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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 09:26

 

Voici un texte des camarades du Front populaire indépendant de Rio de Janeiro (maoïste, "galaxie A Nova Democracia") revenant sur l'opposition de masse à la Coupe du Monde de foot au Brésil, cette gigantesque orgie capitaliste antipopulaire dont nous avons déjà plusieurs fois parlé. La traduction en français a été publiée par La Cause du Peuple, journal du FRAP.

 

Pourquoi crions-nous "IL N'Y AURA PAS DE COUPE DU MONDE ?"

Le football est le sport de la multitude ; un sport qui soulève les passions les plus intenses chez les gens du monde entier. Nous ne nions pas l'importance du football pour le Peuple brésilien et même le rôle du sport et des loisirs dans la société. Cependant, la Coupe du Monde de la FIFA n'est pas seulement un événement sportif.

Le cri de "NÃO VAI TER COPA - IL N'Y AURA PAS DE COUPE DU MONDE" est apparu dans les rues lors du soulèvement populaire de juin 2013, quand des milliers de personnes de différentes villes du pays se sont battues pour de meilleures conditions de vie et de travail. Crier "IL N'Y AURA PAS DE COUPE DU MONDE" c’est être contre la domination totale du pouvoir économique et de ses intérêts dans les décisions politiques, qui doivent être déterminées par le Peuple et axées uniquement sur ses besoins réels. Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur les crimes commis au nom de la Coupe du Monde. Faire taire le cri "IL N'Y AURA PAS DE COUPE DU MONDE" c'est trahir le Peuple pauvre, c'est trahir la lutte contre les inégalités sociales. C’est TRAHIR la rue !

Pourquoi crions-nous "IL N'Y AURA PAS DE COUPE DU MONDE" ?

EXPULSIONS

Au nom de la Coupe du Monde et des Jeux Olympiques, les expulsions illégales et les pires violations des droits de l'homme ont été et sont commises. Des communautés entières ont été et sont rayées de la carte, mettant fin à la vie de milliers de personnes.

Les expulsions génèrent la douleur, la tristesse, l'abandon et la mort. L'ensemble du processus est de la torture, depuis le graffiti pour marquer les maisons à démolir (ce qui ressemble à des pratiques nazies) et de l’abjecte pression (avec intimidation et menaces) des fonctionnaires de la SMH (Secretaria Municipal de Habitação - Secrétariat Municipal du Logement) jusqu'à l’expulsion par la force, souvent avec la police brandissant des armes à feu pour sortir les gens de leurs propres maisons.

L'État bourgeois brésilien, connu comme un État "démocratique" et "de droit", nie le droit de chacun à des conditions de vie capables de garantir à elle / lui-même et à son / sa famille l'essentiel des services sociaux indispensables à la dignité humaine : santé, éducation, assainissement urbain, transport et LOGEMENT. Le droit à un toit est complètement nié par l'État bourgeois.

La Coupe du Monde reproduit l'exclusion sociale et raciale. Elle approfondit les problèmes sociaux et environnementaux jamais résolus.
Plus de 250 000 familles ont été expulsées et/ou vivent sous la menace de l’être. Les dépenses pour la Coupe du Monde au Brésil franchissent (pour l'instant) la barre incroyable des 30 milliards de réals [près de 9,8 milliards d’euros]. En comparaison, la somme des trois dernières Coupes du Monde atteint à peine 25 milliards.

ÉNORMES DÉPENSES PUBLIQUES ET ÉLEPHANTS BLANCS

Que sont les éléphants blancs ? Ce sont d’extrêmement coûteux, énormes, mais aussi COMPLÈTEMENT INUTILES travaux. En parler populaire, c’est le fameux "jeter l'argent par les fenêtres".

Les stades de Brasilia, Cuiaba, Manaus et Natal ne seront pas prêts pour moins de 3 milliards de réals au total. La subvention sera financée par la BNDES et les gouvernements des États, qui sont constitués de fonds publics, donc de notre argent.

Le stade Mané Garrincha à Brasilia, par exemple, a une capacité de 71 000 personnes. La contradiction saute aux yeux quand on regarde le public du premier match de la finale du championnat brésilien de l'an dernier : 1956 spectateurs. Le même scénario se répète dans les trois autres villes mentionnées.

À Manaus, l'absurdité est encore plus grande ! Le Groupe de contrôle du système pénitentiaire (Grupo de Monitoramento e Fiscalização do Sistema Carcerário), lié à la Cour d'Amazonas (Tribunal de Justiça do Amazonas), a émis l'hypothèse de transformer le stade nouvellement construit en une "prison" temporaire.

La rénovation du Maracanã a coûté près de 2 milliards de réals et seulement trois matchs de la Coupe du Monde s’y joueront. Il a été dépensé plus d’argent que pour la construction d'un nouveau stade ! Le nouveau stade, désormais une "arène", a effacé l'identité historique du Maracanã. Les supporters et même les joueurs de l'équipe nationale espagnole et italienne ont eu ces sentiments lorsqu’ils sont entrés dans le nouveau stade : "Où est le public ?", "Il est très européen", "Comme les autres stades, il a perdu sa mystique…".

LES OPPRESSIONS DE RACE ET DE GENRE

La Coupe du Monde de la FIFA perpétue les anciennes pratiques sexistes et encourage la marchandisation du corps.

Un exemple en sont les t-shirts vendus par Adidas, l'une des multinationales qui parrainent ce méga-événement. Sur les t-shirts sont imprimées des fesses de femmes, une allusion grossière pour renforcer l'oppression de genre et, en particulier, les agressions sexistes quotidiennes contre les femmes brésiliennes.

Ajouté à cela, il y a le racisme : la FIFA est muette sur les nombreux cas de racisme dans les championnats d'Europe et du monde ; un couple a été refusé par la FIFA, avec l'appui du gouvernement, pour la présentation du tirage au sort de la Coupe du Monde parce qu’ils étaient Noirs, avec le discours que le couple ne répondait pas aux "normes européennes".

La Coupe du monde ne fera que développer les sites de cyber-séduction qui profitent du marché de l'exploitation sexuelle. En Afrique du Sud, par exemple, le nombre estimé a augmenté de 100 à 140 milliards au cours du méga-événement 2010.

Le Brésil a l'un des niveaux les plus élevés d'exploitation sexuelle des mineurs dans le monde. Il y a de plus en plus de dénonciations de l'augmentation de l'exploitation sexuelle, y compris des enfants et des adolescents autour des stades et des grands travaux d'urbanisme de la Coupe du monde ; il a été révélé, par exemple, que des filles âgées de 11 à 14 ans se prostituent dans la région d’Itaquerão, dans le secteur Est de São Paul.

ÉLITISIME = SÉGREGATION DANS LES STADES

Les nouveaux stades, ou arènes, ne brillent qu'en apparence. Dans la pratique, il y a un effet secondaire tragique en cours : les coûts des nouvelles "arènes" (payées avec l'argent public, donc notre argent) sont intégrés dans le prix des billets, qui deviennent plus chers, créant une élitisation du football. Ceci est le résultat de la privatisation des espaces publics - entreprises capitalistes qui ne cherchent que leur profit en acquérant le contrôle des espaces publics.

Les supporters traditionnels, ceux de la classe ouvrière, la même qui a construit les stades ou arènes, sont privés de leurs droits : un travailleur ne peut pas se permettre un billet qui coûte l'équivalent de 50% (ou plus) du salaire minimum.

Une étude récente a montré que les billets du Championnat brésilien en cours dans les nouvelles arènes sont en moyenne 119% plus chers que dans l'ancien stade.

RÉPRESSION

Plus inquiétant que la campagne orchestrée pour discréditer ceux qui critiquent la Coupe du Monde est le mouvement orchestré par l'État brésilien pour développer l'appareil répressif visant à étouffer les protestations lors du méga-événement - et très probablement encore après.

Ce mouvement a agi sur deux fronts : législatif et apparent (militaire et policier). Les projets de loi qui visent à créer le délit de terrorisme au Brésil créent des failles juridiques de sorte que le pouvoir judiciaire puisse incriminer les mouvements sociaux et les manifestants comme des terroristes.

Le gouvernement fédéral envoie maintenant des troupes fédérales à Rio de Janeiro sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue. Le trafic a toujours existé, il n’a jamais cessé. Pourquoi maintenant ? Il s'agit d'une action des gouvernements (fédéral, des États et municipaux) pour justifier l'arrivée des troupes fédérales en appui à l'invasion des favelas, à l’installation ou l'amélioration de l'UPP [Unités de Police de Pacification], amplifiant la domination et la répression d'État ainsi que le profit capitaliste puisque la première action de l'État est d'ouvrir la porte aux entreprises privées pour obtenir de nouveaux clients.

Dans un contexte d'indignation et de manifestations, les forces répressives augmentent avec l'objectif d'étouffer, de réprimer et de contrôler les luttes populaires, en particulier les soulèvements qui ont eu lieu dans les bidonvilles, lieux de nombreux foyers de résistance. En outre, c’est dans les bidonvilles que les pauvres et les Noirs sont persécutés, torturés et assassinés.

Ce qui est arrivé à Manguinhos était plus qu'une révolte populaire ! Une centaine de familles ont occupé un entrepôt (vide) derrière la bibliothèque Parque de Manguinhos. La police militaire a tenté de retirer de force les familles. Face à la résistance des habitants, la police a tiré des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes ; la population a répondu par une grêle de pierres et de bouteilles. Ensuite, la police a commencé à tirer avec des armes à feu. Plusieurs personnes ont été blessées. Quatre jeunes gens ont été tués, un autre est dans un état grave. Il s'agit là d'une criminalisation de la pauvreté et des mouvements sociaux, des luttes et des occupations.

MANIFESTATIONS

Devant autant d’arbitraire, de violations des droits de l'homme, de processus d'exclusion sociale complète, d'appropriation des biens publics, de détournements des fonds publics, entre autres crimes contre le Peuple, manifester contre la Coupe du Monde de la FIFA au Brésil est non seulement légitime mais c’est également un devoir. Par conséquent, ne soyez pas intimidés par les menteurs et les discours de patriotisme aveugle, ou par les articles écrits par des journalistes et des intellectuels dont le véritable engagement est avec tel ou tel parti politique, ou pour leurs propres poche.

Les actions de la police contre les manifestations s'intensifient, un fait qui est devenu clair lors de la manifestation du 25 janvier, lorsque le manifestant Fabrício Proteus Chaves s’est fait tirer dessus à bout portant par la Police militaire (le conduisant aux portes de la mort). Cet acte lâche, courant dans les bidonvilles et les périphéries du Brésil, nous met en état d'alerte pour les futures manifestations.

Ni la violence de la police, ni le discours mensonger de dénigrement ne nous arrêteront. Nous faisons partie du Peuple, nous nous battons pour le Peuple et avec le Peuple. Rien ne nous empêchera de jouir du droit constitutionnel à manifester, notamment contre la Coupe du Monde plongée dans la pourriture et les crimes - qui a même conduit à l'arrestation et à la mort de personnes qui ont souffert des expulsions brutales ou du processus de "nettoyage" social.

Les manifestations contre la Coupe du Monde au Brésil représentent la lutte pour les intérêts du Peuple et la défense de la dignité humaine, bafouée par des lois d'urgence et le lâche processus de construction de cette Coupe du Monde de la FIFA.

FRENTE INDEPENDENTE POPULAR – RJ / FRONT POPULAIRE INDÉPENDANT – RIO DE JANEIRO


NÃO VAI TER COPA !!!


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Published by Servir_Le_Peuple - dans Amériques
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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 15:19


Voici une interview d'un leader en exil de l'Union Borotba ("Lutte"), Sergueï Kiritchouk, publiée sur Initiativ-online.org le 11 juin 2014, traduite de l'allemand par la revue Workers World et reprise sur Democracy and Class Struggle.

Elle permet de mieux connaître cette organisation et ses positions, les meilleures à ce jour et à notre connaissance en Ukraine, que nous avons maintes fois traduites et publiées et aussi parfois (gentiment) critiquées.

Depuis le début le mouvement Maïdan a soutenu l'accord de libre-échange avec l'Union européenne. Nous, au contraire, avons toujours été depuis le début contre l'UE, qui n'a d'autre objectif que de piller et détruire l'économie ukrainienne.”


sergeikirichuk


Initiativ : Quand et comment Borotba a-t-elle été créée ?

Sergueï Kiritchouk : Nous sommes une toute jeune, toute nouvelle organisation. Nous avons fondé Borotba en 2011 comme résultat d'une coalition de différents groupes d'extrême-gauche. Certains proviennent d'associations marxistes, d'autres viennent du Parti communiste d'Ukraine (KPU) ainsi que de son organisation de jeunesse.

Nous sommes des personnes différentes avec des parcours différents. Nous avons des stalinistes, des trotskystes, des maoïstes et des personnes d'autres parcours politiques dans notre organisation.

Nous en sommes arrivés au stade où nous avons réalisé que ces divisions n'étaient plus aussi importantes qu'elles ont pu l'être par le passé. Nous avons travaillé ensemble dans diverses campagnes et nous avons trouvé que ces différences n'étaient plus aussi significatives aujourd'hui.

Nous pouvons travailler ensemble pour construire quelque chose de neuf ; telle était l'idée fondamentale. Beaucoup de personnes ont participé à cette expérience. Pour être tout à fait honnête, ce sont principalement des personnes expérimentées et éduquées politiquement qui l'ont soutenue.

Mais des travailleurs sans expérience particulière l'ont aussi soutenue, ainsi que des figures extérieures au mouvement ouvrier. L'un d'entre eux vient de Kharkov. Il y a quelques jours, on a tenté de le kidnapper.

030314 borotbaBien que nous ayons été organisés et actifs depuis longtemps, nous étions numériquement une très petite organisation. Nous avions des bureaux régionaux dans toutes les grandes villes. Dans nos plus grands rassemblements il y avait plusieurs centaines de participants.

Lorsque la crise a commencé, que le mouvement Maïdan a débuté en novembre, nous avons été dès le départ contre ce mouvement.

C'était une position que beaucoup de personnes pouvaient facilement comprendre, en particulier des personnes de la classe ouvrière. Surfant sur cette vague, nous avons accru notre influence et sommes devenus l'une des forces de premier plan dans des villes comme Kharkov par exemple.

Après le coup d’État maïdaniste du 22 février, les fascistes ont détruit notre QG à Kiev.
Nos camarades de l'Ouest de l'Ukraine sont immédiatement entrés dans la clandestinité, tandis que nous continuions à mener des activités publiques dans l'Est, là où c'était encore possible.

La ville de Kharkov a été l'une des plus grandes cités industrielles de l'époque soviétique, après Moscou et Leningrad. C'est aujourd'hui encore l'un des principaux nœuds ferroviaires en Europe. C'est une ville avec une forte et ancienne tradition démocratique et de gauche. Il n'est donc pas surprenant que la mobilisation à Kharkov ait été et reste si forte contre le nouveau régime oligarchique putschiste.

Il y a eu d'immenses rassemblements, tous pacifiques, contre le nouveau gouvernement de Kiev et nous avons bien entendu gagné de nouveaux membres dans ce mouvement. Ainsi, par exemple, 300 personnes ont signé en un seul jour une déclaration comme quoi elles souhaitaient rejoindre notre mouvement. Ces personnes n'étaient évidemment pas toutes communistes, socialistes ou d'extrême-gauche : elles exprimaient leur accord avec une position politique particulière.

Mais ces 300 déclarations ont déjà une importance énorme. Elles montrent combien notre ligne est correcte.

Iv : Si quelqu'un vous demandait qu'est-ce que Borotba, que lui répondriez-vous ? Qu'est-ce qui vous différencie par exemple du KPU (PC d'Ukraine) ?

SK : Nous sommes une organisation communiste. Effectivement, l'organisation de gauche la plus connue en Ukraine est le KPU. Mais nous critiquons ce Parti très durement, nous sommes clairement contre leurs illusions parlementaristes.

Le KPU a fait partie du gouvernement oligarchique de Ianoukovitch. Mais bien entendu, si vous dites que vous êtes communistes, tout le monde pense que vous êtes du KPU.

1MaiBorotbaC'est pourquoi nous avons choisi le nom de Borotba. Ce nom signifie littéralement "Lutte" et évoque implicitement la tradition des communistes ukrainiens, qui avaient par le passé un journal nommé Borotba. Il y a aussi eu des organisations de ce nom autrefois.

Pour des Occidentaux, ce nom sonne étrangement mais il a d'authentiques racines ukrainiennes. Il est d'ailleurs ironique que ce soit un nom ukrainien. Dans les médias ukrainiens, nous sommes naturellement présentés comme des agents de Poutine et un parti pro-russe. Le problème est que nous militons aussi dans les régions majoritairement russophones sous le nom ukrainien de Borotba. Beaucoup auront du mal à expliquer pourquoi le parti pro-russe que nous sommes porte un nom ukrainien.

Iv : Dès le début vous avez pris position contre Maïdan. Pourquoi ?

SK : Dès le départ les manifestations de Maïdan n'avaient aucunes revendications sociales. Beaucoup de gens ont pu penser que Maïdan était une sorte de grand mouvement démocratique avec des revendications sociales.

Les forces fascistes sont apparues dans le mouvement comme une catastrophe naturelle, détruisant sa frange progressiste et se plaçant au premier plan.

Dès le commencement le mouvement Maïdan a soutenu l'accord de libre-échange avec l'UE, qui n'avait d'autre contenu que le pillage et la destruction de l'économie ukrainienne.

1391005999 984629 7D'un autre côté, l'idée de réussite individuelle a également exercé une grande emprise. Cela a culminé dans l'idée que le système ukrainien corrompu, dominé par les oligarques, pouvait être dépassé si nous entrions dans l'UE. Ceux qui veulent travailler dur pourraient réussir et devenir riches. Non seulement l'opposition libérale-nationaliste mais aussi le gouvernement Ianoukovitch lui-même ont répandu la même propagande dans les médias. "Regardez les Pays baltes", disaient-ils : ils ont fait des réformes, ils font partie de l'UE, ils sont prospères, ils sont riches. Nous devons suivre ce chemin nous aussi.

Mais les Ukrainiens sont capables de voir et de penser. Ils ont vu la crise dans l'Union européenne et, par exemple, ce qui est arrivé à la Grèce.

C'est ainsi qu'il y a eu une grosse campagne anti-grecque en Ukraine, avec ce genre d'arguments : en Grèce le socialisme est au pouvoir, les gens sont très riches et très paresseux, et maintenant ils doivent payer pour leur comportement. Je ne plaisante pas, ce sont vraiment les arguments qu'on entendait.

Pendant très longtemps, nous avons été la minorité d'une minorité. Par exemple lorsque j'ai pris part à un débat télévisé, j'étais le seul contre l'intégration européenne. Tous les représentants du régime Ianoukovitch comme de l'opposition étaient pour.

Et ils n'avaient évidemment aucun argument raisonnable contre ma position, car j'expliquais clairement ce que seraient les conséquences d'une zone de libre-échange. Ils ne pouvaient pas trouver un seul argument rationnel. Ils disaient "regardez l'UE, ils sont tous si riches" et lorsque j'ai clairement fait comprendre que je n'étais pas d'accord, ils ont rétorqué qu'ils ne voulaient pas entendre plus longtemps une telle propagande soviétique.

Iv : Pour quelles raisons Ianoukovitch a-t-il refusé de se soumettre aux diktats de l'UE ?

SK : Ianoukovitch a refusé de signé la déclaration avec l'UE parce qu'il y avait des pressions du côté russe. 

3484740777Le problème est que la Russie n'a pas été capable ni n'a eu la volonté de trouver un compromis qui aurait permis à l'Ukraine de coopérer avec elle aussi bien qu'avec l'UE.

D'un autre côté il y a eu de grandes pressions de la part des milieux d'affaires, en particulier ceux du secteur des hautes technologies, l'industrie qui produit des équipements pour les hélicoptères, les avions, les fusées spatiales ou les armes nucléaires : ils produisent pour le marché russe et non pour l'UE. La moitié du commerce extérieur ukrainien se fait avec la Fédération de Russie et l'autre moitié avec l'UE. Ianoukovitch était donc soumis à des pressions oligarchiques des deux côtés.

La différence est que l'Ukraine fournit beaucoup de matières premières à l'UE et que la valeur ajoutée de ces secteurs est faible, tandis que ce qui est vendu à la Russie est à haute valeur ajoutée, de la haute technologie. Le Grand Capital a exercé des pressions terribles et Ianoukovitch a finalement annoncé qu'il devait y avoir des négociations supplémentaires pour que l'Ukraine trouve un accord de libre-échange plus profitable. C'est la raison pour laquelle le mouvement Maïdan a débuté.

Ils ont tenté d'expliquer que la raison pour laquelle nous sommes si pauvres est que nous vivons en Union soviétique. L'URSS n'existe plus mais, ont-ils dit, nous avons toujours une mentalité soviétique et nous devons rompre avec cette mentalité pour rejoindre l'Union européenne. À Maïdan, ils ont bâti un mur symbolique : ils ont dit que nous vivions toujours en URSS et que si nous franchissions cette frontière pour faire partie de l'UE, nous romprions avec notre passé.

Iv : Quel était le programme politique concret de Borotba à ce moment-là ?

SK : Nous avons toujours, bien sûr, été fermement opposés au gouvernement Ianoukovitch. Mais nous avons aussi compris que l'opposition de Maïdan était tout aussi réactionnaire. Nous avons donc dirigé notre critique contre les deux bords. À cette époque, les camps politiques étaient encore très fortement polarisés entre Ianoukovitch et l'opposition pro-occidentale. Nous représentions alors la pensée d'une toute petite minorité de la société ukrainienne.

Certaines personnes ont alors commencé à comprendre ce qu'il se passait réellement lorsque le mouvement Maïdan a commencé à détruire les monuments de Lénine à travers tout le pays. Les gens ont alors pu très bien comprendre ce qu'il se passait : ces forces de Maïdan sont Ukraine-Crimea-pro-Russian-protestersréactionnaires, elles n'ont pas de revendications sociales progressistes, leur idéologie est d'extrême-droite et elles disent que la source de tous les problèmes peut être trouvée dans la personne de Lénine.

Après le coup d’État, les monuments de Lénine sont devenus d'importants symboles politiques. À Kharkov, par exemple, ils ont aussi tenté de détruire le monument ; mais des personnes de toute la ville sont venues pour le défendre, et seule une minorité était des militants communistes ou d'extrême-gauche. L'immense majorité étaient des gens ordinaires. Ils ont défendu le monument comme une expression de notre histoire, de notre histoire soviétique. C'est notre histoire et nous ne les laisserons pas nous l'enlever. [NDLR évidemment là les choses ne sont pas aussi "neutres" : ces symboles historiques ont une signification de classe, pour la conscience de classe et pour ce que Gramsci appelle le "bon sens" ou le "sens commun". Être attaché aux statues de Lénine est évidemment un signal intellectuel plutôt positif de conscience de ses intérêts de classe populaire et d'emprise du "bon sens". Il y a en "Espagne" des personnes opposées au retrait des symboles franquistes arguant elles aussi que "cela fait partie de leur histoire" ; mais là il s'agit d'un état d'esprit beaucoup plus négatif sous l'emprise du "sens commun" (suprématie idéologie de la classe dominante, "conscience" des intérêts... de ses exploiteurs et oppresseurs, l'"exploité heureux" en quelque sorte).]

Par exemple, il y avait une vieille dame à une manifestation avec une pancarte faite par elle-même où elle avait écrit : "Allez-vous détruire notre maison parce qu'elle a été construite à l'époque soviétique ?".

Iv : Quelle est la situation aujourd'hui ?

SK : Tous nos locaux ont été saccagés et détruits par la soi-disante "Garde nationale", qui est la couverture légale des groupes néo-nazis. Quand nos militants ont tenté d'y accéder ils ont vu des hommes en uniforme noir, armés d'AK-47 qui en empêchaient l'accès.

Ukr_redflagburning.jpgIls ont tout pris : drapeaux, sonos, ordinateurs et même les journaux. Il est facile de comprendre que dans ces conditions plus aucun travail légal et ouvert n'est possible.

Il y a deux semaines, il y a eu une tentative de kidnapper deux de nos camarades après une manifestation contre la guerre à Kharkov. À la fin de la manifestation des personnes armées d'AK-47 ont tenté d'entraîner nos camarades à bord d'une véhicule. Les passants ont réussi à les en empêcher.

La totalité de notre direction est désormais clandestine. Certains de nos membres ont dû quitter le pays. Les nazis ont par exemple attaqué le journaliste révolutionnaire très connu et membre de Borotba Andreï Mantchouk, rédacteur en chef du quotidien internet Liva.

Au final, nous avons été illégalisés et la direction a été contrainte à l'exil. Mais il y a quelques jours il y a eu un rassemblement improvisé à Kharkov, des personnes ordinaires se sont rassemblées sur une place et l'on a pu y voir de nombreux drapeaux de Borotba.

Iv : Vous parlez de solidarité avec la lutte de libération kurde, que voulez-vous dire par là ?

SK : Il faut clarifier cela. Si nous regardons le drapeau de Borotba, il présente en effet une grande similarité avec celui du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Il n'avait pas été imaginé comme cela au départ, mais nous avons effectivement quelques membres d'origine kurde.

Et ce sont finalement des étudiants pro-capitalistes, néolibéraux, hostile envers nous qui par leurs pressions nous ont amené à choisir ce drapeau.

Ils ont écrit dans une déclaration que Borotba avait des liens avec le PKK et que celui-ci est considéré comme une organisation terroriste par l'Union européenne. Ils ont affirmé que l'un et l'autre formions un front terroriste contre l'UE. Nous assumons avoir toujours été solidaires de la lutte de libération des Kurdes.

Iv : D'où viennent les Kurdes ? Ont-ils immigré en Ukraine à l'époque de l'URSS ?

borotba antifascistSK : La majorité des Kurdes en Ukraine vivent dans le Sud, dans la région d'Odessa. Certains sont des étudiants, d'autres travaillent comme commerçants sur les marchés. Le gouvernement ukrainien a toujours travaillé en étroite coopérations avec l’État turc. Ce dernier fait pression sur lui pour prendre des mesures contre les Kurdes.

Auparavant, les autorités n'arrêtaient pas vraiment les Kurdes, ni ne voulaient déployer une grande répression contre eux. Mais les autorités universitaires faisaient pression, par exemple, sur les étudiants en disant qu'ils devaient seulement étudier et ne pas prendre part à des activités politiques. Les étudiants kurdes ont néanmoins organisé des meetings politiques.

La principale propagande répétée par les médias ukrainiens est que les Kurdes ne peuvent tout simplement pas vivre en paix, et que tant que la Turquie serait un pays si “démocratique” et “pacifique” les Kurdes commettraient des actes terroristes. Les médias demandent tout le temps “pourquoi viennent-ils en Ukraine ? ils ne savent pas vivre en paix”.

Iv : Que pensez-vous du concept de fédération démocratique ? Notamment en relation avec la situation concrète en Ukraine ?

SK : Le Peuple kurde doit décider par et pour lui-même quelle forme doit prendre l'autodétermination. En Ukraine, nous sommes pour un fédéralisme démocratique. Cela signifie l'autonomie budgétaire, politique et sociale pour le Sud-Est, qui doit être une partie de la Fédération ukrainienne. Et il faut évidemment la pleine égalité des communautés linguistiques.

Les gens sont fortement choqués par les mystifications historiques. Des collaborateurs des nazis deviennent soudainement des héros nationaux de l'Ukraine. Cette période est désormais considérée comme des pages positives de notre histoire. S'ils veulent maintenant élever des monuments à Bandera [collaborateur ukrainien d'Hitler], s'il vous plaît laissez-moi en dehors de ça. Les gens du Sud-Est ne veulent rien de tel. Ils disent qu'ils sont en train de construire à Lvov, dans l'Ouest, des urlmonuments pour les collaborateurs des nazis et nous, nous défendons nos monuments à l'Armée rouge soviétique.

Que cela se produise dans un même État ou dans deux États différents est maintenant la dernière question en date. Dans le Sud-Est, dans la République populaire du Donbass, il y a maintenant un débat : que doit-on faire ? Doit-on entrer dans une fédération avec l'Ukraine ou doit-on en être séparé ?

Iv : Comment la lutte va-t-elle se poursuivre, compte tenu de la nouvelle situation ?

SK : Nous avons toujours critiqué le KPU pour leur focalisation sur la lutte parlementaire. Nous nous sommes toujours concentrés sur la mobilisation de masse des travailleurs et de la jeunesse, des agents des services publics etc.

Mais nous étions dans l'illusion que nous allions encore vivre de nombreuses années sous une démocratie libérale bourgeoise, avec liberté de réunion et d'association.

Nous ne sommes pas aujourd'hui et nous n'avons jamais été préparés à cette nouvelle situation de guerre civile, de lutte armée. Nous n'avons pas d'infrastructure adaptée, ni d'armes ni d'expérience.

Cela a été une grande erreur de notre part.

Iv : La majorité des personnes qui luttent dans le Sud-Est du côté des Républiques de Donetsk et Lugansk est-elle constituée de Russes, comme l'affirment et le répètent les médias à l'Ouest ?

SK : L'immense majorité de ces personnes vient évidemment de la région elle-même. De même qu'il y a des personnes du Sud-Est qui luttent aux côtés de la junte de Kiev, il y a aussi quelques personnes venues de Russie qui luttent aux côtés des Républiques populaires.

Antifascist-Ukr - CopieIl n'y a pas d'influence russe significative dans le Sud-Est. Par exemple, il y a un citoyen russe qui est le leader de la résistance à Slaviansk. Kiev a évidemment clamé que c'était un membre des services secrets russes. Mais d'après l'enquête menée par des journalistes il ressort à présent qu'il s'agit d'un membre du mouvement “Rekonstructer”. Ce sont des gens qui portent des uniformes de l'époque tsariste, ils se retrouvent pour des démonstrations publiques et organisent des spectacles, etc.

Bref : il est devenu une figure dirigeante de la résistance à Slaviansk et de cela on a fait une influence russe. Mais il n'y a pas d'officiers expérimentés des services secrets russes qui dirigeraient et contrôleraient tout comme le présentent les médias.

D'autre part il y a des ressortissants russes dans le Sud-Est mais là encore, pas tels que les dépeint la propagande médiatique pro-occidentale : beaucoup ont une position clairement anti-Poutine.

Iv : Maintenant une dernière question au sujet de la Crimée. Quelle est la situation générale là-bas, et en particulier celle des Tatars ?

SK : Poutine avance maintenant ses pions. Il a donné quelques droits nationaux aux Tatars de Crimée. Ceux-ci sont représentés au Parlement local et au gouvernement. C'est exactement ce que les Tatars demandaient au gouvernement ukrainien depuis 20 ans.

140315231140-ukraine-donetsk-pro-russia-rally-scenes-from-tLorsque l'armée ukrainienne a quitté la Crimée, personne n'a voulu se battre contre l'armée russe. Tout le monde a plus ou moins accepté la nouvelle situation. Seuls les Tatars ont exprimé leur réticence. Les nationalistes ukrainiens ont appelé les Tatars à se joindre à eux dans cette lutte. Mais personne ne les a rejoint, ni les Tatars ni les autres.

Tout le monde en Crimée n'était pas satisfait de l'annexion à la Russie. Mais maintenant ils regardent la télé et voient le massacre d'Odessa, la guerre civile et les bombardements de barres d'immeubles à Donetsk, et ils se disent : "Dieu merci nous sommes en dehors de tout ça"...

 


Annexe

De même qu'existe sur la question palestinienne, depuis de nombreuses années, toute une pseudo-"extrême-gauche" pro-israélienne ou israélo-complaisante, force est de constater que le conflit en Ukraine a vu émerger toute une "extrême-gauche" pro-Maïdan basée exactement sur les mêmes méthodes de terrorisme intellectuel en mode "chasse aux (soi-disantes) connivences rouges-brunes", "celui qui a été vu avec untel qui a relayé le bouquin d'untel" etc. etc. L'Ukraine est donc manifestement devenue (après la Palestine) le second grand "théâtre d'opérations" de cette engeance qui dissimule à grand-peine son pro-impérialisme occidental sous un "ni-ni" dont la mince couche se craquelle à chaque détour de phrase (pour ce qui est du vrai "ni-ni" authentique et sincère nous le considérons comme une position schématique et abstraite mais pas comme une position antagonique ; nous ne traçons pas de ligne de démarcation entre ses tenants et nous).

Pour être l'organisation révolutionnaire la moins inconséquente au sujet de ce conflit qui déchire son propre pays (pays qui vivait en paix, rappelons-le, depuis 1944 !), Borotba a été tout particulièrement la cible de ces manœuvres. Celles-ci sont même parvenues jusqu'aux oreilles du grand parti de la "gauche de gauche" allemande, Die Linke, et ont conduit de sa part à un début de boycott de Sergueï Kiritchouk (réfugié en Allemagne).

Celui-ci a néanmoins eu (serait-ce là une vraie différence entre la fRance et l'Allemagne ?) l'occasion de s'expliquer dans une entrevue avec un blogueur député du parti :

http://www.andrej-hunko.de/7-beitrag/2120-they-hate-us-because-we-are-communists

Nous en avons traduit ci-dessous quelques passages, d'abord (bien que nous ayons déjà maintes fois abordé la question) sur la question de ce qu'il faut entendre par "pro-russe" et ensuite au sujet des accusations lancées depuis plusieurs mois contre l'organisation :

Dans les médias allemands, les forces des autoproclamées "Républiques populaires" de Donetsk et Lugansk sont dépeintes comme des "séparatistes pro-russes". Comment analysez-vous les différents acteurs politiques et quelles sont vos relations avec eux ?

Nous devons avoir à l'esprit que la contestation dans le Sud-Est s'est développée de manière très similaire à ce qu'il s'est passé à Maïdan. Les gens ont organisé de grandes manifestations dans les principales villes, exigeants droits et respect. Lorsque le gouvernement a ignoré leur contestation, ils ont occupé des bâtiments administratifs. La réponse du gouvernement "démocratique" issu de Maïdan a été d'envoyer la police anti-émeute et les forces spéciales. Des centaines de militants ont été arrêtés et emprisonnés alors même que les contestataires de Maïdan occupaient toujours des bâtiments administratifs à Kiev. Nous avons vu là un gouvernement faisant montre d'un terrible deux poids deux mesures.

Il est vrai que certaines personnes dans l'Est se sentent pro-russes. Mais ceci ne peut pas être simplement réduit à un sentiment criminel ! Il y a de nombreuses et très diverses raisons de se sentir pro-russe en Ukraine. Certaines personnes ressentent très fortement la communauté de langue et d'histoire, d'autres pensent simplement à une communauté de culture et de religion, mais beaucoup de gens sont simplement inquiets pour leurs emplois. Les régions du Sud-Est produisent par exemple beaucoup de haute technologie qui n'est pas autorisée à l'exportation vers l'Europe, et ne peut donc être exportée que vers la Russie et le marché asiatique. Beaucoup de jeunes travailleurs et ingénieurs hautement qualifiés veulent travailler dans ce secteur.

Les vrais séparatistes sont ceux qui siègent au gouvernement de Kiev. Ils ont divisé le pays avec leur décision de signer un accord de libre-échange (avec l'UE) dont la moitié du pays ne veut pas, avec leur abolition de la loi linguistique qui donnait quelques droits aux personnes de langue russe, et avec leur glorification des anciens collaborateurs du nazisme dans un pays dont un habitant sur cinq a perdu la vie sous l'occupation allemande.

Ainsi par exemple, à Kharkov, le mouvement de protestation a commencé comme une campagne pour protéger la statue de Lénine locale. Des milliers de personnes hommes et femmes, vieux et jeunes, travailleurs, chômeurs, étudiants et ingénieurs montaient la garde autour du monument jour et nuit. Les fascistes les ont parfois attaqués avec des gourdins et même des balles en caoutchouc. C'était le devoir de Borotba d'être avec eux et parmi eux.

La défense de la statue de Lénine a été un important moment de résistance. Nous avons ensuite appelé à une grande assemblée générale de toute la ville. Des milliers de personnes sont venues sur la grande Place de la Liberté et tous les groupes politiques ont tenté de faire valoir leur ligne. Nous avons ouvertement parlé de socialisme, d'internationalisme et de lutte anticapitaliste. À ce moment-là les nationalistes russes étaient une petite minorité au sein d'un vaste mouvement populaire. Ils ont pris beaucoup plus d'importance après que le gouvernement et les gangs néo-nazis aient attaqué et écrasé les forces progressistes.

Nous avons des conceptions politiques en tout point différentes des nationalistes, et nous avons même plus d'une fois croisé le fer avec eux. Russki Vostok (organisation nationaliste) a émis un communiqué nous accusant de la défaite du mouvement populaire à Kharkov. Certaines forces pro-russes disent que c'est une erreur de parler de lutte contre les oligarques. Mais notre position a toujours été très claire : il n'y a pas de lutte antifasciste sans lutte pour le socialisme.

Des groupes comme le "Syndicat des Travailleurs autonomes" (AST) accusent Borotba d'être "pro-russe" et affirment également que vous collaborez avec des organisations conservatrices, chauvines et même fascistes telles que Kommuna, le Shturmovoï Komitet ou Avtonomyi Opir. Que répondez-vous à ces accusations ?

L'AST est une petite secte invisible en Ukraine mais active sur la scène internationale. Je les décrirais comme des nationaux-libéraux mais ils se disent anarchistes. Ils ont soutenu Maïdan et tenté d'utiliser leur anticommunisme pour se faire accepter par les éléments d'extrême-droite du mouvement. Sur Maïdan ils avaient des pancartes montrant Lénine comme un boucher massacrant les révolutionnaires et ils ont fait la fête lorsque des activistes ont détruit le monument de Lénine à Kiev.

Comme les libéraux qu'ils sont, ils détestent tout ce qu'ils considèrent de gauche : la révolution bolivarienne au Venezuela, la Révolution cubaine et en Allemagne les communistes du DKP, ainsi que très certainement Die Linke à cause de son passé sous la RDA. Ils disent que l'Armée rouge qui a libéré l'Europe du fascisme était une armée d'occupation. Pour eux bolchévisme est égal à nazisme. Vous pouvez donc imaginer le genre de personnes qu'ils sont. L'un de leurs leaders était membre du "conseil civil" du Ministère de la Police !

Leur seul objectif est de discréditer les autres forces de gauche. Il faut savoir que Kommuna, le Shturmovoï Komitet et Avtonomyi Opir ont soutenu Maïdan et ont attaqué nos militants à Kiev lors des manifestations contre la guerre.

Nous avons une ligne politique totalement opposée à celle de l'AST, nous pensons que nous sommes déjà en guerre civile en Ukraine alors qu'ils pensent qu'il y a un conflit entre le gouvernement et des "terroristes". Comme je l'ai dit précédemment nous sommes membres de la Déclaration de Minsk contre la guerre [traduite ici en deuxième partie d'article NDLR] ; alors qu'ils soutiennent l'"opération anti-terroriste" du gouvernement.

L'un de leurs principaux activistes, Serhii Kutnii, a affirmé soutenir l'opération anti-terroriste et même qu'il soutenait l'idée d'un "petit incendie" à Donetsk en écho au massacre d'Odessa...

Des gens qui soutiennent l'idée d'un "petit incendie" à Odessa ne peuvent être pris sérieusement pour des critiques de gauche des mouvements progressistes.

Par rapport aux accusations lancées contre nous : nous ne sommes pas une organisation "pro-russe", nous nous battons pour les droits des travailleurs, des femmes et des jeunes. Ni le nationalisme russe ni le nationalisme ukrainien ne sont acceptables pour nous. Notre idéologie est l'internationalisme prolétarien. Nous détestons aussi bien les oligarques de Russie que d'Ukraine. Notre partenaire en Russie est le Front de Gauche, beaucoup de ses militants sont en prison à l'heure actuelle et nous avons montré notre solidarité avec eux.

Dans le même temps nous soutenons les droits démocratiques des citoyens d'origine russe en Ukraine. Ils ont le droit d'utiliser leur langue et de protéger leurs valeurs culturelles. Nous défendons l'idée d'égalité linguistique et nous nous opposons à celle d'un État ukrainien ethnique. Nous soutenons l'idée d'une fédération démocratique pour les Russes et les Ukrainiens, avec une large autonomie des régions, et nous voulons aussi des garanties pour les droits des minorités roumaine, moldave, grecque, bulgare, rom etc. 

Borotba a-t-elle participé à des évènements publics avec des organisations réactionnaires ? Par exemple, un article vous accuse d'avoir attaqué des manifestants pro-Maïdan à Kharkov aux côtés de "nationalistes russes" le 1er mars.

Nous avons toujours eu des affrontements avec des partisans de droite de Maïdan. Ils ont toujours tenté de nous attaquer. Certains camarades étaient dans la rue lors des affrontements du 1er mars, mais nos militants n'ont pas commis de violences. Nous avons émis par la suite un communiqué condamnant la violence politique de tous bords. Mais le Secteur Droit et les autres gangs néo-nazis ont poursuivi dans leur terreur politique contre nous. Nous n'avons pas commencé cette guerre, mais nous avons le droit de nous défendre !

Un autre supposé évènement public aurait été avec le Parti socialiste progressiste ukrainien (PSPU), accusé par les critiques d'être "antisémite, clérical et raciste". Quelles sont vos relations avec ce parti ?

Nous n'avons pas de relations avec le PSPU. Je ne sais pas s'ils sont racistes ou antisémites, mais ils sont en effet très religieux. Ils étaient par le passé une force politique assez importante, mais aujourd'hui ce n'est qu'une petite secte. Leurs conceptions politiques sont voisines de celles de Brigitte Queck [militante allemande proche du Réseau Voltaire NDLR]. Comme cette dernière, qui vient parfois à des meetings de Die Linkedes militants du PSPU sont parfois venus à des meetings où nous étions présents pour exposer leur point de vue. Mais nous ne travaillons pas sur une base politique avec eux.

Est-il vrai que vous avez des contacts politiques avec Alexandre Chalenko, qui serait selon vos critiques "en faveur du chauvinisme grand-russe" ?

Alexandre Chalenko est un des journalistes les plus connus en Ukraine. En tant que membre du cercle de journalistes autorisés de la Présidence [sous Ianoukovitch], il avait des liens avec les plus importants journalistes ukrainiens (pro-gouvernement comme d'opposition). Il y a beaucoup de photos de lui avec des ministres de Ianoukovitch ainsi qu'avec de futurs leaders de Maïdan. Il a organisé des centaines d'interviews avec des politiciens de tous les bords politiques. Nous avons souvent eu des débats avec lui. En règle générale, il nous a toujours fortement critiqués. Mais Borotba n'entretient pas de relations avec lui au-delà de ce type de débats.

Au sujet des alliances politiques en Ukraine, Borotba a été accusée de de coopérer avec l'"organisation séparatiste militante" Oplot qui serait "homophobe et antisémite". Qui sont-ils et quelles sont vos relations avec eux ?

Nous n'avons ni n'avons jamais eu aucune coopération ni lien avec Oplot. Je ne suis même pas sûr que cette organisation existe toujours à l'heure actuelle. Concernant les accusations d'homophobie contre nous, n'importe qui d'un peu familier avec la gauche en Ukraine sait que Borotba a toujours critiqué de telles positions conservatrices, y compris de la part du Parti communiste.

À Berlin vous avez invité deux auteurs russes, Stanislav Byshok et Alexeï Kochetkov, à présenter leur ouvrage "Maïdan et les néo-nazis". Il est apparu plus tard qu'ils avaient fait partie ou en tout cas eu des liens avec les néo-nazis russes par le passé, ce pourquoi la présentation a été annulée. Pourquoi avez-vous invité ces personnes et pourquoi n'avez-vous pas remarqué d'où elles venaient politiquement ?

En réalité je ne les ai pas invités. Ils m'ont contacté, m'ont dit qu'ils étaient en tournée en Europe pour présenter leur livre et m'ont demandé de les aider à en faire la promotion. Je leur ai demandé de m'en envoyer un exemplaire, ce qu'ils ont fait. J'y ai lu un très professionnel travail d'investigation sur le rôle des néo-nazis dans le mouvement Maïdan.

Lorsque j'ai reçu la lettre les accusant d'avoir un passé néo-nazi, j'ai annulé la présentation. Des militants ont par la suite mené leurs propres investigations sur les auteurs. Ils ont découvert et publié que l'un d'entre eux avait eu des liens avec l'extrême-droite par le passé.

Lorsque nous les avons confrontés à ces accusations, ils ont expliqué avoir rompu avec ces positions politiques et avoir dédié dès lors leurs connaissances et leur expérience à enquêter sur les structures néo-nazies de manière scientifique.

Je suis vraiment désolé de ne pas avoir enquêté sur le passé de ces personnes. C'est une erreur que j'ai commise, mais je ne m'attendais à quelque chose comme cela.

Il y a une photo de vous aux côtés d'un groupe de personnes incluant Israël Shamir. Il a été dit que cette photo prouvait vos liens avec cet antisémite et négationniste notoire. Travaillez-vous politiquement avec lui ?

Je n'ai pas de contacts avec Israël Shamir. Cette photo a été prise lors de la présentation de presse d'un film sur Julian Assange. Israël Shamir, moi-même et plusieurs centaines de personnes étaient invités par les organisateurs. Des journalistes très pro-Maïdan l'étaient également. Je pense donc que vous pouvez trouver des photos de moi "avec" à peu près tout le spectre politique ukrainien. Je pense qu'il n'est pas éthique d'utiliser des photos pour semer le doute quant aux conceptions politiques d'une personne sur une photographie donnée. Si quelqu'un est vraiment intéressé par mes idées politiques, il ou elle peut m'interroger et je répondrai de manière totalement ouverte.

En parlant d'antisémitisme, Borotba est aussi accusée d'avoir toléré l'antisémite Alexeï Blyuminov, qui est un éditeur de Vechernyi Lugansk. Quelles sont les relations de Borotba avec cette lui ?

Alexeï Blyuminov a aussi créé des problèmes dans d'autres organisations politiques. Il a été dans notre organisation un court moment, puis il a soutenu Maïdan et quitté notre mouvement, et maintenant il soutient les "séparatistes". Lorsqu'il était avec nous et par la suite, je n'ai jamais entendu parler de déclarations antisémites de sa part. Nous avons une tolérance zéro envers l'antisémitisme.

Certains camarades ont pu avoir une sous-culture nationaliste par le passé, mais ils sont désormais totalement dévoués aux idées du communisme et de l'internationalisme. Nous suivrons toujours une ligne politique prolétarienne et l'antisémitisme, la xénophobie ou le sexisme ne sont pas acceptables pour nous.

Nous faisons face à des accusations de la part du gouvernement, des médias et des libéraux-nationalistes. Ils nous détestent parce que nous sommes communistes, parce que nous défendons Marx, Lénine et le socialisme ! Nous nous tenons aux côtés de la classe ouvrière et de la jeunesse contre le racisme et le fascisme. Même dans des conditions de terreur nous avons organisé des actions de soutien aux syndicats de travailleurs.

Quelle est votre analyse sur le mouvement de Maïdan ?

Nous avons dit qu'il s'agissait d'un mouvement totalement réactionnaire dès le début. Nous étions totalement opposés à l'accord de libre-échange avec l'Union européenne, car cela menait droit à un scénario grec. Les manifestations de Maïdan développaient une culture de la réussite individuelle, il n'y avait aucune idée de gauche dans tout cela.

Bien sûr la totalité du mouvement n'était pas fasciste, mais dans tous les cas très anticommuniste : ils détruisaient les monuments de Lénine dans tout le pays. Ils proclamaient qu'une soi-disante "mentalité soviétique" nous empêchait de devenir libres et riches. Ils avaient même mis en place une frontière symbolique : lorsque vous entriez sur Maïdan, vous pouviez voir un panneau annonçant que vous quittiez l'URSS pour entrer dans l'Union européenne.

Mais leur compréhension des valeurs européennes était très particulière. Les fascistes étaient une minorité sur Maïdan au début, mais ils étaient tolérés par la majorité des contestataires. Ils sont ensuite devenus une minorité active et ont imposé leur agenda politique à tout le mouvement. Un mouvement sponsorisé par les personnes les plus riches du pays, à qui la victoire de Maïdan a largement bénéficié.

Ils ont appelé cela une "révolution de la dignité", mais maintenant les partisans de Maïdan à Kharkov ont créé un site internet pour collecter les données personnelles des militants anti-gouvernementaux, y compris les adresses personnelles et leurs lieux de travail.

Le résultat de la victoire de ce mouvement ce sont les armées privées des oligarques, un oligarque président, des oligarques et des fascistes au gouvernement, une faillite économique et la guerre civile en Ukraine.

L'on pourra encore lire ici (en anglais) la réponse d'une organisation trotskyste de Grande-Bretagne - Workers' Power - à ce type d'attaques par amalgame et raccourci que nous ne connaissons que trop bien en Hexagone, et dont les champions là-bas sont notamment l'organisation (également trotskyste) Workers' Liberty (qui est finalement - un peu - au trotskysme d'outre-Manche ce que le 'p''c''mlm' est au marxisme-léninisme et au maoïsme ici, ou "Confusionnisme.info" à l'"extrême-gauche" en général) : http://www.workerspower.co.uk/2014/11/smears-and-social-imperialism-the-politics-of-the-third-camp-on-ukraine/. Un simple passage mérite selon nous la traduction, car ne pouvant pas dire les choses plus clairement : "Pourquoi disons-nous des révélations soi-disant 'fracassantes' de Workers' Liberty qu'elles sont insignifiantes ? Pour la bonne et simple raison qu'aucun d'entre nous ne vit dans un 'vide interstellaire' politique. Toute organisation de gauche radicale sauf peut-être la plus sectaire, isolée et propagandiste passive dans sa pratique politique peut être amenée à entrer en relation (et par conséquent à discuter) avec toutes sortes de personnes, qui sont elles-mêmes en relation et parlent avec toutes sortes d'autres personnes"... CQFD.


***********************************

Comme nous l'avons dit plus haut, nous ne considérons pas les tenants d'un "ni-ni" révolutionnaire sincère comme des ennemis. Nous nous considérons (à vrai dire) nous-mêmes comme des "ni-ni" ; mais des "ni-ni" subtils et non schématico-abstraits, tentant de baser notre réflexion sur la réalité concrète des masses en nous mettant (ne vivant pas cette situation directement) à la place de ces dernières, y compris (même) à la place des partisans non-fascistes de Maïdan puis du nouveau régime. Nous considérons que le conflit a un clair aspect inter-impérialiste entre Russie et bloc atlantique occidental, aspect avec lequel nous n'avons rien à faire et surtout pas de parti à prendre ; mais qu'il a aussi - sur le terrain populaire concret des évènements - des "niches", des "poches" où se logent d'autres aspects : un certain esprit "soviétique" de coexistence des nationalités et de nostalgie pour la protection sociale d'avant 1991 s'opposant à une vision aussi violemment national-identitaire qu'ultra-libérale thatchérienne ; un affrontement non pas tant entre "Russes" (qui ne sont majoritaires nulle part sauf légèrement en Crimée) et Ukrainiens qu'entre un programme d'"Ukraine aux 'purs' Ukrainiens", qui ferait des non-Ukrainiens et des Ukrainiens "impurs" (ethniquement mixtes, principalement russophones ou encore "sales rouges") des citoyens de seconde zone voire des gibiers de "purification ethnique"... et les non-Ukrainiens et Ukrainiens "impurs" en question, qui ont le droit tout à fait légitime de s'autodéfendre !

Notre "solution idéale" pour l'Ukraine serait exactement la solution fédérative démocratique et anti-nationaliste que prône Sergueï Kiritchouk dans l'interview ci-dessus.

Ce qui est amusant c'est que si nous étions en 1993 ou 1994 et que nous écrivions sur la Bosnie, c'est très certainement dans le camp bosniaque que nous verrions (en partie) ces mêmes aspects dont nous venons de parler : l'idée "yougoslaviste" de défense d'une "Yougoslavie modèle réduit", de coexistence démocratique des nationalités contre le dépeçage ethnique orchestré par Milosevic et son frère ennemi croate Tudjman... Autrement dit dans le "camp du Nouvel Ordre Mondial américano-européo-otano-sioniste BHL" pour les "anti-impérialistes" campistes dont on nous accuse de faire partie aujourd'hui !

Telle est notre position et nous ne considérons pas les camarades qui s'arrêtent à l'aspect le plus visible et apparent des choses - celui d'un pur conflit entre impérialisme russe et impérialismes occidentaux - comme des ennemis politiques. En revanche nous considérons comme des ennemis les faux "ni-ni" suppôts de l'impérialisme et des fascistes pro-Kiev ; et le camp du terrorisme intellectuel n'est définitivement pas le nôtre.

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 09:37

 

Un texte d'une beauté à couper le souffle qui nous parle de la classe ouvrière de Lorraine, cette provincia (pays conquis) et périphérie quart-mondisée du système France, dont il faut rappeler qu'après avoir été un État (duché) semi-indépendant (comme tous les États) du Saint-Empire germanique puis complètement indépendant, elle ne fut progressivement annexée qu'à partir du milieu du 16e siècle ("chevauchée d'Austrasie" d'Henri II amenant dans l'escarcelle royale les Trois-Évêchés en 1552) et définitivement (non sans avoir connu les affres de la Guerre de Trente Ans et de toute une série d'occupations françaises, perdant peut-être les deux tiers de sa population...) en 1766 seulement (!), vingt-trois ans à peine avant la Révolution et trois ans avant la Corse, après avoir été pendant 30 ans une sorte de "protectorat" gouverné par le beau-père de Louis XV (Stanislas Leszczyński qui a donné son prénom à la célèbre place nancéienne). Lors de la création des départements en 1790, comme une ultime humiliation, on fera faire à sa frontière avec la Haute-Marne (département champenois) un détour de plusieurs kilomètres afin de lui arracher les vestiges de l'ancienne citadelle de La Mothe, dangereux symbole de sa résistance passée face aux tentatives d'annexion...

Elle devint alors très vite une périphérie populaire vouée à l'industrie lourde sous la houlette des tout-puissants De Wendel [firme familiale qui deviendra après-guerre Sacilor puis (après nationalisation) Usinor-Sacilor en 1986, Arcelor en 2002 et enfin Arcelor Mittal en 2006, la firme elle-même devenant une société d'investissement présidée par... Ernest-Antoine Seillière], se peuplant d'un prolétariat ouvrier de toutes les origines européennes puis extra-européennes, mais cadenassé dans un système paternaliste qui verra toujours un mouvement communiste historiquement assez faible et une large hégémonie du syndicalo-réformisme voire du syndicalisme cogestionnaire chrétien, et même d'une assez forte droite ouvrière (en Moselle surtout) donnant aujourd'hui de puissants bastions FN.

À la fin des années 1970 (nouvelle crise générale du capitalisme) la sidérurgie commence à être peu à peu démantelée, soulevant un mouvement de résistance populaire magnifique qui réussira même l'exploit d'assombrir l'"état de grâce" mitterrandien mais qui sera malheureusement défait ; le territoire devenant alors définitivement une vaste zone de relégation plongée dans le chômage et la désespérance, le désert de services publics, la pauvreté urbaine et rurale, l'alcoolisme et autres fléaux psycho-sociaux (avec toutes leurs conséquences sanitaires), le vote populiste d'extrême-droite etc. ; bien que parallèlement aux gesticulations du Montebourg succédant à celles de Sarkozy, les sacro-saints "z'élus locaux" tentent de restructurer cela en une "métropole dynamique et prospère au cœur de l’Europe" (dans le texte) qui d’Épinal jusqu'à la frontière luxembourgeoise compterait quelques 1,5 millions d'habitants et qui s'intégrerait à la "dorsale européenne" rhénane...

Espérance de vie parmi les plus basses d'Hexagone dans certains secteurs, augmentation de plus de 16% du nombre de suicides en 10 ans, taux de cancers nettement supérieur à la moyenne nationale (première cause de mortalité) : il y a là de ces crimes contre le Peuple que les forces de l'Histoire ne pardonnent pas, et qui recevront tôt ou tard leur juste châtiment !

Nous, communistes révolutionnaires d'Occitanie et d'ailleurs luttant pour la Libération des Peuples et pour jeter à bas la forteresse d'exploitation et d'oppression mondiale dénommée "France", nous travaillerons d'arrache-pied pour que tu deviennes, Lorraine, une forteresse rouge de la Guerre du Peuple !

Je suis né dans la Vallée des Anges

Je suis né dans la vallée des Anges, là où les chérubins nimbés côtoient les monstres d’acier et les titans de feu. Partout leurs masses se dressaient vers le ciel, comme les clochers des églises, comme les beffrois des hôtels de ville, comme autant de points de repères pour les habitants des lieux. Des confins des Ardennes au sud de Nancy, en passant par Thionville, Metz et Pont-à-Mousson, notre bassin prenait des airs d’Enfer lorsque les cheminées hululaient, crachant dans l’air des fumées sulfureuses. L’odeur de souffre emplissait les narines et on respirait à plein poumon un air gorgé de scories. Les vitres se recouvraient d’une pellicule de suie, et le ciel demeurait tristement gris.

Parfois, nous montions sur les crassiers, voir d’en haut les anciens lorsqu’ils coulaient la fonte. Des éclairs de feu jaillissaient et la lave serpentine fusait dans un bouillonnement d’or. Partout, la nuit ne laissait apparaître que le rougeoiement des hauts-fourneaux. Pareils à des dragons bienveillants, les mastodontes insomniaques entretenaient jusqu’à l’aurore, dans une pluie d’étincelles, le brasier ardent. Les enfants regardaient passer les wagonnets, leurs lumières et leurs cliquetis, semblables à ceux d’une fête foraine.

Gueules noires aux yeux bleus, les ouvriers ne comptaient pas leurs heures. Les cris, la chaleur et le grondement des gestes en cadence rythmaient les journées et les nuits. Quand nos pères rentraient le soir, il ne fallait pas faire de bruit. L’alcool coulait souvent jusque tard dans leurs gorges irritées par la poussière, soulageant leurs dos usés et leurs mains calleuses, attisant leur fatigue et calmant leurs angoisses. À table, on parlait parfois des De Wendel car ici, tout leur appartenait. C’était leurs murs, leurs usines, leurs échoppes et leurs bars. Nous étions leurs ouvriers, leur main d’œuvre, leurs gagne-pain. Pourtant, c’était nos pères qui se levaient chaque jour pour rejoindre les hauts-fourneaux et les chevalements, les mines de fer et la houille.

Les gens venaient de partout pour travailler ici. Algériens, Espagnols, Italiens, Polonais et Français. Tous se côtoyaient, effectuaient les mêmes taches dans les mêmes monstres d’acier, fréquentaient les mêmes épiceries, se rendaient aux mêmes sorties d’écoles, se retrouvaient dans le même bar PMU le dimanche matin et assistaient aux mêmes matchs de football le dimanche après midi. La vallée brassait toutes les populations, toutes les origines et toutes les cultures. Les gens savaient vivre ensemble et la richesse ne se trouvait que dans les cœurs.

Le ciel gris était le même pour tous et les petites maisons ouvrières s’alignaient dans tous les villages-rues de la vallée. Les légumes que l’on cultivait dans les jardinets, radis, carottes et salades, étaient mis à tremper dans de grandes bassines dont l’eau finissait par prendre la couleur de la rouille. Chaque jour les femmes balayaient la poussière épaisse, déposée par les fumées des usines sur les balcons et les parvis et plusieurs fois par semaine, il fallait nettoyer les vitres, noires de suie.

Puis, la rumeur a commencé à enfler. Les usines allaient fermer. Les laminoirs, les mines de fer et les trains à fil, les aciéries et les hauts fourneaux, bientôt, ne seraient plus. Le jour où ils ont arrêté la coulée, le ciel est devenu clair, on revoyait l’azur, mais cela ne présageait rien de bon. La poussière a peu à peu disparu, laissant apparaître le vert de la végétation foisonnante attisée par une pluie fréquente. Les sidérurgistes ont continué à travailler durement, mais l’envie n’y était plus. La résignation se voyait parfois sur leurs visages marqués par le labeur. Beaucoup se préparaient pour les manifestations futures tandis que d’autres démontaient déjà les ponts roulants et les installations d’acier, sous les regards désespérés.

L’appel à la grève générale, un mois d’avril morne et froid, avait été largement suivi. Les odeurs de pneus brûlés succédaient à celle du souffre. Les frontières avec l’Allemagne et le Luxembourg furent fermées, les routes bloquées, les rails occupés et les commerçants laissèrent clos leurs rideaux de fer. Plus rien ne circulait et partout dans la vallée, on se mobilisait. Les cloches des églises sonnaient à la volée, dans un écho funeste.

Les promesses des politiques n’ont jamais été tenues et la Vallée de la Fensch a été abandonnée. L’extraction et la fusion du fer ont laissé place à des usines désertes qui pointent toujours vers le ciel leurs carcasses de fonte. Au printemps, leurs silhouettes fantomatiques percent la brume aux premières lueurs du jour et l’automne, leurs lignes aiguisées se dessinent au bord des routes derrière l’épais brouillard. Les galeries vides et les effondrements du sous-sol ont remplacé l’effervescence des travailleurs. La région est endeuillée par le chômage et la misère, tandis que les nouvelles générations cherchent à partir au plus vite pour trouver du travail. Les villages-rues se sont transformées en cité-dortoir où la vie n’est plus.

Il y a eu du sang et des larmes ici. Des coups de grisou, des suicides. Et partout, la silicose qui ronge les poumons. La sirène retentissait quand un accident grave se produisait, et on priait pour qu’il ne s’agisse pas de notre père, de notre frère ou d’un proche. Malgré tout cela, la vallée abritait un vivier culturel, une clayère d’âmes et d’esprits. Les anciens étaient fiers de ce qu’ils faisaient, même si le labeur était éreintant. Leur savoir faire unique s’est envolé lorsque les usines ont fermé leurs portes et avec lui, des milliers d’emplois. Le ciel a retrouvé ses couleurs, la poussière ne se dépose plus sur la terre que l’on cultive, les fumées ferrugineuses ont disparu, mais plus personne ne souhaite en profiter.

Du bord de la route, je regarde les hauts fourneaux et leur allure spectrale qui me fascine tant. La nature y a repris ses droits et une herbe émeraude recouvre leurs pieds, tranchant avec les reflets argent des carcasses d’acier. Je dévisage ces titans figés dans un immobilisme immuable et je me souviens des odeurs de souffre, de la poussière et du bruit permanent. Je les observe mais, pourtant, ce sont eux qui aujourd’hui contemplent la région de leur majesté rouillée.

carnet1-1

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 07:49

 

Damien Camelio, anarchiste occitan du Groupe d'Action Directe Internationale (GADI) condamné à deux ans de prison ferme pour des attaques incendiaires contre une secte chrétienne servant de base arrière au Front National, une prison et un bâtiment militaire (communiqué reçu par le formulaire de contact) :

1Damien-CamelioC’est en solidarité avec Damien CAMELIO, prisonnier anarchiste, que nous dénonçons publiquement les difficiles conditions de détention ainsi que le traitement dégradant qu’il subit au centre pénitentiaire de Mont de Marsan (40).

Si les publications légales auxquelles Damien CAMELIO est abonné lui sont délibérément retenues plusieurs semaines avant de lui parvenir, celui-ci s’est également vu notifier par la direction de l’administration pénitentiaire un « refus pour entrées incessantes de livres » au motif qu’il n’a « pas à faire entrer des livres en quantité et à les remettre à [ses] codétenus une fois lus ».

Toutes ses demandes pour accéder aux salles de sport, réaliser des études ou de régime ouvert n’ont pas été étudiées ; Damien CAMELIO est le seul prisonnier politique de son bâtiment, cet isolement rend ses conditions de détention plus que difficiles.

Au mois de mai, après que l’administration pénitentiaire ait « ouvert par erreur » un courrier confidentiel d’un avocat, s’en sont suivis 6 nuits consécutives de privation de sommeil : flash de lumières, alarme en cellule, bruits incessants.
Dans son rapport du 19 avril 2012, le Comité européen de Prévention de la Torture (CPT) a dénoncé la pratique consistant à contrôler certains détenus en les réveillant plusieurs fois par nuit étant donné les « conséquences néfastes pour la santé des détenus ».

Dans le même sens, par une ordonnance du 18 avril 2014, le juge des référés du Tribunal administratif de Limoges a ordonné la suspension du régime de surveillance nocturne qui était imposé depuis le mois de juin 2013 à un détenu ayant le statut de « détenu particulièrement signalé » (DPS). Il a relevé que les contrôles nocturnes appliqués à l'intéressé, qui perturbent son sommeil et ont un impact sur sa santé, portent une atteinte grave et immédiate à sa situation. Il rappelle par ailleurs que l’inscription sur le répertoire des DPS ne saurait automatiquement entraîner l’application d’un tel régime de surveillance (Source OIP).

Le centre pénitentiaire de Mont de Marsan, inauguré en novembre 2008, fait partie de ces nouvelles prisons où les surenchères technologiques et sécuritaires déshumanisantes conditionnent le détenu en simple objet, engendrent de la violence et génèrent des drames humains. Dans sa dernière lettre, Damien CAMELIO le souligne tout particulièrement : «Les ailes probatoires sont réputées pour être les pires. Tout le monde veut se barrer de ces ailes, les gars préfèrent même l’isolement. Tous les morts ou presque, sont morts dans nos ailes. Un gamin de 19 ans est mort ici il y a peu, c’est le 5ème en deux mois. J’ai vu un mec s’arracher les veines parce qu’il n’a pas supporté le traitement qu’il a subit. Il y a un autre mec qui s’est coupé le doigt avec un couteau, il a fini de se l’arracher avec les dents pour l’envoyer au procureur pour qu’il bouge d’ici»

Pour soutenir Damien, vous pouvez lui écrire :
Damien CAMELIO
n° 5057
Centre de détention de Mont de Marsan
Chemin de Pémégnan
BP 90629
40006 MONT DE MARSAN CEDEX

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C'est donc manifestement par un régime carcéral digne de Guantánamo que la République vallsienne tente de briser cet "anarchiste entré en résistance".

N'oublions pas non plus le camarade indépendantiste de gauche breton Enguerrand Delanous, au cachot pour soi-disant "confection d'engins incendiaires" et "jets de pierres sur les forces de l'ordre" lors de la manifestation du 22 février contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (cliquer sur l'image pour la page de son Comité de Soutien).

1enguerrand naoned

On peut suivre aussi les communiqués de soutien et l'actualité le concernant ici : http://nantes.indymedia.org/groups/comité-de-soutien-à-enguerrand

Vous pouvez également lui écrire à :

Delanous Enguerrand
Écrou 59694
Rue de la Mainguais
BP 71636
44316 Nantes CEDEX 3

L'idéologie républicaine-bourgeoise francouille est un SYSTÈME TOTAL qui dans la crise générale du capitalisme et face à la contestation grandissante tombe de plus en plus ouvertement le masque "démocratique", conduisant au FASCISME ; les scores de plus en plus impressionnants du Front National sont un SYMPTÔME, un des symptômes de cela et non sa "cause". C'est l'idéologie républicaine-bourgeoise BBR qu'il faut dénoncer, combattre et détruire avec l'appareil politico-militaire qui la porte avant que demain sa dictature ne s'exerce de manière ouvertement fasciste, avec Marine Le Pen ou qui que ce soit d'autre au pouvoir ; et non, comme le prétendent de pseudo-"maoïstes", défendre sa version "républicaine" contre la version ouvertement fasciste.

Cette accumulation des emprisonnements fermes de militant-e-s par la justice "républicaine" est peut-être, pour ces "mao"-vallsistes, une "juste réponse" des Lumières-bourgeoises-à-défendre contre la "décomposition petite-bourgeoise d'ultra-gauche" ; mais en réalité, comme dans un tout autre registre le parcours intellectuel d'un Alain Finkielkraut aboutissant... à l'Académie française, elle révèle l'abandon croissant du masque "républicain-démocratique-droit-de-l'hommiste" par la dictature du Capital BBR et son idéologie française ; elle révèle le pourrissement réactionnaire de l'ordre bourgeois qui, achevé, pourra alors être nommé fascisme ; elle le révèle même de manière beaucoup plus significative que la montée du FN ou le succès des "Manifs pour tous" homophobes, autrement dit des gens qui ont toujours été des ultra-réactionnaires et des fachos. C'est cela, ce "retour de l'autorité", de "l'ordre et du travail" autrement dit la dictature "sans complexes" de l'ordre bourgeois sur les "masses dangereuses" que veut (que l'on a fait vouloir à) l'électorat FN ; le reste (sortir de l'Union européenne, revenir au franc, instaurer un certain protectionnisme commercial, sortir de l'OTAN et se rapprocher de la Russie, soutenir plutôt Poutine ou plutôt les nationalistes ukrainiens, plutôt Israël l'"avant-poste de l'Occident" ou plutôt Bachar el-Assad l'anti-"Nouvel Ordre mondial") il s'en fout un peu dans le fond, ce sont des préoccupations de cénacles intellectuels.

Ce ne sont pas les fascistes qui instaurent le fascisme, mais le ralliement des "démocrates" et des "républicains" bourgeois à leurs positions. C'est ce qui est en train de se produire à grands pas.


 

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 11:53

 

Encore une nouvelle fois, les pays arabes sont en proie à des évènements montrant combien leur caractère stratégique (ressources et routes énergétiques, contrôle de la Méditerranée et des communications entre les mers) en fait un point de cristallisation des toutes les contradictions du monde impérialiste actuel.

En Irak, ce sont les djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL, issu du groupe Zarqaoui des années 2004-2006, voir une présentation ici), né en 2006 comme branche locale d'Al-Qaïda avant de s'en éloigner, qui ont pris le contrôle de Mossoul (deuxième ville du pays avec plus de 2 millions de personnes) et de plusieurs provinces de la vallée du Tigre, dans le Nord sunnite du pays, après s'être déjà emparés de la célèbre Falloujah en janvier :

Après la prise de Mossoul par les djihadistes, l'Irak est au bord de l'implosion

Irak : la violente offensive des jihadistes inquiète l'Occident

L'offensive djihadiste en Irak qui redessine le Moyen-Orient

Al Qaida Irak

Bénéficiant du soutien de nombreux chefs de tribus locaux et même d'anciens officiers baasistes de l'armée de Saddam, ainsi que de désertions en masse dans l'armée gouvernementale, les rebelles (7.000 à 10.000 hommes selon les estimations) avancent de manière fulgurante et se trouvent pratiquement aux portes de la capitale :

Irak : la ville de Tikrit tombée aux mains des jihadistes

Irak : les jihadistes se rapprochent de Bagdad

Irak : les djihadistes s'apprêtent à prendre Bagdad

Deux ans et demi après le retrait des derniers soldats US, le gouvernement fantoche de Nouri al-Maliki (dominé par les partis chiites) en appelle désespérément au "volontariat" et à "l'armement des citoyens volontaires" pour reprendre les territoires perdus.

Au-delà de la répugnance normale que peut inspirer ce groupe, son idéologie et ses agissements, c'est tout d'abord le constat d'une déroute complète pour l'ordre impérialiste et ses laquais qui s'impose. En 2003, les buts de guerre de la clique Bush-Cheney et de ses alliés étaient simples et clairs : 1°/ en finir avec le "terrorisme d'Al-Qaïda" et 2°/ contrecarrer "l'Axe du Mal" en tête de file duquel se trouvait l'Iran des mollahs. Onze ans, 4.500 soldats américains tués (+ 318 autres coalisés et plus de 3.000 contractors privés, sans compter les très nombreux décès hors d'Irak après évacuation, parfois des années après, non comptabilisés), 36.000 blessés et des centaines de milliers de mort-e-s irakien-ne-s plus tard, quitte à résumer un peu sommairement les choses, le 652763-irak l offensive djihadiste 30392 hdSud chiite est un protectorat iranien de fait tandis que le Nord sunnite est aux mains de djihadistes encore pires qu'Al-Qaïda (EIIL). Seul le Kurdistan autonome (tout au nord) semble d'une loyauté indéfectible, mais sert aussi de base arrière aux nationalistes kurdes qui combattent l’État turc (c'est l'une des multiples raisons de la prise de distance d'Ankara avec son alignement occidental traditionnel). C'est moins impressionnant qu'une chute de Saïgon, mais tout autant un fiasco stratégique que la guerre anticommuniste du Vietnam il y a 40 ans.

On peut également considérer que, comme au Mali en 2012 (où c'est notre impérialisme BBR qui a finalement dû jouer les gendarmes), c'est une nouvelle démonstration de la faillite des États semi-/néocoloniaux dans le cadre de la crise générale terminale du capitalisme planétaire. Il est plus que probable que là aussi, le régime de Bagdad ne puisse à lui seul résoudre le problème sans une intervention impérialiste étrangère (surtout que les provinces touchées sont parmi les plus riches en pétrole !), qui devrait logiquement être états-unienne :

Irak : les islamistes à 100 km de Bagdad, Washington envisage des frappes

Mais qui, au pays de l'Oncle Sam, est encore prêt à aller mourir sur les bords du Tigre ?

Autre État pur produit artificiel du colonialisme qu'une intervention impérialiste (se greffant cette fois sur un authentique soulèvement populaire) a fait se fragmenter complètement : la Libye. Nous avions beaucoup écrit à l'époque (2011) sur les évènements dans ce pays (1-2-3) et cela nous avait valu des torrents de fiel, d'attaques rampantes et minables à l'image de leurs auteurs, de dialogues de sourds etc. avec tout ce que le "communisme" hexagonal et international peut compter de "campistes" et d'"anti-impérialistes" borgnes voire aveugles ; nous avions même assisté (médusés) au ralliement "surprise" de nos vieux "amis" du 'p''c''mlm' à ces thèses qu'ils avaient pourtant toujours dénoncées. Nous disions clairement que OUI, faute de direction et de projet politique clairement posé et cohérent, la révolte spontanée du Peuple libyen avait été récupérée par un bloc impérialiste principalement constitué de la fRance sarkozyenne, de la Grande-Bretagne et des USA (paradoxalement "en retrait") afin de "jouer leur carte" contre leurs rivaux mieux placés et (surtout) de garder sous contrôle une situation qui semblait totalement partir en roue libre : éviter une Somalie en Méditerranée. Mais nous disions aussi que la "nouvelle Libye" post-Kadhafi ne serait jamais "pacifiée" ; qu'elle échapperait toujours au contrôle total des impérialistes occidentaux et même retournerait ses armes contre eux ; et que les rêves éveillés des clowns idéalistes à la BHL, faire-valoir de toutes les guerres impérialistes "humanitaires", trouveraient un réveil brutal.

C'est effectivement ce qui s'est produit en Cyrénaïque, berceau du soulèvement contre Kadhafi devenu l'emblème du fiasco des plans occidentaux après sa chute : ambassadeur US tué en septembre 2012 dans un contexte insurrectionnel, attentats et assassinats en série de "coopérants" impérialistes comme encore un ingénieur français au mois de mars, etc. À défaut de voir une véritable Guerre populaire conduite par un Parti révolutionnaire authentique, chose qui existe encore dans trop peu d'endroits au monde, la région (déjà foyer de résistance contre la colonisation italienne dans les années 1920-30) était tout au moins devenue définitivement un bourbier pour les plans impérialistes de domination totale de l'Afrique du Nord et les rêves BHLo-néocons de "Nouveau Moyen-Orient" ; Sarkozy, lui, étant gravement grillé auprès de la bourgeoisie impérialiste BBR elle-même pour avoir piétiné la "doctrine Foccart" qui veut qu'on "ne lâche jamais sauf cas extrême un despote africain ami sous peine de perdre la confiance et la loyauté de tous les autres" : il a contribué au renversement et à l'exécution sommaire de Kadhafi après que celui-ci ait généreusement financé sa campagne présidentielle de 2007 ; et de fait l'on voit depuis lors les chefs d’États africains y compris francophones (que Kadhafi arrosait grassement de ses largesses) se tourner massivement vers Washington, Pékin, les pays du Golfe voire Moscou...

1Khalifa-Haftar-on-TV-009Depuis la mi-mai c'est un haut-gradé militaire libyen, le général Haftar, passé aux États-Unis en 1986 après avoir été fait prisonnier au Tchad et y vivant depuis lors, qui a été chargé par l'impérialisme de reprendre la province rebelle en main - et de là tout le pays. Un scénario ressemblant fort à celui qui s'est joué l'été dernier en Égypte, avec le renversement des Frères musulmans (vainqueurs des élections de 2012) par le général moubarakiste Al-Sissi.

Nous avons beaucoup écrit dans les colonnes de ce blog au sujet de l'islamisme (voir notamment l'article sur l'Égypte en lien ci-dessus), que nous avons défini comme une expression politique du "capitalisme d'en bas" qui se développe spontanément dans les rapports sociaux populaires des pays musulmans (pays loin d'être "primitifs" lorsqu'ils sont passés sous la domination de l'impérialisme), opposé au "capitalisme d'en haut" bureaucratique-comprador impulsé par et au service de l'impérialisme, et dont la colonne vertébrale est généralement l'armée (qui s'avère souvent être aussi une juteuse entreprise !). Contrairement, en effet, à ce capitalisme bureaucratique-comprador "d'en haut", le capitalisme "spontané" "d'en bas" ne va pas permettre au surproduit (plus-value "sur-accaparée") de "remonter" correctement jusqu'aux monopoles impérialistes - qui vont donc le combattre en conséquence, dans leur perspective de domination totale des économies du "Sud". Cette expression politique va revendiquer la "tradition" islamique (y compris dans ses aspects les plus inhumains pour un regard occidental) comme moyen d'affirmation nationale bourgeoise ; mais elle va être aussi (bien évidemment) pénétrée de modernité impérialiste occidentale à l'heure de la mondialisation ; et souvent (de plus en plus) appuyée par les capitaux suraccumulés du Golfe et de la Péninsule arabique (Qatar, Arabie, Émirats, Koweït où se trouveraient la plupart des financeurs de l'EIIL etc. : éléments privés, fractions de l'appareil d'État à l'image des services pakistanais qui appuyèrent et appuient encore les talibans, voire sommets d'États comme dans le cas du Qatar) qui cherchent des terrains pour se réinvestir et se valoriser. D'ailleurs, jusqu'à présent, la forme armée (djihadisme) de cette expression semblait surtout avoir pour vocation de nuire aux puissances impérialistes européennes, nord-américaines ou asiatiques ; mais désormais, en Irak, c'est la deuxième région productrice de pétrole (après le Sud autour de Bassorah) qui est aux mains des djihadistes... et de leurs donneurs d'ordres, quelque part dans leurs gratte-ciels de Dubaï ou Djeddah.

L'islamisme se présente donc comme un curieux phénomène de "libération nationale" sans libération démocratique du Peuple. Il ne comprend pas, comme avaient pu le faire même des monarques féodaux comme ceux d’Éthiopie ou d'Afghanistan, que l'indépendance nationale à l'heure de l'impérialisme implique un minimum de mobilisation des masses populaires par des mesures d'émancipation et d'amélioration de leur vie quotidienne. S'il arrive qu'il soit bien accueilli au début pour son discours rigoriste contre la corruption et le crime, son apparente efficacité administrative voire ses œuvres sociales charitables (voir ici), dès lors que "l'infidèle" est chassé l'islamisme va immédiatement et durement frapper les masses pour leur signifier qu'elles ne sont pas là pour être libres et maîtresses de leur destin, mais pour être des bêtes de somme au service de la valorisation du Capital "sponsor" golfien, iranien, turc, pakistanais etc. (tel est l'objectif, et le seul, de la charî'a). Ceci est évidemment contraire à toute ligne de masse, chez les djihadistes en tout cas (les Frères musulmans et les mouvements pro-iraniens savent être plus pragmatiques et "rassembleurs", voire "socialisants" dans la lignée de leurs maîtres à penser Sayyid Qutb ou Ali Sharî'ati). À cela va s'ajouter un autre problème, celui de la division des masses populaires selon des clivages religieux (car comme chacun-e le sait il y a différents courants dans la religion musulmane, sans même parler de la conception plus ou moins "littéraliste" ou interprétative des textes) au lieu d'unir le plus largement possible contre l'impérialisme (les "Croisés" dans leur terminologie). On semble en fait observer, au Proche et Moyen-Orient, la formation de blocs politico-capitalistiques non pas sur la base de la proximité linguistique (ainsi que se sont constitués les États "nations" européens) mais plutôt sur la base de la communauté confessionnelle, comme cela était un peu le cas dans la géopolitique des monarchies absolues entre le 16e et le 18e siècle : bloc chiite contre bloc sunnite, le premier étant assez homogène (piloté par Téhéran) tandis que le second est plus divisé entre ses différents pôles d'impulsion (axe Turquie-Qatar derrière les Frères musulmans, Arabie saoudite derrière les salafistes et financeurs privés de la péninsule et du Golfe derrière les djihadistes). Les différentes alliances impérialistes viennent évidemment se greffer là-dessus pour faire avancer leurs intérêts et (dans tous les cas) entretenir une division qui leur est bien confortable, ce qui ne veut pas dire que les différentes forces sont de simples "agents" et "mercenaires" de l'impérialisme et n'ont pas leur agenda propre (conception erronée de beaucoup de marxistes-léninistes) : tout le monde voit bien les contradictions entre l'impérialisme occidental et les djihadistes sunnites qui ont conduit aux guerres d'Afghanistan ou du Mali, au camp d'internement de Guantánamo etc., bien que par ailleurs ils soient objectivement "alliés" contre le "croissant chiite" Iran-Syrie-Hezbollah. Ne pas comprendre cela conduit à des lectures "complotistes" et simplistes des évènements, qui ne favorisent pas la juste compréhension du monde pour le transformer.

Cette dichotomie entre "capitalisme d'en haut" et "capitalisme d'en bas" se retrouve par ailleurs sous d'autres formes dans d'autres parties du monde que l'impérialisme n'a pas non plus "cueillies" au stade de la communauté primitive, comme en Extrême-Orient ou en Amérique latine ; le "capitalisme d'en bas" s'y exprimant à travers le nationalisme bourgeois (l'islamisme est-il en définitive autre chose ?) ou encore de manière particulièrement agressive dans ce que les agences de police internationale appellent le "crime organisé", comme les cartels colombiens ou mexicains (avec lesquels l’État est en véritable guerre depuis bientôt 10 ans) ou encore les triades asiatiques, qui font effectivement du trafic de drogue et autres joyeusetés mais contrôlent aussi des pans entiers d'économie tout à fait légale (mais échappant ainsi au contrôle du capitalisme bureaucratique-comprador et de l'impérialisme). De ce fait, l'impérialisme et le "capitalisme d'en haut" impulsé par lui combattent ces forces de concert ; ce qui n'empêche pas ces dernières d'avoir un caractère profondément réactionnaire (les cartels latino-américains combattent les guérillas, les syndicats et autres mobilisations sociales tandis que les triades chinoises contribuèrent largement à massacrer les communistes pendant la Guerre populaire de Mao).

salafLors de la victoire du Front islamique du Salut (FIS) en Algérie, en décembre 1991, l'intellectuel démocratique Lahouari Addi avait émis la théorie de la "régression féconde". Nous ne dirions pas les choses exactement comme cela. Nous dirions qu'en l'état actuel des choses, de par le caractère même des pays musulmans (pays extrêmement développés au Moyen Âge puis ayant "traîné" dans leur développement capitaliste, et passés alors sous la coupe de l'Europe), si un régime bureaucratique-comprador arabe tombe, il est INÉVITABLE que les islamistes arrivent au pouvoir immédiatement derrière (ils sont la force d'opposition la plus "enracinée" dans la société) et qu'il faille alors les combattre - et nous savons tou-te-s quels ennemis redoutables ils sont pour les masses populaires. Cette lutte peut être perdue et l'on se retrouve alors avec un régime comme celui de l'Iran, du Soudan (dans ces deux cas, la couche dirigeante de la bourgeoisie et des forces militaires islamistes s'est muée en nouvelle bourgeoisie bureaucratique) ou de l'Arabie saoudite, pays où la charî'a a force de loi. Ou alors, comme en Égypte et maintenant en Libye, cela peut conduire à un retour en force militaire du "capitalisme d'en haut" bureaucratique-comprador s'appuyant justement sur le mécontentement d'une partie des masses (les personnes les plus éduquées et occidentalisées) envers les islamistes ; se présentant ainsi tranquillement comme une "libération". Mais la seule alternative à cela est le maintien en place des régimes "républicains" ou monarchiques bureaucratiques-compradores et militaro-policiers ; et les "démocrates" impérialistes occidentaux ADORENT ce chantage exercé sur les masses arabes et musulmanes : "soit vous vous accommodez de vos despotes, soit ce seront les islamistes qui prendront le pouvoir".

C'est véritablement là la première prison mentale à laquelle doivent s'arracher les Peuples arabes et musulmans : grâce à un marxisme "décolonisé" qui tienne compte de la réalité des Peuples qu'il prétend libérer (et qui reste encore à construire), rejeter à la fois les prétendus "modernité" et "développement" des régimes laquais de l'impérialisme et l'impasse politique réactionnaire de l'islamisme capitaliste bourgeois, et admettre une fois pour toute qu'il n'est pas possible que l'un tombe sans que l'autre ne prenne le pouvoir et devienne alors l'ennemi principal à combattre, jusqu'à ce que le développement suffisant de la Guerre du Peuple ait réussi à briser l'étau de cette pseudo-"alternative" infernale. Dans un cas comme dans l'autre, il est possible de démasquer les énormes contradictions entre le discours et les faits : les régimes "laïcs" et "modernistes" usent souvent d'une très forte rhétorique nationaliste et notamment anti-Israël mais en pratique c'est tout autre chose ; les islamistes promettent généralement la "justice sociale" mais comme on l'a vu en Iran (et comme c'était en cours en Égypte) lorsqu'ils arrivent au pouvoir ils s'"oligarchisent" comme les autres, etc. Bien entendu, en cas d'occupation impérialiste directe comme c'est le cas en Afghanistan, au Mali ou pendant 8 ans en Irak, les communistes et tous les progressistes conséquents ne peuvent considérer autre chose que cette occupation comme l'ennemi principal : c'est notamment la position de nos camarades maoïstes d'Afghanistan. Ce n'est pas que les islamistes (qui mènent en premier chef la résistance armée) soient des "amis" et qu'il faille les "soutenir", mais la priorité militaire n'est pas au combat contre eux, sauf en cas de légitime défense s'ils agressent les progressistes et/ou les masses populaires. Les progressistes et les marxistes palestiniens partagent d'ailleurs cette position vis-à-vis du Hamas ou du Djihad islamique (JIP).

4431555 3 889b des-combattants-fideles-au-general-khalifa-hConcernant cette caractérisation (de classe) du "modernisme" militaro-policier comme expression du "capitalisme d'en haut" et de l'islamisme comme expression de la "bourgeoisie jaillie d'en bas", on en trouve une démonstration intéressante dans les alliances "surprenantes" pour un œil non-averti qui se font jour. Ainsi, en Égypte, la prise du pouvoir par le général Al-Sissi a été saluée par l’État israélien (dont la ligne concernant le Caire est "tout sauf les Frères musulmans", liés au Hamas) et par la grande majorité de la pensée dominante occidentale comme une "libération" contre un Morsi en train de "mettre en place un régime à l'iranienne" ; mais l'une des toutes premières mesures de la junte a aussi été de bloquer le ravitaillement de la rébellion syrienne soutenue par l'Occident, dont les Frères musulmans sont une composante importante (voir ce site pro-Bachar dans le style meyssanico-délirant qui salue Al-Sissi comme un "nouveau Nasser"...).

En Libye, il se trouve que l'offensive du général Haftar piétine à l'Ouest du pays où les autorités de Tripoli le considèrent comme un putschiste, ce qui est la vérité nue mais derrière quoi (surtout) l'on peut sans doute voir la main des puissantes forces de Misrata, ville encerclée pendant plus de 6 mois par les troupes kadhafistes et devenue (avec Benghazi) l'autre "symbole héroïque de la révolution". Et voilà alors qu'intervient en appui, aux côtés de la CIA et autres forces spéciales US... l'Algérie, pays plutôt catégorisé jusque-là comme "nationaliste" et "anti-occidental" : 4-5. C'est tout simplement qu'entre le général réfugié un quart de siècle aux États-Unis, recruté par la CIA en 1990, et les généraux qui dirigent en sous-main à Alger (derrière le cadavre ambulant de Bouteflika) et prétendent maintenir comme ils peuvent le flambeau du nationalisme arabe de Nasser et consorts, il y a une profonde affinité de classe contre l'ennemi commun djihadiste qui infeste le Sahara algérien et a frappé en janvier 2013 (tout le monde s'en souvient) à In Amenas. Il n'en va pas autrement entre Al-Sissi, héritier du pro-occidental Moubarak, et le régime "anti-occidental" de Bachar el-Assad...

[Et plus "fou" encore, en Irak, on évoquerait une coopération militaire entre les États-Unis et... l'Iran : http://ww.rfi.fr/moyen-orient/20140616-etats-unis-disposes-parler-iran-crise-irak/ !!!]

Lire absolument cet excellent (encore une fois) article de Quartiers Libres : Leçons irakiennes 

Sur État d'Exception est publié en deux parties un article aux prises de positions politiques ("islamistes") que nous ne partageons pas, mais intéressant d'un point de vue FACTUEL car démontant bien des simplifications dans la couverture médiatique occidentale des évènements [ainsi le mythe hallucinant de la "prise de Mossoul par 800 hommes" (qui deviennent automatiquement dans l'esprit collectif des monstres surhumains et terrifiants) s'effondre : l'insurrection du Nord irakien contre le régime Maliki est bien plus large que cela, elle va bien au-delà de l'EIIL qui n'en est qu'une petite partie, peut-être une sorte d'"avant-garde" (à voir...) activiste et visible sans plus, mais qui va évidemment être mise en avant pour justifier sa répression, en plus de la conduire dans le mur par son idéologie]. L'auteur insiste aussi sur la commodité pour l'impérialisme du pseudo-"clivage" entre sunnites et chiites : L'EIIL EN IRAK, PRISE D'ASSAUT OU SIMPLE PION ?
1ère partie : http://www.etatdexception.net/?p=7568
2ème partie : http://www.etatdexception.net/?p=7582

 

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 13:59

 

8.000 personnes dans la capitale de l’État français... :

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... et près d'un millier dans celle des Pays d'Òc :

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Autrement rassemblement, vendredi, celui en solidarité avec les prisonniers politiques marocains :

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Voici le texte de l'appel publié sur la Cause du Peuple : Appel pour un sit-in de solidarité avec le peuple marocain et ses forces révolutionnaire !  ; et celui de la déclaration lue lors du rassemblement : Liberté pour les prisonniers politiques au Maroc !

Nous évoquons cela conformément à notre ligne de ne JAMAIS DISSOCIER le combat contre le fascisme de celui contre l'impérialisme, dont le fascisme n'est qu'un bras armé particulièrement agressif (à quoi bon être raciste, par exemple, si ce n'est pour inférioriser culturellement les peuples que l'on veut dominer économiquement ?).


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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 11:14


Un mois après le massacre d'Odessa, c'est désormais et depuis une quinzaine de jours dans le Donbass (qui s'est proclamé indépendant par référendum le 11 mai dernier) que les troupes ou plutôt les hordes du nouveau pouvoir ultralibéral-nazi (néo-bandériste) de Kiev sont à l’œuvre (devant les innombrables défections pro-russes, parfois de régiments entiers, les forces armées ukrainiennes ont enrôlé des milliers de miliciens d'extrême-droite du Pravyi Sektor ou autres et même quelques 400 mercenaires de la société privée Academi, ex-Blackwater).

Les morts se comptent d'ores et déjà par centaines et les blessés par milliers ; et le nouveau président élu le 25 mai, l'oligarque Porochenko, a promis d'écraser les régions séparatistes "d'ici une semaine". Si la situation prend de plus en plus une tournure comparable à celle de la Yougoslavie des années 1990,  le fait est qu'en termes de crimes contre le Peuple ce sont bel et bien les néo-bandéristes de Kiev (équivalents des néo-oustachis croates) qui sont dans le rôle des néo-tchetniks serbes de Milosevic et Mladic en Bosnie : attention à ne pas céder au schématisme !

Au sujet de l'impérialisme russe (qui a au demeurant très vite reconnu l'élection de Porochenko), nous pouvons en quelque sorte dégager la position suivante :

1°/ Il est l'ennemi principal des Peuples à l'intérieur de sa sphère d'influence, désormais plus ou moins consolidée dans l'Union eurasiatique qui a vu le jour le 29 mai ;

2°/ Dans les pays - on va dire - "disputés", comme typiquement au Proche/Moyen-Orient (Syrie, Iran, Irak via l'Iran) ou dans le Caucase, il n'y a pas d'ennemi principal ni secondaire entre les impérialistes occidentaux et l'impérialisme russe (et les forces qu'ils soutiennent respectivement) ; la position des communistes est celle du "ni-ni" ;  

3°/ Dans les pays fort éloignés de Moscou (comme typiquement en Amérique latine) où des forces nationalistes bourgeoises cherchent à s'appuyer sur l'impérialisme russe (ou chinois) pour s'arracher à l'emprise impérialiste occidentale (principalement US), sans préjudice pour la nécessaire et impitoyable critique de ces forces, l'ennemi principal est et ne peut être que l'impérialisme occidental principalement US et les forces d'ultra-droite à sa solde ;  

4°/ Dès lors qu'un pays sort clairement et nettement de la sphère russe pour passer dans celle de l'Union européenne et des USA, comme c'est le cas en Ukraine depuis la chute de Ianoukovitch le 22 février dernier, le Kremlin cesse instantanément et quoi qu'il arrive d'être l'ennemi principal pour les populations concernées : celui-ci ne peut être que les forces nostalgiques de l'Europe hitlérienne soutenues par les impérialistes US et UE. 

Servir le Peuple vous informera et encouragera toutes les initiatives de solidarité révolutionnaire non pas avec l'impérialisme russe de Poutine, ni avec ses agents irrédentistes de "Nouvelle Russie" (l'État séparatiste du Donbass) ou de Crimée, mais avec les masses populaires et les antifascistes du Sud et de l'Est de l'Ukraine (ainsi que des autres régions !), y compris l'envoi de combattants internationalistes contre les hordes nazies de Svoboda et du Pravyi Sektor*.

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* Nous n'ignorons pas, bien sûr, que de telles initiatives pourraient également émerger du côté des forces d'extrême-droite qui en Europe de l'Ouest soutiennent très majoritairement la position russe ; nous ne les soutiendrons évidemment pas mais une très grande majorité de l'extrême-droite considère aussi que le ciel est bleu et nous n'allons pas dire pour autant qu'il est orange ; par ailleurs la majorité de l'extrême-droite est avant tout sur la ligne de Guillaume Faye considérant que si l'impérialisme US et ses "valets de Bruxelles" sont responsables du "bordel" et que globalement Poutine a raison, les affrontements en eux-mêmes sont d'abord une "guerre fratricide entre Européens" "comme en Irlande du Nord" et qu'il ne faut pas aller y ajouter du sang au sang. Certains même, célébrant l'"internationalisme" réactionnaire aux côtés des phalangistes libanais dans les années 1970 ou des néo-oustachis croates dans les années 1990, semblent "mûrs" pour aller combattre aux côtés de la junte bandériste de Kiev tandis que des néo-nazis suédois auraient déjà "sauté le pas" depuis plusieurs mois, ainsi que des Italiens de Casapound - lire ici en anglais et ici en français (attention site fasciste !) la position de leur idéologue tutélaire Adinolfi (lire aussi ici : Ukraine, l'internationale noire aux ordres des putschistes). Dans la "fachosphère" francophone farouchement pro-nationalistes ukrainiens, on peut aussi citer le blog "Vers la révolution" (sic) qui appelle carrément aux dons financiers pour le Pravyi Sektor.

MàJ 12/06 : côté séparatiste pro-russe ce sont d'autres Italiens, "eurasistes" cette fois, qui ont fait leur arrivée à Donetsk où ils sont présentés comme des "volontaires antifascistes" et posent avec le drapeau de la Résistance italienne (vert-blanc-rouge avec une étoile rouge dans le blanc) devant celui de la "Nouvelle Russie". En réalité le groupuscule "Millennium" est animé par Claudio Mutti, ancien néofasciste des années 1970-80 de tendance nationaliste-révolutionnaire (se définissant lui-même comme "nazi-maoïste" !), tiers-mondiste, pro- et même converti à l'islam et rallié dans les années 2000 à Alexandre Douguine, prenant la tête de la revue Eurasia en Italie. Nous n'apportons évidemment pas le moindre soutien à une telle initiative pro-impérialiste russe (Douguine est connu pour être une "éminence grise" géopolitique de Poutine) qui de toute façon, connaissant les tendances mythomanes et poseuses de ces courants eurasistes et nazbols ouest-européens, n'ira sans doute pas au-delà d'une photo à faire buzzer sur Internet. Il y a clairement un problème eurasiste, "panslaviste" et chauvinard grand-russe dans la résistance populaire du Donbass contre la junte de Kiev, mais ce problème relève de gens et de forces beaucoup plus conséquentes et sérieuses (à commencer par le Kremlin lui-même) que ces quatre pitres. [Fin août 2014 c'est l'équipée de Victor Lenta, ex-dirigeant (sous l'étiquette identitaire puis Jeunesses nationalistes) de l'extrême-droite toulousaine mis en cause dans l'agression de l'étudiant chilien Andrés Pardo (au soir de la manif occitane le 31 mars 2012), avec trois comparses aux côtés des "pro-russes" du Donbass qui est complaisamment mise en avant par tous les médias ; lesquels "oublient" généralement de signaler qu'un autre 'vieux briscard' fasciste, Gaston Besson, combat avec une dizaine d'autres du côté pro-Kiev... (lire aussi ici)]

Quoi qu'il en soit, ce qui est certain c'est que si la résistance du Donbass et de la Mer Noire persiste dans cette voie pro-russe et à la botte de Poutine, quand bien même ils et elles seraient des Russes dont on peut discuter si la place est (ou non) en Russie, cela ne va pas faciliter la convergence avec les innombrables personnes progressistes et révolutionnaires, socialistes ou communistes, marxistes ou libertaires qui à Kiev, au Nord ou à l'Ouest ne veulent pas d'un avenir sous la double botte du Pravyi Sektor et du FMI et qui sont des alliées objectives contre l'ennemi commun, le gouvernement de l’État qui les renferme tou-te-s (en d'autres termes, la résistance des populations du Sud et de l'Est ne l'emportera pas si l'"Ukraine ukrainienne" fait bloc autour du régime bandériste). On pourra nous contredire en nous parlant des "nécessaires alliances tactiques contre l'ennemi principal néo-nazi et impérialiste euro-US" ; nous rétorquerons que c'est effectivement ce qu'a fait le PCF de Thorez avec les gaullistes (parfois royalistes !) et autres républicains bourgeois contre le nazisme et ses kollabos mais aussi ce que N'A PAS FAIT le PC chinois de Mao avec le Kuomintang et les Américains contre les Japonais, préservant farouchement l'indépendance politique, militaire, idéologique et de classe du Peuple révolutionnaire... or nous sommes justement maoïstes et pas thoréziens !

Selon cet article en castillan on signale la venue (ou promesse de venue) de forces issues de toute la nouvelle Union eurasiatique (Russie, Biélorussie, Kazhakstan etc.) et notamment un bataillon d'ex-forces spéciales russes et tchétchènes ayant mené la guerre d'extermination contre la volonté d'autodétermination de ce pays (1994-96 et 1999-2002), d'anciens militaires est-allemands ayant formé une "Brigade Thälmann" (du nom du dirigeant communiste et antifasciste allemand assassiné par les nazis en 1944) ainsi que des membres d'une "Phalange polonaise" nationale-"bolchévique" et à fond pro-russe (sans doute parmi les rares Polonais pro-impérialisme russe sur la surface de la Terre, les "volontaires internationaux" de ce pays devant certainement être beaucoup plus nombreux dans le camp d'en face...). De fait, malheureusement mais comme prévisible, c'est pour le moment toute "l'Internationale Douguine" qui semble s'être donnée rendez-vous dans le Donbass sous l'œil bienveillant du Kremlin... Pour autant, comme nous l'avions déjà évoqué, on relève aussi d'ores et déjà des frictions avec le pouvoir russe (certainement lui-même traversé de tendances plus ou moins enthousiastes ou méfiantes envers les évènements) et ces contradictions entre la volonté populaire locale et les intérêts impérialistes et realpoliticiens du grand voisin pourraient plus tôt que tard générer de grandes ruptures intellectuelles dans l'endoctrinement chauviniste grand-russe actuellement dominant ; ces ruptures étant chargées d'un grand potentiel de mobilisation dans un sens communiste révolutionnaire (ce qui ne dépend pas, contrairement à ce que croient beaucoup de "communistes", de l'idéologie et de la composition présente des forces en question mais bel et bien de l'action concrète des communistes en leur direction : c'est cela qui est décisif et non le fait qu'actuellement untel soit "nazbol", untel "douguiniste" etc. etc.).

Enfin, dans l'État espagnol où (forcément) le souvenir des Brigades internationales de 1936 est une référence politique très forte, ont fait leur apparition des initiatives de ce type : https://www.facebook.com/internacionalistas36 ou encore https://www.facebook.com/pages/Solidaridad-con-la-Ucrania-Antifascista/513357248793321.

                           L'Ukraine toujours plus dans la course à la boucherie impérialiste

Globalement, notre position serait que 1º/ les initiatives EN LIEN DIRECT avec l'État séparatiste du Donbass sont politiquement dangereuses et idéologiquement confuses, lourdes de tendances opportunistes et nous les considérons comme des erreurs (enfin bon, c'est toujours mieux que de donner des leçons derrière un clavier !) ; MAIS 2º/ les initiatives en lien avec des ORGANISATIONS révolutionnaires et antifascistes locales (on pense évidemment à Borotba), qui se chargeraient de les aiguiller dans un esprit progressiste au plus près des nécessités populaires, nous semblent tout à fait envisageables et devraient être envisagées.

Ceci, quoi qu'il en soit, n'enlève rien à ce que nous pouvons penser de certains petits connards "antifascistes" pour qui les néo-nazis, dès lors qu'ils sont pro-occidentaux, ne semblent tout à coup plus vraiment être un problème ("Ooooh faut pas exagérer non pluuuus, ils n'étaient que 30% sur Maïdan, c'était loin d'être la majorité", par contre 10 identitaires qui déploient une banderole à Quimper et voilà le mouvement des ouvriers et des paysans bretons immédiatement catégorisé "fasciste")...

Cependant, dans ce déluge d'horreur fasciste, un autre évènement - positif celui-là - est venu marquer les derniers jours : la Déclaration de Minsk.

Au terme d'une rencontre organisée les 7 et 8 juin dans un petit village près de Minsk (Biélorussie) ; rencontre parfois qualifiée de "Zimmerwald du conflit ukrainien" par certains ; diverses organisations et collectifs d'information oppositionnels progressistes et marxistes d'Ukraine (Borotba, revues Spilne et Liva), de Russie (Mouvement socialiste russe, Front de GaucheParti communiste unifié, revue Skepsis etc.) et de Biélorussie (magazine de gauche Prasvet) ont rendue publique la déclaration que nous reproduisons traduite ci-après.

Bien qu'elle prenne la forme de "demandes" dont tout-un-chacun sait parfaitement qu'elles ne seront jamais entendues par ceux à qui elles s'adressent, nous en partageons à 100% l'esprit et le point de vue qu'elle exprime sur cette sanglante guerre réactionnaire. Nous voyons d'ailleurs mal comment des marxistes-léninistes conséquents et des maoïstes pourraient ne pas le partager, et certains se sont d'ailleurs déjà exprimés en ce sens (PCmI, PCmF). 

Pour autant, nous pensons que la réalité (les tenants et aboutissants concrets) de la crise ukrainienne exigent de préciser un peu les grandes idées-forces et positions de principe exprimées là (ce qui s'est traduit par notre position que les abrutis de service se sont empressés de qualifier de "pro-russe"). Un bon condensé de ces bémols a été exprimé par l'un des signataires de Minsk, le représentant russe de la Tendance marxiste internationale (TMI, "bon trotskysme" comme il y a un bon et un mauvais cholestérol, La Riposte ici en Hexagone) Artem Kirpichenko : son point de vue traduit (que nous partageons à 99,9%) est reproduit à la suite du texte de la déclaration elle-même.


Déclaration de Minsk contre la guerre en Ukraine 

http://www.counterfire.org/news/17268-stop-the-war-in-ukraine-a-statement-by-the-left-in-russia-ukraine-and-belarus

Nous, participants à la rencontre internationale de groupes de gauche et marxistes de Biélorussie, Russie et Ukraine, considérons que notre tâche primordiale est de mettre fin à la guerre civile en Ukraine. Le conflit militaire qui a suivi la victoire des néolibéraux et des nationalistes au terme du mouvement Euromaïdan de Kiev a déjà coûté des centaines de vies et a contribué à une montée sans précédent du chauvinisme et de la xénophobie dans les sociétés ukrainienne et russe. Cette guerre a permis à la classe dominante de souder la société ukrainienne autour du nouveau régime, de détourner les travailleurs de l'Ouest comme de l'Est du pays de la lutte pour leurs droits sociaux et politiques et de les pousser dans les bras des intérêts de la bourgeoisie. Le gouvernement russe, l'Union européenne et les États-Unis utilisent la guerre civile en Ukraine dans le même but. Les hommes et les femmes qui meurent dans le Donbass ne sont rien de plus que des pions sur l'échiquier de leurs rivalités impérialistes.

Nous exprimons notre solidarité avec tous les mouvements progressistes ukrainiens qui luttent contre la guerre, le nationalisme et la xénophobie. Nous considérons nécessaire de leur fournir tout le soutien politique, matériel et médiatique possible. Nous nous opposons à l'oppression de la part de toutes les parties au conflit, aux pogroms, aux tortures et aux enlèvements dont les progressistes, les antifascistes et tous les citoyens ukrainiens quelles que soient leurs conceptions politiques sont victimes. Nous nous opposons également aux persécutions politiques en Crimée.

Arrêter la guerre est la tâche première de tous les mouvements démocratiques et de gauche, quelles que soient leurs différences sur divers autres sujets politiques. Nous croyons donc nécessaire de coordonner les efforts de tous les opposants à la guerre en Ukraine pour construire un grand mouvement de masse contre la guerre.

Nos demandes sont :

- Que le gouvernement de Kiev mette immédiatement fin à son "opération anti-terroriste", retire ses troupes des régions de Donetsk et Lugansk et conclue une trêve avec les milices des Républiques populaires.

- Que toutes les parties au conflit signent un accord de paix pour une complète cessation des hostilités, la libération de tous les prisonniers politiques et de guerre et la dissolutions de tous les groupes armés.

- Que le gouvernement ukrainien démobilise les forces armées régulières, constituées de soldats mobilisés contre leur gré et dont les familles organisent en ce moment même des manifestations dans différentes régions d'Ukraine.

- Que la Russie, l'UE et les USA cessent totalement d'interférer dans le conflit ukrainien et ne soutiennent plus les différentes parties.

- Qu'il soit mis fin aux campagnes chauvinistes dans les grands médias russes et ukrainiens, que leurs discours de haine ont placé parmi les principaux instigateurs de la guerre.

- L'adoption d'une nouvelle constitution ukrainienne, l'élection libre des autorités régionales de Donetsk et Lugansk et un vrai droit à l'autodétermination pour le Donbass et toutes les régions d'Ukraine.

Nous pensons que la convergence organisationnelle et informative des groupes de gauche de l'espace ex-soviétique est une condition nécessaire à la construction d'un fort mouvement anti-guerre. Dans ce but, nous avons mis en place conjointement une initiative de "Secours rouge" pour aider les militants de gauche et les insoumis à la conscription militaire, et nous avons établi un réseau d'information pour les groupes de gauche et marxistes de Biélorussie, Russie et Ukraine.


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Commentaires critiques sur la Déclaration de Minsk - par Artem Kirpichenko (TMI de Russie)

http://www.marxist.com/ukraine-critical-comments-on-the-minsk-anti-war-declaration.htm

La signature de la Déclaration de Minsk a été un pas très important dans la formulation d'une position communiste et marxiste au sujet du conflit ukrainien. Ceci a été démontré par le vif débat international qui a suivi l'adoption du document, ainsi que par le grand nombre de déclarations de contenu similaire qui ont été publiées par des forces communistes, anarchistes et social-démocrates au cours de la dernière semaine écoulée.

Toutefois, lorsque nous parlons de la Déclaration de Minsk, nous devons bien avoir à l'esprit qu'il s'agit d'un document adopté dans une certaine urgence et résultant d'un compromis politique. La conférence au cours de laquelle elle a été élaborée se jouait "contre la montre" et n'a pas eu le temps de discuter d'actions concrètes au regard de a situation Ukraine, quand bien même ce point était à l'ordre du jour. La position des différents groupes, y compris des libéraux de gauche et des pacifistes qui voulaient utiliser la déclaration pour créer une large coalition anti-guerre, a été prise en compte au cours de la préparation du texte. De surcroît, l'évènement était hébergé par des organisations qui avaient initialement vu Maïdan comme un "mouvement démocratique et autoritaire" et mettaient l'accent sur le rôle de l'impérialisme russe, se basant sur le principe que "l'ennemi principal du prolétariat est dans son propre pays". L'influence de ces idées se reflète également dans le document.

Pour cette raison, nous jugeons nécessaire de clarifier certains points au regard du texte de la Déclaration de Minsk.

La responsabilité de la guerre et de la catastrophe humanitaire en Ukraine repose ultra-principalement sur les épaules de l'actuel gouvernement de Kiev, qui s'est installé au pouvoir au printemps dernier porté par la vague du mouvement réactionnaire de masse "Euromaïdan". Le régime Poroshenko représente les de la grande bourgeoisie ukrainienne ainsi que des grandes multinationales [le Capital impérialiste occidental]. Il trouve une base de masse dans la petite bourgeoisie d'Ukraine centrale et de l'Ouest, dans les couches lumpenisées de la société ainsi que parmi les étudiants réactionnaires. Des gangs de militants néo-nazis et des groupes de mercenaires financés par les oligarques sont les instruments entre ses mains. Tous ces points concernant les structures sociales et de classe du nouveau régime auraient dû être abordés dans le document de Minsk.

Par ailleurs, nous constatons que le régime Maïdan-Poroshenko a déclaré la guerre aux communistes et au mouvement ouvrier d'Ukraine. Ceci se traduit par des politiques visant à bannir le Parti communiste de l'espace public, des attaques contre les militants de Borotba et un strict contrôle des groupes "anarchistes" dont l'activité n'est autorisée que dans le cadre strictement défini du discours nationaliste dominant [NDLR de fait ces groupes participent activement à la propagande du régime et de ses maîtres occidentaux contre l'opposition marxiste-léniniste à celui-ci (en particulier Borotba) par les mêmes procédés d'amalgame, procès d'intentions, déformation ou carrément falsification de faits (voire... méthodes barbouzardes - un comble pour des "anars" - telles que le soi-disant "hacking" de mails, dont la seule source est le hacker lui-même...) que nous connaissons bien ici lorsque resurgit dans l'actualité la question de la Palestine - non tant par rapport à celle-ci en elle-même ni par rapport à Israël, mais en raison du catalyseur que représente cette cause pour les colonies intérieures]. Le régime issu de Maïdan a totalement accepté les diktats du FMI visant à désindustrialiser le pays et à reporter le fardeau financier d’une banqueroute de fait sur les Ukrainien-ne-s ordinaires.

Il ne fait aucun doute que pour les communistes et les progressistes d'Ukraine le régime en place est l'ennemi principal, l'ennemi mortel et que l'activité de tout communiste conséquent doit être vouée à l'abattre.

Ceci ne peut être accompli en s'adressant à des gouvernements bourgeois, mais seulement en faisant appel à la classe ouvrière ukrainienne. Les mineurs de Donetsk et Lugansk qui meurent sous les bombardements et les travailleurs du Centre et de l'Ouest, dont les enfants sont envoyés sans aucun entraînement militaire comme chair à canon dans l'Est, doivent s'unir et renverser ce régime pour qui ils ne sont, selon les mots du Premier ministre Iatseniouk, que des "sous-hommes".

Nous ne pouvons que partager l'opinion des camarades de Borotba que le droit à l'autodétermination du Peuple de l'Est ukrainien doit être au centre de tout accord de paix. Le Peuple des régions de Donetsk et Lugansk a gagné ce droit de haute lutte contre les gangs punitifs du gouvernement de Kiev. Le régime Poroshenko reproduit les crimes d'Eltsine en Tchétchénie, détruisant des villes et des villages entiers de son propre pays sous les bombes et les missiles.

L'attitude de la Russie demanderait elle aussi une analyse plus détaillée. Nous ne reconnaissons pas l'annexion de la Crimée, qui n'a fait qu'affaiblir la résistance anti-Maïdan [NDLR sur ce point il diverge de Borotba pour qui l'annexion a maintenu le Peuple de Crimée à l'écart des horreurs de la guerre et a préservé l'"harmonie" de la société - ce qui n'est d'ailleurs pas totalement faux, Poutine semblant avoir joué une curieuse carte démocratique en accordant par exemple aux Tatars, dont l'agitation et la dure répression étaient à craindre, les droits démocratiques nationaux qu'ils réclamaient... depuis 70 ans]. Nous notons toutefois qu'à l'heure actuelle le régime de Poutine semble avoir pris ses distances avec les évènements dans l'Est ukrainien. La victoire de la résistance à Donetsk et Lugansk créerait en effet des territoires qui seraient source de tensions permanentes dans les relations entre le Kremlin et l'Ouest, et qui pourraient devenir un bastion pour l'opposition en Russie elle-même. Le régime de Poutine a de fait donné carte blanche à Kiev pour écraser le soulèvement.

Dans le même temps les impérialistes européens et américains appuient activement la fuite en avant militaire du régime de Kiev, y compris par des fonds financiers, des rations alimentaires et de l'équipement pour l'Armée ukrainienne ainsi qu'en formant les escadrons paramilitaires des oligarques. Les grands médias capitalistes fournissent un soutien médiatique aux opérations punitives contre le Peuple de l'Est ukrainien, dissimulant les informations relatives à la suppression des droits démocratiques, aux massacres et autres destructions.

En conclusion, il ressort bel et bien que l'Ukraine est devenue le front le plus important dans la lutte contre l'avancée du néolibéralisme et du fascisme en Europe. L'enjeu de cette bataille est de la plus haute importance pour le continent tout entier. Les dirigeants bourgeois d'Europe et des États-Unis jouent un jeu dangereux avec le fascisme est-européen, faisant fi du danger que leur bête d'attaque puisse devenir incontrôlable et se retourner de l'Est vers l'Ouest. Ils récoltent aujourd'hui ce que leurs expéditions ont semé en Irak et demain, peut-être auront-ils à payer le prix de leurs actions en Europe.

Parallèlement à cela, la solidarité internationale envers la classe ouvrière ukrainienne doit unir et renforcer les forces communistes et progressistes à travers le monde.

 

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 15:54

 

... et pendant que les packs de bière rafraîchissent au frigo, le nettoyage social des pauvres-qui-font-tache se poursuit à Rio et dans les autres grandes villes devant accueillir la compétition.

Puissent ces images dignes de quelque "guerre ethnique" africaine, de la Bosnie ou du Kosovo remplir vos cœurs d'une juste HAINE DE CLASSE !

Avec un spécial big up pour ce connard de Platini qui, toute honte bue, demande aux Brésilien-ne-s de "se calmer un peu" l'espace d'un mois, autrement dit oublier leurs droits d'êtres humains et dans le cas des favelas se laisser parquer, chasser comme des malpropres voire massacrer sans broncher (ah qu'elle est loin, sous les ors de la FIFA, la classe ouvrière lorraine qui l'a vu naître) !

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Amériques
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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 16:03

175790-944-651115192.th max175827-944-651538ddae0d4d5a 620x0bandera republica estrella rojarepublicayaBARCELONAcatalunyapaisescatalansnotenimreino altra transiciocatalunya2BILBAOgaliza

NB : toutes ces photos sont là pour ILLUSTRER les évènements et l'état d'esprit populaire qui les porte, pas pour mettre en avant telle ou tel force ou slogan. Inutile donc d'y aller de son petit commentaire comme quoi (ici) "c'est les révisionnistes du PCE ou du PCPE" ou (là) "c'est les liquidateurs de Bildu". Ce que montrent les photos fait simplement partie de la RÉALITÉ outre-Pyrénées, dont nous voulons informer nos lecteurs. C'en est le seul tort ou la seule qualité, au choix.

Il est bien évident que le slogan de "3e République" peut recouvrir des conceptions très différentes, dont certaines n'impliquent pas de véritable rupture avec l'ordre établi actuel, ni sur le plan de l'oppression de classe ni sur celui de l'oppression des Peuples. Il est évident qu'une république peut être BOURGEOISE et même un régime pire encore que certaines monarchies : nous sommes bien placés pour le savoir dans notre État français, où la 3e République a justement signifié la fin totale de l'identification entre république et émancipation sociale. Et il est évident que l'appel à un référendum plutôt que de construire PAR EN BAS le Pouvoir populaire relève de la farce légaliste petite-bourgeoise, typique des forces (Izquierda Unida, "Podemos", PCPE) qui portent cette revendication. Pour autant, cet élan populaire en réaction au passage de témoin dynastique montre bien que les lignes bougent dans la péninsule ; et même si nous partageons l'analyse de nos camarades là-bas sur le caractère petit-bourgeois de ces forces, il est tout de même significatif que ce soit à des listes de "gauche radicale" ("Gauche plurielle" IU, Podemos) ou d'affirmation progressiste des Peuples ("Les Peuples décident", "La Gauche pour le droit de décider", "Printemps européen" etc.) que plus de 4 millions d'"Espagnols" sur 15,9 millions de votants (soit près de 26%) ont apporté leurs voix, et non à des partis populistes d'extrême-droite comme en fRance ou en Grande-Bretagne.

Les forces que l'on voit sur les photos sont essentiellement des forces qui ont accepté et appuyé la "Transition" (1975-82), le Pacte constitutionnel de 1978 et le régime qui en est issu (PCE/IU), ou qui ont prétendu et/ou prétendent le "combattre de l'intérieur" ce qui revient au même (PCPE, Bildu et autres gauches indépendantistes). Mais aujourd'hui la volonté populaire est plus forte et elles sont bien obligées de surfer dessus si elles veulent continuer à exister politiquement.

Avec ces évènements, l'État espagnol apparaît encore une fois comme le MAILLON FAIBLE du système capitaliste-impérialiste européen, à la fois Périphérie en soi du continent, en crise profonde, et construction politique multinationale emprisonnant une dizaine de Peuples... qui retrouvent de plus en plus conscience d'eux-mêmes et soif de libération, au-delà des vieux et connus cas basque et catalan.

Voici ce qu'en dit le site Dazibao Rojo du PC maoïste de Galice :

111031145244 sp galeria calaveras 01Le discrédit et l'opposition à l'Union impérialiste européenne apparaît clairement dans le taux très élevé d'abstention, entre 50% et 75% dans les différents États qui la composent. Il est cependant clair que la réalité politique n'est pas la même dans tous les États membres. Dans l’État espagnol le régime actuel, héritier direct du franquisme, est en pleine décomposition au milieu de la corruption généralisée, du vol, de la fraude et d'une politique économique profondément anti-ouvrière et antipopulaire.

Par un simple jeu de chaises musicales, la grande bourgeoisie financière prétend prolonger son hégémonie, ses privilèges pour pouvoir satisfaire son insatiable avidité et son pillage dynastique de classe.

Cette manœuvre repose sur deux éléments : l'électoralisme pseudo-démocratique qui refuse la révolution, le vieux discours de la fausse gauche révisionniste, et un nécessaire et inévitable renouvellement générationnel qui apporte de nouveaux visages à la farce "démocratique" bourgeoise. Ce sont là les piliers du système afin de "tout changer sans que rien ne change", pour paraphraser Lampedusa.

La réalité du nouveau scénario en préparation passe par le fait que la classe ouvrière et les autres classes travailleuses acceptent ce nouveau pacte social, délaissant le chemin de la mobilisation révolutionnaire pour leurs droits, pour la prise du Pouvoir. Et qui mieux que les vieux révisionnistes d'Izquierda Unida [= Front de Gauche + écolos locaux NDLR] associés aux nouveaux révisionnistes de Podemos et leurs petits gars bien préparés peut assumer une fois de plus le rôle d'idiots utiles de la bourgeoisie ?

C'est pour cela que les monarchistes d'IU et autres privilégiés du régime bourbonique agitent la tant trahie bannière tricolore, mais prudemment, demandant un référendum plutôt que de poser la question du renversement révolutionnaire du régime.

Il est clair que les 6 millions de chômeurs, les familles expulsées de leur logement ou plongées dans l'exclusion inquiètent Bruxelles, comme inquiète le fait que la mafia du PP commence à s'entretuer. Vont-ils accélérer les changements ?

Conformément à sa tradition historique, l'Occitanie a vocation à être intimement liée à lutte révolutionnaire dans la péninsule ibérique, l'une servant "naturellement" de base arrière à l'autre. Pour comprendre le "système Espagne" afin de pouvoir le combattre et l'abattre :

QUESTIONS NATIONALES ET LUTTES DE CLASSE : L’ÉTAT ESPAGNOL

QUESTIONS NATIONALES ET LUTTES DE CLASSE : L’ÉTAT ESPAGNOL (suite)

franquismerepublica rojafelipe burn mothafuckaburn

Jusqu'à quand la Sainte Clique
Nous croira-t-elle un vil bétail ?
À quand enfin la République
De la Justice et du Travail ?

 

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Peoples of Europe - rise up !
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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 11:20

 

La RouelleIl y aura 800 ans l'an prochain que s'ouvrait à Rome, en 1215, le IVe concile du Latran. Cette réunion "au sommet" des principaux "princes" de l’Église, qui vue d'aujourd'hui peut sembler enterrée au fin fond des âges obscurs, a été en réalité un évènement capital pour le processus alors en train de donner naissance aux États modernes qui nous asservissent encore aujourd'hui, et notamment pour l'une des expressions de ce processus à laquelle aucun pays d'Europe (sauf peut-être la Pologne-Lithuanie) n'offre de contre-exemple historique : la persécution systématique des personnes de religion juive. Car c'est au cours de ce concile, entre beaucoup d'autres choses, que sera préconisé d'imposer aux Juifs le port de la rouelle, signe distinctif et infâmant (sa forme ronde et sa couleur jaune symbolisant les 30 deniers de Judas, marque du "peuple qui a crucifié le Christ") qui sera repris 7 siècles plus tard, sous la forme d'une étoile de David, par les nazis et leurs alliés fascistes en Europe (notamment en fRance).

C'est l'époque où, malmené par les partisans de l'Empereur germanique (son grand rival pour la primauté sur l'Occident) dans la péninsule italienne, le Saint-Siège tend à chercher l'alliance avec les monarchies en train de fonder l’État moderne (en "France", "Espagne", Grande-Bretagne), en particulier (vieille tradition depuis Clovis...) avec la monarchie capétienne franque de Paris, et à s'en faire le bras armé idéologique voire policier (avec l'Inquisition fondée en 1199) ; ce qui ne va pas sans susciter des ruptures (comme l'hérésie vaudoise, d'ailleurs condamnée à ce même concile du Latran, sans même parler des Cathares) et des dissidences internes (ordre des franciscains), qui défendent la solide alliance de classe passée deux siècles et demi plus tôt (mouvement de la Paix de Dieu, ère romane) entre l'Église et les masses populaires pauvres contre les seigneurs féodaux.

Jewish man - worms - 16th centuryCette alliance avec la Couronne capétienne durera jusqu'à ce que Philippe le Bel (début du 14e siècle) prétende carrément subordonner l'institution religieuse à son autorité, ce que la haute aristocratie de pourpre romaine rejettera, entraînant le schisme d'Avignon (où le Bel installe "son" souverain pontife). Au 15e siècle, le Vatican se tournera alors vers les Habsbourg d'Autriche et les rois de Castille et d'Aragon bientôt fusionnés en "Espagne" (puis unis aux Habsbourg) comme nouveaux porte-glaives de la foi apostolique romaine ; tandis que le royaume capétien mettra en avant le gallicanisme (Église catholique "autonome" sous contrôle du roi, sans aller toutefois jusqu'à la rupture totale comme en Angleterre).

Mais en attendant, au 13e siècle, la Papauté est en plein "pacte d'acier" avec la Couronne franque dont elle a fait son auxiliaire, à moins que (beaucoup plus probablement en fait) ce ne soit l'inverse... C'est l'époque où la sanglante conquête de nostra Patria d'Òc va donner naissance au Royaume de France ; conquête déjà bénie par Rome pour "extirper l’hérésie albigeoise" et dont l’Église et sa toute nouvelle Inquisition (aux mains de l'ordre dominicain, fondé en cette même année 1215 par le castillan Domingo de Guzmán) vont se faire à la fois la Gestapo et les Einsatzgruppen [quelques-unes de ces vermines grouillantes recevront malgré tout la monnaie de leur pièce par la main de quelques valeureux faidits, ces chevaliers occitans dépossédés qui avaient pris la tête de la résistance].

La construction de l’État moderne, concept politique servant à la fois la famille royale et ses affidés (domaines = rentrées d'impôts dans la po-poche), la bourgeoisie du Bassin parisien (qui voit ainsi briser et soumettre ses redoutables rivales du Sud) et l’Église qui y trouve un bras armé pour accumuler elle aussi les domaines et les richesses, implique la liquidation impitoyable de toute "dissidence". C'est bientôt chose faite des Cathares sur le bûcher de Montségur (1244). Les Juifs, eux, représentent la communauté transnationale par excellence de cette Euro-Méditerranée de l'An Mille où le morcellement et la subsidiarité politique n'ont d'égal que l'absence totale de véritables frontières, y compris entre Peuples de religion différente (chrétiens et musulmans). Les individus mais aussi les groupes (ces gentes, familles élargies brillamment étudiées par Engels) Les Juifs du pape en Provencecirculent tout à fait librement, chaque autorité locale (seigneur ou plus généralement "conseil" de la communauté urbaine ou villageoise) décidant de leur ouvrir les portes ou pas. S'ils viennent en paix et apportent quelque chose à la communauté déjà présente, ce qui est généralement le cas, il n'y a aucun problème ; et les Juifs, vivant bien sûr dans leur nationalité de résidence (comment pourrait-il en être autrement ?) dont ils parlent la langue (tout en développant parfois leur dialecte propre à renfort de vocabulaire et de grammaire hébraïque : shuadit ou "judéo-provençal", ladino ou "judéo-espagnol", yiddish "judéo-allemand" etc.) mais reliés aussi par la religion et des traits culturels partagés aux autres communautés juives d'Europe et du Bassin méditerranéen, sont plus que tous les autres dans ce cas de figure.

Pour les nouvelles monarchies à grande échelle, bientôt absolues, plus question de tolérer cela. Chaque individu et chaque parcelle de terre est une source de revenus (impôts) à ponctionner, et à défendre bec et ongles. Mais le projet politique étatique doit aussi être forgé dans une loyauté et une allégeance absolue au royaume et à son souverain - qui est un prince chrétien. Mieux vaut se débarrasser des mauvais sujets : de là le mouvement de balancier, contradictoire en apparence seulement, entre assignation à résidence des Juifs (accompagnée d'extorsions permanentes), massacres "spontanés" par la population chrétienne, bûchers et invitation régulière à vider les lieux presto... sous peine de mort (mais bien souvent là aussi, pour pouvoir partir sain et sauf... il faut payer !). S'ajoute à cela l'habitude vite prise, sans enfreindre le moins du monde la morale chrétienne vu qu'ils ne le sont pas, d'emprunter aux Juifs (déjà sous une forte pression de menaces) des sommes d'argents puis... de les expulser voire massacrer, sous l'accusation d'avoir pratiqué l'usure (le judaïsme n'interdit pas, en effet, le prêt à intérêt), lorsqu'il s'agit de les rembourser : de là l'ignoble assimilation, encore prégnante de nos jours, des Juifs à "l'usure" et à "l'argent". L’Église, quant à elle, ne prélève par définition sa dîme que sur les chrétiens : elle doit donc veiller à ne pas perdre ses fidèles au profit d'une autre religion (interdiction des mariages mixtes), à empêcher la communauté juive de s'étendre et aussi (surtout) de "gêner" économiquement les affaires des bourgeois chrétiens (desquelles provient une bonne part de la Juifs bûcher 15e siècledîme)... Ce que ces derniers, bien entendu, vont acquiescer de bonne grâce ! De plus les intellectuels juifs, 600 ans avant la Haskala, sont déjà souvent porteurs d'idées humanistes assez "subversives" pour l'époque - diffusées notamment depuis l'Andalousie musulmane, dans le contexte de la "Renaissance médiévale". Nous voyons bien là comment tous les intérêts parallèles du processus alors en cours convergent pour refermer les mâchoires du dispositif de persécution.

C'est à partir de 1269 que "Saint" Louis IX (dont l'entité France reconnaissante célèbre aussi, cette année, les 800 ans de la naissance en 1214 : "année Saint Louis") met en œuvre l'imposition de la rouelle dans son tout-beau-tout-neuf royaume. Vraisemblablement les 3/4 des Juifs qui peuplent celui-ci vivent alors dans notre "Midi" occitan fraîchement conquis par son père (Louis VIII) et son grand-père (Philippe Auguste), et dont il achève lui-même la "pacification". Cette présence juive (et la tolérance envers elle) dans les cités du Lengadòc a précisément été l'un des motifs d'"hérésie" de notre Peuple. La mesure de persécution religieuse se double ici indissociablement d'une mesure COLONIALE, de ce premier colonialisme médiéval puis absolutiste dont ont fait les frais, on l'oublie souvent, les Peuples de ce que l'on considère aujourd'hui comme la métropole.

Pour la brillante culture judéo-occitane shuadit commence alors un chemin de souffrance s'achevant sur les édits d'expulsion en série, locaux puis généraux (1306, 1322, 1394). La Provence, alors semi-indépendante sous la branche capétienne cadette d'Anjou, offre un relatif refuge pour deux petits siècles de plus ; mais celui-ci s'effondre avec le rattachement du comté au domaine royal (1482) : les édits d'expulsions s'abattent très vite dans la foulée (1498 et 1501). Ne reste plus alors aux Juifs occitans que le petit "réduit" papal du Comtat et d'Avignon (resté territoire pontifical après la fin du Schisme d'Occident), dans des conditions très discriminées (carrières = ghettos[1]),Plan carriere Cavaillon d'où ils ne sortiront qu'en 1791 avec le rattachement du futur Vaucluse à la France et la simultanée émancipation générale des Juifs par la bourgeoisie révolutionnaire. Cette émancipation de 1791 marque le début du long chemin des Juifs d'Europe vers ce que les "indigénistes post-modernes" (ironie ironie) appellent la "blancheur sociale", l'européité/occidentalité pleine et entière. Un chemin qui n'ira pas sans violents conflits (affaire Dreyfus), entre tentation assimilatrices ("tout leur accorder en tant qu'individus, tout leur refuser en tant que nation" dixit le député libéral Clermont-Tonnerre en décembre 1789) et excluantes ; conflits qui ne seront pas la moindre des racines de l'Holocauste des années 1940. Ce n'est en définitive qu'au 20e siècle que les Juifs deviendront pleinement des "Blancs" européens à part entière ; certains se faisant colonisateurs impérialistes au Proche-Orient avec le projet sioniste (dès les années 1890-1900) ; et plus généralement dans le cadre de l'"expiation" impérialiste générale après la défaite de l'horreur hitlérienne. Cela parfois aux prix de quelques distorsions historiques : ainsi dans les fictions consacrées à la Shoah, la famille juive traquée est souvent moyenne-bourgeoise, laïque et éduquée afin que le spectateur occidental d'aujourd'hui puisse s'identifier à elle ; les juifs misérables, illéttrés, souvent très religieux et ne parlant que yiddish des shtetl d'Europe de l'Est ne sont pratiquement jamais montrés alors qu'ils ont représenté, en réalité, plus de 95% des victimes. Mais l'identification à eux serait, c'est certain, une autre paire de manche...

À la fin du 16e siècle, fuyant les persécutions dans les royaumes d'"Espagne" et du Portugal où leur conversion forcée (souvent de façade) ne suffit même plus aux autorités (qui en doutent par principe : limpieza de sangre), des communautés séfarades s'installent en Gascogne, à Bordeaux et autour de Bayonne, où elles obtiennent non sans difficultés un droit de résidence spécial et dérogatoire (l'"Espagne" et le Portugal, unifiés en 1580, sont alors l'ennemi juré du Royaume de France qui est disposé à quelques dérogations pour leur nuire).

judéo-occitanSéfarades de Gascogne et Juifs "du Pape" provençaux sont les deux grandes communautés juives historiques de nostre païs, avec les noms célèbre de Pereire ou Mendès France pour les premiers et de Crémieux (Gaston le communard marseillais et Adolphe le "citoyenniseur" des Juifs d'Algérie), Naquet ou encore Vidal-Naquet pour les seconds.

S'y sont évidemment ajoutés depuis des Ashkénazes (des rives du Rhin jusqu'aux plaines d'Ukraine), notamment (comme dans tout l'Hexagone) des réfugiés de l'antisémitisme ambiant d'Europe de l'Est puis du nazisme dans l'Entre-deux-guerres [dont beaucoup croyant à tort, en 1940, trouver la sécurité en "zone libre" vichyste puis en zone italienne (1942-43, du Rhône aux Alpes)], des Séfarades "balkano-égéens" (des Balkans, de Grèce et de Turquie, les fameux "Juifs de Salonique" de langue judéo-espagnole) et (surtout) des Séfarades du Maghreb arrivés en masse dans la tourmente de la "décolonisation" (années 1960) - par ressentiment anti-arabe, ces derniers sont souvent en première ligne du soutien à Israël. Originaire de l'actuelle Pologne, arrivé (après un détour de sa famille par la Palestine) à Toulouse en 1931, Marcel Langer restera à jamais une figure incontournable du mouvement communiste (Brigades internationales) et de la résistance antifasciste dans la région. Il mourra guillotiné par la "justice" de Vichy en 1943, après que le procureur Lespinasse ait lancé à l'audience "Juif, étranger et communiste : voilà trois bonnes raisons pour moi de réclamer votre tête" (l'ignoble personnage sera liquidé quelques mois plus tard par les FTP-MOI, et plus aucun procureur toulousain n'osera requérir la peine de mort jusqu'à la fin de la guerre...).

Tout cela (mis à part le dernier paragraphe) s'est déroulé il y a des siècles ; mais comme l'expliquait (de manière idéaliste certes) la philosophe marxiste "hétérodoxe" passée au christianisme progressiste Simone Weil, elle-même d'origine juive, il s'agit là de la RACINE DIRECTE de l'ordre dominant dans lequel nous vivons, que le siècle dernier a vu se déchaîner dans l'horreur et qui nous prépare encore de très sombres heures pour le siècle qui commence. Nous ne pouvons combattre et abattre ce système qu'en l'attaquant idéologiquement (puis physiquement) dans ce qu'il a de plus profond et STRUCTUREL, et en français "structurel" a pour synonyme "800 ans". Il se trouve aujourd'hui de sinistres imbéciles pour venir expliquer que les Juifs (les "sionistes") contrôlent et dirigent l’État français et même le système impérialiste mondial, et il se trouve malheureusement un nombre important de personnes pour les écouter. Mais la réalité est que dans le monde impérialiste blanc européen-chrétien d'aujourd'hui, sous des formes certes différentes des édits royaux et des décrets révolutionnaires bourgeois d'autrefois, les Juifs restent des "Blancs" par assimilation, par octroi de ce statut de "Blancs" sociaux ; ils demeurent des tolérés. Que l'on appelle à l'anéantissement militaire d'Israël au profit d'un quelconque État comprador oriental "ami" (ce qui n'arrivera jamais, mais permet de caresser les oligarques "nationalistes" de ces États dans le sens du poil) ou que l'on soit "prêt", depuis les bords de Seine, à se "battre" pour la place-forte impérialiste sioniste jusqu'au dernier "Juif patriote et enraciné" israélien Medieval manuscript-Jews identified by rouelle are being bu("Vive Israël, mort aux youpins !" en quelque sorte - voir aussi ici), c'est finalement la même pensée structurelle qui domine : lorsque le Juif n'est pas une vermine à éradiquer, il est au mieux de la chair à canon ou un "argentier" de bon cœur ("ils ont de l'argent", c'est bien connu...) pour la domination impérialiste occidentale au Proche-Orient. Jusqu'au milieu du 20e siècle, à l'exception d'une certaine bourgeoisie républicaine BBR post-affaire Dreyfus, le mot "juif" était ultra-principalement l'objet de tous les fantasmes réactionnaires ou pseudo-"socialistes" plus ou moins haineux ; depuis lors il est aussi devenu le faire-valoir de tout un "républicanisme"/"démocratisme" bourgeois et "universalisme" impérialiste ; il y avait dans les années 1920-30 un fascisme francouille qui voyait et dénonçait partout la main du "judéo-maçonno-bolchévisme" tandis qu'aujourd'hui la contre-révolution préventive capitaliste a évolué et il y a en définitive deux fascismes, celui qui crie au "sionisme partout" et celui qui crie à "l'antisémitisme partout" ; mais dans un cas comme dans l'autre (même pour de prétendus "porte-paroles" bourgeois de la communauté juive...) "les Juifs" restent une figure tout aussi abstraite, fantasmée et utilisée : cristallisant et personnifiant, pour les tenants de "l'antisémitisme partout", les "valeurs" de leur sacro-sainte "Républiiiique" bourgeoise (il n'est pourtant pas sûr qu'un militant libertaire comme Pierre Stambul, par exemple, les partage) et pour ceux du "sionisme partout" la dissolution de celles-ci ; prétextes pour les uns à une géopolitique impérialiste alignée sur les USA et pour les autres à une géopolitique "eurasiste", "pro-arabe" ou "tiers-mondiste" opposée à eux... Dans tous les cas, tout ce qui vient d'être exposé précédemment n'intéresse absolument personne voire est purement et simplement ignoré ; y compris chez ces prétendus "antifascistes" sionards qui n'ont que les mots "juif" et "antisémitisme" à la bouche pour nazifier leurs contradicteurs, à savoir les militant-e-s conséquent-e-s avec la solidarité internationaliste envers la Palestine. Mais en même temps, comme aurait dit ce bon Jésus-Christ, il faut leur pardonner : en effet, la bourgeoisie est une classe assumant la totalité du pouvoir depuis la fin du 18e siècle et déjà très influente au cours des deux siècles précédents, et qui écrit depuis lors l'Histoire à sa "sauce" et à son avantage. C'est notamment cette historiographie bourgeoise qui décrit le Moyen Âge comme un âge des ténèbres (auquel nos "régionalisme identitaires féodaux" chercheraient à revenir, "argument" ultra-récurrent) dont les "symboles" (Inquisition, bûchers, paysans révoltés massacrés et pendus, écartèlements en place publique etc.) relèvent en réalité de sa toute dernière phase (13e-15e siècles) et se prolongent bien au-delà jusqu'au 17e voire 18e siècle, autrement dit sont concomitants et indissociables de la construction de l’État moderne dans lequel elle a bâti sa prospérité, question que nous avons déjà maintes fois abordée. De cet "âge des ténèbres" émergent seulement les figures de quelques "grands rois", ceux qui ont "fait la France" autrement dit le cadre territorial et le bras politico-militaire de son accumulation capitaliste, et dont "Saint" Louis IX n'est pas des moindres ; jusqu'à la "Renaissance" qui marque sa première consécration économique et culturelle suivie du "bon Henri IV", du "Roi Soleil" Louis XIV trônant à Versailles puis des portraits plus "mitigés" de Louis XV et Louis XVI jusqu'à la "révolution" de 1789. Devenue après moult péripéties (affaire Dreyfus, régime de Vichy) majoritairement anti-antisémite depuis une soixantaine d'années, la bourgeoisie est dès lors bien obligée de gommer consciencieusement que ses "grands rois qui ont fait la France" sont aussi ceux qui ont mis en place puis maintenu des mesures d'exclusion contre les Juifs n'ayant rien à envier aux lois de Nuremberg.

Synagogue Avignon Paul KlijnÀ vrai dire, très comparable dans sa précarité est la "blancheur" de nos Peuples "provinciaux" d'Europe, guère mieux considérés que du bétail il y a encore 300 ou 400 ans et "blanchis" par la "grâce" de l'Empire colonial au détriment des Peuples colonisés d'outre-mer, accédant ainsi aux Droits "naturels" (mais tout FORMELS) de l'Homme BLANC jusqu'à faire partie de ce que l'on peut qualifier d'"aristocratie ouvrière mondiale", "aristocratie" que le capitalisme en crise générale entraîne désormais dans sa chute. Un "blanchissage" qui n'est là encore pas allé sans accrocs ; ainsi au 19e siècle les Occitans (hormis les classes aisées/francisées) étaient-ils pour Jules Michelet "tout autre chose" que français, "peut-être espagnols ou maures", pour Hippolyte Taine "un mélange de carlin et de singe" (!), pour Joris-Karl Huysmans (parisien de père hollandais) des "gens qui ont de l'astrakan bouclé sur le crâne et des palissades d'ébène le long des joues", des "latins mâtinés d'arabes" (...) "race de mendiants et de lâches, de fanfarons et d'imbéciles" (!!), et plus tard pour l'ignoble Louis-Ferdinand Céline "la partie vinasseuse de la République, profiteuse, resquilleuse, politique, éloquente, creuse" (1938) puis carrément "peuplée de bâtards méditerranéens, narbonoïdes dégénérés, nervis, félibres gâteux, parasites arabiques que la France aurait eu tout intérêt à jeter par-dessus bord (...) rien que pourriture, fainéantise, infect métissage négrifié " (!!!).

D'ailleurs à la "grande" époque du nationalisme antisémite francouille des Barrès, Drumont et compagnie, lorsque la moitié sud de l'Hexagone votait massivement à gauche (radical ou socialiste, incarnant ainsi "l'infâme" république parlementaire) tandis que la moitié nord penchait nettement plus à droite, et comme pour faire écho aux temps du "bon" roi "Saint"-Louis-la-rouelle, le trait d'égalité entre "Midi" et "juiverie" était pour ainsi dire omniprésent : "Dans la politique, c'est le Juif qui dirige et le Méridional qui agit. Derrière Rouvier, il y a Rothschild" écrivait ainsi Gaston Méry, journaliste d'extrême-droite et disciple d’Édouard Drumont en 1891 [ou encore si l'on regarde cette caricature de 1907, pourtant publiée dans un journal se voulant "socialo-anarchiste" (mais manifestement hostile au mouvement), les vignerons occitans affamés sont représentés gras et repus, vêtus bourgeoisement... mais aussi sous des traits rappelant fortement les caricatures antisémites de l'époque, le personnage au deuxième plan formant même une sorte de triangle (maçonnique ?) avec ses mains devant la statue de la République]. Mais s'en étonnera-t-on maintenant que nous avons vu comment le "rouleau compresseur" anti-juif du Royaume de "France" a été indissociable de la Conquista de nos Terres d'Òc et de la sanglante soumission de notre Peuple, et lorsque l'on se souvient que face à la Grande Révolte de 1907 le réactionnaire Figaro brandissait encore la figure "héroïque" de Simon de Montfort ?

Nous avons là le parfait reflet intellectuel de la réalité matérielle : l'expansion en cercles concentriques du système "France", d'abord jusqu'aux rives de la Méditerranée et de l'Atlantique puis au-delà, à partir d'un Bassin parisien certes économiquement moins avancé au départ (12e s.) mais à qui l'exploitation féroce de ses producteurs (servage "dur") et, comme on l'a vu, la bénédiction pontificale donneront la supériorité politico-militaire. Pour les Bretons comme pour leurs cousins irlandais de l'autre côté de la Manche, celtes donc "nordiques" en principe, on ira jusqu'à imaginer que les "vrais" Celtes (après apport romain et germanique) sont les Français et les Anglais ainsi que les classes "supérieures" de Bretagne et d'Irlande, tandis que la populace descendrait d'"Ibères" venus d'Afrique à la fin de la préhistoire. L'antisémitisme, d'abord religieux puis (à partir du 19e s.) "racial" ("ce sont des Asiatiques"), n'est qu'un autre reflet de cette même réalité matérielle structurelle. Tout cela pour déboucher aujourd'hui, dans la nouvelle crise générale du capitalisme et avec les autres Peuples-"provinces", sur cette "France des périphéries" non moins systématiquement rabaissée que celle des "quartiers sensibles" par l'idéologie dominante, surtout lorsqu'elle a l'outrecuidance de "l'ouvrir"... Est-il envisageable aujourd'hui qu'au sein d'un même État européen, la bourgeoisie d'une partie dudit État voie (et propose aux masses) une "sortie" de la crise générale du capitalisme dans l'asservissement brutal, voire le massacre d'autres régions ? L'exemple de l'Ukraine semble hélas nous montrer que ce n'est pas pure politique-fiction. En parlant de l'Ukraine, les ultra-Synagogue Carpentras 3nationalistes des régions de l'Ouest y proclament ouvertement leur volonté de "purger le pays de 400.000 Juifs" ce qui n'empêche pas Washington, Londres, Paris, Berlin et Bruxelles de les soutenir tandis que la presse sioniste fait part de ses sueurs froides : en toute logique, le délire comme quoi "les Juifs/sionistes dirigent le monde" devrait être mort sur le bords du Dniepr...

Tel est le monde dans lequel nous vivons ; le monde que nous voulons et devons changer.

Les Juifs habitant l'Occitanie font partie intégrante du Peuple occitan en tant que communauté culturelle spécifique, dans toute leur judéité (c'est-à-dire sans injonction assimilationniste) ; comme au demeurant tous les Juifs d'Hexagone font partie intégrante de leurs Peuples respectifs ; sauf peut-être les Séfarades d'Afrique du Nord venus dans les années 1960, qui peuvent avoir certaines caractéristiques d'une colonie intérieure - bien que leur antagonisme avec la colonie intérieure maghrébine musulmane (arrivée pour l'essentiel à la même époque...) soit savamment entretenu par le système dominant.

Le Mouvement révolutionnaire de Libération du Peuple occitan (MRLP) ne tolère pas la haine antisémite sur le sol d'Occitanie, d'où qu'elle vienne, y compris de la part de personnes colonisées-intérieures comme cela s'est produit à Tolosa (Mohamed Merah).

À vrai dire, si l'on regarde la liste des "villages des Justes" et autres lieux de mémoire dressée par le mémorial de Yad Vashem, il est même possible de dire que le rejet de l'antisémitisme est une composante intrinsèque de la culture populaire occitane : l'histoire de l'antisémitisme en Occitanie se confond avec celle de la conquête et de la domination francouille et un "Occitan" antisémite est un francisé du cerveau[2] ; fut-il un (soi-disant) farouche "occitaniste" tel Charles Maurras ou Louis Alibert.

Ceci ne signifiant pas pour autant (et nous avons suffisamment expliqué que cela n'a rien à voir) avoir de l'indulgence pour le projet sioniste au Machrek arabe, violemment colonisateur et ségrégateur, ce qu'un Peuple avec l'histoire qu'a le nôtre ne peut accepter.

De fait, le Mouvement révolutionnaire de Libération du Peuple occitan combat tout aussi impitoyablement la merde idéologique sionarde (y compris camouflée sous des salmigondis d'"extrême-gauche", "ultra-marxistes" ou "libertaires") défendant les crimes colonialistes et d'apartheid israéliens, merde idéologique généralement indissociable (là encore sous tous les dehors que l'on veut) de l'idéologie républicarde bleu-blanc-rouge, à laquelle la bourgeoisie juive (qui a commencé à impulser le projet sioniste dès la fin du 19e siècle) est historiquement arrimée.

D'ailleurs, plutôt que d'aller exproprier et martyriser un Peuple qui n'a aucune responsabilité dans les tragédies subies, il est possible d'affirmer sans crainte devant les communautés juives (européennes comme nord-africaines comme orientales) que l'Occitanie révolutionnaire pour laquelle nous luttons peut et veut être la nouvelle Andalus qui peuple leur imaginaire collectif. 

Et que surtout, nul n'oublie jamais cette phrase d'un grand ennemi de l'oppression qui s'adresse à tous les Peuples niés, racisés, "provincialisés" ou impérialisés : "Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l'oreille, on parle de vous" (Frantz Fanon) !

 


[1] Ainsi, trois siècles après avoir initié la persécution systématique des Juifs, la Papauté devenait l'un de leurs tout relatifs refuges tandis que "l'élève" État moderne avait "dépassé le maître"... On retrouvera cette même tolérance en ghettos dans d'autres parties de l'Europe n'ayant pas encore donné naissance à un véritable État moderne, notamment l'Empire polono-lithuanien des 15e-18e siècles (berceau du Yiddishland) mais aussi les multiples petits États du Saint-Empire germanique (= Allemagne, Autriche, Tchéquie actuelles), d'où le fait que l'on trouvait 10 fois plus de Juifs dans ces pays (ashkenazim, Ashkenaz étant dans la Bible l'arrière-petit-fils de Noé et l'ancêtre des peuples germaniques et slaves, servant donc à désigner cette partie de l'Europe) qu'en "France" au moment de l'émancipation de 1791. Mais un siècle et demi plus tard, le nazisme anéantira cette brillante culture (90% d'assassiné-e-s) qui survit aujourd'hui un peu dans la diaspora, principalement aux États-Unis (l'idéologie sioniste d'Israël étant quant à elle très hostile aux cultures juives d'avant l'alya).

[2] maurras-charlesLes jacobinards "rouges" citeront évidemment l'exemple de Maurras pour "démontrer" qu'en "France", le fascisme et l'horrible antisémitisme sont forcément "régionalistes". Pourtant, Charles Maurras (né à Martigues, Provença, en 1868) était typiquement ce qu'il faut appeler un Français du cerveau. En fait, si l'on schématise (pour les besoins de la démonstration) l’État français et ses "provinces" comme un Empire colonial, alors Maurras était un bourgeois comprador souhaitant "refonder le pacte" sur une base plus favorable aux "provinces" ; en fin de compte une sorte d'Houphouët-Boigny ou de Senghor lorsqu'ils voulaient substituer à l'Empire une "Union française" ; d'ailleurs dans une démarche "nationale" purement culturaliste (Félibrige vs "négritude") assez similaire à la base. La seule différence est que pour Houphouët ou Senghor cette "refondation" impliquait une "avancée" démocratique à Paris (bien qu'au final ce sera le "coup d’État permanent" gaulliste qui la mettra en œuvre, et qu’eux-mêmes deviendront des despotes implacables de la "Françafrique"), alors que pour Maurras elle impliquait un "recul" : la république bourgeoise étant "forcément" centralisatrice, il fallait un retour à la monarchie dont l'autorité "naturelle" pouvait seule permettre de décentraliser. Mais l'esprit était finalement le même ; et à des années-lumière de celui à la fois républicain démocratique, socialisant et décentralisateur des luttes occitanes de 1848, 1851 et 1870-71. Le problème est que, Maurras étant devenu le leader de l'Action française après avoir été un "compagnon de route" du Félibrige, il offre aux jacobinards de tout poil cet argument facile : l'occitanisme comme tout "régionalisme" est forcément réactionnaire, preuve que c'est un mouvement qui veut "faire tourner la roue de l'histoire à l'envers"... Jacobinards qui "omettront" bien sûr commodément de citer d'autres noms de l'extrême-droite anti-républicaine et antisémite de l'époque : le lorrain Barrès, et a fortiori les parisiens pur jus Bernanos et surtout Drumont, que Maurras lui-même définira comme son maître à penser ("la formule nationaliste est ainsi née presque tout entière de lui, et Daudet, Barrès, nous tous avons commencé notre ouvrage dans sa lumière") et dont le disciple Gaston Méry, comme on l'a vu, faisait des Occitans le "bras armé du Juif". D'ailleurs, dans une époque littéralement baignée d'antisémitisme, Maurras n'était même pas forcément le plus virulent (Drumont étant de très loin beaucoup plus "gratiné") : il était avant tout anti-allemand, anglophobe et anti-protestant (voyant dans la franc-maçonnerie un crypto-protestantisme, ce qui n'est d'ailleurs pas entièrement faux, et dans les Juifs des alliés de cette dernière).
 


Quelques réflexions au sujet du débat qui agite actuellement le mouvement antifasciste et révolutionnaire, sur le caractère "structurel" ou non de l'antisémitisme aujourd'hui alors même qu'il n'est plus assumé ouvertement par l’État :

- "Structurel" signifie par définition quelque chose, produit d'une situation matérielle, qui imprègne profondément les représentations sociales et les agissements qui en découlent dans les masses populaires. Ainsi, par exemple, le monde capitaliste que nous connaissons repose depuis plusieurs siècles sur la suprématie mondiale des "Blancs" (Européens et euro-descendants d'Amérique du Nord) qui dominent et exploitent (la bourgeoisie exploite directement, les travailleurs récupèrent des miettes de cette exploitation) les Peuples des autres continents (et de surcroît, tendent à instaurer des hiérarchies/rapports de domination entre et au sein de ceux-ci). Le racisme est donc un phénomène structurel qui sous-tend tous les rapports sociaux des "Blancs" avec les "non-blancs" (tant au niveau mondial que dans les "pays blancs"), mais aussi des "non-blancs" entre eux et avec les "Blancs" (comme le fameux "racisme anti-blanc" - avec ses penchants plus ou moins... antisémites - qui est un produit en réaction de cette situation, mais aussi - beaucoup plus souvent - le mimétisme servile, la honte de soi et le mépris pour sa propre identité culturelle etc. etc.).

- L'antisémitisme est né comme produit d'un des nombreux crimes fondateurs (une des "douleurs de l'accouchement") du capitalisme : la spoliation systématique des Juifs à la fin du Moyen Âge et au début de l’Époque moderne, sous l'accusation fréquente d'être des "usuriers", des "rapaces" ainsi qu'un Peuple ayant "renié le Christ", "ennemi des chrétiens" ("enlevant" par exemple des enfants chrétiens pour les assassiner rituellement, empoisonnant les puits pour répandre les épidémies etc.). Il s'est maintenu après le triomphe des "révolutions" bourgeoises et l'entrée dans l'ère industrielle comme expression du conservatisme anti-libéral... et aussi comme "anticapitalisme des imbéciles" en forme de nostalgie du "bon vieux temps" pré-industriel (une grande et grave maladie infantile du mouvement ouvrier !) ; avant d'être mis au service de la lutte contre la tendance historique à la révolution socialiste.

- Ensuite de quoi les crimes nazis l'ont, comme disait (l'antisémite lui-même) Bernanos, "déshonoré"... Pour autant, étant (comme on l'a dit) le produit d'un des crimes fondateurs du capitalisme et intrinsèquement lié à celui-ci, la disparition véritable de la base matérielle de l'antisémitisme ne peut être que celle du capitalisme lui-même. Et même si l'on admettait que cette base aurait disparu (quelque part entre 1945 et nos jours...), l'on sait que les idées et les représentations sociales ont une certaine "autonomie" et "inertie" par rapport à la réalité matérielle qui les a engendrées, et qu'elles peuvent lui survivre pendant un temps assez long. Alors à plus forte raison à un "simple" "déshonneur" bernanosien...

- En clair : il n'est tout simplement pas possible que quelque chose qui a structuré (signification de "structurel" !) la pensée politique européenne et occidentale pendant des siècles, depuis l'émergence du capitalisme au Moyen Âge jusqu'au triomphe des monopoles et à leur lutte contre la révolution prolétarienne au 20e siècle, ait pu cesser "du jour au lendemain" (ou en quelques décennies) après la défaite du nazisme d'imprégner le "sens commun" (= la conscience populaire aliénée/arriérée) de l'"Occident chrétien".

- Pour autant, c'est une réalité (dans les pays impérialistes occidentaux en tout cas) que la position des États bourgeois a changé ; peut-être parce que (plus que "déshonoré par Hitler"...) si le génocide nazi a heureusement pu être arrêté dans son œuvre criminelle, la "solution finale à la question juive" a finalement été trouvée... dans le sionisme, transformant une population dispersée d'éléments "antinationaux" et "subversifs" (démocrates radicaux ou révolutionnaires) en citoyens et soldats ou (du moins) en défenseurs acharnés d'un État faisant office de "rempart de l'Occident" au Proche-Orient et (par-là) de la politique impérialiste et des "valeurs" occidentales en général ; avec comme "salaire" de ceci le "philosémitisme" affiché par (la majorité de) nos directions politiques bourgeoises. Les États bourgeois occidentaux n'assument plus et même répriment les opinions (exprimées "trop fort") et les actes antisémites (l’État français entre 1789 et 1940, par exemple, n'était pas officiellement antisémite et ne discriminait pas les Juifs mais laissait la haine la plus sordide avoir pignon sur rue)... et cela, qu'on le veuille ou non, fait une sacrée différence !

- Cette différence peut s'observer très simplement, de manière chiffrée, dans les études d'opinion qui montrent que tant la haine ouverte que les préjugés (pourtant plus résistants) reculent constamment depuis l'après-guerre dans la population générale, et encore plus si l'on ne prend que les seuls "Blancs". En 2013, 85% de la population hexagonal n'avait pas une opinion négative des Juifs ; et même des éléments au discours extrêmement raciste les placent aujourd'hui (souvent aux côtés des "Asiatiques") en "modèle de communauté bien intégrée qui ne pose pas de problèmes". Les derniers éléments antisémites "blancs" sont des militants politiques nostalgiques des régimes fascistes des années 1930, n'ayant pas accepté la défaite de ceux-ci à l'issue de la Seconde Guerre mondiale (ou quelques intellectuels "rouges-bruns" admirateurs d'une certaine URSS "terminale" et voyant dans la Russie de Poutine sa continuation, sensibles aux théories "eurasistes" d'Alexandre Douguine etc. etc., et niant le génocide antisémite nazi comme "invention de l'Occident et prétexte au sionisme" - ceci rejoignant l'"anti-impérialisme des imbéciles" cf. ci-après). En revanche, ce que l'on observe depuis une vingtaine d'années est une montée des opinions antisémites chez les "non-blancs", principalement les personnes de culture musulmane. Il s'agit là essentiellement de deux phénomènes : 1°/ autour des personnalités "phares" de Dieudonné et Alain Soral, d'une "rencontre" entre l'antisémitisme européen résiduel (d'autant plus virulent qu'il est résiduel, et se sent cerné par un État "philosémite" !) et ce que l'on pourrait qualifier d'"anti-impérialisme des imbéciles", un sentiment spontané et "primaire" de révolte face aux crimes impérialistes perpétrés "contre les musulmans" qui se focalise sur la question palestinienne et tend à faire du gouvernement israélien (et de ses partisans les plus acharnés dans les pays occidentaux, aux États-Unis en particulier) le "maître d’œuvre" de la politique impérialiste occidentale et de tous ses crimes autour du globe ; sachant aussi que déjà à l'époque coloniale, les gros colons tricolores du Maghreb s'évertuaient à détourner vers les Juifs (qui avaient obtenu la citoyenneté française en Algérie, ce que certains supportaient mal...) la colère des indigènes qui leur était normalement destinée ; 2°/ dans la mouvance dite "salafiste/djihadiste", d'une rencontre entre cet "anti-impérialisme des imbéciles" et le projet impérial ("Califat") des oligarques aux pétro-dollars suraccumulés du Golfe, qui font du "Dôme d'Al-Aqsa (la grande mosquée de Jérusalem) aux mains des Juifs" l'un des grands points de mire de leur mobilisation réactionnaire de masse auprès de populations ayant toujours le sort tragique des Palestiniens "à fleur de peau". C'est (comme chacun-e le sait) dans cette dernière mouvance que les sentiments anti-juifs peuvent aller jusqu'à l'assassinat physique (Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, Amedy Coulibaly etc.).

Cette résurgence de l'antisémitisme sous une forme "inattendue", dans des sociétés qui à l'heure de la "Fin de l'Histoire" pouvaient le croire réduit à une poignée de "nazillons dégénérés", a évidemment eu de quoi surprendre, choquer et bousculer les schémas pré-établis de tout un camp progressiste "simpliste" (qui pourra alors se réfugier dans un silence "gêné" que d'aucuns interprèteront comme "ambigu", ou alors tomber dans la force d'attraction de l'un ou l'autre des deux "pôles" réactionnaires sur la question - "philosémitisme" anti-"islamo-gauchiste", "anti-conspi", anti-anti-impérialiste et anti-antisioniste ou alors "anti-impérialisme des imbéciles" vu comme "le sentiment des opprimés").

Mais ce qu'elle montre surtout, c'est que l'extinction de l'antisémitisme n'est possible (et encore, pas du jour au lendemain) que par l'extinction de sa base matérielle d'existence qui est le capitalisme.

 

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DOSSIER PALESTINE (conflit de juillet 2014) :
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Considérations diverses : une mise au point nécessaire sur nos positions internationalistes et aux côtés des Peuples

juin 2014

POSITION DES COMMUNISTES RÉVOLUTIONNAIRES DE LIBÉRATION OCCITANE SUR LES ÉLECTIONS MUNICIPALES ET EUROPÉENNES DES PROCHAINS MOIS

L'affaire Dieudonné-Valls :
Plutôt bon article sur la ‘Déclaration de guerre de la République à Dieudonné’ (la pseudo-controverse réactionnaire entre l’antisémite dégénéré et les gardiens du temple républicain)
Quelques mises au point complémentaires (et conclusives) sur la ‘‘question Dieudonné’’ (et Dreyfus, le Front populaire, l’antisémitisme etc.)
Réflexion théorique : loi Gayssot, lois antiracistes et "mémorielles", "antifascisme" bourgeois etc., quelle position pour les communistes ?

Dossier Breizh :
Breizh : comment l'étincelle écotaxe a mis le feu à la lande
"Esclave", "identitaire", chouan, cul-terreux arriéré de service : pour paraphraser Césaire, "n'allez pas le répéter, mais le Breton il vous EMMERDE"
Considérations diverses – en guise de ‘‘petit debriefing’’ de ces derniers mois : Bretagne, fascisme, ‘‘Lumières’’ et Kaypakkaya… (point 1)
Considérations diverse (26/11/2013) : eh oui, Servir le Peuple a toujours quelques petites choses à vous dire ;-) (point 1)
Appel de la gauche indépendantiste bretonne (Breizhistance) pour le 30 novembre (avec notre critique de la position du ROCML)
Le Top Five des drapeaux qui n'ont PAS été inventés par un druide nazi  (mortel !)
Et en guise (provisoire) de conclusion : La Gauche indépendantiste bretonne revient sur la mobilisation de Karaez/Carhaix

Comité de Construction du PCR des Terres d'Òc : Déclaration du 11 Novembre

La phrase du moment :

"La tyrannie cessera parmi mon peuple ; il n'y aura que liberté, liberté toute nue, sans déguisement. Bouleversements d’États entiers : je les renverserai de fond en comble, il n'y aura rien de reste. Il va y avoir de terribles renversements de conditions, de charges et de toutes choses. Je veux faire un monde nouveau, je veux tout détruire. Je veux appeler à moi la faiblesse, je veux la rendre forte. Pleurez gens du monde, pleurez grands de la terre, vos puissances vont tomber. Rois du monde, vos couronnes sont abattues !"

Élie Marion, "prophète" et guérillero camisard cévenol, 1706.

Amb l'anma d'un Camisart, Pòble trabalhaire d'Occitània endavant !

 

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Récapitulatif des "grandes thèses" de Servir le Peuple


À lire également, les Considérations Diverses, petits "billets" trop courts pour faire un article et donc regroupés par trois, quatre ou plus, exprimant notre CONCEPTION DU MONDE sur toute sorte de sujets. 


En finir avec la 'France', appareil politico-militaire et idéologique de nos oppresseurs ! (1) et (2) 

En finir avec la 'France' (3) : l'État bourgeois contemporain et nos tâches

Même étude sur l'État espagnol (1 et 2) ; le Royaume-Uni (1 et 2) et l'Italie.

 

APRÈS 8 SÈGLES… (Huitième centenaire de la bataille de Muret 1213 & DÉCLARATION FONDATRICE de notre Comité de Construction du PCR-Òc)

 

V. I. Lénine : "Il y a deux guerres" 

 

Le 18 Juin, une date symbolique pour les fascistes


Réflexion sur la déviation ouvriériste – Avant-propos

Réflexion sur la déviation ouvriériste : la classe ouvrière, le prolétariat et la révolution. 


Sur le Gouvernement de Bloc Populaire

Rectificatif sur le Gouvernement de Bloc Populaire

Encore une fois sur le "Bloc populaire" et la QUESTION ELECTORALE


Harry Haywood contre la Théorie des Trois Mondes et les dérives réactionnaires des « prochinois »


TKP(ML) : On ne peut pas être communiste sans défendre le maoïsme


La Question nationale au 21e siècle 

Considérations diverses : un (gros) pavé sur la Question nationale...

Clarification sur l'encerclement du 'Centre' par la 'Périphérie'

 

Pour comprendre la Tempête arabe, avoir une analyse de classe correcte de la situation

(n)PCI : La révolution démocratique anti-impérialiste des pays arabes et musulmans

 

2011 : un point indispensable sur le fascisme et l'antifascisme pour les années à venir

 

Thèses fondamentales pour la construction partidaire


Sur le processus révolutionnaire

Sur le processus révolutionnaire (2) : vers le communisme

 

La "négation de la négation" et le maoïsme


Considérations diverses : Sur la question du SECTARISME

 

(Conception du monde) Le Parti révolutionnaire : ARTISAN conscient... ou 'accompagnateur contemplatif' du mouvement historique ?


Sur la 'révolution permanente' et le trotskysme

 

Le 'centre mlm' de Belgique, la Guerre populaire et le (n)PCI (sur la stratégie révolutionnaire en pays impérialiste) ; et dans la continuité :

Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (1ère partie)

et Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (2e partie)

 

 

Sur le document "Expériences, débats et perspectives" du PC d'Équateur - Comité de Reconstruction, adressé au Mouvement communiste international

 

EXCLUSIF : Lotta Continua - "Prenons la Ville !" (1970) [avec un salut rouge et fraternel à l'AA Bordeaux ]


Manifeste Programme du (n)PCI

Présentation

du chap. 1 du Manifeste pour les lecteurs/trices francophones (valable pour tout le Manifeste)

 

(Chapitre I): PDF - WORD

 

Le Plan Général de Travail ((n)PCI)

 

 MANIFESTE COMPLET

(version non-définitive ; chap. 4 et 5 pas encore validés par les camarades italiens)

 

IMPORTANT pour la compréhension du Manifeste :

La crise actuelle, une crise par surproduction absolue de capital (en PDF)

article de 1985 paru dans Rapporti Sociali n°0

[en bas de la page en lien, icône
PDF - Télécharger le fichier pour télécharger le document]

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25 avril 1945 : le Peuple italien terrasse le fascisme

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