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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 14:25

 

Le FPLP, qui vient de passer 50 jours sous les bombes sionistes en Palestine, exprime sa solidarité avec la lutte des Noirs aux États-Unis suite aux évènements de Ferguson :

Quartiers Libres : l'Empire s'effondrera de l'intérieur

Le FPLP salue la lutte des Noirs aux États Unis :  L’Empire s’effondrera de l’intérieur

michael Brown Mohammad Abou Khdeir

À la lumière de l’assassinat par la police du martyr Michael Brown et de la lutte en cours à Ferguson, dans le Missouri, aux États-Unis, le Front Populaire de Libération de la Palestine salue et soutient fermement la lutte incessante des Noirs et de toutes les communautés opprimées aux États-Unis. Lors d’un entretien avec les médias du FPLP, le camarade Khaled Barakat a déclaré que « la brutalité policière, l’oppression et le meurtre dirigés contre le Peuple noir aux États-Unis, et contre les Latinos, les Arabes et les Musulmans, les gens de couleur et les pauvres n’ont jamais été de simples « erreurs » ou des « violations des droits individuels » mais font plutôt partie intégrante d’un racisme intégral et systématique qui reflète la nature du système politique étatsunien ». « Chaque fois qu’un crime est commis contre le Peuple noir, il est expliqué qu’il s’agit d’un « incident isolé », mais quand vous voyez le nombre considérable d’« incidents isolés » la réalité ne peut plus être occultée : il s’agit d’une politique ininterrompue qui demeure violemment raciste et oppressive. L’empire américain a été construit sur le dos des esclaves noirs et le génocide du Peuple noir ainsi que sur la colonisation et le génocide des peuples indigènes », a ajouté Barakat. « Les habitants de Ferguson résistent, héritiers d’une longue tradition de résistance noire, et nous soutenons leur résistance légitime à l’oppression raciste. » « De même que les peuples d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et du monde Arabe sont les témoins de la brutalité des États-Unis en dehors de ses frontières, ces communautés sont confrontées à l’oppression raciste et coloniale à l’intérieur de ses frontières. Ces deux phénomènes sont  inextricablement liés », a déclaré Barakat.

FergusonPolice

« Nous voyons également l’exploitation et le pillage par les États-Unis des ressources des peuples à travers le monde. Et aux États-Unis, les Africains, les Latinos, les Philippins, les Afghans, les Arabes qui ont subi la guerre et l’impérialisme des mains des États-Unis en dehors de leurs frontières sont les mêmes communautés qui font face à la criminalisation, la brutalité, l’exploitation, l’isolement, les meurtres et les assassinats des mains de l’État. Nous voyons la chasse aux migrants et aux réfugiés à l’intérieur des États-Unis après que leurs pays ont été ravagés par l’impérialisme, la guerre et l’exploitation par les mêmes forces dirigeantes. » Barakat a souligné que « l’emprisonnement de masse et l’incarcération ont été un outil central du contrôle raciste aux États-Unis. Un homme noir sur trois y sera emprisonné ; toutes les 28 heures, une personne noire est tuée par l’État ou par une personne protégée par l’État. Les Palestiniens connaissent bien l’utilisation de l’emprisonnement de masse pour maintenir la domination raciste et l’oppression. Briser les structures racistes de l’emprisonnement est crucial pour notre mouvement de libération. Nous saluons Mumia Abu-Jamal[1] et tous les prisonniers politiques du mouvement de libération noire dans les prisons américaines et nous appelons à leur libération immédiate. » Barakat a de plus ajouté que « depuis les premiers temps du mouvement noir aux États-Unis, des esclaves en révolte pour la liberté jusqu’au mouvement pour les droits civiques et au-delà, le peuple, les organisations et les mouvements noirs ont été confrontés à une impitoyable répression étatique, au ciblage, à l’incarcération et aux meurtres des mains de l’État. Les agences de renseignement intérieur américaines telles que le FBI, qui dirigent la répression d’État contre les communautés Palestiniennes et Arabes, ont eu pendant des années pour objectif principal l’attaque des mouvements, des dirigeants et des communautés noires. » Le racisme, la pauvreté et l’oppression sont les réalités premières rencontrées par les nations et les communautés opprimées aux États-Unis.

Le Peuple noir aux États-Unis est en fait en état de siège. Et de la même façon que nous exigeons la fin du siège pour notre peuple palestinien, à Gaza et partout ailleurs, nous exigeons la fin du siège du racisme et de l’oppression institutionnalisés dans l’éducation, le travail, les services sociaux et tous les domaines de la vie, et nous soutenons les mouvements noirs en lutte pour mettre fin à ce siège. « Quand nous voyons aujourd’hui les images qui parviennent de Ferguson, nous voyons une autre Intifada émerger dans la longue lignée des Intifadas et des luttes qui ont été menées par le peuple noir aux États-Unis et au niveau international. Le mouvement de libération nationale Palestinien salue le mouvement de libération noir, et a beaucoup appris des expériences de Malcolm X[2], Martin Luther King[3], Frederick Douglass[4], des Black Panthers, de Sojourner Truth[5], et des générations de révolutionnaires noirs qui ont ouvert la voie dans la lutte pour la libération et l’autodétermination », a déclaré Barakat. « La lutte au sein même des États-Unis fait partie intégrante de la lutte contre l’impérialisme – et plus, il s’agit d’une lutte centrale, car elle se déroule dans le ventre de la bête. C’est aussi le cas de la lutte des peuples Indigènes et des nations d’Amérique du Nord, où les pouvoirs coloniaux se sont construits à la fois par le vol des terres et par le génocide, mais où les peuples Indigènes ont toujours résisté et continuent de résister encore aujourd’hui », a-t-il dit. « Chaque victoire à l’intérieur des États-Unis et chaque conquête politique par des mouvements populaires et des luttes de libération est une victoire pour la Palestine et une victoire pour un monde de la libération des Hommes. Ceux qui pensent que le destin des peuples aux États-Unis est lié aux partis de la classe dirigeante, les Républicains et les Démocrates, et ce jusqu’à la fin des temps, ceux-là vivent dans l’illusion. De même que ceux qui croient que la Palestine peut conquérir sa liberté en recherchant des alliances ou des garanties de la part de ceux qui oppriment le Peuple noir », a déclaré Barakat.

policeFerguson

« La lutte noire conduit le monde vers la lutte pour un système politique alternatif qui mènera l’Empire américain à la défaite. Nous savons que cela n’arrivera que par la lutte, par l’organisation du peuple, émergeant à travers les soulèvements et la colère des communautés contre l’injustice » a déclaré Barakat.« Le mouvement anti-raciste et le mouvement anti-sioniste ne sont pas et ne peuvent pas être séparés. Se battre contre le racisme signifie se battre contre le capitalisme ; se battre contre le capitalisme, c’est se battre pour le socialisme », a déclaré Barakat. « Le Front encourage tous les Palestiniens, et en particulier notre communauté palestinienne aux États-Unis, à poursuivre et à intensifier leurs efforts en faveur du mouvement de libération Noir, à se joindre aux actions de soutien à Ferguson et en l’honneur de Michael Brown, à maintenir à long terme une lutte commune et une solidarité mutuelle avec le mouvement Noir. Il existe une longue histoire de cette œuvre commune, et il est essentiel pour l’ensemble de nos communautés d’élargir et d’approfondir nos liens de lutte et de solidarité. » Le FPLP envoie ses salutations révolutionnaires, son message de solidarité et ses saluts au peuple de Ferguson en lutte, sur les lignes de front s’opposant à l’empire américain, et aux générations successives de la lutte noire. Notre mouvement de libération de la Palestine et le mouvement de libération noir font partie d’une seule et même lutte. Cela a été une position de principe pour le Front depuis sa fondation ; nous réaffirmons cette position aujourd’hui et nous le ferons jusqu’à ce que nos deux peuples — et notre monde — soient libérés.

1. NdT : Mumia Abu Jamal, prisonnier politique noir américain emprisonné depuis 1981, ancien membre du Black Panther
Party. Son combat s’inscrit toujours dans la lutte anti-carcérale et de libération noire.
2. NdT : Malcom X, noir américain militant du mouvement pour les droits civiques aux États-Unis, assassiné en 1965.
3. NdT : Martin Luther King, pasteur militant pacifiste du mouvement pour les droits civiques, assassiné en 1968.
4. NdT : Fréderick Douglass, homme politique et écrivain noir américain, né esclave, militant abolitionniste, mort en 1895.
5. NdT : Sojourner Truth, militante abolitionniste noire américaine, née esclave, morte en 1883 

Déclaration (PDF) du FPLP: FPLPFerguson

Fondé en 1967 sous la direction de Georges Habache et Ahmed Jibril, le Front Populaire de Libération de la Palestine est une organisation palestinienne révolutionnaire combattant le sionisme et le capitalisme.

Traduit par les Éditions Premiers Matins de Novembre pmneditions@gmail.com

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Et pendant ce temps là, voilà que de son côté Aymeric Chauprade, "Monsieur géopolitique" du FN, tête de liste en Île-de-France aux européennes et intellectuel qui "compte" pour les pseudo-"antisionistes" de Soral & co, affiche son soutien "de raison" à Israël et au sionisme contre l'"ennemi principal" qui ne peut être que le "fondamentalisme islamique sunnite" en dehors de l'Hexagone et "l'extrême-gauche pro-palestinienne, la racaille de banlieue et les islamistes" (traduire : les révolutionnaires conséquents et les colonies intérieures conséquences et incarnations de la domination impérialiste bleu-blanc-rouge sur la planète) à l'intérieur :

L'honneur de la France selon Chauprade, Soral et Cie

Depuis maintenant plus de 5 ans, celles et ceux qui s’autoproclament « dissident.e.s » n’ont eu de cesse d’affirmer une posture alternative : celle d’un nationalisme français qui serait compatible avec une lutte contre l’impérialisme américain et les Juifs (a.k.a. « la Banque » ou le sionisme, pour échapper aux procès). Tout a été enrobé dans un baratin confus mais avec des mots compliqués pour donner une apparente consistance à ce qui était « la pensée » révolutionnaire du moment. Un charabia qui rendait possible dans des raisonnements compliqué l’unité entre Pétain, De Gaulle, l’OAS et le PCF au nom du génie français.

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Il a fallu trouver des experts afin de justifier les contresens historiques, la négation de la chronologie et les contradictions de ce discours. C’est ainsi que sont apparus des référents idéologiques qui validaient ces thèses délirantes. Bien qu’estampillée « trans-courants », cette mouvance n’a reçu l’appui que de personnes appartenant aux droites radicales: les Soral & cie n’ont contribué à rien d’autre qu’à mettre en scène et donner en spectacle les débats des différents courants d’extrême droite.
Ce spectacle a fonctionné, à grand renfort de clash, de conférences et d’interviews à rallonge, de conférences chez Dieudonné. Dieudonné, caution politique et raciale, qui a permis à toute la famille des droites radicales de diffuser à un plus large public son racisme et sa vision de la hiérarchie sociale.
Une sorte de « mal-éducation populaire » via une PME d’internet, sponsorisée et orchestrée par le FN (du moins le cercle proche de Marine Le Pen) qui a compris que moins les gens comprennent pourquoi la situation se détériore, plus ils veulent taper sur leur voisin pour conserver leur « confort ». Génie français, quand tu nous tiens…

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Parmi les experts dont Soral a tressé les lauriers ou bien utilisé la parole avec leur caution, on trouve Aymeric Chauprade. Il suffit d’aller sur le site de l’entreprise de divertissement à caractère politique de Soral pour se rendre compte que Chauprade compte dans la fourniture de matériel idéologique auprès de cette mouvance.

Chauprade a été la tête de liste du FN en Île-de-France aux dernières élections européennes. Il n’est pas un simple compagnon de route, il oriente la « géopolitique du FN ». Il est aux commandes d’un parti qui peut accéder au pouvoir et dont les slogans polarisent la vie politique française depuis 1984 (immigration, islamisation, insécurité…).
Cette tête pensante du FN a écrit un communiqué déclarant que la France doit intervenir militairement pour sa sécurité et son honneur.
Où et quelle intervention ?
En Palestine, pour lutter contre le sionisme que prétend dénoncer Soral depuis qu’il vend ses salades sur le net ?
Au Kivu, pour aider les populations en proie à des violences et des massacres de masse ?
En Syrie ou en Lybie, pour aider les populations en pleine guerre civile ?
Non.

Il faut intervenir en Irak pour sauver les chrétiens. Parce que la France serait chrétienne :

« Mais il s’agit aussi d’une question d’honneur. Certes laïque, la France n’en est pas moins historiquement une nation catholique, fille aînée de l’Eglise. Elle a, depuis les Croisades et la libération du tombeau du Christ, un devoir particulier envers ses frères chrétiens d’Orient ».

La ligne est claire : la France est blanche et chrétienne. Ce qui la menace est forcément issu du tiers monde et de l’Islam, et ce qui fait atteinte à son honneur ce n’est pas la perpétuation de crimes contre l’humanité ou d’injustices mais qu’on puisse s’en prendre à des Chrétien.ne.s.

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Soral nous vendait l’oubli des crimes coloniaux et une réconciliation en s’acharnant sur les Juifs, et Chauprade, sa caution géopolitique, nous propose d’aller plus loin avec les Croisades comme ligne de mire et un alignement sur la politique américaine.
Comme quoi, pour beaucoup de dissident.e.s, la critique du 11 septembre n’avait pas pour but de remettre en cause l’impérialisme des Européen.ne.s et des Américain.e.s, mais de faire passer leur vision raciste de manière sournoise.

Les violences de masse à l’encontre des minorités religieuses et ethniques (Chrétien.ne.s, Kurdes, Yezidis…) incarnent à l’extrême le fiasco politique de l’impérialisme. La situation de cette région a des racines qui remontent au début du XXème siècle: mise en place de l’exploitation du pétrole par les Européen.ne.s, colonisation sioniste, colonisation européenne (tracé des frontières absurde), soutien aux pétromonarchies, intervention militaire étrangère…
Le FN qui veut aujourd’hui défendre les Kurdes n’a jamais fait preuve d’une quelconque sympathie en direction des mouvements de libération du peuple kurde. Le FN est resté fidèle à ses allié.e.s idéologiques dans la région , c’est-à-dire les forces politiques Chrétien.ne.s dont le mouvement le plus important et "présentable" est celui du Général Aoun (formé en France et aux USA) mais aussi composé des forces libanaises de Samir Geagea et des phalangistes chrétiens qui ont perpétré des crimes de guerre durant la guerre civile libanaise et à l’encontre des réfugié.e.s palestinien.ne.s sous le regard bienveillant d’Ariel Sharon (leur allié de l’époque).

Si le baratin de Soral est clairement orienté sur une ligne antisémite hostile aux Juifs, il n’est en rien opposé aux sionistes et au sionisme, puisqu’il encourage vivement les Juifs français à partir en Israël – donc à coloniser la Palestine – et qu’il est en phase avec Gilles William Goldnadel. Dans la réalité, ses supports idéologiques ont comme constante le choc des civilisations comme matrice idéologique: Poutine, son modèle politique, massacre les Musulman.e.s et soutient la politique israélienne. Les convergences d’intérêts existent entre le courant soralien et la LDJ, chacun ayant besoin de l’autre pour leur justification politique.

Extrait du Blog d’Aymeric Chauprade:

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Ce grand écart idéologique est devenu intenable, au point que le servile supplétif Mathias Cardet est obligé de prendre ses distances avec son patron.
Si l’honneur et la sécurité de la France ont, selon Soral et Chauprade, comme point commun l’appartenance à la chrétienté, c’est que dans les faits les droites radicales appartiennent malgré tout au même camp que les Américain.e.s dont ils ne sont pas les ennemi.e.s politiques mais les concurrents économiques.
La situation des Chrétien.ne.s d’Orient leur importe peu, c’est la vision d’une guerre de civilisation et la défense de l’impérialisme français, et plus largement occidentale, qui conditionne leur position et déclaration.

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C'est là encore un coup dur et un rude retour à la réalité pour la "dieudosphère" qui cherche depuis des années à lier l'affirmation des colonies intérieures d'Hexagone au Front National fasciste (sur la base, essentiellement, du préjugé antisémite et des valeurs patriarcales). Nous avions déjà abordé cette question dans un récent article : Quand le fantasme sert de réalité aux soraliens...

MÀJ mi-septembre : Soral hurle à la "trahison" de Chauprade dans une vidéo qui fait le tour du Net. Nous n'aurons pas grand chose à ajouter aux propos de Danielle Bleitrach ici : http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/09/22/soral-le-vieux-pantin-qui-exhibe-ses-ficelles/ (petite précision car beaucoup de bruits ont couru, issus des milieux "anti-anti-impérialistes" : ce site est celui de Danielle Bleitrach, "révisio orthodoxe" ayant quitté le P'c'F en 2003, position politique que l'on peut ne pas partager donc mais ce n'est pas un site "soralien" ni "rouge-brun" ni rien de tout cela). Tous les masques tombent dans la panique d'un sinistre bouffon que l'on congédie après bons-et-loyaux-services, car il n'est plus (et n'a à vrai dire jamais été) dans le mainstream de la mobilisation réactionnaire de masse - celui qui rapporte le plus de voix, c'est-à-dire celui qui cogne sur l'immigré-racaille-assisté-musulman et le "péril islamiiiiiiste" plutôt que sur la "vision talmudiste du monde" et "l'axe américano-sioniste". Le mainstream en question s'en réjouit d'ailleurs : http://ripostelaique.com/soral-menace-le-fn-insulte-chauprade-et-calomnie-marine-et-aliot.html. Crépuscule grotesque d'un courant de pensée certes répugnant, certes ennemi de tout ce pourquoi nous nous battons, certes détourneur/stérilisateur terrible de consciences politiques émergentes, mais dont nous n'avons peut-être fait finalement (dans le sillage de tout un antifascisme) que trop parler. Ce "séisme" de la rupture Soral-Chauprade (donc Soral-FN définitive, puisque les trois quarts du discours de Soral portent sur la géopolitique et que la ligne géopolitique du FN c'est Chauprade) ne fait qu'apporter la confirmation finale à tout ce que nous avons dit et répété depuis des années, depuis cette curieuse époque où pour certains "maoïstes" et/ou "antifascistes" il ne fallait pas dénoncer les golpes contre certains gouvernements d'Amérique latine ou encore les crimes d'Israël contre les Palestiniens parce que vous comprenez, Soral et Dieudonné le faisaient aussi (alors...). Discours que l'on a d'ailleurs réentendu cet été lors de l'offensive sionarde contre Gaza, ou encore sur la question des russophones d'Ukraine... Enfin bref.

L'on pourra également vous inviter à lire ce cinglant article d'un blog anticolonialiste basé et luttant dans l'une des dernières colonies directes tricolores (la Réunion) ; autrement dit à qui on ne fait pas prendre des vessies "antisionistes" antisémites pour des lanternes anticapitalistes et anti-impérialistes :

Comprendre le colonialisme et le racisme : le cas d'Alain Soral

 

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 10:18

 

... leur "héros" Damien Camelio se "définit contre le droit des non-basques à habiter ensemble un même lieu, en l'occurrence le Pays Basque" !

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Vont-ils s'en remettre ???

Rebondir sur leur position ignoble au sujet de la Palestine ("Se définir comme “antisioniste” c’est donc se définir contre le droit des Juifs à habiter ensemble un même lieu, en l’occurrence il s’agit d’être contre l’existence d’Israël et de ses habitants"... euh y aurait pas aussi un peu colonisation, apartheid et nettoyage ethnique ?*), et globalement sur toutes ces positions d'une certaine "extrême-gauche" blanco-centriste et anti-antisioniste qui ont fleuri ces derniers temps, sera l'occasion pour nous de publier cet excellent texte du Comité Anti-Impérialiste qui met remarquablement les points sur les i :

À propos du mouvement de solidarité avec la Palestine et du Hamas

Faut-il soutenir le Hamas ? Faut-il le soutenir comme force de résistance palestinienne ou le condamner pour ses conceptions fondamentalistes féodales ? À l’heure où une nouvelle pluie de fer s’abat sur le Peuple palestinien, cette question peut sembler oiseuse ou secondaire. En fait, elle est décisive car elle détermine la nature de notre soutien à la cause palestinienne et la clarté politique du mouvement de solidarité. On sait aussi que c’est précisément sur cette question du soutien au Hamas que la propagande favorable à la colonisation de la Palestine se déchaîne. À l’heure de la prétendue guerre occidentale contre le « terrorisme islamique » cette question cristallise tous les efforts dans la guerre idéologique en cours.

Pour en comprendre l’enjeu il faut avoir en tête trois choses. 1) La colonie sioniste prétend désormais mener sa guerre non contre les Palestiniens mais contre le seul Hamas. Cette affirmation est un refrain connu. En 2001, au cours de la seconde Intifada , Sharon prétendait que c’était l’Autorité Palestinienne d’Arafat qu’il fallait détruire en la déclarant « régime terroriste » 2) Le Hamas [1] est considéré comme organisation terroriste par l’UE et les USA et donc toute attaque contre cette organisation est de facto légitimée. L’Union européenne et la France en tête ont soutenu la nouvelle destruction de Gaza en accusant les Palestiniens d’en être les premiers responsables. Ils soutiennent la « sécurité » d’Israël. Or la sécurité, le calme et l’ordre pour le si pauvre et si menacé « Israël » c’est l’occupation, les massacres, le siège et la destruction des droits du Peuple palestinien. De son côté, comme pour toutes ses opérations militaires précédentes depuis la Nakba, le but de la colonie sioniste « Israël » est de faire disparaître le mouvement de résistance palestinien et d’obtenir une reddition à long terme. Or, le Hamas est la principale force qui ne courbe par trop l’échine depuis la dégénérescence de la Résistance sous l’Autorité Palestinienne. 3) Sur cette question, les principaux groupes et mouvements qui appellent en France au soutien de la Palestine entretiennent la plus grande confusion et ne défendent aucun principe clair. Au nom le plus souvent d’un rejet abstrait et inconséquent de l’islamisme et en l’absence de positions révolutionnaires. 

La réponse à la question du soutien au Hamas est pourtant extrêmement simple pour un mouvement de solidarité internationale qui soutient la cause des peuples. Nous sommes contre la colonisation de la Palestine qui est une forme de la domination impérialiste au Proche-Orient. Nous sommes contre les atrocités commises par les sionistes soutenus militairement, financièrement, politiquement par les pays impérialistes, en premier lieu par les États-Unis et l’Union Européenne et nous sommes contre ce qui rend possible ces atrocités : la direction du monde par le capitalisme à son stade impérialiste. Nous devons donc soutenir toute force issue du Peuple palestinien qui résiste objectivement à la colonisation de la Palestine et à la domination impérialiste sur le Proche-Orient. Cela signifie que 1) Le fait que le Hamas dirige actuellement le mouvement de résistance aux agressions contre le Peuple palestinien ne modifie pas notre solidarité. 2) Nous soutenons les actions armées du mouvement de résistance sans partager ni l’idéologie du Hamas qui influe sur sa conception de la libération de la Palestine ni à plus forte raison les absurdités contre-révolutionnaires que l’on trouve dans sa charte publiée en 1988. 3) Que seule la faiblesse du mouvement communiste et des forces révolutionnaires explique cette situation car cette situation est due à l’absence d’un grand mouvement révolutionnaire au Proche-Orient.

Sur la question palestinienne, la démarcation est claire et doit être inlassablement rappelée : en Palestine occupée il y a un oppresseur et il y a un opprimé. La critique éventuelle des conceptions qu’ont les opprimés – i.e les forces palestiniennes qui résistent à la colonisation - n’a de sens que lorsque cette ligne de démarcation principale est clairement définie et assumée. En d’autres termes, la critique des conceptions du monde présentes dans les cerveaux des acteurs de la Résistance palestinienne est tout à fait légitime mais cette critique est subordonnée au soutien à cette même Résistance. À nos yeux par exemple la domination de la Palestine est une affaire de lutte des classes à l’échelle locale et internationale et non un conflit ethnique et religieux [2]. Toute conception pessimiste qui fait du conflit au Proche-Orient l’expression d’un conflit entre religions ou civilisations est erronée. Et il est évident que pour les tenants de l’Islam politique c’est le contraire qui est vrai. Mais en aucune façon la nature des conceptions du mouvement national palestinien n’est un préalable à la solidarité internationale, en particulier pour nous ici dans un centre impérialiste.

Une fois ces points de base établis, il faut clarifier ce que signifie mener la lutte contre des idées réactionnaires qui existent parmi les opprimés et parmi leurs soutiens. De quel point de vue peut-on critiquer un opprimé qui se « trompe » lorsqu’il se révolte ?  Rappelons-nous à ce titre la phrase de Sartre à propos de ceux qui critiquent de l’extérieur le combat des opprimés : « pour mériter le droit d’influencer les hommes qui luttent, il faut d’abord participer à leur combat ». Les condamnations morales et idéalistes sur les conceptions erronées, les abus et les dérives de ceux qui luttent sont définitivement vaines. Elles sont au mieux inutiles et sans effet et en réalité elles sont réactionnaires. Il faut donc participer au combat pour le critiquer.

Participer au combat pour la Palestine libre c’est évidemment s’opposer au sionisme et à ses soutiens internationaux et c’est nécessairement soutenir l’autodéfense, l’autodétermination, la résistance armée et toutes les formes de lutte de ceux qui subissent le joug colonial. Précisons et soyons concrets. Qu’est-ce qu’on entend par la Résistance palestinienne aujourd’hui ? C’est en premier lieu les factions armées de chaque organisation palestinienne : Les Brigades Ezzedine Al Qassam du Hamas, les brigades Al Quds du Jihad islamique, les brigades Abu Ali Mustapha du FPLP, les brigades de la résistance nationale du FDLP et les brigades Al Aqsa du Fatah. Ces forces matérialisent la volonté de résistance d’un peuple. Sans elles la cause palestinienne aurait disparue dans les limbes de l’histoire. Elles sont un rempart contre le nettoyage ethnique pratiqué par les sionistes depuis des décennies. Ces forces armées ont fait du réfugié exclu de sa patrie un combattant, parfois un révolutionnaire. Les actions armées montrent aussi que quelle que soit la disproportion des forces, il est toujours possible d’infliger des pertes à l’ennemi, de toucher ses points faibles et de réduire en cendres son mythe de l’invincibilité. Le mouvement de solidarité se doit de mettre en avant ces faits héroïques et riches d’enseignements. On ne peut s’en tenir à dénoncer les atrocités de l’armée d’occupation et à appeler au boycott et aux sanctions internationales. Le droit de se défendre par les armes est primordial. Aujourd’hui, les forces militaires de la Résistance palestinienne se coordonnent ponctuellement pour répondre aux agressions de l’occupant mais elles ne partagent pas comme nous allons le voir de stratégie commune de libération de la Palestine depuis l’autodestruction de l’OLP ou son remplacement par l’Autorité Palestinienne à travers les accords d’Oslo en 1993.

Rappelons notre position. La question du soutien au Hamas est à la fois une question concrète et une question de principe. Les révolutionnaires soutiennent sans ambigüité les forces qui agissent et qui résistent objectivement à l’impérialisme sans pour autant nécessairement partager toutes leurs conceptions. En fait, dans une situation d’oppression, les idées qu’ont en tête ceux qui résistent ne constituent pas la question principale. Ce qui compte c’est ce qu’ils font. Ce qui compte, c’est leur lutte objective. C’est le point de vue du matérialisme historique comme l’a magnifiquement montré Engels dans La guerre des paysans en Allemagne. Il faut participer à cette lutte objective pour influencer le combat dans un sens progressiste ou révolutionnaire. C’est là une des grandes leçons du marxisme. Nous rappelons donc ici une question de principe. Les révolutionnaires des pays impérialistes soutiennent les soulèvements contre l’impérialisme y compris lorsque leur direction politique effective propage des conceptions rétrogrades. Cette position n’est en rien paradoxale [3]. C’est celle de l’internationalisme prolétarien. Le mouvement communiste a toujours appelé à défendre ceux qui luttent contre les ennemis des masses populaires y compris en l’absence de mouvement révolutionnaire. Devait-on condamner au XIXème siècle la résistance à la colonisation française en Afrique de l’Ouest dirigé par l’Almamy El Hadj Samory Touré  ?  Devait-on condamner Abdelkrim El Katthabi, grand dirigeant de la guerre du Rif dans les années 1920 au Maroc ? Ces deux dirigeants étaient les plus redoutables opposants à la colonisation française dans cette région, mais il n’est pas sûr qu’ils partageaient entièrement  les conceptions démocratiques modernes. D’ailleurs, les conceptions « modernistes » des colonisateurs européens ont toujours été un argument phare pour, au nom de la lutte contre l’obscurantisme, exercer la pire domination « civilisée » et même l’extermination des autres peuples.

Mais, nous l’avons dit, si les révolutionnaires soutiennent l’opposition objective à la domination ils ne propagent pas d’illusions ou de fausse neutralité quant aux lignes politiques qui peuvent mener à la victoire ou à la défaite les peuples opprimés. Les révolutionnaires rejettent sans ambigüité les idéologies réactionnaires comme l’Islam politique. Non parce que l’Islam politique s’oppose aux pseudos « valeurs libérales » des démocraties capitalistes mais parce qu’il opprime les masses populaires et les soumet à l’ordre impérialiste dominant. Même sans prendre des formes fascistes ouvertes (comme c’est le cas par exemple dans le Golfe, en Lybie, en Irak, en Syrie, au Soudan, au Pakistan et dans tous les mouvements takfiristes) l’Islam politique est une arme politique au service des classes bureaucratiques, compradores et féodales qui dirigent les régimes arabes ou les pays à majorité musulmane. Ces classes dominantes au nom d’une doctrine de religion politisée s’opposent en fait aux aspirations démocratiques des classes populaires et à la libération des peuples. L’opposition culturelle à « l’Occident impie » ne va pas jusqu’à rompre avec son système économique, avec ses relations financières et avec ses forces armées. L’anti-occidentalisme n’est pas un anti-impérialisme.  Au contraire, l’Islam politique aide partout à la perpétuation de la domination impérialiste soit en passant des accords directs de cogestion militaires et économiques avec les puissances impérialistes soit en développant d’atroces guerres sectaires.  L’Islam politique est un ennemi idéologique et politique pour les masses populaires en ce qu’il est un facteur de plus de renforcement de l’impérialisme et d’oppression des masses populaires ; non en ce qu’il serait la menace principale contre la « Civilisation » et « l’Empire du Bien ».

D’autre part, aujourd’hui en Palestine occupée, le problème principal ce n’est pas le Hamas mais l’Autorité Palestinienne (AP). La mise en place de l’AP a littéralement détruit le mouvement national palestinien et elle signifie le renoncement à tous ses objectifs de libération nationale. Cette situation concrète, apparue clairement depuis 1993, ne permet pas au mouvement de solidarité avec la Palestine de garder le même discours que dans les années 1980. Toutes les forces qui acceptent le cadre politique et le leadership de l’AP ont rompu avec le programme de libération de la Palestine. C’est pour cette raison précise qu’il ne sert à rien d’opposer aujourd’hui le projet d’une Palestine démocratique (multiconfessionnelle, multiethnique) défendue historiquement par l’OLP au projet islamiste du Hamas. Ce projet démocratique ne correspond pas à la pratique actuelle des forces de l’OLP, y compris de son aile gauche. Si on ne part pas de cette réalité, on vend des illusions.  L’Autorité Palestinienne, mise en place par les accords d’Oslo, a toujours été la négation même de la Palestine démocratique. En effet, l’AP entérine le fait accompli de la colonisation, elle accepte la défaite et elle se construit sur la reconnaissance de la « légitimité » du sionisme. Les accords d’Oslo et les élections palestiniennes sous occupation de 2006 ont créé une grande démoralisation. Les colons sionistes contrôlent 42% de la Cisjordanie et ¼ des Palestiniens de cette zone dépendent des emplois de l’AP. L’AP condamne toute réaction populaire à l’occupation, qu’elle soit armée ou non, elle représente la docilité sans limite de la grande bourgeoisie palestinienne. Ce n’est même pas un semblant d’État car il n’y a pas de droit sur l’eau, sur la terre et sur l’espace aérien. L’AP exerce une oppression intérieure. Elle est le bras armé d’une autogestion de la répression par la bourgeoisie compradore palestinienne.

C’est pour cette raison concrète que présenter aujourd’hui sans analyse critique la gauche palestinienne et son mot d’ordre de Palestine démocratique comme une alternative au Hamas est une imposture qui n'aide malheureusement en rien le Peuple palestinien. Cela ne permet ni de comprendre les enjeux actuels, ni de soutenir efficacement la lutte du Peuple palestinien. Certes, les conceptions historiques et les actions de la gauche palestinienne (principalement le Front Populaire de Libération de la Palestine –FPLP- et le Front Démocratique de Libération de la Palestine-FDLP) sont de loin les plus avancées de ce qu’a produit la Résistance palestinienne dans les années 1970 et 1980. Après 1993, il y a même eu des tentatives de construire un nouveau « front du refus » des accords d’Oslo. Mais aujourd’hui, la pratique principale des forces de la gauche palestinienne c’est leur participation critique aux instances issues des accords d’Oslo et la dilution du combat populaire dans les ONG qui encadrent la population. Ces forces ont majoritairement abandonné la lutte armée, leurs militants sont financés par des ONG qui dépendent de l’impérialisme, elles ont accepté la répression de l’AP contre le Hamas. C’est cette capitulation qu’il faut en premier lieu critiquer plutôt que de nourrir l’illusion que le visage de la résistance palestinienne est aujourd’hui celui de Leïla Khaled [4]. Se servir du mouvement révolutionnaire palestinien des années 1970 pour cacher ce qu’il est devenu ne sert en rien la cause des peuples. Si les masses palestiniennes se sont tournées vers le Hamas c’est pour des raisons concrètes de résistance à l’occupation et non par abandon du beau projet démocratique. En résumé, la force relative du Hamas n’est qu’une conséquence de la capitulation de l’OLP.

Quelle est la nature du Hamas aujourd’hui ? Le Hamas a une triple caractéristique : 1) C’est une organisation nationale palestinienne qui a refusé jusqu’ici la pacification et la collaboration avec l’occupant contrairement à la direction de l’OLP depuis 1993. Avec ses œuvres sociales, c’est la raison de son succès dans les masses palestiniennes 2) Le Hamas est désormais candidat à la gestion politique des territoires occupés de 1967. Il a déjà déclaré depuis 2006 qu’il était prêt à renoncer à la lutte armée si les occupants sionistes quittaient les terriroires occupés depuis 1967.  S’il intègre l’Autorité Palestinienne dans un gouvernement d’unité nationale, il entérinera de fait les accords d’Oslo et ses institutions. À ces débuts comme force de résistance, en 1988, le Hamas refusa d’intégrer l’OLP mais il participe depuis 2004 à la « vie politique » sous occupation. Cela signifie que la question d’en faire un « partenaire » dans les négociations est posée depuis cette date pour les impérialistes et les sionistes. 3) Le Hamas défend l’idée que l’Islam politique est la réponse aux problèmes posés par la colonisation de la Palestine ce qui signifie de fait le rejet d’une révolution démocratique comme solution (Sur les caractéristiques de cette révolution démocratique voir le livre incontournable Textes de la révolution Palestinienne de Bichara et Naïm Khader). Concrètement, le Hamas au début de 2014 était très affaibli car il était coupé de ses soutiens principaux : l’Iran et l’Égypte. L’Iran a diminué voire coupé son aide financière et militaire suite à la situation syrienne dans laquelle le Hamas a pris position contre le régime de Bachar Al Assad et a rejoint les positions du Qatar. L’Égypte, suite à la répression des Frères musulmans par le régime Al Sissi, a totalement isolé le Hamas tout en renforçant sa collaboration au blocus de Gaza. Le Hamas est actuellement sous la dépendance financière du Qatar pour payer les 40000 fonctionnaires de Gaza et cette situation intenable le pousse à une « réconciliation nationale » avec le Fatah. Mais l’absence de projet de libération nationale unifié permet à l’ennemi sioniste de jouer sur la division des Palestiniens. On peut certes nuancer la situation de division car la nouvelle guerre de Gaza et surtout la résistance militaire intraitable a obligé les dirigeants de l’AP à se présenter unis en août 2014 avec les autres factions palestiniennes aux négociations du Caire sur la base de revendications unitaires et formulées principalement par Gaza. Mais cette unité ne concerne pas un projet de libération globale.

Cette situation délétère vient du fait que la solution des « deux États » adoptée par les dirigeants de l’OLP depuis 1977 et entériné par la déclaration d’Alger en 1988 a échoué. Et les solutions issues de cette orientation de la bourgeoisie palestinienne ont échoué. Il ne reste aujourd’hui qu’un seul État qui recouvre de sa domination totale la Palestine historique.

Les partisans de la solution à « deux États » dans le mouvement de solidarité international se sont alors récemment repliés sur l’idée d’un seul État. On pourrait croire qu’il s’agit d’un progrès de leur conscience politique. Mais c’est le contraire qui est vrai.  Ils voient cet État unique démocratique sur toute la Palestine (ou plutôt sur tout « Israël ») de façon totalement idéaliste, sans démantèlement du régime colonial, sans remise en cause de la confiscation des terres, sans dire comment pourrait se réaliser le droit au retour des Palestiniens de 1948, sans guerre populaire de libération. Bref, il s’agit d’une intériorisation de la défaite présentée comme une grande solution démocratique. Tous les habitants de la Palestine historique auront les mêmes droits civiques dans un même État (de quelle nature ?) et l’affaire sera réglée. Le problème n’était qu’une simple affaire de droits civiques et non une cause de libération nationale. En somme,  Martin Luther King aurait pu le régler. Ce tour de passe-passe est au cœur du récent livre-DVD sur la solution à un État d’Éric Hazan et d’Eyal Sivan Un État commun, entre le Jourdain et la mer. Or, c’est une solution qui escamote le fait que le premier droit élémentaire des Palestiniens est le droit à leur patrie débarrassée du sionisme. Selon cette nouvelle vision de la solution à un État, il s’agit en premier lieu de « convaincre » la population juive dans les zones occupées depuis 1948 d’accepter le droit au retour des Palestiniens sans toutefois remettre en cause la spoliation de 1948, sans même parler de la réappropriation des terres. En fait, le mouvement de solidarité n’a pas à se baigner dans ces marécages d’une prétendue solution idyllique quelle que soit les difficultés de la situation. Toute solution passe par le conflit disait le dessinateur martyr Naji Al Ali. Il n’y aura pas d’État démocratique en Palestine sans démantèlement effectif  du sionisme.

Revenons pour conclure à Gaza. La troisième « guerre » contre Gaza en six ans montre que c’est encore là-bas que bat le cœur de la résistance d’un peuple qui refuse sa négation. C’est à Gaza que les tournants de la lutte palestinienne ont eu lieu, du moins sur le territoire de la Palestine historique. Ce carrefour historique devenu un vase clos fermé par les sionistes et par le régime égyptien est encore aujourd’hui le centre vivant qui refuse la capitulation. C’est le berceau des pères fondateurs du mouvement national palestinien et des fedayins. Les réfugiés qui vivent à Gaza ont été expulsés de leurs villages et de leurs terres par des colons juifs européens en 1948. Chassés de Ramla, Beersheba, Ashkelon, Isdod, Najd (remplacé par Sdérot aujourd’hui). Ces villes sont ciblées aujourd’hui par des fils des réfugiés qui ne peuvent plus retourner sur la terre natale de leurs parents tandis que tout colon juif venu de n’importe quel pays peut s’y installer en étant sponsorisé. Les tirs de roquettes et les tunnels sont la forme actuelle du droit à se défendre et à survivre des palestiniens. Et Ce n’est sûrement  pas la dernière.

Le peuple, le peuple seul est le créateur de l’histoire universelle (Mao Zedong)  

[1] Le Hamas est l’acronyme du « Mouvement de la Résistance Islamique ». Créé après la conquête de Gaza et de la Cisjordanie en 1967 par l’armée sioniste, il a été favorisé par l’occupant pour fragiliser l’OLP et les organisations de la gauche palestinienne. C’est une branche palestinienne du mouvement des Frères musulmans. Les versements  de fonds venus des pays arabes et la création du Collège islamique de Gaza qui a est devenu une pépinière de fondamentalistes ont lieu avec la bénédiction de l’occupant sioniste.  Mais le Golem s’est retourné contre son créateur : la participation à l’Intifada dès 1987, sa mise hors la loi en 1989 par l’occupant et son refus des accords d’Oslo de 1993 en ont fait la force palestinienne principale face aux choix d’Arafat.

[2] Le conflit en Palestine doit être défini avec précision. Il n’est pas seulement un conflit entre le colonialisme juif et les Palestiniens. Il s’agit d’une contradiction entre « Israël », une colonie qui est l’œuvre d’un centre impérialiste, et les peuples arabes qui veulent rétablir leurs droits. Cette colonie a une fonction particulière de maintien des intérêts impérialistes au cœur du monde arabe. Elle a comme allié le capitalisme comprador de la grande bourgeoisie arabe. Le projet colonial se base sur la négation d’un peuple (« le peuple palestinien n’existe pas » selon la déclaration Golda Meir, Premier ministre du régime sioniste de 1969 à 1974) mais ce projet n’existerait pas sans le soutien des principaux pays impérialistes, principalement des États-Unis. Si ce soutien inconditionnel existe ce n’est pas pour faire plaisir aux lobbys sionistes ou pour réparer le génocide juif commis par les nazis en Europe. Le contrôle militaire des zones pétrolières en est la première raison ainsi que la destruction de tout mouvement national de libération arabe. Cela explique que selon ces intérêts impérialistes la colonie sioniste doit bénéficier du monopole régional de l’arme nucléaire et soit un « associé obligatoire » dans le domaine des hautes technologies. Cela explique aussi que les guerres et la destruction des États se multiplient au Moyen-Orient

[3] Cette position ne consiste évidemment pas à considérer les forces islamistes comme étant partout des forces de la lutte anti-impérialiste dans les pays  semi-féodaux et semi-coloniaux. La Palestine occupée et le Liban sont à cet égard plutôt une exception qu’une règle.  Ainsi, soutenir la rébellion syrienne comme le font divers courants trotskystes au nom du « Printemps arabe », plus ou moins inspirés par les analyses de Gilbert Achcar, c’est se placer à la remorque de l’impérialisme américain et européen et de ses projets de démantèlement des pays arabes. La rébellion syrienne contre le régime réactionnaire syrien est majoritairement islamiste et elle ne porte pas une once de combat anti-impérialiste. Elle est au contraire formée et financée par les principales puissances impérialistes et leurs alliés, les pétromonarchies du Golfe et le régime fasciste turc.

[4] Leïla Khaled est une militante célèbre du FPLP, un symbole vivant de la cause palestinienne. Dans les années 1970 elle a participé à des commandos de la Résistance palestinienne qui par des détournements d’avions a fait connaître au monde entier la cause de son peuple alors relégué au seul statut d’apatride. Elle a fait connaître l’histoire de son combat dans un livre essentiel : « Mon peuple vivra ». Elle est toujours membre du Conseil national Palestinien. Elle soutient les mouvements de solidarité comme le BDS tout en rappelant que si cette campagne fonctionne c’est à condition qu’un peuple résiste les armes à la main comme ce fut le cas en Afrique du Sud. Elle-même sait être critique sur ce qu’est devenue la gauche palestinienne. Ce n’est donc pas la personne de Leïla Khaled que nous critiquons ici mais l’habitude contractée dans l’extrême-gauche en France d’utiliser des images révolutionnaires des années 1970 plutôt que de faire face à la réalité du jour.

 

* On pourra encore et également rappeler qu'avant d'en arriver à la "Solution finale", les antisémites (car c'est l'accusation que sous-entend lourdement le propos de nos "antifascistes autonomes") hitlériens ou autres n'étaient pas précisément hostiles à ce que "les Juifs habitent ensemble un même lieu" : ghetto comme à Varsovie, "réserve" géante comme en Transnistrie ou autres etc. etc.... Faut-il en déduire que ces gens étaient moins horribles que les horribles "antisionistes" que nous sommes ? L'habitat des Juifs "en un même lieu" était en tout cas leur politique ; une politique (certes) forcée et non volontaire comme le fait d'aller coloniser la Palestine aujourd'hui ; mais tant qu'à répondre à un argument aussi débile par la débilité et demi, autant y aller...

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 13:26


42447211. L'actualité du mois qui vient de s'écouler a été marquée, bien sûr, par le lancement de l'offensive occidentale contre l'"État islamique" en Irak, dont le leader Abu Bakr al-Baghdadi s'est entre temps proclamé "calife" sous le nom d'"Ibrahim" (le poignet orné d'une rutilante Rolex...).

Nous avions vu comment ce groupe (né en 2006 autour de la branche irakienne d'Al-Qaïda avant de prendre ses distances avec la direction de Ben Laden et Zawahiri et de se fondre dans un djihadisme irakien plus large) avait pris le contrôle au mois de juin de pratiquement toute la partie arabe sunnite du pays, dont sa deuxième ville Mossoul, en se plaçant à l'"avant-garde" d'une insurrection commencée dès la fin 2013 dans la province d'Anbar et ne se limitant pas du tout à lui, mais au contraire profondément appuyée par les tribus locales et même d'anciens partisans baasistes de Saddam Hussein (très souvent devenus "islamistes") ou en tout cas des nostalgiques de la primauté arabe sunnite qui prévalait à l'époque, face à la politique sectaire pro-chiite du Premier ministre Al-Maliki. Ces régions arabes sunnites irakiennes se sont ajoutées, donc, à celles contrôlées depuis 2012 dans l'Est syrien ("ethniquement" et culturellement proche) pour former le "califat" d’Al-Baghdadi.

Les frappes aériennes US sur les positions de l'"État islamique" (Daesh selon son acronyme arabe) ont donc débuté le 8 août : http://www.francetvinfo.fr/irak-premier-jour-de-frappes-americaines-contre-l-etat-islamique_666137.html et se poursuivent à ce jour : http:// www.lepoint.fr/irak-nouvelles-frappes-americaines-contre-les-jihadistes-apres-l-execution-du-journaliste-21-08-2014-1855614-24.php. Il faut ici, en passant, tordre le cou encore une fois aux délires complotistes comme quoi les impérialistes américains (et, généralement, "les sionistes") auraient "créé" l’"État islamique" pour se donner un "prétexte pour intervenir" en Irak ; délires qui versent parfois dans l'antisémitisme pur et simple (Baghdadi serait un "agent du Mossad du nom de Simon Elliot" etc. etc.). Quel intérêt les États-Unis et Israël auraient-ils à cela ? [La réalité est que ce type d'affirmation émane généralement de l'Iran et de forces pro-iraniennes comme le gouvernement de Bagdad ou les milices chiites irakiennes ou encore le Hezbollah (plus rarement de forces sunnites concurrentes de l'EI), remontant éventuellement jusqu'au "parrain" russe et ici à la "soralo-meyssanosphère" : il s'agit tout simplement de propagande de guerre dans une région du monde où "sioniser" l'ennemi est l'équivalent, pour mobiliser son "opinion publique" (différence de "centralité du Mal" oblige...), de le "nazifier" ici ! En 2015 encore, c'est un (soi-disant) "général israélien" qui sera (soi-disant) "capturé à la tête d'une unité de Daesh" par l'armée irakienne...]

"Le capitalisme", comme le proclamait Jaurès il y a un siècle (peu avant de mourir assassiné), "porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage", conséquence de sa crise par surproduction absolue de capital et notamment de forces productives que l'on va alors chercher à s'approprier et/ou détruire chez le concurrent ; mais 1-4681-4a828il ne cherche pas délibérément la guerre car son intérêt pour la valorisation du capital (des "investissements"), pour l'extraction de la plus-value, reste ce que la "communauté internationale" appelle la sacro-sainte "stabilité". C'est là l'illustration parfaite de la nature schizophrène du capitalisme : on veut des pays "stables" comme terrains d'investissement pour ses capitaux, mais des terrains d'investissement pour soi, au détriment de ses concurrents... ce qui finit tôt ou tard par signifier la guerre, porteuse d'"instabilité".

Le Proche et Moyen-Orient regorge de forces productives dont l'une des principales de notre époque : les hydrocarbures (pétrole et gaz). D'où le fait que toutes les puissances impérialistes de la planète (USA, pays d'Europe de l'Ouest, Russie, Chine etc.) tentent de s'en assurer le contrôle de la plus grande partie possible - Israël jouant le rôle de "poste avancé" principalement pour l'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest. Mais ces ressources, exploitées depuis maintenant un siècle, ont aussi fini par enrichir considérablement certaines classes dominantes locales et certains États ont commencé à adopter une attitude expansionniste de "puissance régionale", jouant leur propre partition : c'est le cas de l'Iran (plutôt lié à la Russie et à la Chine) qui soutient le régime syrien d'Assad et le Hezbollah libanais, mais aussi de l'Arabie saoudite (qui a plus ou moins satellisées les autres monarchies du Golfe, sauf le Qatar), du Qatar géographiquement minuscule mais richissime (qui appuie les forces liées aux Frères musulmans) ou encore de la Turquie avec le régime AKP d'Erdoğan (lui-même relativement d'esprit "Frère musulman"). Ceci a entraîné une très importante ligne de fracture entre musulmans chiites et sunnites mais aussi, au sein des sunnites, entre les forces liées au Qatar et celles liées à l'Arabie - les deux États étant férocement rivaux, ainsi l'Arabie a-t-elle clairement soutenu le coup d’État militaire en Égypte contre les Frères musulmans soutenus par son petit voisin. D'autre part, un certain nombre de grandes fortunes arabes avancent leurs pions et financent des forces sans passer par leurs États respectifs (dont elles sont parfois farouchement opposées aux clans dominants) : elles n'ont plus envie d'attendre, isis-caliphatemapde respecter les délais de la diplomatie propres aux manœuvres étatiques, et cherchent à se tailler directement (à la pointe du fusil) des territoires qui seront des cadres immédiats d'investissement et de valorisation pour leur capital. Ce sont typiquement ces mécènes privés qui financent les djihadistes proprement dits (ceux-ci vivant aussi directement "sur la bête", de ce dont ils s'emparent par les armes), comme l'"État islamique"... ou la vieille Al-Qaïda - entre lesquels règne désormais une profonde rivalité encore renforcée par la proclamation du califat, qui oblige logiquement tous les islamistes radicaux à se positionner pour ou contre [à ce jour la proclamation a été rejetée par les djihadistes syriens du Front al-Nosra (branche locale d'Al-Qaïda) ainsi que par AQMI et bien sûr par les prédicateurs "officiels" de l'Arabie saoudite et du Qatar/Frères musulmans (Al-Qaradâwî), tandis que les Nigérians de Boko Haram tentent d'apporter leur soutien aux deux à la fois]. Le colossal budget de l'EI, de l'ordre de 800 millions de dollars avant la prise de Mossoul et encore accru depuis (peut-être jusqu'à plus de 2 milliards) par les prises de guerre, les "impôts" qu'il commence à prélever et même le "commerce extérieur" illégal qu'il développe (y compris de pétrole), en fait cependant le groupe "terroriste" actuellement le plus riche au monde loin devant le Hezbollah, le Hamas ou les FARC ; ce qui montre une intense pression capitalistique dans le sens de la démarche qui est la sienne (capitaux arabes et même sans doute souvent autochtone, sunnites irakiens : ainsi Saddam Hussein a-t-il été exécuté en décembre 2006, mais on n'a jamais retrouvé qu'une infime partie de son immense fortune estimée à plusieurs milliards de dollars, sans doute en grande partie récupérée par les réseaux de résistance ex-baasistes... dont beaucoup ont ensuite fusionné avec le Daesh).

Tout cela relève donc non pas d'un quelconque "plan" élaboré dans on-ne-sait-quelle officine occulte, mais plutôt d'un sac de nœuds d'intérêts mouvants et rivaux qui ne peuvent évidemment, par leur nature de classe à la fois capitaliste, féodale et cléricale, conduire qu'au sectarisme le plus réactionnaire et criminel ; et au milieu desquels les grandes puissances impérialistes tentent de tirer leur épingle du jeu.

395Il est ainsi évident que la division du Machrek arabe entre chiites et sunnites sert, objectivement, l'impérialisme en empêchant l'unité la plus large pour le combattre - tout en générant, on l'a dit, des situations de conflit et donc d'"instabilité" qui ne favorisent pas les investissements. Les États-Unis peuvent effectivement (et ont pu depuis l'époque d'"Al-Qaïda en Mésopotamie"), tout en le combattant, voir l'intérêt objectif d'un djihadisme sunnite ultra-sectaire qui fait puissamment obstacle à l'unité résistante anti-impérialiste de l'Irak (qui s'était dessinée, rappelons-le, en 2004 avec l'insurrection conjointe du "triangle sunnite" et du Sud chiite). Les Israéliens et leurs soutiens impérialistes peuvent voir tout aussi objectivement l'intérêt d'un groupe qui fait, finalement, de l'Iran et des chiites sa cible principale et "fixe" de très nombreux et fanatiques combattants à une distance "respectable" de Tel Aviv - tout en se préparant, quand même, à faire face à la menace si elle venait à leurs portes. La conjonction d'intérêt a pu aussi se faire jour lorsque l'"État islamique" combattait le régime syrien, quoique dans ce cas précis il ait surtout gêné l'opposition modérée, beaucoup plus à même d'obtenir un changement de régime favorable à l'Occident et au sionisme et qui a d'ailleurs commencé elle aussi à le combattre (et à vrai dire, dans les chancelleries occidentales, on n'est sans doute plus si sûrs de vouloir la chute d'Assad...). Le gouvernement irakien d'Al-Maliki (en place depuis 2006) avait tendance à être beaucoup trop proche de l'Iran, et ce gigantesque soulèvement sunnite contre lui est déjà l'occasion pour l'impérialisme US et ses alliés (Maliki ayant été "démissionné") de faire pression pour la mise en place d'une politique plus "raisonnable" et "inclusive"... sous-entendu plus pro-occidentale. Mais il est évident qu'en dehors de ses financeurs privés directs, AUCUNE puissance impérialiste dans le monde ni aucune puissance expansionniste régionale ne souhaite que s'installe viablement le "califat" djihadiste revendiqué par Baghdadi sur tout le Machrek ! Dans tous les cas, il faut comprendre qu'aucune des forces en présence n'est révolutionnaire et donc combattue en ce sens-là : l'impérialisme réagit au coup par coup en fonction de la menace qu'il perçoit comme principale. Pendant très longtemps (à partir de 1979) ce fut l'Iran, encore dans les années 2000 avec son "axe" composé de la Syrie, du Hezbollah, du Hamas et de la plupart des forces de la résistance palestinienne, qui bénéficiait de la sympathie des Frères musulmans bien que la section syrienne (interdite sous peine de mort par le régime) pose problème, etc. ; même si l'Irak de Saddam Hussein (soutenu dans un premier temps contre lui) dérangeait lui aussi ; mais l'apparition sanglante d'Al-Qaïda (dans les années 1990) et le développement incontrôlable du djihad sunnite par la suite le ferait presque passer maintenant pour un facteur de "stabilité"...

L-Etat-islamique-est-desormais-bien-implante-en-Irak-et-en-Le "gendarme" US est donc passé à l'action pour signifier aux djihadistes la fin de la partie. La seule chose qui semble avoir été écartée est l'idée d'une coopération directe et ouverte avec l'Iran, pourtant envisagée au début et défendue jusque par John McCain (le rival républicain d'Obama en 2008), qui a invoqué l'exemple de la Seconde Guerre mondiale et de "l'alliance avec Staline contre Hitler parce qu'il était moins pire" (voilà qui devrait faire taire tous les délires complotistes sur l'EI "prétexte" et "création" des Américains) : cela risquait sans doute de trop le renforcer, alors que les déboires de Maliki sont plutôt une occasion (non voulue mais bonne à saisir) de l'affaiblir.

C'est donc aux forces peshmergas du Kurdistan autonome (de facto depuis 1992 et totalement depuis 2003) qu'est destiné l'essentiel de l'aide internationale. Celui-ci est, d'ailleurs, particulièrement un "modèle" de cette "stabilité" tant chérie par la "communauté internationale", au point que même la bourgeoisie turque (qu'on imagine hostile à la revendication nationale kurde) y investit massivement. Ses progrès militaires restent cependant modestes et l'on semble s'acheminer, pour le grand malheur des masses populaires locales, vers une guerre longue ; tandis que toutes les minorités religieuses (menacées de mort par les djihadistes) prennent le chemin de l'exode.

En réalité, ce à quoi nous sommes en train d'assister est tout simplement la fin du "Moyen-Orient Sykes-Picot" [lire par exemple cet excellent article du site "Orient XXI" : Le recul des États au Proche-Orient, un vide rempli par le confessionnalisme et les milices] ; ce Machrek découpé au cordeau et partagé entre les puissances impérialistes sur la dépouille de l'Empire ottoman (dernier régime à s'être paré d’ailleurs du titre de "califat"). L'"État islamique", dont le budget et les forces militaires dépassent désormais ceux d'un certain nombre d’États dans le monde, s'étend tranquillement à cheval sur l'Irak et la Syrie et revendique ouvertement toute la région (d'un point de vue ex-"saddamiste", il faut aussi rappeler que le régime syrien était le "frère ennemi" juré de l'Irak baasiste). L'Iran a satellisé le Sud irakien chiite, dans une logique néo-séfévide. La Turquie AKP joue elle aussi sa partition néo-ottomane en avançant ses pions dans la région, à laquelle elle tournait le dos (pour regarder vers l'Europe) depuis Kemal Atatürk. Tous ces "grands acteurs régionaux" (auxquels il faut ajouter l'Arabie et le Qatar) n'étaient pas du tout prévus en 1920, les États alors créés devant évidemment être fantoches et serviles. Ils sont farouchement rivaux mais justement, ceci est également un grand problème pour l'impérialisme puisqu'en affaiblir ou écraser un revient automatiquement à renforcer les autres (on l'a bien vu avec l'anéantissement de l'Irak en 2003, qui s'est transformé en victoire géostratégique pour l'Iran). L’État sioniste, lui aussi "produit Sykes-Picot" bien que formellement apparu plus tard, fait face à une profonde crise existentielle ; réalisant qu'il ne peut plus continuer à exister en tant que tel sauf au prix de conflits toujours plus longs et meurtriers avec ce qu'il reste de Palestiniens. Le Kurdistan, nié ou plutôt sacrifié à la "stabilité régionale" après la guerre nationaliste turque de Mustafa Kemal (1923), prend peu à peu forme de facto : en Irak, où il est déjà semi-indépendant depuis plus de 20 ans, son rôle clé contre les djihadistes pourrait lui permettre de s'étendre et peut-être (notamment) de mettre la main sur Mossoul et Kirkouk (et leur pétrole !) ; tandis qu'en Syrie les Kurdes du PYD ont à leur tour pris le contrôle de fait de la région appelée Rojava (Kurdistan de l'Ouest), dont ils ont chassé tant les forces du régime que celles de656421-eiil.jpg l'"Armée syrienne libre" et du djihadisme. Dans tous les cas les solidarités se tissent sur des bases "ethniques", "tribales" (ces grandes "familles" de plusieurs dizaines de milliers de personnes) ou confessionnelles (au sein des Arabes et entres Arabes et Iraniens ou Turcs) se jouant des frontières et des États si consciencieusement tracés par les dessinateurs de la Première Guerre mondiale.

Prises dans ce tourbillon, les masses populaires ouvrières et paysannes se débattent, souffrent et meurent par milliers dans l'attente de la direction qui saura leur montrer la voie lumineuse de la révolution et de la libération démocratique nationale et sociale : la capacité de mobilisation des diverses forces nationalistes et "islamistes" (il n'y a pratiquement plus, aujourd'hui, de nationalisme sans coloration religieuse là-bas) en dit long sur ce qui s'offrirait à un Parti révolutionnaire qui leur proposerait, lui, une véritable perspective de libération.

C'est tout un ordre régional qui s'effondre dans des secousses tectoniques d'une extrême violence. La situation, de fait, évoque le chaos qui régnait dans la Chine du début du 20e siècle (après que les griffes de l'impérialisme se soient abattues sur elle au milieu du 19e) et plus largement dans tout l'Extrême-Orient jusqu'en 1945 (avec l'irruption de l'expansionnisme japonais etc.) ; or l'on sait le rôle de premier plan que devait jouer, par la suite, cette région pour la révolution mondiale au siècle dernier. C'est la perspective optimiste qu'il faut tenter d'avoir à l'esprit pour le Proche et Moyen-Orient, par-delà le désespoir instinctif que nous inspire la situation actuelle après des décennies (là aussi) de "grands jeux" impérialistes ; par-delà ce tableau de barbarie quasi-préhistorique que mettent bien sûr complaisamment en avant l'impérialisme et ses idéologues (y compris "de gauche" et même "révolutionnaires"), histoire de nous rabâcher encore une fois qu'il n'y a point d'autre salut pour ces malheureuses contrées que dans la "Lumière" venue d'Occident ("lumière" de la "démocratie" bourgeoise... ou d'un certain prétendu "marxisme" ou "anarchisme" euro-centriste).

region-petroliere-isis-irak-syrie.jpgLe sort de tel ou tel journaliste capturé et atrocement assassiné par les djihadistes sera mis en avant par tous les médias, grands comme petits et "mainstreams" comme "indépendants", comme "symbole de la barbarie" : incarnant la "liberté d'expression" et le "devoir d'informer", le journaliste est devenu depuis 30 ou 40 ans l'une des nouvelles vaches sacrées, l'un des nouveaux Charles de Foucauld laïcs de notre "civilisation occidentale" - entre autres sous l'égide d'un célèbre "reporter sans frontières" devenu depuis maire FN de Béziers. Mais ce que nous ne faisons que "découvrir" là, c'est qu'incarner la "civilisation occidentale" dans certains pays peut parfois conduire à la mort et même à une mort abominable : le sort des Européens capturés par les Chinois lors de la révolte des Poings de Justice, il y a à peine plus d'un siècle, n'était sans doute guère plus enviable que celui de l'infortuné James Foley. Ce n'est pas sur cette base que nous devons rejeter l'"État islamique" irakien, pas plus que les "Boxers" chinois hier ; mais sur le fait qu'il représente une révolte contre l'impérialisme tournée vers un passé idéalisé, ne comprenant pas les limites qui ont conduit ce passé idéalisé à laisser la place à la situation actuelle (de domination impérialiste) et donc incapable de se lancer à l'assaut de l'avenir.

Mais si l'insurrection djihadiste en Irak n'est assurément pas une lueur de l'aube d'un monde nouveau, elle est indiscutablement une explosion dans le ventre du vieux monde et un symptôme annonciateur de sa fin prochaine ; l'un de ces monstres du clair-obscur entre l'"ancien qui se meurt" et le "nouveau qui tarde à apparaître" (Gramsci). Et même si, au terme d'un raisonnement quelque peu tiré par les cheveux, nous voulions voir dans la figure du "calife Ibrahim" celle d'un nouvel Adolf Hitler enturbané, nous ne commettrons pas une nouvelle fois l'erreur de trop de communistes au siècle dernier : nous ne nous jetterons pas dans les bras du vieux monde contre les monstres que ses propres entrailles pourries ont enfantés !

2. L'autre actualité majeure a été la situation insurrectionnelle secouant la ville états-unienne de Ferguson dans le Missouri, suite à la mort d'un jeune afro-descendant abattu par la police alors qu'il s'apprêtait à entrer à l'université en septembre. Depuis le 9 août (date de sa mort), la communauté noire locale réclame donc justice et affronte les forces de l'ordre bourgeois blanc ; le gouverneur de l’État ayant finalement fait déployer le 18 août... la Garde nationale, autrement dit (pour faire court) l'armée.

Qui dit émeutes dit, automatiquement, un petit tour vers le site de l'"anthropologue du présent" Alain Bertho :
http://berthoalain.com/2014/08/16/emeute-a-ferguson-missouri-apres-la-mort-dun-jeune-15-aout-2014/
http://berthoalain.com/2014/08/19/emeute-a-ferguson-missouri-apres-la-mort-dun-jeune-18-aout-2014/
http://berthoalain.com/2014/08/14/emeute-a-ferguson-missouri-apres-la-mort-dun-jeune-12-13-aout-2014-avec-videos/
http://berthoalain.com/2014/08/11/emeute-a-ferguson-missouri-apres-la-mort-dun-jeune-10-aout-2014-avec-videos/

On peut aussi lire ici son interview par un site québécois : Alain Bertho : les émeutes de Ferguson

ferguson1Le Missouri abrite une importante minorité afro-descendante (de l'ordre de 12%, mais près de 70% à Ferguson) et il a la particularité d'avoir été un État profondément partagé durant la Guerre de Sécession et toutes les luttes pour ou contre l'esclavage qui l'ont précédée. Avec le Kansas voisin, il fut le théâtre de la "croisade" anti-esclavagiste du mystique John Brown ; puis il resta dans l'Union en 1861 mais fut agité par de puissantes guérillas sudistes. Il fait partie de l'"Empire invisible" du Ku Klux Klan depuis sa création en 1866.

La question noire est réellement le secret de l'impuissance du prolétariat aux États-Unis comme pouvait l'être (lorsque Marx employa le terme) la question irlandaise en Grande-Bretagne, comme l'a été et peut encore l'être la question méridionale si brillamment traitée par Gramsci en Italie... et comme le sont clairement le jacobino-républicanisme, l'Empire colonial hier et le néocolonialisme (Françafrique) ainsi que le colonialisme intérieur ("question indigène") aujourd'hui dans "notre" État français. Ceci s'expose en quelques mots : il ne peut pas y avoir de révolution socialiste dès lors qu'une partie des classes populaires se définit comme "petite-bourgeoise" vis-à-vis d'une autre, et/ou plus largement "fait bloc" avec la bourgeoisie, son État et son idéologie contre un "autre" plus ou moins défini - "ennemi"/"barbare" extérieur ou beaucoup plus souvent intérieur ; et ce n'est pas quelque chose de "binaire" (groupe social A vs groupe social B) mais plutôt en "couches superposées" (ou en cercles concentriques) et en cascade, la "couche" immédiatement au contact d'une autre étant souvent la plus haineuse envers celle-ci tandis que les couches supérieures de l'édifice se permettent plus volontiers le paternalisme ou même carrément de jouer les "chevaliers blancs" défenseurs de l'opprimé ("antiracisme" paternaliste bourgeois et "cohésion sociale").

fergusonPendant des siècles, le système "France" s'est ainsi construit sur l'opposition entre la région parisienne et la "province" (pays conquis) et au sein de chaque "province" sur l'opposition entre citadins "évolués" et ruraux "culs-terreux arriérés" (ignorants et "patoisants" pour le bourgeois, cléricaux et réactionnaires pour l'ouvrier) qui n'en formaient pas moins le réservoir de force de travail du Capital, entre territoires "riches" et territoires "pauvres" comme les Landes de Gascogne, jusqu'à ce que les Trente Glorieuses fassent en apparence "disparaître" les "culs-terreux" et donc cette opposition... puis que des études sociologiques réalisent que ces périphéries existent toujours bel et bien sous une nouvelle forme (l’infamie du vote FN ou des mouvements type "Bonnets rouges" ayant remplacé celle du "cléricalisme") ; et puis évidemment sur l'opposition entre "métropole" hexagonale "blanche" (toutes "provinces" réunies) et Empire colonial (aujourd'hui "outre-mer", néocolonies et colonies intérieures d'Hexagone qui en sont issues) ; avec une idéologie française/républicaine consistant plutôt à nier ces oppositions au profit d'une "communauté de citoyens égaux" unie par les "mêmes valeurs républicaines", où il peut certes y avoir des "problèmes" mais où le "progrès", le "génie/modèle français" et le "sens républicain de tous" finiront tôt ou tard par "tout résoudre" (idéologie largement portée par la "gauche" républicaine puis radicale et socialiste puis socialiste et "communiste")... Le système "États-Unis d'Amérique", quant à lui, s'est construit comme une société coloniale à classe dominante "détachée" de la métropole anglaise avec ses "cases" et ses hiérarchies raciales bien établies mais aussi ses hiérarchies entre blancs (entre classes, entre régions, entre villes "civilisées" et campagnes "rednecks", entre "WASP" et immigrants européens de fraîche date) et entre de-couleur (bourgeoisie noire "intégrée" dont le mépris pour les prolétaires des ghettos n'a parfois rien à envier à celui du pire raciste blanc) ; jusqu'à se parer lui aussi (à partir ferguson2des années 1960) d'un pseudo-"antiracisme" institutionnel bourgeois "affirmatif". Mais rien ne serait plus stupide - ou pour être exact idéaliste républicard petit-bourgeois francouille - que d'opposer les deux systèmes pour (bien entendu) sacraliser le premier.

C'est ainsi qu'à travers les siècles, selon la formule consacrée, il a été "fait France" et "fait Amérique" - sans cela ces édifices sociaux n'auraient jamais tenu aussi longtemps et sans comprendre cela on ne peut pas correctement lutter pour les abattre ; il faut comprendre et admettre cela si l'on veut combattre l'exploitation et l'oppression que l'on subit... mais aussi se remettre en question, se dépouiller de ses "petits privilèges" structurels au système qui sont autant de "prisons mentales" !

Les principaux théoriciens marxistes (eux-mêmes afro-descendants) à avoir traité de la question noire aux États-Unis sont Harry Haywood côté "stal" et maoïste (membre éminent du PC des USA, surnommé le "Black bolshevik", peu à peu marginalisé par le révisionnisme et qui prendra la tête du renouveau marxiste-léniniste dans les années 1960), dont on ne trouve hélas les textes qu'en anglais (son ouvrage phare est Negro Liberation en 1948), et C.L.R James plutôt invoqué par les trotskystes (bien qu'il ait assez vite pris ses distances avec la IVe Internationale et le trotskysme, "orthodoxe" en tout cas).

L'on peut encore citer une figure méconnue mais très importante, puisqu'à l'origine directe de la démarche des Panthers : Robert F. Williams, militant des droits civiques (NAACP) qui organisa en 1957 l'autodéfense armée des Noirs de la ville de Monroe (Caroline du Nord), épisode qu'il raconte dans son ouvrage Negroes with Guns, avant d'évoluer vers le marxisme-léninisme et de s'exiler à Cuba, où il anima une émission de radio révolutionnaire destinée aux Noirs du Sud états-unien, puis carrément en Chine populaire en pleine Révolution culturelle (ici une compilation en anglais de ses écrits, on ne trouve hélas rien en français). Dans une veine assez similaire d'autodéfense armée et de proximité avec les idées communistes, la démarche de Williams s'inscrivait en fait dans la filiation - quelques 40 années plus tôt (1919-25) - de l'African Blood Brotherhood (ABB), groupe socialiste de libération noire qui s'illustrera notamment dans la défense de la communauté contre le sanglant pogrom raciste de Tulsa (1921), et dont la plupart des dirigeants rejoindront par la suite le CPUSA - lequel prônera pendant quelques années (jusqu'à la Seconde Guerre mondiale) l'"autodétermination nationale noire" dans les États du Sud (Black Belt).

Et puis bien sûr, dans la continuité de tout cela, il y a le Black Panther Party (BPP, 1966-82 mais globalement disparu/liquidé au milieu des années 1970) dont les principaux dirigeants et théoriciens ont été George Jackson, Bobby Seale, Huey Newton (hélas grave parti en vrille réformiste et mégalo après sa sortie de prison en 1970...), Fred Hampton (dont le style oratoire évoquait déjà quelque part le phrasé du hip-hop), Emory Douglas connu pour ses célèbres créations graphiques (voir ci-dessous) ou encore Geronimo Pratt (plutôt expert militaire) ; expérience prolongée (après des scissions) jusqu'aux années 1980 par la Black Liberation Army avec notamment Assata Shakur... Un mouvement qui, fédérant autour de lui les luttes de Chicanos et des Porto-Ricains, des Premières Nations, des Sino-Américains et même des jeunes "petits blancs" rednecks du Sud et de l'Ouest, sera qualifié de "menace intérieure n°1" par le gouvernement US qui fera absolument tout pour l'anéantir (avec le programme COINTELPRO sous la houlette de John Edgar Hoover) : assassinats ciblés (ou pas) comme celui de Fred Hampton, emprisonnements sans la moindre charge sérieuse (beaucoup sont encore derrière les barreaux 40 ans après...), informateurs et agents provocateurs, corruption, excitation de dissensions internes et introduction massive de drogues dures dans les communautés (Huey Newton y succombera) dans le but (explicitement !) de plonger "une ou deux générations de jeunes noirs" dans la toxicomanie, la délinquance, la prison (50% des 2,3 millions de prisonniers états-uniens sont afro-descendants et 25% "hispaniques", un Noir sur 15 - un jeune noir entre 20 et 34 ans sur 9 ! - et un Latino sur 36 sont actuellement emprisonnés) et l'apolitisme. Sur cette épopée passionnante, il faut absolument voir cet excellent documentaire de Lee Lew-Lee réalisé en 1996.

D'une manière générale, pour une vision d'ensemble de ces liens entre la libération révolutionnaire noire aux États-Unis et le mouvement communiste international (en particulier la Chine populaire de Mao), il faut lire cet excellent (très complet) document paru dans la revue Période : http://revueperiode.net/black-like-mao-chine-rouge-et-revolution-noire/

D'autres personnages ont joué un rôle de premier plan, comme Stokely Carmichael (auteur du concept de Black Power qui deviendra "Premier ministre honoraire" du BPP en 1968 et finira sa vie en exil en Guinée) ou Malcolm X, mais ils n'étaient pas (ou pas clairement) marxistes.


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Published by Servir_Le_Peuple - dans Revue de presse
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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 09:24

 

maocNous avons vu ici comment le fond antisémite dans l'idéologie de l'État français était véritablement indissociable de la construction de cet État et en particulier de la conquête de notre Occitanie au 13e siècle, laquelle abritait l'essentiel des Juifs à l'époque et où s'appliquèrent les premières mesures de discrimination, persécution et expulsion - tout comme il est indissociable du Drang nach Osten en Allemagne, de la "Re"conquista dans l'État espagnol, bref de la formation de l'État moderne en général, dans le sang de la conquête, comme base première d'accumulation de la plus-value.

Nous avons également vu comment le sionisme est né à la fin des années 1870 (avant même que Herzl ne le synthétise idéologiquement) dans un contexte de dépeçage de l'"homme malade" ottoman que venait de vaincre militairement la Russie (Congrès de Berlin 1878) et d'établissement de protectorats sur des territoires entiers (Égypte par l'Angleterre, Tunisie par la France, Bosnie par l'Autriche) ou des communautés particulières de celui-ci (comme les chrétiens du Liban) ; avec l'appui du Grand Capital financier ouest-européen dans un but (encore une fois) de former des bases d'accumulation capitaliste et dans un esprit de culte du "Progrès" et de la "civilisation" que l'Europe et l'Amérique du Nord se "devaient" de faire "rayonner" sur les peuples "sauvages" et "barbares"... Et nous avons vu comment cet esprit créait forcément de grandes affinités avec l'idéologie coloniale et "civilisatrice" bourgeoise spécifiquement française (indépendante d'ailleurs de la forme républicaine des institutions puisque ce n'est pas la république qui règne avant 1792 ni entre 1804 et 1848 et 1852 et 1870, mais qui s'est consolidée sous cette forme et que nous appelons aujourd'hui idéologie républicaine) ; dans son application tant "extérieure" (ultramarine, coloniale)... qu'intérieure ("provinces") ; et que de l'entrechoquement entre cette affinité fondamentale et le fond antisémite historique de la société capitaliste bleu-blanc-rouge procédait le caractère passionnel de la question sioniste/palestinienne en Hexagone.

Nous allons maintenant nous pencher sur quelque chose qui n'a apparemment rien à voir (ce que ne manqueront pas de s'écrier tous les pseudo-"communistes" cartésiens francouilles)... et pourtant TOUT ; ou plus exactement qui illustre de manière parfois hallucinamment frappante cette identité (ou plutôt cette filiation) idéologique. Il s'agit des idées, débats et discours ayant présidé (entre 1750 environ et le Seconde Empire) à la fameuse mise en valeur des Landes de Gascogne ; discours dans lesquels cette terre occitane est présentée ni plus ni moins que comme un désert d'Afrique ou d'Asie centrale peuplé de Bédouins ou de Tatars mi-hommes mi-bêtes... Les Landais d'alors étaient tout simplement considérés comme un peuple à coloniser, des sauvages paresseux, peureux et lâches, des barbares vêtus de peaux de bêtes et vivant à la limite de l'humanité et de l'animalité dans des tribus arriérées, sur une terre nue et désolée loin de toute civilisation (source)[1]. Une civilisation que l’ère des "Lumières", de la "révolution" bourgeoise et du "progrès" colonisateur s’était justement mise en tête d’apporter à la région.

Une très riche source documentaire à ce sujet est l'ouvrage Histoire de la Forêt Landaise - Du désert à l'âge d'or de Jacques Sargos ; mais il n'est malheureusement pas disponible en version numérisée sur Internet. Il convient donc de lire ce très intéressant article publié sur le site de la revue franco-brésilienne "Confins" :

La transformation des Landes de Gascogne (XVIIIe-XIXe), de la mise en valeur comme colonisation intérieure ?

66-27-2267 commensacq la mouleyre bergers echassiers dans lIl faut dire que le paysage offre à cette époque, en effet, un aspect de désolation certain : des derniers vignobles au sud de Bordeaux jusqu'aux rives (barthes) de l'Adour s'étend une immense steppe sablonneuse piquée de bruyères, de genêts, d'ajoncs épineux et de quelques rares arbres ; parcourue de troupeaux de moutons sous la garde de leurs rudes bergers juchés sur leurs célèbres échasses. Un auteur du 19e siècle évoque "pendant l’été la nudité des déserts d’Afrique (et) pendant l’hiver, l’humide et froide surface des marais de Sibérie". La pignada (forêt de pins maritimes) existe déjà depuis des millénaires (l'espèce est endémique de la côte atlantique), mais elle reste généralement limitée (mêlée de feuillus) aux abords des cours d'eau ou des étangs (forêt-galerie) ou encore à certaines zones du littoral (à proximité de Lacanau, Arcachon, La Teste de Buch, Biscarrosse ou en Marensin entre Léon et Soustons) : elle couvre au total moins de 15% du territoire (200.000 ha). L'habitat est extrêmement dispersé : les "villages" consistent en quelques maisons autour d'une petite église et en divers hameaux de quelques maisons eux aussi, à l'ombre de quelques arbres et parfois très éloignés les uns des autres, appelés "quartiers". Sur l'étendue steppique se dressent, isolées de tout, les bergeries aux toits de tuiles (parcs) ou de paille (bordes)... qui deviendront les fameuses "maisons landaises" mais ne le sont alors nullement car le berger, lui, loge dans une sommaire cabane de branchages et/ou de fagots de genêts à côté. Les maigres cultures exigent un harassant travail de fertilisation du sol (principalement avec le lisier des bêtes, ainsi qu'avec de la bruyère), de désensablement et de sarclage des mauvaises herbes ; travail qui, société pastorale oblige, est généralement l'apanage des femmes. La notion de propriété privée individuelle, on l'imagine, est floue : base de l'élevage et donc principale source de revenus, les pâturages sont des "communs" appartenant à la collectivité (mais les cultures le sont parfois aussi !).

big arnaudin-p38

Par contraste, au sud de l'Adour, la riante Chalosse (aux parcelles paysannes bien individualisées depuis plusieurs siècles) fait figure d'"Eldorado" et voue d'ailleurs un mépris souverain à son infortunée voisine ; tandis qu'au nord se tient le richissime Bordelais viticole à l'élite déjà largement francisée. On a là, comme avec les Pyrénées profondes ou encore les Monts d'Arrée en Bretagne, un phénomène typique de périphérisation en cascade où la nation périphérisée (occitane ou bretonne) méprise et relègue elle-même ses parents pauvres, vus comme des êtres à peine humains. C'est d'ailleurs souvent de ces "périphéries privilégiées", de ces "centres relais" comme (principalement) Bordeaux que viendront les plus virulents discours "civilisateurs". Le terme même de "Landes" a une connotation si infâmante que lors de la création des départements en 1790, les notables locaux s'insurgent contre cette appellation pour revendiquer plutôt celle de "département de l'Adour" (qui n'eût pas été illogique il est vrai).

Pourtant cette société agro-pastorale est bel et bien cohérente et viable, permettant de vivre (bien que rudimentairement) au plus grand nombre. Son unique problème, alors que le capitalisme s'impose partout et que la bourgeoisie s'apprête à s'emparer - puis s'empare - du pouvoir politique par et pour elle seule (autoproclamée "Nation française"), c'est qu'elle ne permet la valorisation d'aucun capital.[2]

Si le Second Empire (1852-70) parachèvera spectaculairement le processus, c'est donc dès le "Siècle des Lumières" que des "physiocrates" bordelais ou parisiens commencent à faire planter massivement des pins (endémiques et dont la semence coûte alors un prix dérisoire) qui ont l'avantage de fixer et drainer les sols sableux et marécageux (c'est le "grand combat" de l'ingénieur des Ponts et Chaussées Nicolas Brémontier) mais aussi et surtout de produire en grande quantité du bois et de la résine (gemme -> gemmage), matériaux dont l'économie de l'époque et du siècle suivant fait une consommation quotidienne et industrielle (de la construction au chauffage en passant par le papier, les essences diverses pour la résine etc.), offrant par conséquent des revenus considérables aux propriétaires de ces plantations.

GintracLandesAu tout début de la "révolution" bourgeoise, vers 1790, le grand notable bordelais Journu Aubert (membre du directoire de la ville) évoque ces "200 lieues de terrain dans un état de mort", "un trente-sixième de la superficie du royaume" auquel il est plus que temps d'apporter la "civilisation" puisque l'on va bien s'emparer d'"isles lointaines" qui ne "prospèrent qu'arrosées de la sueur des Nègres" et qu'il faut de surcroît défendre contre la convoitise des puissances rivales...[3] C'est bien une logique totalement coloniale qui s'exprime là vis-à-vis de cette terre particulièrement déshéritée de nostra Occitània. Le terme de "colonisation" est même ouvertement employé à l'époque, comme encore en 1849 lorsque naît une Compagnie ouvrière de COLONISATION des Landes de Gascogne (qui tentera une expérience de culture du riz). Le terme revêt alors, à vrai dire, son sens premier et essentiel (et extrêmement valorisant dans le contexte historique) : amener sur un territoire donné les "bienfaits du commerce et de l'industrie", autrement dit du capitalisme ; en arrachant ce territoire à l'arriération... mais en arrachant aussi la grande masse de la population à ses moyens de subsistance immémoriaux pour en faire de purs instruments de la production de plus-value.

On envisage à cette même époque (ou un peu auparavant) l'implantation de colons suisses ou allemands mais des voix s'élèvent pour invoquer les risques de frictions avec les "indigènes" locaux, en sus du protestantisme des colons en question et des banquiers qui se proposent de les financer (dans une "France" encore largement "fille aînée de l'Église" et dans une région sur laquelle les visées anglaises ne semblent jamais tout à fait éteintes) : le projet est donc finalement abandonné.

La description des habitants, comme l'évoque Sargos dans son livre, mêle alors allègrement "le singe, l'Arabe et le Peau-Rouge d'Amérique", le tout perché sur des échasses qui en renforcent encore l'aspect inhumain. Il n'est d'ailleurs pas exclu par certains, à l’époque, qu'ils descendent réellement de quelques-uns des "Maures" stoppés par Charles Martel à Poitiers en 732 (ce grand et fameux mythe de la construction "nationale" monarcho-bourgeoise "France"). Des pièces de théâtre aux décors de carton-pâte se chargent d'offrir ces pittoresques "sauvages" au divertissement du big arnaudin-p37bourgeois parisien dans ce qui préfigure les expositions coloniales, zoos humains et autres spectacles de Buffalo Bill quelques décennies plus tard... Sauf que les acteurs réellement autochtones sont rares et, de fait, ces "Landais" d'opérette s'expriment plutôt dans ce qui ressemble à un français populaire de la campagne normande, où ils ont plus vraisemblablement été recrutés.

C'est que le Gascon des Landes, tel l'ours dans sa tanière auquel on le compare souvent, est de tempérament casanier. Lorsque la "révolution" bourgeoise instaure la conscription militaire, rien n'est plus difficile que de l'y soumettre et lorsque c'est enfin chose faite, à des années-lumière de tout sentiment patriotique envers la "Grande Nation", "il quitte avec désespoir ses bruyères solitaires et jamais aucune des séductions de la civilisation ne peut le retenir sous les drapeaux au-delà du terme fixé par la loi". Il ignore évidemment tout de la "noble langue" de Montaigne, Racine et Boileau, ne s'exprimant (lorsqu'il s'exprime, c'est-à-dire rarement) que dans son "patois" incompréhensible ; il ignore même (souvent) tout du gouvernement en place à Paris voire de la notion même de France, "étranger à l'empire de toute loi" et même de "toute église", baigné dans ses traditions et ses "superstitions" ancestrales.

Même vu d'Occitanie "utile" (et surtout bien francisée comme il faut...), de Bordeaux, Toulouse, Pau ou Bayonne, il est absolument intolérable pour la bourgeoisie alors triomphante que de tels individus règnent sans partage sur près de 15.000 km² ; à l'heure où il s'agit d'annexer définitivement à la "Nation française" proclamée, autrement dit à la bourgeoisie capitaliste et à la valorisation de son capital, la grande masse des producteurs et de transformer les Peuples (occitan comme breton, catalan comme normand ou picard, corse comme lorrain ou franc-comtois) en "français"/force de travail et les territoires sur lesquels ils vivent en forces productives génératrices de plus-value - le "fluide vital" du capitalisme.

Dans les années 1820, sous le règne des frères "restaurés" de Louis XVI (Louis XVIII et Charles X), naît de l'imagination fertile de deux hommes d'affaires (Joseph du Pau et Eugène Lucet) un projet encore plus hallucinant : ils se proposent tout simplement de constituer une société au capital de 100 millions de francs et d'acheter 750.000 hectares (7.500 km², soit plus de la moitié des landes !) pour un prix symbolique... à l'État, car ces terres sablonneuses constitueraient selon eux des "lais et relais de la mer" sur lesquels (en vertu d'un principe juridique remontant aux origines de la monarchie franque) aucune collectivité ni aucun particulier n'a de titre de propriété valable ; et de les diviser en quelques centaines de lots de taille égale (plusieurs milliers d'hectares donc) qui seront affermés à des gentlemen farmers prêts à relever le défi de les mettre en culture (et qui pourront éventuellement eux-mêmes big interieur landais2les subdiviser et les sous-affermer). C'est carrément ici un discours de "terre sans peuple" (en tout cas sans peuple légitime) et de "faire fleurir le désert" qui est appliqué à la Gascogne maritime ; exactement le même[4] que dans les hautes plaines du Kansas face aux Cheyennes, dans l'outback australien face aux Aborigènes ou dans les djebels d'Algérie face aux tribus kabyles ; et que l'on retrouvera logiquement dans le sionisme (pur produit de cette époque rapidement enrobé de mythologie biblique...) face à des Palestiniens tout aussi légitimes sur leur terre que les bergers landais à échasses sur la leur - si sableuse et ingrate qu'elle fût. Voilà, à l'attention de tous les petits connards "gauche"-coloniale dont le pro-sionisme honteux le dispute seulement au jacobinisme revendiqué, AU NOM ET SUR LA BASE DE QUOI nous sommes antisionistes, anticolonialistes et anti-impérialistes : tout simplement du fait que l'histoire de notre Peuple comme de tous les Peuples de la planète sous le capitalisme est finalement l'histoire d'une conquête et d'une colonisation au sens premier que nous avons vu plus haut - et nullement au nom et sur la base d'un quelconque "antisémitisme obsessionnel", "anticapitalisme romantique" ou "socialisme français" (surtout "français") ! En parlant de "socialisme français", d'ailleurs, il est intéressant de relever ici combien cet esprit saint-simonien associant "socialisme" et "progrès" façon rouleau compresseur imprègne profondément l'identité de la gauche hexagonale...

Un autre grand bourgeois (et député), bordelais encore une fois, s'éleva cependant contre ce projet en arguant (comme déjà pour les projets de colonisation suisse ou autre) que cela risquerait de rendre la région ingouvernable, qu'il valait mieux s'en tenir au (vieux) projet de canal reliant la Garonne à l'Adour et que c'était avec les Landais et non contre eux qu'il fallait procéder à la mise en valeur et au développement de leur territoire. Il faut dire qu'à l'époque l'Occitanie était championne d'Hexagone toute catégories pour les soulèvements et rébellions collectives contre les forces de l'ordre, que bientôt dans les Pyrénées commencerait la "Guerre des Demoiselles" et que déjà, dans les Landes, se multipliaient les incendies (moins signe de colère, d'ailleurs, que pratique indispensable à l'économie pastorale) contre les pignadas existantes.

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C'est finalement cette vision qui l'emportera quelques décennies plus tard sous le Second Empire, seul le projet de grand canal étant abandonné au profit du chemin de fer - qui a pris son essor entre temps et s'avère de réalisation beaucoup plus commode : ligne reliant Paris à l'"Espagne" natale de l'impératrice en passant par son cher Biarritz, et ligne Bordeaux-Arcachon sous l'égide des (localement) incontournables frères Pereire.

Louis-Napoléon "Badinguet" Bonaparte, élu président par le Parti de l'Ordre en 1848 et devenu empereur quatre ans plus tard après le sanglant coup d'État que l'on connaît (et que l'Occitanie démocrate-socialiste combattit les armes à la main), a en effet pris fait et cause pour le projet "civilisateur" et la conjonction de ceci avec (nous y reviendrons) le début de l'engouement touristique pour le "Sud-Ouest" donne dans les années 1850 l'impulsion décisive, avec tout l'autoritarisme et le dirigisme étatique qui caractérise l'époque : la Loi relative à l'assainissement et la mise en culture des Landes de Gascogne est finalement promulguée le 19 juin 1857. Elle oblige les municipalités à 1°/ assainir les terres communales par drainage, afin d'enlever le surplus d'eau de la partie capillaire de la nappe phréatique et ainsi rendre le sable apte à la plantation, et 2°/ vendre aux enchères les communaux ainsi drainés à des propriétaires privés, à raison d'un douzième chaque année pour ne pas brusquer cette réforme foncière (on a donc suivi les préconisations du baron d'Haussez trois décennies plus tôt). Ces propriétaires ont ensuite à leur charge de rentabiliser les sols achetés par la plantation (la loi n'excluait pas que les communes plantent avant de vendre, mais l'investissement était bien trop lourd). Il n'est pas fait explicitement mention de planter du pin mais, le processus étant déjà enclenché depuis plusieurs décennies, c'est évidemment la culture qui sera choisie dans 99% des cas. C'est le coup de grâce pour la société agro-pastorale dont les communaux (s'il est utile de le rappeler) n'étaient ni plus ni moins que les pâtures, autrement dit le premier ou plus exactement l'unique moyen de production (vu que les cultures végétales avaient elles-mêmes besoin des déjections du bétail). Bien que pendant tout le demi-siècle qui suit la loi de 1857 des voix s'élèvent pour invoquer la nécessité de maintenir l'activité d'élevage, à la veille de la Première Guerre mondiale il ne reste pratiquement plus de pasteurs landais.

big femme resineQuant aux lots mis aux enchères, les notables des villages et autres cultivateurs aisés (il existe tout de même çà et là de bonnes terres...) "bien introduits" auprès des municipalités et/ou des autorités préfectorales (lorsque l'État se substitue aux communes "défaillantes") en seront évidemment les premiers bénéficiaires. En 30 ans, de 1857 à 1887, les deux tiers des communaux des Landes et la moitié de ceux de Gironde sont ainsi vendus ; avant que l'on ne recommence (à la fin du siècle) à reconnaître le droit à une propriété communale et collective... dès lors presque totalement disparue.

C'est donc à l'arrivée, en effet, principalement à des Landais que va profiter la "cocagne" du bois et de la résine... mais au prix d'un creusement terrible (à vrai dire hors de tout schéma de pensée pour les frustes bergers autochtones) des inégalités et de la condamnation à la misère des non-propriétaires de ces "mines d'or vert", qui se recyclent tant bien que mal (plutôt mal que bien...) comme prolétaires ruraux ou métayers (ce qui revient pratiquement au même...) dans la récolte et la transformation des deux matériaux. La démographie d'ailleurs, que les plans "physiocratiques" voyaient croître exponentiellement, tend plutôt à la diminution ; la monopolisation des terres par les grandes pinèdes privant  le reste des habitants de toute ressource et les poussant à émigrer en masse vers les grands centres industriels qui se développent autour de Bordeaux, Toulouse ou Bayonne (ou carrément vers Paris) ; non sans avoir provoqué au préalable des luttes sans merci entre forestiers et éleveurs (avec comme on l'a dit des plantations incendiées etc.) ainsi qu'entre les ouvriers et métayers du gemmage (eux-mêmes souvent anciens bergers) et les propriétaires qui les emploient : http://www.histoiresocialedeslandes.org/landes_modernes.asp.

De fait, si la population du département des Landes augmente de 25.000 habitants (soit près de 9%) entre 1831 et 1866, elle connaît ensuite une diminution de 3,86% jusqu'à la Première Guerre mondiale (contre 10% d'augmentation au niveau hexagonal) et de 4,74% (contre +6,9%) entre les deux guerres. L'"âge d'or" de la forêt de pins est donc aussi et surtout, comme dans toutes les périphéries de l'État français, celui de l'exode rural.

big table soupeLa population restée et (donc) prolétarisée sur place, quant à elle, donne naissance à un très important mouvement syndicaliste, socialiste (surtout) voire (dans une moindre mesure mais quand même) communiste rural ; avec une agitation sociale importante notamment dans les années 1930 (crise mondiale du capitalisme) mais aussi en 1920, ayant laissé à la postérité le Chant des Piquetalos - littéralement "ceux qui ramassent les vers de terre" pour survivre, évocation claire de la misère de ces métayers qui dépendent totalement de leurs propriétaires, auxquels ils versent la moitié du produit de leur récolte et doivent même (en plein 20e siècle !) corvées et redevances en nature ! Bien entendu, la SFIO futur PS et (dans les pas de celle-ci) le PC se chargeront bien comme il faut de pétrir tout cela dans le moule "républicain", secret de l'impuissance du prolétariat hexagonal....

Et puis la "mise en valeur" du pays landais ne se fait de toute façon pas sans une certaine colonisation extérieure, qu'il s'agisse du tourisme qui se développe à partir du Biarritz impérial, de la ville thermale de Dax ou encore de l'Arcachon des frères Pereire, ou du "phalanstère" que le très saint-simonien Louis-Napoléon "Badinguet" établit en 1857 entre Morcenx et Labouheyre et baptise quelques années plus tard du nom de la sanglante boucherie militaire de Solferino, son "petit Austerlitz" à lui. Celui-ci, comme d'autres projets parfois aussi farfelus que l'élevage extensif de... dromadaires, connaîtra un succès pour le moins limité et culmine aujourd'hui à 343 habitants (n'ayant jamais dépassé de beaucoup les 600) ; en revanche, l'on voit nettement se dessiner dès le début de l'exode paysan le systématique "chassé-croisé" entre celui-ci et la villégiature bourgeoise (rares sont les villages qui ne comptent pas au moins un somptueux et... détonnant manoir de la fin du 19e siècle) qui s'est depuis massifiée, la destination étant relativement cheap comparée à d'autres (lotissements de maisonnettes "style landais", campings etc.).

Pins des Landes -04"Ainsi soit-il" : comme (on l'a dit) dans le Grand Ouest américain, en Afrique, en Australie ou en Palestine, la "Marche du Progrès" est triomphalement passée. Le "désert" de genêts et d'ajoncs est devenu forêt d'émeraude... et une société séculaire a disparu à tout jamais, laissant la place à quelques riches sylviculteurs et à des prolétaires peu à peu condamnés à l'exil puis désormais remplacés par des touristes, des résidents secondaires, des retraités pas assez friqués pour la côte provençale ou basque et des "rurbains" de Bordeaux ou de Biarritz-Anglet-Bayonne qui trouvent là un mètre carré un poil plus abordable (s'ils veulent une maison avec jardin pour les enfants) qu'aux abords de ces villes, au prix d'une demi-heure ou une heure de route pour se rendre au boulot le matin. Le moindre des paradoxes n'est sans doute pas que le vignoble bordelais, qui méprisait hier souverainement ce "Désert des Tartares", forme aujourd'hui le "couloir de la pauvreté" aquitain avec un taux beaucoup plus élevé de bas revenus, de chômage et d'exclusion ; toutes choses qui ne sont pas pour autant négligeables dans les Landes du moment que l'on laisse de côté les retraités (relativement) aisés, les gros professionnels du tourisme et les cadres des grandes villes, et que l'on s'éloigne de la côte et des grands axes... La Haute Lande autour de Labouheyre, secteur historiquement parmi les plus déshérités, reste ainsi une "poche" importante de bénéficiaires du RSA.

De fait, l'"âge d'or" de la sylviculture landaise a pris fin à peu près en même temps que les Trente Glorieuse sous l'effet de la crise et de la concurrence mondiale ; le recul du bois dans la construction et l'industrie en général puis du papier comme support de communication, le développement (salutaire) du recyclage etc. etc. enfonçant encore le clou. Du pétrole a été découvert en 1954 à Parentis près de Biscarrosse, mais le gisement s'est vite avéré très limité (il assure aujourd'hui moins d'1% des besoins hexagonaux). C'est véritablement l'industrie touristique qui a pris le relais, en plus comme on l'a dit (depuis une grosse vingtaine d'années) d'un phénomène de "rurbanisation" (dans un rayon de 60 km autour de Bordeaux et Bayonne-Dax) et d'une économie de sous-traitance pour l'activité des "métropoles régionales" facilitée par une nette amélioration du réseau routier (A63 Bordeaux-A63LandesBayonne et A660 vers Arcachon, A65 Pau-Mont-de-Marsan-Langon ouverte en 2010,  voie rapide reliant Mont-de-Marsan à l'A63 et Bayonne etc.) ; économie de PME forcément porteuse de beaucoup de précarité pour son salariat. La très contestée ligne à grande vitesse (LGV) Bordeaux-"Espagne", projet pour bourgeois inaccessible aux classes populaires, traversera peut-être bientôt le pays landais ; mais elle ne s'arrêtera de toute façon qu'à Dax (ou dans une gare ex nihilo entre Dax et Bayonne), laissant l'essentiel du territoire sans autre moyen de transport que la voiture personnelle (avec l'indispensable et coûteux sésame du permis de conduire pour la jeunesse).

Nous avons encore là une illustration de ce que nous avons tant de fois exposé : aussi loin que l'on puisse sembler être de la violence qui se déchaîne actuellement en Palestine, ou qui a pu frapper par le passé tel ou tel Peuple hors d'Europe, la logique est la même et nous avons vu combien le discours l'accompagnant peut présenter des similitudes édifiantes ; la société séculaire, collectiviste et solidaire des pasteurs landais a été niée par le développement du capitalisme qui a "plié" le pays et ses habitants aux besoins de la valorisation de son capital (extraction de la plus-value), laquelle est son moteur même. Le capitalisme a apporté le "progrès" et il ne s'agit pas pour nous de dire qu'il aurait "fallu" que les Landes restent dans la misère, l'ignorance, la faim et le paludisme d'il y a trois siècles. Mais ce "progrès" a été apporté, d'abord et avant tout, par et pour les intérêts et le profit de quelques uns (comme toujours avec le capitalisme : c'est sa logique même !) ; conformément à ces intérêts (hexagonaux et pas seulement locaux) et donc irrémédiablement façonné par eux. En d'autres termes et en clair, le "progrès" a été impulsé "d'en haut" (par les détenteurs de capitaux souhaitant valoriser ceux-ci) et non dans une logique de SERVIR LE PEUPLE - ce qui n'est de toute façon pas possible avec le capitalisme, poursuivant l'intérêt personnel privé, mais seulement avec le SOCIALISME où les classes productrices définissent (planifient) elles-mêmes les besoins et le travail nécessaire pour y répondre dans l'intérêt de tou-te-s : "de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins".

Aujourd'hui, l'ordre du jour pour l'humanité est de nier le capitalisme par le communisme (à travers le socialisme) et de faire ainsi renaître, quelque part, cette solidarité et ce collectivisme disparus mais À UN NIVEAU SUPÉRIEUR, "avec la fibre optique" en quelque sorte : avec tous les acquis du stade douloureux mais nécessaire pour l'humanité qu'aura été le règne du Capital ! 

Lire aussi :

http://confins.revues.org/6351

http://www.histoiresocialedeslandes.org

http://fr.wikipedia.org/wiki/For%C3%AAt_des_Landes#Histoire

http://fr.wikipedia.org/wiki/Système_agro-pastoral_dans_les_Landes_de_Gascogne


[1] En 1798, Grasset de Saint-Sauveur estimait que "les paysans landais sont peu civilisés ; le genre de vie qu’ils mènent les rend tout à fait rustiques et presque sauvages". Si le trait, pour l’observateur d’aujourd’hui, reste forcé, il essaye néanmoins de nuancer son jugement tandis que d’autres, tel Lamoignon de Courson, sont plus définitifs en affirmant que "[…] les habitants des Landes sont des espèces de sauvages, par la figure, par l’humeur et par l’esprit […]". Ces quelques mots, écrits en 1714 et très largement plagiés par la suite, sont le point de départ de l’histoire du sauvage landais.
En 1839, le vicomte de Métivier (riche propriétaire landais intéressé par la mise en valeur de sa région) ajoute que les Landais s’organisent en "[…] tribus presque nomades ; de ces tribus plus ou moins malheureuses aux yeux de l’homme qui, pour la première fois, visite une nation qui est en quelque sorte une nation à part, de par le physique et le moral de ses individus, ses usages, ses coutumes, ses vêtements, ses peines et ses plaisirs". Une décennie plus tard est encore écrit que "le pasteur landais, être éminemment paresseux, peureux et lâche, préfère de beaucoup le métier inactif qui l'emploie et qui lui rapporte peu à la vie de travail qui le ferait subsister avec aisance. On peut, sans exagérer, dire que cet être à la mine livide et féroce ne pense ni ne réfléchit. On peut soutenir que tous ses mouvements sont purement instinctifs. Juché sur ses tchankes [sic… le k n’est pas nécessaire, ce n’est pas le Pays Basque !], il ne sait faire que l'ouvrage des femmes. Il ne rougit point de tricoter [on apprécie au passage l’esprit ultra-patriarcal de l’époque, et l’on observe comment la division sexuelle du travail n’était pas encore si complète dans cette société archaïque, les femmes accomplissant quant à elles des travaux "d’hommes" dans les champs]. Complètement dépourvu d'intelligence, passé par ses fonctions à l'état de brute, il représente probablement l'intermédiaire tant cherché de l'homme et du singe. Sa constitution physique tient du crétinisme. On peut en trouver les causes dans la perversité de ses mœurs, qu'on ne pourrait trouver plus abominables en aucun pays ni en aucun temps. Du reste, s'il est devenu crétin par état et par vice de conformation, il est cruel, barbare et sans pitié. Gardez-vous de l'offenser : il devient alors une bête fauve, n'épargnant ni les femmes ni les enfants" (Gabriel Bouyn, 1849)

[2] Pour le baron d'Haussez (1826), successivement préfet des Landes puis de Gironde, deux causes contrariaient la mise en valeur de la région, à savoir "la nature des propriétés et le caractère des habitants". En plus de l’immigration (ou plutôt de la colonisation de peuplement !) et du métissage (pour "gommer" le fameux "caractère" vu comme une tare génétique...), il proposait "l’aliénation des landes communales" comme seul moyen de remédier "à de si graves inconvénients". Ainsi "face au plus puissant des intérêts, l’amour de la propriété, [le] déplorable régime de communauté, dernier vestige des siècles de barbarie [qui] asservit encore ces plaines immenses" disparaîtrait. Dès lors, il résume un point de vue largement partagé lorsqu’il affirme que "bien des choses restent à faire avant que, dans la contrée des Landes, on ait placé la civilisation à la hauteur où elle est parvenue dans le reste de la France".

[3] "Il ne s’agit pas moins de que de rendre la vie à deux cents lieues de terrain dans un état de mort. [...] C’est vraiment là une conquête digne d’un peuple qui a renoncé solennellement à celles que l’on n’obtient que par effusion de sang. [...] Puisque la plus grande ambition des peuples et des individus est d'étendre constamment leurs domaines, pourquoi hésitons-nous à prendre, pour ainsi dire, possession de celui-là, à mettre en valeur une portion même de l’intérieur du royaume."

[4] Voici ce qu’écrit un auteur alors que commence la phase finale et "radicale" de la mise en valeur : "40 lieues [les 160 km séparant Bordeaux de Bayonne] de désert plus inconnues que les savanes lointaines du Missouri ou que les solitudes de l’Afrique Centrale, [dont les bergers] sont les Arabes ou les Indiens de nos landes" [...] "ce grand désert sablonneux, le Sahara de la France […] attend leur dépouille, et doit recouvrir bientôt ces derniers sauvages destinés sans doute à disparaître. La civilisation, en effet, les chasse devant elle, comme le fait aux États-Unis la colonisation américaine" (Henry Ribadieu, 1859)
http://confins.revues.org/6351

 

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Peuples en lutte
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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 08:42

 

C'est bel et bien à un effondrement idéologique total de la mouvance Soral que nous assistons là, avec ce hoax d'une grossièreté ahurissante : le site Les Moutons Enragés publie une "information" selon laquelle, lors d'une récente manif pro-palestinienne, les CRS auraient mis "flashball en l'air" et rallié les manifestants - contre le "gouvernement piloté de l'étranger" bien sûr, comprendre "au service du sionisme". Bien évidemment il n'en est rien : les CRS, comme à l'accoutumée, ne faisaient qu'"ouvrir la marche" et encadrer la manifestation contre d'éventuels débordements et/ou provocations extérieures ; ils maintenaient tout simplement l'"ordre républicain" dans lequel chacun et chacune est tout à fait "libre" de manifester ses opinions dans la rue du moment qu'il n'y a pas de "débordements" ni de "violences", un peu comme on prend son ticket au bureau des réclamations... Si une telle chose était vraie, ce serait une crise de régime majeure et il va de soi que tous les adversaires du PS (FN en tête) essaieraient d'en tirer profit, appelant à la "dissolution", à la démission du président "qui ne tient plus rien dans le pays" etc. etc. (peu importe que l'acte des CRS en lui-même soit salué ou condamné). Marine Le Pen et Florian Philippot seraient omniprésents sur les plateaux télé.

C'est donc à une information aussi sérieuse que France Dimanche annonçant la "mort atroce de Francis Cabrel" que nous avons affaire là. Les commentateurs du site eux-mêmes dénoncent la grossièreté et la crédibilité zéro du hoax. Mais c'est ce à quoi en est désormais réduit le soralisme, et ce pour deux raisons essentielles :

- Le double (voire triple, voire quadruple, voire...) discours de Soral est de plus en plus dénoncé et rejeté par les quartiers populaires et les colonies intérieures auxquelles il prétend s'adresser ; y compris par des personnes ayant encore une compréhension erronée voire réactionnaire du problème palestinien, de l'impérialisme, du racisme, du capitalisme etc. Le mariage de la carpe "tiers-mondiste" et du lapin "temps béni des colonies", cela finit toujours par craquer à un moment donné. Après que l'"antiracisme" petite-main-jaune des années 1980 les ait vendues au PS, ces classes populaires ne sont pas prêtes à se faire vendre au parti des nostalgiques de l'Algérie française par le premier aventurier médiatique venu. Sur le terrain, des groupes et des collectifs antifascistes de plus en plus nombreux font un énorme travail de fond contre la Dieudo-mania et les conceptions soraliennes, tout en étant d'une clarté limpide sur la question de la Palestine, de l'islamophobie etc. etc.

- Plus décisif encore, le Front National NE VEUT PAS de la proposition stratégique de Soral et de ces quartiers populaires qu'il prétend rabattre vers lui ; il ne veut pas de cette "alliance" contre le prétendu "lobby juif" entre "Français de souche" et colonies intérieures ici, et entre impérialisme français et axe Russie-Iran-Venezuela à l'extérieur. De fait, seule l'UPR de François Asselineau lui tend un peu la main car elle est dans une très dure lutte pour exister politiquement face au FN, à Dupont-Aignan etc. etc.

C'est que la réalité est là, mathématique, et les chiffres parlent d'eux-mêmes : le Front National c'était 3,8 millions de voix (10%) à la présidentielle 2007 et à peine un peu plus d'un million aux législatives (un seul candidat au second tour, aucun député élu) ; à peine 150.000 voix aux municipales 2008 (63 conseillers élus) ; un million de voix encore aux européennes 2009 (4 euro-députés) ; et puis... 2 millions aux régionales 2010 (118 élus) ; 6,4 millions à la présidentielle 2012 et 3,5 millions aux législatives (2 députés élus) ; un million au premier tour et 675.000 au second des municipales 2014 (1.500 conseillers et 11 maires) ; et enfin 4,7 millions de voix aux européennes (24 élus), faisant... la course en tête. Le FN a "explosé", certes, en effet... Mais il a "explosé" en rejetant la ligne d'Alain Soral (toute-puissante dans la seconde moitié des années 2000), et non grâce à elle.

Comme NOUS l'avions annoncé au lendemain des régionales 2010, le FN a "explosé" à partir de 2010-2011 en s'alignant sur la mobilisation réactionnaire de masse anti-islam ajoutée à ses vieux fondamentaux anti-immigration et anti-"racaille", en réprimant les "sorties" antisémites et autres "dérapages" sur la Seconde Guerre mondiale et l'Occupation et en proposant (aussi) une Europe "communauté de civilisation" et "des coopérations" plus "constructive" que le vieux "nationalisme intégral" autarcique, en faisant moins d'anti-américanisme primaire tout en défendant jalousement "l'indépendance stratégique" et "l'exception culturelle" tricolore ; bref en reprenant les thèmes des Identitaires de la fin des années 2000 (lesquels, du coup, sont en perte de vitesse) et en reconquérant l'électorat "volé" par Sarkozy en 2007. Nullement en mettant en avant les théories eurasistes/"tiers-mondistes" et "antisionistes" antisémites obsessionnelles d’"Égalité et Réconciliation" !

C'est qu'il faut bien comprendre comment fonctionnent les choses : la fraction ultra-réactionnaire du Grand Capital (des monopoles) ne crée pas un parti fasciste qui créerait ensuite une "opinion publique". La fraction ultra-réactionnaire du Grand Capital crée une "opinion publique" fasciste dont ensuite un parti fasciste, pour exister politiquement, va devoir s'emparer. L'extrême-droite ne peut exister qu'au service de la fraction la plus agressive des monopoles et conformément à ses intérêts. Elle ne peut pas exister et avoir des électeurs en disant et faisant ce qu'elle veut.

Dieudonné et Soral ont sans doute amené un certain nombre de "non-blancs" à voter Front National, et celui-ci leur en est fort reconnaissant. Mais le FN reste à 95% un parti d'électeurs "petits blancs" de classe "populaire supérieure" qui détestent les Arabes, les Noirs et les musulmans, toutes les enquêtes sur le "pourquoi" du vote FN sont catégoriques sur ce point et si cet électorat peut parfois penser que "les Juifs ont beaucoup d'influence dans ce pays", voire "trop", et/ou qu'il y a une "américanisation excessive de la société", il n'est pas prêt pour autant à s'allier (contre cela) avec les Arabes et les Noirs ici et avec l'Iran et le Venezuela à l'extérieur. Et la direction lepéniste doit "faire" avec ce qu'attend d'elle son électorat. Déjà dans les... États-Unis des années 1940 (!), le grand militant marxiste afro-descendant C.L.R. James dénonçait le pullulement dans la communauté noire de petites sectes réactionnaires qui poussaient notamment (déjà) à s'attaquer aux Juifs ; mais il concluait en rappelant clairement que "le cours géné­ral de l'histoire américaine est tel que tout mouvement fasciste d'étendue nationale (aussi déguisé soit-il) sera obligé de s'attaquer à la lutte des Nègres pour l'égalité"*.

Le soralisme est isolé, "recalé" par les nécessités des monopoles qui veulent (comme tous les monopoles) valoriser leur capital sur un marché international de plus en plus "tendu" mais ne veulent pas pour autant d'un "état de guerre" avec les États-Unis et leurs alliés (dont Israël) alors que des menaces beaucoup plus agressives ("émergents" notamment asiatiques, nouveaux nationalismes bourgeois, résistances populaires anticapitalistes et anti-impérialistes, agitation "islamiste" dans les pays musulmans) grandissent chaque jour ; et SURTOUT PAS d'une alliance avec des secteurs populaires qui, organisés, poseront TÔT OU TARD la question du colonialisme intérieur et du néocolonialisme dont il est le reflet, autrement dit du secret de l'impuissance du prolétariat en Hexagone (mettant du coup fin à cette impuissance !).

Le cours général de l'histoire de "France" est tel que tout mouvement fasciste d'étendue nationale (aussi déguisé soit-il) sera obligé de s'attaquer à l'affirmation de la "puissance indigène" ; et JAMAIS aucune force d'extrême-droite conséquente ne prendra le risque que lui propose le soralisme pour "gratter" quelques voix. Le seul rôle que celui-ci puisse dès lors jouer est un rôle de stérilisateur de consciences émergentes dans les quartiers populaires et les colonies intérieures, de joueur de flûte conduisant celles et ceux qui commencent à se poser les bonnes questions dans le marécage de l'antisémitisme et du nationalisme BBR, donnant corps du même coup à la propagande républicarde contre le "nouvel antisémitisme rouge-brun-vert des banlieues"...

Son discours voulant que "le patriotisme", "l’État français profond" en quelque sorte (comme ces "forces de l'ordre" dont Soral aime tant revêtir l'uniforme), serait "antisioniste" et que toute personne également "antisioniste", "anti-impérialiste" et "contre le néolibéralisme de Wall Street" devrait s'allier avec lui contre le "système UMPS au service de l'étranger" est contredit chaque jour par les faits et ne fait plus recette. Alors il invente... en espérant que, comme par magie, le fantasme devienne un jour réalité !

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* "Le Parti engage une guerre sans merci contre les mouve­ments nationalistes nègres tels que les organisations garveyistes et pro-japonaises, etc. Il dénonce leurs propositions fantastiques et réactionnaires pour l'émancipation nègre. Il explique en détail l'impossibilité de leur réalisation et, de plus, prend la peine d'expliquer que même si celles-ci étaient réali­sées, cela ne serait d'aucun bénéfice pour les grandes masses du Peuple nègre. Le Parti saisit cette occasion d'analyser et de dénoncer l'impérialisme japonais et l'oppression des masses japonaises. Ainsi, avec les mots de la vie et des intérêts des Nègres, il construit un sentiment de solidarité des opprimées à l'échelle internationale.

En même temps, cependant, il doit soigneusement étudier ces mouvements pour différencier les dirigeants nationalistes nègres de leur base sincère mais égarée. Il explique aux masses que le désir de voir le Japon victorieux est en réalité un désir de destruction de la force apparemment inébranlable de leur propre oppresseur, l'impérialisme américain. La défaite imminente du Japon brisera bien des espoirs d'aide directe ou indirecte au « peuple de couleur », qu'aurait apportée une victoire japonaise. Les mouvements nationaux, cependant, même avant la défaite du Japon ont utilisé le garveyisme et le sentiment pro-japonais uniquement comme base idéologique pour une politique dirigée vers le renforcement du nationalisme nègre aux États-Unis. Les mouvements qui cherchent à « faire sortir les Juifs de Harlem ou du quartier sud » ont une solide base de classe. Ils constituent les réactions du nègre revanchard qui cherche un secours économique et quelques remèdes à son orgueil de race humilié. Que ces sentiments puissent être exploités par des idiots fanatiques, des Nègres antisémites ou Nègres affairistes, cela ne saurait changer leur base fonda­mentalement progressive. Cet aspect progressif ne peut en aucune façon être confondu avec l'insatisfaction de la petite bourgeoisie blanche démoralisée qui cherche un refuge dans le fascisme. La réaction américaine peut financer et financera probablement ou encouragera quelques-uns de ces mouvements (Bilbo et Back to Africa) afin d'alimenter la malveillance. Mais les Nègres sont des prolétaires, des semi-prolétaires et des paysans dans leur composition sociale. Le cours géné­ral de l'histoire américaine est tel que tout mouvement fasciste d'étendue nationale (aussi déguisé soit-il) sera obligé d'attaquer la lutte des Nègres pour l'égalité. Mais la lutte pour l'égalité est la force conductrice principale du mouvement de masse nègre.

Le Parti, tout en attaquent énergiquement les mouvements nationalistes, ne le fait pas de la même façon que s'il s'agis­sait d'un mouvement fasciste. Il les attaque sur la base d'un programme pour une lutte nègre comme cela a été indiqué préalablement. C'est l'absence d'un programme et d'une action complète pour les droits nègres et la lutte nègre mise en avant par les organisations ouvrières, c'est la présentation sectaire de la doctrine de lutte nègre comme une lutte de classe qui donne de la force aux nationalistes. La faillite des programmes « magiques » des natio­nalistes pour le salut dans toutes les parties du monde est si évidente que leur force principale, à Harlem par exemple, ne vient pas de leurs programmes, mais du rôle actif qu'ils ont joué dans les protes­tations et les manifestations pour améliorer le sort des Nègres ici en Amérique."

 

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 12:04

 

En Seine-Saint-Denis, Zacharie, 10 ans, est mort parce que les secours ont refusé de venir le chercher en urgence dans son quartier, un de ces "territoires perdus de la République" que dénoncent à longueur de journée les "républicains" à la Finkielkraut et les fascistes à la Le Pen...

http://www.camer.be/35237/11:1/france-zacharie--10-ans-mort-pour-etre-ne-dans-un-quartier-malfame.html

Zacharie080814300.jpg

Bien sûr les copains fascistes à Ménard nous expliqueront que "c'est la faute aux islamo-racailles" : http://www.bvoltaire.fr/nicolepaquot/france-zone-droit,98248... Pour ces salopards, on ne le dira jamais assez, quatre murs c'est déjà trois de trop.

En Palestine aussi - mais dans des proportions bien supérieures - on meurt pour être né du "mauvais côté" d'une barrière socio-raciale. Mais à part ça, il y en aura toujours pour se demander pourquoi les habitant-e-s des "quartiers sensibles" se sentent tant solidaires de ce pays... ou carrément pour y répondre : par "antisémitisme" bien sûr !


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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 11:34

 

maocCet article paru en mai 2009 sur le site de l'Action Antifasciste de Bordeaux retrace bien ces formidables évènements d'il y a 107 ans avec leur étroite imbrication de conscience de Peuple et de conscience de classe, leur héroïsme et leurs profondes contradictions - revenant notamment sur le rôle ambigu du Pelut, le (souvent sacralisé) maire socialiste de Narbonne Ernest Ferroul (qui finira partisan de la Grande Boucherie en 1914 puis adversaire acharné du communisme au Congrès de Tours en 1920, avant de mourir l'année suivante).

Il repose essentiellement sur les travaux de l'ancien maoïste Michel Le Bris (breton de naissance et occitan d'adoption après un passage par le Paris des "années 68", directeur de la Cause du Peuple en 1970-71 etc. etc.).

Nous avons déjà eu l'occasion, l'automne dernier, de rapprocher ce gigantesque mouvement ouvrier et paysan contre l'État central de celui des "Bonnets rouges" bretons ; et nous aurons une pensée émue pour notre "cher" Premier ministre Manuel Valls, dont Clemenceau est une idole revendiquée...


1907

E VOLGUERON PAS TIRAR !

Era l'an 1907
Los paures manifestavan
E volguèron pas tirar
Pòble e soldats éran fraires,
E volguèron pas tirar
los soldats lengadocians

C'était en l'an 1907
Les pauvres manifestaient
Et ils n'ont pas voulu tirer
Peuple et soldats étaient frères
Ils n'ont pas voulu tirer
Les soldats languedociens

Extrait de Lengadoc Roge.
C. Marti.


1907. Le vin ne se vend pas. Et quand le vin ne se vend pas, c'est tout le Midi qui a la fièvre...

Un député supplie le Parlement de prêter attention, avant qu'il soit trop tard, à la rumeur qui s'élève d'Occitanie :

"Une chanson rude et farouche, qui remue des paroles de colère et de révolte, qui exhorte à se lever pour la lutte finale ceux qu'elle appelle les damnés de la terre, les forçats de la faim... La cigale a travaillé tout l'hiver comme tout l’été. Ce n'est pas sa faute si elle vient aujourd'hui crier famine. Je supplie la chambre de l'entendre..."

Le Parlement applaudit le style vibrant de l'orateur, mais ne fait rien. C'est une longue tradition d'ailleurs que de supposer les Méridionaux volontiers exagérant leur situation : « Ce n'est pas si grave »...

Mort aux fraudeurs !

Et pourtant la situation est dramatique. Les cours se sont effondrés, on ne sait que faire du vin, on va jusqu'à s'en servir pour noyer un incendie à Marseillan ! C'est l'époque où nombre de petits viticulteurs ruinés deviennent des «bergougnous» allant mendier aux portes des villes. Les témoins rapportent des scènes de misère extrême : des familles se nourrissant de glands, des enfants marchant pieds nus, le vin vendu dans les cafés de Narbonne a deux sous l'heure (1)  !

La crise atteint son paroxysme cette année-là, mais le marasme se développe depuis sept ans environ. À cette situation, trois causes essentielles :

Les importations. Dans les années 80, le phylloxéra ravageant le vignoble occitan, les négociants se tournent vers les vins étrangers afin de satisfaire à la demande : 12 000 000 d'hectolitres sont ainsi importés chaque année.

Dès la crise surmontée, le gouvernement encourage la reconstitution du vignoble en dégrevant de l'impôt foncier pendant cinq ans toute nouvelle plantation. Une véritable frénésie s'empare des vignerons méridionaux : forêts et mûriers sont arrachés, les prés retournés, on plante même dans le sable ! Aussi, dès 1904, l'Aude a-t-elle de nouveau un vignoble de 130 000 hectares, pour une production de 6 000 000 d'hectolitres.

C'est une catastrophe, dans la mesure où les négociants préfèrent continuer à importer des vins d'Algérie, fort utiles pour le coupage, et de coûts moindres.

Le sucrage. La réduction de la production intérieure française pendant la crise phylloxérique avait incité le gouvernement à autoriser la mise en vente de « vins de sucre », produits par la fermentation de marcs de raisin additionnés de sucre et d'eau (2).

En théorie, ce sucrage ne devait pas dépasser 10 kilos de sucre pour 3 hectolitres de vin.

Dès l'instant où la production redevient normale, la poursuite de ces pratiques devient un scandale : c'est susciter volontairement une crise que l'on appellera ensuite de « surproduction ». De fait, le gouvernement maintient cette loi, sous la pression des betteraviers du Nord, qui entendent ne pas perdre ce nouveau débouché à un moment où la Convention de Bruxelles interdit les primes à l'exportation et où les sucres de canne envahissent le marché intérieur. Il va même jusqu'à ramener les taxes sur le sucre de 60 francs par quintal à 25 francs, le 29 janvier 1903 !

Sucrage du vin

La fraude. En théorie ce sucrage est réglementé, soumis à la surveillance de l'administration. En fait on assiste à des fraudes colossales : « Certains ne se contentent pas de corser une vendange médiocre ou d'extraire des vins de deuxième, voire de troisième cuvée : on fabrique littéralement le vin à partir de sucre, de colorants, d'acides et de raisins secs importés de Grèce et de Turquie par dizaines de milliers de tonnes depuis la crise phylloxérique (3). »

C'est l'époque où l'on voit en un an la consommation de sucre passer de 430 000 tonnes à 700 000 tonnes, c'est l'époque où les recettes les plus étonnantes circulent impunément, telle celle-ci que rapporte Félix Napo :

Dans un fût défoncé, mettre un kilo d'acide tartrique, un kilo d'acide citrique, un kilo d'acide sulfurique. Jeter dessus un litre ou deux d'eau froide pour éviter l'explosion, puis mettre environ 60 litres d'eau bouillante, agiter avec un bâton et jeter dedans 100 kilos de sucre. Tenir le tout en mouvement en agitant pendant une demi-heure. Le sirop ainsi obtenu est prêt à employer. Vous savez qu'il faut environ 100 kilos de sucret pour 6 hectos de vin à obtenir à 10°. Le mélange ci-dessus est bon pour 6 hectos, et on renouvelle autant de fois qu'il est nécessaire...

Le moût expédié, il vous restera le marc avec lequel vous opérerez une quantité égale de piquette en utilisant du sucre.

revolte 1907 3En 1907 il a été calculé que la fraude porte sur 13 millions d'hectolitres, soit très exactement la différence entre l'offre et la demande. Qui parlera encore de "surproduction" ?

Si la fraude atteint des proportions aussi incroyables, c'est qu'elle est protégée à tous les niveaux. En 1907, à Béziers, un trafiquant connu depuis longtemps n'est arrêté enfin que parce qu'il commet l'imprudence d'abattre un contrebandier. Les jurés le condamnent, mais le juge déclare que, bien que les formes légales aient été respectées, les jurés se sont trompés sur le fond et l'affaire est renvoyée à une autre session. Les jurés, scandalisés démissionnent ! ...

Un autre exemple : dans une affaire d'acquit fictif et de mouillage à 35 %, un négociant de Charenton, installé à Béziers, le sieur Tessier, a été acquitté sur la seule affirmation que les 100 hl en cause étaient destinés à ses ouvriers. De nouveau poursuivi pour un excédent de 5 000 hl, découvert dans son magasin, il expliqua qu'une conduite d'eau crevée s'était déversée dans les foudres. On retrouva aussi des acquits validés par de faux tampons, mais les puissants amis du trafiquant tentèrent de faire suspecter... des employés de l'octroi. Il fallut un télégramme du Garde des Sceaux en personne pour décider le Parquet à ouvrir l'instruction. Quand on arrêta Tessier, ses livres de caisse et de comptabilité avaient disparu (4).

Ces affaires se comptent par centaines, l'indulgence des juges fait scandale : c'est ainsi qu'un trafiquant de Millau impliqué dans une très grosse affaire se voit infliger... 50 F d'amende et quinze jours de prison avec sursis !

Et le gouvernement continue tranquillement à nier l'évidence : « Tout cela n'est que fantasmagorie », prétend M. Guyot Dessaigne, ministre de la Justice ! On deviendrait enragé à moins...

J'ai promis d'amener 100 000 hommes, les voila !

Et le peuple occitan, de fait, devient progressivement enragé.

Jadis tout n'était qu'allégresse;
Aux vignerons point de souci.
Hélas ! aujourd hui, la tristesse
Règne partout en ce pays (bis)
On n'entend qu'un cri de colère (bis)
Guerre aux bandits narguant notre misère
Et sans merci guerre aux fraudeurs,
Oui, guerre à mort aux exploiteurs,
Sans nulle merci guerre aux fraudeurs
Et guerre à mort aux exploiteurs.
Oui !

La Vigneronne sur l'air de "Charles VI".

Deux hommes vont alors jouer un rôle décisif : Ernest Ferroul, médecin, maire socialiste de Narbonne, et Marcellin Albert, cafetier et petit viticulteur d'Argelliers, un village situé à dix kilomètres au nord de Narbonne.

Marcellin Albert, celui qu'on appellera d'abord ironiquement « le prêcheur des platanes » avant qu'il ne devienne, le temps d'une révolte, « le roi des gueux »...

Pour Marcellin Albert, dès 1903, le sucrage apparaît comme «la petite fissure par laquelle passera l'éléphant capitaliste, qui sous peu de jours, viendra inonder nos marchés de vins artificiels au détriment de nos produits naturels».

Il prêche d'abord pour son clocher : les vignerons d'Argelliers forment une « commission communale de surveillance » pour lutter contre la fraude. Leur exemple est bientôt suivi par les villages voisins de Coursan et Sallèles-d'Aude. Mais ailleurs, Marcellin Albert n'est toujours pas pris au sérieux. Et quand il vient apporter la contradiction à une réunion tenue à Narbonne par le député socialiste Félix Aldy, Ernest Ferroul, furieux, déclare : « Il est fou ! »

Prolétariat agricole 1907

Mais Marcellin s'obstine, parcourt les villages. Les jours de marché, il grimpe sur un arbre, harangue la foule des viticulteurs. Il commence à faire signer une pétition : Les soussignés décident de poursuivre leurs justes  revendications jusqu'au bout, de se mettre en grève contre l'impôt, de demander la démission de tous les corps élus et engagent toutes les communes du Midi et de l'Algérie à suivre leur exemple aux cris de : « Vive le vin naturel ! À bas les empoisonneurs ! »

Il recueille 400 signatures. Le 16 juin 1905 la municipalité  d'Argelliers  démissionne, après celle d'Alignan-du-Vent (Hérault). Le 20 juin les viticulteurs empêchent une saisie à Argelliers même. À Coursan, les habitants décident la grève de l'impôt.

C'est dans ce climat d'agitation diffuse que le correspondant lézignannais de La Dépêche du Midi écrit :

De gaieté de cœur, les représentants du Nord, dignes descendants de Simon de Montfort, viennent de décider la destruction économique du Midi, qui a le tort d'avoir trop de soleil et aussi trop d'idées généreuses.

Cette destruction, pour être plus lente et d'aspect moins violent que celle des Albigeois, produira les mêmes effets : la désertion dans nos campagnes, l'affreuse misère avec son cortège de privations et de douleurs dans nos villes.

Mais ce n'est que feu de paille : les maires reviennent sur leur décision, Marcelin tente d'intervenir lors d'une réunion des maires tenue par Ferroul à Narbonne, il est éconduit. C'est alors qu'il va sur le marché, monte sur un platane et s'écrie : "Mes amis, écoutez-moi. J'ai promis à Ferroul, en 1903, de réunir ici cent mille hommes. Ayez confiance, un jour je tiendrai parole..."

Marcellin Albert n'est encore que le  « prêcheur des platanes »...

En mars 1907, dans un climat rendu très tendu par le scandale grossissant de la fraude, une commission parlementaire est désignée, qui devra enquêter dans la région. Marcellin Albert saisit immédiatement l'occasion : il réunit tous ses amis pour organiser une manifestation lors de l'arrivée de la commission et lui remettre sa pétition aux 400 signatures. Ils seront 87, petits propriétaires et ouvriers agricoles — les gros ne veulent même pas prêter de voitures. Drapeau en tête, au son du clairon et des tambours, ils se rendent à Narbonne où ils accueillent la commission, pour le moins surprise... Ferroul éclate : « Ah ! ça ne m'étonne pas, ce sont ces fous d'Argelliers et cet imbécile d'Albert... »

Marcellin retourne à Argelliers triomphalement, il y installe un « bureau de défense viticole » qui sera animé par quelques amis du village.

Le 24 mars ils organisent une réunion à Sallèles-d'Aude : 300 vignerons seront au rendez-vous. Le 31 mars ils sont 600 à Bize, le 7 avril 1 000 à Ouveillan» le 21 avril, à Capestang, dix à quinze mille... le fleuve s'est mis en marche. 

Le tocsin

Marcellin Albert monte à la tribune : Unissons-nous tous, sans distinction de partis, sans distinction de classes... Pas de jalousie ! Pas d'ambition ! Pas de haine ! Pas de politique ! Tous au drapeau de la défense viticole !

À la fin du meeting dix-neuf communes décident de se fédérer : une semaine plus tard paraît le premier numéro du journal du comité d'Argelliers, Le Tocsin. Sa première page est comme un coup de poing : en trois parties, « Qui nous sommes ? », « Ce que nous voulons », « Notre organisation », tout y est dit de manière admirable.

La commission d'enquête rentre à Paris, fait son rapport. La seule mesure proposée par Caillaux, ministre des Finances, c'est... l'impôt sur le revenu qui permettrait de « décharger de la plus grande partie de l'impôt foncier les départements du Midi ». La réponse est immédiate : le lendemain vingt-cinq mille personnes descendent dans la rue à Lézignan.

Le 2 mai, 61 communes sont fédérées. Le 5 mai, à pied, en voiture, à bicyclette, par trains, la foule converge sur Narbonne. À 13 heures le défilé commence, commune après commune, chacune avec drapeaux, musique et pancartes de protestation. « " L'aigo al canal e lou sucre  al sucriè ", proclame la pancarte de Gruissan; Mont-redon défile avec son curé et une bouteille vide garnie d'un crêpe; Ginestas et Pépieux avec leur dernier croûton; Boutenac avec une souche fleurie; Moux avec une sardine; Villesèque-des-Corbières avec une courge au bout d'un parapluie; d'autres avec des porte-monnaie vides (5)... » C'est un torrent. Ils sont cent mille.

Ferroul qui n'avait jusqu'alors que mépris pour ces « fous d'Argelliers et cet imbécile d'Albert » monte à la tribune :

Citoyennes et citoyens, au nom de la ville de Narbonne, je salue les viticulteurs du Midi qui se sont levés pour la défense de leurs droits. Je vous souhaite la bienvenue et vous apporte notre adhésion... Voici longtemps que vous faites Crédit à l'État. L'heure est venue où la dette contractée envers vous doit être payée !

Puis c'est au tour de Marcellin Albert de parler :

"Au nom des amis fédérés et en mon nom personnel, je salue les Narbonnais. Il y a deux ans, j'ai promis à Ferroul de lui amener cent mille hommes. Les voilà !

Les vignerons ne sont pas seuls à être venus : c'est tout le peuple occitan qui est là, et en particulier les ouvriers agricoles. Ce qui se décide ce jour-là, de fait, c'est la grande alliance de tout le Midi : les ouvriers marcheront aux côtés des paysans, tout comme les petits commerçants."

Un ouvrier agricole monte à la tribune, et demande en pleurant si l'on peut se fier à l'union avec les propriétaires, vu que ceux-ci font jeter en prison des camarades, comme dans l'Hérault, à la suite des grèves de Cruzy. Bourges promet leur délivrance prochaine, mais l'assistance paraît sceptique. Ferroul se relève : "Je propose que les quatre-vingt mille citoyens ici présents demandent la libération immédiate de ces ouvriers !" La motion est acclamée (6). Le soir, les comités se réunissent à la mairie. Ils n'élaboreront pas de cahiers de revendications, plusieurs délégués ne voulant pas en entendre parler. Par contre c'est ce soir-là qu'est adopté à la demande de Marcellin Albert le texte du fameux « serment des fédérés ».

Constitués en comité de salut public pour la défense de la viticulture, nous jurons tous de nous unir pour la défense viticole, nous la défendrons par tous les moyens.

Celui ou ceux qui, par intérêt particulier, par ambition ou par esprit politique, porteraient préjudice à la motion première et, par ce fait nous mettraient dans l'impossibilité d'obtenir gain de cause seront jugés, condamnés et exécutés séance tenante.

Si, à la date du 10 juin, le gouvernement n'a pas pris les mesures nécessaires...

Le 12 mai, nouvelle manifestation, cette fois à Béziers. Il y aura environ 160 000 personnes. Frédéric Mistral, bien qu'il refuse de prendre la tête du mouvement, envoie un télégramme : « Vivo la terro et l'habitan que la boulego. Plus de poulitico : unioun en Lengadoc ! » (« Vive la terre et l'habitant qui la remue. Plus de politique : union en Languedoc ! »).

revolte 1907 6

Devant la détermination des manifestants, un ultimatum est adressé au gouvernement :

Si, à la date du 10 juin, le gouvernement n'a pas pris les dispositions pour provoquer un relèvement des cours, la grève de l'impôt sera proclamée, et le comité envisagera s'il n'y a pas lieu de prendre des mesures plus énergiques.

Le 19 mai, nouveau rendez-vous à Perpignan. Beaucoup   de   manifestants arborent à la veste une branche de pin ou une feuille d'amandier, pour répondre à leur manière au préfet des Pyrénées-Orientales, Dautresme, qui leur avait déclaré : « La vigne ne peut pas vous nourrir ? remplacez-la par des pins ou des amandiers ! »

Et toujours plus de monde... Il en vient de partout, même du Jura ! Deux cent trente-sept communes envoient des délégations, les trains spéciaux se succèdent en gare, certains manifestants trop pauvres peur prendre le train ont fait 150 kilomètres à pied, acclamés de village en village. Ils sont 172 000 au rendez-vous...

Le 26 mai, 250 000 personnes à Carcassonne. Cinq cents étudiants venus de Toulouse manifestent aux côtés des gueux, sous les acclamations. Et c'est ce jour-là, sous un tonnerre d'applaudissements, que Marcellin Albert s'écrie : "Comme au temps des anciennes croisades, comme au temps où les Albigeois venaient défendre sous les murs de Carcassonne, leur pays et leur foi, l’armée des vignerons est venue camper, aujourd’hui, au pied de l’antique capitale Carcassès. Cause aussi noble ! Cause aussi sainte ! Nos ancêtres du XIIIème siècle tombèrent en héros pour la défendre."

Et le fleuve grossit toujours : 300 000 personnes le 2 juin à Nîmes, 800 000 à Montpellier le 9 juin ! Et puisque le gouvernement reste sourd à tous ces cris de révolte, la grève des impôts et la démission des élus est décidée à partir du lendemain. Ferroul donne l'exemple :

"Nous sommes le Midi debout pour protester contre la misère et la faim. Dès demain, pas une municipalité qui soit digne du nom de méridionale ne sera debout. D'ici trois jours, vous répondrez à ce défi : nous sommes chargés d'exécuter le décret des gueux. Midi, nous jurons de te sauver, de te faire respecter du riche.

Citoyens, aux actes maintenant : demain à 8 heures du soir je fermerai l'hôtel de ville après y avoir fait arborer le drapeau noir et, au son du tocsin de la misère, je jetterai mon écharpe à la face du gouvernement !"

Les municipalités démissionnent et la grève de l’impôt devient effective.

Le 10 juin la Chambre des Députés entame la discussion sur le projet de loi tendant à réduire les abus du mouillage et du sucrage des vins. Mais la coalition des betteraviers est trop forte : il ne sort pratiquement rien des débats.

Le même jour Clemenceau reçoit les préfets du Midi : les démissions des municipalités ne seront pas acceptées.

Avant tout, force doit rester à la légalité républicaine.

Le 12 juin, 149 municipalités ont déjà démissionné. Le 14 juin, elles sont 442 : 185 dans l'Hérault, 160 dans l'Aude, 88 dans les Pyrénées-Orientales, 9 dans le Gard.

On hisse le drapeau noir, on brûle les écharpes tricolores, on annonce aux populations que l'impôt est supprimé, les portes de nombreuses mairies sont murées. À Pollestres, dans les Pyrénées-Orientales, on place une pancarte « Commune libre » à l'entrée du village.

Le 15 juin, les fédérés décident de s'organiser en « fédérations départementales, qui formeront une confédération générale placée sous la direction du comité d'Argelliers ». Certains y verront une sorte d'embryon d'un « pouvoir occitan ».

L'explosion occitane.

jpg_histoire_vins1907-e054e.jpgQue ses dirigeants le veuillent ou non — en fait dès cet instant on les voit en perpétuelle oscillation — le mouvement déborde largement le problème du vin, pour prendre une dimension occitane.

Ce qu'affirme la voix des « gueux », c'est que c'est tout le Midi qui crève, que c'est tout un peuple qui est visé ; et que c'est tout un peuple qui se lève. Et dans l'instant du soulèvement le peuple occitan retrouve son histoire, brandit sa culture et sa langue avec fierté.

C'est ce qui explique les déclarations fracassantes de Ferroul et Marcellin Albert, c'est ce qui explique les contacts pris avec Mistral pour qu'il assure la direction idéologique de la révolte. Car cette idée occitane n'est pas née dans le cerveau de quelques-uns : elle est, même confuse, le sentiment de tous. Elle seule pouvait permettre ce mouvement uni de toutes les classes populaires, elle seule pouvait jouer le rôle d'opérateur de l'unité de tout un peuple. Il est frappant de noter que la quasi-totalité des pancartes étaient rédigées en langue d'Oc et que beaucoup d'entre elles marquaient l'opposition du Midi et du Nord (7).

Ce caractère occitan est si net que tous les journalistes le notent. Certains pour applaudir, tels Reverdy dans La République sociale : "Peut-être viendra-t-il le jour où le Midi, prenant lui-même la direction de ses affaires, trouvera, dans une direction nouvelle, le bonheur qu'on lui aura refusé..."

D'autres, pour s'inquiéter, tel Le Figaro : "Ne vous y trompez pas, c'est un pays à reconquérir, comme au temps de Simon de Montfort."

... Ou pour s'indigner, comme L'Aurore : "Autrefois, ça n'aurait pas traîné : on aurait déjà appris à ces messieurs des départements fédérés qu'il y a une République une et indivisible, et que cette République ne tolère pas qu'on joue avec elle au séparatisme". Dans un tel climat, la démission de toutes les municipalités, la grève de l'impôt prennent un caractère d'extrême gravité.

La réponse de Clemenceau : l’armée.

Pendant que le Parlement se perd en discussions, Clemenceau agit : l'arrestation de Ferroul et Marcellin Albert est décidée, les troupes et des renforts de gendarmerie convergent sur le Midi.

Et pendant que déferlent sur Narbonne le 14e régiment d'infanterie de Brive, le 80e de Tulle, le 10e cuirassier de Lyon, le 139e de ligne d'Aurillac, pendant que le 17e de ligne jugé peu sûr est déplacé de Béziers à Agde, et alors que la population tente de l'en empêcher et se regroupe pour défendre sa demeure, Ferroul se rend aux autorités !

1907 révolte vignerons

Plusieurs membres du comité d'Argelliers sont arrêtés, mais Marcellin Albert, qui multiplie les appels au calme, demeure introuvable.

L'agitation est considérable.

Le 19 juin le comité viticole d'Olonzac expulse le juge de paix; de la mairie. Le soir, à Montpellier, c'est l'émeute : 24 gendarmes seront blessés et 25 personnes arrêtées. Émeute aussi à Narbonne : la sous-préfecture est attaquée. Là troupe tire, charge, massacre sauvagement. Bilan : un mort, plusieurs dizaines de blessés graves.

Rémy de Gourmont devait écrire plus tard : On a envoyé contre les vignerons en détresse des escadrons qui ont chargé comme à Reichshoffen.

Les incidents se multiplient partout, la présence des troupes d'occupation rend folles de rage les populations. Narbonne est placée en état de siège après que plusieurs « mouchards » (agents de la sûreté) aient été lapidés. Une section du 139e de ligne tire sur la foule : 4 morts, une dizaine de blessés. Le même jour la préfecture de Perpignan est attaquée et incendiée. Deuxième soir d'émeute, aussi, à Montpellier. Et les arrestations se multiplient, ainsi que les blessés...

E volguèron pas tirar !

C'est alors qu'éclate une nouvelle qui va secouer toute la France : 500 soldats du 17e de ligne, cantonnés à Agde se mutinent, refusent de tirer sur leurs compatriotes, pillent la poudrière, prennent la route de Béziers.

Nous serions des fainéants si nous laissions tuer nos parents. Nous irons chasser les cuirassiers qui ont tué nos frères.

Des gendarmes se portent à leur rencontre, essaient de les raisonner. Sans résultats : "On assassine nos parents, nous allons les défendre. Inutile d'insister, vous ne nous ferez pas changer d'avis."

Au petit matin du 21 juin les mutins du 17e arrivent à Béziers, sur les allées Paul-Riquet. Ils n'iront pas plus loin, ils vont se faire vendre. Le comité de défense viticole se précipite, tente de les calmer, fait pression sur la troupe et sur les autorités militaires pour « arranger » l'affaire.

Les mutins se rendent : Clemenceau leur a juré qu'il n'y aurait pas de punitions individuelles. Mais ce serment de Clemenceau est un faux, rédigé par Palazy, un des membres du comité de défense... Et le  17e paiera très cher cette trahison : déporté à Gafsa dans des conditions d'hygiène déplorables, il sera plus tard envoyé en première ligne, sans protection d'artillerie, contre les Allemands. Un seul en réchappera. Il portait sur son front une inscription : «enfant du malheur»... 

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Ce soir-là c'est à nouveau l'émeute à Montpellier tandis qu'à Paulhan les habitants ont coupé la voie pour empêcher le 142e de rejoindre Béziers. Ils séquestrent aussi le sous-préfet de Lodève, qui ne sera libéré que le lendemain. Ce sont les derniers sursauts. Le commencement de la fin...

La fin du roi des gueux.

Mais que devient Marcellin Albert ? Le 20 juin, il est parti à Paris, le 23 juin il demande à voir Clemenceau. Le « Tigre » se joue de lui, le convainc de retourner dans le Midi pour tenter d'y calmer les esprits avant de se constituer prisonnier. Clemenceau lui délivre un sauf-conduit, lui donne un billet de 100 francs pour son voyage de retour.

Dès le lendemain, la presse en est informée. On décrit Marcellin Albert pleurant dans le bureau de Clemenceau, se lamentant sur ses fautes, jurant d'essayer de réparer. Marcellin Albert tente de s'expliquer ? Peine perdue : le sauf-conduit et le billet de 100 F sont les preuves évidentes de sa trahison !

Quand il rentre et qu'est connue la nouvelle, son peuple l'accueille comme un traître. Dans son village même on veut le pendre. Plus tard à Sigean, il sera roué de coups...

Ainsi finit le « roi des gueux ».

Un traître ? Certainement pas : sa sincérité fut évidente. Mais sans aucun doute fut-il si effrayé par là tournure des événements qu'il tenta un dernier effort auprès de Clemenceau.

Ferroul qui sait son heure venue l'enfoncera au maximum : « Marcellin Albert est un grand enfant... le rôle qu'il avait assumé n'était pas à sa taille. » Ce serait moins gênant si cela ne signifiait pas aussi : « Les gueux sont de grands enfants... c'est maintenant aux politiciens et aux riches de prendre les choses en main... »

La révolte vendue.

La « trahison » de Marcellin Albert, l'arrestation de Ferroul, les appels au calme de dirigeants dans lesquels ils plaçaient leur confiance... la mobilisation décroît peu à peu. C'est un nouvel acte qui commence, où les « gueux » n'auront plus la parole.

Dès le début des affrontements, on avait d'ailleurs vu la direction du mouvement se scinder. Marcellin Albert croyait vraiment que la succession de manifestations de plus en plus énormes suffirait à faire plier le gouvernement. Les jours suivant la manifestation de Montpellier, lorsqu'il comprend qu'il ne peut pas aller plus loin et que le gouvernement ne bronchera pas, Marcellin se rend «coupable» d'un appel désespéré à Clemenceau désavoué par le Comité d'Argelliers.

ferroul.jpgFerroul, lui, est beaucoup plus politique : il a méprisé la révolte des miséreux tant qu'elle n’était qu'embryonnaire, il a su tourner casaque dès qu'elle est devenue une force, pour en prendre la tête ; c'est lui qui se montre le plus dur en paroles : Pensez-vous qu'il suffira d'avoir fait ces manifestations et même de les continuer indéfiniment pour obtenir satisfaction ? Voulez-vous reculer ou bien ratifier à votre tour cette date extrême, où les actes devront succéder aux paroles ?

Mais le jour où l'affrontement qu'il a suscité devient imminent, Ferroul s'empresse de se rendre aux autorités. Il est rentré en prison comme un martyr, on ne pourra rien lui reprocher sur la suite des événements, il ressortira de prison en héros, quand la révolte des gueux aura été brisée.

Le calcul est simple, pour ce représentant de la bourgeoisie « socialiste » de Narbonne : puisque la révolte populaire est aussi inéluctable qu'un torrent, mieux vaut en prendre la tête, pousser à l'affrontement, disparaître au bon moment, puis revenir sur scène comme un triomphateur lorsque la révolte est décimée : ainsi est assuré son pouvoir et à travers lui, comme on va le voir, celui des gros propriétaires. Le front uni de tout un peuple ne servira que les intérêts des riches propriétaires locaux. Les gueux auront été battus deux fois...

La création de la C.G.V.M.

La suite n'est plus que scénario classique : Clemenceau retire ses troupes mais, pour marquer son autorité, multiplie les vexations telles que des pluies de décorations aux officiers assassins (ce qui donne à Ferroul libéré l'occasion de se montrer, lui aussi, virulent).

Et puis l'on négocie, entre « gens sérieux ». D'un côté, Clemenceau fait promulguer une loi réglementant le mouillage et la circulation des vins. De l'autre les vignerons s'organisent en une Confédération générale des vignerons du Midi. En principe elle sera constituée par les propriétaires (petits et gros), les artisans et commerçants, les ouvriers agricoles. Mais dans les faits il n'en va pas ainsi. Les ouvriers agricoles, les miséreux qui se sont battus avec acharnement seront aussi exploités, sinon plus qu'auparavant (8). La Fédération des ouvriers agricoles du Midi quitte la C.G.V.M. : "Nous ne voulons plus continuer à être les collaborateurs de propriétaires qui, après nous avoir embrigadés dans les meetings au cours de la crise viticole en nous disant : « Aidez-nous aujourd'hui, nous vous aiderons demain », font faillite à leurs engagements".

Quant aux petits propriétaires, ils ne sont pas plus satisfaits : la petite propriété s'est imposée d'énormes sacrifices pour prendre part aux manifestations viticoles, et elle est aujourd'hui sacrifiée par de gros propriétaires qui, en jetant un stock énorme de vins sur le marché, établissent les cours auxquels devront vendre les producteurs. Il nous appartient de nous dresser en face de ceux qui veulent nous affamer.

Et Ferroul, le socialiste ? Il dirige la C.G.V.M !

Lui qui écrivait au moment de la révolte : "Bourgeois et prolétaires ont marché simultanément, ces derniers faisant trêve aux légitimes rancunes que la rapacité des exploiteurs fit imprudemment grandir dans leurs esprits. Le peuple fait crédit au bourgeois. Que celui-ci ne l'oublie pas..." écrit maintenant, alors que le bourgeois a « oublié » les engagements pris en 1907, alors que les ouvriers agricoles, trahis par les propriétaires, sont plus exploités que jamais et parlent de révolte : "Laissons les politiciens, le gouvernement, ceux qui en vivent, ses agents, ses policiers, ses salariés, ses quémandeurs. Ils nous disent : ouvriers, n'allez pas avec les propriétaires, et ils disent aux propriétaires : n'allez pas avec les ouvriers. S'ils parlent ainsi, c'est parce que leur fortune et leur domination sont intéressées à notre division."

En clair : ouvriers, laissez-vous exploiter !

L'Éclair de Montpellier écrivait : « II appartient aux conservateurs de se mettre à la tête du mouvement syndical, de lui imprimer une direction rigoureusement professionnelle et de lui restituer ainsi son caractère traditionnel et contre-révolutionnaire...»

C’est fait. En la personne d’un certain Ferroul, qui se disait socialiste.

Ainsi finit la révolte des vignerons. Elle restera dans toutes les mémoires comme une grande et héroïque page d’histoire, comme un grand sursaut de la conscience occitane.

Et parce que les causes de la misère sont restées les mêmes et que l’on n’apprend jamais tant que dans les défaites, la révolte de 1907 est plus que jamais actuelle.


(1) Témoignages rassemblés par Félix Napo, 1907, La Révolte des vignerons, Privat éditeur

(2) Cette addition de sucre augmente le degré du vin

(3) Félix Napo, op. cil., p. 23-25

(4) Félix Napo, op. cit., p. 35

(5) Félix Napo, op. cit., p. 47

(6) Félix Napo, op. cit., p. 49

(7) Garons (Gard) : « Assez longtemps le Nord a triomphé du Midi. » Bouillargues : « Le vigneron est-il français ou simplement contribuable ? » Caux : « Oh, France, n'attends pas que le Midi te renie ! » Saint-Estève : « La France s'arrête-t-elle où commence la vigne ? » etc.

(8) Les voix attribuées sont proportionnelles à la superficie et à la quantité produite, ou aux taxes versées. Un petit propriétaire se retrouvera avec 2 voix lorsqu'un gros en peut totaliser 10, et un négociant 5 !

 

L'hymne des révoltés 

"Jadis tout n’était qu’allégresse
Aux vignerons point de soucis
Hélas ! Aujourd’hui, la tristesse
Règne partout en ce pays (bis)
On n’entend qu’un cri de colère
Un cri de rage et de douleur (bis)
— 
Guerre aux bandits narguant notre misère
Et sans merci guerre aux fraudeurs,
Oui, guerre a mort aux exploiteurs,
Sans nul merci guerre aux fraudeurs
Et guerre à mort aux exploiteurs
Oui...
— 
En vain on veut sécher nos larmes
Nous berçant d’espoir mensongers ;
Les actes seuls donnent des armes
Quand la patrie est en danger (bis)
Tous au drapeau, fils de la terre
Et poussons tous ce cri vengeur (bis)
— 
C’est dans l’union qu’on aiguise
Les glaives qui font les vainqueurs,
Et la victoire n’est promise
Qu’à l’union des gens de coeur (bis)
Quand la bataille s’exaspère
Il ne faut pas de déserteurs ! (bis)"

 

 

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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 15:06

 

1280px-Krivak I class frigate, stern viewLe 8 novembre 1975, dans le Golfe de Riga (Lettonie, alors en URSS), l'officier en second Valery Sabline met aux fers le commandant de la frégate Storojevoï et d'autres officiers. Débute alors, 70 ans presque jour pour jour plus tard, la mutinerie du Potemkine du nouveau tsar Brejnev (la projection du film d'Eisenstein à l'équipage sera d'ailleurs le signal déclencheur de la révolte) : des marins fils du peuple contre le pseudo-"socialisme" capitaliste d’État et social-impérialiste soviétique.

Elle sera matée quelques heures plus tard (Sabline, arrêté et emprisonné au secret, sera exécuté d'une balle dans le nuque l'année suivante) et si elle a acquis une certaine notoriété (voir le documentaire ci-dessous), c'est parce qu'elle a inspiré le célèbre roman de l'américain Tom Clancy À la poursuite d'Octobre Rouge (1984, adapté au cinéma en 1990) où la frégate devient un sous-marin et les événements sont présentés comme une tentative de passage à l'Ouest... ce que pensaient effectivement les services occidentaux jusqu'à l'effondrement final de l'URSS, et pour cause : c'était la version officielle du Kremlin lui-même.

valery sablineMais la réalité était bien différente, et la connaître suffit à comprendre l'empressement du pouvoir brejnévien à la présenter comme une défection à l'ennemi. En réalité, l'objectif de Sabline (marxiste-léniniste authentique) et de ses camarades n'était pas de gagner la Suède (comme cela a été prétendu) mais bien, 40 ans après le début du processus contre-révolutionnaire néo-bourgeois dans le Parti et l'appareil d’État soviétique (sur le terreau des erreurs de la construction socialiste) et 20 ans après son triomphe total avec l'avènement de Khrouchtchev, de mettre le cap sur Leningrad pour y déclencher une révolution populaire qui aurait restauré les principes bafoués d'Octobre 1917.

On pourra évidemment juger que cette tentative était folle et suicidaire (elle le fut effectivement pour son instigateur), de type blanquiste, et que si l'objectif était (au sacrifice de sa vie) de "réveiller les consciences" des ouvriers et des paysans d'URSS, force est de constater que cela n'a pas été le cas. Mais elle lève le voile sur une réalité très (trop) souvent ignorée : le capitalisme bureaucratique d’État était loin d'être unanimement et passivement accepté par les masses populaires soviétiques, il ne rencontrait pas seulement l'opposition d'intellectuels et autres couches privilégiées et surtout, il n'était pas exclusivement combattu sur une ligne prônant la restauration totale du capitalisme et la "démocratie" bourgeoise occidentale (ligne qui finira malheureusement par l'emporter avec Gorbatchev puis Eltsine).

Il y avait également des gens qui voulaient ramener l'URSS aux principes d'Octobre qui l'avaient fondée : conduire les ouvriers et les paysans de cet immense territoire vers une société communiste sans classes ni exploitation ; chemin qui avait alors été abandonné depuis plusieurs décennies pour conserver en place les privilèges de ceux qui, depuis l'appareil de l’État et du Parti, avaient tout simplement pris la place de l'ancienne bourgeoisie et aristocratie tsariste.

La page Wikipédia de Valery Sabline présente un assez bon exposé factuel des événements : http://fr.wikipedia.org/wiki/Valery_Sabline

poursuite-storojevoiNous reproduisons ci-dessous un article consacré aux événements, traduit de l'anglais sur le site de La Riposte (courant trotskyste au sein du PCF). Bien évidemment, il est d'idéologie trotskyste (écrit par Alan Woods de la Tendance marxiste internationale, dont fait partie La Riposte) et doit donc être lu avec cela en tête. Il présente des analyses et des caractérisations des choses qu'en tant que maoïstes (et non trotskystes) nous ne partageons pas, voire qui pourraient en faire bondir certain-e-s. Dans la logique de petites chapelles idéologiques qui anime (malheureusement) la majeure partie de l'extrême-gauche occidentale, il est évident que trotskystes, "staliniens" hoxhistes et même maoïstes pourront toujours tenter de tirer à eux le cadavre d'un homme qui voulait, sans doute et avant tout, simplement en revenir aux principes du léninisme et que révoltaient les privilèges de la nouvelle caste d'appareil ; seul Alan Woods ayant toutefois pris le temps d'écrire un assez long texte sur le sujet pour dépeindre un Sabline écœuré de n'avoir pas pu lire la prose de Trotsky, dans laquelle rien n'est pourtant moins sûr qu'il aurait trouvé les réponses trotsky tueleskiaux questions qu'il se posait (puisque fondamentalement, pour Trotsky, la solution ne pouvait pas venir d'URSS elle-même mais seulement d'une révolution ouvrière dans les pays plus avancés) [de fait, à la vue du documentaire c'est plutôt une vision "chinoise" qui semble prédominer : "le communisme est inéluctable en URSS" selon Sabline, alors que pour Trotsky il est impossible si les pays impérialistes occidentaux ne font pas leur révolution ; il s'est simplement formé une nouvelle bourgeoisie d'appareil qu'une révolution populaire doit combattre ; ou à la rigueur une vision guévariste, le navire insurgé jouant le rôle de "foyer" révolutionnaire].

Nous serons cependant tous d'accord sur le fait qu'en 1975 l'URSS pouvait être caractérisée par à peu près tout sauf "socialiste", et l'article offre l'exposé des faits le plus approfondi qui soit trouvable en français :

Valery Sabline et la véritable histoire d’« À la poursuite d’Octobre Rouge »

Et voici le fameux (et très intéressant) documentaire dont il est question :
http://www.dailymotion.com/video/xkju3y_a-la-poursuite-d-octobre-rouge-un-film-une-histoire_webcam

 


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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 14:53

 

1170807- Le sionisme est-il une idéologie progressiste ? NON, il ne l'est pas et ne l'a JAMAIS été, même en se revêtant d'un masque "socialiste" voire "communiste" (kibboutz). 66 ans d'existence de son but ultime (l'"État juif" d'Israël) l'ont amplement démontré.

- L'islam politique est-il une idéologie progressiste ? NON, il ne l'est pas et ne l'a JAMAIS été, même en se revêtant d'un masque "anticapitaliste" et "anti-impérialiste". Partout où il exerce ou a exercé le pouvoir, il l'a amplement démontré.

- Le sionisme est-il un ennemi PRINCIPAL pour nous les communistes ? Pris isolément, en tant que tel et à l'exclusion de toute autre chose : non, il ne l'est pas ; ceci serait de l'obsession antisémite. Mais il FAIT PARTIE de notre ennemi principal qui est l'impérialisme occidental, notamment français, dont il est un produit idéologique et un bras armé au Machrek arabe (et s'il n'était pas cela, en vérité, il n'existerait pas ou alors très marginalement).

- L'"islamisme" est-il un ennemi principal pour nous les communistes, contre lequel nous devrions concentrer tous nos efforts ? NON, il ne l'est pas et prétendre le contraire s'appelle de l'obsession islamophobe, reflet de la pensée "universalo"-impérialiste que les États bourgeois occidentaux instillent dans les esprits depuis des siècles ; une obsession islamophobe qui ne peut servir, en Europe, que la mobilisation fasciste. Il ne peut s'agir que d'un ennemi secondaire, à l'influence duquel il faut s'efforcer d'arracher le plus possible les classes populaires ; mais l'ennemi principal reste et ne peut être que l'impérialisme, parmi les tentacules duquel il y a le sionisme. manifestation-israel-palestineL'"islamisme" est l'ennemi principal des Peuples sur lesquels il exerce le pouvoir et encore en faisant attention à ne pas tomber de "Charybde en Scylla", autrement dit à ne pas favoriser le retour de "laïcistes" ou de "libéraux" qui ne valent guère mieux (voire pire, notamment dans leurs rapports... avec l’État sioniste), comme cela s'est produit l'an dernier en Égypte. Telle est la situation dans les pays arabes et musulmans, où l'islam politique est une force qui peut crédiblement prendre le pouvoir. Mais ici, au CŒUR des métropoles impérialistes, faire des "islamistes" la principale menace pesant sur les masses populaires est tout simplement une idiotie réactionnaire et ceux qui la propagent ont leur place auprès de Christine Tasin, pas dans une quelconque organisation communiste ou anarchiste. Parfois, dans les pays musulmans comme ici, l'"islamisme" se met au service de l'impérialisme et de la bourgeoisie des monopoles (y compris de droite voire d'extrême-droite) pour tenter d'y "raccrocher" les classes populaires musulmanes : dans ce cas il doit être traité comme l'ennemi principal avec lequel il pactise, certes. Parfois encore, ses slogans et ses mots d'ordres (ou encore ses actes) peuvent servir la propagande ennemie en assimilant la mobilisation pro-palestinienne à de la haine anti-juive : dans ce cas, il est assimilable à de la provocation.

1287331298 194408 ResistantsjuifsEt pour que les choses soient parfaitement claires : nous aurions eu exactement le même raisonnement vis-à-vis du sionisme dans les années 1930, lorsque l'antisémitisme fasciste étendait son ombre de mort sur le continent européen. Le sionisme n'était alors pas "progressiste" (comme nous l'avons dit, il ne l'a JAMAIS été) mais il ne pouvait en aucun cas être l'ennemi principal qui était le fascisme, le nazisme hitlérien et ses alliés. Parfois (sionisme de droite) il "prenait bouche" avec le nazisme et d'autres régimes antisémites sous le prétexte de "partager le même objectif", la "sortie" des Juifs d'Europe : dans ce cas il pouvait être assimilé à de la trahison (mais cela ne représentait pas tout le mouvement sioniste). Particulièrement emblématique est le cas de la résistance populaire juive en Europe de l'Est, dans les ghettos et en dehors, au sein de laquelle il y avait beaucoup de sionistes y compris de droite (qui, lorsqu'ils survécurent, s'en allèrent coloniser la Palestine) : cela ne pouvait en aucun cas faire de ces derniers l'ennemi principal, ni délégitimer cette résistance juive ou justifier un "tri" en son sein. L'ennemi principal était le plan impérialiste nazi pour l'Europe, qui comprenait l'extermination totale des Juifs du continent. La résistance contre ce plan génocidaire, quelle qu'elle soit, était LÉGITIME - à commencer par celle des premiers concernés, celles et ceux qui étaient promis-es aux chambres à gaz !

 

Lire aussi :

Les contradictions au sein du peuple et les contradictions antagoniques dans la question palestinienne (PCmF)

À propos du mouvement de solidarité avec la Palestine et du Hamas (Comité anti-impérialiste) - excellent texte qui remet les pendules à l'heure !

 

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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 14:53

 

210284 0 1En tant que communistes révolutionnaires de libération occitane, opérant géographiquement au sein de l’État français, nous gardons toujours un regard attentif sur les Peuples voisins (et culturellement frères) de l’État espagnol et de l’État italien (dans lesquels se trouvent d'ailleurs quelques vallées de langue et de culture d'òc). C'est ainsi que nous nous sommes fréquemment exprimés (ou avons retranscrit des opinions communistes locales) sur le mouvement en faveur de l'indépendance de la Catalogne, les événements en cours au Pays Basque (1 et 2) etc. etc.

Nous avons aussi (au début surtout) beaucoup traduit de textes du (nouveau) Parti communiste italien ainsi que leur très intéressant Manifeste Programme ; et nous avons déjà eu l'occasion de nous exprimer sur leur "soutien" (c'est plus compliqué que cela...) au Mouvement 5 Étoiles (M5S) de Beppe Grillo, pour exprimer notre désaccord avec leur ligne sur ce point (ce n'est pas non plus le seul). Dernièrement (ici en italien) le (n)PCI s'est fendu d'un nouvel article dans lequel il décrit le M5S [qui après des résultats plutôt décevants aux européennes (perte de 3 millions de voix par rapport aux législatives de février 2013) a finalement joint ses élus... à ceux du souverainiste fascisant anglais Nigel Farage* (arrivé en tête au Royaume-Uni comme le FN ici)] comme "à la croisée des chemins", et se désole du fait qu'il ne semble pas souhaiter prendre la tête d'un Gouvernement de Bloc Populaire.  

Du fait de cette proximité que nous avons assumé et assumons encore avec de nombreuses conceptions du (n)PCI, il est donc nécessaire de clarifier encore une fois notre position sur le M5S et l'attitude du (n)PCI à son égard.

En définitive, si l'on va au fond du fond, on peut présenter les choses de cette manière : dans toutes les grandes bourgeoisies européennes (que ce soit dans les États monopolistes-impérialistes ou dans les États, à divers degrés, "vassalisés" et dominés par le Capital des premiers) il y a une fraction majoritaire qui estime que la solution à la crise générale du capitalisme est dans ce que l'on appelle la construction européenne, dans laquelle il faut "aller de l'avant" (ce qui est généralement lié à "libéraliser" l'économie au sens friedmanien) ; et une fraction minoritaire (quoique quasi-majoritaire dans certains États comme le Royaume-Uni) qui considère que la solution est au contraire de revenir aux souverainetés, aux frontières, au protectionnisme, à l'"État-stratège" supervisant l'économie etc. etc**. En France, le Front National est la principale expression politique de cette fraction. Aux Pays-Bas il y a Geert Wilders, au Danemark le Parti populaire danois, en Autriche le FPÖ. Au Royaume-Uni, c'est l'UKIP de Nigel Farage car le Parti conservateur est partagé entre les deux fractions et mène donc une politique hésitante et peu lisible sur le sujet. En Allemagne, pays de l'européisme par excellence, a surgi aux dernières élections le mouvement "Alternative pour l'Allemagne". Dans tous ces cas que nous venons de citer, quant aux rapports entre l’État (expression politique du Grand Capital) et les masses populaires ("questions démocratiques") c'est une vision autoritariste, répressive, à la droite de la droite qui prédomine, tandis que sur le plan "économique et social" ces formations prônent "l'économie de marché" comme horizon indépassable mais avec "du social", dont la sortie de l'UE et l'expulsion des immigrés seraient justement la garantie.

Et en Italie, c'est donc désormais et pour une durée indéterminée le M5S qui joue ce rôle. Auparavant, les formations néo-fascistes n'avaient pas pu l'assumer car l'assumer implique justement de "faire sa mue", de se dépouiller des références trop voyantes aux régimes fascistes du siècle dernier. La Ligue du Nord l'a un peu assumé mais, par ses fondements politiques mêmes, elle n'était pas capable de s'étendre plus au sud que la Toscane. Le MSI, en "faisant sa mue" avec Gianfranco Fini et en devenant l'Alliance Nationale, s'était rallié à l'idée européiste. Et puis, avec l'Allemagne, l'Italie était aussi l'autre grand État monopoliste du continent qui trouvait particulièrement son intérêt dans la construction européenne, laissant peu de place au "créneau" politique du souverainisme... Jusqu'à ce que la crise la rattrape et la jette dans le "club" infâmant des "PIIGS" (dont elle est le deuxième I avec l'Irlande).

Beppe_Grillo-e-il-movimento-5-stelle.jpgDonc, après avoir commencé comme un mouvement "citoyenniste" et "indigné" fourre-tout un peu dans la continuité des No Berlusconi Day etc., tendant la main aussi bien aux No TAV qu'à Casapound, le M5S a finalement trouvé son "créneau" politique dans ce rôle ; bien qu'il se différencie légèrement des "droites populistes" vues précédemment quant à la gestion ultra-réactionnaire de la société (Grillo a cependant tenu des propos clairement réactionnaires sur les immigrés, l'homosexualité etc. et ce n'est pas le fait d'être "écolo" ou de prôner la démocratie directe qui contrebalance cela). Point à la ligne. Il ne jouera plus jamais un autre rôle. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'il siège sur les même bancs que l'UKIP au Parlement de Strasbourg. Il exprime, avec le côté "baroque" et théâtral qui relève de la formation psychique nationale transalpine, une pure contradiction au sein de la bourgeoisie. Il n'est d'aucune utilité aux masses populaires, pour lesquelles la seule chose utile est désormais de s'en rendre compte (3 millions de personnes l'ont déjà fait) ; et à mesure qu'il assumera ce rôle de manière croissante, ses conceptions (problème = "l'Europe", "l'ultra-libéralisme", "les 1%" et non le capitalisme en soi) vont de plus en plus s'aligner sur celle du FN ou du UKIP. Le fait qu'il ait émergé de manière un peu particulière, comme un mouvement pratiquement classable à gauche (ce qui était également, en 1919, le cas du mouvement fasciste de Mussolini !), ne se résoudra pas autrement que par l'éloignement de lui de la plupart des personnes progressistes (comme beaucoup se détournèrent, en 1920-21, du fascisme mussolinien) pour former les nouveaux Arditi del Popolo (des Grillini del Popolo en quelque sorte, du nom des partisans du M5S). Le fait qu'il n'ait pas, contrairement au Parti fasciste de Mussolini, les caractéristiques d'un véritable parti de mobilisation réactionnaire de masse pourra se résoudre en rejoignant ou en se rattachant à un parti ayant ces caractéristiques (la politique bourgeoise italienne a la culture de la coalition).

Dans l’État espagnol a surgi le mouvement Podemos, plus ou moins issu des Indignad@s, qui affiche quand à lui sans ambiguïté des références de gauche car là-bas c'est surtout  la petite et moyenne bourgeoisie qui compose la bourgeoisie anti-UE (la construction européenne n'ayant pas vraiment d'opposants dans la grande bourgeoisie) ; et lorsque la petite bourgeoisie s'organise par et pour elle-même elle le fait avec des références de gauche, allant parfois jusqu'à revendiquer la république (par un référendum, pas par un "match retour" armé contre les monarchistes, il ne faut pas exagérer !). Cela lui permet aussi de jouer un autre rôle (fondamental outre-Pyrénées) qui est celui de la "gauche radicale" caution du régime, conjointement au P'c'E/Gauche Unie et en espérant un jour prendre sa place. C'est encore autre chose. 

Ceci étant clarifié, cela ne signifie pas une "rupture" et des relations antagoniques de notre part avec le (n)PCI, que nous continuons à considérer comme ayant réalisé un grand apport (si ce n'est pas quasiment le seul) à la pensée communiste ouest-européenne des années post-1989, et dont nous continuons à partager certaines positions comme celle sur le mouvement des Forconi, contre d'autres camarades (le PC maoïste d'Italie, que nous considérons également comme des camarades) dont la position sectaire et anti-matérialiste (voir les choses comme des réalités "figées", sans origines ni possibles devenirs) rappelait hélas celle de beaucoup ici sur le mouvement breton des "Bonnets rouges".

Nous continuons à défendre (et à partager !) leur vision subtile de la complexité des choses contre ceux pour qui "garder le temple" de leurs vérités "irréfutables" fait office de "pensée" politique... ou de Lexomil contre leurs névroses de petits bourgeois occidentaux (c'est selon), et face à la réalité du monde les conduit toujours inévitablement dans la réaction - inutile de nommer une fois de plus l'exemple le plus emblématique, désormais dans le soutien quasi-ouvert à la politique réactionnaire "néo-clemenciste" de Manuel Valls et aux provocations de la LDJ.

Et nous sommes convaincus que si demain, ce qu'il reste du M5S se met à agir activement en nouvelles Chemises Noires, le (n)PCI saura réaliser son erreur et la rectifier en se tournant notamment vers les très nombreuses personnes qui, ayant un temps soutenu Grillo, n'accepteront jamais une telle chose.

Comme disait Lénine au sujet de Rosa Luxemburg : "les aigles peuvent parfois voler aussi bas que les poules, mais les poules ne s'élèveront jamais à la hauteur des aigles" !
 

 

* Ce choix a cependant suscité de vives tensions au sein du mouvement, dont beaucoup de membres de culture politique progressiste auraient plutôt vu un rapprochement logique avec les Verts-ALE (le M5S est très militant sur les questions environnementales, l'opposition au TAV etc.), ou pourquoi pas avec les indignad@s de Podemos... rien n'assurant cependant que les frasques populistes réactionnaires (xénophobie, homophobie, discussions avec Casapound) de Grillo l'auraient permis !

** Telle est de plus en plus notre conviction. Le camp de la bourgeoisie se partage en définitive en trois conceptions du monde : une "gauche" qui est l'héritière de la social-démocratie et du radical-socialisme le plus avancé ; un centre où ce côtoient les héritiers du radicalisme, de la démocratie-chrétienne et du libéralisme tocquevillien (ou encore du "gaullisme social") et une droite réactionnaire. Le centre est unanimement europhile voire fédéraliste, son clivage est simplement entre tradition radicale "laïque" et tradition démocrate-chrétienne. La "gauche" et la droite, elles, sont partagées entre européistes plus ou moins radicaux et eurosceptiques. Le seul vrai clivage entre l'aile droite (de plus en plus majoritaire) de l'UMP et le FN, il est là. Il n'y en a pas d'autre. La haine, par exemple, du prolétaire d'origine extra-européenne est la même ; simplement le FN pointe du doigt qu'avec l'Europe on ne peut pas correctement contrôler les frontières et donc l'immigration, et que l'UMP n'est donc pas sincère. Et le seul vrai clivage entre Mélenchon et Hollande est là aussi, le premier arguant (non sans raison) qu'avec l'Europe on ne peut pas lutter correctement contre les inégalités... sauf que tout cela n'est plus du tout crédible. La droite a pris un ascendant idéologique total sur la société, au point que les personnes aspirant à "plus de social" se tournent vers le FN et non vers Mélenchon. Si elle veut gouverner lorsqu'elle arrive au pouvoir, la "gauche" doit mener une politique centriste guère différente de celle que mènerait un Juppé ou un Borloo. C'est la conséquence de l'hégémonie intellectuelle "UMPFN", mais tout le paradoxe et que l'on va encore le lui reprocher et les masses populaires vont encore plus se tourner vers la droite ou le FN...

 

 

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juillet 2014

Retrouver Servir le Peuple sur son NOUVEAU SITE
servirlepeuple.eklablog

DOSSIER PALESTINE (conflit de juillet 2014) :
Sionisme, islamisme et ennemi principal : quelques précisions
Post-scriptum important : le cas Feiglin
Le sionisme, "fils de France"
Au cas où il serait utile de le préciser...
Deux clarifications importantes
Flash info en direct : ils ont semé la hoggra, ils ont récolté l'Intifada !
Flash info - importance haute : la manifestation pro-palestinienne de demain à Paris est INTERDITE
Le problème avec la Palestine...
Grande manif contre les crimes sionistes à Paris (13/07)
Magnifique manifestation pour la Palestine à Tolosa, capitale d'Occitanie occupée
Petites considérations sur le sionisme et l'identification-"obsession" palestinienne
Considérations diverses : une mise au point nécessaire sur nos positions internationalistes et aux côtés des Peuples

juin 2014

POSITION DES COMMUNISTES RÉVOLUTIONNAIRES DE LIBÉRATION OCCITANE SUR LES ÉLECTIONS MUNICIPALES ET EUROPÉENNES DES PROCHAINS MOIS

L'affaire Dieudonné-Valls :
Plutôt bon article sur la ‘Déclaration de guerre de la République à Dieudonné’ (la pseudo-controverse réactionnaire entre l’antisémite dégénéré et les gardiens du temple républicain)
Quelques mises au point complémentaires (et conclusives) sur la ‘‘question Dieudonné’’ (et Dreyfus, le Front populaire, l’antisémitisme etc.)
Réflexion théorique : loi Gayssot, lois antiracistes et "mémorielles", "antifascisme" bourgeois etc., quelle position pour les communistes ?

Dossier Breizh :
Breizh : comment l'étincelle écotaxe a mis le feu à la lande
"Esclave", "identitaire", chouan, cul-terreux arriéré de service : pour paraphraser Césaire, "n'allez pas le répéter, mais le Breton il vous EMMERDE"
Considérations diverses – en guise de ‘‘petit debriefing’’ de ces derniers mois : Bretagne, fascisme, ‘‘Lumières’’ et Kaypakkaya… (point 1)
Considérations diverse (26/11/2013) : eh oui, Servir le Peuple a toujours quelques petites choses à vous dire ;-) (point 1)
Appel de la gauche indépendantiste bretonne (Breizhistance) pour le 30 novembre (avec notre critique de la position du ROCML)
Le Top Five des drapeaux qui n'ont PAS été inventés par un druide nazi  (mortel !)
Et en guise (provisoire) de conclusion : La Gauche indépendantiste bretonne revient sur la mobilisation de Karaez/Carhaix

Comité de Construction du PCR des Terres d'Òc : Déclaration du 11 Novembre

La phrase du moment :

"La tyrannie cessera parmi mon peuple ; il n'y aura que liberté, liberté toute nue, sans déguisement. Bouleversements d’États entiers : je les renverserai de fond en comble, il n'y aura rien de reste. Il va y avoir de terribles renversements de conditions, de charges et de toutes choses. Je veux faire un monde nouveau, je veux tout détruire. Je veux appeler à moi la faiblesse, je veux la rendre forte. Pleurez gens du monde, pleurez grands de la terre, vos puissances vont tomber. Rois du monde, vos couronnes sont abattues !"

Élie Marion, "prophète" et guérillero camisard cévenol, 1706.

Amb l'anma d'un Camisart, Pòble trabalhaire d'Occitània endavant !

 

Recherche

Liens

État français : 

Quartiers populaires - Colonies intérieures :

Peuples en Lutte (Hexagone) :

Autres pays francophones :

Internationalisme :

Castillanophones (État espagnol et Amérique latine) :

Lusophones (Brésil & Portugal)

Italophones :

Anglophones (Îles Britanniques & Amérique du Nord)

Germanophones et scandinaves : 

À l'Est, du nouveau : 

Grèce :

  • KOE ('maoïsant', allié à la gauche bourgeoise SYRIZA, en anglais) [dissous dans SYRIZA en 2013, publie maintenant Drómos tis Aristerás, en grec]
  • KKE(m-l) (marxiste-léniniste 'maofriendly', partie en anglais, le reste en grec)
  • ANTARSYA (Coordination de la gauche anticapitaliste pour le renversement, avec des trotskystes, des 'maos' etc., en grec)
  • ANTARSYA - France (site en français)
  • Laïki Enotita ("Unité populaire") - France (en français et en grec, scission anti-capitulation de SYRIZA, pour s'informer)
    EKKE (Mouvement communiste révolutionnaire de Grèce, 'maoïsant' et membre d'ANTARSYA, présentation en anglais, le reste en grec)

Karayib (Antilles-Guyane) & Larényon (Réunion) okupé : 

Monde arabe / Résistance palestinienne :

État turc / Kurdistan : 

  • Maoist Komünist Partisi (PC maoïste de Turquie/Kurdistan-Nord)
  • DHKP-C (ML, tendance 'guévariste')
  • TKP/ML (maoïste)
  • MLKP (ML, site francophone)
  • ATİK (Confédération des Travailleurs de Turquie en Europe, maoïste, en anglais)
  • Nouvelle Turquie (information et soutien à la Guerre populaire et aux luttes, en français) [ancien blog]
    Nouvelle Turquie (nouveau site)
  • YPG (Unités de Protection du Peuple, Kurdistan "de Syrie", en anglais)
    PKK (Kurdistan "de Turquie", site en anglais)
    PYD (Parti de l'Union démocratique, Kurdistan "syrien", site en anglais)
    ActuKurde (site d'information en français)

Afrique :

Asie & Océanie :

Antifa :

Action Antifasciste Bordeaux (plus mis à jour, mais "cave aux trésors")

AA Alsace (idem)

Union Révolutionnaire Antifasciste du Haut-Rhin (URA 68, page Facebook)

Collectif Antifasciste Paris - Banlieue

Action Antifasciste Paris - Banlieue

Montpellier Antifa

Collectif Antifasciste 34

Collectif Antifasciste Rennais (AntifaBzh)

Cellule Antifasciste Révolutionnaire d'Auvergne (CARA, page Facebook)

Carcin/Quercy Antifascista (page Facebook)

Occitània Antifascista (page Facebook)

Breizh Antifa (page Facebook)

Perpignan Antifa (page Facebook)

Action Antifasciste de Pau

Union Antifasciste Toulousaine

Ipar Euskal Herria Antifaxista (Pays Basque du Nord antifasciste)

REFLEXes - site d'informations antifascistes

La Horde, portail d'information antifa

Rebellyon - rubrique "Facho"

Redskins Limoges

Droites extrêmes - blog Le Monde (site d'information bourgeois bien fourni, parfait pour le "watch")

Document : Ascenseur pour les fachos (série de 6 vidéos Youtube, Antifascisme.org, site social-démocrate)

 

Guerre pop' - Asie du Sud :

Inde Rouge (nouveau site "officiel" francophone)

Comité de Soutien à la Révolution en Inde

Comité de solidarité franco-népalais

Fil d'actu "Inde - Népal" du Secours Rouge - APAPC

J. Adarshini (excellent site en français)

Revolution in South Asia (en anglais)

Maoist Resistance (guérilla maoïste indienne - en anglais)

NaxalRevolution (Naxalite Maoist India, en anglais)

Banned Thought (en anglais)

Indian Vanguard (en anglais)

The Next Front (Népal - anglais)

Signalfire (sur la GPP en Inde et aux Philippines, le Népal et les luttes populaires dans le monde - en anglais)

Communist Party of India (Marxist-Leninist) Naxalbari (a fusionné avec le PC d'Inde maoïste le 1er mai 2014)

New Marxist Study Group (maoïste, Sri Lanka)

Parti communiste maoïste de Manipur (page Facebook)

 

Guerre pop' - Philippines :

Philippine Revolution (en anglais)

The PRWC Blogs

(tous deux remplacés apparemment par ce site CPP.ph avec notamment les archives d'Ang Bayan, l'organe officiel du Parti)

Solidarité Philippines

Fil d'actu "Philippines" du Secours Rouge - APAPC

 

Guerre pop' & Luttes armées - Amérique latine :

CEDEMA - actualité des mouvements armés en Amérique latine (+ qqs documents historiques)

 

Nuevo Peru (Pérou, basé en Allemagne, en castillan et allemand principalement)

Guardias Rojos (Pérou, page FB)

Fil d'actu "Amérique latine" du Secours Rouge - APAPC

Archives

Autres documents théoriques

 

Récapitulatif des "grandes thèses" de Servir le Peuple


À lire également, les Considérations Diverses, petits "billets" trop courts pour faire un article et donc regroupés par trois, quatre ou plus, exprimant notre CONCEPTION DU MONDE sur toute sorte de sujets. 


En finir avec la 'France', appareil politico-militaire et idéologique de nos oppresseurs ! (1) et (2) 

En finir avec la 'France' (3) : l'État bourgeois contemporain et nos tâches

Même étude sur l'État espagnol (1 et 2) ; le Royaume-Uni (1 et 2) et l'Italie.

 

APRÈS 8 SÈGLES… (Huitième centenaire de la bataille de Muret 1213 & DÉCLARATION FONDATRICE de notre Comité de Construction du PCR-Òc)

 

V. I. Lénine : "Il y a deux guerres" 

 

Le 18 Juin, une date symbolique pour les fascistes


Réflexion sur la déviation ouvriériste – Avant-propos

Réflexion sur la déviation ouvriériste : la classe ouvrière, le prolétariat et la révolution. 


Sur le Gouvernement de Bloc Populaire

Rectificatif sur le Gouvernement de Bloc Populaire

Encore une fois sur le "Bloc populaire" et la QUESTION ELECTORALE


Harry Haywood contre la Théorie des Trois Mondes et les dérives réactionnaires des « prochinois »


TKP(ML) : On ne peut pas être communiste sans défendre le maoïsme


La Question nationale au 21e siècle 

Considérations diverses : un (gros) pavé sur la Question nationale...

Clarification sur l'encerclement du 'Centre' par la 'Périphérie'

 

Pour comprendre la Tempête arabe, avoir une analyse de classe correcte de la situation

(n)PCI : La révolution démocratique anti-impérialiste des pays arabes et musulmans

 

2011 : un point indispensable sur le fascisme et l'antifascisme pour les années à venir

 

Thèses fondamentales pour la construction partidaire


Sur le processus révolutionnaire

Sur le processus révolutionnaire (2) : vers le communisme

 

La "négation de la négation" et le maoïsme


Considérations diverses : Sur la question du SECTARISME

 

(Conception du monde) Le Parti révolutionnaire : ARTISAN conscient... ou 'accompagnateur contemplatif' du mouvement historique ?


Sur la 'révolution permanente' et le trotskysme

 

Le 'centre mlm' de Belgique, la Guerre populaire et le (n)PCI (sur la stratégie révolutionnaire en pays impérialiste) ; et dans la continuité :

Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (1ère partie)

et Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (2e partie)

 

 

Sur le document "Expériences, débats et perspectives" du PC d'Équateur - Comité de Reconstruction, adressé au Mouvement communiste international

 

EXCLUSIF : Lotta Continua - "Prenons la Ville !" (1970) [avec un salut rouge et fraternel à l'AA Bordeaux ]


Manifeste Programme du (n)PCI

Présentation

du chap. 1 du Manifeste pour les lecteurs/trices francophones (valable pour tout le Manifeste)

 

(Chapitre I): PDF - WORD

 

Le Plan Général de Travail ((n)PCI)

 

 MANIFESTE COMPLET

(version non-définitive ; chap. 4 et 5 pas encore validés par les camarades italiens)

 

IMPORTANT pour la compréhension du Manifeste :

La crise actuelle, une crise par surproduction absolue de capital (en PDF)

article de 1985 paru dans Rapporti Sociali n°0

[en bas de la page en lien, icône
PDF - Télécharger le fichier pour télécharger le document]

Autres analyses d'actualité

Sarkozy en Chine : ramener le "péril jaune" dans le "droit chemin"

L'accord Iran-Turquie-Brésil, dans la droite ligne de la visite de Sarkozy en Chine

Turquie, Iran, Kurdistan, Israël : qu'en est-il ?


L'expulsion des Rroms, un nouveau (grand !) pas dans la mobilisation réactionnaire de masse


Nouvelle crise : deux Présidents en Côte d’Ivoire


Chute de Ben Ali : une victoire pour les masses


Pour la "petite" histoire : Marine Le Pen succède (comme prévu) à son père.

Retour sur les cantonales : des signaux déterminants pour l'avenir

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Ce qui a merdé en Libye...


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Palestine : Derrière l'accord Hamas-Fatah, la Tempête arabe ?


Situation décisive au Népal 

En matière de conclusion sur la situation au Népal, et ses répercussions dans le Mouvement communiste international 

Questions-réponses sur la situation au Népal

 

Discussion sur la "gauche" en Amérique latine et la bourgeoisie bureaucratique

 

Sur la liquidation réformiste en Euskal Herria : l'analyse d'un communiste abertzale

Sur la liquidation réformiste en Euskal Herria, 2e partie

Sur la liquidation réformiste en Euskal Herria, 3e et dernière partie  

 

 

Considérations du 01/10/2012 : Copé, "droite décomplexée", montée du fascisme et islamophobie

Considérations diverses : Encore une fois sur la question du fascisme (22/10/2012)

Considérations diverses (26/10/2012) : 'traditions' politiques bourgeoises et fascisation ; question nationale et identitarisme ; 'émergentisme' et islamophobie

 

Considérations diverses (19/01/2013) : Retour sur la situation au Mali (osons le "cosmopolitisme" et la "géopolitique" !)

 

Mort d'Hugo Chávez au Venezuela


Considérations diverses 03-2013 - et un peu de polémique/critique, ça fait pas de mal ! (sur Chavez, le 'bolivarisme', le 'fascisme' de celui-ci et autres choses...)


Sur le capitalisme bureaucratique des pays dominés et le prétendu 'fascisme' de certains régimes réformistes bourgeois


La tragédie de Lampedusa est un crime impérialiste de plus contre l’humanité

Autres articles historiques

 

25 avril 1945 : le Peuple italien terrasse le fascisme

25 avril 1974 : la Révolution des Oeillets met fin au salazarisme

 

24 mars 1976, noche negra de Argentina : pour ne jamais oublier

La dictature militaire argentine de 1976 - 1983

 

Pierre Mulele, héros et martyr d'Afrika


Thomas sankara, leader d'un authentique processus révolutionnaire

Le 15 octobre 1987 tombait thomas sankara, le "che" africain 

 

Etudions l'histoire de la Révolution chinoise


Bref panorama historique révolutionnaire des Amériques


Quand Argala répondait (par anticipation) à certaines "lumières éclairées" du "marxisme" le plus social-chauvin...


Document historique : Déclaration "Aux Peuples d'Amérique latine" par la Junte de Coordination Révolutionnaire (Tupamaros-MIR-ELN-ERP) - 1er novembre 1974


35 ans après le coup d’État pro-soviétique, les peuples d'Afghanistan continuent de résister héroïquement aux envahisseurs impérialistes


Grande étude historique : du païs à la Commune populaire, de la communauté populaire précapitaliste à la société communiste

Illustration de la théorie par un exemple historique : la Guerre des Demoiselles en Ariège

Et en guise de récapitulatif/synthèse : Considérations diverses sur les États, les Nationalités, la Subsidiarité et le Pouvoir populaire ; ici (point 1) : Considérations diverses – fin octobre 2013 : État et révolution bourgeoise et ici : Considérations diverses : 1/ Le cœur des nations est aujourd’hui le Peuple