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Le révisionnisme

 

Le révisionnisme moderne* désigne le processus d'abandon, en URSS et dans la plupart des PC du monde** (au pouvoir ou pas), des principes marxiste-léninistes et, là où ces PC sont au pouvoir, de l'économie socialiste et de la dictature du prolétariat, entre le milieu des années 50 et la fin des années 80.

C'est la définition communément admise par l'ensemble des marxiste-léninistes, maoïstes ou non, à l'exclusion bien sûr des trotskistes, des anarchistes et des gauchistes (luxemburgistes, "Gauche communiste") pour lesquels l'URSS n'a jamais été socialiste.

Cependant, ce concept donne lieu à des interprétations radicalement divergentes.

Pour certains, l'approche est totalement métaphysique, "magique", idéaliste. "Saint Staline" est mort - peut-être assassiné - et, après une brève lutte de pouvoir, l'URSS a cessé d'être socialiste et internationaliste pour devenir capitaliste monopoliste d'État et social-impérialiste. Avant cette date, tout était parfait, mais des "vipères lubriques" tapies dans l'ombre attendaient leur heure...
Cette thèse est principalement celle des partisans du leader albanais Enver Hoxha (qui, après la mort de Mao, attaqua violemment celui-ci comme un "démocrate bourgeois" et un "opportuniste de gauche"), mais également du PCMLM, dans sa vision générale dogmatique des choses, "tout blanc" ou "tout noir".

Nous rejetons cette thèse, dite "de l'interrupteur", comme "magique", anti-matérialiste : rien ne tombe du ciel et, corollaire, rien ne se fait en un jour. Surtout pas le retour vers le capitalisme d'un pays engagé sur la voie du socialisme.

A l'opposé - en apparence - se trouve le point de vue des "refondateurs", les organisations qui ont quitté le P"C"F dans les années 1990 (au moment de sa liquidation finale, malgré la conservation de son nom) : PRCF, URCF, Coordination du Nord, Cercles communistes...
Selon eux, tant que l'URSS et les pays "frères" conservent la plus petite apparence de socialisme, notamment la propriété d'État ou un secteur d'État écrasant, ils restent socialistes ("un malade n'est pas un mort" disent-ils) et doivent être défendus inconditionnellement (et non pas dans certaines circonstances seulement). Cette théorie s'applique à la Chine et au Vietnam aujourd'hui, comme hier à l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie, en Afghanistan, à la répression de Tienanmen...

Nous réfutons bien entendu cette thèse également, comme niant la dialectique (transformation d'une chose en son contraire, malgré les apparences), la question de la direction (qui dirige et où va-t-on ?) et la théorie léniniste sur la nature de l'Etat.

Nous ne partageons pas, non plus, la position de Voie Prolétarienne (OCML) qui tend vers les thèses trotskistes : dès la fin de la NEP (1928, 29) et la collectivisation, l'URSS n'aurait jamais été socialiste, mais un capitalisme d'État.
Comme pour les trotskistes, cette thèse est incapable d'expliquer la victoire anti-fasciste de 1945, la défense inconditionnelle du système socialiste, du Parti et de la direction par les peuples d'URSS. La "répression", la "terreur" et la "discipline de fer" ne sont pas des explications suffisantes face à une machine de guerre comme la Wehrmacht nazie (on a vu en 1914-18 que la seule répression pour assurer la combativité des troupes ne marche pas) ; pas plus que le "moindre mal" face aux crimes nazis (les Soviétiques auraient pu laisser tomber Staline et résister ensuite, comme les Irakiens avec Saddam Hussein).

En fait, très éloignées en apparence, ces interprétations ont un point commun, selon nous très "français", "cartésien" : elles recherchent un "point de rupture" net, une "date butoir", avant laquelle tout serait parfait, l'URSS serait un paradis, et après laquelle tout serait abominable, social-fasciste et social-impérialiste.

Une quête impossible et contraire au matérialisme dialectique, l'idée selon laquelle tout se transforme (plus ou moins rapidement, mais jamais instantanément) dans l'affrontement des contraires : rien ne tombe du ciel, rien ne se fait d'un coup de baguette magique.

[* : un premier révisionnisme, désigne à la fin du 19e siècle les thèses de Bernstein en Allemagne, et leur propagation au sein de la IIe Internationale (1889-1914). Ces thèses prônaient le "dépassement" du capitalisme par la simple action légale et parlementaire réformiste. S'y ajouteront une mauvaise compréhension de l'impérialisme capitaliste et finalement, en 1914, l'Union sacrée avec la bourgeoisie impérialiste dans la guerre. Leur critique par Lénine est à la base du marxisme-léninisme.]

[** : entraînant l'opposition des PC chinois et albanais (rupture sino-soviétique), et des scissions dans la plupart des PC du monde.]

Une inversion du sens de l'évolution de la société

En réalité, le révisionnisme n'est pas un "stade" historique stable, ni un corpus idéologique défini, encore moins un mode de production.

Exactement comme le socialisme est un processus, une transition, une série d'étapes entre le renversement du capitalisme et le communisme, le révisionnisme est en fait une régression, une série d'étapes, d'abandons, de transformations des choses en leur contraire, conduisant d'une certaine étape du socialisme à la restauration du capitalisme.

Voyons ce qu'en dit le Nouveau Parti Communiste Italien, qui a réalisé (pour ainsi dire) la seule réflexion théorique profonde post-Mur de Berlin, à laquelle nous souscrivons totalement : "On les décrit [les pays à direction révisionniste NDLR] comme ayant été des sociétés à " capitalisme monopoliste d'État " bien que " de type nouveau " ou ayant pris la forme d'un " capitalisme bureaucratique " (...)
S'il est clair que la phase socialiste est une phase de transition dans laquelle graduellement et par bonds, on liquide les rapports sociaux capitalistes et on développe les germes du communisme, il est clair aussi qu'une fois que la direction du parti et de l'État fut prise par les révisionnistes modernes (qui sont les représentants et porte-parole de la bourgeoisie typique et spécifique de la société socialiste), la nature de l'Union soviétique ne pouvait pas changer d'un coup.

En réalité, il y eut une inversion de la direction vers laquelle la société allait. Dans chaque domaine, pas à pas, furent graduellement étouffés les rapports communistes déjà construits, renforcés les rapports capitalistes qui subsistaient et réintroduites les relations capitalistes là où existaient des conditions pour le faire.

Accuser les révisionnistes soviétiques d'avoir été des sociaux-impérialistes dans le sens où leurs relations avec les partis communistes menées sous le drapeau du socialisme suivaient une ligne faite d'ingérence, de chantage et d'arrogance est une chose.

Soutenir que l'Union soviétique était devenue d'un coup un pays impérialiste en est une autre. Les communistes qui soutiennent que l'Union soviétique était un pays social-impérialiste n'ont jamais expliqué de quoi à leur avis le bond de 1989-1991 était constitué, quelles ont été ses causes et qu'est-ce qui est en cours actuellement dans les pays qui constituaient l'Union soviétique. Pourquoi n'essaient-ils pas de l'expliquer ?

Les communistes des ex-pays socialistes ne peuvent comprendre la lutte de classe qui se mène dans leurs pays et ce que sont leurs tâches que s'ils partent d'une conception matérialiste et dialectique de ce qu'ont été les pays socialistes avant l'arrivée des révisionnistes à leur direction et dans les décennies qui ont suivi."


( Résolution de la 4e Commission préparatoire du congrès de fondation du (n)PCI, point 5 "Le bilan des pays socialistes")

Également : "Ils [les ML/MLM ndlr] ont passé des années à se demander si l'URSS était un pays socialiste ou un pays capitaliste, dans une confrontation d'une quantité plus ou moins grande de faits avec leurs définitions du capitalisme et du socialisme.

Tandis qu'il était plutôt nécessaire d'étudier :

1.jusqu'à quel point la transition du capitalisme au communisme était avancée en URSS et 2.le processus concret de rétrocession au capitalisme commencé dans les années 1950.

Nous avons rompu avec cette attitude bigote à partir de 1990, avec l'autocritique publiée dans l'article "La restaurazione del modo di produzione capitalista in Unione Sovietica" dans
Rapporti Sociali n°8 - Novembre 1990.

Ce travail nous a aidé à comprendre l'expérience des pays socialistes nés pendant la première crise générale du capitalisme et de déterminer les périodes qu'ils ont traversé : construction du socialisme (c'est-à-dire passage graduel à partir des rapports sociaux capitalistes et pré-capitalistes vers des rapports sociaux communistes), tentative de retour graduel et pacifique au capitalisme, tentative de retour au capitalisme à n'importe quel prix.

Il a suffi de s'enlever les œillères d'une scolastique pseudo-marxiste pour permettre que la riche et multiforme expérience des pays socialistes devienne compréhensible et parlante, pour comprendre la stricte connexion de "l'effondrement " des régimes révisionnistes dans les années 1989-1991 avec la seconde crise générale du capitalisme"


[(n)PCI, Lettre à Front Social, point 3 : le mouvement communiste international]

Les camarades transalpins décrivent très correctement comment le révisionnisme, qui a germé dans les erreurs, les défaillances de la construction socialiste (1928-1953), lesquelles ne suffisent pas, cependant, pour parler de capitalisme d'État et de révisionnisme à cette époque, a conduit à partir de 1953 (mort de Staline et disparition "générationnelle" des bolcheviks "historiques") à l'abandon progressif de ce qui faisait le socialisme : la planification (qui devient de plus en plus indicative), le caractère collectif de la production (avec par exemple la liquidation des stations de machines et tracteurs (SMT) dans les campagnes, les machines agricoles sont remises aux kholkozes qui deviennent, de fait, des entreprises autonomes), la dictature du prolétariat et la démocratie populaire (le socialisme c'est la propriété d'État des moyens de production ET le contrôle démocratique du peuple sur l'État), etc. etc.

Peu à peu, l'appareil d'État et du Parti, les cadres économiques (directeurs d'usines, de kholkozes) que la politique de Staline, au nom de l'efficacité, avait commencé à soustraire au contrôle démocratique populaire, et qui jouissaient déjà de privilèges excessifs, se sont mis à se comporter en bourgeoisie de fait, vivant dans le luxe en accaparant la plus-value du travail collectif.

Et l'internationalisme révolutionnaire s'est peu à peu mué en domination et en exploitation des pays "frères", en hégémonisme, en basses visées géopoliticiennes... L'URSS s'est mise à se comporter en puissance impérialiste "comme les autres", même si stricto sensu les choses étaient un peu plus complexes.

Malgré tout, l'URSS a pu encore après les années 50 jouer un rôle progressiste, pour garder la confiance des masses mondiales et nuire aux impérialismes occidentaux : elle a par exemple soutenu, jusqu'en 1975, les luttes du peuple vietnamien et des colonies portugaises d'Afrique. Elle a même joué jusqu'aux années 80 un rôle positif contre le régime fasciste d'appartheid. Cependant, des années 50 aux années 80, le rôle néfaste va croissant au détriment du rôle positif.


A une époque, celle de la "stagnation brejnévienne" (1964-1982), on a pu avoir l'impression que le "système" s'était stabilisé, en "social-impérialisme" et en "capitalisme monopoliste d'État", d'où l'analyse des partisans de la Chine. Mais ce modèle économique "bâtard" s'est révélé (bien loin de "l'impérialisme suprême" fantasmé par certains) extrêmement vulnérable à la seconde crise générale du capitalisme (à partir des années 70), écrasé par un complexe militaro-industriel surdimensionné etc.

Il a fallu alors, non sans résistances dans la "vieille garde" de l'époque Brejnev, liquider ce qu'il restait d'apparences socialistes (devenues des boulets), un peu comme d'ailleurs les pays de l'Ouest ont renoncé à leur modèle social-démocrate keynésien, et revenir à un capitalisme libéral pur et dur.

Cependant, à ceux qui considèrent le "capitalisme d'État" comme une aberration théorique, au prétexte que la propriété étatique des moyens de production exclurait le capitalisme, nous répondrons : si l'on prend n'importe quelle grosse usine en France, l'on s'aperçoit qu'elle n'est souvent pas la propriété d'une famille bourgeoise, mais d'une personne morale dont les actionnaires et bien souvent, les actionnaires des actionnaires même, sont des personnes morales. Au stade monopoliste, le capitalisme devient de plus en plus un "système" où la propriété juridique des moyens de production appartient à des personnes morales, et qui fait vivre (grassement) une bourgeoisie de rentiers... ou de salariés juridiques, les "cadres supérieurs" ou "dirigeants".

Dans cette configuration, pourquoi l'État-propriétaire soviétique ne pourrait-il être considéré comme une immense personne morale, un "monopole unique" tenant toute la production du pays (et indirectement celle des pays du "bloc"), faisant vivre bourgeoisement une élite de cadres dirigeants ?

Simplement, ce sytème est bâtard, car dans le capitalisme la concurrence entre les entreprises (un peu comme la biodiversité dans la nature vis-à-vis des catastrophes naturelles) est la condition (jusqu'à un certain point) de sa survie face aux crises. Ou, pour prendre une autre image, la différence entre une planche (qui casse sous les coups) et un matelas (qui les amortit).
Bref : le système économique ("capitaliste d’État") soviétique n'avait pas la souplesse du capitalisme occidental, où les entreprises publiques (dont l’État peut plus ou moins se désengager) côtoient le tissu économique privé, les "géants" de ceci ou cela côtoient les milliers de PME (souvent sous-traitantes de premiers), etc.
Il n'a donc pas pu "encaisser" de la même manière le choc de la crise mondiale. Voilà pourquoi le révisionnisme soviétique et des "pays frères" a conduit à la faillite économique, et à une très dure "restructuration" pour passer au capitalisme monopoliste "classique", à l'occidentale.

Il faut noter que, dans les Partis qui n'étaient pas au pouvoir, le révisionnisme n'a pas forcément attendu 1953 pour triompher. Ainsi, la reddition des armes et la participation à la reconstruction bourgeoise du capitalisme, par le PCF et le PC italien en 1945, sont généralement considérées comme l'acte fondateur du révisionnisme dans ces pays.

Voire, en France, dès le milieu des années 1930, avec les tendances au chauvinisme de Thorez, l'absence de clarté vis-à-vis de la gauche bourgeoise (radicaux-socialistes, "socialistes" républicains, SFIO) et les tergiversations sur la question coloniale, alors que la France avait le 2e empire colonial au monde ("secret de l'impuissance" du prolétariat hexagonal). Ceci est bien illustré par les mots de Molotov aux ministres communistes, en 1946 ou 47, alors que le PCF siégeait au gouvernement : "Alors camarades, comment se passe cette guerre contre les camarades vietnamiens ?"

Mais, paradoxalement, le PCF clamera son attachement à Staline bien après le XXe Congrès soviétique, jusqu'au milieu des années 1960.


Alors, de quand date le rétablissement du capitalisme en URSS ?

Concrètement, le processus restaurationniste commence entre 1953 (mort de Staline) et 1956 (XXe Congrès, triomphe du krouchtchévisme) pour s'achever sur la restauration capitaliste proprement dite en 1991, résultat de la "perestroïka" (1985-90).

Processus qui voit l'abandon progressif de la planification (qui devient indicative) et du collectivisme productif, la liquidation de la démocratie populaire / dictature du prolétariat dans "l'Etat du peuple entier", la constitution d'une couche accaparatrice de la plus-value, stable (sous Staline il y avait des privilèges, mais pas de "sécurité de l'emploi" !) et auto-reproductrice (par cooptation, népotisme...).

Mais pour ce qui est des conditions matérielles de l'idée restaurationniste, qui ne tombe pas du ciel comme on l'a dit... nous dirons bien avant, à vrai dire dès le début, dès 1917 !

La faute à Lénine, alors ??? NON, la faute à personne, ni à Lénine ni à Staline, ni à "l'arriération" ni à "l'isolement" de l'URSS, ni à la guerre civile ni à la "bureaucratie" (les cadres indispensables au début de toute révolution), ni aux destructions de la Seconde Guerre Mondiale...

C'est là la grande différence avec les trotskistes, pour qui la révolution a "dégénéré" PARCE QUE... et l'on en vient à renier toutes les thèses léninistes (et même marxistes) sur la possibilité du socialisme dans un seul pays, le rôle de la direction, la dictature du prolétariat, l'affermissement (et non l'affaiblissement) du Parti face à la guerre contre-révolutionnaire. On en vient à rejeter l'optimisme révolutionnaire : pour les trotskistes c'était toujours "foutu d'avance"...

En réalité, les causes matérielles du révisionnisme, de la restauration capitaliste, sont présentes objectivement et indépendamment de la volonté dans TOUTES les révolutions, surtout au début (au plus on est près de l'ancien régime) et d'autant plus que la révolution est la première du genre, sans expérience antérieure qui serve de leçon.

Il s'agit tout simplement de la lutte entre l'ancien et le nouveau, du poids matériel et moral de l'ancien système renversé, des anciens rapports sociaux... La dialectique quoi ! Rien ne tombe du ciel, rien ne disparaît non plus par enchantement.

L'empreinte de l'ancien, les vieilles idées, les réflexes, les comportements sociaux ne disparaissent pas comme ça, d'un coup, et ils se transmettent parfois sur plusieurs générations.

La vieille organisation sociale met longtemps à disparaître complètement : les contradictions intellectuels/manuels, qualifiés/non-qualifiés, cadres/exécutants, villes/campagnes (et villes/banlieues), les différences de "capital culturel", les disparités régionales dans un vaste pays, les "privilèges" (même mérités !) des cadres... Et bien sûr l'influence des résidus des anciennes classes dominantes à l'intérieur, et des "émigrés" réactionnaires et de la réaction internationale à l'extérieur. Autant de "facteurs" de l'idéologie révisionniste.

Tout cela existe objectivement dans toute révolution, c'est une loi historique.

Là où se situe - et seulement là - la différence (et où entrent éventuellement en jeu des facteurs d'arriération, d'isolement et de rapport de force, d'absence d'expérience antérieure, mais ces facteurs ne sont pas déterminants), c'est dans comment on lutte contre cela, comment l'on fait en sorte d'éliminer les bases matérielles de la restauration capitaliste.

Sur ce point, en fonction des 1001 facteurs internes et externes de chaque période, Staline et la direction soviétique ont tantôt bien combattu, tantôt mal, tantôt pas, et tantôt même favorisé les ferments restaurationnistes*.

C'est là, en revanche, que la théorie et l'action anti-révisionniste de Mao acquiérent toute leur importance, qui fait du maoïsme la 3e et supérieure étape du marxisme.

A noter que la contre-révolution, la restauration du capitalisme en Chine, a été extrêmement rapide : commencée en octobre 1976 avec l'arrestation de la "Bande des Quatre", en 1980 le capitalisme est ouvertement rétabli ("peu importe qu'un chat soit blanc ou noir...") dans ce pays. Cela, malgré la puissance de la lutte anti-révisionniste sous la Révolution Culturelle, plus haut degré de socialisme jamais atteint au 20e siècle.

La raison en est que, malgré la puissance de cette lutte anti-révisionniste, le bond qualitatif pour la théorie marxiste-léniniste qu'elle représente, la Chine partait de "beaucoup plus loin" que la Russie : l'arriération de la plus grande partie du territoire, en 1949, était digne du Moyen-Âge.
Donc, en 1976, le niveau des forces productives chinoises restait inférieur à celui de l'URSS au milieu du siècle. De plus, cette contre-révolution intervient dans le cadre de la seconde crise générale du capitalisme (depuis le début des années 70), qui était déjà en train de couler l'économie soviétique.
Il a donc fallu "agir vite", en faisant appel massivement aux capitaux étrangers et en se constituant rapidement une base sociale de petits entrepreneurs et de "cadres" salariés moyens.

La clique révisionniste chinoise fut encore plus violemment réactionnaire que la clique soviétique. Il faut d'ailleurs rappeler que sa prise de pouvoir prit la forme d'un véritable coup d'État de la droite du Parti, avec des dizaines de milliers d'exécutions et des centaines de milliers d'arrestations.

En fait, la Chine étant à l'origine un pays encore féodal et sous domination étrangère, la révolution a d'abord été une Révolution de Nouvelle Démocratie, une révolution "démocratique bourgeoise" anti-féodale et anti-impérialiste, sous direction du PC. Du coup, la lutte entre la voie bourgeoise et la voie révolutionnaire communiste n'a jamais vraiment cessé entre 1949 et 1976, la Révolution Culturelle ne représentant qu'une victoire temporaire**.

[* On cite fréquemment la théorie des forces productives exposée dans L'Homme, le capital le plus précieux de Staline. Au nom du développement de la production à tout prix, explicable (l'analyse scientifique marxiste ne "justifie" pas, elle explique NDLR) par la course à la guerre et la nécessité de rattrapper très vite le niveau occidental (ce qui sera fait, entre 1924 et 1940), la contradiction entre "cadres et compétents" et exécutants a été renforcée, au détriment du pouvoir populaire et du contrôle démocratique, avec des écarts de niveau de vie parfois excessifs, etc.]


[**Dès l'affaire Lin Piao (1971) la droite revient sur le devant de la scène, avec notamment le retour de Deng Xiaoping aux affaires (août 1973 - avril 76)]

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