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L'identité nationale : contre la lutte des classes, au service de l'impérialisme !


En plein débat sur "l'identité nationale", est "célébrée" aujourd'hui à grand renfort de trémolos la fin de la Grande Boucherie de 14-18 (conçue aujourd'hui comme une hypocrite "fête de la paix" et de l'amitié européenne, ce qui n'empêche pas les armées françaises et européennes d'occuper et de massacrer en Afghanistan, mais aussi en Afrique (Tchad, Centrafrique) en Haïti et demain encore ailleurs.

Nous souhaitions aborder le débat actuel sur "l'identité nationale", en rebondissant directement sur le texte des Indigènes que nous avons reproduit. Mais nous n'avons pas eu le temps. Cependant le 11 novembre nous en donne à nouveau l'occasion.

Car c'est au nom de la "Patrie", abreuvés dès leur plus jeune âge de discours et de chants chauvins, de "tu seras soldat", que 60 millions d'hommes se sont entre-tués dans les tranchées pendant 4 ans, laissant 10 millions d'entre eux sur le champ de bataille. Du moins c'est ce qu'ils croyaient...

Car pour nous, les choses sont claires : dans les pays impérialistes, capitalistes avancés, le "patriotisme" et autre "identité nationale" ne sont que l'expression du chauvinisme, derrière lequel avancent les plans du Grand Capital impérialiste.

Le nationalisme ne peut avoir, éventuellement, un rôle progressiste que dans les pays du Sud (semi- et néo-colonies), où il est l'expression de la bourgeoisie nationale. Cependant, même si cette classe est révolutionnaire dans le contexte de la libération nationale, elle ne peut l'être jusqu'au bout que sous la direction du prolétariat et des masses populaires (urbaines, paysannes pauvres, petite-bourgeoises) qui seule peut assurer la révolution nationale-démocratique, ininterrompue vers le socialisme. Laissée seule à la direction, elle ne pourra pas dans le contexte de l'impérialisme accomplir ses objectifs (construire un capitalisme national) et se transformera en nouvelle élite oppresseuse pour le compte d'un ou plusieurs impérialismes (comme en Iran).

Mais revenons aux pays impérialistes. Dans ces pays, où le Capital s'est concentré en monopoles et où la bourgeoisie a cessé depuis longtemps de jouer tout rôle progressiste, le chauvinisme et le patriotisme ne servent que la mobilisation derrière ses intérêts.

Le mot "identité", à la base, vient d'"identique", "pareil"... Et cela résume tout : l'"identité", c'est faire croire que nous sommes tous pareils, que nous avons les mêmes intérêts, qu'il n'y a pas de contradictions... Cela est faux : nous ne sommes pas égaux, même si nous aimerions l'être, nous n'avons pas tous les mêmes intérêts ! L'identité "nationale", c'est la négation de la lutte des classes.

Cela peut sembler évident, mais avec le matraquage "patriotique" depuis la petite enfance, c'est comme ça qu'on a conduit des millions d'hommes dans les tranchées de 14. Avec plus ou moins de succès : l'armée française était composée en grand nombre de paysans propriétaires, d'artisans et de commerçants, alors que les Allemands étaient surtout des ouvriers et des paysans pauvres, métayers, et les Russes des paysans misérables dans un demi-servage.

Les "poilus" français ne se battaient certainement pas pour leurs intérêts, pas du tout, mais il était plus facile de le leur faire croire. Ce qui explique en grande partie la victoire, qui n'a pas été militaire mais due à l'effondrement intérieur de l'Allemagne, à la situation révolutionnaire, suite à la révolution en Russie.

Aujourd'hui que les grandes puissances ne s'affrontent plus directement, à cause de l'arme nucléaire (et parce qu'elles ont retenu que les deux guerres mondiales ont été des catastrophes pour l'économie), le chauvinisme sert à mobiliser "l'opinion", dont le soutien est aussi primordial que le moral des troupes au combat, comme l'ont montré l'Algérie et le Vietnam.

L'autre aspect réactionnaire de l'identité nationale, c'est qu'elle est forcément excluante, qu'elle a besoin de poser un "modèle" et donc de se construire "contre" un "autre". "Nation" vient de "naissance", c'est un terme qui a son origine à une époque, où tous les habitants d'un territoire descendaient d'un même groupe humain. Mais bien sûr, cela n'a plus rien à voir avec la réalité d'aujourd'hui, sauf pour quelques peuples "premiers" des Amériques, d'Afrique, d'Asie ou d'Océanie.

Il faut donc trouver un autre "ciment" à la "communauté nationale". Et ce ciment, c'est "l'autre".

L'identité se construit "contre", d'abord, ceux qui ne s'y reconnaissent pas, qui ne se reconnaissent pas une communauté de destin et d'intérêts avec leurs exploiteurs : les "rouges", les "anti-nationaux" (l'"anti-France").

Mais aussi contre "l'autre" étranger à la "communauté", le "métèque".

Dans la première moitié du 20e siècle, en plus de l'hostilité aux habitants des pays ennemis, la principale cible de l'identité "nationale" était le Juif. Avec ses noms bizzares à consonance étrangère, ses "réseaux cosmopolites" dans le monde entier, il incarnait "l'étranger permanent" à la "communauté nationale". Il était également accusé de "diffuser" les idées progressistes et révolutionnaires - longtemps opprimés et persécutés, les Juifs avaient effectivement un penchant pour celles-ci.

Le nationaliste français Maurras, de l'Action française, considérait que l'Allemagne "concentrait" les 3 internationales ennemies de la France "gallo-romaine et catholique" : protestante, socialiste et juive.
De leur côté, les "pangermanistes" ultra-nationalistes allemands voyaient les Juifs comme des symboles du monde slave et "asiate" à soumettre (Drang nach Osten qu'on peut traduire par "conquête de l'Est") et du libéralisme maçonnique supposé contrôler la France et l'Angleterre (ainsi que du marxisme). L'Allemagne puissante d'avant 1914 ne donnera pas cours à ces délires (le Grand Capital lui-même se fout de la "race" ou de la religion, il utilise et encourage la haine selon ses intérêts), mais après la défaite de 1918 cette idéologie se répandra et donnera le nazisme.

Aujourd'hui, il y a encore des fascistes qui répandent l'idée que les Juifs forment une "puissance occulte" qui contrôle la politique, l'économie, les médias etc. et que les problèmes viendraient d'eux (et non pas du capitalisme). Ce qui est bien sûr n'importe quoi : les financiers juifs sont des grands capitalistes comme les autres (pas vraiment sur-représentés), les "médiatiques" juifs sont des "médiatiques" comme les autres, au service de la propagande et de la culture bourgeoise, et les "lobbys sionistes" sont des instruments de la politique impérialiste, nord-américaine ou européenne, et non les "maîtres" de cette politique.

Mais globalement, la haine du Juif (pour diverses raisons) n'est plus une force mobilisatrice de masse, et les organisations fascistes qui veulent "percer" ont tendance à la mettre au second plan ou à la déguiser en anti-sionisme, anti-américanisme, "complotisme" sans citer les Juifs nommément.

"L'identité nationale" n'a pas pour autant cessé de se définir contre un "autre" plus ou moins fantasmé. L'"arabe", le "non-européen" (arabe, africain, antillais, turc) ou depuis quelques années le "musulman". Car depuis quelques décennies le "monde arabo-musulman" du Maroc au Pakistan est devenu une "zone de tempêtes", un centre très important de remise en cause, violente, de l'impérialisme. La bourgeoisie nationale y mobilise les masses sur la base d'un nationalisme à forte dominante religieuse, l'islamisme.

Dans ces conditions, ce sont les personnes originaires de pays musulmans (d'Afrique, du Maghreb, de Turquie ou du Moyen-Orient) qui deviennent un "corps étranger" menaçant, supposé hostile et devant prouver sa loyauté à la "nation" impérialiste. Ce que beaucoup, évidemment, refusent de faire...

C'est là qu'on arrive au coeur du problème. L'identité nationale, visant à mobiliser par delà les classes derrière le Grand Capital monopoliste et impérialiste, est au service (entre autres) de la domination impérialiste.
Et la xénophobie, la méfiance et la discrimination qui l'accompagnent, sont un reflet de la politique impérialiste*.

L'oppression que subissent en France, les Maghrébins, les Noirs africains et antillais, les Turcs ou les Kurdes etc, est un reflet de la domination impérialiste exercée par la France et l'Europe sur ces pays. C'est la raison de l'oppression de ces personnes en tant que telles, indépendamment de l'oppression sociale qui vient (la très grande majorité étant des prolétaires) s'ajouter.

"Suspects" a priori en tant qu'originaires (ou "culturellement proches") de pays dominés, ayant lutté et parfois luttant encore contre le domination française et européenne, ils doivent en permanence prouver leur appartenance à la "communauté nationale", qu'ils sont de bons français, ce qui est supposé a priori pour les français "de souche" et d'origine européenne - tant qu'ils ne se déclarent pas "rouges".

Au service des intérêts impérialistes, l'"identité nationale" s'exprime aussi "contre" les puissances rivales : c'est le "modèle" français contre le "modèle anglo-saxon" (décrit comme ultra-libéral, inhumain, communautariste etc.), la "culture" européenne contre la "sous-culture" US, le Russe "ivrogne et cruel" etc, le Chinois "fourbe et dominateur"...

C'est là que s'exerce notre critique du texte des Indigènes. Ils sont parfaitement au fait du problème colonial, et de son prolongement aujourd'hui sous les formes rénovées du néo-colonialisme, de la domination économique, de la "coopération". Mais ils semblent complètement le déconnecter de la question du chauvinisme, du racisme qui s'exprime dans le débat actuel sur l'identité nationale.

C'est peut-être un oubli de leur part, mais ce qui ressort de leur texte c'est une "bessonerie", une vulgaire manoeuvre politicienne démagogique, pour aller "à la pêche aux voix d'extrême-droite". Mais ces "voix d'extrême-droite", ces "souchiens" xénophobes, ils ne tombent pas du ciel !

Comme si la "suprématie blanche" était un fait immuable, "écrit" depuis 5 siècles et non le résultat d'une réalité politique bien actuelle, avec ses évolutions, toujours liées à la politique impérialiste internationale.

Par exemple, le débat actuel sur l'identité nationale comme tous les débats des dernières années sur la "laïcité" et les "valeurs républicaines", vise clairement la population de culture musulmane. Tout simplement parce que, depuis une décennie que la "tempête" souffle sur l'Orient, cette population doit montrer son adhésion au "valeurs (bourgeoises impérialistes) occidentales". (Après avoir été, au début du 20e siècle, l'instrument de la bourgeoisie "républicaine" impérialiste contre la "vieille" bourgeoisie pré-monopoliste et provinciale liée à l'Eglise, la "laïcité" a été réactivée comme cache-sexe de "l'héritage européen", "gréco-romain, judéo-chrétien et des Lumières", contre les "barbares" néo-colonisés et leurs "représentants" en Europe).

Le résultat, c'est que la réponse elle-même est "politicienne" : faire du lobbying, imposer une "conception métissée, multi- et inter-culturaliste" de l'identité nationale aux institutions bourgeoises... et non politique. Réformiste et non révolutionnaire.

La réponse politique et révolutionnaire, c'est de faire le lien, d'affirmer que le racisme en France est l'expression de la domination impérialiste française dans le monde, en plus du classique "diviser pour mieux régner" de toutes les classes dominantes à travers l'Histoire. Et d'affirmer, haut et fort, que la fin du racisme, de l'exclusion et de la discrimination, passe par la fin du capitalisme et de l'impérialisme. Les deux combats sont indissociables.

C'est un sérieux pas à franchir, mais il le faut. Pour rompre définitivement avec l'antiracisme traditionnel, dans l'orbite de la "gauche" bourgeoise, ce qui est l'objectif affiché des Indigènes. Et mettre en avant un antiracisme révolutionnaire.

Que les masses populaires arabes, africaines, antillaise, turques etc. s'organisent par et pour elles-même, ne nous pose pas de problème, bien au contraire. C'est le concept de la "colonie intérieure", de la double oppression sociale et "nationale" théorisé par les leaders Noirs américains comme Carmichael, Huey Newton et Bobby Seale, Georges Jackson et Fred Hampton du Black Panthers Party : la particularité de la double oppression ne peut être correctement saisie, et combattue, par ceux qui ne la subissent pas.

Bien sûr en France, contrairement aux États-Unis, on ne peut pratiquer une politique "ethnique" étroite - nos quartiers-ghettos hexagonaux n'étant pas uni-ethniques, c'est pourquoi le concept des "Indigènes" nous semble une bonne chose, qui cerne bien le problème : le lien entre le racisme et l'oppression ici, contre certaines populations bien précises, et le colonialisme présent et passé.

Reste à transformer la prise de conscience en offensive révolutionnaire de masse !


[*Le lien apparaît parfois très nettement. A l'occasion du procès (en 2006) d'un militant d'extrême-droite, ayant incendié deux mosquées en Savoie, celui-ci, chasseur-alpin, expliquait sa "dérive idéologique" par son passage dans l'armée (bras armé de la politique impérialiste) : "A l'armée, on nous parle toujours de la France, la France...", "on nous apprend à défendre les Blancs", à "se méfier de l'islam" etc. Il explique en outre avoir pratiqué des brutalités en opérations extérieures, sous les ordres de la hiérarchie.]

 

 


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