiants." (Cité par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

"Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas, vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très intelligents. Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se séparent de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber 10 millions de musulmans qui demain seront 20 millions, et après-demain 40 ? Si nous faisons l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !" (Cité par A. Peyrefitte. C'était de Gaulle. Ed Gallimard, 2000 et B. Stora, Le transfert d'une mémoire, Ed. La découverte, 1999. Propos tenus le 5 mars 1959)

"Vous savez, cela suffit comme cela avec vos nègres. Vous me gagnez à la main, alors on ne voit plus qu’eux : il y a des nègres à l’Élysée tous les jours, vous me les faites recevoir, vous me les faites inviter à déjeuner. Je suis entouré de nègres, ici. […] Et puis tout cela n’a aucune espèce d’intérêt ! Foutez-moi la paix avec vos nègres ; je ne veux plus en voir d’ici deux mois, vous entendez ? Plus une audience avant deux mois. Ce n’est pas tellement en raison du temps que cela me prend, bien que ce soit déjà fort ennuyeux, mais cela fait très mauvais effet à l’extérieur : on ne voit que des nègres, tous les jours, à l’Élysée. Et puis je vous assure que c’est sans intérêt." (Entretiens avec Jacques Foccart, 8 novembre 1968. cité dans ses Mémoires, tome 2. Le Général en mai. Journal de l’Élysée. 1968-1969, éd. Fayard/Jeune Afrique)

Charles-Pasqua-1280 

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 17:09


eric zemmour iDifficile d'avoir échappé à la "grande" actualité de ces derniers jours : la polémique et le tollé médiatique déclenchés par les propos d'Éric Zemmour dans son dernier ouvrage, où il s'en prend aux thèses de l'historien états-unien Robert Paxton (l'un des premiers à avoir soulevé la question de la contribution active de l’État français à la Shoah) et affirme que "le régime de Vichy a sauvé les Juifs français".

Voici une petite revue de presse non exhaustive (dans le champ politique progressiste) :
http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-delpla/071014/vichy-non-zemmour-non-berstein-le-choix-nest-pas-entre-robert-paxton-et-robert-aron
http://www.slate.fr/story/93245/zemmour-vichy-deportation-juifs-paxton-rue89
http://rue89.nouvelobs.com/2014/10/09/robert-paxton-largument-zemmour-vichy-est-vide-255385
http://blogs.mediapart.fr/blog/albert-herszkowicz/131014/zemmour-rehabilite-petain-les-dessous-de-son-combat
http://rue89.nouvelobs.com/2014/10/06/comment-troll-eric-zemmour-attire-piege-255313
http://blogs.mediapart.fr/blog/m-bentahar/101014/mensonges-sur-letoile-jaune-zemmour-rehabilite-vichy

Rien de bien surprenant, dans cette dernière "sortie" en date du sinistre personnage, pour nous qui - antifascistes, révolutionnaires - observons dans nos vies quotidiennes les résultats concrets du discours ultra-réactionnaire dont il est l'un des porteurs (parmi BEAUCOUP d'autres). Rien de plus (ni de moins) que la "bonne vieille" rengaine droitarde réchauffée de "l'épée" (De Gaulle, la "France libre") et du "bouclier" (Pétain, Vichy, qui auraient "adouci" le sort des Français pendant que les premiers luttaient pour leur libération) ; un peu tombée en disgrâce ces 20 dernières années mais vieille comme la Libération et largement tolérée, aux côtés du culte "officiel" de la "France résistante vs Vichy-nul-et-non-avenu", dans des décennies d'après-guerre où pullulaient jusqu'aux plus hauts sommets de l’État (place Beauvau avec Raymond Marcellin, Matignon avec Maurice Couve de Murville puis carrément... Élysée avec Mitterrand) l'engeance très particulière des "vichysto-résistants" : ces partisans fervents ou (du moins) "consciencieux" de la "Révolution nationale" qui s'étaient ralliés au "Général Micro" de Londres à mesure que le vent de la guerre tournait en défaveur du Reich, et dont d'"excellents" exemples ont été (entre autres)... René Bousquet et Maurice Papon (globalement et sauf à avoir vraiment été milicien, combattu sous l'uniforme nazi et/ou commis des atrocités, s'être rallié à De Gaulle même le jour de la libération de sa ville ou de son département valait absolution).

Ce qui est finalement (plus qu'autre chose) rigolo, c'est plutôt l'"indignation" de toute une intelligentsia bords-de-Seine - "canalplusienne" dirait l'intéressé... - qui fait mine de découvrir MAINTENANT ce qu'est réellement la pensée d’Éric  Zemmour, auquel ils ouvrent pourtant grands leurs plateaux radio et télé depuis des années (notamment sur i>Télé, filiale de... Canal Plus ce qui ne manque pas de sel, où il étrille hebdomadairement le ridicule représentant social-républicard de la démocratie bourgeoise Nicolas Domenach). Il faut croire (manifestement) que s'en prendre quasi-quotidiennement aux "délinquants-noirs-et-arabes", aux joueurs noirs de l'équipe de France ou aux Turcs de celle d'Allemagne ne choquait pas autant leurs bonnes consciences. 

Concernant les faits historiques dont il est question, nous avions écrit ce qui suit à l'époque de la sortie du film "La Rafle" :

La responsabilité de l’État français de Vichy, qui n'est plus niée depuis les années 1990, est bien sûr clairement montrée.

Mais Vichy, conformément à l'Histoire officielle depuis 1945 (et en particulier de la Ve République), est montré comme un "accident" de l'Histoire de France, "à jamais nul et non avenu", une anomalie. Un régime d'occupation également, fantoche, totalement illégitime...

Cela apparaît clairement dans les propos de Roselyne Bosch, l'épouse du producteur : "même si la France a collaboré, même si les policiers ont exécuté les ordres, les Français, dans leur ensemble, désapprouvaient la politique antisémite de Vichy. Sur les 24 000 juifs que les Allemands comptaient déporter en juillet 1942, il en a manqué 10 000. C'est bien que la population les a aidés."

parcajeu.jpgOui, c'est une réalité : beaucoup des 300.000 Juifs/Juives présent-e-s en France à l'époque (les 3/4 environ) ont survécu parce qu'ils/elles ont été protégé-e-s par de simples français-e-s (ou résident-e-s de France), souvent des gens de classe populaire.

Mais Vichy n'est pas un accident de l'Histoire, Vichy n'était pas "illégitime" : sur le Parlement bourgeois de 1936 (celui du Front populaire !), les pleins pouvoirs à Pétain (donc le régime de Vichy et la "Révolution nationale") ont été votés par 569 députés et sénateurs, contre 80 et 20 abstentions.

D'un point de vue juridique, du point de vue du droit et des institutions bourgeoises, Vichy était parfaitement légitime. Le régime ne perdra sa légitimité que progressivement, en 1942-43, lorsqu'avec l'entrée en guerre des États-Unis et les revers de l'Allemagne en URSS, de plus en plus de hauts fonctionnaires, d'hommes politiques, de militaires et de capitalistes se rallieront à la "France libre"... parmi lesquels le premier artisan de la rafle (!), le chef de la police René Bousquet (qui prendra contact avec la Résistance fin 1943, sera arrêté et transféré en Allemagne en juin 1944 puis libéré par les Américains à la fin de la guerre et, de retour en France, emprisonné trois ans à Fresnes ; mais sera pratiquement "blanchi" lors de son procès en 1949).

Et pour ce qui est des rafles elles-mêmes... les Allemands, comme leurs supplétifs flics, gendarmes et miliciens français n'auront souvent qu'à "pêcher dans un aquarium".

Il ne s'agit pas seulement du premier (octobre 1940) et du deuxième (juin 1941) "statut des Juifs", ou du "fichier Tulard" regroupant les noms et adresses des personnes juives.

Non, car Vichy, loin d'être un "accident de l'Histoire", s'inscrit pleinement dans l'idéologie dominante de son époque, pourrissement ultime d'une "idéologie française" en vigueur peut-être depuis Napoléon, l'idéologie nationale de la France bourgeoise.

Bien avant le Statut des Juifs... Bien avant même les premiers bruits de guerre....

C'est dès le 12 novembre 1938 que le législateur français (la même Assemblée qui votera les pleins pouvoirs à Pétain) promulgue des décrets sur la "situation et la police des étrangers". Ces décrets prévoient le placement sous surveillance étroite des "apatrides" et des "indésirables", et même... l'internement d'une grande partie d'entre eux dans des "centres spéciaux" !

Or, ces "apatrides indésirables" sont bien souvent des réfugiés politiques antifascistes... ainsi que des Juifs (ainsi, en 1938, la Pologne a déchu les Juifs installés à l'étranger de leur nationalité, faisant d'eux des apatrides).

C'est donc dès 1939 que se met en place le système concentrationnaire français. Les premiers, début 1939, sont les réfugiés espagnols "rouges" de la retirada, la retraite devant la victoire franquiste.

Bientôt les camps fleurissent : en Catalogne-Nord (Argelès, St-Cyprien, Rivesaltes) pour les "Espagnols rouges", à Rieucros (Lozère), à Gurs (Béarn), aux Milles (près d'Aix-en-Provence). Femmes et enfants sont internés au même titre que les hommes.

Puis, avec la déclaration de guerre (septembre 1939), ce sont les ressortissants "ennemis" qui sont internés.

Mais en fait "d'agents du Reich", ces réfugiés d'Allemagne, d'Autriche, d'Italie ou de Hongrie... sont à 90% des réfugiés antifascistes dont, là encore, un grand nombre de Juifs !

Avec la défaite de juin 1940, l'Occupation et la collaboration de l’État français avec ces nazis qu'il a refusé jusqu'au dernier moment de combattre (espérant encore début 1940 qu'ils se retourneraient contre l'URSS...), le sort de tous ces internés était scellé...

On voit donc bien comment la Rafle du Vel d'Hiv' est un acte de barbarie extrême, mais d'une barbarie qui s'inscrit dans une logique... Qui n'est que l'aboutissement extrême d'une logique dans des circonstances particulières (l'occupation nazie, la "croisade européenne contre le judéo-bolchévisme") : une logique de chasse au "subversif" et au "métèque" (forcément "subversif") dont le Juif "cosmopolite" était forcément l'archétype le plus parfait... Il faut d'ailleurs souligner que quelques semaines plus tard, sous la conduite du chef de la police René Bousquet (radical-socialiste, homme de gauche pour l'époque !), étaient conduites d'autres rafles... mais en zone "libre" celles-ci (11.000 Juifs raflés en août 1942), c'est-à-dire en l'absence et sans la pression du moindre occupant allemand (fait unique en Europe) !

scan0012.jpgCeci s'inscrivait, comme vous l'aurez bien compris, dans notre préoccupation de montrer que le fascisme n'est pas un "bug", une "anomalie" de l'Histoire mais qu'il s'inscrit au contraire dans la totale continuité des idéologies et des pratiques de l’État où il voit le jour - continuité française donc, dans laquelle s'inscrit tant Vichy hier que le FN et Zemmour aujourd'hui.

Et pour ce qui est de l'étude des faits, ce qu'il en ressort est que factuellement Zemmour a raison. Les forces du régime de Vichy, qui allaient rappelons-le (au même titre que celles de la "France libre" à Londres) de l'extrême-droite cagoularde, maurrassienne ou larocquienne à... la "gauche" bourgeoise radicale et radicale-socialiste (René Bousquet, Maurice Papon) sans oublier les "néo-socialistes" de Marcel Déat, les doriotistes issus du PC et quelques trotskystes autour d'Henri Molinier ou Jean Rous, ont majoritairement fait pression pour que soit établi un distinguo entre les Juifs "français" (les "Juifs de 1791" à qui la révolution bourgeoise avait accordé l'égalité civile - principalement les communautés historiques d'Alsace, Lorraine, Provence et Gascogne), au nombre d'environ 80.000, et les Juifs étrangers immigrés principalement entre les deux guerres (1919-39) et de l'ordre de trois fois plus nombreux (250.000). Si les premiers, qui se recrutaient de fait dans toutes les classes sociales et dans tous les partis politiques (sauf peut-être l'extrême-extrême-droite), pouvaient voir reconnaître leur "patriotisme" ("démontré" notamment dans les tranchées de 14-18), les seconds quant à eux, généralement pauvres et proches des idées marxistes ou anarchistes ou au contraire très religieux et "communautaristes", ne trouvaient pas grâce aux yeux de grand monde - incarnations de cette "anti-France" que prétendait combattre la "Révolution nationale", "virus" humains de cette "décadence" qui avait (à travers le Front populaire) "conduit à la catastrophe" de 1940.

Et ce distinguo s'est traduit de manière très concrète dans les chiffres : si PRÈS DU TIERS des Juifs "métèques" ont été arrêtés et déportés (et plus de 97% n'en sont jamais revenus)* ; aux côtés (d'ailleurs) des réfugiés politiques antifascistes de toute l'Europe, déjà entassés dans des camps par la République dès 1939 et allègrement livrés à la Gestapo (ils eurent cependant un taux de survie légèrement supérieur) ; cela n'a été le cas que de moins de 10% des Juifs catégorisés "français" (nés ou naturalisés français avant 1919). Ainsi, lorsqu'il dit que "Vichy a sauvé 95% des Juifs français", Zemmour dit vrai (il se "trompe" certes de quelques % mais pourra toujours taxer son contradicteur de "pinaillage") ; et c'est à vrai dire un classique du personnage de savoir très exactement ce qu'il dit...

Reste à expliquer (ce qu'il ne fait bien entendu pas...) ce que cela enlève à l'ignominie de la chose. Pour tout esprit sensé, bien évidemment RIEN : un-e innocent-e, homme, femme ou enfant envoyé-e à la mort est un-e innocent-e envoyé-e à la mort. Mais pour le francouillasse que s'évertue à être ce fils de la très antique communauté juive amazigh ("berbère", tribus converties au judaïsme il y a près de 2000 ans), cela semble clairement faire une différence : Vichy a "protégé" "ses" nationaux... Ouf, le grand roman patriotique francouille est sauf ! Et le pire c'est que dans tout le tollé médiatique qui fait rage depuis des jours, "spécialistes" et autres "éditocrates" ergotent sur à peu près tout sauf cela : EN QUOI le fait d'avoir établi une "ligne de démarcation" entre Juifs français (nés en France avant telle date) et "métèques" atténuerait en quoi que ce soit la collaboration active de l’appareil d'État français dans la déportation des Juifs vers les camps d'extermination nazis... Voilà qui montre bien l'hégémonie acquise ces dernières années par les idées zemmouriennes, ou plutôt comment les idées de Zemmour s'inscrivent dans une pensée profondément française (de fait, la VRAIE idéologie dominante bleu-blanc-rouge !) qui, après avoir été quelque peu battue en brèche entre Mai 68 et la fin du siècle dernier, revient désormais en force... et égale à elle-même !

affiche antisemite frUne autre chose dont (par exemple) Zemmour se garde bien de parler, outre les "Statuts des Juifs" 1 (octobre 1940) et 2 (juin 1941) déjà d'initiative très largement (pour ne pas dire 100%) française, c'est de ce fait unique dans l'Europe de l'époque : la France de Vichy est le seul pays européen à avoir arrêté des Juifs (transférés ensuite à Drancy puis déportés vers la Pologne...) sur une partie NON OCCUPÉE de son territoire, en l'absence du moindre soldat ou SS ou gestapiste allemand, en zone dite "libre" au mois d'août 1942 (cette zone ne sera occupée que trois mois plus tard)** :
http://www.ugoprod.fr/documentaires/les-rafles-de-lete-1942-en-zone-libre
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article87
http://jewishtraces.org/les-rafles-du-26-aout-1942-rafles-oubliees/

Près de 7.000 personnes seront raflées en quelques jours, presque autant qu'en région parisienne un mois plus tôt... Pourtant ces évènements sont - encore aujourd'hui - très largement méconnus du grand public et c'est la Rafle du Vel' d'Hiv' que l'on commémore chaque année, car elle permet  (ayant eu lieu en zone occupée) de s'en tenir au "roman national" 2e édition tel qu'écrit par Jacques Chirac en 1995 : la "folie criminelle" (sic) de l'occupant a été SECONDÉE par des Français... mais JAMAIS, en AUCUN CAS la Fraaaaance (monsieur !) n'a pris elle-même l'initiative d'envoyer des personnes juives (pour le seul fait de l'être) à la mort dans les camps d'extermination et les chambres à gaz !!

Personnage emblématique (s'il en est) de ce qu'était la "Révolution nationale" puisque (comme nous l'avons dit) d'engagement politique radical-socialiste donc de gauche, René Bousquet aurait tenu au moment de ces rafles à un responsable de la police suisse (qui s'inquiétait de l'afflux de réfugiés à sa frontière) ces propos terriblement représentatifs de l'idéologie française de la persécution raciale : "Ces personnes ne nous ont pas été reconnaissantes et c’est la raison pour laquelle nous devons en libérer notre pays, pour sortir de la crise que nous traversons". N'a-t-on pas l'impression de lire là des propos quotidiens au jour d'aujourd'hui, bien que tournés désormais (principalement) vers d'autres communautés que les Juifs ?

Tout ceci relève tout simplement des spécificités du fascisme français qu'a été la "Révolution nationale". Il s'agit tout simplement de la combinaison, du compromis qui a été trouvé entre la volonté d'affirmation souveraine, le patriot(ard)isme d'un régime qui ne voulait pas apparaître comme "à la botte de l'étranger", et la volonté d'éradiquer le "virus de l'anti-France" couplée à l'hostilité aux Juifs qui structure profondément la pensée dominante de l’État "France", dont elle est indissociable de la formation historique comme nous l'avons bien expliqué ici : http://servirlepeuple.over-blog.com/article-il-y-a-800-ans-la-rouelle-premiere-etoile-jaune-123806591.html

Un compromis, aussi, entre le courant idéologique ("dreyfusard") favorable à une certaine acceptation assimilatrice des Juifs (à condition qu'ils sachent se montrer "reconnaissants", aurait ajouté Bousquet...) et les tenants de la ligne anti-juive "dure" traditionnelle (cf. ci-dessus), celle d'un Touvier par exemple - nous avons déjà vu que le clivage dreyfusard/anti-dreyfusard de 1900 n'a JAMAIS été synonyme systématique, 40 ans plus tard, de clivage résistant/collabo.

Tel est le genre de contradiction qu’Éric Zemmour (qui n'en est pas à une près...), petit Amazigh (son nom signifie "olivier" dans cette langue) de religion juive dont la famille a reçu de l'Occitan shuadit Crémieux (en 1870) une citoyenneté française qui lui sera retirée trois années durant (1940-43)... par Vichy, mais qui se veut maintenant plus français que la France, a dû apprendre à gérer... Et qu'il gère plutôt avec brio - mais non sans quelques "omissions" bienvenues de la part de son immense culture historique.

Quant à nous, nous sommes fiers d'appartenir à ce que la "Révolution nationale" de Vichy appelait haut et fort l'ANTI-FRANCE - et que la République bourgeoise issue de la "France libre" continue à penser comme tel tout bas !


la-rafle-du-Vel-dHiv1petain.jpg1287331298 194408 Resistantsjuifs

 

* Les chiffres fournis par Serge Klarsfeld indiquent que 75.000 Juifs ont été déporté de France vers les camps nazis et que seulement 2.000 d'entre eux en sont revenus (97,4% de mortalité). 24.500 (soit près du tiers) étaient de nationalité française mais ceci incluait environ 8.000 enfants nés en France de parents étrangers et 8.000 naturalisés (Vichy déchoyait de leur nationalité les naturalisés après 1919). Ceci ne laisse donc "que" 8.500 Juifs "vraiment" français à avoir été déportés.

** Erratum : il y a eu aussi la Slovaquie "indépendante" national-catholique de Mgr Tiso. Mais la source citée (Ivan Kamenec) affirme donc à tort que ce fut "le seul État non occupé à déporter "ses" Juifs par ses propres moyens". Il y eut aussi la France de Vichy... autre chose qu'une petite république fantoche d'Europe centrale !

 

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 12:27

 

Alors que l'Europe bourgeoise se "recueille" dans le souvenir du centenaire de la Première Guerre mondiale, on en oublierait presque qu'il y a 75 ans exactement débutait... la Seconde, dont on célèbre au demeurant les 70 ans du dénouement victorieux (débarquements de Normandie et de Provence, libération du territoire "français"). Il faut reconnaître "à décharge" que les débuts, comparés au dit dénouement, furent beaucoup moins glorieux...

En septembre 1939 donc, l'Allemagne nazie envahissait et soumettait en quelques semaines la Pologne. La République bourgeoise française et le Royaume-Uni lui déclaraient alors instantanément la guerre... mais sans engager le moindre combat avant la grande offensive allemande de mai 1940, aux conséquences que l'on connaît. Au même moment, parallèlement... l'URSS "envahissait" elle aussi le territoire polonais [en réalité, ce que l'on ne dit pas, c'est qu'elle récupérait essentiellement des territoires devenus polonais suite à une première guerre en 1920 mais qui ne devaient pas faire partie de la Pologne au départ, n'étaient d'ailleurs pas majoritairement peuplés de Polonais et n'en font plus partie aujourd'hui] ; ceci au nom du fameux, du célébrissime, du kolossal argument de toute la propagande "communisme=nazisme=totalitarisme" depuis lors : le PACTE GERMANO-SOVIÉTIQUE, scellé le 23 août de la même année à Moscou par les chefs respectifs de la diplomatie, Molotov et Ribbentrop.

91391Contrairement à l'auteure des textes ci-dessous, Annie LACROIX-RIZ (encartée au PRCF, dans la mouvance Michel Collon, Le Grand Soir etc. etc., voir une bonne critique de ses positions ici), nous ne sommes pas des "fans" inconditionnels du "pacte" en particulier ni de la politique soviétique de l'époque (emmenée par Staline) en général ; nous l'avons déjà exprimé à de nombreuses reprises et cet anniversaire sera l'occasion de clarifier notre position une fois pour toute. URSS acculée et sans autre choix, peut-être ; gain considérable et vital de temps (22 mois) et de terrain (des centaines de kilomètres à parcourir en plus pour la Wehrmacht) en prévision de la grande offensive que le nazisme allait déchaîner tôt ou tard, sans doute ; mais le "pacte" s'est aussi accompagné de beaucoup de choses inacceptables comme la "livraison" de réfugiés antifascistes au Reich ou à ses alliés (Italie, Roumanie, Hongrie etc.) ce qui revenait à les condamner à mort, les échanges commerciaux (pétrole, charbon, acier, denrées alimentaires) au service de l'économie de guerre allemande sans même parler des pratiques de certains PC localement et notamment dans notre bonne vieille France : Duclos négociant la reparution de L'Humanité avec les autorités d'occupation, l'appel du 10 juillet 1940 de Maurice Thorez qui ne parle pas une seule seconde de résistance mais au contraire de "remettre la France au travail" etc. etc. - il faut dire aussi que dans les États à la tête de grands empires coloniaux, dans la logique de "front" avec la "bourgeoisie antifasciste" qui avait prévalu entre 1934 et 1939, les compromissions avec l'indéfendable ne dataient pas de la veille pour bon nombre de dirigeants. Ces attitudes (il faut le souligner) n'ont cependant pas empêché la base populaire communiste de s'opposer très tôt et courageusement à Vichy et au nazisme, comme y avait appelé clairement (lui) Charles Tillon dès le 17 juin 1940 : c'est ainsi en octobre 1940 (et non en juin 1941 ni après) qu'a été arrêté - pour distribution de tracts - le célèbre Guy Môquet.

Si nous reproduisons ces textes, c'est parce qu'ils ont le grand intérêt de lever le voile sur les tenants et les aboutissants de ce "pacte" et, ce faisant, sur les contorsions et les entourloupes géopoliticiennes des "démocraties occidentales" et en premier lieu de la France, leur complaisance envers Hitler (non contentes de l'avoir "fait" par les conditions - en réaction aux conditions - imposées à l'Allemagne après la Première Guerre mondiale) motivée - inutile de le dire - par l'anticommunisme et l'espoir que ce dernier se tournerait en premier lieu contre l'URSS ; alors même qu'il s'apprêtait en réalité à les envahir (pour se débarrasser d'abord de l'adversaire le plus "facile" à ses yeux). Dans le "meilleur" des cas (suivant un clivage gauche/droite sans doute, on va dire), le "plan" des "démocraties" était de laisser le Reich nazi et l'Union soviétique s'affronter et se saigner à mort mutuellement pendant qu'elles dormiraient sur leurs deux oreilles (ce qui n'est pas sans rappeler, à une échelle beaucoup plus réduite, la stratégie occidentale actuelle au Proche-Orient vis-à-vis des islamistes sunnites et du "bloc iranien"). Une politique qui devait conduire au désastre que l'on sait ; un désastre dont seul le mouvement communiste avec l'URSS à sa tête sauvera par la suite l'humanité - les "démocraties" impérialistes occidentales n'assumant qu'une part mineure de l'effort de guerre et (surtout) du prix du sang.

Voilà qui devrait faire réfléchir aujourd'hui encore devant les guerres et (surtout) les appels à l'"union sacrée" de la bourgeoisie impérialiste (qui les accompagnent systématiquement) contre les "monstres" qu'elle a elle-même engendré, par ses crimes et la (compréhensible) réaction qu'ils suscitent (comme le traitement de l'Allemagne après 1918 ou le colonialisme en Asie ouvrant un boulevard à l'impérialisme japonais) ou par complaisance/calcul ou les deux, de Khomeyni ou Saddam ou Milosevic hier à Daesh aujourd'hui en passant par Al-Qaïda ou les Talibans. On peut penser ce que l'on veut d'Assad aujourd'hui comme de Saddam hier (et nous en pensons beaucoup plus de mal que de bien), mais le fait est que la volonté occidentale de liquider ces États arabes "forts" a directement créé les conditions du triomphe actuel de Daesh (qui est aussi à bien des égards, il faut le souligner, un "saddamisme" ressuscité sous une forme religieuse)... Et il faudrait aujourd'hui nous enrôler dans une nouvelle "croisade" pour la "démocratie" et la "civilisation" contre celui-ci, et par-dessus le marché exiger des personnes de culture musulmane qu'elles se "désolidarisent" de ce groupe fanatique (comme si l'on demandait aux personnes juives de se "désolidariser" des bombardements israéliens de cet été sur Gaza, sans même parler des "désolidarités" que l'on pourrait demander aux personnes de culture européenne-chrétienne) !

Leçon n°1 donc : la crapulerie, la fourberie et l'hypocrisie des "démocraties" capitalistes-impérialistes sont sans limites ; elles sont (en réalité) dans la nature même de leur mode de production et de la crise de celui-ci ; la "démocratie" bourgeoise est donc très mal placée pour se la jouer grande dénonciatrice des "extrémismes" ; nous savons ce que vaut son "antifascisme" et sa "démocratie contre la barbarie" et nous n'avons que faire de ses sermons envers les "extrémistes de gauche" que nous sommes. C'est le Capital impérialiste qui précipite l'humanité dans la catastrophe ; ce n'est certainement pas de lui qu'elle doit attendre le salut.

C'est peut-être ce raisonnement - en somme : "Qu'ils aillent se faire foutre" ! - qui a guidé la direction soviétique en 1939 et on peut le comprendre ; même si son aboutissement (le "pacte") peut et doit être critiqué. On pourrait par exemple rappeler (car c'est totalement tombé dans l'oubli de nos jours) qu'en août 1939 l'URSS n'était même pas encore tout à fait sortie d'une courte mais sanglante guerre contre le Japon en Mongolie - une victoire qui devait lui donner la paix en Extrême-Orient jusqu'en 1945 (et aux Occidentaux, sans doute, jusqu'en décembre 1941). Il lui était donc extrêmement difficile d'ouvrir seule un deuxième front en Pologne contre l'Allemagne, comme semblaient le lui "suggérer" les "démocraties" occidentales. Ou encore rappeler que si l'Union soviétique ne s'emparait pas des Pays baltes et du Sud-Est de la Finlande (ce qu'elle fit en 1940), c'était l'Allemagne qui le faisait... et Léningrad était perdue en quelques jours (de fait, la ville devra subir pendant la guerre un siège de deux ans et demi qui fera plus d'un million de mort-e-s).

Mais nous vivons malheureusement dans un monde où il est devenu, pour ainsi dire, intellectuellement impossible d'admettre (pour certains milieux-militants-révolutionnaires peut-être plus que pour quiconque) que comprendre n'est pas justifier, excuser ni défendre. On n'a que les mots "injustifiable", "inqualifiable" ou "innommable" à la bouche sur tous les sujets (fascisme et "stalinisme" d'hier et d'aujourd'hui, "islamisme", antisémitisme de certains secteurs populaires etc.). On ne peut pas justifier l'injustifiable et puisque comprendre = justifier, on s'interdit donc de le comprendre... et donc de le combattre - ou de ne pas re-commettre les mêmes erreurs, retomber dans les mêmes dérives ce qui revient au même.

Pourtant, si l'on est communiste, la principale préoccupation devrait être de COMPRENDRE les erreurs et les dérives du siècle dernier pour ne pas retomber dedans à nouveau, vu qu'elles ont conduit les expériences révolutionnaires à l'échec et à la contre-révolution. La réalité c'est que le gouvernement soviétique de Staline n'était pas un gouvernement bourgeois, c'était un gouvernement ouvrier et paysan, mais il ne s'était pas suffisamment extrait de la compréhension bourgeoise du monde qui nous entoure. Face à beaucoup de problèmes, il ne voyait de solution que ce que la pensée bourgeoise présentait comme "évident" depuis des siècles. Et dans la "communauté internationale" de brigands qui prévalait à la fin des années 1930 (ce n'est guère différent aujourd'hui, si ce n'est pas pire...), il n'a vu d'autre solution que de se faire brigand lui-même - "bandit d'honneur" dira-t-on à la rigueur. C'est ce qui a conduit l'URSS, d'État révolutionnaire des ouvriers et des paysans, à devenir intérieurement un capitalisme d’État au bénéfice d'une nomenklatura et extérieurement un social-impérialisme - "socialiste en paroles et impérialiste dans les faits" ; tendance achevée au milieu des années 1950 mais déjà bien à l’œuvre en 1939.

C'est la leçon n°2 : on ne peut pas se contenter d'une condamnation/dénonciation abstraite et morale des choses si l'on veut dépasser les limites (= ne pas reproduire les erreurs) des expériences révolutionnaires passées. Le "pacte" germano-soviétique s'inscrivait, comme on vient de le voir, dans le CONTEXTE d'une époque : celle de la crise générale du capitalisme et de la guerre impérialiste pour le repartage du monde. Un contexte dont le seul et unique responsable était le Capital impérialiste ouest-européen et nord-américain, et en vérité le mode de production capitaliste lui-même - arrivé à ses limites historiques et "ne reculant plus devant aucun crime". Bien loin de la "preuve que les totalitarismes sont jumeaux" que les anticommunistes de tout poil (y compris voire surtout "de gauche") voudraient nous y faire voir...

Critiquer les erreurs et les dérives du "stalinisme", c'est BIEN et c'est même salutaire pour le mouvement communiste international d'aujourd'hui et de demain. Mais À LA CONDITION de bien remettre CHAQUE CHOSE À SA PLACE, et chacun face à ses responsabilités !

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http://www.gauchemip.org/spip.php?article16437

Seconde Guerre mondiale : l'Union soviétique par pertes et profits (par Annie Lacroix-Riz)

 

samedi 17 décembre 2011.
Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/LACROIX_RIZ/12194

Il y a soixante ans, 57 % des Français considéraient l’URSS comme le principal vainqueur de la guerre. En 2004, ils n’étaient plus que 20 %. Amplifié par les médias, cet oubli progressif du rôle de Moscou tient aussi aux polémiques sur la politique de Staline entre 1939 et juin 1941, que des travaux historiques récents éclairent d’un jour nouveau. Mais, quoi qu’on pense du pacte germano-soviétique, comment nier que, trois ans durant, les Russes ont porté une grande partie de la résistance, puis de la contre-offensive face à la Wehrmacht ? Au prix de 20 millions de morts.

Deux ans après sa victoire sur le nazisme, l’Armée rouge devint, pour les peuples de l’Ouest, pour cause de guerre froide, une menace (1). Six décennies plus tard, l’historiographie française, sa mutation pro-américaine achevée, voue l’Union soviétique aux gémonies tant pour la phase du pacte germano-soviétique que, désormais, pour celle de sa « grande guerre patriotique ». Nos manuels, assimilant nazisme et communisme, surenchérissent sur les historiens d’Europe orientale (2). Mais les recherches originales qui nourrissent cette mise au point dressent un tout autre tableau de l’URSS dans la Seconde Guerre mondiale.

Le principal acte d’accusation contre Moscou concerne le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 et, surtout, ses protocoles secrets : de fait, la victoire fulgurante et écrasante remportée sur la Pologne par la Wehrmacht donna le signal de l’occupation par l’URSS de la Galicie orientale (est de la Pologne) comme des pays baltes (3). Volonté d’expansion, Realpolitik ou stratégie défensive ?

Reprenant la thèse des prestigieux historiens Lewis B. Namier et Alan John Percivale Taylor, ainsi que du journaliste Alexander Werth, les nouveaux travaux d’historiens anglophones éclairent les conditions dans lesquelles l’URSS en est arrivée à cette décision. Ils montrent comment, encouragé par les États-Unis, l’entêtement de la France et de la Grande-Bretagne dans leur politique d’« apaisement » – autrement dit de capitulation face aux puissances fascistes – a ruiné le projet soviétique de « sécurité collective » des pays menacés par le Reich. D’où les accords de Munich (29 septembre 1938), par lesquels Paris, Londres, et Rome permirent à Berlin d’annexer, dès le surlendemain, les Sudètes. Isolée face à un IIIe Reich ayant désormais les mains libres à l’Est, Moscou signa avec Berlin le pacte de non-agression qui l’épargnait provisoirement.

image019Ainsi s’achevait la mission franco-britannique envoyée à Moscou (du 11 au 24 août) pour calmer des opinions réclamant – après l’annexion allemande de la Bohême-Moravie et la satellisation de la Slovaquie – un front commun avec l’URSS. Moscou exigeait l’alliance automatique et réciproque de 1914, qui devrait associer la Pologne et la Roumanie, fiefs du « cordon sanitaire » anti-bolchévique de 1919, et les pays baltes, vitaux pour la « Russie d’Europe (4) ». L’amiral britannique Drax et le général français Doumenc devaient faire porter à Moscou seule le chapeau du fiasco : il fallait simplement « laisser l’Allemagne sous la menace d’un pacte militaire anglo-franco-soviétique et gagner ainsi l’automne ou l’hiver en retardant la guerre ».

Quand le chef de l’Armée rouge Klement Vorochilov, « précis, direct », leur proposa, le 12 août, « l’“examen concret” des plans d’opérations contre le bloc des États agresseurs », ils s’avouèrent sans pouvoirs. Paris et Londres, résolus à ne fournir aucune aide à leurs alliés de l’Est, avaient délégué la tâche à l’URSS tout en la lui rendant impossible : Varsovie (surtout) et Bucarest avaient toujours refusé un droit de passage à l’Armée rouge. Ayant « garanti » la Pologne sans la consulter, Paris et Londres se dirent ligotés par le veto (encouragé en sous-main) du germanophile colonel Josef Beck, qui invoquait le « testament » de son prédécesseur Josef Pilsudski : « Avec les Allemands nous risquons de perdre notre liberté, avec les Russes, nous perdons notre âme. »

L’affaire était plus simple. La Pologne avait arraché aux Soviets, en 1920-1921, avec l’aide militaire française, la Galicie orientale (5). Aveugle depuis 1934 aux appétits allemands, elle tremblait que l’Armée rouge ne s’emparât aisément de ces territoires. La Roumanie, elle, redoutait de perdre la Bessarabie prise aux Russes en 1918 et gardée grâce à la France. L’URSS n’obtint pas non plus de garantie des pays baltes, dont l’indépendance de 1919-1920 et le maintien de l’influence allemande devaient tout au « cordon sanitaire ».

Depuis mars et surtout mai 1939, Moscou était courtisée par Berlin, qui, préférant – d’expérience – une guerre sur un seul front, lui promit, avant de se jeter sur la Pologne, de respecter sa sphère d’influence en Galicie orientale, en Baltique et Bessarabie. Elle céda, au dernier moment, mais pas à un fantasme de révolution mondiale ou de « Drang nach Westen » (cette poussée vers l’Ouest chère au publiciste allemand d’extrême droite Ernst Nolte) : elle refusa, Londres et Paris cajolant toujours Berlin, d’« être impliquée toute seule dans un conflit avec l’Allemagne » – selon les termes du secrétaire au Foreign Office, Charles Lindsley Halifax, le 6 mai 1939. L’Occident mima la stupeur devant « la sinistre nouvelle explosant sur le monde comme une bombe (6) » et dénonça une trahison. En réalité, Français et Britanniques en poste à Moscou jouaient les Cassandre depuis 1933 : faute de Triple Entente, l’URSS devrait composer avec Berlin pour gagner le répit nécessaire à la mise sur pied de guerre de son économie et de son armée.

Le 29 août 1939, le lieutenant-colonel Luguet, attaché aérien français à Moscou (et futur héros gaulliste de l’escadrille Normandie-Niémen), certifia la bonne foi de Vorochilov et posa Staline en « glorieux successeur (...) d’Alexandre Nevsky et de Pierre Ier » : « Le traité publié est complété par une convention secrète, définissant, à distance des frontières soviétiques, une ligne que les troupes allemandes ne devront pas dépasser et qui serait considérée par l’URSS en quelque sorte comme sa position de couverture (7). »

L’Allemagne ouvrit le conflit général, le 1er septembre 1939, en l’absence de l’Entente qui avait, en septembre 1914, sauvé la France de l’invasion. L’historien Michael Carley incrimine la politique d’apaisement née de « la peur de la victoire contre le fascisme » des gouvernements britanniques et français, effrayés que le rôle dirigeant promis à l’URSS dans une guerre contre l’Allemagne n’étendît son système à tous les belligérants : l’« anticommunisme », décisif à chaque phase-clé depuis 1934-1935, fut donc « une cause importante de la Seconde Guerre mondiale (8) ».

Le 17 septembre, l’URSS, inquiète de l’avance allemande en Pologne, proclama sa neutralité dans le conflit, non sans occuper la Galicie orientale. Elle exigea en septembre-octobre des « garanties » des pays baltes, « occupation “déguisée”, accueillie avec résignation (9) » par Londres, que le Reich inquiétait désormais autant que « la poussée russe en Europe ». Et, ayant demandé – en vain – à Helsinki, alliée de Berlin, une rectification de frontière (contre compensation), elle entra en guerre contre la Finlande et fit face à une sérieuse résistance. La propagande occidentale plaignit la petite victime et exalta sa vaillance. Weygand et Daladier planifièrent – « rêve », puis « délire », selon l’historien Jean-Baptiste Duroselle – une guerre contre l’URSS dans le Grand Nord, puis dans le Caucase. Mais Londres applaudit le compromis finno-soviétique du 12 mars 1940, ainsi que la nouvelle avance de l’Armée rouge qui suivit l’effondrement français (occupation à la mi-juin 1940 des pays baltes, fin juin de la Bessarabie-Bucovine du Nord). Après quoi elle envoya à Moscou Stafford Cripps, seul soviétophile de l’establishment : Londres préférait désormais une avance soviétique en Baltique à une allemande.

imagesAprès des décennies de polémiques, les archives soviétiques ont confirmé qu’environ 5.000 officiers polonais, dont les cadavres furent découverts par les Allemands en 1943 à Katyn (près de Smolensk), avaient bien été exécutés en avril 1940 sur ordre de Moscou. Féroces avec les Polonais, les Soviétiques sauvèrent plus d’un million de juifs des zones réannexées et en organisèrent l’évacuation prioritaire en juin 1941 (10).

Cette période, qui va du 23 août 1939 au 22 juin 1941, fait l’objet d’un autre débat, qui concerne la mise en œuvre par Staline du pacte germano-soviétique. Certains spécialistes soulignent, par exemple, la fourniture de matières premières soviétiques à l’Allemagne nazie, le changement de stratégie imposé à l’été 1940 au Komintern et aux partis communistes invités à dénoncer la « guerre impérialiste », etc. Les historiens cités ici minorent, voire contestent cette interprétation (11). Notons que les États-Unis – même après leur entrée en guerre contre Hitler en décembre 1941 – et la France, officiellement belligérante depuis le 3 septembre 1939, assurèrent au Reich d’abondantes livraisons industrielles (12).

En crise depuis juin 1940, les rapports germano-soviétiques frôlèrent la rupture en novembre. « Entre 1939 et 1941, l’URSS avait considérablement développé ses armements terrestres et aériens et massé de 100 à 300 divisions (soit de 2 à 5 millions d’hommes) le long ou près de ses frontières occidentales (13). » Le 22 juin 1941, le Reich lança l’assaut annoncé par l’entassement de ses troupes en Roumanie. Alexander Werth parle d’un « effondrement militaire de 1941 », auquel aurait succédé (en 1942-1943) « un sursaut du régime et de la société ».

Mais, le 16 juillet, le général Doyen annonçait à Pétain, à Vichy, la mort du « Blitzkrieg » : « Si le IIIe Reich remporte en Russie des succès stratégiques certains, le tour pris par les opérations ne répond pas néanmoins à l’idée que s’étaient faite ses dirigeants. Ceux-ci n’avaient pas prévu une résistance aussi farouche du soldat russe, un fanatisme aussi passionné de la population, une guérilla aussi épuisante sur les arrières, des pertes aussi sérieuses, un vide aussi complet devant l’envahisseur, des difficultés aussi considérables de ravitaillement et de communications. (...) Sans souci de sa nourriture de demain, le Russe incendie au lance-flammes ses récoltes, fait sauter ses villages, détruit son matériel roulant, sabote ses exploitations (14). »

Le Vatican, meilleur réseau de renseignement mondial, s’alarma d’ailleurs, début septembre 1941, des difficultés « des Allemands » et d’une issue « telle que Staline serait appelé à organiser la paix de concert avec Churchill et Roosevelt » : il situa donc « le tournant de la guerre » avant l’arrêt de la Wehrmacht devant Moscou (fin octobre) et bien avant Stalingrad. Fut ainsi confirmé dès l’invasion le jugement que portait l’attaché militaire français à Moscou Auguste-Antoine Palasse depuis 1938 sur la puissance militaire soviétique inentamée, selon lui, par les purges qui avaient suivi le procès et l’exécution du maréchal Mikhaïl Toukhatchevski et du haut état-major de l’Armée rouge, en juin 1937 (15).

L’Armée rouge, écrivait-il, se renforçait et développait un « patriotisme » inouï : le statut de l’armée, la formation militaire et une propagande efficace « mainten[aient] tendues les énergies du pays, et lui donne[aient] l’orgueil des exploits accomplis par les siens (...) et la confiance inébranlable dans [s]a force défensive ». Palasse avait relevé, depuis août 1938, les défaites nippones dans les affrontements à la frontière URSS-Chine-Corée. La qualité de l’Armée rouge ainsi attestée servit de leçon : à la fureur de Hitler, le Japon signa à Moscou, le 13 avril 1941, un « pacte de neutralité » libérant l’URSS de son obsession – depuis l’attaque contre la Mandchourie (1931) puis toute la Chine (1937) – d’une guerre sur deux fronts. Après avoir plié, pendant de longs mois, sous l’assaut de la formidable machine de guerre nazie, l’Armée rouge allait à nouveau pouvoir passer à l’offensive.

Si, en 1917-1918, le Reich fut défait à l’Ouest, et surtout par l’armée française, de 1943 à 1945, il le fut à l’Est et par l’Armée rouge. Pour soulager celle-ci, Staline réclamait, depuis août-septembre 1941, un « second front » (envoi de divisions alliées en URSS ou débarquement sur les côtes françaises). Il dut se contenter des louanges du premier ministre britannique Winston Churchill, bientôt suivi du président américain Franklin D. Roosevelt, sur « l’héroïsme des forces combattantes soviétiques » et d’un « prêt-bail » américain (remboursable après-guerre), qu’un historien soviétique a évalué à 5 milliards de roubles, soit 4 % du revenu national en 1941-1945. Le refus de ce second front et la mise à l’écart de l’URSS des relations interalliées (malgré sa présence au sommet de Téhéran, en novembre 1943) ravivèrent sa hantise du retour au « cordon sanitaire » et aux « mains libres à l’Est ».

La question des rapports de forces en Europe s’aiguisa quand la capitulation du général Friedrich von Paulus à Stalingrad, le 2 février 1943, mit à l’ordre du jour la paix future. Washington comptant sur son hégémonie financière pour échapper aux normes militaires du règlement des conflits, Franklin D. Roosevelt refusait de négocier sur les « buts de guerre » présentés à Winston Churchill par Joseph Staline en juillet 1941 (retour aux frontières européennes de l’ancien empire atteintes en 1939-1940) : une sphère d’influence soviétique limiterait l’américaine ; le financier Averell Harriman, ambassadeur à Moscou, pensait en 1944 que l’appât d’une aide économique à l’URSS ruinée « éviterait le développement d’une sphère d’influence (...) soviétique sur l’Europe orientale et les Balkans ».

Mais il fallut compter avec Stalingrad, où s’étaient affrontés depuis juillet 1942 « deux armées de plus d’un million d’hommes ». La soviétique gagna cette « bataille acharnée » – suivie au jour le jour par l’Europe occupée – « dépassa[n]t en violence toutes celles de la première guerre mondiale (...) pour chaque maison, chaque château d’eau, chaque cave, chaque morceau de ruine ». Sa victoire « mit l’URSS sur la voie de la puissance mondiale », comme celle « de Poltava en 1709 [contre la Suède] avait transformé la Russie en puissance européenne ».

Pacte-germanosoviet-HumaLa véritable ouverture du « second front » traîna jusqu’en juin 1944, période à laquelle l’avance de l’Armée rouge – au-delà des frontières soviétiques de juillet 1940 – exigea la répartition des sphères d’influence. La conférence de Yalta, en février 1945, sommet des acquis de l’URSS, belligérant décisif, ne résulta pas de la ruse de Staline spoliant la Pologne martyre contre un Churchill impuissant et un Roosevelt mourant, mais d’un rapport de forces militaires.

Ce dernier bascula alors dans la course-poursuite négociée de reddition de la Wehrmacht « aux armées anglo-américaines et de report des forces à l’Est » : fin mars, « 26 divisions allemandes demeuraient sur le front occidental (...) contre 170 divisions sur le front de l’Est (16) », où les combats firent rage jusqu’au bout. En mars-avril 1945, l’opération Sunrise ulcéra Moscou : le chef de l’Office of Strategic Services (ancêtre de la CIA) à Berne, le financier Allen Dulles, y négocia avec le général SS Karl Wolff, chef de l’état-major personnel de Himmler, responsable de l’assassinat de 300 000 juifs, la capitulation de l’armée Kesselring en Italie. Mais il était politiquement exclu que Berlin revînt aux Occidentaux : du 25 avril au 3 mai, cette bataille tua encore 300 000 soldats soviétiques. Soit l’équivalent des pertes américaines totales (292 000), « militaires uniquement », des fronts européen et japonais de décembre 1941 à août 1945 (17).

Selon Jean-Jacques Becker, « mis à part qu’elle s’est déployée sur des espaces bien plus vastes, mis à part le coût extravagant des méthodes de combat surannées de l’armée soviétique, sur un plan strictement militaire, la Seconde Guerre a été plutôt moins violente que la première (18) ». C’est oublier que la seule URSS a perdu la moitié des victimes de l’ensemble du conflit de 1939-1945, du fait notamment de la guerre d’extermination que le IIIe Reich avait planifiée pour y liquider, outre la totalité des juifs, de 30 à 50 millions de Slaves (19). La Wehrmacht, fief pangermaniste aisément nazifié, tenant « les Russes [pour] des « asiates » dignes du mépris le plus absolu », en fut l’artisan essentiel : sa sauvagerie antislave, antisémite et anti-bolchévique, décrite au procès de Nuremberg (1945-1946), mais longtemps tue à l’Ouest et récemment rappelée en Allemagne par des expositions itinérantes (20), priva l’URSS des lois de la guerre (conventions de La Haye de 1907).

En témoignent ses ordres : décret dit « du commissaire » du 8 juin 1941 prescrivant l’exécution des commissaires politiques communistes intégrés à l’Armée rouge ; ordre de « ne pas faire de prisonniers » qui causa l’exécution sur le champ de bataille, combats terminés, de 600 000 prisonniers de guerre, étendu en juillet aux « civils ennemis » ; ordre Reichenau d’« extermination définitive du système judéo-bolchévique », etc. (21). Ainsi 3,3 millions de prisonniers de guerre, soit plus des deux tiers du total, subirent en 1941-1942 la « mort programmée » par la famine et la soif (80 %), le typhus, le travail-esclave. Des prisonniers « communistes fanatiques » livrés à la SS furent les cobayes du premier gazage au Zyklon B d’Auschwitz, en décembre 1941.

La Wehrmacht fut avec les SS et la police allemande un agent actif de la destruction des civils, juifs et non-juifs. Elle aida les Einsatzgruppen SS chargés des « opérations mobiles de tueries » (Raul Hilberg), comme celle perpétrée par le groupe C dans le ravin de Babi Yar, fin septembre 1941, dix jours après l’entrée de ses troupes à Kiev (près de 34 000 morts) : un des innombrables massacres perpétrés, avec des « auxiliaires » polonais, baltes (lettons et lituaniens) et ukrainiens, décrits par le poignant Livre noir d’Ilya Ehrenburg et Vassili Grossman (22).

Slaves et juifs (1,1 million sur 3,3) périrent dans des milliers d’Oradour-sur-Glane ainsi que dans les camps. Les neuf cents jours de siège de Leningrad (juillet 1941-janvier 1943) tuèrent 1 million d’habitants sur 2,5, dont « plus de 600 000 » durant la famine de l’hiver 1941-1942. Au total, « 1 700 villes, 70 000 villages et 32 000 entreprises industrielles furent rasés ». Un million d’Ostarbeiter (travailleurs de l’Est) déportés vers l’Ouest furent épuisés ou anéantis par le travail et les sévices des SS et des kapos dans les kommandos des camps de concentration, mines et usines des Konzerne et des filiales de groupes étrangers, tel Ford, fabricant des camions 3 tonnes du front de l’Est.

Le 8 mai 1945, l’URSS exsangue avait déjà perdu le bénéfice de la « Grande Alliance » qu’avait imposée aux Anglo-Américains l’énorme contribution de son peuple, sous les armes ou non, à leur victoire. Le containment de la guerre froide, sous l’égide de Washington, pouvait renouer avec le cordon sanitaire, première guerre froide que Londres et Paris avaient dirigée de 1919 à 1939.

Annie Lacroix-Riz.

Professeur d’histoire contemporaine, université Paris-VII, auteure des essais Le Vatican, l’Europe et le Reich 1914-1944 et Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Armand Colin, Paris, 1996 et 2006.

NOTES

(1) « 1947-1948. Du Kominform au “coup de Prague”, l’Occident eut-il peur des Soviets et du communisme ? », Historiens et géographes (HG) n° 324, août-septembre 1989, pp. 219-243.

(2) Diana Pinto, « L’Amérique dans les livres d’histoire et de géographie des classes terminales françaises », HG, n° 303, mars 1985, pp. 611-620 ; Geoffrey Roberts, The Soviet Union and the Origins of the Second World War, 1933-1941, Saint Martin’s Press, New York, 1995, introduction.

(3) Lire aussi Geoffrey Roberts, op. cit., p. 95-105, et Gabriel Gorodetsky, « Les dessous du pacte germano-soviétique », Le Monde diplomatique, juillet 1997.

(4) Sauf indication, les sources citées ici se trouvent dans les archives du ministère français des affaires étrangères ou de l’armée de terre (SHAT) et les archives publiées allemandes, britanniques et américaines. Quant aux nombreux livres, souvent peu connus en France, sur lesquels s’appuie cet article, le lecteur en trouvera une large bibliographie sur le site.

(5) NDLR : Comme de nombreuses « marches », la Galicie est passée, à travers l’histoire, entre les mains russes, mongoles, polonaises, lituaniennes, autrichiennes et, à nouveau, russes et polonaises. En 1919, lord Curzon avait attribué la Galicie orientale à la Russie (ligne Curzon).

(6) Winston Churchill, Mémoires, vol. I, The Gathering Storm, Houghton Mifflin Company, Boston, 1948, p. 346.

(7) Lettre à Guy de la Chambre, ministre de l’air, Moscou, 29 août 1939 (SHAT).

(8) Michael J. Carley, 1939, The Alliance That Never Was and the Coming of World War 2, Ivan R. Dee, Chicago, 2000, pp. 256-257.

(9) Lettre 771 de Charles Corbin, Londres, 28 octobre 1939, archives du Quai d’Orsay (MAE).

(10) Dov Levin, The lesser of two evils : Eastern European Jewry under Soviet rule, 1939-1941, The Jewish Publications Society, Philadelphia-Jérusalem, 1995.

(11) Lire notamment les ouvrages déjà cités de Geoffrey Roberts et Gabriel Gorodetsky mais aussi Bernhard H. Bayerlin et al., Moscou-Paris-Berlin, 1939-1941, Taillandier, Paris, 2003. La communiste libertaire Margarete Buber-Neumann a accusé, dans ses Mémoires, le régime soviétique d’avoir livré des antifascistes allemands à la Gestapo.

(12) Charles Higham, Trading With the Enemy 1933-1949, Delacorte Press, New York, 1983 et Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Armand Colin, Paris, 1999.

(13) Geoffrey Roberts, op. cit., pp. 122-134 et 139.

(14) La Délégation française auprès de la commission allemande d’armistice de Wiesbaden, 1940-1941, Imprimerie nationale, Paris, vol. 4, pp. 648-649.

(15) NDLR. Ces purges sont considérées comme ayant considérablement affaibli l’Armée rouge.

(16) Gabriel Kolko, The Politics of War, Random House, New York, 1969, chap. 13-14.

(17) Pieter Lagrou, dans Stéphane Audoin-Rouzeau et al., dir., La Violence de guerre 1914-1945, Complexe, Bruxelles, 2002, p. 322.

(18) Ibid., p. 333.

(19) Götz Aly et Susanne Heim, Vordenker der Vernichtung, Hoffmann und Campe, Hambourg, 1991, résumé par Dominique Vidal, Les historiens allemands relisent la Shoah, Complexe, Bruxelles, 2002, pp. 63-100.

(20) Edouard Husson, Comprendre Hitler et la Shoah, PUF, Paris, 2000, p. 239-253.

(21) Omer Bartov, German Troops, MacMillan, Londres, 1985, L’Armée d’Hitler, Hachette Pluriel, Paris, 1999 et Tom Bower, Blind Eye to Murder, André Deutsch, Londres, 1981.

(22) Actes Sud, Arles, 1995.

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Lire aussi (de la même auteure) :

La Pologne dans la stratégie extérieure de la France (octobre 1938 - août 1939)

Annie LACROIX-RIZ - communication au colloque de Varsovie sur la campagne de Pologne, 16-17 octobre 2009.

Dans l’année précédant la Deuxième Guerre mondiale, la France dirigeante, civile et militaire, dressa une fois de plus la Pologne en pivot d’une « alliance de revers » constituée depuis 1921 des petits États d’Europe orientale qui devaient tout ou partie de leurs frontières à sa victoire de 1918. Ce dispositif contre les tentations de revanche du Reich, complété d’une Petite Entente tchéco-roumano-yougoslave officiellement dressée contre l’ancien empire austro-hongrois, avait été fragilisé d’emblée par l’exclusion de la Russie, seul pays décisif dans une guerre sur deux fronts : « La France n’aurait pas eu la moindre chance de survie en 1914, s’il n’y avait pas eu de front oriental », rappela le sous-secrétaire d’État permanent du Foreign Office, Robert Vansittart, en mars 1939 (1) ; la question se posait encore en ces termes, à l’heure où la quasi-totalité des obstacles à l’expansion allemande étaient tombés.

Le « front oriental » complet, incluant l’URSS, avait été esquissé en 1934 par Louis Barthou, que Varsovie détesta, pour ce motif, aussi cordialement que Berlin. Il fut enterré avec lui, le 9 octobre de la même année, malgré la fallacieuse signature par Laval, successeur de Barthou, du pacte franco-soviétique le 2 mai 1935. La France, dont le secrétaire général du Quai d’Orsay, Alexis Léger, avait rédigé ce « chef d’œuvre du galimatias », l’avait ensuite soigneusement laissé dans cet état. (2) Elle avait depuis « l’assassinat de Marseille » définitivement contraint la Petite Entente, déjà très mal en point avant 1933, à se taire sur tout ce qui fâchait, surtout les plans de conquête allemands à l’Ouest et à l’Est. Les États orientaux avaient définitivement compris le 7 mars 1936 à quel sort leur alliée française promettait leurs frontières en laissant tranquillement le Reich remilitariser la Rhénanie qui menaçait directement les siennes. L’« alliance » fut réduite en cendres par le démantèlement à la conférence de Munich, le 29 septembre 1938, de la Tchécoslovaquie (prélude à sa liquidation du 15 mars 1939) comme en prit aussitôt acte un des principaux artisans français de l’assassinat, André François-Poncet, ambassadeur à Berlin choisi (en septembre 1931) par le Comité des Forges : « La Tchécoslovaquie [,…] morte au point de vue militaire [,…] ne présente plus pour nous que la valeur d’un Luxembourg oriental qui risque de devenir un satellite allemand ». (3)

Munich 1938De ces décombres les dirigeants français, militaires en tête, firent surgir, ad usum populi Gallici, la Pologne comme protectrice suprême contre un adversaire d’ailleurs peu alarmant puisqu’ils faisaient mine de croire à ses excellentes intentions à l’Ouest. Ils reprirent l’argument polonais, puissante arme tactique initiale contre le pacte franco-soviétique, quand ils s’employèrent, aux côtés de Londres, à ruiner les chances ultimes du renouvellement de la Triple Entente. Les rapports étayés du Deuxième Bureau établissaient l’extrême faiblesse, en tous domaines, militaire inclus, de la Pologne et son alignement définitif sur Berlin depuis l’automne 1933, mais le haut État-major ne tarissait pas d’éloges. Il n’avait depuis 1935, comme le colonel Gauché, chef du Deuxième Bureau, qui adorait transformer le sens des rapports de ses services en leur strict contraire, cessé de tirer de la comparaison entre deux appuis militaires éventuels cette « conclusion » : « pour la France, l’alliance polonaise est incompatible avec l’alliance russe, il faut choisir ». (4)

Cette image publique flatteuse sera confrontée à la réalité de la politique extérieure polonaise et des rapports franco-polonais à la fin des années 1930. L’écran de fumée des « garanties » françaises (et anglaises) du territoire polonais sera opposé aux pratiques des Apaiseurs français entre la liquidation initiale de la Tchécoslovaquie et l’assaut allemand contre un État né de la victoire française.

I. PARIS ET L’ORIENTATION GERMANOPHILE ET SLAVOPHOBE DE VARSOVIE

La France avait minutieusement observé l’orientation germanophile, slavophobe et francophobe qu’incarnait le trio maître de Varsovie : le maréchal Pilsudski, que Paris n’avait érigé en immense héros qu’en raison de son rôle de champion du « cordon sanitaire », n’avait jamais « pardonn[é] à la France républicaine son alliance avec le Tsarisme » : « il n’a donc jamais aimé et il n’aime pas la France (5) ; le « prince Janusch Radziwill, un des propriétaires fonciers les plus importants non seulement de Pologne, mais de l’Europe entière », organiquement lié au Reich par sa famille et ses intérêts agraires et industriels, soutien décisif du coup d’État de Pilsudski, (6) « président de la Commission des affaires étrangères de la diète, est franchement francophobe et ne fait aucun effort pour le cacher » ; Josef Beck, ministre des Affaires étrangères de Pilsudski depuis 1932, son âme damnée « depuis le coup d’État de mai 1926 », « encore plus francophobe que le maréchal », (7) était indéboulonnable, pour des raisons tant allemandes qu’intérieures. Déjà « à la solde de l’Allemagne » avant de succéder au « maréchal » décédé en mai 1935 (le Deuxième Bureau français l’accusait en mars d’avoir « amassé dans les banques suisses une fortune dépassant 2 millions de francs suisses ») (8), il servait d’auxiliaire à ses basses œuvres « orientales ». Son action au sein de la SDN, que le Reich avait quittée avec fracas en octobre 1933, était irremplaçable : Beck n’allait donc jamais aux sessions de Genève sans due mission puis compte rendu d’exécution de mandat, à l’étape berlinoise de son retour à Varsovie, habitude connue du Deuxième Bureau. (9) À l’intérieur, l’inamovible président Ignacy Moscicki, de l’avis du Quai d’Orsay « une nullité absolue, une marionnette choisie par Pilsudski [après le coup d’État de 1926] pour lui servir de paravent », (10) n’avait rien à lui refuser : Beck le « tenait » en prélevant sur « les fonds secrets du ministère des Affaires étrangères » de quoi régler les énormes « dettes de jeu » de son fils, ministre de Pologne à Tokyo. (11) Le trio infernal était représenté par deux germanophiles aussi notoires, Josef Lipski à Berlin depuis juin 1933 et Lukasiewicz à Paris depuis juin 1936 après avoir quitté Moscou, qu’il haïssait au moins autant que ses chefs. (12)

Varsovie avait fait grand cas des deux prétextes à son tournant extérieur : 1° la déclaration Hitler-Lipski » du 15 novembre 1933, « instrument diplomatique dont les services de la Wilhelmstrasse [avaient] rédig[é] le projet » (13) : c’est « “une petite chose” […,] un simple communiqué relatant une conversation », avait, pour une fois sincère, clamé l’espion allemand Friedrich Sieburg, un de ses truchements, devant l’ambassadeur de France à Varsovie Jules Laroche (14) ; 2° la « déclaration de non-agression et d’amitié », prétendu « traité germano-polonais » conclu pour dix ans par Neurath et Lipski et renouvelable, œuvre de Friedrich Gaus, directeur du département juridique de l’Auswärtiges Amt, qui en avait soigneusement éliminé tout ce qui eût pu ressembler à « une renonciation de la révision de Versailles ». (15) Dotée d’un chiffon de papier sur lequel convergent toutes les archives diplomatiques et militaires, la Pologne, en toute connaissance de cause, se targua d’avoir gagné le statut d’alliée du Reich et de grande puissance que lui contestait (indubitablement) son « alliée » française.

Dès l’été 1933, Pilsudski glosa sur la non-priorité de « la révision des frontières de l’Est […] dans les préoccupations personnelles du Führer (16), avant de postuler l’indifférence au Drang nach Osten d’un Hitler plus autrichien que « prussien ». (17) Ce gros mensonge couvrait sa disposition à céder sur le corridor de Dantzig (18) et son ralliement à l’Anschluss, avéré dès 1932, quasi officiel en novembre 1933 (19) : soutien d’autant plus allègre que, les chancelleries le répétaient depuis les préparatifs des traités sanctionnant la défaite des empires centraux, le « rattachement » interdit aurait « inévitablement pour conséquence l’Anschluss des Allemands de Bohême » (20), première étape de la liquidation de la Tchécoslovaquie. Enfin, la Pologne s’associa au Reich dans l’action subversive quotidienne, dimension terroriste incluse, contre l’Ukraine soviétique que les deux pays avaient jusqu’alors conduite chacun pour soi. Cette collaboration n’empêcha pas Berlin de poursuivre en compagnie du Vatican naguère auxiliaire de Vienne dans cette mission, via le clergé et les groupes séparatistes uniates, son œuvre anti-polonaise en Galicie orientale : c’est à dire dans la partie de l’Ukraine que la France avait en 1920 remise aux chefs polonais du « cordon sanitaire ». (21)

Ainsi Varsovie avait-elle dû affecter, entre autres multiples épisodes du feuilleton de l’aveuglement volontaire, d’ignorer que Berlin avait armé et financé les terroristes ukrainiens qui, sous la houlette de Bandera et Lebed, chefs de l’OUN, avaient assassiné le 15 juin 1934 son ministre de l’intérieur Bronisław Pieracki (22) : provocation et test de grande envergure, l’événement s’étant produit deux jours après que le ministre eut accueilli avec faste Göbbels dans la capitale, où Barthou l’avait précédé sans être « salué par aucun ministre polonais ». (23) Paris, aussi informé de la maîtrise allemande de « l’assassinat de Marseille », auquel celui de juin avait servi de répétition avec la complicité respective de Laval et de Beck, fit au moins aussi bien que Varsovie dans l’ignorance feinte. (24)

La Pologne de Beck avait reçu du Reich, de l’avis de François-Poncet, symbole de la ligne française d’abdication baptisée Apaisement, l’ample mission de « disloquer, démembrer la Petite Entente, en exerçant une pesée principalement sur la Yougoslavie, arracher ces États à l’influence française, les écarter de la France, écarter par là même la France de l’Europe centrale, gagner enfin ceux-ci ou certains d’entre eux à l’idée qu’il f[allai]t dénoncer le principe de la sécurité collective et bouleverser la Société des Nations ». (25) Je ne retiendrai ici de cet ample programme, réalisé au-delà de toute espérance, que sa partie russe et tchécoslovaque, fort utile, malgré le mépris de Paris pour Varsovie, à une ligne française identique. La Pologne secondait d’autant mieux l’Allemagne que ses dirigeants haïssaient la Russie, à l’égard de laquelle « Pilsudski ne cachait jamais son aversion […], qu’elle fût rouge ou blanche, bolchévique ou tsariste ». (26) Cette haine à laquelle l’anti-bolchévisme avait donné de plaisants atours, non seulement ne gênait pas les dirigeants français, mais leur plaisait.

photo3Ils avaient pour délégués à Varsovie des anticommunistes et antisoviétiques obsessionnels, détestant au surplus « les juifs de l’Est » toujours érigés en bolchéviques, Laroche et, depuis la fin mai 1935, Léon Noël, ancien directeur de la Sûreté générale de Laval et bientôt membre du conseil d’administration du Comité France-Allemagne. (27) Ils écoutaient donc avec complaisance les litanies anti-bolchéviques de leurs homologues polonais, des jeunes fascistes « à la section orientale du ministère des Affaires étrangères, […] très anti-russe », en passant par « la presse officieuse polonaise et […] la camarilla qui entour[ait] M. Beck ». Lequel « racont[ait] à qui [voulait] l’entendre que l’hitlérisme, constituant la meilleure barrière à opposer au potentiel révolutionnaire que constitu[ait] la Russie, [était] le meilleur garant de l’existence de la Pologne. » Léon Noël appréciait en 1936 le thème, riche en variations et appelé à resservir, des deux ennemis de la Pologne, l’allemand, plutôt salvateur, et le russe, le seul vrai : “L’Allemagne […] peut nous prendre une ou deux provinces, la Russie, elle, a le pouvoir de nous prendre tout, le territoire, les corps, les âmes.” ». (28)

II. DE L’« ALLIANCE POLONAISE » DE MUNICH AUX PRÉPARATIFS DU « SECOND MUNICH »

En octobre 1938, l’icône de l’anti-bolchévisme parisien Lukasiewicz, hôte des salons pronazis flagorné par les principaux ministres, s’émerveilla devant un agent du Quai d’Orsay de l’opération munichoise, qui avait épargné au Reich la guerre qu’il n’avait pas encore le pouvoir d’engager et valu à son pays une (brève) gratification. Il cogna sur sa cible favorite, sans oublier Barthou, voué aux gémonies jusque dans la tombe. Jamais la Pologne n’aurait souffert de s’unir à « la Russie, qu’elle soit blanche ou rouge. […] ce n’est que la débâcle de la Russie qui nous a permis de conquérir notre indépendance. […] Avec les bolchéviks, nous avons dû mener une guerre, et les dirigeants de Moscou n’ont jamais abandonné le rêve d’instaurer chez nous les Soviets. Vous voyez d’ici la parution (sic) en Russie blanche, en Ukraine, en Galicie orientale et même dans certaines villes industrielles polonaises, comme Lodz, avec ses 200 000 juifs, des soldats rouges en qualité de nos alliés ? Mais, le lendemain de leur arrivée, nous aurions eu des Soviets dans la moitié de la Pologne, et au lieu de combattre les Allemands, il nous aurait fallu combattre les bolchéviks, ou appeler les Allemands à notre aide. Pour la Pologne, les bolchéviks sont beaucoup plus dangereux que les Allemands, et Moscou que Berlin. Et quant à la valeur de l’Armée rouge, nous l’apprécions mieux que les Français. Elle est bonne pour faire de la propagande ou aider un soulèvement communiste, mais au premier choc avec une armée européenne elle sera brisée comme verre. Alors, pourquoi voulait-on nous embarquer à tout prix dans la galère communiste ? Si M. Barthou avait mieux connu l’histoire des relations polono-russes au cours des siècles et, en particulier, depuis le partage de la Pologne, il ne nous aurait jamais proposé de conclure un pacte d’assistance mutuelle avec les Soviets ; de même, ses successeurs ne nous auraient jamais demandé de laisser passer les troupes bolchéviques à travers notre territoire. Aucun gouvernement polonais ne consentirait à se prêter à une telle expérience qui menacerait notre pays d’une révolution communiste ». (29)

Lukasiewicz triomphait d’autant plus que Berlin venait rétrocéder à Varsovie le territoire de Teschen, morceau silésien du gros territoire sudète remis à la conférence de Munich aux Allemands par les Franco-Anglais, qui s’étaient pour ce faire passés de l’avis des « Soviets ». Sur l’échelle des haines polonaises, Prague, sans répit maudite pour avoir « volé » Teschen (sur les instances du sidérurgiste français Eugène Schneider (30)), avait en effet grimpé aussi haut que Moscou. En août 1934, le nonce apostolique à Vienne Enrico Sibilia certifia connaître « un accord secret laissant les mains libres à l’Allemagne, non seulement contre l’Autriche, mais aussi contre la Tchécoslovaquie ; en échange de quoi l’Allemagne reconnaissait les revendications de la Pologne sur la Silésie tchécoslovaque et des parties de la Moravie septentrionale ». (31) Paris était, à l’été 1935, informé de l’« accord militaire […] en préparation entre l’Allemagne, la Pologne et la Hongrie » en vue d’« attaquer et se partager » la Tchécoslovaquie. (32) Depuis le printemps 1938, toutes les capitales, Paris, Londres et Berlin en tête, surenchérissaient dans le mépris, qualifiant Varsovie de « hyène » ou de « vautour attendant le morceau ». (33)

La duplicité confinait au grandiose puisque, outre que ni Paris ni Londres n’avaient consulté Varsovie pour assassiner Prague, certains « Munichois » insistaient pour que « la hyène » tirât pourboire du forfait. L’attaché militaire français Félix Musse, aussi antirusse et anti-tchèque que Noël et l’équipe Beck, s’y employa le 21 septembre au motif de gagner la gratitude d’un pays si important : « après avoir tant cédé à l’Allemagne, nous refusons à la Pologne une satisfaction bien modeste » ; on ne saurait s’opposer aux « revendications polonaises » alors que « la Pologne […] peut être demain, un élément des plus importants pour la reconstruction de notre politique européenne. C’est une carte que nous ne devons pas laisser échapper ». (34) L’un des « quatre charcutiers de Munich » (35), Daladier, masqua le 26 septembre devant l’ambassadeur américain Bullitt sa contribution au dépècement imminent en accablant Varsovie : « il espérait vivre assez pour faire payer à la Pologne son attitude de rapace en proposant à la Tchécoslovaquie un nouveau partage de la Pologne » (36) (ce n’est pas à Prague qu’il le proposerait bientôt mais à Berlin). Londres, dont la participation à la crucifixion de la victime avait été aussi éminente, stigmatisa juste après « une puissance que son passé devrait rendre moins ardente à goûter les partages, et qui parai[ssai]t rechercher les champs de bataille surtout pour y achever les blessés ». (37)

Pologne1939.jpgLe sursis polonais n’attendit même pas la mort de la Tchécoslovaquie. Outre que la fugace saisie de Teschen allait aggraver la surproduction minière et métallurgique et le déficit abyssal du commerce extérieur polonais (38), le Reich reprit, les Sudètes à peine avalées, son expansion ukrainienne dans la Ruthénie subcarpathique proclamée « autonome » et ailleurs, menaçant directement les frontières orientales de l’alliée prétendue. L’apparente « détente polono-soviétique » qui s’ensuivit n’imprima aucun « revirement [à] la politique polonaise ». (39) Ce n’était, affirma Léon Noël, qu’une astuce tactique de Beck et le « présage […d’] une prochaine tentative de rapprochement du côté de Berlin » sur des « questions » à négocier : « frontière de la Russie subcarpathique, questions dantzicoises, transit à travers le Corridor, juifs polonais du Reich, questions économiques et minoritaires ». (40)

Bien qu’il n’y eût plus rien à négocier après le 15 mars 1939, la Pologne en ligne de mire directe du Reich présenta encore durant quelques mois pour les dirigeants français le même intérêt tactique que naguère. Moscou, qui était vouée au néant diplomatique depuis Munich, demanda en effet au lendemain de l’invasion de la Bohême-Moravie qu’eût enfin lieu la concertation entre toutes les cibles du Reich, tant à l’Ouest qu’à l’Est. Paris relança donc le mythe public de la magnifique alliée militaire polonaise, si supérieure à l’Armée rouge inepte, tout en se répandant en privé sur l’épave que la Wehrmacht balaierait en quelques jours. Représentatif de cette ligne inavouable, Pierre Taittinger, champion d’origine du « cordon sanitaire » (« un des promoteurs du groupe franco-polonais de la Chambre en 1920 »), ressortit le paravent. Le 20 avril, retour d’un séjour polonais (de mars), il déclara à un banquet parisien du « Cercle républicain national » : « l’appui de la Pologne, dont les avions peuvent atteindre Berlin en moins d’une heure, nous serait autrement précieux que celui de l’URSS en cas de conflit avec l’Allemagne ». (41) Le 6 septembre, Pologne déjà écrasée, offrant à Daladier ses services politiques, Taittinger lui rapporta que « le chef d’état-major de l’armée polonaise » [Waclaw Stachiewicz] lui avait en mars « déclaré qu’en dépit de la supériorité considérable de moyens de l’Allemagne, il pensait pouvoir tenir, le cas échéant, plus d’un mois. […] Les autorités françaises que j’ai consultées à l’époque, tant au ministère des Affaires étrangères à Paris (M. Bressy) que nos autorités diplomatiques à Varsovie, déclaraient que huit jours, ce serait déjà beau ». (42)

La Pologne rejoignit donc à nouveau, de mars à août 1939, l’Angleterre comme leurre contre l’alliance de revers : l’alliance militaire anglaise, imaginaire, avait toujours été présentée à l’opinion publique comme le recours suprême, supérieur à tout autre, le soviétique surtout. Après avoir « garanti » en mars-avril 1939 les frontières de la Pologne, qui ne leur avait rien demandé, Français et Anglais admirent lors des préparatifs de la mission Drax-Doumenc des 11-24 août 1939 à Moscou (exclusivement destinée à faire endosser aux « Russes » la responsabilité du fiasco) qu’ils ne consentiraient à Varsovie aucun secours, ni militaire ni économique. Moscou, traitée en « valet de ferme » selon la formule de Jdanov dans La Pravda du 29 juin (43), devrait, privée d’alliance défensive avec Paris et Londres, tout assurer aux Polonais : aide économique et militaire, avec maintien du veto contre l’entrée de son armée en terre polonaise, que les Occidentaux imputeraient aux seuls Polonais souverains.

Le rideau de l’alliance militaire anglo-polonaise fut déchiré le 17 août devant les hôtes soviétiques de haut rang des obscurs délégués militaires français (Doumenc) et anglais (Drax), Vorochilov, commissaire du Peuple à la Guerre, et Chapochnikov, chef d’état-major général. Le général Heywood avoua « des effectifs […] dérisoires » tout en les multipliant par trois : il annonça que les Anglais mettraient six divisions sur pied en France « dans les premiers mois de guerre » alors qu’ils n’en avaient jamais promis plus d’un maximum de deux depuis 1936. Après quoi, devant Vorochilov interloqué de cet aveu partiel, « Drax, après avoir longuement toussoté, finit par présenter un argument qu’il avait déjà soumis à la délégation française pendant la [longue] traversée et qu’on l’avait supplié de ne jamais utiliser : “N’oubliez pas, dit-il, que la Pologne, si elle est seule, peut être écrasée en deux semaines…” ». « Cela voulait dire, commenta l’honnête Doumenc, que la Russie ne pourrait jamais venir à temps à l’aide de la Pologne et qu’elle se trouverait seule en face d’une armée victorieuse. »

Londres et Paris non seulement se gardèrent de le raconter à leurs opinions respectives, mais se retranchèrent derrière le veto polonais renouvelé contre l’aide de l’Armée rouge : Wehrmacht à ses portes, Varsovie entonnait à nouveau (ainsi, le 19 août) le grand refrain de Pilsudski « Avec les Allemands nous risquons de perdre notre liberté, avec les Russes, nous perdons notre âme ». Du veto de la Pologne, incontestable, ses nouveaux « alliés » se moquaient autant que, un an plus tôt, de l’avis de la Tchécoslovaquie sur son droit à l’existence, État-major français au premier chef. Quand celui-ci avait, au printemps 1935, fait semblant d’envisager une alliance avec l’URSS et esquissé en conséquence des plans de guerre (denrée disparue en 1939), il avait retenu trois hypothèses : Pologne 1° « alliée de la France contre l’Allemagne », 2° « neutre », 3° « alliée de l’Allemagne ». Seule, avait-il conclu, la troisième hypothèse avait valeur militaire, car c’est d’une Pologne ennemie, dont on n’aurait pas à requérir l’avis, qu’on utiliserait au mieux la totalité du territoire. (44)

En août 1939, le trio Daladier-Bonnet-Alexis Léger, efficacement relayé à Varsovie par le tandem Léon Noël-Félix Musse, alla même dans le sabotage de « l’alliance de la dernière chance » (Michael Carley) plus loin que les Anglais. Quand le capitaine Beaufre, envoyé là-bas en (fausse) mission le 19 pour quérir l’adhésion polonaise à une demande d’aide de l’Armée rouge, rappela à celui-ci que « les évaluations britanniques relatives à la résistance polonaise donnaient à celle-ci un délai de 15 jours au maximum avant l’effondrement complet », il provoqua l’indignation du « général Musse et [de] ses adjoints » : ceux-ci « s’élevèrent violemment contre cette appréciation portée sur la résistance polonaise, disant qu’il était absurde de sous-estimer une armée excellente, bien équipée, et dont les conceptions tactiques avaient fait de grands progrès ». La noirceur des intrigues, sur ce point et sur bien d’autres, de l’ambassadeur et de l’attaché militaire contre l’alliance tripartite ulcéra le général Doumenc, honteux du rôle que ses chefs civils et militaires lui avaient depuis juillet fait jouer à Paris puis à Moscou. (45)

big-garde strasbourgLe 23 août permit, comme prévu, d’imputer aux Soviets l’échec final, stigmate qui résiste à toutes les ouvertures d’archives et à la production scientifique consécutive. (46) Varsovie porta sa part d’un crime aussi franco-anglais que polonais, et Daladier, un de ses maîtres d’œuvre, mima devant Bullitt la fureur contre « les Polonais coupables de folie criminelle pour n’avoir pas répondu à la proposition des Russes d’une assistance active à la Pologne ». (47) Ce tapage couvrit une autre duperie de « l’opinion française dindonnée par les campagnes “idéologiques” » inépuisables de l’ère munichoise. (48) Les dirigeants français, au moment même où ils avaient ranimé la momie de l’« alliée » polonaise, avaient soutenu la tentative de « second Munich » : ils avaient en avril-mai 1939 brûlé d’enthousiasme pour la « conférence de la paix […] inspirée par Mussolini » et lancée par Pie XII via son nonce à Paris, Valerio Valeri, visant à arracher à Varsovie l’abandon de Dantzig et du corridor. L’affaire, marquée par le célèbre article de Marcel Déat Mourir pour Dantzig ? dans L’Œuvre du 4 mai, s’était enlisée vu la réticence britannique à répéter l’opération de septembre 1938. (49)

Les hérauts français des mains libres du Reich à l’Est ne renoncèrent pas pour autant à obtenir de Varsovie, comme naguère de Prague, le consentement à son propre dépècement. Lukasiewicz, roi de la germanophilie mondaine, avait été brusquement détrôné par la nouvelle étape du Drang nach Osten : il fut pendant l’été abandonné de tous, notamment par le ministre des Affaires étrangères Georges Bonnet, qui le priva de ses visites quotidiennes. (50) Les mêmes « pacifistes » recommencèrent après le 23 août, avec le surcroît d’audace qu’autorisait un paravent antisoviétique et anticommuniste inoxydable. Bonnet prit avec son imposante cohorte « pacifiste » l’initiative de « négociations » avec l’Axe sur la Pologne dont le Reich n’avait plus aucun besoin : incapable d’attaquer avec succès la Tchécoslovaquie en 1938, l’armée allemande était au 1er septembre 1939 en mesure de conquérir la Pologne sans quitus des Apaiseurs. La méthode des tractations alors repoussée par Berlin serait en revanche pratiquée pour préparer une débâcle aussi rapide et spectaculaire que celle de la Pologne, « grand port paralysé […] en 48 heures » (51), celle de la France. Les dirigeants polonais avaient certes activement œuvré à la destruction de la Pologne ; leurs anciens tuteurs, si méprisants qu’ils fussent pour « la camarilla » de Beck, feraient mieux encore au service de la Défaite française de mai (officiellement juin) 1940.

Annie Lacroix-Riz

J’explicite toutes les allusions de cette communication dans Le choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Colin, nouvelle édition 2010, De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, même éditeur, 2008, et Le Vatican, l’Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide (1914-1955), même éditeur, édition 2007 (1996). Sauf exception, elles ne sont pas paginées, vu les contraintes éditoriales.

(1) Michael Carley, 1939, the alliance that never was and the coming of World War 2, Chicago, Ivan R. Dee, 1999, p. 4, souligné dans le texte.

(2) Citation, Jean-Baptiste Duroselle, Politique étrangère de la France, la décadence 1932-1939, Paris, Le Seuil, 1983, p. 142.

(3) Renseignement cité, 12 avril, et « note sur l’évolution du problème tchécoslovaque », 10 octobre 1938, 7 N 3097, Service historique de l’armée de terre (SHAT).

(4) Renseignement EMA 2e Bureau (DB), 6 février 1936, 7 N 3186, SHAT.

(5) EMA DB Depas 177, H/19.1/8, 10 janvier 1934, 7 N 3024, SHAT.

(6) EMA DB, Depas 866, 17 juin 1935, 7 N 3024, SHAT.

(7) Note Europe, 8 mai 1935, URSS 1918-1940, 982, MAE et EMA Depas 177, H/19.1/8, 10 janvier 1934, 7 N 3024, SHAT.

(8) EMA Depas 282, 4 mars 1935, 7 N 3024, SHAT.

(9) Archives allemandes et françaises, Lacroix-Riz, Choix, p. 196-199, 225-227.

(10) Note Europe centrale de la sous-direction SDN, 30 novembre 1937, SDN 1918-1940, 2171, MAE.

(11) Les « nouvelles dettes de jeu » du fils Moscicki s’élevaient à « 200-250 000 zlotys », dépêche 12 de Léon Noël, Varsovie, 4 janvier 1936, SDN 1918-1940, 2168, MAE ; EMA DB, P/a 23863, 18 février 1936, 7 N 3024, SHAT.

(12) Dépêche 32 de Laroche, Varsovie, 30 mai 1933, et télégramme 441-442 de Léon Noël, Varsovie, 8 juin 1936, SDN 1918-1940, 2163 et 2169, MAE.

(13) Télégramme François-Poncet 2063-2065, Berlin, 18 novembre 1933, SDN 1918-1940, 2164, MAE.

(14) Télégramme Laroche 728-36, Varsovie, 18 novembre 1933, SDN 1918-1940, 2164, MAE. Sur le « journaliste » Sieburg, index Choix et Munich.

(15) « Déclaration », 26 janvier, mémorandums Gaus, Berlin, 16 et 22 janvier 1934, Documents on German Foreign Policy (DGFP), C, II, p. 364-367, 394-395 et 421-422.

(16) Dépêche 252 de Laroche, Varsovie, 28 juin 1933, SDN 1918-1940, 2163, MAE.

(17) « Il n’est pas prussien. Il n’en a pas la raideur. Il sort du peuple. “Il veut l’alliance (sic) [(sic) dans le texte] avec l’Autriche” », déclara-t-il le 24 novembre 1933 au général d’Arbonneau, l’attaché militaire français, télégramme 750-755 Laroche, Varsovie, même date, SDN 1918-1940, 2164, MAE.

(18) SDN 1918-1940, à partir du vol. 2163, Pologne, dossier général, février-octobre 1933, MAE.

(19) Télégramme 927 François-Poncet, Berlin, 16 mai 1933, SDN 1918-1940, 2163, et depuis les télégrammes 2053 du même, 16 novembre, et 746 de Laroche, Varsovie, 23 novembre 1933, SDN 1918-1940, 2164, MAE.

(20) Dépêche Beaumarchais 397, Vienne, 25 novembre 1926, Autriche 1918-1940, 77, MAE.

(21) Lacroix-Riz, Vatican, passim et index : Szepticky.

(22) Sources inépuisables depuis le télégramme Laroche 556-7, Varsovie, 16 juin 1934, SDN, 2166, MAE (tous volumes Pologne jusqu’à 2169, février-juillet 1936), et surtout lettre 575 Léon Noël à Laval, Varsovie, 13 novembre 1935, Yougoslavie 1918-1940, 138, assassinat d’Alexandre Ier, 1934-30 décembre 1935, 19 décembre 1936, MAE ; EMA DB, renseignement Depas 882 « d’un informateur compétent et généralement bien renseigné », H/25.7/9, 23 juillet 1934, 7 N 3024, rapport des attachés militaires, 1928-1929, et 1933-1939, SHAT. Marian Wojciechowski, Die Polnisch-Deutschen Beziehungen 1933-1938, Leiden, Brill-Verlag, 1971, p. 241-242.

(23) Berliner Börsenzeitung du 14 juin, « Bulletin périodique de la presse allemande » n° 438 du Quai d’Orsay (4 juin-1er juillet), 6-7 juillet 1934, F 7 13433, Allemagne 1934, Archives nationales (AN).

(24) Laval, Choix, p. 207-208 ; Beck, EMA DB, Depas 116, 19 décembre 1934, 7 N 3024, SHAT.

(25) Dépêche 937 François-Poncet, Berlin, 4 juin 1936, SDN 1918-1940, 2169, MAE.

(26) Note Europe centrale de la sous-direction SDN, 30 novembre 1937, SDN 1918-1940, 2171, MAE.

(27) Rapport Legat sur le CFA, 2 mai 1945, PJ 42, Brinon, archives de la Préfecture de police (APP).

(28) Dépêche 179 de Léon Noël, Varsovie, 8 avril 1936, SDN 1918-1940, 2169, MAE.

(29) Rapport Nac, Paris, 11 octobre 1938, SDN 1918-1940, vol. 2174, MAE.

(30) Souhaitant l’unité du bassin charbonnier et métallurgique, le futur roi industriel et financier de la Tchécoslovaquie préférait le confier à Prague, plus sûre, Segal Paul H., The French State and French private investment in Czechoslovakia, 1918-1938 : a study of economic diplomacy, New York, Garland, 1987, p. 55-67.

(31) Rapport Z1.110/Pol. d’Hoffinger, 27 août 1934, souligné dans le texte, traduction, 7 N 3024, SHAT. Sibilia, Vatican, index.

(32) EMA DB, P/a, 22124, 22141, 8, 9 juillet, et Depas 1095, 29 septembre 1935, 7 N 3024, SHAT.

(33) DGFP, D, II, p. 770-771, 849-850, 861-863, 915-918, etc.

(34) Rapport Musse 98/S, 21 septembre 1938, 7 N 3107, SHAT.

(35) Hénaff, 25e Congrès confédéral CGT, novembre 1938, p. 274.

(36) Tél. 1124 Bullitt, Paris, 26 septembre 1938, Foreign Relations of the United States (FRUS) 1938, I, p. 668-669.

(37) Dépêche 891 de l’ambassadeur Corbin, Londres, 10 octobre 1938, SDN 1918-1940, 2174, MAE.

(38) Dépêche 131 de Triat, consul de France à Poznan, 21 octobre 1938, SDN 1918-1940, 2174, MAE.

(39) Dépêche 942 d’Adrien Thierry, Bucarest, 7 décembre 1938, SDN 1918-1940, 2174, MAE.

(40) Télégramme 1282 de Léon Noël, Varsovie, 8 décembre 1938, SDN 1918-1940, 2174, MAE.

(41) RG, 17 mars, BA 1951, PRNS, 20 avril 1939, GA, T6, archives de la Préfecture de police (APP).

(42) Lettre confidentielle et personnelle à Daladier, Saint André de Mareuil sur Lay (Vendée), 6 septembre 1939, 5 N 581, SHAT.

(43) Dépêche 2309 de Palasse, Moscou, 5 juillet 1939, et article traduit, 7 N 3123, SHAT.

(44) « Note sur l’appui qui pourrait éventuellement être demandé à l’URSS » jointe à la lettre 485 2/RMA de Maurin à Laval, 8 avril 1935, URSS 1930-1940, 928, MAE.

(45) Rapport Doumenc (citations comprises), 7 N 3185, SHAT. Détails, Choix, p. 495-503, et Munich, p. 159-168 (archives françaises et britanniques).

(46) Geoffrey Roberts, The unholy alliance : Stalin’s pact with Hitler, Londres, Tauris, 1989 ; The Soviet Union and the origins of the Second World War. Russo-German relations and the road to war, 1933-1941, New York, Saint Martin’s Press, 1995 ; Michael Carley, 1939 ; Lacroix-Riz, Choix et Munich.

(47) Entretien avec Daladier et Léger, tél. 1543 Bullitt, Paris, 22 août, FRUS, 1939, I, p. 301-304.

(48) Note État-major, anonyme, 15 septembre 1938, N 579, SHAT.

(49) Tél. 897 Bullitt, Paris, 28 avril, FRUS, 1939, I, p. 179-182, depuis le 4 mai 1939, DBFP, 3, 5, p. 411 sq., Vatican, p. 382-384 (et Choix et Munich).

(50) Rapport Guariglia, Paris, 12 juillet 1939, Documenti Diplomatici italiani, 8e série, XII, p. 413-414.

(51) Stachiewicz à Musse, 2 ou 3 septembre 1939, cité au procès Pétain, 31 juillet 1945, F1 a 3310, AN.

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Histoire
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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 10:31

 

Au Mexique, dans l’État de Guerrero (Sud), une action politique d'étudiants des Écoles normales rurales* s'est soldée par une terrible et barbare répression dans la ville d'Iguala. Des policiers municipaux ont d'abord ouvert le feu sur un bus dont s'étaient emparés les militant-e-s, tuant plusieurs d'entre eux/elles. Ensuite de quoi, quelques 43 étudiant-e-s ont purement et simplement disparu... avant de réapparaître, pour plusieurs dizaines, sauvagement assassiné-e-s et enfouis dans des fosses communes. Comme une grande partie du Mexique, l’État de Guerrero est à la fois aux mains de gouvernants corrompus et un fief du crime organisé, les terribles cartels qui sèment la terreur dans tout le pays depuis de nombreuses années. Il avait déjà été le théâtre d'une violente répression anti-étudiante en 1960 ; il est également connu pour être l'un des théâtres d'opération de l'Armée populaire révolutionnaire (EPR) ainsi que de l'Armée révolutionnaire du Peuple insurgé (ERPI, scission de la première sur une vision - dit-on - plus "horizontaliste"/"basiste" de l'organisation et de la société à construire, ce qui en ferait finalement nos "préférés" : ils ont entendu et répondu aux bonnes questions soulevées par le zapatisme sans pour autant jeter le marxisme aux orties- l'ERPI a par ailleurs annoncé la création d'une "brigade punitive" contre les personnes et les intérêts du cartel des Guerreros Unidos, en réponse au massacre d'Iguala).

La disparition de 43 étudiants provoque la colère des Mexicains

10170834 876642719014871 45657632461819550 nLes recherches se poursuivaient, vendredi 3 octobre, dans l'Etat de Guerrero, dans l'ouest du Mexique, une semaine après la disparition de quarante-trois étudiants dans la ville d'Iguala, à la suite de violents affrontements avec la police, qui ont fait six morts. La veille, dix mille personnes manifestaient dans la région pour dénoncer les dérives sécuritaires et mafieuses des autorités, alors que le pays célébrait le 46e anniversaire d'un massacre d'étudiants à Mexico.

« Nous les voulons vivants ! », scandaient les manifestants dans les rues de Chilpancingo, capitale du Guerrero, en solidarité avec les parents des jeunes disparus vendredi 26 septembre. Ce jour-là, les étudiants d'une Ecole normale manifestaient à Iguala contre la réforme de l'enseignement. Les bus de transport public qu'ils avaient confisqués dans la soirée ont été pris pour cible par des policiers municipaux. Bilan : trois morts et vingt-cinq blessés. Les agents ont aussi attaqué un bus transportant les joueurs d'une équipe de football locale et un taxi, faisant trois victimes supplémentaires. Des témoins assurent avoir vu des dizaines de manifestants se faire emmener par la police municipale.

Depuis, vingt-deux policiers ont été arrêtés, et quatorze des cinquante-sept portés disparus sont réapparus. Les autres restent introuvables. Jeudi, les manifestants ont bloqué l'autoroute qui mène à la station balnéaire d'Acapulco, sur la côte pacifique. La circulation a été rétablie après l'annonce d'une rencontre, vendredi 3 octobre, avec le ministre de l'intérieur, Miguel Angel Osorio Chong.

LES POLICIERS SUSPECTÉS D'ÊTRE LIÉS AU CRIME ORGANISÉ

« Tout est mis en œuvre pour trouver les disparus », assure le gouverneur du Guerrero, Angel Aguirre, qui offre un million de pesos (59 000 euros) pour toute information permettant de les retrouver. Menées par la police et par l'armée, les recherches mobilisent aussi plus de dix-huit cents fonctionnaires locaux. Mais des soupçons sur les liens entre les policiers impliqués dans ces disparitions et le crime organisé font planer un climat d'angoisse au sein de la population. Des inquiétudes attisées par la fuite, mercredi 1er octobre, du maire d'Iguala, Jose Luis Albarca, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt.

« La population est en colère face aux nombreuses violations des droits humains par les autorités, qui ravivent les vieux démons d'un passé autoritaire, marqué par le massacre de Tlatelolco », explique Sergio Barcena, politologue à l'Institut technologique de Monterrey. Le 2 octobre 1968, à Mexico, des militaires ouvraient le feu sur des milliers d'étudiants qui protestaient contre le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui a gouverné le pays sans partage soixante et onze durant, jusqu'en 2000. Quarante-six ans plus tard, l'omerta règne toujours sur les circonstances d'une répression qui aurait fait cent cinquante à trois cents morts, selon des enquêtes indépendantes.

« Aujourd'hui, l'Etat central n'est plus aussi autoritaire, souligne M. Barcena. Mais les gouvernements locaux gardent une culture de répression et de corruption, accentuée par l'infiltration des institutions locales par les cartels de la drogue. » D'autant qu'une autre affaire provoque la colère des Mexicains. Le 1er octobre, trois militaires ont été accusés d'avoir assassiné de sang froid vingt-deux délinquants présumés, le 30 juin à Tlalaya, dans l'Etat de Mexico. Cinq autres soldats ont été arrêtés, après un témoignage contredisant l'affirmation précédente de l'armée selon laquelle les victimes avaient trouvé la mort dans un affrontement avec des soldats.

HAUSSE DES DISPARITIONS

Le 29 septembre, la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) a exprimé sa préoccupation face à « de possibles exécutions extrajudiciaires » à Tlatlaya et à Iguala. Sans compter les dénonciations des organisations non gouvernementales Human Right Watch (HRW) et Amnesty International (AI), de la hausse ces dernières années des actes de torture et des disparitions forcées.

Ces abus relancent la polémique sur le recours à l'armée, accusée de mettre le feu aux poudres, dans la lutte contre le narcotrafic. Le président Enrique Peña Nieto, dont l'élection en juillet 2012 a marqué le retour du PRI au pouvoir, ne parvient pas à mettre fin aux assassinats liés à la guerre des cartels de la drogue, entre eux et contre le gouvernement, qui s'élèvent à six mille depuis janvier, selon le quotidien Milenio, soit plus de quatre-vingt mille morts depuis sept ans et demi. « La protection des droits humains doit être une pratique systématique dans l'exercice de l'autorité », a promis, le 1er octobre, M. Peña Nieto. Le temps presse pour retrouver les disparus d'Iguala. Sinon la politique sécuritaire du gouvernement risque d'être décrédibilisée.

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Finalement donc, comme nous l'avons dit, les disparu-e-s ont été retrouvé-e-s... sauvagement assassiné-e-s :

Mexique : deux criminels avouent avoir tué 17 étudiants

Quarante-trois étudiants avaient disparu fin septembre à Iguala. Des fosses contenant 28 corps ont été découvertes samedi ; des analyses ADN viendront dire si certains des étudiants disparus en font partie.

Le doute sur le sort des 43 étudiants mexicains disparus le 29 septembre à Iguala s’est dramatiquement réduit dimanche soir : deux membres présumés d’un gang criminel ont avoué avoir tué 17 d’entre eux, a annoncé un procureur régional. Iñaky Blanco, procureur de l’Etat du Guerrero, a également annoncé lors d’une conférence de presse que 28 corps avaient été retrouvés jusqu’à présent près de la ville d’Iguala. Mais il faudra au moins deux semaines pour établir avec certitude qu’il y a parmi ces cadavres certains des étudiants disparus, a-t-il dit.

Les 43 jeunes portés disparus depuis 10 jours sont des élèves de l’école normale d’Atzoyinapa, proche de Chilpancingo, capitale de l’Etat de Guerrero, connue pour être un foyer de contestation. Ces étudiants étaient venus le 26 septembre avec des dizaines d’autres du même établissement à Iguala, à 100 km environ de leur école pour, selon leurs dires, récolter des fonds et manifester. Ils s’étaient ensuite emparé de trois autobus des transports publics locaux pour rentrer chez eux.

Des policiers municipaux et des hommes armés non identifiés avaient tiré sur ces autobus, faisant trois morts, et d’autres fusillades dans la soirée avaient fait trois autres morts. Puis on est resté sans nouvelles de 43 étudiants. Des témoins ont assuré avoir vu des dizaines d’étudiants être emmenés peu après dans des voitures de police vers une destination inconnue.

Le directeur de la sécurité publique et le maire en fuite

Le procureur Blanco a annoncé que deux présumés criminels du groupe Guerreros Unidos - sur la trentaine de personnes arrêtées dans cette affaire - «ont indiqué avoir participé directement au meurtre d’étudiants». Les tueurs ont fait descendre les étudiants d’un autobus, «se sont emparé de 17 d’entre eux pour les transférer vers les hauteurs d’une colline de Pueblo Viejo (commune d’Iguala) où ils ont des fosses clandestines et où ils disent les avoir abattus», a déclaré le procureur.

Les deux détenus ont assuré que l’ordre de venir sur les lieux où se trouvaient les étudiants avait été donné par le directeur de la sécurité publique d’Iguala. L’ordre de les capturer et de les assassiner aurait été donné par un des dirigeants des Guerreros Unidos, surnommé «El Chucky». Tant le directeur de la sécurité publique que le maire d’Iguala, Jose Luis Albarca, ont pris la fuite après les fusillades. Ils sont actuellement recherchés par la justice.

Dans ces fosses découvertes samedi, les autorités ont exhumé jusqu’à présent «28 corps au total, certains complets, d’autres fragmentés et présentant des signes de calcination», a aussi dit le procureur. «Dans les fosses localisées à Pueblo Viejo, a été mise en place une couche de branches et des troncs sur lesquels ont été placés les corps des victimes, qu’il ont arrosé d’une substance inflammable, du diesel, de l’essence ou du pétrole», a-t-il détaillé.

Un des pires massacres au Mexique

dt.common.streams.StreamServer.clsIñaky Blanco a demandé que l’on attende les résultats des tests génétiques pour confirmer qu’il y a parmi eux certains des étudiants disparus. Des spécialistes argentins, dirigés par l’anthropologue et légiste Mercedes Loreti, vont participer aux travaux d’identification des cadavres. Des représentants des étudiants de l’école normale ont accepté de participer aux travaux.

Dans la journée de dimanche un avocat des familles, Vidulfo Rosales, avait indiqué que 35 parents des victimes avaient déjà fourni des échantillons d’ADN. Mais ce travail risque de durer : «Les spécialistes en la matière considèrent que le processus pour déterminer l’identité des restes va osciller entre 15 jours et deux mois», a souligné le procureur.

Tandis que les familles attendaient des nouvelles dans l’angoisse, des centaines de collègues des élèves-enseignants ont bloqué l’autoroute menant de Chilpancingo à Acapulco, exprimant leur colère à l’intention des autorités. Le gouverneur de Guerrero, Angel Aguirre, a lancé un appel au calme et à «éviter la violence».

S’il se confirmait que les corps trouvés sont ceux des étudiants disparus, il s’agirait de l’un des pires massacres au Mexique depuis le début de la guerre lancée en 2006 contre les narcotrafiquants et qui a fait plus de 80 000 morts.

AFP

Lire aussi :

MEXIQUE. Une fosse commune à l'endroit où 43 étudiants ont disparu

Ou encore l'article (en castillan) d'une organisation marxiste-léniniste du Panama :
http://nuevademocraciapanama.blogspot.fr/2014/10/mexico-matanza-de-57-estudiantes.html

En français, l'article du site "zapatiste" Basta ! offre une bonne présentation militante des faits :

Mexique - "Y el señor andaba bailando" : la nuit d'Iguala

par Fausto Giudice, 7/10/2014

Un maire mafieux, complice d'un gouverneur d'État mafieux, couvert par un Président mafieux, donne l'ordre à ses hommes de tuer puis va danser, pendant que les tueurs agissent dans la nuit, tuant, blessant, kidnappant des jeunes étudiants en lutte, mais aussi des passants, des footballeurs, des passagers de taxi, bref tout ce se trouve sur le parcours de leurs projectiles. Bilan provisoire de l'horreur qui vient d'ensanglanter la ville d'Iguala de la Independencia : 49 morts, 17 blessés, 22 policiers municipaux détenus, un maire en fuite, recherché par Interpol, et un pays tétanisé par ce nouvel épisode la chronique noire d'une plongée dans l'abîme. Retour sur les événements de la nuit d'Iguala.

D'abord un peu d'histoire et de géographie.

Les scènes se passent dans l'État du Guerrero, dans le sud du Mexique, nommé d'après Vicente Guerrero, le 2ème président éphémère (8 mois) du Mexique indépendant au destin tragique : venu au pouvoir par un coup d'État, il fut destitué par un autre coup d'État et capturé puis fusillé par un acte de traîtrise (une invitation à déjeuner) préfigurant un acte similaire qui provoquera la mort, presque un siècle plus tard, d'Emiliano Zapata. Le Guerrero, connu à l'étranger pour son haut lieu de cauchemar climatisé touristique d'Acapulco – une Babylone du Pacifique – est à l'image du reste du Mexique : livré à la prédation sauvage de la part d'un conglomérat de groupes criminels – narco-gangs, partis politiques, policiers pourris, bureaucrates corrompus, entrepreneurs mafieux, élus par achat de votes - collaborant tous entre eux. Ce pauvre Mexique, "si loin de Dieu et si proche des USA", est aujourd'hui réduit à l'état d'une Colombie où les frontières entre "politique" et "parapolitique" (terme colombien désignant les représentants parlementaires des groupes paramilitaires auxquels l'armée et la police sous-traitent le "sale travail") se sont effacées, et connaît une très forte conflictualité sociale. Les conflits qu'il vit portent sur des thèmes universels : la terre, l'eau, l'éducation, la santé, bref la défense des communs contre la prédation qui, au nom du marché, détruit le cadre de vie et les conditions mêmes de survie de la population. Une des batailles les plus spectaculaires qui se livre depuis des années concerne l'éducation. Dans ce domaine comme dans d'autres (la structure agraire) les régimes qui se sont succédé au Mexique depuis 20 ans ont tous poursuivi le plan visant à démanteler les acquis de la Révolution mexicaine de 1910, autrement dit l'éducation libre et gratuite pour tous. 

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Une des structures les plus importantes issues de la Révolution sont les écoles normales rurales, qui forment les instituteurs ruraux, généralement eux-mêmes issus de milieux paysans et indiens (les Mexicains disent "indigènes"). Vivant en internat, les normaliens alternent formation théorique et pratique, passant la quatrième année de leur cursus comme instituteurs-stagiaires dans une école primaire rurale. Le gouvernement d'Enrique Peña Nieto veut tout simplement les liquider comme "résidu anachronique", arguant que désormais on n'en a plus besoin. Cela entraînerait tout bonnement la disparition de l'école de base dans toutes les zones rurales abandonnées par l'État. Les normaliens font donc de la résistance depuis plusieurs années, payant un lourd tribut : 2200 d'entre eux ont été arrêtés depuis 2000.

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Les luttes des normaliens sont des luttes de survie, donc violentes. Les lieux et objets emblématiques de ces luttes sont les autobus, les péages d'autoroutes et les boîtes en fer blanc. Explications : les normaliens ont en permanence la fringale et le ventre vide, vu que le gouvernement leur coupe les vivres. Ils sont obligés de financer eux-mêmes leurs déplacements entre les écoles où ils sont internés, leur lieu d'origine et les localités où ils font leurs stages. Ils récupèrent donc des autobus privés ou publics, occupent – "libèrent" - des péages d'autoroutes, dont ils demandent aux préposés de dégager et démontent les caméras de surveillance et organisent des "coperachas", des collectes d'argent, parfois un peu trop insistantes, ce qui déclenche parfois des bagarres généralisées, par exemple avec les chauffeurs de taxis collectifs, de bus ou de camions qui s'insurgent contre ce "racket". Les malheureux chauffeurs ont des circonstances atténuantes : ils sont déjà soumis aux exigences de "mordida" (orig. morsure), le bakchich traditionnel prélevé sous tout prétexte par les policiers, et au racket des gangs criminels. Mais le plupart des gens sollicités acceptent sans problèmes de mettre un petit billet dans les boîtes de conserves tendues par les normaliens en lutte, qui pourraient être leurs enfants ou leurs petits frères.

Venons-en à Iguala de la Independencia. C'est une ville de 120 000 habitants, à mi-chemin de Mexico et d'Acapulco. Elle est entrée dans l'histoire puisque c'est là que fut signé et proclamé le Plan d'Iguala, déclaration d'indépendance du Mexique, fruit d'un accord entre Iturbide, le monarchiste qui se voulait empereur, et Guerrero le libéral, républicain et franc-maçon. Et c'est à Iguala, en ce même jour historique du 24 février 1821, que le tailleur et coiffeur José Magdaleno Ocampo inventa le drapeau mexicain. Jamais depuis la conquête espagnole Iguala n'avait si peu mérité son nom originel en langue nahuatl (la langue des Aztèques) de yohualcehuatl, qui signifie "là où la nuit apporte la sérénité".

Ce qu'a apporté la nuit du vendredi 26 au samedi 27 septembre 2014, à Iguala, a été tout le contraire de la sérénité. Dans l'après-midi, les normaliens en lutte de l'École normale rurale Raúl Isidro Burgos d'Ayotzinapa, à 126 km de là, étaient arrivés en ville pour collecter de l'argent afin de financer leur déplacement collectif vers la capitale, pour y participer à la grande manifestation prévue le jeudi 2 octobre, en commémoration du massacre de Tlatelolco. Le 2 octobre 1968, plusieurs centaines d'étudiants en lutte de la capitale avaient été massacrés par des snipers des escadrons de la mort sur la Place des Trois-Cultures. Ce traumatisme n'a jamais été guéri, le crime étant resté impuni à ce jour, 46 ans plus tard. Symbole de la criminalité du pouvoir en place, Tlateloco déclenche une prise de conscience qui conduit certains militants étudiants à rejoindre la voie de la lutte armée, dans laquelle divers militants se sont engagés durant les années 1960. Parmi eux Lucio Cabañas et Genaro Vázquez, étudiants de cette même école d'Ayotzinapa. Lucio fonda le Parti des Pauvres et tomba au combat le 2 décembre 1974, âgé de 36 ans. Genaro, plus âgé que lui (il avait 7 ans de plus) et avec une déjà longue expérience de lutte syndicale, passa à la lutte armée en 1968, après avoir été libéré de prison par ses camarades, créant l'Asociación Cívica Nacional Revolucionaria (ACNR). Il est mort le 2 février 1972 à Morelia, dans des circonstances restées mystérieuses à ce jour : il semble qu'il ait été laissé mourir par les militaires qui avaient découvert son identité suite à un accident de voiture dans lequel il avait été gravement blessé.

Cabañas et Vázquez sont considérés comme des héros, au même titre que Che Guevara ou Emiliano Zapata, par les normaliens en lutte d'aujourd'hui. Ce vendredi-là, les normaliens se retrouvent en plein Iguala face aux policiers municipaux accompagnés de tueurs du gang criminel Guerreros Unidos, sous les yeux de militaires et de policiers fédéraux complices, qui laisseront faire. Les tueurs attaquent et tirent. Les normaliens se dispersent, les tueurs les poursuivent. Bilan de la nuit : 6 morts, 17 blessés graves et une soixantaine de normaliens disparus, c'est-à-dire kidnappés par les escadrons de la mort. La réaction de toute la société mexicaine est un mélange d'indignation et de résignation rageuse. Tout le monde se met à enquêter : la "justice" – le procureur ordonne l'arrestation de 22 policiers municipaux -, les citoyens, les médias. Quelques jours plus tard une douzaine de kidnappés réapparaissent, vivants. On vient de retrouver les corps des 43 autres, brûlés, dans 6 fosses communes.

Les travailleurs de l'Ecole normale d'Ayotzinapa exigent :
-le châtiment des assassins de normaliens
-la destitution des fonctionnaires complices
Ayotzinapa unie jamais ne sera vaincue

Entretemps, les normaliens ont participé activement et en masse au grand rassemblement du 2 octobre sur le Zócalo de Mexico en commémoration de Tlatelolco.

Zócalo, 2 octobre. Photos Argelia Zacatzi Pérez mezcali

Les normaliens exigent de revoir en vie leurs camarades disparus

Por mi raza hablará el espíritu (« pour ma race parlera l'esprit »), la devise de l'Université nationale autonome du Mexique forgée par l'écrivain José Vasconcelos qui en fut le recteur de 1920 à 1921. La « race » fait référence à la « race cosmique » décrite par Vasconcelos, celle issue, en Amérique latine, du métissage de deux cultures (européenne et amérindienne). Elle n'a rien à voir avec le "concept" européen de "race"

Pour demain mercredi 8 octobre, est prévue au même endroit une grande manifestation contre la boucherie d'Iguala, qui s'ajoute à la longue liste qui va de Tlateloclo à Acteal en passant par Aguas Blancas en 1995 et le massacre d'étudiants dit du Jour de Corpus Christi, le 10 juin 1971, effectué par le groupe clandestin des Halcones, les "faucons" formés par la CIA, crime pour lequel le président d'alors, Luis Echeverría Álvarez, inculpé en 2005, a bénéficié d'un non-lieu pour "absences de preuves" en 2009. Faudra-t-il attendre l'an 2048 pour que des poursuites soient engagées contre le président Enrique Peña Nieto, auquel les deux premiers responsables du massacre d'Iguala sont étroitement liés ?

Ces deux hommes sont :

- Le maire d'Iguala, actuellement "en fuite" et recherché par Interpol : après avoir donné l'ordre à ses sbires de tirer sur les normaliens, dans la soirée, il est allé danser. "Y el señor andaba bailando", commentait une présentarice de télévision. L'homme a le profil classique du "parapolitique" mexicain du XXIème siècle. José Luis Abarca Velázquez a commencé comme marchands de sombreros sur les marchés, puis s'est retrouvé à la tête de grands supermarchés et d'autres entreprises lucratives. L'explication du mystère de son enrichissement est simple : c'est un blanchisseur d'argent du crime organisé. Avec cet argent, il a pu s'acheter un poste de maire après s'être acheté une place au PRD, le parti de la "Révolution démocratique", qui mérite ses guillemets car il n'est qu'un PRI bis, c'est-à-dire, une machine mafieuse de pouvoir (remarque en passant : les 2 partis sont membres de l'Internationale socialiste, lisez ceci si vous cherchez encore de bonnes raisons de vous foutre en colère. Mais bon, l'IS a quand même attendu le 17 janvier 2011 pour exclure le RCD du dictateur tunisien Ben Ali, trois jours après sa chute et sa fuite, et le 31 janvier 2011 pour exclure le PND de Moubarak, 12 jours avant la chute de celui-ci). Le PRD a bien sûr exclu Abarca de ses rangs… il y a deux jours, ce qui fait rire jaune les Mexicains. Je vous mets sa photo, au cas où vous le croiseriez, Interpol vous donnera une récompense. Sa page existe toujours sur Facebook, où son dernier post, en date du 29 septembre, souhaite un bon dimanche à ses administrés. Vous pouvez écrire à Mark Zuckerberg pour lui demander de supprimer cette page, puisque c'est celle d'un criminel recherché par Interpol…

- Le gouverneur du Guerrero, Ángel Aguirre Rivero, lui aussi, bien sûr "militant" du PRD et élu en 2011. Lui aussi lié aux Guerreros Unidos, le gang local de narcotueurs, il a pratiqué les retours d'ascenseur avec Abarca, ce qui est normal puisqu'ils mangeaient au même râtelier. Voici deux photos du bonhomme: la première, photoshopée, de sa campagne électorale de 2011 et la seconde, qui le montre sous son vrai visage. Notez l'impudence du candidat, qui a carrément utilisé comme message de sa campagne le subliminal "Unidos transformaremos Guerrrero" (Unis nous transformerons Guerrero), qui évoquait immédiatement ses narcocriminels d'amis, protecteurs et financeurs, les Guerreros Unidos.

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Nous avons déjà eu l'occasion de caractériser - dans cet article d'août 2013 - le phénomène latino-américain des cartels (crime organisé) comme une expression, au même titre que les islamistes dans les pays musulmans, du "capitalisme d'en bas" qui émerge de manière informelle et spontanée des entrailles de la "société civile" face au "capitalisme d'en haut", celui que l'impérialisme perçoit comme "normal" et impulse à travers une bourgeoisie bureaucratique-compradore à sa solde. Une expression particulièrement visible et violente (du fait du caractère illégal de la marchandise qu'elle manie) de ce capitalisme "spontané" "d'en bas" qui, contrairement au capitalisme bureaucratique-comprador "d'en haut", ne va pas permettre au surproduit (plus-value "sur-accaparée") de "remonter" correctement jusqu'aux monopoles impérialistes - qui le combattent donc en conséquence, dans leur perspective de domination totale des économies du "Sud" (comme l'explique doctement  au sujet du Mexique cet expert en renseignement, spécialiste du crime organisé : "le pays a besoin d’investisseurs étrangers et ceux-ci risquent d’y regarder à deux fois si la corruption et l’insécurité sont galopantes"...).

Mais nous avions également expliqué - et nous en avons maintenant la terrible illustration - que ces forces expression du "capitalisme d'en bas" n'étaient nullement "subversives" et encore moins "progressistes" : elles se caractérisent généralement par une grande barbarie dans leurs pratiques quotidiennes et dès que le vent de la révolte populaire se lève, elles ont systématiquement tendance à "faire bloc" avec la classe dominante "d'en haut" pour l'écraser. Cela ne date pas d'hier : il suffit de penser au rôle des fameuses triades dans la répression-massacre des communistes en Chine, en 1927.

Au Mexique cette collusion est totale, certains groupes armés des cartels étant même directement issus des forces armées contre-révolutionnaires de l’État, comme les tristement célèbres Zetas.

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Il faut bien avoir à l'esprit un certain nombre de choses :

- Le Mexique partage plus de 3.000 km de frontière avec la première puissance impérialiste mondiale, les États-Unis ; une frontière qui en bien des endroits n'a plus grand chose à envier au fameux et défunt Rideau de Fer (dont les anticommunistes nous ont rebattu les oreilles pendant 40 ans...) ou au mur de séparation des territoires occupés en Palestine ; gardée d'ailleurs (du côté US) par de féroces patrouilles policières militarisées et de sinistres milices racistes (les Minutemen) qui ont sans doute déjà assassiné des milliers de personnes (lire ici, ici et ici ; on rappellera aussi qu'au Nord de cette frontière se trouve... la moitié de l'ancien territoire mexicain, annexé en 1848 après deux ans de guerre sanguinaire puis colonisé). Il s'agit donc d'une ligne de front directe entre "Nord" et "Sud", entre le monde impérialiste et le monde semi-colonisé, comme il y en a peu à travers le monde (la Palestine en est une autre, ou encore les enclaves "espagnoles" de Ceuta et Melilla au Maroc). C'est là tout le sens de ce que proclamait déjà, à la fin du 19e siècle, le président-dictateur Porfirio Díaz lui-même : "Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des États-Unis !". Cette ligne de front ne se traduit pas (pour le moment) par une lutte armée entre les deux bords, mais par la puissance des flux dans un sens comme dans l'autre : la force de travail (migrants) et la marchandise vont du Mexique vers les États-Unis (dont cette marchandise illégale et ultra-lucrative que sont les stupéfiants) tandis que le capital, les dollars redescendent dans le sens inverse - investis dans des entreprises à bas coût de main d’œuvre installées près de la frontière (les maquiladoras) ou dans les poches des touristes qui viennent les claquer à cœur-joie, y compris dans des "commerces" aussi sordides que la prostitution (l'ultra-violence qui règne depuis une dizaine d'années a cependant "refroidi" les moins téméraires). Tous ces facteurs donnent à l'économie "souterraine" du Mexique des caractéristiques très particulières (notamment le fait que certaines organisations criminelles sont... plus riches que bien des administrations locales, voire des États fédérés !) et débouchent sur des pratiques de guerre contre le peuple absolument effroyables, comme ces disparitions de centaines de femmes (salariées des maquiladoras sans doute en quête d'un "passage" vers le Nord et/ou plus ou moins acculées à la prostitution) dans la région de Ciudad Juárez. Ces flux gigantesques de capitaux descendant du Nord et de marchandises (ou de force de travail) en provenance du Sud forment en fait un gigantesque "gâteau" que des dizaines de centres de pouvoir concurrents cherchent à se partager (il faut bien comprendre que la drogue - aux côtés du jeu, de la prostitution ou encore du "passage" d'immigrants - est une base d'accumulation permettant de se constituer très vite un énorme capital, mais qu'ensuite les investissements se font dans toutes sortes d'activités économiques y compris tout à fait légales). La violence atteint un degré de barbarie sans nom, avec de macabres mises en scènes des victimes qu'il serait insoutenable de montrer ici (on peut voir ici la photo d'un des étudiants retrouvés mais vous n'êtes pas obligés de cliquer sur le lien - cette pratique de l'arrachement du visage est courante chez les cartels, trouvant peut-être son origine dans l'ancien culte nahua de Xipe Totec). Plus on s'approche de la frontière avec les États-Unis plus le phénomène est fort, mais c'est tout le territoire qui est concerné.

iguala father- C'est un État très décentralisé (fédéral selon sa constitution) avec des pouvoirs locaux très puissants et autonomes, qui ne sont pas de simples rouages de l’État central. Ce n'est pas que nous (affreux "régionalistes" occitans que nous sommes) soyons de grands défenseurs de la centralisation étatique ; mais c'est un constat de fait : les pays dominés, les États semi-coloniaux d'une certaine taille se caractérisent TOUJOURS par cette importance des pouvoirs et des potentats locaux. C'est même ce qui permet de distinguer un pays semi-colonisé "émergent" (à forte croissance) comme le Mexique, le Brésil ou l'Inde d'un nouvel impérialisme comme la Chine (où l’État central est très fort). Un État qui devient impérialiste passe toujours par une phase de centralisation autoritaire (y compris les États-Unis fédéraux après la Guerre de Sécession). C'est absolument logique : un État faible livre littéralement en pâture ses forces productives aux capitalismes plus puissants. Au Mexique, donc, ces pouvoirs locaux forment véritablement ce que les communistes turcs appelleraient "l’État profond" : des régimes despotiques, clientélistes, répressifs brutaux et corrompus, alors que l’État central essaye  - depuis une vingtaine d'années du moins - d'assumer une certaine "respectabilité" internationale. C'est surtout contre eux que les grands soulèvements populaires des 10 dernières années ont éclaté, comme par exemple la "Commune de Oaxaca" contre le corrompu et tyrannique gouverneur Ulises Ruiz (1-2-3-4). C'est encore le cas aujourd'hui dans le Guerrero. Et ces pouvoirs locaux n'hésitent que rarement à pactiser avec les tout-puissants cartels, forces susceptibles de commander au comportement social (donc à la loyauté envers le pouvoir en place) de centaines de milliers de personnes auxquelles elles inspirent soient le respect, soit la terreur soit un peu des deux...

- Du fait même de l'illégalité de leurs activités, les contacts entre les cartels et les forces de sécurité de l’État sont de toute façon permanents. Les premiers ont systématiquement affaire aux secondes, qui sont en principe chargées de les mettre hors d'état de nuire. Alors on s'affronte, affrontements qui ont fait plus de 80.000 morts depuis 2006 ; mais on s'arrange aussi... L’État est parfois prêt à "fermer les yeux" sur certaines choses, à laisser se faire tranquillement certaines "affaires" en échange de quelques "menus services". Et notamment des "services" consistant à l'aider à "tenir" ces foutues masses populaires dans un pays considéré comme l'un des plus inégalitaires au monde, où les revenus moyens de 10% les plus pauvres sont de l'ordre de 20 fois inférieurs à ceux des 10% les plus riches... 10% les plus riches dont font évidemment partie les capos des cartels ! Ainsi, petit à petit, le "jeu" du gendarme et du voleur s'est mué en une interpénétration totale et profonde entre l’État et le crime organisé ; jusqu'au point où - comme on l'a vu - des policiers et des militaires à la retraite (ou éventuellement radiés pour corruption) passent directement au service de ce dernier, quand ils ne sont pas carrément flics le jour et sicarios (hommes de main, tueurs sur contrat, chargés d'enlèvements contre rançon etc.) la nuit !

C'est donc un ennemi protéiforme qu'affrontent les masses et notamment la JEUNESSE populaire du Mexique, en lutte contre le "néolibéralisme" qui est le nom donné là-bas à l'ordre semi-colonial semi-féodal dans la forme très dure qu'il a pris depuis une trentaine d'années. Protéiforme mais formant néanmoins un tout indivisible, malgré la violence (apparente) des affrontements qui peuvent "opposer" l'aile étatique centrale à l'aile mafieuse liée aux pouvoirs locaux. La violence criminelle pourrait bien, par exemple, servir un jour de prétexte (c'est d'ailleurs déjà un peu le cas) à un état d'exception militarisé qui ferait tout sauf les affaires des progressistes... Dans cette situation, au demeurant, une partie des forces mafieuses serait peut-être éliminée mais une autre trouverait très certainement un modus vivendi avec le pouvoir, comme cela a pu se passer en Russie avec Poutine (ou dans le Sud italien sous Mussolini).

L'ennemi des masses et de la jeunesse du Mexique, c'est le système semi-colonial semi-féodal mis en place par l'impérialisme (principalement US) à son service ; un système qui doit être balayé par la Guerre du Peuple.

Ce jour-là les assassins mafieux et fascistes verront s'abattre sur eux le bras du juste châtiment ; et ce seront leurs cadavres qui pourriront suspendus aux branches des belombras !

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* Créées après la "révolution" (modernisation bourgeoise radicale sous pression populaire) des années 1910, les ENR accueillent de manière relativement démocratique les jeunes de milieu populaire des campagnes pour devenir instituteurs. Elles font l'objet (depuis une quinzaine d'années environ) d'une offensive du gouvernement mexicain pour les priver de moyens et (à terme) les liquider - le président actuel, Enrique Peña Nieto, a parlé de "résidus anachroniques" à leur sujet. Leurs enseignants et étudiants sont donc en résistance depuis de nombreuses années et ont déjà payé un lourd tribut : on parle de plus de 2.200 arrestations depuis l'an 2000.
 
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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 17:24

harcelée par l'État français pour son combat quotidien d'affirmation progressiste du Peuple occitan :

http://comitat-libertat-tor.blogspot.fr/

tract-a5-repression17oct_verso.jpgtract-a5-repression17oct recto

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 12:03

 

kurd2Après avoir évoqué la mort tragique d'Hervé Gourdel aux mains d'émules algériens du sinistre Daesh, et rappelé quel "phare" de la Révolution mondiale devait être - pour tout maoïste et même tout marxiste - la Guerre populaire en Inde, il nous faut maintenant parler de ce qui n'est peut-être pas encore un "phare" mais très certainement une lueur d'espoir dans la nuit d'horreur qui s'est abattue sur le Proche et le Moyen Orient : la résistance héroïque du Peuple kurde qui, notamment en Syrie mais aussi en "Turquie" et en Irak, combat aussi bien les régimes bureaucratiques-compradores à la solde de l'impérialisme (impérialisme occidental comme l’État turc ou bloc russo-chinois comme le régime Assad, peu importe !) que le nouveau monstre du clair-obscur du djihadisme ("État islamique"/Daesh, Front al-Nosra etc.), jailli des entrailles putrescentes de cet état de fait impérialiste.

Telle est en effet la réalité des choses : l'impérialisme, la concurrence (entre puissances) en son sein et les monstres qu'il engendre (de fait, les expressions armées de concentrations capitalistes locales qui n'acceptent plus la tutelle du "Nord") parsèment la planète de conflits sanguinaires, mais dans tous ces conflits ou presque existent des forces positives auxquelles les communistes se doivent d'apporter leur soutien. Au Proche et Moyen Orient, la résistance et surtout (bien entendu) la résistance PROGRESSISTE des Kurdes (PKK, PYD) en fait partie.

Nous l'avions déjà évoquée il y a quelque mois en traduisant un article maoïste états-unien qui y voyait l'embryon d'une Guerre populaire locale - en Syrie du moins, car en Irak les peshmergas luttent non moins héroïquement mais sous l'autorité d'un Kurdistan "autonome" (depuis 1992) totalement bourgeois et lié à l'impérialisme occidental (c'est même son "meilleur élève" dans la région).

kurd820Dans la région de l’État syrien appelée Rojava (ce qui signifie "ouest" en kurde : "Kurdistan occidental"), c'est en réalité depuis 2012 que les Unités de Protection du Peuple (YPG du PYD, lié au PKK du Kurdistan "turc") ont rejeté tant la botte du régime baasiste que celle de l'opposition pro-occidentale et djihadiste et ont conquis une autonomie de fait où sont mis en application les principes du "confédéralisme démocratique" (lire aussi ici et ici).

C'est une lutte inégale et difficile car si l'impérialisme occidental s'oppose lui aussi (officiellement) tant au régime de Damas et à son allié iranien qu'aux djihadistes (et l'impérialisme russo-chinois tant aux forces pro-occidentales de l'ASL qu'aux mêmes djihadistes), il ne souhaite évidemment pas voir se consolider dans la région ce qui pourrait bien devenir une BASE ROUGE de la Révolution mondiale.

Les combats font actuellement rage dans le secteur de Kobanê :
http://www.actukurde.fr/actualites/687/les-kurdes-syriens-seuls-mais-determines-a-vaincre-daesh.html
http://www.actukurde.fr/actualites/686/les-kurdes-avancent-en-syrie-et-en-irak.html
http://www.actukurde.fr/actualites/688/kurdistan-syrien-la-resistance-de-kobane-est-la-stalingrad-du-moyen-orient.html
http://www.dailymotion.com/video/x26tg9l_vive-la-resistance-de-kobane-au-kurdistan_news

Du côté "turc", la jeunesse prolétaire et paysanne kurde se rue à la rescousse de ses frères "syriens" pour combattre à leurs côtés, mais l’État turc (qui "combat" officiellement le Daesh au sein de la coalition occidentale) ne veut bien entendu pas entendre parler d'un tel sentiment populaire kurde transfrontalier et les réprime très brutalement :
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20141008.OBS1410/kobane-les-emeutes-kurdes-ont-fait-14-morts-en-turquie.html
http://www.leparisien.fr/international/en-turquie-les-manifestations-kurdes-pour-kobane-font-14-morts-08-10-2014-4196665.php

En Hexagone, les communautés kurdes ont appelé à des rassemblements en solidarité avec la lutte là-bas, comme par exemple ce samedi à Marseille/Marselha.

À Paris, les militant-e-s d'Alternative Libertaire ont prononcé une allocution que (bien que maoïstes et non libertaires) nous partageons très largement dans les grandes lignes - et que nous reproduisons donc :

ALLOCUTION D’ALTERNATIVE LIBERTAIRE

kurd3Aujourd’hui, Kobanê, au Kurdistan occidental, est assiégée par les forces barbares de l’État islamique – Daech.

Aujourd’hui, Kobanê se bat pour la liberté, pour la démocratie et pour les droits des femmes.

Aujourd’hui, Kobanê se bat héroïquement, malgré le double jeu du gouvernement turc, malgré les atermoiements de la coalition dirigée par Washington.

Aujourd’hui, Kobanê est devenu le symbole de la résistance du Rojava syrien, mais pas seulement.

Si Kobanê tombe, ce n’est pas seulement tout le Rojava qui sera menacé, c’est aussi un modèle politique et social : celui du confédéralisme démocratique et de l’autonomie démocratique, édifié depuis le 19 juillet 2012.

C’est pourquoi, sous le drapeau des Unités de protection populaire (YPG) qui défendent Kobanê, on trouve côte à côte des miliciennes et des miliciens kurdes, arabes, turcs, qu’ils soient musulmans, yézidis, chrétiens ou athées. Toutes et tous se battent côte à côte contre les fanatiques.

C’est pourquoi la défense de Kobanê et du Rojava syrien intéresse non seulement le peuple et la diaspora kurde, mais aussi toutes et tous les partisans de l’émancipation, les féministes, les anticolonialistes et les anticapitalistes.

Kobanê doit pouvoir compter sur les milliers de jeunes gens, révolutionnaires, syndicalistes, anticolonialistes, libertaires qui sont venus de toute la Turquie pour défendre la ville, et qui aujourd’hui sont bloqués à la frontière par l’armée turque.

Car Kobanê et le Kurdistan n’ont pas pour seul ennemi l’État islamique.

Ils ont d’autres ennemis, plus sournois, qui aimeraient que Daech fasse le « sale boulot » à leur place : Bachar el-Assad et Recep Tayyip Erdoğan.

kurd1Quant aux États-Unis, après avoir longtemps hésité, ils ont bombardé les forces de Daech qui assiègent Kobanê. Cependant, il faut savoir que s’ils ne souhaitent pas la victoire de Daech, ils ne souhaitent pas non plus la victoire du modèle politique et social que représente le Rojava.

On parle aujourd’hui d’une possible intervention terrestre contre Daech dans la région de Kobanê. Pourtant, ce serait une catastrophe si, demain, au nom de la lutte contre le djihadisme, l’armée turque occupait militairement le Rojava. Ce serait la fin de l’autonomie populaire, le démantèlement des milices d’autodéfense, la prison pour les révolutionnaires.

Le peuple kurde a besoin d’armes pour défendre Kobanê et le Rojava. Il n’a pas besoin de subir l’occupation de l’armée turque ou américaine.

Vive Kobanê libre, vive le Kurdistan libre, vive la révolution.

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On signalera aussi qu'à Strasbourg (Elsass), des militants kurdes ont subi l'agression de nationalistes turcs.

Les camps de la Révolution et de la Réaction mondiale se cristallisent de manière tous les jours plus claire, même lorsqu'au niveau des "relations internationales" et de la "géopolitique" le plus grand "méli-mélo" semble régner...

kurd6

De fait, si les conceptions de ces héroïques combattant-e-s kurdes (voir aussi ici) peuvent sembler fort éloignées des canons du marxisme voire apparaître comme "pure hérésie (pardon) révisionnisme" à d'aucun-e-s*, elles nous semblent bien - à nous - tendre vers notre conception de la société à construire : un "État" oui, au sens d'instrument politique d'une classe (en l’occurrence le prolétariat et les autres classes populaires, laborieuses) pour défendre ses intérêts et son projet politique (en l'occurrence la vraie démocratie qui est le socialisme, l'émancipation humaine totale qui est le communisme !), mais un "État" qui par sa nature de classe différente (non-bourgeoise) ne peut être que de type radicalement nouveau ; un État par et pour le Peuple consistant en une fédération des unités de base du Pouvoir populaire que nous appelons (en référence à notre histoire occitane et "française") les Communes (mais que les Kurdes et les autres peuples peuvent tout à fait appeler autrement), fondé sur la subsidiarité et la délégation du bas vers le haut et permettant au demeurant, comme expression des Peuples qui sont frères et non des bourgeoisies qui sont par nature concurrentes, d'unifier de vastes territoires en transcendant les appartenances "ethniques" et/ou religieuses et sans reposer sur la suprématie d'un groupe sur un autre - ne serait-ce pas d'ailleurs (justement) cette rupture avec la conception bourgeoise de l’État qui aurait été insuffisante chez les marxistes-léninistes du siècle dernier, tout juste (peut-être) esquissée dans la Chine de la Révolution culturelle ou l'effervescence cubaine des années 1960 ?

De fait et en définitive, avec leur confédéralisme qui veut faire coexister démocratiquement tous les Peuples et toutes les confessions, ils et elles sont les véritables héritier-e-s de Salah ad-Dine (kurde lui-même) À UN NIVEAU SUPÉRIEUR, n'en déplaise à tous ces sionistes musulmans djihadistes qui prétendent "restaurer le Khilafah" !

SOLIDARITÉ INTERNATIONALISTE AVEC L'HÉROÏQUE RÉSISTANCE DU PEUPLE KURDE !

 

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* D'aucuns pourront notamment souligner la ressemblance de ces thèses avec la pratique des caracoles (communautés auto-gouvernées) des zapatistes (EZLN du "sous-commandant Marcos") au Chiapas, dont il n'est d'ailleurs pas improbable qu'elles s'inspirent, ou encore (à une bien moindre échelle) avec les squats de totos en Occident, telle ou telle expérience d'autogestion en entreprise (Lip etc.) ou coopérative agricole de babas cools dans les Cévennes ou ailleurs etc. ; pour les recouvrir bien évidemment de tous les épithètes qui leur servent d'arguments politiques : "petit-bourgeois", "idéaliste" etc. etc. Mais le problème de ces caracoles mexicains ou de ces entreprises autogérées, est-il vraiment là ? Est-il de ne pas être des formes d'organisation sociale et de rapports de production tendant vers le communisme ? NON, le problème n'est pas là. Les caracoles zapatistes du Chiapas sont des modèles très intéressants pour ce que nous appelons la Commune populaire. Les entreprises autogérées et les coopératives "néo-rurales" constituent des rapports de production tout à fait conformes à ce que nous appelons le socialisme. Leur problème, c'est de penser pouvoir coexister avec un État et une économie encore totalement capitalistes. Leur problème, c'est de penser que l’État et l'ordre social bourgeois se dissoudront devant eux et non qu'ils doivent être DÉTRUITS par une Guerre du Peuple. L'EZLN du "sous-commandant Marcos" assume ouvertement son refus de combattre l’État bourgeois (semi-féodal semi-colonial) mexicain pour le détruire : elle estime que les caracoles "peuvent" exister en son sein et que petit à petit, face à cette expérience sociale, l’État "évoluera", se "démocratisera" etc. etc. (et l’État, lui, s'est accommodé de cette "épine dans le pied acceptable" du moment que la situation est sous contrôle - si tel n'était pas le cas, bien évidemment, il mettrait tout en œuvre pour écraser le zapatisme). C'est également en substance (à une bien plus petite échelle on l'a dit) la conception de l'"autonomie" et des squats dans les pays occidentaux : l’État est contesté, confronté mais pas vraiment combattu au sens d'une véritable GUERRE pour le DÉTRUIRE. On s'imagine qu'il s'"effondrera" de lui-même devant le développement de l'auto-organisation populaire. Les entreprises autogérées et autres coopératives d'esprit égalitaire et collectiviste s'imaginent de la même manière pouvoir exister au sein d'un appareil productif national totalement capitaliste, espérant peut-être faire "tache d'huile" etc. etc.
Les Kurdes, pour le moment, luttent les armes à la main contre les États turc et syrien et la proposition étatique ("califat") des djihadistes sur le Nord de l'Irak et l'Est de la Syrie : l'idée d'une "coexistence" entre leur projet de société et celui de leurs adversaires ne semble donc pas leur effleurer l'esprit. Mais attention : les zapatistes, après tout, ont eux aussi pris les armes au début (le conflit, début 1994, a fait plusieurs centaines de victimes), nonobstant leur ligne de non-destruction de l’État... Et l'on sait que depuis l'an dernier des négociations ont pu s'amorcer entre le direction (emprisonnée) du PKK et l’État turc - de fait, le dialogue a commencé à se nouer voilà plus de 10 ans, dep uis qu'en 2002 le gouvernement AKP a mis partiellement fin à l'intransigeance kémaliste sur la question. Le "confédéralisme démocratique" kurde se trouve donc à cette croisée des chemins : s'il comprend et assume la nécessaire destruction des États qui emprisonnent les Kurdes au Proche et Moyen Orient (et le rejet radical de l'impérialisme dont ils sont la création et l'instrument), il devra nécessairement assumer la Guerre populaire et le maoïsme. S'il croit au contraire (comme l'EZLN de Marcos avant lui) pouvoir "coexister" avec eux (genre "sous la protection des Nations Unies" et autres fadaises), il dégénèrera en une nouvelle forme d'ultra-démocratisme "participatif'" petit-bourgeois...

 

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Proche-Moyen-Orient
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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 08:13

 

La ligne de démarcation que constitue ce soutien apparaît désormais d'autant plus claire que les pseudo-"maoïstes" qui en rejetée la Guerre du Peuple indien (sous couvert de critique "orthodoxe" du "déviationnisme" des maoïstes là-bas) ont totalement tombé le masque avec des positions contre-révolutionnaires désormais clairement assumées (éloge de la police bourgeoise, soutien à Manuel Valls et à son Parti "socialiste", appel à un "Front populaire" digne de Thorez avec l'"antifascisme" républicain bourgeois et à la "démocratie populaire"... dans la 5e puissance impérialiste mondiale qu'est la France, défense des "Lumières" bourgeoises et de la construction absolutiste de l’État moderne au service du Capital, crachats sur les luttes LGBT, les luttes des colonisé-e-s intérieur-e-s et autres qualifiées de "post-modernes", négation de l'islamophobie première mobilisation réactionnaire de masse de notre époque, etc. etc.).

Le lien peut paraître extrêmement lointain voire absurde et pourtant, pour les matérialistes dialectiques que nous sommes, il est évident : la Guerre populaire en Inde (avec toutes ses contradictions, ses erreurs, ses avancées et ses revers) est le "phare", le Centre d'agrégation de la Révolution mondiale et ceux qui la rejettent ne peuvent que s'éloigner, à des degrés divers, du camp de la révolution ; tomber dans la force gravitationnelle d'un Centre de la Réaction.

Une conférence internationale de solidarité s'est tenue ce week-end en Italie. Voici la déclaration que lui a adressée l'OCML-VP, qui n'a hélas pas pu y participer :

Message à la Conférence internationale de soutien à la Guerre populaire en Inde (Italie, 27-28 septembre 2014)

Chers camarades,

Nous regrettons de ne pouvoir être parmi vous à l’occasion de cette conférence, alors que nous avions participé à celle qui s’était déroulé à Hambourg l’année dernière. Nous défendons que le soutien à la Révolution indienne est une ligne de démarcation importante dans le mouvement communiste international.

Nous réaffirmons notre soutien aux organisations révolutionnaires de l’État indien qui dirigent la Guerre populaire sur la voie de la Nouvelle démocratie et du socialisme, ainsi que plus généralement au mouvement populaire et démocratique de ce pays, et à tous ceux qui s’affrontent à l’impérialisme, au féodalisme et au capitalisme. En tant que communistes de France, nous avons la responsabilité d’êtres particulièrement vigilants aux ingérences de notre propre impérialisme.

Nous souhaitons plein succès à cette conférence, et nous en félicitons les organisateurs.

Vive la solidarité internationale avec la Révolution indienne !

Organisation Communiste Marxiste-Léniniste Voie Prolétarienne

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Cette conférence internationale ne se tenait pas à n'importe quelle date : en effet, cela a fait 10 ans le 21 septembre que la Guerre du Peuple indien (commencée de fait à la fin des années 1960) s'est synthétisée dans le Parti communiste d'Inde (maoïste) pour aller de l'avant vers la victoire.

Voici la déclaration du Parti communiste maoïste de France à ce sujet :

Le Parti Communiste d'Inde (maoïste), fut fondé le 21 Septembre 2004. Il résulte de la fusion du Parti Communiste d'Inde (marxiste-léniniste) People’s War et du Centre Communiste Maoïste.

Depuis plus de 30 ans, les maoïstes d’Inde mènent la Guerre Populaire contre le système semi-colonial semi-féodal de l’Inde. Aux côtés des paysans pauvres et sans terres, des Adivasis (populations tribales), des Dalits (« intouchables »), des femmes, des travailleurs, bref, aux côtés de tous et toutes les exploités et opprimés du pays, les maoïstes développent la lutte contre le système capitaliste-impérialiste. Mettant en place des Gouvernements Populaires, ils font en sorte que les masses populaires relèvent la tête et reprennent leurs affaires en main.

Le premier mai de cette année fut un grand jour. En effet, il représente l'aboutissement d'un processus qui a conclu à l'Unification du PCI(m) et du PCI(ml) Naxalbari dans le PCI(m). Cette grande nouvelle change la donne et ouvre de nombreuses perspectives quant au développement de la guerre populaire en Inde.

Nous tenons à célébrer aujourd'hui le 10ème anniversaire de la formation du PCI(m). Le mouvement maoïste indien est un des fers de lance de la révolution mondiale. Si c'est un espoir pour les masses populaires en Inde, la guerre populaire en est également un pour les prolétaires du monde entier, qui voient en elle la possibilité de la reconstruction d'un véritable camp socialiste à l'échelle internationale.

Le PCI(m) et la guerre populaire en Inde nous montrent le chemin de la révolution. En effet, la théorie de la guerre populaire n'est pas comme le pensent certains une application chinoise de la révolution, ou une stratégie militaire propre aux pays semi-coloniaux semi-féodaux. La guerre populaire est un principe universel du maoïsme, valable partout, y compris dans les pays impérialiste comme la France. En menant la guerre populaire en Inde, le PCI(m) ouvre la voie pour les révolutionnaires du monde entier.

Pour nous, célébrer le 10ème anniversaire de la fondation du PCI(m) ne consiste pas seulement en des déclarations de principes, mais également en des engagements de solidarité.

Aujourd'hui plus que jamais nous devons rendre vivant l'internationalisme prolétarien et soutenir la guerre populaire en Inde. Cela revient à informer la classe ouvrière de l'État français du développement de la révolution en Inde, mais également à frapper au cœur notre propre impérialisme par tous les moyens nécessaires.

C'est dans cet esprit que nous prenons l'engagement d'un soutien accru à la révolution indienne. Cela tout d'abord en assumant les tâches qui incombent au mouvement maoïste en France, et en première ordre d'aboutir à l'unification des maoïstes dans un parti qualitativement et quantitativement supérieur.

C'est en ce sens que nous faisons de la campagne de solidarité avec la guerre populaire en Inde un de nos axes de travail principaux à l'heure actuelle et que nous allons intensifier significativement notre campagne d'actions, d'information et de propagande.

Nous faisons notre le combat de nos frères et sœurs de classe, des milliers de martyrs tombés pour la révolution. 

À BAS L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS !
À BAS L'OP
ÉRATION GREEN HUNT !
GLOIRE AU 10ème ANNIVERSAIRE DU PCI(m) !
VIVE LA GUERRE POPULAIRE EN INDE !

Bloc Rouge (Unification des maoïstes)

Ci-dessous, quelques photos des dernières actions menées en soutien à la Guerre Populaire en Inde dans plusieurs villes de France :

Vive le 10ème anniversaire du PCI (maoïste) ! Vive le 10ème anniversaire du PCI (maoïste) !Vive le 10ème anniversaire du PCI (maoïste) ! Vive le 10ème anniversaire du PCI (maoïste) !Vive le 10ème anniversaire du PCI (maoïste) ! Vive le 10ème anniversaire du PCI (maoïste) !Vive le 10ème anniversaire du PCI (maoïste) ! Vive le 10ème anniversaire du PCI (maoïste) ! Vive le 10ème anniversaire du PCI (maoïste) !Vive le 10ème anniversaire du PCI (maoïste) ! Vive le 10ème anniversaire du PCI (maoïste) !

Et puis le plus important, le texte du Parti communiste d'Inde (maoïste) lui-même :

Un appel au Peuple de l’Inde : Détruire les chaînes de l’impérialisme et du féodalisme, détruire ce système pourri ! Construisez votre futur et celui du pays avec vos propres mains !

Vous pouvez, quasi quotidiennement, suivre les succès et les échecs de la Guerre populaire en Inde sur le site du Secours Rouge belge : http://www.secoursrouge.org/mot/inde

 

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DOSSIER PALESTINE (conflit de juillet 2014) :
Sionisme, islamisme et ennemi principal : quelques précisions
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Flash info - importance haute : la manifestation pro-palestinienne de demain à Paris est INTERDITE
Le problème avec la Palestine...
Grande manif contre les crimes sionistes à Paris (13/07)
Magnifique manifestation pour la Palestine à Tolosa, capitale d'Occitanie occupée
Petites considérations sur le sionisme et l'identification-"obsession" palestinienne
Considérations diverses : une mise au point nécessaire sur nos positions internationalistes et aux côtés des Peuples

juin 2014

POSITION DES COMMUNISTES RÉVOLUTIONNAIRES DE LIBÉRATION OCCITANE SUR LES ÉLECTIONS MUNICIPALES ET EUROPÉENNES DES PROCHAINS MOIS

L'affaire Dieudonné-Valls :
Plutôt bon article sur la ‘Déclaration de guerre de la République à Dieudonné’ (la pseudo-controverse réactionnaire entre l’antisémite dégénéré et les gardiens du temple républicain)
Quelques mises au point complémentaires (et conclusives) sur la ‘‘question Dieudonné’’ (et Dreyfus, le Front populaire, l’antisémitisme etc.)
Réflexion théorique : loi Gayssot, lois antiracistes et "mémorielles", "antifascisme" bourgeois etc., quelle position pour les communistes ?

Dossier Breizh :
Breizh : comment l'étincelle écotaxe a mis le feu à la lande
"Esclave", "identitaire", chouan, cul-terreux arriéré de service : pour paraphraser Césaire, "n'allez pas le répéter, mais le Breton il vous EMMERDE"
Considérations diverses – en guise de ‘‘petit debriefing’’ de ces derniers mois : Bretagne, fascisme, ‘‘Lumières’’ et Kaypakkaya… (point 1)
Considérations diverse (26/11/2013) : eh oui, Servir le Peuple a toujours quelques petites choses à vous dire ;-) (point 1)
Appel de la gauche indépendantiste bretonne (Breizhistance) pour le 30 novembre (avec notre critique de la position du ROCML)
Le Top Five des drapeaux qui n'ont PAS été inventés par un druide nazi  (mortel !)
Et en guise (provisoire) de conclusion : La Gauche indépendantiste bretonne revient sur la mobilisation de Karaez/Carhaix

Comité de Construction du PCR des Terres d'Òc : Déclaration du 11 Novembre

La phrase du moment :

"La tyrannie cessera parmi mon peuple ; il n'y aura que liberté, liberté toute nue, sans déguisement. Bouleversements d’États entiers : je les renverserai de fond en comble, il n'y aura rien de reste. Il va y avoir de terribles renversements de conditions, de charges et de toutes choses. Je veux faire un monde nouveau, je veux tout détruire. Je veux appeler à moi la faiblesse, je veux la rendre forte. Pleurez gens du monde, pleurez grands de la terre, vos puissances vont tomber. Rois du monde, vos couronnes sont abattues !"

Élie Marion, "prophète" et guérillero camisard cévenol, 1706.

Amb l'anma d'un Camisart, Pòble trabalhaire d'Occitània endavant !

 

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  • ANTARSYA (Coordination de la gauche anticapitaliste pour le renversement, avec des trotskystes, des 'maos' etc., en grec)
  • ANTARSYA - France (site en français)
  • Laïki Enotita ("Unité populaire") - France (en français et en grec, scission anti-capitulation de SYRIZA, pour s'informer)
    EKKE (Mouvement communiste révolutionnaire de Grèce, 'maoïsant' et membre d'ANTARSYA, présentation en anglais, le reste en grec)

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La Horde, portail d'information antifa

Rebellyon - rubrique "Facho"

Redskins Limoges

Droites extrêmes - blog Le Monde (site d'information bourgeois bien fourni, parfait pour le "watch")

Document : Ascenseur pour les fachos (série de 6 vidéos Youtube, Antifascisme.org, site social-démocrate)

 

Guerre pop' - Asie du Sud :

Inde Rouge (nouveau site "officiel" francophone)

Comité de Soutien à la Révolution en Inde

Comité de solidarité franco-népalais

Fil d'actu "Inde - Népal" du Secours Rouge - APAPC

J. Adarshini (excellent site en français)

Revolution in South Asia (en anglais)

Maoist Resistance (guérilla maoïste indienne - en anglais)

NaxalRevolution (Naxalite Maoist India, en anglais)

Banned Thought (en anglais)

Indian Vanguard (en anglais)

The Next Front (Népal - anglais)

Signalfire (sur la GPP en Inde et aux Philippines, le Népal et les luttes populaires dans le monde - en anglais)

Communist Party of India (Marxist-Leninist) Naxalbari (a fusionné avec le PC d'Inde maoïste le 1er mai 2014)

New Marxist Study Group (maoïste, Sri Lanka)

Parti communiste maoïste de Manipur (page Facebook)

 

Guerre pop' - Philippines :

Philippine Revolution (en anglais)

The PRWC Blogs

(tous deux remplacés apparemment par ce site CPP.ph avec notamment les archives d'Ang Bayan, l'organe officiel du Parti)

Solidarité Philippines

Fil d'actu "Philippines" du Secours Rouge - APAPC

 

Guerre pop' & Luttes armées - Amérique latine :

CEDEMA - actualité des mouvements armés en Amérique latine (+ qqs documents historiques)

 

Nuevo Peru (Pérou, basé en Allemagne, en castillan et allemand principalement)

Guardias Rojos (Pérou, page FB)

Fil d'actu "Amérique latine" du Secours Rouge - APAPC

Archives

Autres documents théoriques

 

Récapitulatif des "grandes thèses" de Servir le Peuple


À lire également, les Considérations Diverses, petits "billets" trop courts pour faire un article et donc regroupés par trois, quatre ou plus, exprimant notre CONCEPTION DU MONDE sur toute sorte de sujets. 


En finir avec la 'France', appareil politico-militaire et idéologique de nos oppresseurs ! (1) et (2) 

En finir avec la 'France' (3) : l'État bourgeois contemporain et nos tâches

Même étude sur l'État espagnol (1 et 2) ; le Royaume-Uni (1 et 2) et l'Italie.

 

APRÈS 8 SÈGLES… (Huitième centenaire de la bataille de Muret 1213 & DÉCLARATION FONDATRICE de notre Comité de Construction du PCR-Òc)

 

V. I. Lénine : "Il y a deux guerres" 

 

Le 18 Juin, une date symbolique pour les fascistes


Réflexion sur la déviation ouvriériste – Avant-propos

Réflexion sur la déviation ouvriériste : la classe ouvrière, le prolétariat et la révolution. 


Sur le Gouvernement de Bloc Populaire

Rectificatif sur le Gouvernement de Bloc Populaire

Encore une fois sur le "Bloc populaire" et la QUESTION ELECTORALE


Harry Haywood contre la Théorie des Trois Mondes et les dérives réactionnaires des « prochinois »


TKP(ML) : On ne peut pas être communiste sans défendre le maoïsme


La Question nationale au 21e siècle 

Considérations diverses : un (gros) pavé sur la Question nationale...

Clarification sur l'encerclement du 'Centre' par la 'Périphérie'

 

Pour comprendre la Tempête arabe, avoir une analyse de classe correcte de la situation

(n)PCI : La révolution démocratique anti-impérialiste des pays arabes et musulmans

 

2011 : un point indispensable sur le fascisme et l'antifascisme pour les années à venir

 

Thèses fondamentales pour la construction partidaire


Sur le processus révolutionnaire

Sur le processus révolutionnaire (2) : vers le communisme

 

La "négation de la négation" et le maoïsme


Considérations diverses : Sur la question du SECTARISME

 

(Conception du monde) Le Parti révolutionnaire : ARTISAN conscient... ou 'accompagnateur contemplatif' du mouvement historique ?


Sur la 'révolution permanente' et le trotskysme

 

Le 'centre mlm' de Belgique, la Guerre populaire et le (n)PCI (sur la stratégie révolutionnaire en pays impérialiste) ; et dans la continuité :

Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (1ère partie)

et Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (2e partie)

 

 

Sur le document "Expériences, débats et perspectives" du PC d'Équateur - Comité de Reconstruction, adressé au Mouvement communiste international

 

EXCLUSIF : Lotta Continua - "Prenons la Ville !" (1970) [avec un salut rouge et fraternel à l'AA Bordeaux ]


Manifeste Programme du (n)PCI

Présentation

du chap. 1 du Manifeste pour les lecteurs/trices francophones (valable pour tout le Manifeste)

 

(Chapitre I): PDF - WORD

 

Le Plan Général de Travail ((n)PCI)

 

 MANIFESTE COMPLET

(version non-définitive ; chap. 4 et 5 pas encore validés par les camarades italiens)

 

IMPORTANT pour la compréhension du Manifeste :

La crise actuelle, une crise par surproduction absolue de capital (en PDF)

article de 1985 paru dans Rapporti Sociali n°0

[en bas de la page en lien, icône
PDF - Télécharger le fichier pour télécharger le document]

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Sur la liquidation réformiste en Euskal Herria, 3e et dernière partie  

 

 

Considérations du 01/10/2012 : Copé, "droite décomplexée", montée du fascisme et islamophobie

Considérations diverses : Encore une fois sur la question du fascisme (22/10/2012)

Considérations diverses (26/10/2012) : 'traditions' politiques bourgeoises et fascisation ; question nationale et identitarisme ; 'émergentisme' et islamophobie

 

Considérations diverses (19/01/2013) : Retour sur la situation au Mali (osons le "cosmopolitisme" et la "géopolitique" !)

 

Mort d'Hugo Chávez au Venezuela


Considérations diverses 03-2013 - et un peu de polémique/critique, ça fait pas de mal ! (sur Chavez, le 'bolivarisme', le 'fascisme' de celui-ci et autres choses...)


Sur le capitalisme bureaucratique des pays dominés et le prétendu 'fascisme' de certains régimes réformistes bourgeois


La tragédie de Lampedusa est un crime impérialiste de plus contre l’humanité

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25 avril 1945 : le Peuple italien terrasse le fascisme

25 avril 1974 : la Révolution des Oeillets met fin au salazarisme

 

24 mars 1976, noche negra de Argentina : pour ne jamais oublier

La dictature militaire argentine de 1976 - 1983

 

Pierre Mulele, héros et martyr d'Afrika


Thomas sankara, leader d'un authentique processus révolutionnaire

Le 15 octobre 1987 tombait thomas sankara, le "che" africain 

 

Etudions l'histoire de la Révolution chinoise


Bref panorama historique révolutionnaire des Amériques


Quand Argala répondait (par anticipation) à certaines "lumières éclairées" du "marxisme" le plus social-chauvin...


Document historique : Déclaration "Aux Peuples d'Amérique latine" par la Junte de Coordination Révolutionnaire (Tupamaros-MIR-ELN-ERP) - 1er novembre 1974


35 ans après le coup d’État pro-soviétique, les peuples d'Afghanistan continuent de résister héroïquement aux envahisseurs impérialistes


Grande étude historique : du païs à la Commune populaire, de la communauté populaire précapitaliste à la société communiste

Illustration de la théorie par un exemple historique : la Guerre des Demoiselles en Ariège

Et en guise de récapitulatif/synthèse : Considérations diverses sur les États, les Nationalités, la Subsidiarité et le Pouvoir populaire ; ici (point 1) : Considérations diverses – fin octobre 2013 : État et révolution bourgeoise et ici : Considérations diverses : 1/ Le cœur des nations est aujourd’hui le Peuple