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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 13:24

 

Il s'appelait Hervé Gourdel, il avait 55 ans, il était guide alpiniste et venait des Alpes occitanes (Saint-Martin-Vésubie, Mercantour).

Était-il de gauche ou de droite ? Se considérait-il plutôt français ou occitan ou les deux ? Nous n'en savons rien et nous ne voulons pas le savoir : ce que nous savons nous suffit.

Ce que nous savons c'est qu'il n'était ni un militaire de métier ni un mercenaire de ces abominables sociétés privées qui sèment la mort aux quatre coins du monde, ni même un de ces "coopérants" et autres "ONGistes" qui sont les nouveaux "missionnaires" de la "civilisation occidentale" en terre "barbare". Il était simplement un montagnard venu en Kabylie pour y vivre sa passion, la montagne.

Seulement voilà : "l'actualité internationale", cette "actualité" que nos bons Français (occitans ou autres) regardent d'un œil un peu distant, tout en dînant, au JT du soir l'a rattrapé pour lui infliger une mort atroce.

Hervé Gourdel est tout simplement un Occitan de plus, comme des centaines de milliers d'autres avant lui (au nom du Roy, de l'Empereur ou de la République), à être mort au "champ d'honneur" d'une guerre qui n'était pas la sienne : celle que se livrent désormais (et vont sans doute se livrer pendant des années encore) l'Occident impérialiste, dont fait partie notre État-prison la France et dont les armées sanguinaires ensanglantent la planète depuis des siècles ; et ses créatures : les gros poussahs de la Péninsule arabique, gorgés depuis des décennies de pétro-dollars pour lesquels ils cherchent désormais un terrain d'investissement et qui financent le djihadisme pour se tailler, justement, cette base d'accumulation sous le nom de "Califat".

Comme l'écrivait en 1912 (après avoir eu des positions hasardeuses sur le sujet quelques décennies auparavant) le grand socialiste de cœur occitan Joan Jaurès : "Mais si les violences du Maroc et de Tripolitaine achèvent d’exaspérer, en Turquie et dans le monde, la fibre blessée des musulmans, si l’Islam un jour répond par un fanatisme farouche et une vaste révolte à l’universelle agression, qui pourra s’étonner ? Qui aura le droit de s’indigner ?"... Un siècle plus tard, il y a eu bien des Marocs et bien des Tripolitaines et nous y sommes désormais : le "fanatisme farouche" s'est levé, il est devenu pour des milliers de personnes ici-même - au "cœur du monstre" impérialiste européen - le "phare" d'un impressionnant et aberrant "sionisme musulman", et les pétro-dollars suraccumulés du Golfe - en quête de terrains où s'investir et se valoriser - en ont fait leur soldatesque. Et nous ne pouvons, en effet, ni nous étonner ni nous indigner ; mais seulement pleurer les vies innocentes que cette déferlante de barbarie emporte.

Elle a emporté la vie d'Hervé Gourdel dont il est à peu près certain que du haut de ses cimes, dans le parfum des génépis, il n'avait jamais voulu même la plus petite de ses causes. Comme elle a déjà emporté et emportera encore des centaines et des centaines de milliers d'autres sur peut-être un quart ou un tiers de la planète, sunnites ou chiites ou chrétiens, juifs ou yézidis ou agnostiques ou athées, Arabes ou Kurdes ou Turcs ou Somalis, "Orientaux" ou "Occidentaux", Blancs ou Noirs ou entre-les-deux, sous les bombes de la "civilisation" comme sous les balles et les couteaux de boucher de la "barbarie".

Alors nous, ni étonnés ni indignés, nous ne nous jetterons pas plus dans les bras de cet "Occident civilisé" qui nous l'enjoint que dans ceux des "barbares" qu'il a lui-même engendré : comme les glorieux compagnons de Lénine avant nous - au plus noir de la nuit de 14-18 - nous proclamons le DÉFAITISME RÉVOLUTIONNAIRE ABSOLU vis-à-vis de ces "camps" réactionnaires et nous DÉCLARONS LA VÉRITABLE GUERRE SACRÉE, la GUERRE DU PEUPLE À LA FACE DU MONDE CAPITALISTE, père de toutes ces abominations !

Nous déclarons et livrerons la Guerre populaire révolutionnaire, car elle est la Fraternité des Peuples contre les ennemis de toute humanité.

 

  Herve-Gourdel.jpg1MAM Aniane 3

 

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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 07:56

 

Encore un article de Quartiers Libres. C'est l'amour, toi-et-moi-dans-le-même-bermuda ? Peut-être, ou pas.

C'est surtout d'une très grande importance de diffuser le plus largement possible ce genre d'article, car depuis bientôt 10 ans que l'on parle de ces personnages (Soral, Dieudonné, Séba puis la ribambelle des "quenelliers") on a l'impression qu'il s'agit de démons jaillis des portes de l'Enfer qui justifieraient "pour la culture et la civilisation" (comme disent les autres) les alliances "antifascistes" les plus hallucinantes, comme avec le P's' bourgeois de Valls (le Parti radical de notre époque)... Alors que nous avons tout simplement là des PETITS CAPITALISTES plus ou moins dandys qui ont trouvé dans la mobilisation politique de masse (la "dissidence") un créneau commercial vendeur et qui disent "juif" (enfin, plutôt "sioniste" ou "talmudiste" pour éviter les condamnations, qui coûtent du fric) pour ne pas dire CAPITALISME, car dire "capitalisme" les foutrait dans la merde en tant que petits bourgeois. Qui mettent leur "dissidence" au service du Front National car même la mettre au service du NPA ou de Mélenchon exigerait des remises en cause personnelles trop importantes, une autocritique trop difficile de ce qu'ils sont. Et qui ne vont nulle part sinon au bout d'un croc de boucher car dans ce pays, pour paraphraser C.L.R. James, "le cours géné­ral de l'histoire est tel que tout mouvement fasciste d'étendue nationale (aussi déguisé soit-il) sera obligé de s'attaquer à la lutte des 'minorités visibles'/colonisé-e-s intérieur-e-s pour l'égalité"*.

Quant au cas Médine, c'est tout simplement (et malheureusement) le parcours classique des rappeurs-qui-vendent qui rejoint ce qui est dit plus haut : ils se retrouvent pris en tenaille entre leurs origines populaires et colonisé-e-s intérieures, qui les poussent à contester le monde tel qu'il est (a fortiori quand cette contestation est aussi leur argument commercial), et leur position actuelle de friqués qui les empêche de remettre en question le capitalisme (dont ils tirent leurs confortables ressources) : tout ceci en fait des proies de choix pour la pseudo-"dissidence". Le rap est un art profondément populaire mais qui depuis un bon quart de siècle a été marchandisé (comme beaucoup de choses dans le système capitaliste), ce qui a permis à certains artistes (une petite minorité, mais celle que tout le monde voit et entend) d'acquérir de belles fortunes : toute l'équation, toute la schizophrénie politique des ces personnes (qui fait couler kilométriquement l'encre de l'extrême-gauche petite-bourgeoise blanche) réside là, tout simplement. Un autre encore, comme Doc Gynéco, ne fait quant à lui plus de "contestation" depuis longtemps, assume la variét' et en cohérence avec son compte en banque affiche son soutien à Nicolas Sarkozy. Mais là, l'indignation de certains "antifascistes" est étrangement à géométrie variable. L'artiste pop-variété de petite classe moyenne blanche, lui, naît généralement dans un milieu politique républicain-citoyenniste-social-démocrate et mourra tranquillement républicain-citoyenniste-social-démocrate, électeur PS ou Vert, à moins que "trop d'impôts" ne le pousse un peu plus à droite (genre "je commence à travailler pour moi mi-octobre"... bon et je gagne jusqu'au 31 décembre trois ans de SMIC d'un ouvrier, certes, mais quand même !)...

On a les maîtres à penser que l’on mérite

À toutes les « panthers » autoproclamées (new, arabian et on ne sait quoi d’autre) : arrêtez donc de salir l’histoire du BPP avec vos palabres sur les juifs au nez crochu qui contrôlent le monde en secret ; stoppez vos délires d’oligarchie et de mondialisme qui vous conduisent à nouer des alliances avec les tenants du racisme et de l’impérialisme français. Si vous voulez lutter contre les dominations sociales et raciales, plutôt que de croire aux balivernes de quelques comiques troupiers, appliquez donc directement le programme des Panthers.

S’inscrire dans une véritable logique militante, comme le faisait le BPP, c’est se confronter aux tenants du pouvoir sur tous les terrains, ce qui revient à être un révolutionnaire marxiste. Les Panthers, Fanon, Malcolm X, Cabral, Sankara, Lumumba, Nyobe, Césaire et la quasi-totalité des leaders dont la « dissidence » en carton du Net se charge aujourd’hui de vendre les t-shirts étaient des révolutionnaires marxistes.

Lire aussi, sur l'effondrement idéologique du soralisme dont nous avions déjà parlé :

Soral avait tort et "nous" avions raison

Réponse de l'intéressé sur les réseaux sociaux : "Je ne résiste pas au plaisir de relayer ce magnifique article de ces sous-merdes d'antifas sous sponsoring trotsko-sioniste !". Waow, on peut dire que ça, c'est de l'argument politique !

L'on pourra également vous inviter à lire ce cinglant article d'un blog anticolonialiste basé et luttant dans l'une des dernières colonies directes tricolores (la Réunion) ; autrement dit à qui on ne fait pas prendre des vessies "antisionistes" antisémites pour des lanternes anticapitalistes et anti-impérialistes :

Comprendre le colonialisme et le racisme : le cas d'Alain Soral


kemi seba medine

 

* La prise de position d'Aymeric Chauprade (le "Monsieur International" du FN) en faveur d'Israël et de ses partisans, lors du dernier conflit-massacre à Gaza et des grande manifestations populaires le dénonçant, et la rupture consécutive d'Alain Soral et de sa nébuleuse avec lui - donc avec le FN (1 - 2 - 3) - sont venues confirmer cela et ce que nous disons depuis des années quant à l'INCONSISTANCE politique du soralo-dieudonnisme (ce qui ne nous empêche pas de dénoncer son fond idéologique, ses buts politiques et ses conséquences néfastes dans les classes populaires). En fin de compte, il est possible de dire que la différence entre Médine et Dieudonné (deux "idoles des quartiers" à leurs époques respectives) c'est que quand Dieudonné a rejoint Soral, cela pouvait encore passer pour une démarche "d'avant-garde" vouée à un certain succès. Cette différence se voit bien, d'ailleurs, dans la manière qu'a Médine (contrairement à Dieudonné qui est "à fond" dans son truc) d'assumer un jour à 100%, un jour à moitié, un jour presque pas etc., en mode "je prends pas parti mais un peu quand même".

 

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 08:51

 

Nous reproduisons ici un article de François Delpla, historien indiscutablement progressiste (normalien à la rue d'Ulm en 1968, il a sans doute croisé plus d'un mao voire en a carrément été, puis il a participé en 1998 au Livre noir du capitalisme - l'anti-torchon-de-Courtois - et contribue actuellement à Mediapart) qui critique de manière intéressante (bien que limitée) la thèse du fameux Zeev Sternhell, cet historien israélien porté aux nues par certains "maoïstes", comme quoi le fascisme serait d'abord et avant tout un "mouvement de rejet des Lumières".

Rappelons - car il faut le rappeler - que bien que "de gauche" et "du camp de la paix", Sternhell est d'abord et avant tout un sioniste pour qui il est absolument fondamental de "démontrer" cette "centralité anti-Lumières" du phénomène fasciste : d'abord parce qu'elle est synonyme, pour lui, de "centralité anti-juive" et apporte donc une caution "antifasciste" à la thèse de la "haine éternelle contre le Peuple juif" qui fonde son idéologie ; ensuite parce qu'elle permet, encore une fois, de "dissocier" le fascisme du CAPITALISME dont il est pourtant le pur produit (et dont les Lumières ont été au 18e siècle l'idéologie du triomphe), autrement dit de l'exclure du centre légitime des idéologies occidentales dans lequel il s'inscrit pourtant totalement. Le fascisme doit donc À TOUT PRIX être présenté comme un phénomène extérieur qui "prend d'assaut" le système politique capitaliste "normal" (caractérisé sans autre forme de nuance comme la démocratie libérale)[1] ; et non comme quelque chose qui naît en son sein même, au plus profond de celui-ci, dans un processus de fascisation dont les régimes comme le nazisme ne sont que l'aboutissement ultime et effroyable ; processus à l’œuvre pendant des décennies comme par exemple les 40 années préparant (ici à coup de "hussards noirs" etc.) la Première Guerre mondiale, et auquel nous assistons une nouvelle fois aujourd'hui en Europe et dans la plupart des grands Centres capitalistes mondiaux (Amérique du Nord, Russie, Extrême-Orient) bien que rien de comparable au Reich allemand ni même au fascisme italien n'y ait encore vu le jour.

frederic de prusse nazisUn bon exemple du fait que le fascisme, pris dans sa version la plus radicale c'est-à-dire le nazisme, n'était que tout relativement "anti-Lumières" est par exemple cet hommage (voir l'affiche ci-contre) rendu par le IIIe Reich en 1936 (pour les 150 ans de sa mort) à Frédéric II le Grand (1740-86), archétype du "despote éclairé", ami de... Voltaire et ayant (surtout) jeté les bases en son royaume de Prusse de l’État allemand moderne. Un État allemand moderne 1°/ produit et serviteur (comme tous les États modernes) du capitalisme dont les Lumières, on l'a dit, sont l'idéologie de la consécration et 2°/ dont le nazisme, dans un contexte bien particulier non seulement de crise capitaliste générale et de menace révolutionnaire mais aussi de bourgeoisie militairement vaincue et humiliée, n'a jamais été que l'expression particulièrement terroriste. Qu'y avait-il d'incongru, par exemple, à ce que le nazisme se revendique de Frédéric II lorsque l'on sait que le nom même de Prusse ne désigne pas la région de Berlin (celle-ci est le Brandebourg) mais des territoires actuellement situés en Pologne et en Russie (enclave de Kaliningrad) dont la population originelle, slave et balte, avait été exterminée ou asservie au Moyen Âge par les Chevaliers teutoniques jusqu'à ce que ces derniers (convertis entre temps au luthérianisme) ne les transmettent au 17e siècle à la principauté de Brandebourg - qui sera alors proclamée "Royaume de Prusse" en 1700 ? Un État , donc, d'une démarche colonialiste meurtrière que l'on ne retrouvera pas bien différemment dans le Generalplan Ost nazi, avec simplement la technologie du 20e siècle en plus ! [Le Reich exaltera donc aussi, logiquement, "l'épopée" de l'Ordre teutonique et l'URSS lui répondra en 1938 par le célèbre film d'Eisenstein Alexandre Nevski - histoire d'un prince russe victorieux des sinistres chevaliers au 13e siècle.]

Expression terroriste ultra, donc, de l’État moderne dans un contexte de crise générale du capitalisme et de révolution prolétarienne à l'ordre du jour, le fascisme peut par conséquent difficilement être un "rejet" des Lumières qui ne sont pas la remise en cause mais la consécration de cet État - se débarrassant simplement de l'instrument politique obsolète de l'absolutisme. Les "anti-Lumières" eux-mêmes n'étaient d'ailleurs (visiblement) pas si "anti-Lumières" que cela puisque, nous dit Delpla, ils cherchaient fréquemment à opposer les "bonnes" révolutions anglaise et américaine (Burke, par exemple, avait soutenu cette dernière) à la "mauvaise", la révolution bourgeoise française (conception que l'on trouvait déjà dans les maquis chouans et vendéens, dont bon nombre de leaders avaient fait la Guerre d'Indépendance américaine aux côtés de La Fayette, et que l'on a revue au goût du jour lorsqu'en 1989 le bicentenaire de ladite révolution a coïncidé avec la "chute du communisme") ; une "mauvaise" révolution française à laquelle ils reprochaient essentiellement son "dérapage" égalitariste "totalitaire" de 1792-94 et surtout... son expansionnisme "universaliste" (qui, lui, devait survivre à Thermidor) : rappelons qu'ils appartenaient souvent à des nations envahies et/ou en guerre contre les armées "révolutionnaires" bleu-blanc-rouges (Burke anglo-irlandais, Herder[2] allemand, Joseph de Maistre savoyard)... Un "universalisme" expansionniste qui devait forcément plus tard, pour les bourgeoisies du 20e siècle, évoquer celui de l'ennemi absolu : la Révolution bolchévique russe et son Internationale communiste !

Une autre grande référence de l'extrême-droite, ayant notamment donné son nom à un sinistre hebdomadaire, est elle aussi dans la même veine : Antoine de Rivarol. En parcourant sa biographie, l'on s'aperçoit que son œuvre la plus célèbre est un Discours sur l’universalité de la langue française (ce qui ne devrait pas déplaire à nos "maoïstes" sternhelliens !) prononcé à l'Académie de Berlin où il était l'invité de... Frédéric II ; et que dès Thermidor (chute de Robespierre et des ultra-démocrates) et a fortiori après le 18 Brumaire (coup d'État de Napoléon Bonaparte) son retour en France (qu'il avait quittée en 1792) était plus qu'une option - mais il mourra à Berlin en 1801 sans avoir pu réaliser son projet. Son attachement viscéral à l'institution monarchique et son rejet de l'égalitarisme (il était lui-même un "parvenu" de fausse noblesse...) n'en faisaient pas moins un "homme des Lumières", comme lorsque dans deux Lettres à M. Necker (en 1788) il professe un épicurisme élevé et soutient la possibilité d’une morale indépendante de toute religion, ou lorsqu'à partir de 1789 il participe aux Actes des Apôtres, une revue satirique monarchiste se réclamant de... Voltaire. Il n'était certainement pas hostile au "Progrès", au capitalisme d'ores et déjà triomphant ni (sans doute) à l'idée que l’État français d'Ancien Régime devait rapidement se réformer. Il voyait simplement dans la monarchie ou encore dans l’Église de nécessaires garantes d'ordre et de stabilité ; les "bafouer" revenant selon lui à ouvrir grandes les portes aux forces incontrôlables de la "populace" (ce à quoi, dès 1789, les faits ont pu sembler donner raison) : "quand les peuples cessent d'estimer, ils cessent d'obéir" proclamait-il. 

L'on pourrait encore citer, comme l'évoque Delpla, l'admiration d'Hitler pour l'Antiquité romaine (référence plutôt "lumiéreuse" s'il en est) ou encore pour Napoléon (à la pierre tombale duquel il réserva sa première visite à Paris) ; cette dernière étant bien sûr partagée avec une grande partie de l'extrême-droite hexagonale (Pierre Taittinger, fondateur des "Jeunesses patriotes" en 1924, était ainsi bonapartiste et l'on trouvait également des traces évidentes de bonapartisme chez les Croix-de-Feu/Parti "social" français, qui ont été - rappelons-le - la matrice idéologique du gaullisme, mais aussi chez le fondateur de "Jeune Nation" et de l'Œuvre française Pierre Sidos, qui revendique cette référence alors qu'il est traditionnellement plutôt classé national-catholique/maurrasso-pétainiste).

Nous avons déjà vu ici (deuxième partie de l'article : "Le fascisme entre tradition et modernité") comment le fascisme, s'il puise allègrement ses références dans le passé pour mobiliser en exaltant une communauté "organique" millénaire [et non un État simple construction politique historique, abritant parfois des nationalités (autres produits de l'histoire) différentes ("emprisonnées") et dans tous les cas des classes luttant entre elles, et voué à se transformer voire à disparaître dans cette lutte], n'est jamais "déconnecté" de son contexte historique réel aux problématiques duquel il est censé répondre. Il n'est donc, comme phénomène du 20e et maintenant du 21e siècle, JAMAIS véritablement "anti-Lumières" ; tout au plus (comme le suggère à un moment Delpla) une tentative de synthèse entre "Lumières" et "anti-Lumières" (entre gros guillemets maintenant que nous avons vu toute la relativité de ces définitions), dans un esprit d'"assumer toute l'histoire" de "l’État-nation" glorifié [l'on observe (aujourd'hui) particulièrement cette logique d'"assumer toute l'histoire" en Russie, où invalides.jpgtsarisme et capitalisme d’État soviétique sont gaiment réunis dans une même "continuité éternelle russe", mais aussi ici-même en France où convergent de plus en plus les tenants (principalement) de l’œuvre monarchique et ceux de l’œuvre bonapartiste et républicaine (clivage qui a sans doute lourdement handicapé le mouvement fasciste des années 1920-30), les uns (par exemple) acceptant la laïcité d'autant plus facilement qu'elle ne réprime plus que les "allogènes" tandis que les autres reconnaissent pour leur part les "racines chrétiennes" du pays, etc. etc.].

Derrière tout cela se trouve en réalité une contradiction intellectuelle fondamentale du capitalisme que nous avons déjà longuement évoquée : le capitalisme sécrète en permanence de l'humanisme (car il arrache l'individu producteur aux soumissions traditionnelles de "droit divin", oppose le "libre et créatif entrepreneur" au féodal parasite et doit aussi, très tôt, gérer le caractère social de la production) mais il doit aussi, immédiatement et continuellement, PIÉTINER cet humanisme à peine sécrété car son moteur reste fondamentalement un vol (l'extorsion de la plus-value au salarié) et la condition de cela reste et demeure "l'ordre" et le respect des hiérarchies sociales établies. Une contradiction que le fascisme (comme toutes les contradictions du capitalisme) doit et veut nier et qu'il nie donc, au besoin en niant le capitalisme lui-même (le terme ne désignant plus que la spéculation irraisonnée, les fortunes édifiées trop rapidement, le mode de production laissé en "roue libre" sans intervention de l'autorité politique ou tout simplement la "rapacité" économique, associée ou pas à l'épithète "juif")[3]... Mais cela ne veut pas dire que des tentatives de synthèse/négation de cette contradiction n'ont pas existé antérieurement, dès l'époque des Lumières (celles-ci ne sont-elles pas en elles-mêmes un ensemble de telles tentatives ?) voire de la Renaissance, avec peut-être moins d'urgence en l'absence de crise systémique du mode de production et de mise à l'ordre du jour de son renversement - encore que le tour "incontrôlable" pris (un moment) par la révolution bourgeoise française ait pu faire ressentir une telle urgence.

Ainsi, en substance, le fascisme n'est pas "anti-moderne" (ce qu'a peut-être voulu entendre Sternhell par "anti-Lumières") : il est un produit du capitalisme donc de la modernité que celui-ci induit. Ce qu'il veut c'est assumer cette modernité dans le respect de l'ordre et des "traditions" (synonymes de "valeurs d'ordre"), que "tout" ne "foute pas le camp", ce qui est finalement la problématique centrale du capitalisme en tant que tel : besoin de modernité (= développement des forces productives) mais, en même temps, conscience que cette modernité met chaque jour un peu plus son renversement à l'ordre du jour. De ce fait, si filiation du fascisme et en particulier du nazisme il y a, cela semble bien plus être avec l'aile droite des "Lumières"[4], celle-là même que Sternhell et tant d'autres qualifient à tort d'"anti-Lumières" [confusion que Delpla ne conteste pas voire... défend lorsque Sternhell lui-même en sort, au sujet de Burke], celle qui assume la nécessaire modernité mais sans vouloir rompre avec "l'héritage" et la "tradition", qui critique le "despotisme", le "cléricalisme" et vénère la "Raison" mais refuse les "excès égalitaristes" français de 1792-94 (autrement dit l'irruption des aspirations populaires sur la scène révolutionnaire bourgeoise - c'est typiquement la critique que Taine adresse à la période par exemple), qui admire l'Empire romain et ses "résurrections" temporaires (Charlemagne, Louis XIV, Napoléon), qui sanctifie la "liberté" et le "droit naturel"... pour les hommes blancs et aisés seulement et exècre les Juifs non en tant que non-chrétiens mais en tant (justement) que "pères" du christianisme... bref, bien plus avec ces "Lumières d'ordre" si bien incarnées par Frédéric II de Prusse qu'avec un supposé jésuitisme[5] qui rejetterait toute modernité postérieure au Moyen Âge (cela a-t-il seulement existé historiquement, passé le procès de Galilée en tout cas ?) ou même avec le "parti catholique" tel qu'il a pu exister en France au 19e siècle, opposé à la franc-maçonnerie (enfin surtout au Grand Orient, aile gauche la plus anticléricale de la franc-maçonnerie, beaucoup moins aux loges "écossaises" nettement plus conservatrices) : Hitler, comme le rappelle Delpla, détestait tout autant les catholiques (et à vrai dire le christianisme en général) que les francs-maçons... et autant de catholiques que de francs-maçons trouvèrent un modus vivendi tout à fait acceptable avec le régime !

Quant aux fameux fascistes "venus de la gauche" que met tant en avant Sternhell (voyant en eux l'aspect principal et le "moteur" du phénomène), les Valois, Déat et autres Doriot, ils se réclamaient carrément et sans hésitation... de la Convention montagnarde, du Comité de Salut Public et de "l'An II" ("L’État révolutionnaire de 1793 est singulièrement proche de l’État totalitaire ; ce n'est pas du tout l'État capitaliste et libéral (...). Disons en raccourci que la Révolution française a tendu vers un national-démocratisme, et que nous tendons maintenant vers un national-socialisme. Mais le premier mouvement était aussi révolutionnaire que le second, il avait le même sens, il allait dans la même direction. Il est absolument faux de vouloir les opposer l'un à l'autre" - Déat, Pensée allemande et pensée française, 1944) : non seulement les "Lumières", mais encore l'aile GAUCHE de celles-ci !

Pour ce qui est de l'"anticapitalisme" fasciste ("anticapitalisme romantique" comme disent les sternhelliens), il serait erroné de le réduire à une simple "démagogie pour mobiliser les travailleurs contre leurs propres intérêts" (bien que cette dimension ne soit pas à exclure, surtout aujourd'hui). Mais il faut bien comprendre que le terme de "capitalisme" émerge au milieu du 18e siècle, ne se répand réellement qu'au 19e ("révolution" industrielle)... et qu'au début du 20e encore, tout le monde ne lui donne pas le même sens strict que les marxistes : très souvent ne sont appelés "capitalisme" que les excès de celui-ci, l'inquiétude qu'il suscite dans une société bouleversée par la "révolution" industrielle (choc de modernité), voyant surgir sur la scène politique le prolétariat et ses revendications. On voit d'ailleurs bien qu'aujourd'hui, le fascisme ne se définit plus tellement comme "anticapitaliste" mais plutôt "contre le libéralisme", nouveau terme pour désigner les excès, "l'absence de régulation", la "finance mondialisée" et la "spéculation" auxquels est opposé le "bon" capitalisme "productif" et "enraciné". Eh bien, ce qui est entendu aujourd'hui par "libéralisme" équivaut peu ou prou à ce que les fascistes du 20e siècle dénonçaient comme "capitalisme". Le fascisme n'est pas "anticapitaliste", même lorsqu'il s'affirme tel : ce qu'il rejette c'est un capitalisme qui ne "gère" pas la société et permet à la révolution socialiste de se mettre à l'ordre du jour. Son modèle, en fin de compte, c'est le capitalisme des 16e-17e-18e siècles, qui s'appuyait sur les États "forts" absolutistes (ou "despotiques éclairés" comme la Prusse de Frédéric II...) mais leur devait aussi des comptes. Le fascisme est une certaine vision du capitalisme et non (comme l'affirment Sternhell et ses disciples) une autre vision du monde opposée à lui, ce qui mettrait notre époque politique dans une curieuse situation de "billard à trois bandes" : capitalisme-communisme-fascisme.

voltaireatable.gifQuant à l'antisémitisme, nous avons déjà vu qu'il plonge ses racines aux sources médiévales mêmes de l’État moderne et qu'il en est absolument indissociable (tant en Allemagne qu'en "France", en "Espagne", au Royaume-Uni  etc.) ; et nous savons également que la place des Juifs dans la société a toujours FAIT DÉBAT, jamais l'unanimité dans le mouvement des "Lumières" - entre partisans de leur rejet, de leur acceptation en tant que tels, de leur acceptation à condition de s'intégrer/assimiler etc. etc. ; la "main tendue" pouvant d'ailleurs (assez fréquemment) être suivie d'un violent rejet lorsque les Juifs semblaient la refuser, comme déjà au 16e siècle avec Martin Luther (dont le pamphlet Des Juifs et de leurs mensonges deviendra un livre de chevet des nazis), mais on retrouve très largement la même véhémence chez Voltaire et beaucoup de ses contemporains "éclairés" (... dont Frédéric II, là encore : faire Ctrl+F et chercher "juif" ici dans son Testament politique). Les Lumières n'ont JAMAIS été synonymes de "philosémitisme" systématique, la position consistant le plus souvent (au "mieux") en une sommation de se dissoudre dans l'"État-nation" ("tout leur accorder en tant qu'individus, tout leur refuser en tant que nation" - Stanislas de Clermont-Tonnerre, député libéral, décembre 1789) et la vieille hostilité médiévale se recyclant souvent (comme envers l'islam aujourd'hui !) sous couvert d'anticléricalisme (rejet des religions révélées dont le judaïsme est la "matrice")[6].

Ce n'est (comme nous l'avons dit) qu'après la Seconde Guerre mondiale, dans une volonté de dissocier le capitalisme des régimes fascistes vaincus qu'il avait pourtant engendré, que s'est développée cette conception "philosémite" parant de manière complètement irrationnelle les Juifs de toutes les qualités (donc toute aussi différentialiste que l'antisémitisme...) et proclamant que "s'en prendre aux Juifs c'est s'en prendre à la démocratie [capitaliste occidentale] elle-même"... tout cela restant d'ailleurs très relatif - tout le monde a en mémoire les "Français innocent" de Raymond Barre après l'attentat de la rue Copernic (1980), la "tronche pas catholique" de Laurent Fabius dans la bouche de Georges Frêche (pourtant défenseur acharné du sionisme !) ou encore le ramdam médiatique (comme par hasard au lendemain de la catastrophe financière de 2008) autour de l'affaire Bernard Madoff, cet escroc n'ayant certainement pas provoqué la crise à lui tout seul mais brusquement érigé en "symbole" de la délinquance financière... et se trouvant être juif. 

 

http://www.delpla.org/article.php3?id_article=261

À propos de Sternhell (Zeev), "Les anti-Lumières"

Paris, Fayard, 2006

Ce livre qui se lit comme un roman (si ce n’est qu’on l’apprécie plus encore à la seconde lecture !) montre l’intérêt de l’histoire des idées, même sans la moindre référence au contexte de leur élaboration, comme si elles se transmettaient d’auteur à auteur. Elles se transmettent aussi comme cela, et c’est certes, en amont, un facteur important de leur genèse, de même qu’un éclairage non négligeable, vers l’aval, sur leur portée. Une telle méthode donne au chercheur une légèreté qui lui permet de se déplacer à travers les siècles plus facilement que s’il devait traîner les impedimenta des conditions économiques, sociales et politiques -auxquelles Sternhell ne s’interdit d’ailleurs pas de faire allusion.

Au cœur du propos, le repérage d’une double modernité : contrairement à l’idée commune suivant laquelle tout adversaire des Lumières serait un réactionnaire, ceux que présente le livre sont bien de leur temps et d’ailleurs, le plus souvent sans le reconnaître, ils profitent largement de l’apport des Lumières. Celles-ci postulent l’unité du genre humain : l’homme, animal raisonnable, vit en société sur la base d’un contrat le plus souvent implicite ; les philosophes français, inspirés par Locke et prolongés par Kant, travaillent à l’expliciter pour montrer qu’on peut l’améliorer, en diminuant la part des superstitions et en augmentant celle de la raison. « L’autre modernité », celle des anti-Lumières, ne consiste pas à ce que chaque auteur exalte les institutions de son propre pays ou demande qu’on les rétablisse dans leur état ancien si on vient de les changer : ces penseurs ne sont donc ni conservateurs ni réactionnaires. Ils sont, comme les Lumières, cosmopolites : c’est partout, d’après eux, que l’existant est préférable au changement, car il est légué par d’innombrables générations qui savaient ce qui était bon dans tel endroit pour tel peuple. Ce qu’il y a ici de moderne, c’est un relativisme moral et politique, qui tend à répudier toute norme générale.

AVT_Zeev-Sternhell_7583.jpgCette modernité initiée par Burke et Herder, relayée entre autres par Renan, Taine, Barrès, Sorel, Spengler et Meinecke, puis, après la seconde Guerre mondiale, par le professeur d’Oxford Isaiah Berlin et les néo-conservateurs américains, calomnie les Lumières en prétendant, par exemple, qu’elles conçoivent l’homme comme partout identique -alors qu’un Montesquieu ou un Voltaire se sont beaucoup penchés sur les différences entre les civilisations. On prétend aussi, avec beaucoup de mauvaise foi, que les Lumières sont « européocentristes » et exaltent la supériorité de la civilisation occidentale. Or Voltaire, peu indulgent pour le « fanatisme » qu’il avait sous les yeux, savait au contraire lui opposer de sympathiques manifestations de tolérance repérées sous d’autres climats. [Là on ne peut être qu'en désaccord et s'étonner d'une telle méconnaissance, chez un historien, des propos violemment racistes et antisémites de Voltaire dans son œuvre : http://www.contreculture.org/AG%20Voltaire.html... Et dans un souci (certes) de contourner la censure monarchique et ecclésiastique, c'étaient plutôt les exemples de "fanatisme" qu'il allait chercher sous "d'autres climats" !]

Si le livre contient de savoureux passages sur Burke et sa condamnation intéressée de l’élargissement du suffrage, lui qui devait tant au système bien nommé des « bourgs pourris », il s’attarde surtout sur Herder, dont Sternhell montre à la fois qu’il a influencé plus de gens qu’on ne croit d’ordinaire et qu’il a exprimé des idées qu’on attribue volontiers à des auteurs plus tardifs, notamment à propos des Juifs : la thématique antisémite d’un Drumont est déjà, pour l’essentiel, en place dans son œuvre.

Il y a donc, pendant un bon siècle et demi, une accumulation d’écrits qui préparent le fascisme, en habituant les esprits à penser en termes nationaux et à ne prêter d’intérêt qu’aux entreprises qui permettent d’augmenter la puissance d’un pays, plutôt que le bonheur des hommes. Dans « fascisme », il faut entendre aussi « nazisme », et moins que jamais Sternhell ne cherche à distinguer les deux. C’est là sans doute la principale faiblesse de sa construction. S’il les mentionne à l’occasion, il n’explique en rien les formes infiniment plus nocives prises par le phénomène en Allemagne et méconnaît le caractère local et transitoire du fascisme partout ailleurs : témoin le fait que l’antisémitisme fut, en dépit de la révérence des dictateurs envers les anti-Lumières, bien peu virulent en Italie, en Espagne ou au Portugal. Pire, l’une des rares occurrences du nom de Hitler (p. 575) consiste à accuser Ernst Nolte, qui a certes de gros défauts mais non celui-là, d’exagérer son rôle :

En faisant du nazisme un reflet du communisme et une réponse légitime au danger bolchevique, en le coupant de ses racines idéologiques et culturelles, en mettant un accent démesuré sur le rôle du Führer, le nazisme peut être quasiment évacué de l’histoire nationale.

barbarossa2Cette impuissance même à distinguer le cas de l’Allemagne en prenant en compte la personnalité exceptionnelle de son leader, montre la voie à suivre pour tirer pleinement parti de ce maître livre et prolonger ses découvertes. D’une part, Hitler, qui était peut-être moins inculte que Sternhell ne l’imagine, avait probablement lu Herder et assimilé son antisémitisme, pour en faire, avec la logique implacable qui le caractérisait, une dimension essentielle de sa politique. D’autre part et surtout, la doctrine nazie n’était pas banalement ni entièrement « anti-Lumières ». Hitler était purement et simplement pro-allemand et d’ailleurs il réintégrait dans le panthéon intellectuel de sa patrie deux auteurs vomis par Herder et consorts, à savoir Kant et Hegel. Plus largement, il faut le considérer au moins en partie (et sans en faire un philosophe ni un intellectuel) comme un anti-anti-Lumières ou, en termes hégéliens précisément, comme l’auteur d’une synthèse qui prolonge, en les dépassant, la thèse et l’antithèse. L’idée d’un progrès l’intéresse, et non moins celle de l’unité du genre humain : c’est bien pour cela que les Juifs, ces parasites à détruire sans faiblesse, n’en font pas partie, et que les autres hommes forment des races et non des espèces.

Une autre différence irréductible entre le nazisme et les anti-Lumières apparaît lorsqu’ils pèsent les mérites de l’empire romain mais Sternhell, qui montre que les anti-Lumières le détestent pour son cosmopolitisme, ne paraît pas s’aviser que Hitler le porte aux nues, et omet en conséquence de se demander pourquoi. C’est que les nations n’intéressent précisément pas le dictateur allemand... si ce n’est la sienne. Il n’a donc rien contre un empire qui les étouffe et les mélange... pourvu que ses élites présentent un semblant d’unité « raciale ». Créé et dominé par des peuples indo-européens, cet empire maintient ceux qui ne le sont pas dans une double infériorité, par l’esclavage à l’intérieur et par le terme de « barbares » appliqué aux étrangers. Par ailleurs, il dégénère lorsqu’il devient chrétien, c’est-à-dire, pour parler comme Hitler, s’abandonne à l’influence juive. « Effacer 2000 ans de christianisme : voilà bien l’essence du projet nazi et ce qui le distingue le plus des régimes dits fascistes, tous plus ou moins tolérants envers les Eglises.

Les anti-Lumières eux-mêmes ont pour les religions les yeux de Chimène, à condition qu’elles ne soient pas trop missionnaires, puisqu’ils révèrent partout les traditions. Ils conçoivent l’homme comme inscrit dans la nature, et les sociétés comme des arbres. Ils n’ont que faire d’un jardinier volontariste qui révère aussi, à sa façon, la nature, mais en privilégiant une de ses leçons les plus inhumaines : tout est lutte et il ne faut pas s’opposer, au nom d’une vaine sensiblerie, à l’écrasement des faibles. Chez les anti-Lumières, montre Sternhell, il n’y a pas de contrat social mais un donné qui partout s’impose à l’individu et devant lequel il doit s’incliner. Parmi les passages les plus intéressants du livre figurent ceux qui montrent ces auteurs en extase devant les préjugés de caste ou de classe. Hitler en fait plutôt table rase : l’homme fort a tous les droits, et le devoir de plier tout ce qui existe à sa volonté. Loin de respecter l’état de choses existant comme une œuvre sacrée de la nature, il entend, en quelques années, remodeler la carte du monde en même temps que la biologie ! Or ce programme ne peut s’accomplir par la seule force brutale, sinon le réel se rebifferait immédiatement. Il faut apprivoiser et chloroformer les futures victimes, les diviser, sérier les questions, avancer à pas comptés et sous un masque, bref faire triompher la folie à grand renfort d’intelligence et de raison.

nazisme hitlerEn conséquence, il convient de dialectiser non seulement le rapport de Hitler aux Lumières, mais l’usage qu’il fait des anti-Lumières. Il flatte tant et plus leurs aspirations, lorsqu’il se présente comme un conservateur raisonnable qui met au pas ceux qui transgressent les règles admises ou menacent de le faire : homosexuels, suffragettes, marxistes, artistes modernes etc. Il séduit et neutralise d’autant plus sûrement ses précurseurs, adeptes d’une « révolution conservatrice », qu’il cultive son personnage d’autodidacte brouillon et vociférant, semblant leur dire qu’il a besoin de leurs compétences et aussi que, s’il va trop loin et commence à leur déplaire, ils pourront facilement se débarrasser de lui. La violence nazie se fait admettre à la fois parce qu’elle est beaucoup moins meurtrière qu’elle ne s’annonçait elle-même (et va jusqu’à se retourner apparemment contre elle-même lors de la nuit des Longs couteaux) et parce qu’elle semble temporaire. Elle arrive à se présenter comme un instrument, apte à rééquilibrer un pendule qui penchait trop vers la réforme ou le débraillé, et à rentrer ensuite sagement dans la boîte à outils. De ce point de vue, on peut bien dire que les anti-Lumières allemands des années 1920 (Spengler et Carl Schmitt notamment) ont fait le lit du nazisme, à condition de préciser qu’ils croyaient le faire dans la chambre d’amis et qu’ils se sont à leur grande surprise (et à leur désappointement impuissant) trouvés prestement interdits de séjour dans les pièces principales.

Sternhell écrit là un livre de combat à l’usage de notre époque. Membre de la gauche israélienne (comme il le suggère dans une note de la p. 499), il exalte la démocratie en dénonçant ses contrefaçons et montre implicitement les Etats-Unis à la croisée des chemins. La guerre froide a vu l’Occident se réclamer de la liberté plus que de la démocratie, et ce n’est pas un hasard. Sternhell montre qu’on peut aimer celle-là en détestant celle-ci, à l’instar d’I. Berlin et de son œuvre la plus connue, une conférence de 1958 sur la différence entre liberté négative et liberté positive. Il y proclame que seule la liberté négative (freedom from) est à rechercher et à défendre : celle qui consiste à ménager autour du citoyen un espace où il fait ce qu’il veut, sans limite ni contrainte légales. La liberté positive (freedom to), c’est-à-dire le droit d’aménager la cité de concert avec ses semblables, serait le germe de tous les totalitarismes. Or la liberté positive seule, rappelle Sternhell, a partie liée avec la démocratie -que ce texte de Berlin répudie donc sans le dire. Il ne va pas toujours aussi loin. Il ne se proclame pas adversaire des Lumières et il faut souvent un œil exercé pour s’en rendre compte, ainsi quand il annexe aux Lumières Burke en personne, en jetant un voile pudique sur ses anathèmes contre le peuple, assimilé tout au long de son œuvre à une populace excitée [c'est pourtant, pour le coup, tout à fait exact : Edmund Burke était un whig (libéral) qui défendra même au Parlement anglais (à ses risques et périls, donc) les Burke-Edmund-LOC.jpgindépendantistes américains et ne se détournera de la Révolution française que devant ses "excès"... et se méfier de la "populace excitée" n'a jamais été en soi antinomique des "Lumières"]. Il y a chez ces anti-Lumières tardifs beaucoup de confusion et, l’auteur n’hésite pas à l’écrire, de malhonnêteté, par exemple lorsqu’un disciple de Berlin reproduit ses articles en les réécrivant subrepticement (p. 521).

L’époque des Lumières est marquée par trois révolutions, l’anglaise de 1688, l’américaine et la française. Sternhell insiste sur leurs points communs et montre que l’effort d’une bonne partie des anti-Lumières consiste à les opposer, comme si la Manche formait une barrière idéologique : la mauvaise révolution française, trop démocratique, jurerait avec les deux autres, réduites à des mouvements d’humeur de portée locale contre les abus du despotisme. Sternhell dit après bien d’autres, mais en décryptant comme personne les efforts des anti-Lumières, depuis deux siècles, pour masquer cette vérité, que les révolutionnaires français puisaient aux sources anglo-saxonnes, mais poussaient plus loin sur la voie des droits de l’homme. Ce faisant, il rétablit le rôle majeur de la France dans la diffusion de la démocratie, tout en y associant le nom de Kant : l’ouvrage parle d’un bout à l’autre des « lumières franco-kantiennes » et les oppose, sur la scène allemande, au Sturm und Drang qu’anime Goethe aussi bien que Herder.

Ces rappels sont propres à doper le moral des démocrates d’aujourd’hui et le pourront d’autant mieux qu’on ne fera pas du nazisme le produit quasi-mécanique d’une accumulation d’idées obscurantistes. Le libre débat qui avait permis à la France de se doter d’une république stable en dépit de Renan et de Maurras était en passe de produire cahin caha les mêmes effets dans l’Allemagne de Weimar... si Hitler avait été un vulgaire Boulanger. Mais ce politicien à l’intelligence insoupçonnée, et encore aujourd’hui généralement sous-estimée, sut exploiter les affrontements idéologiques pour imposer ses propres thèses, d’une grossièreté radicalement inédite. Ce livre, en aidant à connaître le milieu intellectuel dans lequel a baigné sa formation et qu’il a, par la suite, manipulé, affinera la connaissance du Troisième Reich et les leçons tirées de ce moment catastrophique de l’histoire, à condition de reconnaître que le terreau n’a pas spontanément engendré son laboureur.



[1] Une idéologie qui proviendrait selon lui de la "rencontre" entre la droite nationaliste "anti-Lumières" et une certaine gauche "syndicaliste révolutionnaire" et/ou "anticapitaliste romantique" ayant rejeté le marxisme - ce qui donne en fin de compte un étrange vernis d'"orthodoxie" marxiste (mais alors, comment être en même temps sioniste ?) posé sur les thèses de l'"antitotalitarisme" bourgeois (le fameux "les extrêmes se rejoignent", rappelons par exemple que Bernard-Henri Lévy partage globalement les mêmes analyses dans son ouvrage L'idéologie française)... En fait, tout ce que ceci montre c'est que Sternhell ne comprend absolument pas le concept marxiste-léniniste d'hégémonie (Gramsci). La réalité c'est qu'en situation de crise générale du capitalisme, ce que l'on qualifiera d'extrême-droite exerce petit à petit une HÉGÉMONIE intellectuelle TOTALE sur l'INTÉGRALITÉ du champ politique de la société capitaliste... ceci pouvant inclure jusqu'à des éléments de la "gauche de la gauche" [et bien sûr de la "gauche radicale d'affirmation des Peuples", comme typiquement Yann-Ber Tillenon ou Padrig Montauzier en Bretagne] - et s'ils ne sont pas ou que très superficiellement marxistes, c'est évidemment encore plus facile ! Mais ce sont des éléments de la mobilisation fasciste PARMI D'AUTRES ; il suffit de penser par exemple à la quantité de radicaux de la 3e République (qui seraient l'équivalent de notre PS d'aujourd'hui !), bien francs-maçons et "libres penseurs" comme il faut (purs produits des Lumières en quelque sorte !), qui se rallieront à la "Révolution nationale" pétainiste en 1940 ! Or Sternhell choisit de focaliser sur ce phénomène pour en faire la véritable "fécondation" de ce qui deviendra le fascisme (par exemple le "Cercle Proudhon" où peu avant la Grande Guerre "convergeaient" des militants de l'Action française - à l'initiative du truc, ce qui ne trompe pas ! - et quelques "syndicalistes révolutionnaires" comme Édouard Berth ou Georges Valois, proches de Georges Sorel - mais ce dernier était lui-même plutôt hostile à la démarche).

[2] En parcourant la biographie Wikipédia de ce dernier, on découvre même qu'il a totalement été un homme des Lumières, ami de Goethe et même... membre des "Illuminés de Bavière", société secrète de type maçonnique ayant donné naissance au délire des "Illuminatis" qui persiste encore aujourd'hui. Il a simplement pris ses distances avec la Révolution française après les Massacres de Septembre (1792). En revanche, il était bel et bien violemment hostile aux Juifs (dans un esprit très voisin de celui de Voltaire...) ; un antisémitisme des Lumières qui a sans doute autant sinon plus nourri l'antisémitisme exterminateur du 20e siècle que le vieil antijudaïsme chrétien (qui laissait, rappelons-le, l'opportunité aux Juifs de cesser de l'être en se convertissant, alors que l'antisémitisme les voyant comme une "race abjecte" ne le permet pas). C'est donc là encore une formidable illustration du "sérieux" de l'analyse de Sternhell et (donc) des "maoïstes" qui s'en réclament.

[3] Bien sûr, au même titre qu'avec le proudhonisme en Hexagone, l'une des composantes (loin d'être la seule...) de ce bric à brac idéologique va être l'exaltation du capitalisme naissant médiéval (généralement non désigné comme capitalisme) dépeint comme "pur", par opposition à "ensuite" - le capitalisme "en grand", triomphant, à partir du 18e siècle. C'est ainsi que le 'p''c''mlm' va nous présenter en ce moment même un certain Rudolf Jung (Allemand des Sudètes) et son "socialisme national" comme "à la base même" de l'idéologie nazie (il en a, en effet, été un contributeur important mais pas le seul) ; et va particulièrement insister sur "l'éloge de la paysannerie médiévale et du petit commerce" par celui-ci dans ce qui se veut une allusion "cryptée" et, en réalité... une compréhension complètement de travers de notre longue étude sur la société médiévale en général (occitane en particulier) publiée l'automne dernier. Toute l'activité du 'p''c''mlm' depuis 6 mois (au moins) consiste en effet à nous présenter sans jamais nous nommer comme des "anticapitalistes romantiques" et des nazis en puissance qui exaltent la société précapitaliste et rejettent le "progressisme" de sa destruction par le capitalisme et l’État moderne, "fantasment" une Occitanie conçue comme une communauté "organique" et "socialiste en soi" à laquelle le capitalisme serait "étranger" et "imposé de l'extérieur" etc. etc., tout ceci devant (bien sûr) nous conduire tôt ou tard à l'antisémitisme (à moins que ce ne soit déjà le cas, c'est en tout cas la position de certains), obligés que nous serions de pointer "le Juif" comme "seule explication possible" à ce que nous avançons. Travestissement grotesque - entre lecture en diagonale et mauvaise foi caractérisée - de ce que nous disons, mais passons.
Nous avons en substance, dans notre étude sur le païs médiéval (communauté paysanne/villageoise), défini celui-ci comme ayant deux aspects, comme étant à la croisée des chemins en quelque sorte : la communauté ancestrale collectiviste (produisant de manière collectiviste ce qui ne veut pas dire pour le seul bénéfice de la collectivité : il y avait évidemment le seigneur des lieux qui ponctionnait sa part du produit) qui se meurt, et le capitalisme rural qui émerge en générant d'un côté (un se divise en deux) une couche de notables, gros fermiers et autres possédants et de l'autre, un prolétariat rural et une paysannerie paupérisée que le développement du capitalisme dans les villes viendra peu à peu "aspirer". Tout ce processus est bien entendu interne et intrinsèque au païs considéré (cette société paysanne et villageoise qui représente 99% de la population au Moyen Âge et encore près de 90% à la veille de la "révolution" industrielle). L’État moderne comme cadre politique adapté et nécessaire à cette affirmation du capitalisme vient se superposer à cela, il ne "l'importe" pas même si en Occitanie, en l'occurrence, il est le fruit d'une conquête militaire par le Nord capétien. L'Occitanie du 13e siècle était, de fait, bien plus capitaliste que le Bassin parisien ; mais pour passer à un niveau supérieur de développement capitaliste il lui fallait un cadre politique (l’État moderne) qu'elle n'a pas su, pu ou (simplement) eu le temps de se donner et qui lui a (donc) été apporté par son annexion meurtrière au domaine capétien, futur État français : voilà ce que nous disons. Ceci, si l'on distingue très schématiquement une masse des producteurs et des couches possédantes (possesseurs de moyens de production, au titre du droit féodal évidemment à l'époque, mais prérequis indispensable à une économie capitaliste), s'est imposé de force à la première (comme tout appareil de domination de classe) mais de gré à une partie des secondes et de force à une autre - qui aurait peut-être "préféré" un cadre politique strictement national, ceci étant déjà (tout de même) en gestation alors, mais aussi dans bien des cas sans la moindre conscience de ce qui se jouait, dans un pur cadre de concurrence entre possédants (untel et untel et encore untel se tournant vers le roi de France contre ses ennemis héréditaires, etc.). La même chose (avec ses spécificités dans chaque cas) s'est déroulée à peu près pareillement dans toutes les parties des grands États qui composent aujourd'hui l'Europe, que ces territoires aient eu (d'ailleurs) des caractéristiques nationales à l'époque ou non (dans tous les cas la subsidiarité politique médiévale a été "tuée" au profit de l’État moderne centralisé dirigeant "du haut vers le bas" et l'autosuffisance économique des communautés populaires a été liquidée, ainsi que Marx le décrit en Angleterre sous l'État... anglais).
Ce que nous avons mis en avant dans notre étude (et d'autres documents), c'est donc surtout l'aspect collectiviste primitif résiduel du païs médiéval tout en soulignant bien le caractère inévitable du processus qui a suivi ; ainsi que la subsidiarité politique qui prévalait alors parce qu'elle rejoint notre conception de la société socialiste de demain, avec ses Communes populaires comme cellules de base et ses échelons territoriaux plus grands, indispensables mais ne devant s'occuper que de ce que la Commune ne peut pas faire toute seule. Quant au fait que l’État du Capital, là où nous vivons et le combattons (en Occitanie), soit le produit d'une conquête et d'une soumission militaire... nous le soulignons tout simplement parce que c'est la réalité et que comprendre cette réalité (et non la refuser) nous permettra seul de lutter victorieusement. Nous avons observé qu'une fois l’État constitué, le Capital... de la capitale (Paris) s'est naturellement retrouvé au sommet de la pyramide et qu'il a agencé le développement capitaliste et l'organisation sociale de la production (= l'organisation de l’État) conformément ses intérêts, en Centres et en Périphéries où se concentrent respectivement le POUVOIR (politique, économique et culturel) et l'exploitation, l'oppression et l'aliénation... et nous avons formulé à partir de là que la Guerre révolutionnaire du Peuple devait consister en un encerclement des premiers par les secondes. Nous avons également observé que l’État français, durant 8 siècles, a consacré d'immenses efforts à briser la résistance des couches possédantes réfractaires (bien sûr) mais aussi des masses populaires ; le premier combat s'inscrivant (en dernière analyse) dans le cadre de la concurrence capitaliste tandis que le second, lui, s'inscrit dans ce que Marx a décrit comme l'accumulation primitive du capital et l'arrachement des producteurs à tout moyen de production et de subsistance autre que leur force de travail (à "vendre" quotidiennement au capitaliste) ; les deux prenant dans tous les cas un aspect culturel : l'imposition de la langue et de la culture française à l'Occitanie. Or si ce combat culturel a presque totalement réussi dans les couches aisées, il n'en a pas été de même auprès des couches populaires, travailleuses, ouvrières et paysannes ; et ceci, cette conscience occitane résiduelle, n'est pas selon nous un "vestige obscurantiste du passé" qu'il faudrait achever de balayer mais au contraire la base de la prise de conscience de tout le reste, pour pouvoir engager le combat contre ce "tout le reste"... qui n'est autre que le capitalisme et l’État français. Voilà ce que nous disons !!! Pour ce qui est du "progressisme" du capitalisme et de l'État moderne, il est vrai que nous évitons ce terme devenu au fil du temps synonyme de "bien", de "positif". Nous voyons l'imposition du capitalisme et de l'État moderne (qui va avec) comme un passage souvent douloureux, parfois positif (progrès technique et scientifique, développement de la considération humaniste pour l'individu) et dans tous les cas nécessaire et incontournable de l'espèce humaine vers le communisme... ce qui n'est ni plus ni moins que la conception de Marx (il suffit de lire le Capital). Il nous semble simplement que la confusion entre progrès objectif (l'humanité devait objectivement en passer par là) et "progressiste" au sens de "positif" (connotation morale) a pu amener par le passé à célébrer l’œuvre de l'ennemi (l’État moderne devenu "République une et indivisible" par la révolution bourgeoise)... que l'on peut alors difficilement combattre. Nous, nous COMBATTONS l’État français appareil politico-militaire de la classe dominante capitaliste. Mais nous ne sommes pas non plus pour un État occitan, un État breton, un État corse etc. etc. qui seraient autant de petits États français miniatures : nous sommes pour une organisation sociale radicalement nouvelle, l'"État" des Communes populaires fédérées !
L'approche de Rudolf Jung, elle (puisque c'est l'exemple que veut mettre en avant le 'p''c''mlm'), nous semble bien différente... Son "éloge de la paysannerie médiévale et du petit commerce" nous semble surtout être un éloge de l'aspect capitaliste naissant de la société médiévale... tout en "déplorant" l'évolution par la suite, le capitalisme "en grand" avec ses banques, sa grande industrie (et mort de la petite), sa "spéculation" (et mort du petit commerce) etc. etc., toutes choses pourtant inévitables mais que Jung rejette et (seules) regroupe sous le vocable de "capitalisme". Et comme ce capitalisme "en grand" ne "peut pas" (dans son esprit) être le fruit naturel et inévitable... du capitalisme naissant, il ne peut donc résulter que d'une intervention extérieure et/ou d'un mal ("l'avidité") qui se serait emparé du "corps sain", et qui se trouve très vite identifié avec la "main du Juif" (identification pratiquement inévitable dans la région d'Europe où il vit). En tant que Sudète, la culture populaire de Jung est celle de ces petits villages de "défricheurs" de l'épaisse forêt médiévale, peuplée de deux "espèces nuisibles" : le loup et le Slave. Il est donc tout logiquement aux avant-postes pour célébrer cette mythologie du paysan-entrepreneur libre "défrichant" les terres sauvages et "construisant tout de ses mains", faisant "avancer la civilisation" sans l'intervention néfaste des "banques" ni de la "bureaucratie"... Un esprit que l'on retrouve, par exemple, omniprésent dans l'extrême-droite nord-américaine célébrant le "pionnier" et qui a rejailli de là (un peu) sur l'ancienne métropole britannique, elle aussi (à l'origine) nation de "défricheurs" libres (les yeomen) - sauf que dans tous ces pays le mot "socialisme" (quasiment synonyme de "marxisme" ici) est absolument tabou et il ne viendrait à l'idée de personne de s'en réclamer, c'est plutôt la "liberté" qui est mise en avant, mais l'idée de petits producteurs "libres" et "librement associés", "naturellement solidaires" sans imposition "bureaucratique" (idée que l'on retrouve ici chez Proudhon...) est en dernière analyse la même que dans le "socialisme national" de Jung.
Quant à la conception de l’État... Jung est tout simplement un partisan de la "Grande Allemagne" englobant toutes les communautés de langue germanique, comme des millions et des millions de ses contemporains (la "Petite Allemagne" de 1871 s'était plus imposée par défaut qu'autre chose), ce qui correspond particulièrement bien (de surcroît) à sa culture de "pionnier" sudète face au monde slave (Drang nach Osten). Cet État grand-allemand aurait dû être (selon lui) l'émanation "naturelle" de la communauté médiévale capitaliste primitive qu'il encense - il a correctement saisi que l’État moderne (dont il est un partisan) procède directement de l'émergence/affirmation du capitalisme (qu'il n'appelle pas ainsi et dit rejeter) ; mais des aléas ont fait que cela n'a pas été le cas et il ne comprend pas, ou refuse carrément de comprendre ces aléas (ce que seule une grille d'analyse marxiste permettrait). Ce ne peut donc être que "la faute à" la monarchie autrichienne (Habsbourg) qui serait tombée "aux mains des Juifs" (avec lesquels elle s'est effectivement montrée libérale à partir du 18e siècle). L’État est vu par Jung comme la "destinée" d'une communauté nationale (Volk) et l’État des Volksdeutsche doit être la Grande Allemagne, un point c'est tout, seule une "force maléfique" (= les Juifs) pouvant contrarier cette "destinée". Il n'est pas vu comme un instrument de classe (il n'y a pas de classes dans la communauté nationale idéalisée de Jung) ni le fruit d'un processus complexe et aléatoire, marqué notamment par la concurrence entre Centres capitalistes pour se tailler une base fondamentale d'accumulation et n'ayant d'ailleurs jamais, en Europe ni ailleurs, vraiment engendré d’États qui correspondent exactement à ce que les marxistes définissent comme une nationalité.
Par exemple, s'il n'y a pas d’État occitan, c'est parce qu'au moment décisif (13e siècle) les tentatives des classes dominantes occitanes (toujours partielles : Aquitaine-Gascogne, Languedoc, Provence, jamais l'Occitanie entière) ont échoué pour tout un faisceau de raisons et ont été écrasées par l'expansionnisme capétien, porté par la bourgeoisie francilienne. De même, s'il y a une Allemagne et une Autriche, c'est parce qu'au 19e siècle il y avait deux grands Centres de pouvoir (les Hohenzollern de Prusse appuyés sur la bourgeoisie brandebourgeoise et rhénane et les Habsbourg d'Autriche appuyés sur la bourgeoisie de Vienne) qui n'ont jamais réussi à s'entendre, revendiquant chacun l'unification des peuples de langue germanique sous sa seule coupe [de fait, si quelque chose marque la singularité du nazisme au sein du fascisme européen en général, c'est peut-être cet échec historique de la bourgeoisie allemande à assouvir son "grand" projet : un État allemand correspondant peu ou prou au Saint-Empire de l'An Mille et exerçant sa domination sur toute l'Europe centrale et orientale]. Tout cela est aussi aléatoire (dépend d'autant de facteurs) que le fait que dans la nature, le lion attrapera tel jour la gazelle et tel jour non ; mais Jung refuse d'admettre de tels aléas car il ne voit pas les choses en matérialiste mais en idéaliste, en termes de "peuple" comme communauté organique et d’État comme "destin" de cette communauté. Jusqu'en 1918 les Allemands des Sudètes se trouvaient dans l'Empire austro-hongrois, puis ils se retrouvèrent dans un nouvel État dénommé "Tchécoslovaquie". Ceci, effectivement, n'était pas démocratique : les Sudètes étaient niés à l'intérieur d'un État base d'accumulation pour la bourgeoisie tchèque (en réalité celle-ci était très faible et une telle chose n'était possible qu'avec le soutien impérialiste de l'Entente, les vainqueurs de la Première Guerre mondiale). Mais tout ceci n'était pas le problème de Rudolf Jung, qui avait d'ailleurs déjà commencé son militantisme pangermaniste depuis bien longtemps (sous l'Autriche-Hongrie), définitivement forgé son idéologie et mis le point final à son œuvre maîtresse (Le Socialisme national) alors que la Tchécoslovaquie voyait à peine le jour. Son problème, son objectif, c'était la Grande Allemagne qui n'avait pas réussi à se constituer au 19e siècle, projet impérialiste fort peu soucieux (d'ailleurs) de "pureté" ethnique allemande lorsqu'il s'agissait d'annexer (et d'asservir) des populations slaves.

Tout cela, ce sont des contradictions du capitalisme que le fascisme (ce qu'était l'idéologie de Jung) et, dans un sens, l'idéologie bourgeoise en général (mais de manière moins ouvertement agressive) a pour vocation existentielle de nier et dissimuler sous des mythes pour tenter de les "surmonter" et de faire exister ce que chaque bourgeoisie perçoit comme sa "destinée", plus ou moins contrariée par l'histoire ! [Il en va exactement de même du mythe de la "Gaule" et de "l'Hexagone", ce "cristal" parfait qui "ne pouvait avoir une autre forme", correspondant exactement aux "frontières naturelles" de la base d'accumulation "idéale" visée par l'expansion parisienne "française" tout au long des 17e, 18e et 19e (voire 20e) siècles.]

Nous, notre prétention est seulement de comprendre les processus du passé car de ceux-ci découle le présent ; afin de pouvoir transformer ce présent et construire l'avenir !!!

[4] Dans le cas spécifiquement français, au demeurant, dès 1789 et totalement dans la seconde moitié du 19e siècle, le clivage entre droite et gauche des Lumières tendra à recouper assez nettement un clivage Nord-Sud et à se coupler, dès lors, à une hostilité aux Juifs puisque l'Occitanie avait été leur Sion médiévale et puisqu'à l'époque les Juifs de France étaient soit alsaciens ou lorrains, soit occitans (communautés de Provence-Languedoc issues du Comtat papal et communautés gasconnes)... le clivage s'ancrera rapidement et par la suite, si les exceptions sont devenues célèbres (Maurras), l'Occitanie restera relativement hermétique à la "droite révolutionnaire" dont parle Sternhell - en revanche, sous Vichy, il existera une collaboration de gauche (René Bousquet etc.).

[5] Les Jésuites ne se caractérisaient d'ailleurs pas par un antisémitisme particulièrement virulent pour leur époque : http://fr.wikipedia.org/wiki/Relations_entre_Juifs_et_Jésuites...
Il s'agit vraiment du seul courant de pensée (en tout cas l'avant-garde du seul courant) réellement qualifiable d'"anti-Lumières"/"anti-moderne" à l'époque considérée. Ils s'opposaient à vrai dire non seulement aux Lumières mais à toutes les "idées nouvelles" surgies depuis le 16e siècle, y compris les grandes découvertes scientifiques indiscutables comme l'héliocentrisme de Copernic (le fait que la Terre tourne autour du Soleil et non l'inverse), et non seulement à l’État bourgeois (monarchie ou même république parlementaire) voulu par les Lumières mais aussi à l’État moderne sous sa forme monarchique absolue (mouvement des monarchomaques), tel que théorisé par Jean Bodin par exemple. Ils étaient, en réalité, les derniers défenseurs de la "république populaire" et de la subsidiarité médiévale sous le "patronage" bienveillant de l’Église ; et bien qu'attachés à certaines hiérarchies sociales et à l'obéissance à ces hiérarchies, ils opposaient même à la modernité de leur époque (affirmation quotidienne de capitalisme et de son État) des conceptions très démocratiques voire sociales, qu'ils mirent notamment en pratique dans leurs missions du Paraguay
[l'origine basque des deux principaux fondateurs de l'ordre, Ignace de Loyola et François Xavier, contemporains (au demeurant) de l'exécution militaire du Royaume de Navarre par le jeune État moderne espagnol, n'est sans doute pas dissociable de ce catholicisme "populaire", "foi du charbonnier" et "républicain" anti-absolutiste porté par les Jésuites ainsi que d'un certain esprit de syncrétisme avec les croyances ancestrales pré-chrétiennes que l'on retrouvera notamment dans les missions du Paraguay, puisque tout cela était caractéristique de la très catholique mais aussi très égalitaire et "républicaine paysanne" (dénuée de conception monarchique forte) société basque de l'époque]. Ils admettaient et faisaient même (pour certains) la propagande du tyrannicide, autrement dit l'élimination par n'importe quel individu du souverain devenu 'despote'. Ceci leur vaudra, bien avant les révolutions bourgeoises qui les vouaient évidemment aux gémonies (comme incarnations de l'"obscurantisme"), des relations exécrables avec toutes les grandes monarchies absolues (y compris de religion officielle catholique : France, Autriche, Espagne, Portugal) mais aussi tumultueuses avec la Papauté qui, bien que fortement "anti-moderne" elle aussi, voulait ménager les États absolutistes et en était, au demeurant, un elle-même (en Italie centrale). Ils refusèrent toujours catégoriquement de participer à l'Inquisition qui rappelons-le, bien qu'institution de l’Église, avait été l'un des premiers instruments de terreur de masse de l’État moderne ; et leurs ouvrages furent fréquemment mis à l'Index par elle.
Ce courant de pensée n'a pas de continuateurs directs au 20e siècle et encore moins aujourd'hui, après que les révolutions bourgeoises et la "révolution" industrielle aient tout balayé sur leur passage. On peut lui trouver un héritier très indirect dans le christianisme social, c'est à dire les éléments qui (vers le milieu ou la seconde moitié du 19e siècle) ont finalement accepté la modernité et le système politique issu des Lumières en endossant le rôle de "critique sociale humaniste et modérée" de la nouvelle société : c'est la position politique actuelle de 99% de la Compagnie de Jésus (qui existe encore bien entendu et compte 17.000 membres à travers le monde). Ceci peut parfois les conduire à droite, comme l'actuel pape Bergoglio (ex-"provincial" argentin des Jésuites) qui a milité dans sa jeunesse à l'aile droite du péronisme, mais aussi (souvent) très à gauche, vers la théologie de la libération (comme les franciscains, un peu dans le même esprit mais nés bien avant, dès 1210), ce qui vaudra à beaucoup la torture et/ou la mort sous les dictatures sud-américaines (d'où la polémique actuelle sur le rôle de Bergoglio/"François" pendant cette période). Nous avons vu comment, passé les Lumières et la "révolution" industrielle, la religion en tant qu'idéologie ne peut plus avoir aucun caractère autonome : elle "marque", certes, culturellement les différents pays du monde, mais les interprétations du corpus doctrinal peuvent aller de l'extrême-droite à l'extrême-gauche. L'hégémonie intellectuelle sur la planète appartient aux idéologies issues des Lumières (aile gauche ou aile droite), combattues par l'idéologie communiste. Les pensées religieuses se positionnent par rapport à cela et non l'inverse - définition de l'hégémonie selon Gramsci.

Le fascisme quant à lui, surtout dans les pays catholiques, a pu s'appuyer sur les thèses "sociales" de l'encyclique Rerum novarum - qui marque le véritable ralliement de la Papauté à la modernité triomphante (ralliement de l'Église aux Lumières, donc, et non l'inverse) tout en en critiquant les "injustices", et qui prétend "associer" Capital et Travail dans un esprit paternaliste. Mais sa filiation profonde n'est pas là : véritablement, Zeev Sternhell confond "anti-Lumières" et aile droite des Lumières ("Lumières d'ordre"). Le fascisme cherche d'abord et avant tout à arracher le capitalisme à la "mauvaise pente" sur laquelle il le voit, et il fait preuve dans cela d'un grand pragmatisme. En Allemagne, pays partagé entre catholiques et protestants et dont cette division a (justement) été le principal frein à l'unité et à la "volonté de puissance", Hitler "solutionne" la question en rejetant tout simplement le christianisme ("idéologie de la faiblesse" selon lui, dans un esprit nietzschéen) et en invitant les croyants à en faire une affaire strictement privée : au-dessus de tout doit être l’État, la Grande Allemagne et son unité face aux concurrents impérialistes et à la menace communiste.

De même, en France, Charles Maurras est profondément un homme de raison et sa démarche n'est pas celle d'un fanatique opposé à toute "idée nouvelle", mais celle d'un pragmatique. Provençal, il est attaché à sa "petite patrie" et hostile à la centralisation parisienne, mais non moins soucieux de la "Grande France" et de sa puissance internationale. La puissance nécessite l'unité et "l'ordre" contre les luttes de partis (bourgeois) et de classes ; elle nécessite un "État fort" que la IIIe République parlementaire n'est selon lui pas capable de lui donner. La lutte des classes marxiste doit s'effacer devant une "solidarité nationale" appuyée sur des "corps intermédiaires" librement organisés et non-étatiques, dont seul un État fort peut constituer la clé de voûte. Quant à la centralisation, avec ses conséquences l’étatisme et la bureaucratie (rejoignant ainsi les idées de Proudhon), elle est selon lui inhérente au régime démocratique : il estime que les républiques ne durent que par la centralisation, seules les monarchies étant assez fortes pour décentraliser. La république parlementaire libérale associe à ses yeux centralisme bureaucratique et décadence. Il faut donc un roi, appuyé sur le catholicisme comme religion ultra-majoritaire des Français (contre les "États confédérés de l'anti-France" que sont les Juifs, les protestants, les francs-maçons et les 'métèques', mais il s'agit là d'un catholicisme très gallican où l'autorité de Rome n'a pas vocation à être au-dessus de celle de l'État français) ; bien qu'il ait été lui-même (longtemps) un républicain modéré et un agnostique. Minoritaire au départ, il parviendra avec beaucoup d'habileté à imposer ce point de vue aux fondateurs de l'Action française, Henri Vaugeois et Maurice Pujo, hommes du Bassin parisien plutôt républicains (eux aussi), anticléricaux et... jacobins/bonapartistes, centralistes.

Au sujet de Maurras et de l'Action française (car pour Sternhell le fascisme n'est pas seulement "anti-Lumières" mais aussi né en France, ce qui pour le coup - d'ailleurs - est une thèse plus qu'intéressante à contre-courant des postulats "blanchisseurs" de René Rémond & co), voici ce que nous pouvions écrire il y a une dizaine de mois : "Combien n'a-t-on pas entendu, par exemple (et pas seulement du 'p''c''mlm'), que "Maurras et l'Action française, c'est le rejet des Lumières"... ? ARCHI-FAUX : Maurras et l'Action française se revendiquaient du POSITIVISME (dont on dit souvent, en "France", que "le marxisme s'inspire" alors que dans toute son œuvre Marx consacre peut-être trois paragraphes à Auguste Comte pour dire que c'est un triple crétin...) ; autrement dit des "Lumières", de la pensée bourgeoise et du "scientisme" du 19e siècle. À l'origine RÉPUBLICAINS de tendance conservatrice, anti-socialiste et chauviniste revancharde, souvent agnostiques (comme Maurras) ou en tout cas très "séculiers", ils se tourneront par pur pragmatisme vers l'idéologie national-catholique (comme "ciment" du "nationalisme intégral") et le principe monarchique... mais choisiront pour monter sur le trône la branche d'Orléans, celle de Louis-Philippe (Monarchie de Juillet) et du régicide Philippe "Égalité" (qui avait voté la mort de son cousin Louis XVI à la Convention), autrement dit la branche capétienne acquise aux "idées nouvelles" et aux "Lumières". Ce que voulaient simplement les maurrassiens, c'était un État fort et même "en acier trempé" au service du Capital ; et ils pensaient qu'aucun système républicain (forcément parlementaire dans leur esprit) ne pouvait l'assurer en termes de légitimité : il fallait donc un roi (comme en avaient d'ailleurs tous les États européens à l'époque où naissait l'AF, sauf la France et la Suisse). Ils n'avaient absolument aucun projet d'"effacer" toute la pensée bourgeoise produite au long des 16e, 17e et 18e siècles (celle qu'apprécie tant le 'p''c''mlm')... De même, parmi les théoriciens racialistes du 19e siècle qui seront repris sous toutes les coutures par le fascisme au siècle suivant, Joseph Arthur de Gobineau, certes légitimiste à l'origine, était un protégé de Tocqueville, tandis que Paul Bert était profondément "libre-penseur", positiviste, républicain et anti-clérical ; il est même considéré comme l'un des "pères fondateurs" de "notre" école républicaine publique et laïque... Comme "hommes des Lumières", il est difficile de faire mieux !"

[6] Les sternhelliens et autres postoniens (c'est un peu la même chose) nous disent que "l'antisémitisme n'est pas un racisme comme les autres" (mais quel racisme est comme les autres ? l'arabo/islamophobie est un racisme de "guerre des civilisations" depuis le Moyen Âge, la négrophobie un racisme de rabaissement infra-humain à l'état de "singe" ou de "grand enfant" idiot mais potentiellement dangereux etc.) : c'est un "anticapitalisme romantique" qui assimile les Juifs à "l'argent", l'usure, la spéculation, "l'avidité" etc. etc. Mais ceci n'est réellement "sérieux" qu'en prenant au mot... les antisémites eux-mêmes et leur définition du capitalisme !
Loin d'être "anticapitaliste", l'assimilation des Juifs à "l'usure" et à "l'avidité" accompagne en fait TOTALEMENT le développement du capitalisme durant TOUTE sa phase historique ascendante, du 12e au 20e siècle. De fait, princes et puissants "très chrétiens" du Moyen Âge obtenaient (déjà plus ou moins sous la menace...) des "prêts" des communautés juives, puis les accusaient d'"usure" pour refuser de les rembourser... et au contraire les chasser, les spolier voire les massacrer : de là vient la "légende". Et être contre "l'usure", la "spéculation" et "l'avidité" n'est NULLEMENT "anticapitaliste" : c'est au contraire une ABSOLUE NÉCESSITÉ du capitalisme lui-même, mode de production en lutte (en INSURRECTION) permanente contre sa propre crise (dont la spéculation est un symptôme) et qui, bien que basé sur la concurrence entre entrepreneurs, a besoin pour fonctionner de pratiques "loyales" et d'un certain nombre de "règles". Dans des pays où les Juifs sont historiquement associés à la spéculation, à l'avidité et à la déloyauté en affaires, cela peut effectivement faire "très mal" lorsque la crise capitaliste atteint un certain degré d'acuité ; et cela n'a pas attendu le 20e siècle (même si bien sûr les moyens techniques de celui-ci ont donné à la persécution une dimension jusque-là inégalée). Il y a alors (peut-être) des gens pour n'appeler "capitalisme" QUE les pratiques déloyales, l'avidité et l'accumulation "excessive", l'usure et la spéculation etc. Mais ce n'est pas la définition marxiste du capitalisme. Les gens qui définissent ainsi le capitalisme (pour ensuite, éventuellement, associer ce "capitalisme" aux Juifs et les persécuter à ce titre) ne sont pas des "anticapitalistes". Ce sont de PURS REPRÉSENTANTS d'un capitalisme en INSURRECTION CONTRE SA PROPRE CRISE. 

 

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 06:44


ZAD-Testet 8973Depuis quelques mois c'est un nouveau Notre-Dame-des-Landes qui a pris ses quartiers en terre occitane : le barrage de Sivens devrait en effet recouvrir quelques 48 hectares de la zone humide remarquable du Testet (pourtant classée en 2011) et de terres agricoles près de Gaillac dans le Tarn, à 60 km de Toulouse ; une région sur laquelle pèse déjà la lourde épée de Damoclès des gaz de schiste.

Déjà des centaines, peut-être un millier de personnes ont convergé sur le site qu'elles ont proclamé "ZAD", zone à défendre.

Cette retenue (projet qui remonterait à 25 voire 40 ans selon les sources) n'a pas pour vocation de produire de l'énergie, mais de permettre l'irrigation des exploitations agricoles alentour. La petite rivière (le Tescou) qui arrose le secteur serait en effet souvent à sec... Pourtant, il ressort d'une étude un peu plus approfondie que la capacité du barrage, de l'ordre d'un million et demi de mètres cube, est nettement surdimensionnée par rapport aux besoins réels des agriculteurs, dont les fermes ayant besoin d'eau sont en réalité peu nombreuses selon le porte-parole du collectif anti-barrage, Ben Lefetey. De fait, lorsque l'on voit l'empressement de la FDSEA à soutenir le projet, on comprend immédiatement que ce n'est pas n'importe quelle agriculture qui a besoin d'un tel réservoir mais bien l'agriculture PRODUCTIVISTE, celle qu'incarne typiquement ce syndicat agricole (il suffit de voir le CV de son président...), qui court après les subventions étatiques et européennes et qui, par cette même logique productiviste et absence de concertation (entre entrepreneurs concurrents, forcément)... assèche elle-même le Tescou par ses pompages estivaux !  [Voir ici la position opposée de la Confédération paysanne, qui "calmera" les habituelles tirades des petits réacs de tout poil sur "les pauvres paysans qui triment dur" face aux "sales bobos étudiants crasseux qui veulent même pas qu'ils aient de l'eau"...]

Barrage de Sivens (Tarn), la ZAD occitaneLe Conseil général des caciques locaux (à majorité PS...) soutient évidemment la Fédération - véritable État dans l’État dans les territoires ruraux - et pense évidemment aux juteux marchés publics qui graisseront la patte des copains entrepreneurs du BTP. Tant pis pour les "cocus" (adhérents FDSEA et/ou électeurs PS ou pas) dont les terres se retrouveront noyées, aux côtés - on l'a dit - de l'une des dernières zones naturelles de biodiversité de la région (voir ici une vidéo montrant que le soutien au barrage est loin d'être unanime dans la paysannerie locale ; ou encore cet article). 

Nous avons là l'illustration parfaite d'un capitalisme (en l'occurrence agraire, mais ce pourrait être n'importe quel secteur de production) qui, comme nous le disons et le répétons depuis des années, est depuis l'origine une pure machine à dégager du profit mais s'affirme de plus en plus comme tel jour après jour, se moquant tant des territoires et de leurs équilibres écologiques que de ses propres producteurs (les petits, en tout cas) et des masses populaires en général ; chaque territoire et sa population n'étant rien de plus que des rouages à la place bien attitrée dans le grand cadre productif qu'est l’État des monopoles. Le capitalisme commande aux agriculteurs de produire, produire et encore produire ceci ou cela (quoi, ce sont les subventions qui le décident...) pour le bien du commerce extérieur "national" couplé à la survie des uns (les "petits") et aux profits des autres (les "gros"), commerce extérieur qui dans le domaine agricole, on le sait, souffre grandement de la concurrence des pays de l'Est et du Sud ; pour produire il faut de l'eau alors on pompe, pompe et re-pompe (d'autant plus que l'on est "gros", bien entendu) ; et à l'arrivée tout le monde (gros et petits) se retrouve à sec et à soutenir la "solution miracle" du barrage (sauf, bien sûr, ceux dont les terres vont être expropriées et englouties). Un capitalisme incapable de concilier l'inconciliable : le caractère social de la production (même dans une p1030865production agricole à première vue individuelle) et la propriété privée des moyens/ appropriation privée du produit ; et donc de gérer de telles contradictions entre les producteurs, entre l'homme (producteur) et la nature (écosystème... de tous) etc. etc. ; l'appareil politique n'intervenant nullement (contrairement aux illusions "citoyennistes") en protecteur de l'"intérêt général" mais bien en bras armé de la classe dominante - ici la bourgeoisie rurale, locale, et ses représentants élus.

Car une autre chose dont nous avons l'illustration ici, contrairement à Notre-Dame-des-Landes ou aux LGV qui sont des projets d'aménagement de niveau hexagonal (bien qu'impliquant les "grands décideurs" "régionaux"), c'est bien la nature putrescente de la bourgeoisie "nationale" occitane elle-même, particulièrement éclatante à l'échelle très locale du projet (et qui explique, aux côtés des gendarmes mobiles, la présence et l'extrême virulence d'un mouvement pro-barrage qui attaque les opposant-e-s). Nous voyons parfaitement là comment la négation/périphérisation de nos Peuples et la mise en coupe réglée de nos païs n'aurait jamais été possible, en 8 siècles, sans le concours de logiques locales étroitement imbriquées dans le schéma d'ensemble "français" : l'Occitanie des caciques, des notables, des coteries et des clientèles avec laquelle nous voulons EN FINIR.

C'est en cela que notre conception et notre lutte ne sont pas "nationalistes" ni "identitaires" : l'Occitanie n'est pas un "corps" organiquement parfait et simplement "parasité" de l'extérieur. L'Occitanie est le territoire d'une nationalité (réelle) subordonnée au Centre capitaliste parisien dans le cadre politico-militaire de l’État français ; mais le MOTEUR de cette subordination est INTERNE : les contradictions INTERNES à la Nation occitane, principalement la contradiction entre bourgeois/dominants/possédants et masses populaires ouvrières et paysannes qui sont les deux 201408261140-fullcomposantes d'une nationalité. Le capitalisme occitan, qui fleurissait au début du millénaire dernier (11e-13e siècles), a engendré la Nation occitane ; mais il l'a aussi "tuée" politiquement par ses propres contradictions, ne serait-ce que parce que les capitalistes sont par définition concurrents entre eux et que certains se sont (en conséquence) tournés vers l'envahisseur français contre leurs concurrents - et sur le dos du Peuple, de la masse des producteurs.

C'est la raison pour laquelle le Peuple travailleur occitan ne peut pas obtenir son émancipation au travers de réformes institutionnelles ("plus d'autonomie", "nouvel acte de la décentralisation") NI MÊME de la proclamation (utopique) d'un État capitaliste indépendant, mais SEULEMENT dans le cadre d'une RÉVOLUTION POPULAIRE SOCIALISTE, d'une libération DE CLASSE !

Nous, communistes pour la libération révolutionnaire du Peuple occitan (LRP), apportons notre total soutien à la ZAD du Testet et à ses militant-e-s, dans l'héritage des grands combats du Larzac dans les années 1970 et dans l'esprit du cri de combat : Volem viure, trabalhar e decidir al Païs !


Voici une petite revue de presse concernant la situation :

Presse bourgeoise :
http://www.ladepeche.fr/actu/<wbr>economie/energie-<wbr>environnement/barrage-de-<wbr>sivens/
http://www.lepoint.fr/societe/<wbr>tarn-la-guerilla-se-poursuit-<wbr>contre-le-projet-de-barrage-<wbr>de-sivens-09-09-2014-1861657_<wbr>23.php
http://lexpansion.lexpress.fr/<wbr>actualite-economique/sivens-<wbr>trois-questions-autour-d-un-<wbr>barrage-polemique_1574891.html
http://www.lepoint.fr/societe/<wbr>tarn-la-guerilla-se-poursuit-<wbr>contre-le-projet-de-barrage-<wbr>de-sivens-09-09-2014-1861657_<wbr>23.php

Presse alternative et révolutionnaire :
http://iaata.info/Tarn-contre-<wbr>la-construction-du.html
http://www.reporterre.net/<wbr>spip.php?article5409

Site du collectif : http://www.collectif-testet.<wbr>org/

Autre site d'information sur l'opposition au projet : http://<wbr>tantquilyauradesbouilles.<wbr>wordpress.com/

Ça a déjà commencé à barder sévère, avec gazages et coups de tonfas à la clé :
http://www.networkvisio.com/<wbr>barrage-de-sivens-tarn/tv-zad-<wbr>du-barrage-de-sivens-dans-le-<wbr>tarn-les-opposants-malmene.<wbr>html
http://www.informaction.info/<wbr>iframe-environnement-barrage-<wbr>du-tarn-zad-du-testet-<wbr>nouvelles-echauffourees-le-<wbr>conseil-general-confirme-le-<wbr>projet
http://paris-luttes.info/la-<wbr>zad-testet-tarn-a-besoin-de
http://www.reporterre.net/<wbr>spip.php?article6252

Contrairement aux affirmations des pro-barrage, ce n'est pas qu'une affaire de "bobos parisiens" et la cause mobilise largement dans la population locale, notamment la jeunesse : http://www.reporterre.net/<wbr>spip.php?article6316

Un soutien de Breizh : http://www.bigouden-nddl.org/<wbr>actualites/item/181-soutien-a-<wbr>la-zad-du-testet-non-au-<wbr>barrage-de-sivens

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 08:21

 

des-partisans-de-l-independance-de-l-ecosse-

Le verdict des urnes est donc tombé ce matin, assez conformément à ce que nous (comme la plupart des sondages) avions prévu : après deux ans de débats acharnés et même deux semaines de suspense "tendu" (quelques rares sondages ayant donné le "oui" vainqueur...), l'Écosse vient de "refuser" par 55,3% (2 millions de voix) de quitter le Royaume-Uni. Un résultat nettement moins serré, d'ailleurs, que ne l'annonçaient les dernières enquêtes d'opinion...

Pour le Premier ministre indépendantiste Alex Salmond et son Scottish National Party (SNP, plutôt social-libéral voire social-démocrate), c'était quoi qu'il arrive un pari gagnant à tous les coups : si le "oui" l'emportait c'était évidemment un triomphe comme peu d'hommes peuvent en rêver dans leur vie (être le "père d'une nation")... mais même une défaite par 40% ou plus de "oui" représentait dans tous les cas un énorme succès et un rapport de force considérable dans les relations du pouvoir autonome avec Londres, pour exiger la "dévolution" de nouvelles prérogatives (des promesses de larges transferts de compétences au gouvernement écossais après le référendum avaient déjà été faites depuis des mois, et encore réitérées à la veille du scrutin). C'est ce qui explique les gesticulations de David Cameron ces derniers jours : il fallait non seulement empêcher à tout prix une victoire du "oui" (qui aurait été un coup terrible pour l'impérialisme british, même si la vengeance de celui-ci contre l’Écosse aurait ensuite été tout aussi terrible), mais aussi un score indépendantiste trop important et un Salmond en insupportable position de force dans les futurs pourparlers. Le résultat de ce matin le met finalement dans une position "raisonnablement acceptable" - il eut été beaucoup plus difficile pour Londres que les choses se soient jouées à quelques dizaines de milliers de voix.

Quoi qu'il en soit, de ce résultat ressortent deux conclusions essentielles :

- C'est un coup de tonnerre de plus dans le ciel européen et mondial : la crise générale du capitalisme balaie tout sur son passage et remet même en question les États produits dudit capitalisme (comme appareils politico-militaires d'un Centre capitaliste, ici Londres) ; États semi-coloniaux fantoches comme ceux dessinés au Proche-Orient après la Première Guerre mondiale mais aussi grands États impérialistes d'Europe y compris les plus anciens (l'Écosse a partagé le même souverain avec l'Angleterre dès 1603 puis été formellement réunie en 1707, donnant naissance au Royaume-Uni), qui se disloquent de toute part. Les Peuples travailleurs* niés et périphérisés par ces constructions capitalistes se réaffirment avec force ; ils comprennent et rejettent ce qu'ils sont : de simples pions, des rouages de la machine à valoriser le capital, chacun à une place bien définie qui lui a été attribuée par le Centre dans l'ensemble productif étatique. Ils se réapproprient leur histoire - celle de cette négation - et la brandissent fièrement comme un étendard de libération. Lorsque les États capitalistes (produits du développement historique du capitalisme) étaient florissants, ils pouvaient encore duper et aliéner les masses populaires dans des "citoyennetés" et des "patries" fictives : "britannique", "espagnole", "française" etc. ; mais à présent tout s'effondre et l'illusion se dissipe comme les effets de quelque drogue. scottish republican faucille marteauDans deux mois est censée voter la Catalogne... Tel est le mouvement historique bien réel qui s'est exprimé dans ce scrutin écossais : l’Écosse reste "britannique" mais quelques 44,7% (1,6 millions de personnes) ont voté pour en faire un nouvel État indépendant (vote majoritaire, même, avec 53% dans la première ville Glasgow), quelle que soit la "folle aventure" que cela représentait, voyant là la réponse aux terribles difficultés que la crise capitaliste leur inflige au quotidien (plusieurs études ont montré que c'étaient principalement les jeunes, à la situation économique toujours plus précaire, et les revenus modestes qui se prononçaient pour l'indépendance).

Il faut dire que l'Écosse, contrairement à la Catalogne qui est plutôt (historiquement) une associée flouée du pouvoir castillan, sait plutôt bien ce qu'être une périphérie veut dire : dès son annexion définitive par Londres suite à la guerre victorieuse de Guillaume d'Orange contre les jacobites partisans de Jacques II Stuart (1688-1702), ponctuée d'affreux massacres et débouchant finalement sur l'Acte d'Union de 1707, elle a été littéralement mise en coupe réglée par le capitalisme britannique dans le rôle de productrice de matières premières (charbon et autres minerais, moutons pour la laine de l'industrie textile) à travers une expropriation brutale de la communauté productive traditionnelle qu'était le clan (processus notamment décrit par Marx dans le Capital chap. XXVII,  L'expropriation de la population campagnarde) ; expropriation souvent menée (d'ailleurs) avec la complicité des chefs de clans eux-mêmes devenant landlords ("seigneurs de la terre") et entraînant une émigration massive vers l'Angleterre ou l'Amérique du Nord... Peu d'industries de transformation y ont été développées (essentiellement dans la région de Glasgow, la Clydeside) et elles ont de toute façon été violemment démantelées sous Thatcher ; aujourd'hui encore le pays se caractérise par son sous-peuplement (5,3 millions de personnes sur 78.772 km², soit 67 habitants/km²) et l'importance de sa diaspora (plus d'un million de personnes nées en Écosse mais expatriées, principalement en Angleterre bien sûr) ainsi qu'un très important problème foncier (des milliers de kilomètres carrés sont la propriété de quelques landlords et leurs habitants de purs et simples locataires). C'est sans doute au Royaume-Uni que les territoires et les peuples périphérisés ont le plus les caractéristiques john macleande véritables colonies. La conscience de cela a toujours profondément empreint le mouvement révolutionnaire socialiste/communiste local avec notamment la figure (hélas peu connue) de John MacLean, l'un des plus grands dirigeants communistes du 20e siècle à nos yeux [même si bien sûr, comme ici avec nos jacobinards, a toujours existé un "communisme" (plutôt anglais) mettant en avant un "unionisme rouge"].

- Mais c'est aussi, comme au Québec il y a 9 ans et comme en Catalogne dans deux mois (où là pour le coup le "oui" devrait être massif mais le référendum non reconnu par Madrid** - d'autant plus massif que le référendum ne sera pas reconnu et sans doute largement boycotté par les anti-indépendantistes...), une démonstration éclatante de l'impossibilité de la voie légaliste, institutionnelle et (surtout) à l'intérieur du capitalisme pour cette (ré)affirmation ; l'illustration parfaite qu'il n'y a de voie véritable que dans la Guerre populaire, pour la Libération révolutionnaire du Peuple (LRP qui n'est pas la "libération nationale" marxiste-léniniste "étapiste" classique, incluant la bourgeoisie***).

Réaffirmer un Peuple comme le Peuple écossais contre l’État moderne (ici britannique) qui l'emprisonne depuis des siècles, c'est une négation au sens marxiste de cet État moderne qui est le produit du capitalisme : ce ne peut donc être qu'une négation du capitalisme lui-même ! Toute tentative qui 1°/ ne remet pas en cause le système capitaliste et 2°/ tente de passer par la voie des institutions bourgeoises, des référendums etc. et non par une mobilisation révolutionnaire de masse est en principe vouée à l'échec fut-ce "d'un cheveu" (comme au Québec en 1995) et, dans l'hypothèse où elle réussirait, à donner naissance à un État fantoche, faussement "libre" et totalement dépendant : à quelques encablures des côtes écossaises, les 26 comtés irlandais formant la "République d’Éire" en donnent un bon exemple - au demeurant, cet État n'est pas né d'un référendum mais bien d'une guerre de libération trahie par une partie de sa direction bourgeoise

Les forces marxistes (voir ci-dessous) qui rejettaient le référendum et l'indépendance sur l'air de "cela ne changera rien pour la classe ouvrière", "c'est 'bon' capitalisme écossais contre 'mauvais' capitalisme anglais", "blanc bonnet et bonnet blanc" etc. etc. n'avaient pas tort dans l'absolu... et dans l'immédiat. Leur problème c'est de nier un mouvement historique bien réel en considérant, finalement, qu'elles détiennent la vérité et que les millions de gens qui ont voté "oui" sont des cons qui n'ont rien compris - autrement dit une posture aristocratique. Leur problème, c'est de ne pas voir les profondes aspirations populaires qui s'expriment ainsi et leurs possibilités de transformation en mobilisation révolutionnaire - autrement dit une attitude non-matérialiste.

jacobitesQuant aux archi-classiques arguments comme quoi "le prolétariat n'a pas de patrie", les revendications nationales populaires "diviseraient le prolétariat international" etc. etc., de fait c'est bien Rosa Luxemburg dans ce qu'elle avait de pire qui semble être la référence politique de ces 'marxistes' - indifféremment qu'ils se réclament d'elle ou de Lénine-Trotsky, Lénine-Staline, Lénine-Staline-Mao, Bordiga ou qui que ce soit. Il semble nécessaire de leur opposer ce que disait Lénine lui-même en 1914 dans une controverse (justement) avec Luxemburg au sujet de la séparation (totalement pacifique d'ailleurs) entre la Suède et la Norvège, intervenue quelques années plus tôt : "Il ne peut faire le moindre doute que les sociaux-démocrates suédois auraient trahi la cause du socialisme et de la démocratie s'ils n'avaient pas combattu, par tous les moyens, tant l'idéologie et la politique des landlords suédois que celle des 'Kokoshkin' locaux [Fédor Kokoshkin était un 'constitutionnel-démocrate' ('cadet') russe de l'époque de Lénine, favorable à la 'libéralisation' de l'Empire vis-à-vis des nationalités mais fermement hostile à toute autodétermination], et s'ils avaient manqué à exiger non seulement l'égalité des nations en général (ce à quoi les Kokoshkin peuvent souscrire) mais aussi leur droit à l'autodétermination : le droit de la Norvège à faire sécession. L'alliance étroite entre les travailleurs norvégiens et suédois, leur complète et fraternelle solidarité de classe, n'a pu que gagner à la reconnaissance par les travailleurs suédois du droit des Norvégiens à l'indépendance. Ceci a convaincu les travailleurs norvégiens que les travailleurs suédois n'étaient pas infectés par le nationalisme, et qu'ils plaçaient la fraternité avec les prolétaires norvégiens au-dessus des privilèges de la bourgeoisie et de l'aristocratie suédoise. [...] Ils ont démontré qu'en dépit de toutes les vicissitudes de la politique bourgeoise - les relations bourgeoises pourraient très possiblement amener une répétition de la sujétion forcée des Norvégiens aux Suédois ! - ils seraient capables de de préserver et défendre la complète égalité et la solidarité de classe entre les travailleurs des deux nations, contre à la fois la bourgeoisie suédoise et la bourgeoisie norvégienne". CQFD... On ne peut pas dire que la Norvège indépendante soit devenue un modèle d’État socialiste prolétarien ; et pourtant telle était la position de Vladimir Illitch Oulianov !

L'objectif du référendum (côté écossais) était certes une indépendance 100% bourgeoise et capitaliste : le modèle revendiqué du SNP d'Alex Samond est la social-démocratie scandinave et son projet était de faire du pays une autre Norvège assise sur la rente pétrolière de la Mer du Nord, le tout en tentant (comme la "République" d'Irlande du Sud avant lui) de jouer l'UE (l'axe franco-allemand) contre l'Angleterre. La monarchie n'était pas remise en question (Élisabeth II devait rester "reine d'Écosse" comme elle "règne" symboliquement sur l'Australie, le Canada etc.) et le grave srsm1problème foncier que nous avons évoqué ne devait pas faire l'objet de plus que quelques mesurettes. La question de la véritable libération, celle du Peuple travailleur vis-à-vis de l'exploitation capitaliste, restait absolument entière.

Mais il est tout aussi absurde et ridicule de présenter les choses comme du "nationalisme réactionnaire" ou carrément du "fascisme". Ce que les partisans de l'indépendance revendiquaient souvent dans les débats, c'était d'être les "derniers défenseurs du modèle britannique d'après-guerre", celui de l'"État-providence" et du progrès social laminé par 35 ans de thatchérisme et de blairisme - d'ailleurs la perspective d'un maintien des conservateurs au pouvoir à Londres, à l'issue des prochaines élections, influait considérablement sur les résultats des sondages. Du SNP social-démocrate jusqu'à la gauche révolutionnaire "socialiste" (= marxiste), républicaine-socialiste sur le modèle irlandais ou anarchisante comme le fameux groupe de punkcore antifasciste Oï Polloï, c'est clairement à gauche de l'échiquier politique que se trouve le camp pro-indépendance ; même si évidemment des forces de "gauche" unionistes existent aussi, à commencer par les travaillistes (qui perdraient là un de leurs derniers grands réservoirs électoraux et une quarantaine de députés à Westminster !) mais aussi, bien sûr, toutes sortes de "marxistes" tant "staliniens" que trotskystes ou apparentés pour qui l'"orthodoxie" dogmatique fait office de ligne politique [on peut voir un bon aperçu ici http://tendanceclaire.npa.free.fr/breve.php?id=9760 des positions au Royaume-Uni, ainsi que la déclaration du Parti 'communiste' 'écossais' (en fait la section écossaise de PC de Grande-Bretagne, il existe sinon un PC d’Écosse qui soutient l'autodétermination) et ici la version in french de la position du WSWS, tandis qu'en 'France' c'est bien sûr le festival jacobinard tant attendu 1 - 2 (position du PRCF ultra-partagée à la 'gauche de la gauche') et les incontournables "ça changera rien pour la classouvrièèèère" trotskystes 3 - 4]... En somme, toutes les forces de gauche n'étaient pas pour l'indépendance, mais toutes les forces pour l'indépendance étaient de gauche ! La droite conservatrice et réactionnaire était intégralement hostile à l'indépendance et farouchement pour le maintien de l'Union, des tories de David Cameron jusqu'aux souverainistes-populistes du UKIP de Nigel Farage - le FN britannique, arrivé en tête aux dernières européennes au Royaume-Uni mais obtenant (et pour cause) ses plus mauvais scores en Écosse (partagée entre SNP au nord, Labour au centre et libéraux-démocrates au sud ; l'UKIP n'étant en tête nulle part). De fait, comme en Bretagne, en Corse, au Pays Basque ouanti-independance dans certaines (nombreuses) régions d'Occitanie, la conscience et l'affirmation de Peuple nié par l'État moderne agit plutôt comme un antidote efficace à la mobilisation réactionnaire "nationaliste" étatiste qu'autre chose... Une droite réactionnaire qui a fait défiler 15.000 personnes pour le "non" à Édimbourg samedi sous la sinistre bannière "orangiste" des assassins d'Irlande du Nord : voilà de quel côté sont les fascistes là-bas !

Quelle que soit la voie erronée (légaliste, institutionnaliste, capitaliste comme "horizon indépassable") où elle s'engage, c'est donc une aspiration profondément populaire et juste qui s'exprime là, et qui s'exprime avec des "mots" ultra-majoritairement progressistes. On voit d'ailleurs nettement, au regard des résultats électoraux, comment le thatchérisme a fait massivement glisser à gauche un électorat jusque-là - en dehors de la Clydeside - plutôt conservateur (résultats de 1979, 1992 et 1997) ; puis comment le sentiment indépendantiste est inexorablement monté avec la phase terminale de la crise générale du capitalisme jusqu'à porter le SNP au pouvoir en 2007 et le reconduire triomphalement en 2011, ce qui a conduit au présent référendum (23% pour le SNP en 2003, 33% en 2007 et 45% en 2011, score équivalent à celui du "oui" aujourd'hui).

Bien sûr, ce projet de société indépendantiste n'est "progressiste" et idyllique que dans l'idéal car si, contrairement à Madrid pour la Catalogne, Londres a accepté la tenue du référendum et la reconnaissance de son résultat, elle tenait également prêt tout un arsenal de mesures visant à décourager le vote indépendantiste et, en cas de succès du "oui" malgré tout, à "torpiller" immédiatement l'économie du nouvel État : refus, par exemple, que l'Écosse conserve même temporairement la livre sterling, sachant que Bruxelles avait par ailleurs clairement rejeté l'intégration automatique du pays dans l'UE et donc dans l'euro (qui a pourtant cours dans de nombreux pays ex-yougoslaves non membres comme la Bosnie, le Monténégro ou encore le Kosovo... ah oui mais c'est vrai : là pour le coup ce sont des "indépendances" totalement voulues et pilotées par l'Union pour se faire des néocolonies !), etc. etc. - de fait, contrairement aux fantasmes de "complot balkanisateur" de certains, Bruxelles semble plutôt attachée à défendre bec et ongles l'"intégrité" territoriale de ses grands États membres... Ceci voulait bien sûr dire ce que cela voulait dire : aller mendier les republican socialistbonnes grâces du FMI et de la Banque mondiale pour permettre à l’Écosse indépendante d'être viable, avec les conséquences que l'on imagine. C'est sans doute ce qui a fait pencher un bon nombre d'électeurs vers le maintien du statu quo, ou en tout cas vers l'abstention (autour de 15% tout de même, même si la participation a été exceptionnelle et l'avance du "non" - nettement plus large que dans les derniers sondages - tend à montrer que c'est vers ce choix que se sont portés les "8 à 14% d'indécis" qui ressortaient de ces enquêtes).

Voilà (et le même raisonnement vaut pour le référendum catalan prévu le 9 novembre) un bon exemple d'où se situe la différence entre une démarche institutionnelle légaliste et une démarche de lutte de libération révolutionnaire mobilisant véritablement le Peuple, "seul créateur de l'histoire universelle" comme disait Mao, pour construire une société nouvelle (par mobiliser nous n'entendons évidemment pas faire voter, mais mobiliser dans une dure lutte qui transforme au quotidien les rapports sociaux). Si en apparence "le Peuple décide souverainement de son destin", la "libération" est ici en réalité quémandée à l’État central qui va tout faire pour qu'une majorité (même courte) refuse l'"aventure" de l'indépendance, et si d'"aventure" le Peuple en question "passait en force", le lui faire payer très cher en faisant de la Grèce un paradis sur terre à côté de la situation économique et sociale du nouvel État. En d'autres termes : on va demander à des millions d'hommes et de femmes qui ne sont pas des hommes et des femmes nouveaux/velles forgé-e-s dans le feu d'une longue et dure lutte révolutionnaire, ayant appris l'autonomie populaire etc. etc., de se prononcer majoritairement pour ou contre un incroyable saut dans l'inconnu... Il est absolument évident qu'une majorité (même courte) va à tous les coups préférer la sécurité de ce qu'ils/elles ont toujours connu ! Mais ceci peut et doit, aussi, être un moyen de faire prendre conscience au Peuple de l'impasse institutionnaliste et de mobiliser sa fraction avancée dans la voie révolutionnaire - ce qui est évidemment impossible en niant, comme certains "marxistes", la réalité des aspirations exprimées dans le mouvement populaire pour l'indépendance et en n'y voyant qu'"aliénation" ou "aspirations petites-bourgeoises", en un mot "conneries contre-révolutionnaires".

100 0745Ni panacée, ni "pure merde réactionnaire" : telle est notre position sur ces mouvements indépendantistes qui connaissent une expansion radicale en Écosse ou en Catalogne, a fortiori lorsqu'ils s'expriment dans un langage progressiste (nous avons évidemment beaucoup plus de mal avec un mouvement "de riches" et d'expression majoritairement réactionnaire comme en Flandre, même si nous ne considérons pas plus l’État belge comme une "nation" que les États français, britannique ou espagnol et même si les Flamands étaient, jusqu'au milieu du 20e siècle, une nationalité profondément méprisée et opprimée par la bourgeoisie francophone bruxelloise, avant de devenir une nation capitaliste dynamique voyant les Wallons pauvres et socialistes comme des boulets - un côté "marre des pauvres" que l'on sent aussi pointer parfois dans le discours catalan, hélas). Nous voyons là de la matière sociale en mouvement pour des raisons objectives et légitimes - historiques - et qu'il s'agit de mettre en mouvement dans un sens révolutionnaire, car elle est (actuellement et évidemment) politiquement confuse et peut aussi (bien sûr) aller dans un sens réactionnaire, qui la verra soit être écrasée soit être récupérée pour consolider l'ordre social européen et mondial - et non l'affaiblir. Nous n'avons pas dit autre chose au sujet des aspirations (en l'occurrence) autonomistes et en apparence "interclassistes" voire "réacs" qui se sont exprimées en Bretagne à l'automne 2013. Cela nous a bien sûr valu l'hostilité de tous les défenseurs de l’État moderne tel qui l'est (ou soi-disant de son "dépassement" "a-national" idéaliste et abstrait), y compris "rouges" ou "anars" (soi-disant révolutionnaires et en réalité petits bourgeois vivant de cet ordre social historiquement construit). Mais aussi, parfois (comme au sujet de la Catalogne), l'incompréhension de personnes partageant nos convictions "occitanistes" mais voyant (terrible "crise de confiance" que connaissent les personnes révolutionnaires depuis un quart de siècle) dans ce genre de démarche institutionnalo-légaliste leur référence absolue...

saoirseNotre position concernant notre propre pays l'Occitanie, quant à elle, a déjà été exposée et expliquée plusieurs fois : nous ne sommes pas indépendantistes au sens "commun" (= "mauvais mais hélas répandu", cf. Gramsci) de créer à tout prix un État occitan, peu importe son contenu de classe. Nous sommes pour créer une BASE ROUGE de la révolution mondiale en Occitanie et si cela implique la séparation d'avec l’État français (tel qu'il est actuellement cela l'implique forcément) alors nous nous séparerons ; mais si cela peut se faire au sein d'un "Hexagone rouge" ou de tout autre cadre territorial plus grand, alors nous nous y fédérerons sans aucun problème... mais sans accepter pour autant un quelconque hégémonisme de qui que ce soit.

Cette logique de libération révolutionnaire d'une périphérie en tant que territoire géographique permet d'ailleurs de "dés-ethniciser" la revendication et d'éviter ainsi que d'éventuelles minorités nationales (issues de l'immigration par exemple) soient inquiétées et finalement gagnées par la propagande unioniste/centraliste qui présenterait l'affirmation du Peuple nié comme "xénophobe", avant de se retrouver ensuite accusées d'avoir fait "capoter" les choses comme au Québec en 1995 (division des masses populaires au service du système dominant, mais là dans l'exemple québécois c'était inévitable vu la logique bourgeoise et "petite-blanche" qui est celle du PQ). S'il existe (en Occitanie comme ailleurs) des secteurs sociaux comme ce que nous appelons les colonies intérieures (et d'autres "indigènes"), ou encore les Rroms, qui sont dans une situation spécifique appelant une lutte autonome spécifique, c'est bien (à travers un processus que nous avons exposé en long, en large et en travers) l'Occitanie en tant que TERRITOIRE qui est une province et une périphérie de la construction capitaliste "France" avec l'ENSEMBLE des classes populaires vivant dessus, et non "les Occitans" comme communauté "organique" fantasmée et supposée descendre des paysans du Moyen Âge ou carrément des peuples antiques conquis par Rome - il est hélas probable que beaucoup de personnes trompées par l'ennemi croient que cette vision est la nôtre, et que nous ne luttons pas contre l’État français comme appareil d'oppression qui nous périphérise mais contre les "allogènes"...

saorsaNous pensons de toute manière qu'une indépendance occitane capitaliste est impossible, car seule une fraction infinitésimale de la bourgeoisie occitane y est favorable - la grande majorité trouve son compte dans l’État français, fut-ce au prix d'une certaine "décentralisation" - et par conséquent, spontanément, seule une petite minorité des masses populaires l'est aussi. Nous ne sommes pas et ne serons certainement jamais dans le cas du Québec, de l’Écosse ou de la Catalogne, où une portion plus que conséquente de la classe dominante veut son propre État. La conscience de Peuple occitane existe, elle est beaucoup plus répandue que ne veulent bien le croire les thuriféraires de la "République une et indivisible", mais elle ne peut prendre un caractère réellement affirmatif et offensif que dans le cadre et au service d'une démarche révolutionnaire, d'une lutte pour une nouvelle société, une société socialiste puis communiste. L'Occitanie existe objectivement (territoire d'une langue et d'une culture du nord du "Massif central" aux Pyrénées et du Golfe de Gascogne aux Alpes) mais elle ne peut exister subjectivement (dans la conscience de masse) que comme PROJET RÉVOLUTIONNAIRE. Dans un sens, c'est mieux : nous ne nous trouverons jamais confrontés aux rudes débats d'une prise de position face à la perspective d'un État bourgeois indépendant, même si quelques esprits "gagne-petit" pourraient faire jouer ce rôle à une quelconque "avancée institutionnelle". Mais la tâche n'en est que plus immense, car nous devons TOUT CONSTRUIRE : nous n'avons pas la matière première d'une conscience collective léguée par la bourgeoisie, que nous pourrions "travailler" et transformer... Nous devons partir de cette conscience 100% populaire qui existe bel et bien, largement, mais diffuse, peu structurée et subissant l'hégémonie intellectuelle de la bourgeoisie dominante.

Dans ce combat qui, répétons-le encore une fois, n'a de sens qu'inscrit dans une lutte révolutionnaire MONDIALE, nous saluons et encourageons le Peuple travailleur écossais CONSCIENT dans la poursuite de sa lutte pour la Libération !

Saor is Sòisealach Alba !
Free an Socialist Scootlund !

(Écosse libre et socialiste !)

 

[Annexe] L'Organisation communiste Futur Rouge a également publié une prise de position sur le référendum écossais, envisageant beaucoup plus que nous ne l'aurions fait la victoire du "oui". Nous en partageons globalement les analyses : Notre position sur le référendum en Ecosse

 


* Ce terme (fréquemment taxé de 'révisionnisme' par les guignols pour qui le dogmatisme fait office de pensée politique) englobe le prolétariat servirlepeuple.over-blog.com/pages/Les_classes_Le_proletariat-1965928.html et les classes populaires assimilables par leur niveau de vie, autrement dit les personnes qui tirent l'essentiel pour ne pas dire la totalité de leurs ressources de leur propre force de travail (de manière salariée ou 'à leur compte'), et non de l'emploi de la force de travail d'autrui (définition de la bourgeoisie et des classes dominantes en général).

** Cette différence d'approche idéologique procède de la réalité matérielle. L'Angleterre peut tenir ses périphéries et donc se permettre de les reconnaître comme nations (ce qu'elle a toujours fait, dans le sport comme dans les régiments militaires), présentant le Royaume-Uni comme une "famille" de nations et non comme un "État-nation" contre toute évidence. Elle peut même se permettre de laisser se tenir un référendum pouvant déboucher sur l'indépendance d'une "nation constitutive" de la "famille", sachant qu'elle aurait de sérieux moyens de rétorsion contre la "fugitive" (elle l'a déjà montré, en 1920 et depuis, en Irlande) au cas où tous les moyens de pression préalables n'auraient pas empêché la victoire du "oui".
La Castille ne peut pas se permettre cela car économiquement, au Nord de la péninsule en tout cas (Catalogne, Pays Basque), ce ne sont pas des périphéries mais des capitalismes bien plus dynamiques que le sien, superposés sur des classes populaires très conscientes par rapport à la moyenne européenne (cela, par contre, au Nord comme en Castille comme au Sud : partout). L'"espagnolité" d'ailleurs, pour dire les choses clairement, est "monnayée" depuis la "transition" de 1975-82 aux bourgeoisies nationales contre le maintien de l'ordre... Elle peut aussi l'être, éventuellement, sur l'argument que dans le "concert" européen et international "l'Espagne pèse ensemble 47 millions (d'habitants) et 1.300 milliards (de dollars de PIB) alors que les Catalans, les Basques etc. seuls ne pèseraient que quelques millions d'habitants et quelques centaines de milliards de PIB". Mais si une bourgeoisie (comme la catalane ou la basque) se sent réellement en mesure de se "faire la malle" et se montre manifestement capable de mobiliser en masse en ce sens, Madrid n'a pas le 1/10e des moyens de Londres pour rendre (d'abord) très improbable une victoire de l'indépendance et (le cas échéant) faire payer très cher celle-ci aux sécessionnistes. Elle est donc obligée de bloquer les choses autoritairement, en refusant par exemple - catégoriquement - que se tienne le référendum, et de reconnaître ses résultats au cas où il se tiendrait quand même.

*** Il est clair que 100 ans ou presque après que Lénine ait théorisé la libération nationale, il faut être capables de constats de faits pour avancer. Le ridicule du nihilisme national des luxemburgistes, de certains anarchistes, certains trotskystes etc. a été amplement exposé et le fond de l'ignoble a même été atteint ces dernières années au sujet de la Palestine (cherchez sur Facebook le groupe "Révolution permanente", vous verrez). Mais la faillite des libérations nationales bourgeoises est aussi un fait établi et la perspective d’États "indépendants" que l'"ex"-métropole (qui le reste sur le plan économique...) mettrait immédiatement en faillite ne fait plus recette, même comme "premier pas", ainsi qu'on peut le voir dans les dernières colonies directes tricolores ("Dom-Tom") qui s'accrochent désespérément à Paris et même dans d'anciennes colonies, comme l'île comorienne d'Anjouan, qui voudraient... redevenir "françaises". Ce n'est pas là une position que nous trouvons particulièrement intelligente ni que nous soutenons, mais c'est une bonne illustration des limites qu'il nous faut à tout prix dépasser. Vive la Libération révolutionnaire des Peuples !

 

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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 11:03

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Albert Woodfox est, avec Robert King et Herman Wallace, l’un des « Trois d’Angola » : trois prisonniers politiques Noirs incarcérés en 1971 dans la prison d’Angola, prison de l’État de Louisiane aux États-Unis, après une condamnation pour vol à main armée.

Pendant son procès, Albert Woodfox s’évade et rejoint les rangs du Black Panther Party. Une fois rattrapé et réincarcéré, il poursuit son activisme et monte avec Wallace et King une section du Black Panther Party à l’intérieur de la prison d’Angola, symbole du système industrialo-carcéral raciste nord-américain et de l’esclavage moderne, situé sur les lieux mêmes d’une ancienne plantation de coton.

En 1972, Woodfox et Wallace furent reconnus coupables du meurtre d’un gardien blanc de la prison. King, qui n’était pas directement accusé du meurtre, fut déclaré complice et les « Trois d’Angola » furent placés à l’isolement.

Robert King est resté en cellule d’isolement 23h sur 24h jusqu’en 2001, Herman Wallace jusqu’en octobre 2013, avant de mourir d’un cancer trois jours après sa libération.

Albert Woodfox, lui, y croupit toujours, refusant de renier son engagement politique pour l’organisation des prisonniers Noirs, la résistance à l’esclavage moderne des prisons, la défense des droits des prisonniers, et affirmant son innocence. Les autorités pénitentiaires refusent de le libérer et de mettre fin à son isolement malgré le fait que son procès ait été déjà invalidé trois fois pour discrimination raciale.

Reflet de l’organisation populaire portée par le Black Panther Party, la vie d’Albert Woodfox témoigne de la lutte populaire et politique pour l’auto-défense et la libération de la communauté Noire s’attaquant à toutes les réalités de l’oppression raciale et économique du peuple Noir : des quartiers à la prison, de la traite négrière à l’esclavage industriel du travail carcéral, de l’aliénation culturelle et mentale à l’écrasement institutionnel.

Dans ce court texte publié le 23 avril 2014, Woodfox s’adresse à un psychologue envoyé par l’institution judiciaire ayant le pouvoir de légitimer un isolement de plus de quarante années.

Il lui répond à quel point seul quelqu’un comprenant le sens de la lutte pour l’autodétermination et la résistance à l’oppression peut appréhender une telle sentence, non pas dans le sens d’une « peine », mais comme une réalité historique et politique : le point central de l’oppression du peuple Noir, de la domination capitaliste et dans le même temps le point de départ d’une prise de conscience de soi et de sa puissance d’agir.

C’est la force politique de cette résistance et l’héritage de combattants révolutionnaires qui ont fait tenir Albert Woodfox durant ces 42 années d’isolement, et ce sont eux qui doivent alimenter la campagne de solidarité internationale pour sa libération et contre le système oppressif raciste des prisons états-uniennes.

Pour lui apporter un soutien financier :

www.jpay.com (#00072148)

Texte traduit et présenté par les Éditions Premiers Matins de Novembre

pmneditions@gmail.com

 

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Quand je me remémore certaines choses que j’ai faites étant plus jeune, lorsque j’apprenais à survivre dans le quartier de Six Ward Highsteppers à la Nouvelle-Orléans, je réalise que la société m’enseignait à être l’ennemi des pauvres, des ignorants et même celui de mon propre peuple. Je déplore certaines choses que j’ai faites à l’époque. Et parfois, je me demande ce que je serai devenu si rien de tout cela ne s’était passé de cette manière.

Mais mon engagement au sein du Black Panther Party lorsque j’étais à New York, m’a offert une autre possibilité de survie. Cet engagement a changé la donne. Les Black Panthers étaient les premiers Noirs que je n’ai jamais vu avoir peur. En les regardant, en leur parlant et en apprenant d’eux, ma vie a changé à jamais. C’était la première fois que j’entendais une voix plus forte que celle de la rue. Et quand je retournai en Louisiane et que je fus envoyé à Angola, le programme en dix points du Black Panther Party m’accompagna.

Le programme en dix points parlait d’autodétermination, d’assumer ses responsabilités en matière de prise de décision personnelle, s’agissant de ta vie, de ta communauté. C’est alors que j’ai commencé à réaliser que je pouvais modifier le cours des choses. Que je voulais le faire et que j’étais en colère. J’étais de toutes les radicalités et absolument convaincu que des changements sociaux majeurs en Amérique étaient à portée de main.

Quand Brent Miller a été assassiné et qu’ils nous ont raflé [Herman Wallace] et moi, et jeté au trou, il ne m’a jamais traversé l’esprit que j’allais passer les quatre prochaines décennies suivantes enfermé 23 heures par jour dans une cellule de deux mètres sur trois. Il ne m’est pas venu à l’idée que nous serions condamnés. Nous étions innocents ! J’étais optimiste, pensant que le peuple – nos frères et sœurs à l’extérieur – se dresseraient, s’organiseraient et les empêcheraient de nous avoir.

Puis, alors qu’ils nous emmenaient afin d’être présentés devant un tribunal, un des frères de Brent Miller nous coupa la route avec un camion. Il dérapa et s’arrêta près de la camionnette dans laquelle nous étions, et il bondit avec un fusil à pompe en hurlant : « Où sont ces négros ? Laissez-les moi ! Je vais tuer ces fils de putes ! » Soudain, tout devint sérieux. À ce moment-là, je fus submergé par la prise de conscience que nos vies étaient en jeu et que la loi ne pourrait pas nous protéger.

Aujourd’hui, après toutes ces années, l’audience au civil concernant notre isolement prolongé approche. Si bien qu’ils ont envoyé ce psychiatre me questionner. Bien évidemment, il a essayé de me faire dire que quarante ans d’isolement n’ont en définitive pas été une si mauvaise chose. « Vous avez l’air de vous être très bien adapté » m’a-t-il dit.

Je lui ai répondu qu’à moins de s’être retrouvé bouclé dans une cellule 23 heures par jour pendant quarante ans, il n’avait aucune idée de ce dont il parlait. Je lui ai dit : « Vous voulez savoir de quoi j’ai peur ? J’ai peur de commencer à crier et ne pas être en mesure d’arrêter. J’ai peur de me transformer en bébé, de me recroqueviller en position fœtale et de gésir ainsi tous les jours du reste de ma vie. J’ai peur de m’en prendre à mon propre corps, de peut-être me couper les couilles et les jeter à travers les barreaux comme que j’ai vu d’autres le faire quand ils n’en pouvaient plus. »

Ni la télévision, ni aucun loisir, magazine ou quoi que ce soit d’autre que vous appelez vous-même « autorisés » ne peuvent atténuer le cauchemar de cet enfer que vous aidez à créer à et maintenir.

J’ai été soutenu dans ma lutte par trois hommes. Nelson Mandela m’a appris que si vous poursuivez une noble cause vous pouvez porter le poids du monde sur vos épaules. Malcolm X m’a appris que l’endroit où vous commencez n’a peu d’importance, seul compte l’endroit où vous finissez. Et Georges Jackson m’a appris que si vous n’êtes pas prêt à mourir pour ce en quoi vous croyez, c’est que vous ne croyez en rien.

Je sais que vous faites seulement votre travail, Doc. Vous avez votre travail et j’ai le mien. Je suis un professeur. Et je suis la preuve vivante que nous pouvons survivre au pire en nous changeant nous-mêmes et en changeant notre monde, peu importe où nous vivons. Je ne veux pas mourir dans cette cellule, mais si cela doit se produire pour que cette leçon soit tout à fait claire, alors je suis prêt à le faire.

Albert Woodfox, prison d'Angola (Louisiane), 23 avril 2014

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 17:40

 

Islamophobie et "échappatoire" salafiste

La proclamation du "califat" par l’État islamique en Irak et en Syrie est en train de donner naissance à un véritable "sionisme musulman" :

famille jihad

Pourquoi des Français sont attirés par le djihad
Jeunes hommes radicalisés, femmes mais aussi familles, près d'un millier de Français ont rejoint les rangs de l'État islamique. Explications.

Une famille entière s'enrôle pour le djihad en Syrie

La famille disparue dans l'Isère a bien pris la direction de la Syrie

Une fillette de 2 ans et demi emmenée par son père a pu être récupérée et remise à sa mère : Assia, la fillette sauvée du djihad en Syrie

Des adolescentes fuguent même de leur famille pour s'y rendre : http://www.ladepeche.fr/article/2014/03/27/1849563-lezignan-corbieres-soeur-sarah-ete-enrolee-syrie-reseaux-sociaux.html

http://www.bladi.net/nora-marocaine-15-ans-jihad-syrie.html

djihad-famille.jpgComme l'expliquent bien ces articles de la presse bourgeoise, il ne s'agit pas vraiment pour ces gens de se battre (ceux qui étaient prêts à le faire y sont déjà) mais bel et bien de participer à la construction du nouvel État et de la "nation islamiquement pure" proclamée par Abu Bakr al-Baghdadi à Mossoul au mois de juin... Nous avons donc là une logique qui, bien qu'avec des différences évidentes (que ne manqueront pas de souligner les critiqueurs professionnels sans arguments), rappelle celle du sionisme dans la première moitié du siècle dernier ou encore les projets comparables de "retour en Afrique" pour les Noirs américains et antillais, dont le plus célèbre est celui de Marcus Garvey : une logique consistant, pour une minorité ciblée par une mobilisation réactionnaire de masse, non pas à lutter concrètement là où elle se trouve pour ses droits démocratiques et son autodétermination en tant que minorité nationale, mais à chercher le "salut" dans la fuite vers une "terre promise" fantasmée (le plus souvent au détriment des populations qui s'y trouvent déjà comme on a pu le voir en Palestine, au Libéria grande "terre promise" du Back to Africa et maintenant dans les territoires du Machrek arabe sous le contrôle de l'"État islamique").

Sur le site Oumma.com, un intellectuel musulman ose ouvertement le parallèle : L’État islamique d’Iraq et Syrie et le projet sioniste

Cette démarche va évidemment se coupler à celle, expansionniste, du Capital arabe/musulman qui la finance et l'arme et va (dès lors) se chercher des "justifications" dans les textes sacrés pour prendre une tournure réactionnaire ultra-violente et barbare, absente chez les quelques (rares et sympathiques) communautés rasta ayant pu s'installer en Afrique mais en revanche bien présente dans la colonisation et le "nettoyage" ethnique de la Palestine par les sionistes (bien que nous ayons Etat islamique Raqqalà un cas de barbarie "mentalisable" et donc finalement acceptable par les esprits occidentaux), l'idéologie puisant là aussi ses "justifications" dans l'Ancien Testament (bien que s'affichant - au début du moins - "laïque" et même "socialisante" devant des masses juives d'Europe séduites par les idées progressistes).

Cette logique a été vigoureusement combattue, en ses lieux et temps, par les marxistes juifs (Bund et léninistes) pour le sionisme et par les grands dirigeants communistes afro-américains comme Harry Haywood et C.L.R. James, Robert F. Williams puis les Black Panthers pour le Back to Africa ; dans une compréhension correcte que c'est seulement l'absence de réponse révolutionnaire et rationnelle à l'oppression subie qui entraîne les masses vers les réponses réactionnaires, irrationnelles et mystiques (qui sont essentiellement l'intégrationnisme - négation de son identité d'opprimé pour tenter de nier l'oppression et d'obtenir quelques miettes de "reconnaissance" des oppresseurs, l'exemple de faillite le plus tragique étant sans doute celui des Juifs d'Allemagne et d'Autriche ; le repli "attentiste" et passif sur sa communauté ou la fuite vers l'"ailleurs" idéalisé - sionisme, garveyisme et maintenant émigration salafiste vers l'"État islamique").

Les militant-e-s révolutionnaires des colonies intérieures catégorisées "musulmanes" doivent à présent prendre à bras le corps ce phénomène de recherche de réponses dans la religion et (désormais) d'émigration vers une soi-disante "Terre promise de l'Islam", afin d'apporter une RÉPONSE COMMUNISTE aux questions que se posent ces personnes (de plus en plus nombreuses) des classes populaires.

trinquier.jpgDe l'autre côté et à la source de cette fuite en avant identitaire et réactionnaire (car il faut bien être clairs sur les liens de cause à effet), il y a la France de la vague bleue-et-bleue-marine du printemps dernier, la France de la haine raciste (en général) et anti-musulmane (en particulier) qui a motivé (selon leurs propres dires dans toutes les enquêtes) 99% des électeurs FN (un FN qui d'ailleurs, une fois n'est pas coutume, soutient l'intervention militaire occidentale contre l'"État islamique") et dont un "bon exemple" a été donné cet été par la petite ville de Wissous dans l’Essonne (tout près de l'aéroport d'Orly).

Il est intéressant de souligner ici que le maire Richard Trinquier n'est pas "n'importe qui" : il est le fils du colonel Roger Trinquier, dont la théorie de la guerre contre-révolutionnaire moderne s'est exportée jusque dans l'Amérique du Sud des Pinochet en consorts... Autant dire qu'en matière de "lutte contre l'ennemi intérieur", il en connaît plutôt un rayon ! :

Wissous, la ville où l'islam est pointé du doigt

Déferlante de haine islamophobe et raciste à Wissous, le maire responsable

valeurs actuellesLe battage autour de l'"islamisation" de notre bonne vieille "fille aînée de l’Église" apparaît encore une fois bel et bien (ainsi que nous le disons depuis des années) comme la grande mobilisation réactionnaire de masse de notre époque. Nous en avons déjà de nombreuses fois analysé les causes : le racisme, présent depuis qu'il existe une immigration extra-européenne significative en Hexagone, reflète la domination impérialiste européenne et française sur le "tiers-monde" et la PEUR devant la contestation croissante de cette domination par celui-ci, dont les "immigrés" sont perçus comme les "ambassadeurs" ; ce racisme s'est spécifiquement centré sur la religion musulmane depuis que ("révolution" iranienne, guerre civile algérienne et attentats de 1995 puis 11-Septembre 2001) les forces militant au nom de cette religion apparaissent comme les plus agressives ; on peut aussi évoquer dans les masses une crainte devant le "choc de modernité" (crainte d'un monde qui "change trop  vite") représenté par la "mondialisation", à laquelle l'immigration extra-européenne est associée ainsi que l'émergence d'acteurs internationaux non-européens dont (là encore) les pays musulmans sont perçus comme les plus inquiétants ; exactement comme la crainte devant le "choc de modernité" représenté par la "révolution" industrielle et la modernisation très rapide de la société entre 1800 et 1940 s'était projeté sur les Juifs, qui obtenaient au même moment l'égalité civile dans la plupart des pays d'Europe et connaissaient pour certains une vertigineuse ascension sociale - avant d'être perçus, aussi, comme l'"avant-garde" des "idées nouvelles" démocratiques, socialistes et communistes "menaçant" l'ordre social "millénaire"... Il n'est donc pas étonnant (même si c'est à combattre) que face à cela, comme face à l'antisémitisme principale mobilisation réactionnaire de masse lors de la première crise générale du capitalisme (années 1870-1940), une réaction populaire possible soit de dire "puisque nous sommes des 'merdes' ici, allons donc nous 'réaliser' loin d'ici sur une terre 'à nous', où nous serons entre gens comme nous, entre frères et sœurs, avec nos valeurs et pas celles des autres qui nous détestent" etc. etc. !

extermination.jpgParallèlement (et en illustration) à tout cela (à ce fond d'ambiance), on notera que des amendes d'un montant "exorbitant" de... 3.000 euros (même pas un mois voire un demi-mois de revenu pour ces personnes) ont été prononcées contre Christine Tasin (de "Résistance républicaine" et "Riposte laïque") pour avoir proclamé et revendiqué sa haine des musulmans ainsi que contre le maire CNIP de Cholet, Gilles Bourdouleix, pour avoir déclaré au sujet des Rroms que "Hitler aurait dû finir le travail" (!!). Voilà qui devrait suffire (si c'était nécessaire) à illustrer la MASCARADE qu'est la "lutte" bourgeoise "républicaine" contre les idées fascistes, sauf dans certaines circonstances très particulières comme une "bouseuse" FN des Ardennes qui s'en prend à une ministre guyanaise (et encore a-t-il fallu un tribunal guyanais pour cela...) ou un "comique" afro-descendant antisémite... et le RIDICULE de voir dans l’État "républicain" un allié potentiel contre le fascisme !

L'antifascisme venu du cœur des classes populaires, lui, vient encore de donner un exemple lumineux à Calais face à quelques centaines de fascistes venus cracher leur haine des prolétaires migrants (qui s'entassent autour de cette ville dans les conditions inhumaines que l'on sait) : http://quartierslibres.wordpress.com/2014/09/10/rassemblement-de-sauvons-calais-racisme-autorise-solidarite-interdite/

facebook2.jpgfacebook-copie-1.pngwissous-saison4

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 09:04

 

Tout y est : liens avec le crime organisé (cette forme spécifique de capitalisme aux règles antiquo-médiévales et non "modernes", "des Lumières" comme le capitalisme principal) mais aussi avec les partis de pouvoir et en particulier la droite berlusconienne (se présentant même aux élections sur ses listes), trafics en tout genre (drogue, pierres précieuses), extraction sociale plutôt aisée des cadres et des militants, appui à des rébellions armées soutenues par l'impérialisme occidental contre ses rivaux, etc. etc. en dépit de la posture "révolutionnaire" affichée.

L'Italie étant devenue ces dernières années le "laboratoire" de l'extrême-droite européenne, voilà qui devrait faire méditer ceux qui voient dans le FN et ses affidés une force "révolutionnaire" ou en tout cas "qui ne dit pas plus de conneries que les autres"... mais aussi ceux qui nient que le fascisme jaillisse de l’État et du Capital dans ce qu'ils ont du plus profond ! 

Casapound : chemises noires, poudre blanche et brillants

Casapound est une organisation d’extrême droite qui prétendait construire le « Fascisme du Troisième millénaire ». Depuis le 3 juillet dernier et le meurtre de Silvio Fanella, on sait désormais que derrière cette étiquette se cache une organisation qui a d’autres activités que la seule promotion du folklore fasciste italien. Les enquêtes qui se déroulent en ce moment, font apparaître clairement que la direction de Casapound et certains membres influents de l’extrême droite italienne sont impliqués dans des affaires criminelles de grande importance. Silvio Fanella était le « caissier » de Gennaro Mokbel, militant fasciste de longue date récemment condamné pour escroquerie et détournement de fond et trafic d’influence.

Gennaro Mokbel assigné à résidence
Gennaro Mokbel assigné à résidence

Mokbel est aussi en lien avec des familles ‘ndranghetistes (mafia calabraise).

Gennaro Mokbel et Franco Pugliese un "chefs supposés" devant un gâteau aux couleurs du PDL (parti de Silvio Berlusconi)
Gennaro Mokbel et Franco Pugliese un "chefs supposés" devant un gâteau aux couleurs du PDL (parti de Silvio Berlusconi)

Ce meurtre et l’enquête qui en découlent viennent briser l’image de militantisme alternatif que Casapound s’était créée en mettant en scène tout ses faits et gestes à grand renfort de communication sur le web. Gianluca Iannone, leader de Casapound, a nié que le tueur puisse avoir un lien avec son organisation, comme à chaque fois qu’un de ses militants tue quelqu’un. Et comme à chaque fois, les faits lui ont donné tort.

Giovanni Battista Ceniti, un des trois responsables du meurtre de Silvio Fanella et responsable de Casapound Verbania jusqu'en 2012
Giovanni Battista Ceniti, un des trois responsables du meurtre de Silvio Fanella et responsable de Casapound Verbania jusqu’en 2012

En revanche il n’a sans doute pas d’explication quant à  la présence de diamants issus d’un trafic clandestin trouvés dans la maison de campagne de Fanella lors de l’enquête qui a suivi son meurtre. En quelques années, ce groupe est devenu l’exemple à suivre pour bon nombre de ses homologues européens et notamment français. Différentes tendances allant des « Jeunesses Nationalistes » à « Égalité & Réconciliation », en passant par les Identitaires ou la mouvance skinhead autour d’Ayoub et le MAS ont tous voulu avoir les faveurs et l’attention des militants transalpins. Durant des années, le nec plus ultra pour les militants nationalistes de toutes obédiences était d’avoir une reconnaissance publique des militants de Casapound. Même un vaniteux comme Soral disait que s’il était italien il serait membre de Casapound.

Casapound a été fondée officiellement en 2008 à Rome et a connu un développement rapide ces dernières années. Ceci est tout dû à la politique d’équidistance pratiquée par les sociaux-libéraux qui dirigeaient la municipalité et qui ont permis à ce mouvement d’ouvrir des centres sociaux et ainsi de se structurer sur le territoire. Les « socialistes » italiens considéraient que les « extrêmes » étaient à traiter de la même manière.

Gianni Alemanno jeune
Gianni Alemanno jeune

Puis Casapound a connu un essor considérable lors du dernier règne de Berlusconi et surtout à Rome lorsque Gianni Alemanno était maire : le petit mouvement a été protégé et arrosé financièrement. Il a bien grossi et semble avoir pris goût à l’argent et au pouvoir.

Ce mouvement qui s’est donné des airs « populaire » et « canaille » est constitué majoritairement de personnes issues de classes sociales aisées (la percée du Blocco Studentesco , branche étudiante de Casa Pound, lors des élections a eu lieu dans les conseils d’écoles privées).

Les dirigeants de Casapound aiment leur confort autant que la violence. Cette violence, ils l’ont exercée dans un premier temps sur les militants de gauche parlementaire molle et sur les immigrés.

Cette violence fasciste a pour marque de fabrique la cocaïne et les armes. Elle s’épanouit dans les virages de supporters, dans les quartiers périphériques des villes. C’est logiquement que « les fascistes du troisième  millénaire » ont fait de l’argent sale.

Ils sont issus des beaux quartiers et connaissent les milieux d’affaires mais ont aussi des réseaux dans la rue, les virages de stade, des connexions avec le monde politique italien, et un réseau international. Le col blanc et la chemise noire vont bien ensemble, ils permettent de faire un maximum de profits.

Gianluca Ianonne en Birmanie
Gianluca Ianonne en Birmanie 

Karens avec le drapeau de Casapound
Karens avec le drapeau de Casapound

Parfois ils mettent des habits de brousse et prétextent faire de l’humanitaire (comme leurs collègues français) en Birmanie auprès des Karens chrétiens. On note au passage que la Birmanie est située dans le triangle d’or et qu’on y trouve des diamants. Cela n’a pas échappé, semble-t-il, aux fascistes du troisième millénaires et à leurs associés.

Depuis trois ans, cette violence s’abat désormais aussi sur les militants d’extrême droite. Andrea Antonini, vice président du mouvement Casapound, se faisait « gambizzare », c’est à dire tirer une balle dans la jambe. Alors que Casapound se vantait en vitrine de faire le ménage dans un monde « moderne » corrompu, en coulisses les activités criminelles commençaient à se multiplier comme en attestaient les règlements de compte à caractère crapuleux.

Andrea Antonini
Andrea Antonini

Des vieux militants fascistes des NAR des années de plomb comme Massimo Carminati (lui aussi impliqué dans cette affaire) ont fait le lien avec la nouvelle génération militante et les organisations mafieuses.

Massimo Carminati
Massimo Carminati

Lorsque le financement par Berlusconi et ses sbires s’est tari, cela a incité cette mouvance à chercher de nouvelles formes de revenus (la peur du déclassement, sans doute).

Casapound et l’extrême droite italienne en général ont fini par converger avec les organisations mafieuses. Les tiraillements générés par le partage de l’argent sale ont fait craquer le vernis « respectable » de Casapound.

C’est ainsi que le 3 juillet 2014 le masque d’une alternative « fasciste » au libéralisme économique est tombé. Le meurtre de Silvio Fanella et l’arrestation d’un de ses meurtriers blessé sur le lieu de l’homicide ont permis de découvrir ce que beaucoup de gens faisaient semblant d’ignorer : les braves militants nationalistes trempent dans les activités criminelles les plus sales. Trafic de drogue, extorsion de fond, vols à main armée, blanchiment, escroquerie et même trafic de pierres précieuses.

 L’extrême droite italienne fait partie d’un réseau mafieux : le fasciste du troisième millénaire est en fait une sorte de yakuza, soit un nationaliste qui cherche un alibi moral à ses activités criminelles.

Durant des années, les fascistes ont clamé qu’ils étaient à la fois une alternative à la démocratie parlementaire et surtout des incorruptibles face aux organisations criminelles. C’était un beau slogan publicitaire, dans les faits les relations entre militants fascistes et organisations criminelles existent de manière régulière depuis au moins les années de plomb. Ils ont été le bras armé de la « Démocratie Chrétienne » et donc des USA dans la lutte contre le communisme.

Pour le pouvoir en place, dans un pays avec des structures étatiques faibles, les fascistes et les organisations criminelles ont été les fers de lance de la lutte contre les luttes sociales et les mouvements de gauche. L’extrême droite italienne est un hybride du squadrisme et du crime organisé : un agent de conservation de l’ordre social extrêmement agressif.

L’esthétique et l’éthique fasciste et mafieuse se confondent : violence, ascension personnelle économique fulgurante pour ceux qui sont fidèles à l’organisation. La posture de rebelle qui ne remet pas en cause les injustices sociales mais permet, à grand renfort de prise de cocaïne et avec un couteau, de croire qu’on devient quelqu’un en s’en prenant à son prochain, s’est imposée au cours de la dernière décennie. Massimo Carminati ancienne figure du terrorisme d’extrême droite, braqueur de banque notoire a par exemple fait partie de la « Banda della Magliana » et sa vie a inspiré le personnage d’Il Nero de « Romanzo Criminale ».

Entre passages à tabac et exécutions de militants politiques et syndicaux, actions contre les immigrés et leurs soutiens ou la mise en place d’attentat terroristes, sans parler des contacts avec les services secrets du temps de la guerre froide, les parallèles ne manquent pas entre le libéralisme économique sauvage pratiqué par les mafias et la défense des intérêts italiens à coups de couteaux ou de flingue par les fascistes.

Il y a donc une certaine fatalité à voir aujourd’hui les chemises noires devenir un maillon de la chaîne du crime organisé qui empoisonne la vie quotidienne de millions de personnes.

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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 08:30

N'attendons rien d'un appareil d’État bourgeois qui vient de libérer le meurtrier de Clément Méric ; COMPTONS SUR NOS PROPRES FORCES !

Il y a un peu plus d'un an, en août 2013 (ce que bien sûr des abrutis ne manqueront pas de souligner, "pourquoi elle a attendu un an non mais franchemeeeeent", comme si les choses étaient psychologiquement faciles après un tel crime !), une militante communiste et antifasciste de l'Organisation communiste Futur Rouge était violée par un fasciste de sa ville comme le racontent aujourd'hui ses camarades de lutte :  

"Salope de gauchiste, pute d'antifa" : c’est ce qu’a dit un militant fasciste à notre camarade Lucie pendant qu’il la violait, le 9 août 2013, dans la rue, alors qu’elle était à une soirée.
Pour protéger notre camarade, nous protégerons son anonymat. Nous ne donnerons pas plus de précisions, ni nom, ni localité et nous vous demandons de respecter ce choix nécessaire.
C’était clairement une attaque ciblée contre une militante antifasciste dont l’objectif était de briser le développement d’une activité antifasciste dans sa ville en la brisant elle. Ce qui a doublement échoué. C’était aussi un message adressé à l’ensemble des militant-e-s antifascistes de l’État français.
C’est son choix de dénoncer le crime dont elle a été victime et ce choix est une autre preuve de son courage exemplaire que nous saluons. Notre camarade souffre de séquelles physiques à vie.

Nous avons donc affaire à un crime (ce qu'est le viol) et plus particulièrement à un crime POLITIQUE, un crime DE GUERRE puisque c'est bien en guerre que nous sommes avec les fascistes, l'extrême-droite et les ultra-réactionnaires de tout poil, nos ennemis politiques et de classe les plus irréductibles - la différence étant que nous sommes le plus grand nombre qui veut se libérer de l'exploitation et de toutes les formes d'oppression et non les miliciens d'une minorité qui exploite et opprime le plus grand nombre, aussi n'avons-nous pas besoin de la barbarie comme instrument de terreur de masse dans notre combat : nous n'exerçons la violence révolutionnaire que comme autodéfense et justice du Peuple.

La militante victime de ce crime politique refuse d'en appeler à la police et à la "justice" bourgeoise, et s'en explique avec une dignité admirable :

ACAB

Notre camarade Lucie, violée par un fasciste au mois d’août 2013, souhaite expliquer pourquoi elle ne portera pas plainte. Nous souscrivons bien entendu à cette déclaration et c’est avec fierté que nous la publions. Solidarité avec les victimes de violences policières, avec les prisonnier-e-s !

Quand on me dit « police » j’ai la nausée, quand je les vois je suis énervée. Pourquoi ? Parce que, pour moi, ce sont les nervis du Capital, ce sont mes ennemis au quotidien, ce sont eux qui nous matraquent, qui nous expulsent, qui nous arrêtent, qui nous frappent, qui parfois nous violent ou nous tuent aussi. La police n’est et ne sera jamais mon alliée. Je ne cesserai jamais de les haïr. La bourgeoisie leur donne le pouvoir de s’adonner à leur pulsion barbare.

• Jeudi 21 Août 2014, des policiers traînent de force un algérien de 51 ans sous le coup d’un arrêt d’expulsion qui meurt « d’asphyxie » selon le parquet… Qui considère cette mort comme a priori accidentelle…
• Le 21 avril 2014 les militant-e-s de la CREA (Campagne de Réquisition, d’Entraide et d’Autogestion) de Tolosa sont réprimés pendant l’ouverture de deux maisons dans le quartier de la Roseraie. Encerclé-e-s par une centaine de flics, les occupant-e-s décident de partir en évitant les arrestations. Pourtant les militant-e-s désigné-e-s comme CREA sont violenté-e-s par les flics : matraques, lacrymo, grenades de désencerclement… un militant prend une balle de LBD 40 dans la tête, plus de la moitié des os du visage explosent. Quatre personne ont été mises en garde à vue, puis relâchées.
• Le 31 Octobre 2013, un couple arrêté après la violente répression de l’émotion déclenchée par un verdict au tribunal de Cergy, un couple est victime de violences policières et ISMAHENE est menacée de viol par les policiers. C’est le couple qui est accusé d’outrage.
• Le 6 février 2013, à Strasbourg un métallurgiste d’Arcelor Mittal venu manifester perd l’usage de son œil suite à un tir de flashball.
• Le 31 décembre 2011, la police clermontoise s’acharne sur WISSAM EL-YAMNI qui tombe dans le coma puis meurt. Aucune justice n’a été rendue à sa famille.
• En 2010, la police suisse abat au fusil mitrailleur UMUT, un jeune kurde, pour vol de voiture, blanchit les assassins et réprime son frère jumeau et l’un de ses amis.
• Le 9 mai 2008 à Grasse, ABDELHAKIM AJIMI meurt lors d’une interpellation. Pourtant condamnés à des peines de 18 et 24 mois de prison, les policiers sont toujours en poste.
• Ce même mois JOSPEPH GUERDENER est assassiné de trois balles dans le dos par un gendarme alors qu’il tentait de s’échapper de la gendarmerie de Draguignan. La Cour d’assises de Draguignan a jugé qu’il avait accompli « un acte prescrit ou autorisé par les dispositions législatives ou réglementaires ». Détail ayant son importance : Joseph était gitan.

Les flics, c’est un danger pour les personnes prostitué-e-s, ils profitent de leur situation précaire pour en faire leurs victimes, en sachant très bien combien ce sera compliqué pour elles et eux de réclamer justice.

En tant que victime, je pourrais me dire que porter plainte est un bon choix. Après tout, la justice est censée faire son travail sans discrimination. Mais la réalité est tout autre... LIRE LA SUITE >>

Mais bien sûr, il ne s'agit absolument pas de "garder le silence" sur ce crime abominable. Il s'agit au contraire de le faire absolument connaître, de construire la solidarité la plus large dans les classes populaires et que cette solidarité devienne haine implacable pour son auteur, ses comparses et le fascisme dont ils sont des militants (en plus, évidemment, de la haine générale pour le viol comme crime sexiste) ; un fascisme dont la montée n'est plus un secret pour personne (et il faut considérer que quelque part, chaque fois qu'il fait X% aux élections, il est en quelque sorte "X% au pouvoir") et dont il faut dévoiler au grand jour et le plus largement possible le vrai visage, celui de la pire barbarie comme instrument "normal" de domination :
Solidarité avec notre camarade Lucie, violée par un fasciste !

(en anglais) Solidarity with our comrade Lucie, raped by a fascist !
Rassemblement pour Lucie à Tours

On notera "pour archives" (comme ils disent) que le 'p''c''mlm' en a encore "profité" pour prendre une position ignoble : L'inacceptable position du groupe «futur rouge» au sujet d'un viol commis par un fasciste ; position qui ne mérite même pas l'effort intellectuel d'une réponse point par point tant le texte parle de lui-même, surtout quand on le met en parallèle avec la dignité de la camarade victime. Étalage à tous les niveaux de leur complaisance (pour ne pas dire servilité) envers les institutions "républicaines" bourgeoises (soi-disant "antifascistes"), où l'on découvre stupéfait que la police et la justice du Capital peuvent être des... "alliés" dans une affaire de crime POLITIQUE contre une militante révolutionnaire (rien que le texte de celle-ci égrène pourtant les contre-exemples) ; incapacité du RESPECT le plus élémentaire envers la victime d'un tel acte quand bien même on ne partagerait pas sa position ; transformation des révolutionnaires victimes des fascistes (contrairement à eux qui ne "militent" que devant un ordinateur) en... "cinquième colonne" de celui-ci ; et même occasion d'un énième vomi islamophobe alors que les agressions de femmes musulmanes portant le voile se sont multipliées ces derniers temps et que tout le monde sait très bien que le prochain cap franchi sera un viol, car parmi les choses que les fascistes ne supportent pas dans le voile musulman, il y a le fait que ces femmes les privent de la vue et de la jouissance de leurs corps.

C'est que les évidences et les faits intangibles rappelés par Lucie sont un cinglant démenti à leurs positions fondamentales : NON la République bourgeoise ne fait pas "face" à un fascisme qui l'assaillirait "de l'extérieur" (et contre lequel il faudrait la "défendre" comme "moindre mal") ; NON sa flicaille (dont un certain Alain S. aime d'ailleurs tant revêtir l'uniforme) n'est pas l'"alliée" - même "potentielle", même "à l'occaze" ! - des classes populaires contre ce prétendu "assaut" ; le VRAI fascisme vient du cœur même de la République bourgeoise et de son idéologie pourrissante ! L’État bourgeois "républicain" est "antifasciste" lorsque des dieudonnistes ou des islamistes (positions politiques dont nous ne répèterons pas pour la 100e fois notre rejet) défendent des positions géopolitiques ouvertement antagoniques avec celles de la fraction bourgeoise au pouvoir (positions qui conduisent généralement à l'antisémitisme, mais ce n'est même pas cela qui est déterminant) ; à la rigueur lorsqu'une ministre afro-descendante est attaquée de manière extrêmement primaire par une candidate locale FN (et encore faut-il pour cela un tribunal de Guyane, pays majoritairement peuplé d'afro-descendants... à voir si un tribunal de "métropole" aurait pris la même décision !) ; mais lorsque des fascistes/racistes BLANCS agressent, violent ou même TUENT des "minoritaires visibles" ou des "gauchistes" IL S'EN FOUT COMPLÉTEMENT, sans même parler de quand il s'agit de ses propres flics... et quoi de plus "normal" lorsque l'hégémonie intellectuelle qui sous-tend ces actes, à coup de Zemmour et de Rioufol, de Finkielkraut et de Xavier Raufer, de "Riposte laïque" et de Valeurs Actuelles, a pignon sur rue au quotidien !

Décidément, il n'y a que deux côtés à la barricade et celui où se trouve le 'p''c''mlm' ne fait désormais plus aucun doute pour la moindre personne progressiste.

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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 14:45


030314 borotbaL'organisation communiste ukrainienne Borotba est désormais plongée dans la clandestinité, ses militants sont pourchassés sous l'accusation de soutenir le "terrorisme séparatiste" et son site internet ne répond plus. Quelques éléments parviennent toutefois, tant bien que mal, à communiquer avec l'extérieur ; ainsi le responsable Sergueï Kiritchouk qui s'est exilé et a donné cette interview à un journal allemand. D'autres ont pu gagner la Crimée qui (comme chacun-e le sait) a fait sécession en mars dernier avant de proclamer son rattachement à la Russie, et connaît depuis lors une relative "paix russe" (ceci renforcera bien sûr encore, jusque dans l'"extrême-gauche" ukrainienne et internationale, l'accusation d'être "à la solde de Moscou" ; mais faut-il pourtant s'en étonner lorsqu'ils peuvent trouver là, à deux pas de chez eux, une relative tranquillité alors qu'ils sont traqués comme des bêtes dans toutes les régions sous contrôle de Kiev ?).

Ils ont fait parvenir au site "Workers World" ce texte que nous avons traduit, annonçant le lancement d'un "Centre antifasciste" à Simferopol - dans la péninsule séparatiste. Nous avons trouvé ce texte hautement intéressant car il n'appelle pas à rejoindre les "glorieuses forces" de la République "populaire" séparatiste du Donbass (où les antifascistes se retrouveraient rapidement aux côtés de... fascistes pro-russes, y compris venus de France, le mouvement fasciste européen s'étant globalement partagé entre pro-russes et pro-ukrainiens comme hier entre pro-serbes et pro-croates en Yougoslavie) ; mais au contraire à allumer et développer la résistance populaire antifasciste dans TOUT L’ÉTAT UKRAINIEN, au Sud (Odessa) comme à Kiev, au Nord et même à l'Ouest où se développe çà et là une résistance à la mobilisation militariste de la junte contre les séparatistes du Donbass... Autrement dit il dénationalise les enjeux, tentant d'arracher les choses à un affrontement Ukraine-Russie et "Ukrainiens proprement dits" vs "Novorusses"* pour les amener sur un terrain DE CLASSE et de CONCEPTION DU MONDE : ouvriers et paysans contre oligarques, justice sociale contre botte du FMI et de la BCE et résistance populaire contre le fascisme ! 


Lancement d'un Centre antifasciste en Ukraine

borotba antifascist

Soutenez le Centre pour les antifascistes d'Ukraine créé à Simferopol en Crimée - Nous avons besoin de votre aide !

La nécessité objective d'un Centre de soutien aux antifascistes d'Ukraine à Simferopol :

En ce moment, il est extrêmement difficile aux forces qui s'opposent au fascisme en Ukraine de travailler sur le territoire contrôlé par le gouvernement de Kiev ; en particulier pour l'organisation de gauche la plus active : l'Union Borotba ("Lutte"). Dans les villes du Sud-Est ont eu lieu des arrestations massives de militants anti-Maïdan, et des centaines de personnes sont maintenant derrière les barreaux. Le Service de Sécurité ukrainien recherche et arrête à présent nos camarades pour le simple fait de poster sur les réseaux sociaux (Facebook, Vkontakte), ce qui est qualifié de "propagande séparatiste".

Dans ces conditions, les cellules de Borotba et d'autres organisations de gauche et antifascistes opèrent de manière semi-clandestine. Des dirigeants importants de ces organisations ont fait l'objet de représailles. Notre organisation ne peut plus désormais fonctionner que sur le principe du réseau - comme réseau de petits groupes autonomes menant l'agitation et la propagande et tentant d'organiser, tout en se protégeant des attaques des combattants néofascistes.

L'activité d'une direction centrale de l'organisation est devenue impossible sur le territoire contrôlé par les autorités de Kiev - il y a un trop grand risque d'exposition d'un tel centre et d'une destruction de tout le réseau.

urlCette situation engendre la nécessité d'un centre de coordination pour Borotba et autres organisations amies et groupes de gauche en dehors du territoire contrôlé par Kiev. Un exemple pour cela est le travail des sociaux-démocrates russes au début du 20e siècle, afin de créer un centre capable de coordonner l'action des cellules clandestines.

Les activistes impliqués dans la lutte antifasciste en Ukraine, qui risquent l'arrestation, la torture et même la mort, doivent savoir qu'ils ne seront pas laissés sans refuge ni moyens de subsistance si besoin est, afin qu'ils puissent continuer à participer à la lutte pour libérer l'Ukraine des nazis.

Conditions subjectives pour un Centre de soutien aux antifascistes d'Ukraine à Simferopol :

Du fait de la répression des autorités de Kiev contre l'Union Borotba et d'autres organisations de gauche et patriotiques, de nombreux activistes ont été obligés à fuir le territoire ukrainien. Actuellement, environ 20 membres de Borotba originaires d'Odessa, de Dniepropetrovsk, de Kiev et d'autres villes, qui ont quitté l'Ukraine sous la menace d'arrestation et de violences, se trouvent dans la République de Crimée à Simferopol.

Pour le moment, ces exilés antifascistes ne possèdent que leurs maigres ressources pour leur loyer et autres nécessités ; ils n'ont pas d'emploi d'autres sources de revenus. Dans le même temps, nos camarades ne veulent pas devenir des réfugiés ni recevoir la nationalité russe : il veulent retourner en Ukraine et vaincre le régime néofasciste.

L'Union Borotba, sous la direction du député au Conseil régional d'Odessa Alexeï Albu et du coordinateur Victor Shapinov, a déjà commencé à coordonner Borotba et d'autres forces de gauche en Ukraine. Du 5 au 8 juillet, la première école pour activistes politiques s'est tenue près de Simferopol, à laquelle ont assisté 30 personnes qui avaient quitté l'Ukraine.

Tâches pour le Centre de soutien aux antifascistes d'Ukraine :

1. Coordination et gestion des cellules de Borotba et des organisations de gauche amies.

2. Assurer des canaux de communication sûrs et faire parvenir des fonds aux antifascistes Ukraine.

3. Former de nouveaux activistes politiques venant du mouvement de résistance dans le sillage des protestations anti-Maïdan. Créer un cadre solide pour les forces politiques de gauche, qui sera un élément essentiel du système politique de la nouvelle Ukraine libérée du fascisme.

borotba 101800394 jpg 1 4. Créer un centre de presse des forces de gauche et antifascistes en Ukraine pour informer le public de la lutte sur le territoire contrôlé par les autorités de Kiev.

5. Créer des supports de communication (tracts, vidéos etc.) à l'usage des forces de gauche et antifascistes en Ukraine. Gérer un vidéoblog permanent pour les forces de gauche en Ukraine, qui pourrait devenir une véritable chaîne online.

6. Traduction des documents de la résistance antifasciste en langues étrangères. Permettre une prise de conscience internationale sur le combat des forces antifascistes en Ukraine. Diffuser une information précise sur la répression et les assassinats d'activistes.

7. Tenir un registre des crimes et des violations des droits humains commis par le gouvernement de Kiev et les unités d'ultra-droite sous son contrôle.

8. Faire le lien entre les forces de gauche en Ukraine et tout autour de la planète.

9. Assurer l'évacuation des camarades ukrainiens qui risquent persécutions ou violences là où ils vivent et travaillent.

Nous, les représentants du Centre de soutien aux antifascistes d'Ukraine, faisons appel à l'aide de tous les mouvements et de toutes les organisations progressistes comme des activistes individuels. TOUTE AIDE, même la plus modeste, sera appréciée dans toute sa valeur par les exilés antifascistes ukrainiens.

http://www.workers.org/<wbr>articles/2014/08/04/anti-<wbr>fascist-center-launched-<wbr>ukraine/

Le courant trotskyste de la Riposte, qui pratique l'"entrisme ouvert" au sein du PCF, a récemment publié un texte dans lequel nous retrouvons largement nos analyses : Thèses sur l’Ukraine

Preuve qu'au-delà des petites chapelles idéologiques, la CONCEPTION CORRECTE DU MONDE se cristallise petit à petit sous l'effet des forces de l'histoire !


[* Cette question de "Novorussie"/"Novorusses" a été très largement débattue, et non sans raisons. En effet, les cartes "ethnographiques" tendent à montrer que les véritables Russes (selon, sans doute, l'ancienne classification soviétique des nationalités) ne sont majoritaires qu'en Crimée (~ 60%) et dans quelques raïons (districts) du Donbass, de la région de Kharkov ou encore proches de la Moldavie (Boudjak). Mais alors, sur quoi (diable) repose donc cette (fichue) identité "novorusse" du Sud et de l'Est de l'Ukraine ? Eh bien, elle repose peut-être précisément sur cela : ni les Russes, ni les Ukrainiens ni qui que ce soit d'autre (Bulgares, Tatars, Roumains/Moldaves, Gagaouzes etc.) ne représentent une écrasante majorité de 90% ou plus dans ces régions. La caractéristique locale est justement le multiethnisme.

Le bandérisme, cet ultra-nationalisme ukrainien fondé sur une "pureté" ethnique ukrainienne "plus-vraie-que-vraie", n'y fonctionne donc pas (sans même parler du fait que sa collaboration passée avec le nazisme, dans des régions martyres de la guerre d'extermination lancée par Hitler contre l'URSS, ne plaide pas en sa faveur...). Des idéologies au service de l'impérialisme russe telles que l'"eurasisme", le "panslavisme" (unité plus ou moins fédérale de tous les Peuples slaves) ou encore un certain "néo-soviétisme" peuvent y fonctionner - et de fait y fonctionnent ; mais le bandérisme, la population du Sud et de l'Est de l'Ukraine le vomit. Si l'Ouest (à 90 ou 95% ukrainien "ruthène") en veut, "tant mieux" pour lui ; mais au Sud et à l'Est on n'en veut pas, c'est ainsi.

On notera que cette culture de coexistence nationale s'accompagne généralement d'un usage de la langue russe comme lingua franca ou plus localement (surtout le long du Dniepr - en orange sur cette carte) d'un dialecte populaire mêlant russe et ukrainien, le sourjyk ; d'où la confusion qui tend à s'installer entre russophones (notion linguistique), "pro-russes" (notion politique) et "Russes" au sens de la classification soviétique des nationalités (notion "ethnique"). La carte de l'usage principal du russe dans la vie quotidienne, ou encore celle des partisans de sa co-officialité (aux côtés de l'ukrainien) montrent ainsi des réalités notablement différentes de celle des pourcentages de Russes "ethniques".]

1MaiBorotba

Lire aussi (à titre informatif) le Manifeste du Front populaire de libération de l’Ukraine* qui donne une petite idée du niveau idéologique "moyen" de l'insurrection dans le Sud-Est ukrainien.

On notera que :

1°/ Il est sans doute permis de déplorer qu'une organisation marxiste révolutionnaire comme Borotba ait signé cet appel aux côtés de forces aux noms aussi peu engageants que "Garde slave", qui fleurent bon l'ultra-nationalisme russo-orthodoxe "cosaque" et "blanc", CEPENDANT

2°/ Il est difficile de se poser en petit juge de ce genre de choses lorsque l'on ne se trouve pas et que l'on a même pas (à vrai dire) dans son champ du concevable la situation que connaissent actuellement ces militant-e-s : à quand remonte la dernière fois qu'en Hexagone, une quarantaine de personnes identifiées comme "rouges" ont été (de ce seul fait) brûlées vives dans un immeuble par des fascistes ? Depuis quand est-on arrêté (puis bien entendu sauvagement brutalisé en détention) pour des simples publications sur Internet ? Quand donc des déluges de bombes se sont-ils abattus, faisant des milliers de mort-e-s civil-e-s, sur une région ouvrière refusant d'être "restructurée" (un peu comme la Lorraine des années 1980) ? Pour se permettre de donner des leçons il faudrait déjà, pour commencer, avoir vécu ne serait-ce qu'un quart du dixième de cela ; et admettre également au préalable le principe absolu que des personnes progressistes ou révolutionnaires ont le DROIT de résister face à un gouvernement tel que celui de Kiev (pour le moment et sans doute par tactique politique, les forces de "Nouvelle-Russie" mêlent allègrement imagerie soviétique et nationaliste russe et ne s'attaquent pas aux "rouges") - cf. l'excellent article du Comité Anti-Impérialiste au sujet de la Palestine.

3°/ Dans un tel contexte, des forces réactionnaires comme les "cosaques", "eurasistes" douguiniens, "nationaux-bolchéviks" et autres "panslavistes" deviennent de fait des "forces grises" intermédiaires, au même titre que les forces islamistes en Palestine : ce ne sont pas des "amis pour la vie", il faut garder sa méfiance (si une vraie question mérite d'être posée, c'est celle-là), mais elles ne sont pas pour le moment l'ennemi à combattre en priorité et peuvent même, dans certaines de leurs actions, servir objectivement le Peuple et les idées justes. Pour illustrer cela on signalera par exemple qu'à Zaporozhye, où elle est basée, la "Garde slave" a participé en février à la défense de la statue de Lénine - symbole que les nationalistes fascistes "EuroMaïdan" voulaient abattre avant de passer physiquement aux communistes eux-mêmes...

4°/ Dans un tel contexte comme en Palestine, cf. là encore l'article du Comité Anti-Impérialiste, "les idées qu’ont en tête ceux qui résistent ne constituent pas la question principale. Ce qui compte c’est ce qu’ils font. Ce qui compte, c’est leur lutte objective. C’est le point de vue du matérialisme historique comme l’a magnifiquement montré Engels dans La guerre des paysans en Allemagne. Il faut participer à cette lutte objective pour influencer le combat dans un sens progressiste ou révolutionnaire. C’est là une des grandes leçons du marxisme"... Borotba ne fait donc qu'appliquer un principe marxiste élémentaire - avec quel succès, cela seul l'avenir le dira. De fait, le texte de la déclaration est très "réformiste radical" et montre bien que ce qui est déterminant c'est la pression des masses, de leurs aspirations, et ce que telle ou telle force est OBLIGÉE de dire et faire face à cela bien plus que ce qu'elle est et pense réellement dans son "logiciel" politique organique [il semblerait en fait que les principaux auteurs du texte soient les camarades de Borotba, la question qui se pose alors étant celle de la sincérité des autres signataires, dont il est toujours permis de douter mais voilà : cela a pu en tout cas leur être imposé]. Borotba n'est d'ailleurs absolument pas aveugle ni a-critique quant aux forces, tendances et activités droitardes du camp "novorusse" : l'organisation a ainsi dénoncé l'inscription de l'orthodoxie comme religion officielle dans la Constitution séparatiste, ainsi que l'usage par les "républiques populaires" de symboles réactionnaires comme le drapeau tsariste noir-jaune-blanc, emblème courant de l'extrême-droite russe. Autrement dit, Borotba mène AU SEIN MÊME du camp anti-bandériste la bataille idéologique entre la ligne rouge socialiste-prolétarienne et la ligne "blanche" national-chauvine, grande-russiste, cléricale, parfois même néo-tsariste etc. etc. qui mène forcément la résistance populaire "novorusse" et de toute l'Ukraine à la faillite !

Un autre texte intéressant (bien qu'aux accents virulents et limite sectaires) est celui diffusé sous la forme d'un appel de plusieurs dizaines de groupes musicaux antifascistes de Russie, d'Ukraine même, d'Allemagne, de Biélorussie (soumise à un régime auquel un Donbass indépendant pourrait beaucoup ressembler), de Tchéquie etc. etc. : http://www.avanti4.be/actualite/article/ukraine-manifeste-de-groupes-de-musique-et-de

Dans l'absolu nous ne pouvons que souscrire à 100% à un tel texte qui rejette tous les ethno-chauvinismes, les manœuvres impérialistes, les grands capitalistes, les fachos des deux bords... et les opportunismes de "gauche" (marxistes ou libertaires) vis-à-vis d'un camp comme de l'autre. Mais il nous semble néanmoins faire gravement l'impasse sur les légitimes aspirations et inquiétudes populaires sur lesquelles "surfent" l'impérialisme russe et ses agents/mercenaires (celles qui s'exprimaient à Maïdan, sur lesquelles ont surfé les nazillons et les thatchériens de Kiev et de l'Ouest, sont quant à elles désormais hors-jeu et la mairie de Kiev a ordonné l'évacuation manu militari des derniers campeurs de la place). Ce point de vue, en somme, présente une vision idéale que n'importe quelle personne progressiste ne peut que partager ; mais IL N'EST PAS MATÉRIALISTE quant à la manière d'affronter concrètement la situation concrète telle qu'elle est (c'est-à-dire épouvantable), contrairement au texte du Comité Anti-Impérialiste si on le transpose de la Palestine à l'Ukraine. Nous avons été, à vrai dire, très proches d'un telle position au début (chute de Ianoukovitch, début de la partition du pays, annexion russe de la Crimée) mais désormais les choses ont évolué et quelle que soit l'activité réelle de l'impérialisme russe (à ne pas confondre avec ce que dit la propagande occidentale et de Kiev), il y a clairement selon nous un OPPRESSEUR et un OPPRIMÉ, à commencer par des militant-e-s se revendiquant comme nous du communisme et qui sont persécuté-e-s (et forcément, là où il y a oppression il y a résistance). La situation a suivi de fait l'évolution inverse de la Syrie, où il y avait au départ un soulèvement populaire tout à fait légitime (contenant des progressistes et même des marxistes) contre un régime réactionnaire (qu'il ait été "progressiste" il y a 40 ou 50 ans ne change rien), antipopulaire, assassin et corrompu, mais où il n'y a plus aujourd'hui aucune force en présence (régime, opposition "modérée" ou djihadistes) à défendre.

Si la situation en Ukraine, comme tout pouvait hélas le laisser craindre, a pris une tournure yougoslave et que les ethno-chauvinismes et leurs parrains impérialistes des deux bords sont également à rejeter et blâmer, c'est bien le Donbass qui apparaît dans la position de Sarajevo et la "Garde nationale" ("machine à recycler" les nazillons du Pravyi Sektor) dans celle des milices serbes plutôt que l'inverse. C'est bien du côté pro-Kiev que l'on observe au quotidien la volonté de "nettoyer" l'Ukraine d'une de ses nationalités, en l'occurrence la "russe" (voir ici cette députée de Svoboda visitant une école maternelle dans l'Ouest et disant aux enfants à nom "russe" qu'ils vont "bientôt devoir partir à Moscou" : https://www.youtube.com/watch?v=w3R3pMtL3eo) mais rien ne garantit guère (non plus) le sort des autres ; tandis que la déclaration du "Front populaire de libération" affirme et revendique la multinationalité de l’État. Et si l'on accueille favorablement l'argument (que l'on trouve par exemple sur un forum trotskyste) selon lequel "ce type d'alliance (avec des forces réactionnaires ou "fascistes") se retourne toujours contre les communistes et les travailleurs" qui s'y livrent, alors les marxistes et les progressistes ukrainiens qui auront été opportunistes ou "neutres" vis-à-vis du Pravyi Sektor et du nouveau régime de Kiev sont beaucoup plus proches de l'anéantissement que ceux qui "soutiennent" la rébellion "pro-russe" !

 

* Fréquemment accusé d'être "un faf", l'auteur du site est en réalité proche du parti "rooseveltien"  Nouvelle Donne de Pierre Larrouturou.

 

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Dossier Breizh :
Breizh : comment l'étincelle écotaxe a mis le feu à la lande
"Esclave", "identitaire", chouan, cul-terreux arriéré de service : pour paraphraser Césaire, "n'allez pas le répéter, mais le Breton il vous EMMERDE"
Considérations diverses – en guise de ‘‘petit debriefing’’ de ces derniers mois : Bretagne, fascisme, ‘‘Lumières’’ et Kaypakkaya… (point 1)
Considérations diverse (26/11/2013) : eh oui, Servir le Peuple a toujours quelques petites choses à vous dire ;-) (point 1)
Appel de la gauche indépendantiste bretonne (Breizhistance) pour le 30 novembre (avec notre critique de la position du ROCML)
Le Top Five des drapeaux qui n'ont PAS été inventés par un druide nazi  (mortel !)
Et en guise (provisoire) de conclusion : La Gauche indépendantiste bretonne revient sur la mobilisation de Karaez/Carhaix

Comité de Construction du PCR des Terres d'Òc : Déclaration du 11 Novembre

La phrase du moment :

"La tyrannie cessera parmi mon peuple ; il n'y aura que liberté, liberté toute nue, sans déguisement. Bouleversements d’États entiers : je les renverserai de fond en comble, il n'y aura rien de reste. Il va y avoir de terribles renversements de conditions, de charges et de toutes choses. Je veux faire un monde nouveau, je veux tout détruire. Je veux appeler à moi la faiblesse, je veux la rendre forte. Pleurez gens du monde, pleurez grands de la terre, vos puissances vont tomber. Rois du monde, vos couronnes sont abattues !"

Élie Marion, "prophète" et guérillero camisard cévenol, 1706.

Amb l'anma d'un Camisart, Pòble trabalhaire d'Occitània endavant !

 

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NaxalRevolution (Naxalite Maoist India, en anglais)

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The Next Front (Népal - anglais)

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Philippine Revolution (en anglais)

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Guerre pop' & Luttes armées - Amérique latine :

CEDEMA - actualité des mouvements armés en Amérique latine (+ qqs documents historiques)

 

Nuevo Peru (Pérou, basé en Allemagne, en castillan et allemand principalement)

Guardias Rojos (Pérou, page FB)

Fil d'actu "Amérique latine" du Secours Rouge - APAPC

Archives

Autres documents théoriques

 

Récapitulatif des "grandes thèses" de Servir le Peuple


À lire également, les Considérations Diverses, petits "billets" trop courts pour faire un article et donc regroupés par trois, quatre ou plus, exprimant notre CONCEPTION DU MONDE sur toute sorte de sujets. 


En finir avec la 'France', appareil politico-militaire et idéologique de nos oppresseurs ! (1) et (2) 

En finir avec la 'France' (3) : l'État bourgeois contemporain et nos tâches

Même étude sur l'État espagnol (1 et 2) ; le Royaume-Uni (1 et 2) et l'Italie.

 

APRÈS 8 SÈGLES… (Huitième centenaire de la bataille de Muret 1213 & DÉCLARATION FONDATRICE de notre Comité de Construction du PCR-Òc)

 

V. I. Lénine : "Il y a deux guerres" 

 

Le 18 Juin, une date symbolique pour les fascistes


Réflexion sur la déviation ouvriériste – Avant-propos

Réflexion sur la déviation ouvriériste : la classe ouvrière, le prolétariat et la révolution. 


Sur le Gouvernement de Bloc Populaire

Rectificatif sur le Gouvernement de Bloc Populaire

Encore une fois sur le "Bloc populaire" et la QUESTION ELECTORALE


Harry Haywood contre la Théorie des Trois Mondes et les dérives réactionnaires des « prochinois »


TKP(ML) : On ne peut pas être communiste sans défendre le maoïsme


La Question nationale au 21e siècle 

Considérations diverses : un (gros) pavé sur la Question nationale...

Clarification sur l'encerclement du 'Centre' par la 'Périphérie'

 

Pour comprendre la Tempête arabe, avoir une analyse de classe correcte de la situation

(n)PCI : La révolution démocratique anti-impérialiste des pays arabes et musulmans

 

2011 : un point indispensable sur le fascisme et l'antifascisme pour les années à venir

 

Thèses fondamentales pour la construction partidaire


Sur le processus révolutionnaire

Sur le processus révolutionnaire (2) : vers le communisme

 

La "négation de la négation" et le maoïsme


Considérations diverses : Sur la question du SECTARISME

 

(Conception du monde) Le Parti révolutionnaire : ARTISAN conscient... ou 'accompagnateur contemplatif' du mouvement historique ?


Sur la 'révolution permanente' et le trotskysme

 

Le 'centre mlm' de Belgique, la Guerre populaire et le (n)PCI (sur la stratégie révolutionnaire en pays impérialiste) ; et dans la continuité :

Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (1ère partie)

et Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (2e partie)

 

 

Sur le document "Expériences, débats et perspectives" du PC d'Équateur - Comité de Reconstruction, adressé au Mouvement communiste international

 

EXCLUSIF : Lotta Continua - "Prenons la Ville !" (1970) [avec un salut rouge et fraternel à l'AA Bordeaux ]


Manifeste Programme du (n)PCI

Présentation

du chap. 1 du Manifeste pour les lecteurs/trices francophones (valable pour tout le Manifeste)

 

(Chapitre I): PDF - WORD

 

Le Plan Général de Travail ((n)PCI)

 

 MANIFESTE COMPLET

(version non-définitive ; chap. 4 et 5 pas encore validés par les camarades italiens)

 

IMPORTANT pour la compréhension du Manifeste :

La crise actuelle, une crise par surproduction absolue de capital (en PDF)

article de 1985 paru dans Rapporti Sociali n°0

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Autres analyses d'actualité

Sarkozy en Chine : ramener le "péril jaune" dans le "droit chemin"

L'accord Iran-Turquie-Brésil, dans la droite ligne de la visite de Sarkozy en Chine

Turquie, Iran, Kurdistan, Israël : qu'en est-il ?


L'expulsion des Rroms, un nouveau (grand !) pas dans la mobilisation réactionnaire de masse


Nouvelle crise : deux Présidents en Côte d’Ivoire


Chute de Ben Ali : une victoire pour les masses


Pour la "petite" histoire : Marine Le Pen succède (comme prévu) à son père.

Retour sur les cantonales : des signaux déterminants pour l'avenir

Défections à l’UMP : la décantation idéologique de la bourgeoisie s’accélère


Ce qui a merdé en Libye...


Défections à l’UMP : la décantation idéologique de la bourgeoisie s’accélère


Palestine : Derrière l'accord Hamas-Fatah, la Tempête arabe ?


Situation décisive au Népal 

En matière de conclusion sur la situation au Népal, et ses répercussions dans le Mouvement communiste international 

Questions-réponses sur la situation au Népal

 

Discussion sur la "gauche" en Amérique latine et la bourgeoisie bureaucratique

 

Sur la liquidation réformiste en Euskal Herria : l'analyse d'un communiste abertzale

Sur la liquidation réformiste en Euskal Herria, 2e partie

Sur la liquidation réformiste en Euskal Herria, 3e et dernière partie  

 

 

Considérations du 01/10/2012 : Copé, "droite décomplexée", montée du fascisme et islamophobie

Considérations diverses : Encore une fois sur la question du fascisme (22/10/2012)

Considérations diverses (26/10/2012) : 'traditions' politiques bourgeoises et fascisation ; question nationale et identitarisme ; 'émergentisme' et islamophobie

 

Considérations diverses (19/01/2013) : Retour sur la situation au Mali (osons le "cosmopolitisme" et la "géopolitique" !)

 

Mort d'Hugo Chávez au Venezuela


Considérations diverses 03-2013 - et un peu de polémique/critique, ça fait pas de mal ! (sur Chavez, le 'bolivarisme', le 'fascisme' de celui-ci et autres choses...)


Sur le capitalisme bureaucratique des pays dominés et le prétendu 'fascisme' de certains régimes réformistes bourgeois


La tragédie de Lampedusa est un crime impérialiste de plus contre l’humanité

Autres articles historiques

 

25 avril 1945 : le Peuple italien terrasse le fascisme

25 avril 1974 : la Révolution des Oeillets met fin au salazarisme

 

24 mars 1976, noche negra de Argentina : pour ne jamais oublier

La dictature militaire argentine de 1976 - 1983

 

Pierre Mulele, héros et martyr d'Afrika


Thomas sankara, leader d'un authentique processus révolutionnaire

Le 15 octobre 1987 tombait thomas sankara, le "che" africain 

 

Etudions l'histoire de la Révolution chinoise


Bref panorama historique révolutionnaire des Amériques


Quand Argala répondait (par anticipation) à certaines "lumières éclairées" du "marxisme" le plus social-chauvin...


Document historique : Déclaration "Aux Peuples d'Amérique latine" par la Junte de Coordination Révolutionnaire (Tupamaros-MIR-ELN-ERP) - 1er novembre 1974


35 ans après le coup d’État pro-soviétique, les peuples d'Afghanistan continuent de résister héroïquement aux envahisseurs impérialistes


Grande étude historique : du païs à la Commune populaire, de la communauté populaire précapitaliste à la société communiste

Illustration de la théorie par un exemple historique : la Guerre des Demoiselles en Ariège

Et en guise de récapitulatif/synthèse : Considérations diverses sur les États, les Nationalités, la Subsidiarité et le Pouvoir populaire ; ici (point 1) : Considérations diverses – fin octobre 2013 : État et révolution bourgeoise et ici : Considérations diverses : 1/ Le cœur des nations est aujourd’hui le Peuple