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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 15:50

 

Les "sorcières" et la "sorcellerie" sont un thème qui exerce une fascination certaine sur une grande partie de la jeunesse européenne et occidentale de notre époque, attrait véhiculé par une quantité innombrable de films, séries ou bouquins (sans oublier la fête d'origine anglo-saxonne d'Halloween) et pouvant aller de l'engouement pour l'enfantin et inoffensif Harry Potter jusqu'à de véritables (et moins sympathiques) pratiques de "magie noire" ou de "satanisme" dans les cimetières (la nuit), s'accompagnant parfois d'actes franchement spécistes à l'encontre des félins ou autres gallinacés.

À la source de ce mythe de la "sorcière" - au féminin - se trouve un sinistre ouvrage dont la rédaction commençait voici un peu plus de 5 siècles : le Malleus Maleficarum ou "Marteau des Sorcières" en latin (marteau de l’Église contre les sorcières). Il s'agit là d'un de ces ouvrages dont il est possible de dire, aux côtés de Mein Kampf, du Code noir et d'autres encore, qu'ils dégoulinent de sang : le sang des innombrables victimes innocentes de la mise en œuvre de ce qui y est écrit.

witch2Le 5 décembre 1484, le pape Innocent VIII fait paraître une bulle (sorte d'instruction ou de "circulaire" destinée au clergé) dénonçant le (soi-disant) "développement de la sorcellerie" et demandant à deux inquisiteurs dominicains, Jacob Sprenger et "Institoris", de s’attaquer au problème. Ces derniers - en fait, surtout le second - rédigent donc dans la foulée cet épais traité de plusieurs centaines de pages qui, terminé à la fin de l'année suivante, passera alors immédiatement à l'imprimerie (cette nouveauté de l'époque en Europe) de Strasbourg et connaîtra une diffusion massive et rapide sur tout le continent européen tout au long des siècles suivants, où il fera "autorité" en la matière auprès des catholiques comme des protestants...

La première partie traite de la nature de la "sorcellerie" elle-même en insistant sur le fait qu'elle soit essentiellement pratiquée par des femmes, que leur "faiblesse" et "l’infériorité" de leur intelligence prédisposeraient par nature à céder aux tentations de Satan ; allant pour cela jusqu'à "bidouiller" la langue latine en faisant dériver femina (femme) de "moindre foi" (fe minor). Le Malleus Maleficarum jouera donc là un rôle essentiel pour "donner un sexe" à la "sorcellerie", en tout cas pour théoriser (à coup d'"arguments" théologiques) ce caractère ultra-principalement féminin conformément à la tendance pratique de l'époque, alors qu'auparavant hommes et femmes étaient beaucoup plus indistinctement accusés de "sortilèges" et autres pratiques "maléfiques". La seconde partie, quant à elle, est un manuel de procédure judiciaire exposant en détail la manière d'obtenir témoignages et - surtout - confessions de la présumée "sorcière", en recourant bien sûr sans états d'âme à la torture (qui garantissait les aveux à 99%, on imagine) jusqu'à l'aboutissement final du bûcher : là, l'ouvrage reposait de manière très concrète sur la pratique de l'auteur principal lui-même durant ses années de "service".

"Institoris", de son vrai nom Heinrich Kramer, était un natif de Schlettstadt/Sélestat (Alsace) entré de prime jeunesse dans l'ordre des dominicains, les sinistres "chiens de Dieu" (domini canis) comme ils se surnommaient eux-mêmes, qui fournissaient alors le gros des troupes de l'Inquisition. Il sévira essentiellement dans l'Empire germanique, de l'Alsace qui en faisait encore partie (pour deux petits siècles) jusqu'à l'Autriche en passant par le sud de l'actuelle Allemagne, faisant sans doute exécuter plusieurs centaines de personnes avant que son ouvrage ne devienne - on l'a dit - une "référence" continentale. Pour la petite histoire, il aurait été un pervers narcissique et un obsédé sexuel qui, éconduit par les victimes de ses avances et souvent rappelé à l'ordre par sa hiérarchie, aurait développé une haine inextinguible envers les femmes et leurs "maléfices" (autre nom pour l'attirance impossible à assouvir qu'il éprouvait envers elles)...

Quant à Jacob Sprenger - à qui, dit-on, la main aurait pu être un peu forcée pour signer le Malleus - c'était un éminent théologien de l'Université de Cologne (apportant donc sa caution "intellectuelle" au texte), portant lui aussi le titre d'inquisiteur mais qui n'aurait pas été très actif dans cette fonction.

Witch BurningMais à côté de la petite histoire il y a la "grande", celle des classes, de leur lutte et des États appareils de domination des classes dominantes dans cette lutte ; cette "grande" histoire que les petites - et souvent minables - trajectoires individuelles ne font finalement que servir, d'un côté ou de l'autre de la barricade...

Contrairement - encore une fois - à une idée répandue, la "chasse" aux sorcières n'est pas un phénomène du plus profond du Moyen Âge, de l'An Mille, époque où l’Église avait plutôt (au contraire) tendance à s'affirmer contre l'aristocratie guerrière (chevalerie) au travers d'une solide alliance de classe avec les masses productrices (principalement paysannes), en favorisant pour "gagner les cœurs et les esprits" un très fort syncrétisme avec les croyances "païennes" (animistes, polythéistes) ancestrales : c'est ainsi que les innombrables "saints" et "saintes" aux noms biscornus qui peuplent nos riantes campagnes sont, on le sait, des "christianisations" de divinités tutélaires locales.

Non, la "chasse" aux sorcières est un phénomène qui émerge au tournant des 13e-14e siècles et s'étend jusqu'au 17e voire même 18e ; autrement dit un phénomène strictement parallèle et indissociable de l'affirmation et de l'édification de l’État moderne et d'une Église devenue complet instrument de cet appareil de domination [1], totalement appuyé sur cet appareil politico-militaire moderne au service (même inconscient) de l'accumulation primitive du Capital et sur les "révolutions" technologiques de l'époque - ainsi l'imprimerie, mise au point en 1450 par Gutenberg à Mayence, permettra la diffusion rapide et massive du Malleus. Un ouvrage très largement inspiré de ce dernier (sa "version française" en quelque sorte) sera d'ailleurs la Démonomanie des Sorciers de... Jean Bodin, ce grand juriste angevin de naissance bourgeoise qui se trouve également être (avec ses Six Livres de la République) l'un des grands théoriciens de l’État absolutiste moderne ! [une citation du bonhomme orne notamment aujourd'hui encore la couverture du très réactionnaire Valeurs Actuelles...]

On a donc torturé atrocement (conformément aux instructions du Malleus) et (généralement) brûlé vives sur le bûcher beaucoup plus de personnes à la "Renaissance" et au "Grand Siècle" (règnes - en "France" - d'Henri IV, Louis XIII et Louis XIV) que durant le "sombre et gothique" Moyen Âge... Mais bien sûr, cet aspect est soigneusement effacé de ces pages de l'histoire par la classe qui les écrit, la BOURGEOISIE qui y a vu naître sa "civilisation" - raison pour laquelle les sorcières brûlant sur le bûcher sont encore aujourd'hui associées à l'époque médiévale dans le "sens commun" des masses.

 

witch1 Même le protestantisme (qui avait pourtant lui aussi connu les bûchers pour son "hérésie") reprendra - bien que dans une moindre mesure - la pratique : c'est ainsi dans le canton suisse protestant de Glaris que sera exécutée l'une des dernières "sorcières" connues à l'être en Europe (par la "justice" d’État, en laissant de côté les lynchages populaires) ; et ce sont également des protestants qui - épisode archi-connu - amèneront la "chasse" jusqu'en Amérique du Nord, à Salem dans le Massachusetts.

Tout ceci s'inscrivait en fait (entre beaucoup d'autres choses) dans le processus de subsomption, d'anéantissement et de transformation en pure force de travail productrice de plus-value de la communauté populaire laborieuse (auparavant dans un lien purement tributaire avec la féodalité aristocratique et ecclésiastique, hormis bien sûr les véritables serfs héritiers "améliorés" des esclaves antiques, mais ceux-ci avaient pratiquement disparu au 13e siècle) par l'affirmation du Capital et des appareils étatiques modernes à son service –  le "volet féminin", en quelque sorte, de cela.

Une communauté populaire "ancestrale" qui avait (encore à l'époque) très largement gardé les traits MATRIARCAUX du "communisme primitif", accordant aux femmes - dans le cadre de la division "sexuelle" du travail - un rôle essentiel pour sa stabilité et sa pérennité : c'est ainsi que la persécution ne touchera certes pas exclusivement (des milliers de "sorciers" et autres "guérisseurs" seront eux aussi exécutés) mais néanmoins principalement les femmes, raison pour laquelle on parle encore aujourd'hui de "chasse aux sorcières" au féminin. Pour prendre un simple exemple, à cette époque où l'institution scolaire était encore peu répandue, s'en prendre aux femmes revenait aussi à s'en prendre à la transmission du savoir, de la culture et des valeurs populaires qu'il s'agissait d'anéantir. La scolarisation des enfants (comme "formatage" des esprits au service de l'ordre dominant) se développera de manière strictement parallèle et sera bien sûr, à cette époque, principalement confiée à l’Église. 

Quant aux fameux "pactes avec le Diable" et autres "sortilèges" dont étaient accusé-e-s, plus ou moins à tort ou à raison, les malheureux/euses promis-es aux flammes, il ne s'agissait de rien d'autre que de ces pratiques populaires traditionnelles parfois de pure "superstition" mais parfois aussi très sérieuses (maîtrise médicinale des plantes etc.) et reliées dans tous les cas au communisme primitif (un lien entre l'espèce humaine et les forces de la nature en quelque sorte), ce que pouvait tolérer la "vraie féodalité" de l'An Mille (qui se contentait de prélever son "tribut", "sa" part de la production populaire) mais pas la féodalité-nid-du-capitalisme des 15e-16e-17e siècles.

Vu sous cet angle de la transmission des cultures et savoirs populaires, l'aspect de guerre contre les cultures populaires nationales-réelles, dans le cadre de la construction brutale et meurtrière des États-"nations" du Capital, apparaît bien sûr de manière évidente ; comme notamment (par exemple) au Pays Basque en 1609, où le retour des hommes partis pêcher fera déguerpir les inquisiteurs (leur sentiment n'était donc pas vraiment que les bûchers de femmes "servaient" leur privilège masculin)... La "langue du diable" des condamnées n'était bien souvent rien d'autre que la langue vernaculaire locale, incompréhensible pour les juges laïcs ou ecclésiastiques français ou francisés venus de la ville ; et une carte des exécutions pour sorcellerie dans le Royaume de France (par exemple, au hasard, sur la première moitié du 17e siècle), si elle existait, serait sans doute à cet égard édifiante.

Au demeurant, la même lutte sévira dans les colonies (dès lors qu'elles existeront) contre les pratiques culturelles ancestrales des Peuples indigènes ou importées d'Afrique par les esclaves (vaudou, santeria etc.) - le bûcher y sera d'ailleurs une méthode d'exécution pour les esclaves rebelles jusqu'au... 19e siècle (!), employée par exemple par les troupes de Napoléon lors de la reconquête de la Guadeloupe en 1802. Le strict parallélisme de logiques entre la soumission du premier cercle de périphéries (les "provinces" des États européens eux-mêmes) et les entreprises coloniales au-delà des mers apparaît ici de manière évidente. Et d'ailleurs aujourd'hui, alors que le continent africain impérialisé connaît lui aussi une subsomption extrêmement forte et rapide par la logique capitaliste comparable à ce qu'a pu connaître l'Europe entre le 15e et le 18e siècle, on y observe exactement le même type de phénomènes, certes "seulement" de l'ordre du lynchage populaire mais (très certainement) non sans complicités des autorités locales - qu'elles soient étatiques ou "coutumières" (on qualifie en "jargon" maoïste ces pays de "semi-féodaux" mais le terme approprié serait peut-être qu'ils en sont au stade de l'accumulation primitive capitaliste, de manière subordonnée et au service des Centres impérialistes occidentaux, russe ou extrême-orientaux). La "magie" et les "guérisseurs", autrement dit le lien ancestral des hommes et des femmes avec la nature qui les entoure cesse peu à peu de faire "partie du paysage" social en Afrique ; et les révolutionnaires du monde entier doivent appeler haut et fort les Africain-e-s à rejeter cette auto-mutilation sociale et culturelle.

witch3La "chasse aux sorcière" aura donc été, en dernière analyse, un outil parmi d'autres pour imposer l'autorité de l’État moderne et de la classe émergente qu'il servait (et sert encore sous sa forme contemporaine), la grande bourgeoisie capitaliste ; et notamment imposer l'un des aspects essentiels de la société capitaliste moderne : le PATRIARCAT, la primauté absolue de l'homme père et chef d'une famille érigée en cellule de base de la société (la "première entreprise" en quelque sorte) et la transformation des femmes en purs outils de reproduction de la force de travail (cf. Silvia Federici plus bas). La persécution, dont le bilan est estimable à quelques centaines d'exécutions par an, ne visait certes pas l'"extermination" des femmes (comment le genre humain se serait-il reproduit ?) mais bel et bien à les soumettre par la terreur à ce nouvel ordre des choses, socle même de l'accumulation capitaliste première.

En termes de bibliographie, l'ouvrage que l'on peut qualifier de référence sur le sujet est certainement Caliban et la Sorcière de la féministe marxiste italo-états-unienne Silvia Federici, sur lequel voici (en documentation) quelques petits liens :
http://www.monde-diplomatique.fr/2014/09/DESQUESNES/50775
http://paris-luttes.info/rencontres-avec-silvia-federici
http://www.contretemps.eu/interviews/origines-capitalisme-patriarcal-entretien-silvia-federici
https://www.ensemble-fdg.org/content/dtruire-les-femmes-pour-construire-le-capitalisme-un-ouvrage-essentiel-de-sfederici

La "chasse aux sorcières" frappera bien sûr durement l'Occitanie, conjointement à la persécution des "hérétiques" cathares, béguin-e-s, vaudois puis huguenots (protestants) et bien sûr des Juifs ; et plus encore le Pays Basque où la culture, les antiques croyances et l'organisation socio-politique (très "républicaine") populaires étaient restées particulièrement vivaces, tant du côté "espagnol" (Zugarramurdi, 1610) que "français" (chasse aux sorcières du Lapurdi en 1609, conduite par le collabo souletin Pierre de Rostéguy de Lancre et l'Occitan traître Jean d'Espagnet - lire notamment ici).

Bien sûr, il faut le souligner, tout cela ne pouvait pas exister de manière purement "verticale" et nécessitait un certain concours de la population. Ce concours ne sera pas difficile à trouver dans un contexte d'affirmation de la logique capitaliste tendant à faire de chaque famille une "petite PME" : les inquisiteurs pourront allègrement utiliser les concurrences, rivalités, jalousies, rancœurs et autres règlements de compte (y compris politiques entre clans de notables[2]) afin d'obtenir les indispensables témoignages et dénonciations de "sorcières" et "sorciers" ; la croyance witch6encore ultra-majoritaire au "Diable" et aux "maléfices" faisant le reste - en Lapurdi cependant, le retour des hommes partis pêcher de longs mois à Terre-Neuve verra un début d'insurrection populaire et le départ précipité de Rostéguy, mettant fin à la persécution...

Au total, entre la première publication du Malleus Maleficarum et les dernières exécutions à la toute fin du 18e siècle (soit sur environ trois siècles), ce seront entre 50.000 et 100.000 hommes et surtout femmes qui auront péri brûlé-e-s vif-ve-s, décapité-e-s, pendu-e-s ou sous d'autres supplices encore sous l'accusation de "sorcellerie". Et au terme du même laps de temps historique (pas seulement pour cette raison bien sûr, mais celle-ci a fait partie du processus), la communauté villageoise médiévale (relativement) égalitaire et (surtout) "solidaire" aura presque totalement disparu, remplacée par une masse de petits producteurs indépendants (pour quelques générations encore...) et concurrents et surtout par cette grande masse de "loueurs" de force de travail que l'on appellera bientôt prolétariat. Le rapprochement est bien sûr évident pour tout raisonnement marxiste un peu sérieux.

Il n'y a pas à chercher plus loin que dans ce qui vient d'être exposé la raison de la fascination qu'exercent la "sorcellerie", la "magie", les pratiques plus ou moins "païennes" ou "satanistes" sur les masses populaires à notre époque de renversement du capitalisme et de ses constructions étatiques à l'ordre du jour (quand bien même cela tendrait ensuite vers une pensée réactionnaire, de la "fascination pour le Mal" à la sympathie pour le nazisme par exemple, dans le nihilisme qui caractérise également notre époque).

Quant à nous, à la face de tous ces appareils politico-militaires de domination du Capital (avec son corollaire le patriarcat) et de toutes leurs religions d’État y compris "républicaines" et "laïques", nous clamons plus que jamais haut et fort : sèm tots dei Albigès, que venjarem a tot-a-s l@s cremats !

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[1] Nous avons déjà vu par exemple comment l’Église catholique et son Inquisition furent de fait la première "police politique" connue et subie par notre Occitanie après la Conquista capétienne, avec déjà les sinistres domini canis combattus par l'héroïque franciscain Bernard Délicieux... ou liquidés comme il se doit par le faidit Pierre-Roger Bélissen à Avignonet (1242) - dans le même esprit mais quelques siècles plus tard, on peut encore citer l'exécution de l'abbé du Chayla par les Camisards au Pont-de-Montvert en 1702.

[2] Ainsi en Lapurdi la dénonciation initiale des "faits de sorcellerie" auprès d'Henri IV provenait de deux nobles, les seigneurs d'Amou et d'Urtubie ; or l'on sait que la noblesse labourdine [issue de la période anglaise où elle était déjà en conflit avec la population se revendiquant alleutière ; plutôt romane (gasconne) de langue et de culture et par la suite francisée (après l'annexion en 1450) face à une paysannerie de langue euskara ; regardant vers Bordeaux où toute réussite impliquait de "monter" etc. etc.] n'était pas représentée à l'assemblée locale, le Biltzar (véritable émanation de la communauté populaire et de l'identité nationale basque), ce qui peut laisser supposer un contentieux avec celui-ci et une volonté d'"attirer" l'autorité royale dans la province pour y "briser" le pouvoir roturier euskaldun (cette thèse tendrait à être confirmée ici)... Il semblerait aussi qu'en l'absence des hommes (partant pêcher de longs mois au large du Canada) les femmes du Labourd prenaient trop d'indépendance et de pouvoir aux yeux des "mâles dominants" de l'aristocratie, du patriciat bourgeois, de l’Église et bien sûr de l’État au service de ces trois classes alors dominantes (+ se surajoutant encore à ceci une "embrouille" commerciale capitaliste entre le sieur Dugua de Mons, gentilhomme saintongeais à qui Henri IV avait confié le monopole du commerce des fourrures avec les Algonquins du Canada, et les pêcheurs labourdins qui exerçaient précédemment ce monopole et ne souhaitaient pas le lâcher - les Amérindiens refusant de traiter avec qui que ce soit d'autre).

  pedra bruixes savassonapedra_home.jpg

 

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Histoire
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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 11:04


Traditionnellement considérée comme une "terre de droite", l'Alsace est pourtant la seule "région" de "France" à avoir connu, à l'issue de la Grande Boucherie de 14-18... des évènements révolutionnaires dignes de la Révolution bolchévique russe. Elle faisait en effet partie à l'époque (depuis 1871) de l'Empire allemand, où des évènements de ce type avaient éclaté dès le 29-30 octobre par une mutinerie des marins de Kiel (sur la Baltique).

Quelle meilleure, quelle plus belle et lumineuse réponse que la RÉVOLUTION au cauchemar capitaliste-impérialiste traversé par des centaines de millions d'hommes et de femmes pendant 4 ans et 3 mois (dont bien sûr les 70 millions de mobilisés, avec près de 10 millions de morts et le double de blessés, mais on oublie souvent que près de 9 millions de civils ont également péri) !? Ce fut la réponse que jetèrent à la face de la dictature des monopoles les Peuples de l'Empire russe et de l'Empire allemand, les Hongrois ou encore les Irlandais...

Mais le Novembre rouge alsacien sera hélas de courte durée : dès le 22 du mois, l'Armée française reprend possession de la "province perdue"* (qui trônait depuis 47 ans peinte en noir sur les cartes de l'école de Jules Ferry...) pour y rétablir l'ordre "républicain" de la bourgeoisie bleu-blanc-rouge. Pour ceux qui pensent et proclament encore que la construction de l'entité "France" n'a mis fin qu'à des "féodalités locales" : un siècle et demi après avoir écrasé en Corse (1768-69) une révolution démocratique bourgeoise, l'État français annexait et écrasait en Alsace-Moselle ni plus ni moins... qu'un Peuple en pleine révolution prolétarienne**. CQFD...

le-drapeau-rouge

Voici un article publié en mars 2010 par l'Action antifasciste d'Alsace :


Drôle de date pour un nom de rue : le 22 novembre


Les festivités organisées en novembre 2008 à Strasbourg donnent lieu à un dossier spécial 14-18 publié dans le numéro 197 du mensuel de la ville « Strasbourg Magasine ». On y apprend que « le 22 novembre 1918, Strasbourg redevenait française après avoir été durant quarante huit ans la capitale du Reichsland Elsass-Lothringen. Une euphorie extraordinaire régnait, une foule innombrable accueillait les troupes françaises, avec à leur tête le général Gouraud, dans une ville entièrement pavoisée de drapeaux tricolores. La rue Neuve, première réalisation de la grande Percée, en 1912, allait accueillir ce défilé triomphal dont elle a gardé la mémoire en devenant… rue du 22 Novembre. »
Strasbourg Magazine, n°197 - Dossier spécial 14-18

Cependant le passant qui arpente cette rue notera qu’aucune année n’est précisée sur le panneau et aucune explication n’est donnée. Ce 22 novembre évoque donc la « libération » de Strasbourg en 1918. L’armistice ayant été signée 11 jours plus tôt, pourquoi la ville a été « libérée » aussi tard – après l’armistice, et de qui avait elle besoin d’être « libérée » ? Pour comprendre les faits qui se sont déroulés entre le 11 et le 22 novembre, il faut revenir au mois d’octobre 1918 et aux évènements qui ont eu lieu en Allemagne. À cette époque l’Alsace et la Moselle faisaient partie intégrante de l’Empire germanique : c’était le Reichsland Elsass-Lothringen.

En ce mois d’octobre 1918, des généraux de l’état-major allemand, qui n’admettaient pas une défaite pourtant imminente, ont décidé d’envoyer la marine dans une tentative de « tout pour le tout » et donc de sacrifier les marins. Les marins choisissent alors la désobéissance : une mutinerie éclate le 30 octobre dans le port militaire de la ville de Kiel. Cette mutinerie est l’évènement déclencheur de la Révolution allemande.

Parmi les marins, on comptait environ 15000 Alsaciens et Mosellans. Ayant eux-mêmes rejoint la mutinerie, ils sont rentrés en Alsace et en Moselle pour y faire vivre cette révolte.

Le 7 novembre, des manifestations ont lieu à Strasbourg contre la garnison et contre la prison pour exiger la libération des insoumis et des déserteurs

Le 8 novembre, la République soviétique de Bavière (en allemand Bayerische Räterepublik ou Münchner Räterepublik) est proclamée : cette nouvelle se répandit rapidement dans toute l’Allemagne, y compris à Strasbourg

Le 10 novembre un train contrôlé par des marins insurgés est bloqué sur le pont de Kehl, et un commandant loyaliste ordonne de tirer. Un insurgé, le soldat Fir, est tué, mais les insurgés prennent le contrôle de la ville de Kehl. Les premiers insurgés avaient déjà atteint Strasbourg : ils avaient été rejoints Place Kléber par des milliers de Strasbourgeois. Le soviet est proclamé par les marins qui sont soutenus par les ouvriers de la ville.


10 novembre 1918, place Kléber à Strasbourg, proclamation du soviet.


Ce soviet de soldats se transforma rapidement en soviet de soldats et d’ouvriers. Les murs de la ville sont couverts d’affiches qui proclament : « Nous n’avons rien de commun avec les États capitalistes, notre mot d’ordre est : ni Allemands ni Français ni neutres. Le drapeau rouge a triomphé ».

Des mesures sont immédiatement prises : augmentation des salaires, amélioration des conditions de travail, libération des détenus, liberté de presse et d’expression, levée de la censure sur le courrier, droit de manifester. Des commissions organisent la vie quotidienne : transports, finances, ravitaillement, démobilisation, justice… Des grèves radicales éclatent, surtout parmi les cheminots. Des soldats arrachent leurs insignes aux officiers et distribuent des vivres aux passants affamés.


Le soviet de Strasbourg instaure la « République d’Alsace-Lorraine ».


15 novembre 1918 : une réunion du Soviet des ouvriers et soldats au Palais de Justice.


Au même moment, la bourgeoisie allemande de Strasbourg fait appel aux troupes françaises pour qu’elles mettent fin au soviet. Un slogan court les quartiers bourgeois : « Plutôt français que rouges ! ». Les socialistes proclament « la République Française ». Deux gouvernements cohabitent.


Le 13 novembre, le drapeau rouge flotte au sommet de la cathédrale.

Le dirigeant social-démocrate strasbourgeois Jacques Peirotes, qui siégeait au soviet des soldats et des ouvriers, fait appel au Grand Quartier Général français et demande aux généraux de « hâter leur entrée à Strasbourg, la domination des rouges menaçant de prendre une fin tragique ». Tragique pour les bourgeois, car on craint une propagation du mouvement sur tout le territoire français. L’entrée dans la ville était prévue pour le 25 : les troupes françaises entrent dans la ville et écrasent les soviets le 22 novembre.

La première décision du commandement militaire est l’abrogation des décrets des soviets.

Début décembre 1918, Clemenceau et Poincaré entérinent le retour de l’Alsace-Moselle à la France. Le commandement militaire perdure jusqu’à la signature du traité de Versailles en juin 1919.


La Révolution, 1918-1919, René Beeh


En plus de l’abrogation des décrets des soviets, une politique de francisation forcée est mise en place. Après presque 50 ans de domination germanique, il était maintenant interdit de parler allemand ou le dialecte alsacien, à l’école ainsi que dans les services publics. La méthode d’enseignement utilisée à l’école était dite « d’enseignement direct », c’est-à-dire que le français est employé sans transition. Ceci a été rendu possible par l’envoi d’enseignants uniquement francophones sur le territoire alsacien et mosellan.

Parmi les décisions administratives, un arrêté du 14 décembre divise le peuple en 4 classes, notées A, B, C ou D sur leur carte d’identité. Ce classement a été établi en fonction de l’origine, c’est-à-dire de l’ascendance et de la caractéristique supposée du degré de francophilie. Selon la classe, les droits civiques étaient différents :

Classe A : personne dont les parents auraient été Français si l’annexion n’avait pas eu lieu en 1871. Cette carte permet au détenteur de circuler dans toute l’Alsace-Moselle, et de bénéficier d’un taux de change de 1,25 francs pour 1 mark.

Classe B : personne ayant un seul un parent « français de souche »

Classe C : étrangers qui ne sont pas de nationalité allemande, autrichienne, ou issus d’un de leurs alliés pendant la guerre.

Classe D : citoyens d’origine allemande, autrichienne ou d’un pays allié. Il leur est interdit de circuler en dehors de la ville. Taux de change pour les détenteurs de la carte : 0,80 franc pour 1 mark.

Une politique d’épuration est mise en place par les autorités françaises, ainsi que des commissions de triage chargées des l’examen individuel des Alsaciens selon les propos, les positions prises ou leur attitude supposée. Résultat : 112 000 résidents alsaciens, décrétés « allemands » ou insuffisamment francophiles, sont expulsés [NDLR ce qui représente près de 10% de la population de l'époque, un véritable nettoyage ethnique !!!] .

L’exemple d'Albert Schweitzer – pas encore lauréat du prix Nobel de la paix – illustre bien cette politique : bien que la nationalité française lui ait été attribuée, il est fiché comme « dangereux autonomiste ». En conséquence, il est surveillé par la police secrète française jusqu’à la fin de l’année 1920 : un espion était en permanence posté devant son lieu d’habitation.

Strasbourg n’est pas la seule ville ayant connu les soviets lors de ce mois de novembre 1918, il y eut aussi Colmar, Haguenau, Molsheim, Mulhouse, Neuf-Brisach, Ribeauvillé, Saverne, Sélestat.

Dans le contexte de fin de guerre, l’Alsace-Moselle a connu quelques jours de liberté aux travers de cette expérience des Soviets et de la « République d’Alsace-Lorraine ». Ces Soviets ont pris des mesures de protections sociales inédites. Ceci a été possible grâce au retour des mutins de la marine impériale et au soutien immédiat et sans faille des ouvriers. La bourgeoisie, après 50 ans de prospérité dans l’Empire allemand, a opportunément demandé l’aide de l’armé française qui a massacré les soviets, autrement dit « libéré » la ville, le 22 novembre.

Précision : Alsace-Moselle ou Alsace-Lorraine ?

En français Alsace-Moselle désigne les 3 départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle. En allemand Elsass-Lothringen (traduit littéralement par Alsace-Lorraine), désigne également le territoire couvert par les 3 départements. Alsace-Moselle désigne donc le territoire géographique, alors qu’Alsace-Lorraine désigne un territoire administratif que ce soit au sein de l’Empire germanique ou dans le terme « République d’Alsace-Lorraine ».


L'on pourra aussi lire cet article publié ces derniers jours sur le site de Solidarité Ouvrière :


10 novembre 1918 : Le drapeau rouge flotte sur Strasbourg


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* Lors de leur annexion par le tout nouvel Empire allemand en 1871, l'Alsace et la Moselle n'étaient nullement "françaises depuis toujours" mais seulement depuis deux gros siècles pour la première (1648 pour les terres impériales habsbourgeoises, 1679 pour la "Décapole", 1681-97 pour Strasbourg et même 1798 pour Mulhouse !), encore qu'avec un statut assez particulier ("à l'instar de l'étranger effectif") jusqu'en 1789, et à peine un peu plus d'un siècle pour la seconde qui est la partie de langue germanique (francique ou platt) de la Lorraine, devenue "française" en 1766.

** Le mouvement ouvrier alsacien digèrera de fait très mal cette réannexion à la France ; le Peuple travailleur étant notamment attaché au système social bismarckien (rien de tel n'existant alors dans l’État français), de manière un peu similaire à ce que l'on peut observer chez les partisans de la Russie en Ukraine, ainsi qu'aux langues alsacienne et allemande (la plupart ne parlant pas un mot de français, langue seulement entretenue par les milieux bourgeois francophiles pendant près d'un demi-siècle). Durant la première décennie de leur existence (années 1920), conformément aux principes léninistes de la 3e Internationale, le PCF-SFIC et la CGTU défendront d'ailleurs le droit à l'autonomie voire à l'autodétermination des "nouveaux départements" d'Alsace-Moselle. Emmenés par Charles Hueber et Jean-Pierre Mourer, les communistes locaux s'empareront notamment de la mairie de Strasbourg en 1929 avec l'alliance des autonomistes (y compris "cléricaux", conservateurs), faisant flotter sur celle-ci le Rot un Wiss (drapeau rouge et blanc alsacien) en lieu et place du drapeau tricolore français. Mais, désavoués et exclus par la direction centrale de Paris, ces dirigeants connaîtront ensuite une tragique dérive pro-allemande et même pro-nazie qui se terminera dans la collaboration ; perdant entre temps les élections municipales suivantes (1935) au profit du républicain-démocrate (libéral) Charles Frey, qui hissera à nouveau les trois couleurs bleu-blanc-rouge sur l'hôtel de ville - cette victoire constituant en quelque sorte une "deuxième reconquête de Strasbourg" par la République française, après celle de 1918 et avant la dernière en novembre 1944. Après la Seconde Guerre mondiale, Hueber et Mourer seront bien sûr voués aux gémonies et le PC alsacien deviendra bien jacobin et tricolore comme il se doit... mais d'un poids politique pour lequel "faible" est déjà un grand mot. Avant de qualifier un peu rapidement (comme beaucoup le font) l'Alsace de "repaire de droitards et de fachos" (et son mouvement d'affirmation nationale encore plus), voilà le genre de faits historiques  (et pour appeler un chat un chat, de faute politique majeure de la part du PCF) qui méritent d'être médités...

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Histoire
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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 12:27

 

Alors que l'Europe bourgeoise se "recueille" dans le souvenir du centenaire de la Première Guerre mondiale, on en oublierait presque qu'il y a 75 ans exactement débutait... la Seconde, dont on célèbre au demeurant les 70 ans du dénouement victorieux (débarquements de Normandie et de Provence, libération du territoire "français"). Il faut reconnaître "à décharge" que les débuts, comparés au dit dénouement, furent beaucoup moins glorieux...

En septembre 1939 donc, l'Allemagne nazie envahissait et soumettait en quelques semaines la Pologne. La République bourgeoise française et le Royaume-Uni lui déclaraient alors instantanément la guerre... mais sans engager le moindre combat avant la grande offensive allemande de mai 1940, aux conséquences que l'on connaît. Au même moment, parallèlement... l'URSS "envahissait" elle aussi le territoire polonais [en réalité, ce que l'on ne dit pas, c'est qu'elle récupérait essentiellement des territoires devenus polonais suite à une première guerre en 1920 mais qui ne devaient pas faire partie de la Pologne au départ, n'étaient d'ailleurs pas majoritairement peuplés de Polonais et n'en font plus partie aujourd'hui] ; ceci au nom du fameux, du célébrissime, du kolossal argument de toute la propagande "communisme=nazisme=totalitarisme" depuis lors : le PACTE GERMANO-SOVIÉTIQUE, scellé le 23 août de la même année à Moscou par les chefs respectifs de la diplomatie, Molotov et Ribbentrop.

91391Contrairement à l'auteure des textes ci-dessous, Annie LACROIX-RIZ (encartée au PRCF, dans la mouvance Michel Collon, Le Grand Soir etc. etc., voir une bonne critique de ses positions ici), nous ne sommes pas des "fans" inconditionnels du "pacte" en particulier ni de la politique soviétique de l'époque (emmenée par Staline) en général ; nous l'avons déjà exprimé à de nombreuses reprises et cet anniversaire sera l'occasion de clarifier notre position une fois pour toute. URSS acculée et sans autre choix, peut-être ; gain considérable et vital de temps (22 mois) et de terrain (des centaines de kilomètres à parcourir en plus pour la Wehrmacht) en prévision de la grande offensive que le nazisme allait déchaîner tôt ou tard, sans doute ; mais le "pacte" s'est aussi accompagné de beaucoup de choses inacceptables comme la "livraison" de réfugiés antifascistes au Reich ou à ses alliés (Italie, Roumanie, Hongrie etc.) ce qui revenait à les condamner à mort, les échanges commerciaux (pétrole, charbon, acier, denrées alimentaires) au service de l'économie de guerre allemande sans même parler des pratiques de certains PC localement et notamment dans notre bonne vieille France : Duclos négociant la reparution de L'Humanité avec les autorités d'occupation, l'appel du 10 juillet 1940 de Maurice Thorez qui ne parle pas une seule seconde de résistance mais au contraire de "remettre la France au travail" etc. etc. - il faut dire aussi que dans les États à la tête de grands empires coloniaux, dans la logique de "front" avec la "bourgeoisie antifasciste" qui avait prévalu entre 1934 et 1939, les compromissions avec l'indéfendable ne dataient pas de la veille pour bon nombre de dirigeants. Ces attitudes (il faut le souligner) n'ont cependant pas empêché la base populaire communiste de s'opposer très tôt et courageusement à Vichy et au nazisme, comme y avait appelé clairement (lui) Charles Tillon dès le 17 juin 1940 : c'est ainsi en octobre 1940 (et non en juin 1941 ni après) qu'a été arrêté - pour distribution de tracts - le célèbre Guy Môquet.

Si nous reproduisons ces textes, c'est parce qu'ils ont le grand intérêt de lever le voile sur les tenants et les aboutissants de ce "pacte" et, ce faisant, sur les contorsions et les entourloupes géopoliticiennes des "démocraties occidentales" et en premier lieu de la France, leur complaisance envers Hitler (non contentes de l'avoir "fait" par les conditions - en réaction aux conditions - imposées à l'Allemagne après la Première Guerre mondiale) motivée - inutile de le dire - par l'anticommunisme et l'espoir que ce dernier se tournerait en premier lieu contre l'URSS ; alors même qu'il s'apprêtait en réalité à les envahir (pour se débarrasser d'abord de l'adversaire le plus "facile" à ses yeux). Dans le "meilleur" des cas (suivant un clivage gauche/droite sans doute, on va dire), le "plan" des "démocraties" était de laisser le Reich nazi et l'Union soviétique s'affronter et se saigner à mort mutuellement pendant qu'elles dormiraient sur leurs deux oreilles (ce qui n'est pas sans rappeler, à une échelle beaucoup plus réduite, la stratégie occidentale actuelle au Proche-Orient vis-à-vis des islamistes sunnites et du "bloc iranien"). Une politique qui devait conduire au désastre que l'on sait ; un désastre dont seul le mouvement communiste avec l'URSS à sa tête sauvera par la suite l'humanité - les "démocraties" impérialistes occidentales n'assumant qu'une part mineure de l'effort de guerre et (surtout) du prix du sang.

Voilà qui devrait faire réfléchir aujourd'hui encore devant les guerres et (surtout) les appels à l'"union sacrée" de la bourgeoisie impérialiste (qui les accompagnent systématiquement) contre les "monstres" qu'elle a elle-même engendré, par ses crimes et la (compréhensible) réaction qu'ils suscitent (comme le traitement de l'Allemagne après 1918 ou le colonialisme en Asie ouvrant un boulevard à l'impérialisme japonais) ou par complaisance/calcul ou les deux, de Khomeyni ou Saddam ou Milosevic hier à Daesh aujourd'hui en passant par Al-Qaïda ou les Talibans. On peut penser ce que l'on veut d'Assad aujourd'hui comme de Saddam hier (et nous en pensons beaucoup plus de mal que de bien), mais le fait est que la volonté occidentale de liquider ces États arabes "forts" a directement créé les conditions du triomphe actuel de Daesh (qui est aussi à bien des égards, il faut le souligner, un "saddamisme" ressuscité sous une forme religieuse)... Et il faudrait aujourd'hui nous enrôler dans une nouvelle "croisade" pour la "démocratie" et la "civilisation" contre celui-ci, et par-dessus le marché exiger des personnes de culture musulmane qu'elles se "désolidarisent" de ce groupe fanatique (comme si l'on demandait aux personnes juives de se "désolidariser" des bombardements israéliens de cet été sur Gaza, sans même parler des "désolidarités" que l'on pourrait demander aux personnes de culture européenne-chrétienne) !

Leçon n°1 donc : la crapulerie, la fourberie et l'hypocrisie des "démocraties" capitalistes-impérialistes sont sans limites ; elles sont (en réalité) dans la nature même de leur mode de production et de la crise de celui-ci ; la "démocratie" bourgeoise est donc très mal placée pour se la jouer grande dénonciatrice des "extrémismes" ; nous savons ce que vaut son "antifascisme" et sa "démocratie contre la barbarie" et nous n'avons que faire de ses sermons envers les "extrémistes de gauche" que nous sommes. C'est le Capital impérialiste qui précipite l'humanité dans la catastrophe ; ce n'est certainement pas de lui qu'elle doit attendre le salut.

C'est peut-être ce raisonnement - en somme : "Qu'ils aillent se faire foutre" ! - qui a guidé la direction soviétique en 1939 et on peut le comprendre ; même si son aboutissement (le "pacte") peut et doit être critiqué. On pourrait par exemple rappeler (car c'est totalement tombé dans l'oubli de nos jours) qu'en août 1939 l'URSS n'était même pas encore tout à fait sortie d'une courte mais sanglante guerre contre le Japon en Mongolie - une victoire qui devait lui donner la paix en Extrême-Orient jusqu'en 1945 (et aux Occidentaux, sans doute, jusqu'en décembre 1941). Il lui était donc extrêmement difficile d'ouvrir seule un deuxième front en Pologne contre l'Allemagne, comme semblaient le lui "suggérer" les "démocraties" occidentales. Ou encore rappeler que si l'Union soviétique ne s'emparait pas des Pays baltes et du Sud-Est de la Finlande (ce qu'elle fit en 1940), c'était l'Allemagne qui le faisait... et Léningrad était perdue en quelques jours (de fait, la ville devra subir pendant la guerre un siège de deux ans et demi qui fera plus d'un million de mort-e-s).

Mais nous vivons malheureusement dans un monde où il est devenu, pour ainsi dire, intellectuellement impossible d'admettre (pour certains milieux-militants-révolutionnaires peut-être plus que pour quiconque) que comprendre n'est pas justifier, excuser ni défendre. On n'a que les mots "injustifiable", "inqualifiable" ou "innommable" à la bouche sur tous les sujets (fascisme et "stalinisme" d'hier et d'aujourd'hui, "islamisme", antisémitisme de certains secteurs populaires etc.). On ne peut pas justifier l'injustifiable et puisque comprendre = justifier, on s'interdit donc de le comprendre... et donc de le combattre - ou de ne pas re-commettre les mêmes erreurs, retomber dans les mêmes dérives ce qui revient au même.

Pourtant, si l'on est communiste, la principale préoccupation devrait être de COMPRENDRE les erreurs et les dérives du siècle dernier pour ne pas retomber dedans à nouveau, vu qu'elles ont conduit les expériences révolutionnaires à l'échec et à la contre-révolution. La réalité c'est que le gouvernement soviétique de Staline n'était pas un gouvernement bourgeois, c'était un gouvernement ouvrier et paysan, mais il ne s'était pas suffisamment extrait de la compréhension bourgeoise du monde qui nous entoure. Face à beaucoup de problèmes, il ne voyait de solution que ce que la pensée bourgeoise présentait comme "évident" depuis des siècles. Et dans la "communauté internationale" de brigands qui prévalait à la fin des années 1930 (ce n'est guère différent aujourd'hui, si ce n'est pas pire...), il n'a vu d'autre solution que de se faire brigand lui-même - "bandit d'honneur" dira-t-on à la rigueur. C'est ce qui a conduit l'URSS, d'État révolutionnaire des ouvriers et des paysans, à devenir intérieurement un capitalisme d’État au bénéfice d'une nomenklatura et extérieurement un social-impérialisme - "socialiste en paroles et impérialiste dans les faits" ; tendance achevée au milieu des années 1950 mais déjà bien à l’œuvre en 1939.

C'est la leçon n°2 : on ne peut pas se contenter d'une condamnation/dénonciation abstraite et morale des choses si l'on veut dépasser les limites (= ne pas reproduire les erreurs) des expériences révolutionnaires passées. Le "pacte" germano-soviétique s'inscrivait, comme on vient de le voir, dans le CONTEXTE d'une époque : celle de la crise générale du capitalisme et de la guerre impérialiste pour le repartage du monde. Un contexte dont le seul et unique responsable était le Capital impérialiste ouest-européen et nord-américain, et en vérité le mode de production capitaliste lui-même - arrivé à ses limites historiques et "ne reculant plus devant aucun crime". Bien loin de la "preuve que les totalitarismes sont jumeaux" que les anticommunistes de tout poil (y compris voire surtout "de gauche") voudraient nous y faire voir...

Critiquer les erreurs et les dérives du "stalinisme", c'est BIEN et c'est même salutaire pour le mouvement communiste international d'aujourd'hui et de demain. Mais À LA CONDITION de bien remettre CHAQUE CHOSE À SA PLACE, et chacun face à ses responsabilités !

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http://www.gauchemip.org/spip.php?article16437

Seconde Guerre mondiale : l'Union soviétique par pertes et profits (par Annie Lacroix-Riz)

 

samedi 17 décembre 2011.
Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/LACROIX_RIZ/12194

Il y a soixante ans, 57 % des Français considéraient l’URSS comme le principal vainqueur de la guerre. En 2004, ils n’étaient plus que 20 %. Amplifié par les médias, cet oubli progressif du rôle de Moscou tient aussi aux polémiques sur la politique de Staline entre 1939 et juin 1941, que des travaux historiques récents éclairent d’un jour nouveau. Mais, quoi qu’on pense du pacte germano-soviétique, comment nier que, trois ans durant, les Russes ont porté une grande partie de la résistance, puis de la contre-offensive face à la Wehrmacht ? Au prix de 20 millions de morts.

Deux ans après sa victoire sur le nazisme, l’Armée rouge devint, pour les peuples de l’Ouest, pour cause de guerre froide, une menace (1). Six décennies plus tard, l’historiographie française, sa mutation pro-américaine achevée, voue l’Union soviétique aux gémonies tant pour la phase du pacte germano-soviétique que, désormais, pour celle de sa « grande guerre patriotique ». Nos manuels, assimilant nazisme et communisme, surenchérissent sur les historiens d’Europe orientale (2). Mais les recherches originales qui nourrissent cette mise au point dressent un tout autre tableau de l’URSS dans la Seconde Guerre mondiale.

Le principal acte d’accusation contre Moscou concerne le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 et, surtout, ses protocoles secrets : de fait, la victoire fulgurante et écrasante remportée sur la Pologne par la Wehrmacht donna le signal de l’occupation par l’URSS de la Galicie orientale (est de la Pologne) comme des pays baltes (3). Volonté d’expansion, Realpolitik ou stratégie défensive ?

Reprenant la thèse des prestigieux historiens Lewis B. Namier et Alan John Percivale Taylor, ainsi que du journaliste Alexander Werth, les nouveaux travaux d’historiens anglophones éclairent les conditions dans lesquelles l’URSS en est arrivée à cette décision. Ils montrent comment, encouragé par les États-Unis, l’entêtement de la France et de la Grande-Bretagne dans leur politique d’« apaisement » – autrement dit de capitulation face aux puissances fascistes – a ruiné le projet soviétique de « sécurité collective » des pays menacés par le Reich. D’où les accords de Munich (29 septembre 1938), par lesquels Paris, Londres, et Rome permirent à Berlin d’annexer, dès le surlendemain, les Sudètes. Isolée face à un IIIe Reich ayant désormais les mains libres à l’Est, Moscou signa avec Berlin le pacte de non-agression qui l’épargnait provisoirement.

image019Ainsi s’achevait la mission franco-britannique envoyée à Moscou (du 11 au 24 août) pour calmer des opinions réclamant – après l’annexion allemande de la Bohême-Moravie et la satellisation de la Slovaquie – un front commun avec l’URSS. Moscou exigeait l’alliance automatique et réciproque de 1914, qui devrait associer la Pologne et la Roumanie, fiefs du « cordon sanitaire » anti-bolchévique de 1919, et les pays baltes, vitaux pour la « Russie d’Europe (4) ». L’amiral britannique Drax et le général français Doumenc devaient faire porter à Moscou seule le chapeau du fiasco : il fallait simplement « laisser l’Allemagne sous la menace d’un pacte militaire anglo-franco-soviétique et gagner ainsi l’automne ou l’hiver en retardant la guerre ».

Quand le chef de l’Armée rouge Klement Vorochilov, « précis, direct », leur proposa, le 12 août, « l’“examen concret” des plans d’opérations contre le bloc des États agresseurs », ils s’avouèrent sans pouvoirs. Paris et Londres, résolus à ne fournir aucune aide à leurs alliés de l’Est, avaient délégué la tâche à l’URSS tout en la lui rendant impossible : Varsovie (surtout) et Bucarest avaient toujours refusé un droit de passage à l’Armée rouge. Ayant « garanti » la Pologne sans la consulter, Paris et Londres se dirent ligotés par le veto (encouragé en sous-main) du germanophile colonel Josef Beck, qui invoquait le « testament » de son prédécesseur Josef Pilsudski : « Avec les Allemands nous risquons de perdre notre liberté, avec les Russes, nous perdons notre âme. »

L’affaire était plus simple. La Pologne avait arraché aux Soviets, en 1920-1921, avec l’aide militaire française, la Galicie orientale (5). Aveugle depuis 1934 aux appétits allemands, elle tremblait que l’Armée rouge ne s’emparât aisément de ces territoires. La Roumanie, elle, redoutait de perdre la Bessarabie prise aux Russes en 1918 et gardée grâce à la France. L’URSS n’obtint pas non plus de garantie des pays baltes, dont l’indépendance de 1919-1920 et le maintien de l’influence allemande devaient tout au « cordon sanitaire ».

Depuis mars et surtout mai 1939, Moscou était courtisée par Berlin, qui, préférant – d’expérience – une guerre sur un seul front, lui promit, avant de se jeter sur la Pologne, de respecter sa sphère d’influence en Galicie orientale, en Baltique et Bessarabie. Elle céda, au dernier moment, mais pas à un fantasme de révolution mondiale ou de « Drang nach Westen » (cette poussée vers l’Ouest chère au publiciste allemand d’extrême droite Ernst Nolte) : elle refusa, Londres et Paris cajolant toujours Berlin, d’« être impliquée toute seule dans un conflit avec l’Allemagne » – selon les termes du secrétaire au Foreign Office, Charles Lindsley Halifax, le 6 mai 1939. L’Occident mima la stupeur devant « la sinistre nouvelle explosant sur le monde comme une bombe (6) » et dénonça une trahison. En réalité, Français et Britanniques en poste à Moscou jouaient les Cassandre depuis 1933 : faute de Triple Entente, l’URSS devrait composer avec Berlin pour gagner le répit nécessaire à la mise sur pied de guerre de son économie et de son armée.

Le 29 août 1939, le lieutenant-colonel Luguet, attaché aérien français à Moscou (et futur héros gaulliste de l’escadrille Normandie-Niémen), certifia la bonne foi de Vorochilov et posa Staline en « glorieux successeur (...) d’Alexandre Nevsky et de Pierre Ier » : « Le traité publié est complété par une convention secrète, définissant, à distance des frontières soviétiques, une ligne que les troupes allemandes ne devront pas dépasser et qui serait considérée par l’URSS en quelque sorte comme sa position de couverture (7). »

L’Allemagne ouvrit le conflit général, le 1er septembre 1939, en l’absence de l’Entente qui avait, en septembre 1914, sauvé la France de l’invasion. L’historien Michael Carley incrimine la politique d’apaisement née de « la peur de la victoire contre le fascisme » des gouvernements britanniques et français, effrayés que le rôle dirigeant promis à l’URSS dans une guerre contre l’Allemagne n’étendît son système à tous les belligérants : l’« anticommunisme », décisif à chaque phase-clé depuis 1934-1935, fut donc « une cause importante de la Seconde Guerre mondiale (8) ».

Le 17 septembre, l’URSS, inquiète de l’avance allemande en Pologne, proclama sa neutralité dans le conflit, non sans occuper la Galicie orientale. Elle exigea en septembre-octobre des « garanties » des pays baltes, « occupation “déguisée”, accueillie avec résignation (9) » par Londres, que le Reich inquiétait désormais autant que « la poussée russe en Europe ». Et, ayant demandé – en vain – à Helsinki, alliée de Berlin, une rectification de frontière (contre compensation), elle entra en guerre contre la Finlande et fit face à une sérieuse résistance. La propagande occidentale plaignit la petite victime et exalta sa vaillance. Weygand et Daladier planifièrent – « rêve », puis « délire », selon l’historien Jean-Baptiste Duroselle – une guerre contre l’URSS dans le Grand Nord, puis dans le Caucase. Mais Londres applaudit le compromis finno-soviétique du 12 mars 1940, ainsi que la nouvelle avance de l’Armée rouge qui suivit l’effondrement français (occupation à la mi-juin 1940 des pays baltes, fin juin de la Bessarabie-Bucovine du Nord). Après quoi elle envoya à Moscou Stafford Cripps, seul soviétophile de l’establishment : Londres préférait désormais une avance soviétique en Baltique à une allemande.

imagesAprès des décennies de polémiques, les archives soviétiques ont confirmé qu’environ 5.000 officiers polonais, dont les cadavres furent découverts par les Allemands en 1943 à Katyn (près de Smolensk), avaient bien été exécutés en avril 1940 sur ordre de Moscou. Féroces avec les Polonais, les Soviétiques sauvèrent plus d’un million de juifs des zones réannexées et en organisèrent l’évacuation prioritaire en juin 1941 (10).

Cette période, qui va du 23 août 1939 au 22 juin 1941, fait l’objet d’un autre débat, qui concerne la mise en œuvre par Staline du pacte germano-soviétique. Certains spécialistes soulignent, par exemple, la fourniture de matières premières soviétiques à l’Allemagne nazie, le changement de stratégie imposé à l’été 1940 au Komintern et aux partis communistes invités à dénoncer la « guerre impérialiste », etc. Les historiens cités ici minorent, voire contestent cette interprétation (11). Notons que les États-Unis – même après leur entrée en guerre contre Hitler en décembre 1941 – et la France, officiellement belligérante depuis le 3 septembre 1939, assurèrent au Reich d’abondantes livraisons industrielles (12).

En crise depuis juin 1940, les rapports germano-soviétiques frôlèrent la rupture en novembre. « Entre 1939 et 1941, l’URSS avait considérablement développé ses armements terrestres et aériens et massé de 100 à 300 divisions (soit de 2 à 5 millions d’hommes) le long ou près de ses frontières occidentales (13). » Le 22 juin 1941, le Reich lança l’assaut annoncé par l’entassement de ses troupes en Roumanie. Alexander Werth parle d’un « effondrement militaire de 1941 », auquel aurait succédé (en 1942-1943) « un sursaut du régime et de la société ».

Mais, le 16 juillet, le général Doyen annonçait à Pétain, à Vichy, la mort du « Blitzkrieg » : « Si le IIIe Reich remporte en Russie des succès stratégiques certains, le tour pris par les opérations ne répond pas néanmoins à l’idée que s’étaient faite ses dirigeants. Ceux-ci n’avaient pas prévu une résistance aussi farouche du soldat russe, un fanatisme aussi passionné de la population, une guérilla aussi épuisante sur les arrières, des pertes aussi sérieuses, un vide aussi complet devant l’envahisseur, des difficultés aussi considérables de ravitaillement et de communications. (...) Sans souci de sa nourriture de demain, le Russe incendie au lance-flammes ses récoltes, fait sauter ses villages, détruit son matériel roulant, sabote ses exploitations (14). »

Le Vatican, meilleur réseau de renseignement mondial, s’alarma d’ailleurs, début septembre 1941, des difficultés « des Allemands » et d’une issue « telle que Staline serait appelé à organiser la paix de concert avec Churchill et Roosevelt » : il situa donc « le tournant de la guerre » avant l’arrêt de la Wehrmacht devant Moscou (fin octobre) et bien avant Stalingrad. Fut ainsi confirmé dès l’invasion le jugement que portait l’attaché militaire français à Moscou Auguste-Antoine Palasse depuis 1938 sur la puissance militaire soviétique inentamée, selon lui, par les purges qui avaient suivi le procès et l’exécution du maréchal Mikhaïl Toukhatchevski et du haut état-major de l’Armée rouge, en juin 1937 (15).

L’Armée rouge, écrivait-il, se renforçait et développait un « patriotisme » inouï : le statut de l’armée, la formation militaire et une propagande efficace « mainten[aient] tendues les énergies du pays, et lui donne[aient] l’orgueil des exploits accomplis par les siens (...) et la confiance inébranlable dans [s]a force défensive ». Palasse avait relevé, depuis août 1938, les défaites nippones dans les affrontements à la frontière URSS-Chine-Corée. La qualité de l’Armée rouge ainsi attestée servit de leçon : à la fureur de Hitler, le Japon signa à Moscou, le 13 avril 1941, un « pacte de neutralité » libérant l’URSS de son obsession – depuis l’attaque contre la Mandchourie (1931) puis toute la Chine (1937) – d’une guerre sur deux fronts. Après avoir plié, pendant de longs mois, sous l’assaut de la formidable machine de guerre nazie, l’Armée rouge allait à nouveau pouvoir passer à l’offensive.

Si, en 1917-1918, le Reich fut défait à l’Ouest, et surtout par l’armée française, de 1943 à 1945, il le fut à l’Est et par l’Armée rouge. Pour soulager celle-ci, Staline réclamait, depuis août-septembre 1941, un « second front » (envoi de divisions alliées en URSS ou débarquement sur les côtes françaises). Il dut se contenter des louanges du premier ministre britannique Winston Churchill, bientôt suivi du président américain Franklin D. Roosevelt, sur « l’héroïsme des forces combattantes soviétiques » et d’un « prêt-bail » américain (remboursable après-guerre), qu’un historien soviétique a évalué à 5 milliards de roubles, soit 4 % du revenu national en 1941-1945. Le refus de ce second front et la mise à l’écart de l’URSS des relations interalliées (malgré sa présence au sommet de Téhéran, en novembre 1943) ravivèrent sa hantise du retour au « cordon sanitaire » et aux « mains libres à l’Est ».

La question des rapports de forces en Europe s’aiguisa quand la capitulation du général Friedrich von Paulus à Stalingrad, le 2 février 1943, mit à l’ordre du jour la paix future. Washington comptant sur son hégémonie financière pour échapper aux normes militaires du règlement des conflits, Franklin D. Roosevelt refusait de négocier sur les « buts de guerre » présentés à Winston Churchill par Joseph Staline en juillet 1941 (retour aux frontières européennes de l’ancien empire atteintes en 1939-1940) : une sphère d’influence soviétique limiterait l’américaine ; le financier Averell Harriman, ambassadeur à Moscou, pensait en 1944 que l’appât d’une aide économique à l’URSS ruinée « éviterait le développement d’une sphère d’influence (...) soviétique sur l’Europe orientale et les Balkans ».

Mais il fallut compter avec Stalingrad, où s’étaient affrontés depuis juillet 1942 « deux armées de plus d’un million d’hommes ». La soviétique gagna cette « bataille acharnée » – suivie au jour le jour par l’Europe occupée – « dépassa[n]t en violence toutes celles de la première guerre mondiale (...) pour chaque maison, chaque château d’eau, chaque cave, chaque morceau de ruine ». Sa victoire « mit l’URSS sur la voie de la puissance mondiale », comme celle « de Poltava en 1709 [contre la Suède] avait transformé la Russie en puissance européenne ».

Pacte-germanosoviet-HumaLa véritable ouverture du « second front » traîna jusqu’en juin 1944, période à laquelle l’avance de l’Armée rouge – au-delà des frontières soviétiques de juillet 1940 – exigea la répartition des sphères d’influence. La conférence de Yalta, en février 1945, sommet des acquis de l’URSS, belligérant décisif, ne résulta pas de la ruse de Staline spoliant la Pologne martyre contre un Churchill impuissant et un Roosevelt mourant, mais d’un rapport de forces militaires.

Ce dernier bascula alors dans la course-poursuite négociée de reddition de la Wehrmacht « aux armées anglo-américaines et de report des forces à l’Est » : fin mars, « 26 divisions allemandes demeuraient sur le front occidental (...) contre 170 divisions sur le front de l’Est (16) », où les combats firent rage jusqu’au bout. En mars-avril 1945, l’opération Sunrise ulcéra Moscou : le chef de l’Office of Strategic Services (ancêtre de la CIA) à Berne, le financier Allen Dulles, y négocia avec le général SS Karl Wolff, chef de l’état-major personnel de Himmler, responsable de l’assassinat de 300 000 juifs, la capitulation de l’armée Kesselring en Italie. Mais il était politiquement exclu que Berlin revînt aux Occidentaux : du 25 avril au 3 mai, cette bataille tua encore 300 000 soldats soviétiques. Soit l’équivalent des pertes américaines totales (292 000), « militaires uniquement », des fronts européen et japonais de décembre 1941 à août 1945 (17).

Selon Jean-Jacques Becker, « mis à part qu’elle s’est déployée sur des espaces bien plus vastes, mis à part le coût extravagant des méthodes de combat surannées de l’armée soviétique, sur un plan strictement militaire, la Seconde Guerre a été plutôt moins violente que la première (18) ». C’est oublier que la seule URSS a perdu la moitié des victimes de l’ensemble du conflit de 1939-1945, du fait notamment de la guerre d’extermination que le IIIe Reich avait planifiée pour y liquider, outre la totalité des juifs, de 30 à 50 millions de Slaves (19). La Wehrmacht, fief pangermaniste aisément nazifié, tenant « les Russes [pour] des « asiates » dignes du mépris le plus absolu », en fut l’artisan essentiel : sa sauvagerie antislave, antisémite et anti-bolchévique, décrite au procès de Nuremberg (1945-1946), mais longtemps tue à l’Ouest et récemment rappelée en Allemagne par des expositions itinérantes (20), priva l’URSS des lois de la guerre (conventions de La Haye de 1907).

En témoignent ses ordres : décret dit « du commissaire » du 8 juin 1941 prescrivant l’exécution des commissaires politiques communistes intégrés à l’Armée rouge ; ordre de « ne pas faire de prisonniers » qui causa l’exécution sur le champ de bataille, combats terminés, de 600 000 prisonniers de guerre, étendu en juillet aux « civils ennemis » ; ordre Reichenau d’« extermination définitive du système judéo-bolchévique », etc. (21). Ainsi 3,3 millions de prisonniers de guerre, soit plus des deux tiers du total, subirent en 1941-1942 la « mort programmée » par la famine et la soif (80 %), le typhus, le travail-esclave. Des prisonniers « communistes fanatiques » livrés à la SS furent les cobayes du premier gazage au Zyklon B d’Auschwitz, en décembre 1941.

La Wehrmacht fut avec les SS et la police allemande un agent actif de la destruction des civils, juifs et non-juifs. Elle aida les Einsatzgruppen SS chargés des « opérations mobiles de tueries » (Raul Hilberg), comme celle perpétrée par le groupe C dans le ravin de Babi Yar, fin septembre 1941, dix jours après l’entrée de ses troupes à Kiev (près de 34 000 morts) : un des innombrables massacres perpétrés, avec des « auxiliaires » polonais, baltes (lettons et lituaniens) et ukrainiens, décrits par le poignant Livre noir d’Ilya Ehrenburg et Vassili Grossman (22).

Slaves et juifs (1,1 million sur 3,3) périrent dans des milliers d’Oradour-sur-Glane ainsi que dans les camps. Les neuf cents jours de siège de Leningrad (juillet 1941-janvier 1943) tuèrent 1 million d’habitants sur 2,5, dont « plus de 600 000 » durant la famine de l’hiver 1941-1942. Au total, « 1 700 villes, 70 000 villages et 32 000 entreprises industrielles furent rasés ». Un million d’Ostarbeiter (travailleurs de l’Est) déportés vers l’Ouest furent épuisés ou anéantis par le travail et les sévices des SS et des kapos dans les kommandos des camps de concentration, mines et usines des Konzerne et des filiales de groupes étrangers, tel Ford, fabricant des camions 3 tonnes du front de l’Est.

Le 8 mai 1945, l’URSS exsangue avait déjà perdu le bénéfice de la « Grande Alliance » qu’avait imposée aux Anglo-Américains l’énorme contribution de son peuple, sous les armes ou non, à leur victoire. Le containment de la guerre froide, sous l’égide de Washington, pouvait renouer avec le cordon sanitaire, première guerre froide que Londres et Paris avaient dirigée de 1919 à 1939.

Annie Lacroix-Riz.

Professeur d’histoire contemporaine, université Paris-VII, auteure des essais Le Vatican, l’Europe et le Reich 1914-1944 et Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Armand Colin, Paris, 1996 et 2006.

NOTES

(1) « 1947-1948. Du Kominform au “coup de Prague”, l’Occident eut-il peur des Soviets et du communisme ? », Historiens et géographes (HG) n° 324, août-septembre 1989, pp. 219-243.

(2) Diana Pinto, « L’Amérique dans les livres d’histoire et de géographie des classes terminales françaises », HG, n° 303, mars 1985, pp. 611-620 ; Geoffrey Roberts, The Soviet Union and the Origins of the Second World War, 1933-1941, Saint Martin’s Press, New York, 1995, introduction.

(3) Lire aussi Geoffrey Roberts, op. cit., p. 95-105, et Gabriel Gorodetsky, « Les dessous du pacte germano-soviétique », Le Monde diplomatique, juillet 1997.

(4) Sauf indication, les sources citées ici se trouvent dans les archives du ministère français des affaires étrangères ou de l’armée de terre (SHAT) et les archives publiées allemandes, britanniques et américaines. Quant aux nombreux livres, souvent peu connus en France, sur lesquels s’appuie cet article, le lecteur en trouvera une large bibliographie sur le site.

(5) NDLR : Comme de nombreuses « marches », la Galicie est passée, à travers l’histoire, entre les mains russes, mongoles, polonaises, lituaniennes, autrichiennes et, à nouveau, russes et polonaises. En 1919, lord Curzon avait attribué la Galicie orientale à la Russie (ligne Curzon).

(6) Winston Churchill, Mémoires, vol. I, The Gathering Storm, Houghton Mifflin Company, Boston, 1948, p. 346.

(7) Lettre à Guy de la Chambre, ministre de l’air, Moscou, 29 août 1939 (SHAT).

(8) Michael J. Carley, 1939, The Alliance That Never Was and the Coming of World War 2, Ivan R. Dee, Chicago, 2000, pp. 256-257.

(9) Lettre 771 de Charles Corbin, Londres, 28 octobre 1939, archives du Quai d’Orsay (MAE).

(10) Dov Levin, The lesser of two evils : Eastern European Jewry under Soviet rule, 1939-1941, The Jewish Publications Society, Philadelphia-Jérusalem, 1995.

(11) Lire notamment les ouvrages déjà cités de Geoffrey Roberts et Gabriel Gorodetsky mais aussi Bernhard H. Bayerlin et al., Moscou-Paris-Berlin, 1939-1941, Taillandier, Paris, 2003. La communiste libertaire Margarete Buber-Neumann a accusé, dans ses Mémoires, le régime soviétique d’avoir livré des antifascistes allemands à la Gestapo.

(12) Charles Higham, Trading With the Enemy 1933-1949, Delacorte Press, New York, 1983 et Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Armand Colin, Paris, 1999.

(13) Geoffrey Roberts, op. cit., pp. 122-134 et 139.

(14) La Délégation française auprès de la commission allemande d’armistice de Wiesbaden, 1940-1941, Imprimerie nationale, Paris, vol. 4, pp. 648-649.

(15) NDLR. Ces purges sont considérées comme ayant considérablement affaibli l’Armée rouge.

(16) Gabriel Kolko, The Politics of War, Random House, New York, 1969, chap. 13-14.

(17) Pieter Lagrou, dans Stéphane Audoin-Rouzeau et al., dir., La Violence de guerre 1914-1945, Complexe, Bruxelles, 2002, p. 322.

(18) Ibid., p. 333.

(19) Götz Aly et Susanne Heim, Vordenker der Vernichtung, Hoffmann und Campe, Hambourg, 1991, résumé par Dominique Vidal, Les historiens allemands relisent la Shoah, Complexe, Bruxelles, 2002, pp. 63-100.

(20) Edouard Husson, Comprendre Hitler et la Shoah, PUF, Paris, 2000, p. 239-253.

(21) Omer Bartov, German Troops, MacMillan, Londres, 1985, L’Armée d’Hitler, Hachette Pluriel, Paris, 1999 et Tom Bower, Blind Eye to Murder, André Deutsch, Londres, 1981.

(22) Actes Sud, Arles, 1995.

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Lire aussi (de la même auteure) :

La Pologne dans la stratégie extérieure de la France (octobre 1938 - août 1939)

Annie LACROIX-RIZ - communication au colloque de Varsovie sur la campagne de Pologne, 16-17 octobre 2009.

Dans l’année précédant la Deuxième Guerre mondiale, la France dirigeante, civile et militaire, dressa une fois de plus la Pologne en pivot d’une « alliance de revers » constituée depuis 1921 des petits États d’Europe orientale qui devaient tout ou partie de leurs frontières à sa victoire de 1918. Ce dispositif contre les tentations de revanche du Reich, complété d’une Petite Entente tchéco-roumano-yougoslave officiellement dressée contre l’ancien empire austro-hongrois, avait été fragilisé d’emblée par l’exclusion de la Russie, seul pays décisif dans une guerre sur deux fronts : « La France n’aurait pas eu la moindre chance de survie en 1914, s’il n’y avait pas eu de front oriental », rappela le sous-secrétaire d’État permanent du Foreign Office, Robert Vansittart, en mars 1939 (1) ; la question se posait encore en ces termes, à l’heure où la quasi-totalité des obstacles à l’expansion allemande étaient tombés.

Le « front oriental » complet, incluant l’URSS, avait été esquissé en 1934 par Louis Barthou, que Varsovie détesta, pour ce motif, aussi cordialement que Berlin. Il fut enterré avec lui, le 9 octobre de la même année, malgré la fallacieuse signature par Laval, successeur de Barthou, du pacte franco-soviétique le 2 mai 1935. La France, dont le secrétaire général du Quai d’Orsay, Alexis Léger, avait rédigé ce « chef d’œuvre du galimatias », l’avait ensuite soigneusement laissé dans cet état. (2) Elle avait depuis « l’assassinat de Marseille » définitivement contraint la Petite Entente, déjà très mal en point avant 1933, à se taire sur tout ce qui fâchait, surtout les plans de conquête allemands à l’Ouest et à l’Est. Les États orientaux avaient définitivement compris le 7 mars 1936 à quel sort leur alliée française promettait leurs frontières en laissant tranquillement le Reich remilitariser la Rhénanie qui menaçait directement les siennes. L’« alliance » fut réduite en cendres par le démantèlement à la conférence de Munich, le 29 septembre 1938, de la Tchécoslovaquie (prélude à sa liquidation du 15 mars 1939) comme en prit aussitôt acte un des principaux artisans français de l’assassinat, André François-Poncet, ambassadeur à Berlin choisi (en septembre 1931) par le Comité des Forges : « La Tchécoslovaquie [,…] morte au point de vue militaire [,…] ne présente plus pour nous que la valeur d’un Luxembourg oriental qui risque de devenir un satellite allemand ». (3)

Munich 1938De ces décombres les dirigeants français, militaires en tête, firent surgir, ad usum populi Gallici, la Pologne comme protectrice suprême contre un adversaire d’ailleurs peu alarmant puisqu’ils faisaient mine de croire à ses excellentes intentions à l’Ouest. Ils reprirent l’argument polonais, puissante arme tactique initiale contre le pacte franco-soviétique, quand ils s’employèrent, aux côtés de Londres, à ruiner les chances ultimes du renouvellement de la Triple Entente. Les rapports étayés du Deuxième Bureau établissaient l’extrême faiblesse, en tous domaines, militaire inclus, de la Pologne et son alignement définitif sur Berlin depuis l’automne 1933, mais le haut État-major ne tarissait pas d’éloges. Il n’avait depuis 1935, comme le colonel Gauché, chef du Deuxième Bureau, qui adorait transformer le sens des rapports de ses services en leur strict contraire, cessé de tirer de la comparaison entre deux appuis militaires éventuels cette « conclusion » : « pour la France, l’alliance polonaise est incompatible avec l’alliance russe, il faut choisir ». (4)

Cette image publique flatteuse sera confrontée à la réalité de la politique extérieure polonaise et des rapports franco-polonais à la fin des années 1930. L’écran de fumée des « garanties » françaises (et anglaises) du territoire polonais sera opposé aux pratiques des Apaiseurs français entre la liquidation initiale de la Tchécoslovaquie et l’assaut allemand contre un État né de la victoire française.

I. PARIS ET L’ORIENTATION GERMANOPHILE ET SLAVOPHOBE DE VARSOVIE

La France avait minutieusement observé l’orientation germanophile, slavophobe et francophobe qu’incarnait le trio maître de Varsovie : le maréchal Pilsudski, que Paris n’avait érigé en immense héros qu’en raison de son rôle de champion du « cordon sanitaire », n’avait jamais « pardonn[é] à la France républicaine son alliance avec le Tsarisme » : « il n’a donc jamais aimé et il n’aime pas la France (5) ; le « prince Janusch Radziwill, un des propriétaires fonciers les plus importants non seulement de Pologne, mais de l’Europe entière », organiquement lié au Reich par sa famille et ses intérêts agraires et industriels, soutien décisif du coup d’État de Pilsudski, (6) « président de la Commission des affaires étrangères de la diète, est franchement francophobe et ne fait aucun effort pour le cacher » ; Josef Beck, ministre des Affaires étrangères de Pilsudski depuis 1932, son âme damnée « depuis le coup d’État de mai 1926 », « encore plus francophobe que le maréchal », (7) était indéboulonnable, pour des raisons tant allemandes qu’intérieures. Déjà « à la solde de l’Allemagne » avant de succéder au « maréchal » décédé en mai 1935 (le Deuxième Bureau français l’accusait en mars d’avoir « amassé dans les banques suisses une fortune dépassant 2 millions de francs suisses ») (8), il servait d’auxiliaire à ses basses œuvres « orientales ». Son action au sein de la SDN, que le Reich avait quittée avec fracas en octobre 1933, était irremplaçable : Beck n’allait donc jamais aux sessions de Genève sans due mission puis compte rendu d’exécution de mandat, à l’étape berlinoise de son retour à Varsovie, habitude connue du Deuxième Bureau. (9) À l’intérieur, l’inamovible président Ignacy Moscicki, de l’avis du Quai d’Orsay « une nullité absolue, une marionnette choisie par Pilsudski [après le coup d’État de 1926] pour lui servir de paravent », (10) n’avait rien à lui refuser : Beck le « tenait » en prélevant sur « les fonds secrets du ministère des Affaires étrangères » de quoi régler les énormes « dettes de jeu » de son fils, ministre de Pologne à Tokyo. (11) Le trio infernal était représenté par deux germanophiles aussi notoires, Josef Lipski à Berlin depuis juin 1933 et Lukasiewicz à Paris depuis juin 1936 après avoir quitté Moscou, qu’il haïssait au moins autant que ses chefs. (12)

Varsovie avait fait grand cas des deux prétextes à son tournant extérieur : 1° la déclaration Hitler-Lipski » du 15 novembre 1933, « instrument diplomatique dont les services de la Wilhelmstrasse [avaient] rédig[é] le projet » (13) : c’est « “une petite chose” […,] un simple communiqué relatant une conversation », avait, pour une fois sincère, clamé l’espion allemand Friedrich Sieburg, un de ses truchements, devant l’ambassadeur de France à Varsovie Jules Laroche (14) ; 2° la « déclaration de non-agression et d’amitié », prétendu « traité germano-polonais » conclu pour dix ans par Neurath et Lipski et renouvelable, œuvre de Friedrich Gaus, directeur du département juridique de l’Auswärtiges Amt, qui en avait soigneusement éliminé tout ce qui eût pu ressembler à « une renonciation de la révision de Versailles ». (15) Dotée d’un chiffon de papier sur lequel convergent toutes les archives diplomatiques et militaires, la Pologne, en toute connaissance de cause, se targua d’avoir gagné le statut d’alliée du Reich et de grande puissance que lui contestait (indubitablement) son « alliée » française.

Dès l’été 1933, Pilsudski glosa sur la non-priorité de « la révision des frontières de l’Est […] dans les préoccupations personnelles du Führer (16), avant de postuler l’indifférence au Drang nach Osten d’un Hitler plus autrichien que « prussien ». (17) Ce gros mensonge couvrait sa disposition à céder sur le corridor de Dantzig (18) et son ralliement à l’Anschluss, avéré dès 1932, quasi officiel en novembre 1933 (19) : soutien d’autant plus allègre que, les chancelleries le répétaient depuis les préparatifs des traités sanctionnant la défaite des empires centraux, le « rattachement » interdit aurait « inévitablement pour conséquence l’Anschluss des Allemands de Bohême » (20), première étape de la liquidation de la Tchécoslovaquie. Enfin, la Pologne s’associa au Reich dans l’action subversive quotidienne, dimension terroriste incluse, contre l’Ukraine soviétique que les deux pays avaient jusqu’alors conduite chacun pour soi. Cette collaboration n’empêcha pas Berlin de poursuivre en compagnie du Vatican naguère auxiliaire de Vienne dans cette mission, via le clergé et les groupes séparatistes uniates, son œuvre anti-polonaise en Galicie orientale : c’est à dire dans la partie de l’Ukraine que la France avait en 1920 remise aux chefs polonais du « cordon sanitaire ». (21)

Ainsi Varsovie avait-elle dû affecter, entre autres multiples épisodes du feuilleton de l’aveuglement volontaire, d’ignorer que Berlin avait armé et financé les terroristes ukrainiens qui, sous la houlette de Bandera et Lebed, chefs de l’OUN, avaient assassiné le 15 juin 1934 son ministre de l’intérieur Bronisław Pieracki (22) : provocation et test de grande envergure, l’événement s’étant produit deux jours après que le ministre eut accueilli avec faste Göbbels dans la capitale, où Barthou l’avait précédé sans être « salué par aucun ministre polonais ». (23) Paris, aussi informé de la maîtrise allemande de « l’assassinat de Marseille », auquel celui de juin avait servi de répétition avec la complicité respective de Laval et de Beck, fit au moins aussi bien que Varsovie dans l’ignorance feinte. (24)

La Pologne de Beck avait reçu du Reich, de l’avis de François-Poncet, symbole de la ligne française d’abdication baptisée Apaisement, l’ample mission de « disloquer, démembrer la Petite Entente, en exerçant une pesée principalement sur la Yougoslavie, arracher ces États à l’influence française, les écarter de la France, écarter par là même la France de l’Europe centrale, gagner enfin ceux-ci ou certains d’entre eux à l’idée qu’il f[allai]t dénoncer le principe de la sécurité collective et bouleverser la Société des Nations ». (25) Je ne retiendrai ici de cet ample programme, réalisé au-delà de toute espérance, que sa partie russe et tchécoslovaque, fort utile, malgré le mépris de Paris pour Varsovie, à une ligne française identique. La Pologne secondait d’autant mieux l’Allemagne que ses dirigeants haïssaient la Russie, à l’égard de laquelle « Pilsudski ne cachait jamais son aversion […], qu’elle fût rouge ou blanche, bolchévique ou tsariste ». (26) Cette haine à laquelle l’anti-bolchévisme avait donné de plaisants atours, non seulement ne gênait pas les dirigeants français, mais leur plaisait.

photo3Ils avaient pour délégués à Varsovie des anticommunistes et antisoviétiques obsessionnels, détestant au surplus « les juifs de l’Est » toujours érigés en bolchéviques, Laroche et, depuis la fin mai 1935, Léon Noël, ancien directeur de la Sûreté générale de Laval et bientôt membre du conseil d’administration du Comité France-Allemagne. (27) Ils écoutaient donc avec complaisance les litanies anti-bolchéviques de leurs homologues polonais, des jeunes fascistes « à la section orientale du ministère des Affaires étrangères, […] très anti-russe », en passant par « la presse officieuse polonaise et […] la camarilla qui entour[ait] M. Beck ». Lequel « racont[ait] à qui [voulait] l’entendre que l’hitlérisme, constituant la meilleure barrière à opposer au potentiel révolutionnaire que constitu[ait] la Russie, [était] le meilleur garant de l’existence de la Pologne. » Léon Noël appréciait en 1936 le thème, riche en variations et appelé à resservir, des deux ennemis de la Pologne, l’allemand, plutôt salvateur, et le russe, le seul vrai : “L’Allemagne […] peut nous prendre une ou deux provinces, la Russie, elle, a le pouvoir de nous prendre tout, le territoire, les corps, les âmes.” ». (28)

II. DE L’« ALLIANCE POLONAISE » DE MUNICH AUX PRÉPARATIFS DU « SECOND MUNICH »

En octobre 1938, l’icône de l’anti-bolchévisme parisien Lukasiewicz, hôte des salons pronazis flagorné par les principaux ministres, s’émerveilla devant un agent du Quai d’Orsay de l’opération munichoise, qui avait épargné au Reich la guerre qu’il n’avait pas encore le pouvoir d’engager et valu à son pays une (brève) gratification. Il cogna sur sa cible favorite, sans oublier Barthou, voué aux gémonies jusque dans la tombe. Jamais la Pologne n’aurait souffert de s’unir à « la Russie, qu’elle soit blanche ou rouge. […] ce n’est que la débâcle de la Russie qui nous a permis de conquérir notre indépendance. […] Avec les bolchéviks, nous avons dû mener une guerre, et les dirigeants de Moscou n’ont jamais abandonné le rêve d’instaurer chez nous les Soviets. Vous voyez d’ici la parution (sic) en Russie blanche, en Ukraine, en Galicie orientale et même dans certaines villes industrielles polonaises, comme Lodz, avec ses 200 000 juifs, des soldats rouges en qualité de nos alliés ? Mais, le lendemain de leur arrivée, nous aurions eu des Soviets dans la moitié de la Pologne, et au lieu de combattre les Allemands, il nous aurait fallu combattre les bolchéviks, ou appeler les Allemands à notre aide. Pour la Pologne, les bolchéviks sont beaucoup plus dangereux que les Allemands, et Moscou que Berlin. Et quant à la valeur de l’Armée rouge, nous l’apprécions mieux que les Français. Elle est bonne pour faire de la propagande ou aider un soulèvement communiste, mais au premier choc avec une armée européenne elle sera brisée comme verre. Alors, pourquoi voulait-on nous embarquer à tout prix dans la galère communiste ? Si M. Barthou avait mieux connu l’histoire des relations polono-russes au cours des siècles et, en particulier, depuis le partage de la Pologne, il ne nous aurait jamais proposé de conclure un pacte d’assistance mutuelle avec les Soviets ; de même, ses successeurs ne nous auraient jamais demandé de laisser passer les troupes bolchéviques à travers notre territoire. Aucun gouvernement polonais ne consentirait à se prêter à une telle expérience qui menacerait notre pays d’une révolution communiste ». (29)

Lukasiewicz triomphait d’autant plus que Berlin venait rétrocéder à Varsovie le territoire de Teschen, morceau silésien du gros territoire sudète remis à la conférence de Munich aux Allemands par les Franco-Anglais, qui s’étaient pour ce faire passés de l’avis des « Soviets ». Sur l’échelle des haines polonaises, Prague, sans répit maudite pour avoir « volé » Teschen (sur les instances du sidérurgiste français Eugène Schneider (30)), avait en effet grimpé aussi haut que Moscou. En août 1934, le nonce apostolique à Vienne Enrico Sibilia certifia connaître « un accord secret laissant les mains libres à l’Allemagne, non seulement contre l’Autriche, mais aussi contre la Tchécoslovaquie ; en échange de quoi l’Allemagne reconnaissait les revendications de la Pologne sur la Silésie tchécoslovaque et des parties de la Moravie septentrionale ». (31) Paris était, à l’été 1935, informé de l’« accord militaire […] en préparation entre l’Allemagne, la Pologne et la Hongrie » en vue d’« attaquer et se partager » la Tchécoslovaquie. (32) Depuis le printemps 1938, toutes les capitales, Paris, Londres et Berlin en tête, surenchérissaient dans le mépris, qualifiant Varsovie de « hyène » ou de « vautour attendant le morceau ». (33)

La duplicité confinait au grandiose puisque, outre que ni Paris ni Londres n’avaient consulté Varsovie pour assassiner Prague, certains « Munichois » insistaient pour que « la hyène » tirât pourboire du forfait. L’attaché militaire français Félix Musse, aussi antirusse et anti-tchèque que Noël et l’équipe Beck, s’y employa le 21 septembre au motif de gagner la gratitude d’un pays si important : « après avoir tant cédé à l’Allemagne, nous refusons à la Pologne une satisfaction bien modeste » ; on ne saurait s’opposer aux « revendications polonaises » alors que « la Pologne […] peut être demain, un élément des plus importants pour la reconstruction de notre politique européenne. C’est une carte que nous ne devons pas laisser échapper ». (34) L’un des « quatre charcutiers de Munich » (35), Daladier, masqua le 26 septembre devant l’ambassadeur américain Bullitt sa contribution au dépècement imminent en accablant Varsovie : « il espérait vivre assez pour faire payer à la Pologne son attitude de rapace en proposant à la Tchécoslovaquie un nouveau partage de la Pologne » (36) (ce n’est pas à Prague qu’il le proposerait bientôt mais à Berlin). Londres, dont la participation à la crucifixion de la victime avait été aussi éminente, stigmatisa juste après « une puissance que son passé devrait rendre moins ardente à goûter les partages, et qui parai[ssai]t rechercher les champs de bataille surtout pour y achever les blessés ». (37)

Pologne1939.jpgLe sursis polonais n’attendit même pas la mort de la Tchécoslovaquie. Outre que la fugace saisie de Teschen allait aggraver la surproduction minière et métallurgique et le déficit abyssal du commerce extérieur polonais (38), le Reich reprit, les Sudètes à peine avalées, son expansion ukrainienne dans la Ruthénie subcarpathique proclamée « autonome » et ailleurs, menaçant directement les frontières orientales de l’alliée prétendue. L’apparente « détente polono-soviétique » qui s’ensuivit n’imprima aucun « revirement [à] la politique polonaise ». (39) Ce n’était, affirma Léon Noël, qu’une astuce tactique de Beck et le « présage […d’] une prochaine tentative de rapprochement du côté de Berlin » sur des « questions » à négocier : « frontière de la Russie subcarpathique, questions dantzicoises, transit à travers le Corridor, juifs polonais du Reich, questions économiques et minoritaires ». (40)

Bien qu’il n’y eût plus rien à négocier après le 15 mars 1939, la Pologne en ligne de mire directe du Reich présenta encore durant quelques mois pour les dirigeants français le même intérêt tactique que naguère. Moscou, qui était vouée au néant diplomatique depuis Munich, demanda en effet au lendemain de l’invasion de la Bohême-Moravie qu’eût enfin lieu la concertation entre toutes les cibles du Reich, tant à l’Ouest qu’à l’Est. Paris relança donc le mythe public de la magnifique alliée militaire polonaise, si supérieure à l’Armée rouge inepte, tout en se répandant en privé sur l’épave que la Wehrmacht balaierait en quelques jours. Représentatif de cette ligne inavouable, Pierre Taittinger, champion d’origine du « cordon sanitaire » (« un des promoteurs du groupe franco-polonais de la Chambre en 1920 »), ressortit le paravent. Le 20 avril, retour d’un séjour polonais (de mars), il déclara à un banquet parisien du « Cercle républicain national » : « l’appui de la Pologne, dont les avions peuvent atteindre Berlin en moins d’une heure, nous serait autrement précieux que celui de l’URSS en cas de conflit avec l’Allemagne ». (41) Le 6 septembre, Pologne déjà écrasée, offrant à Daladier ses services politiques, Taittinger lui rapporta que « le chef d’état-major de l’armée polonaise » [Waclaw Stachiewicz] lui avait en mars « déclaré qu’en dépit de la supériorité considérable de moyens de l’Allemagne, il pensait pouvoir tenir, le cas échéant, plus d’un mois. […] Les autorités françaises que j’ai consultées à l’époque, tant au ministère des Affaires étrangères à Paris (M. Bressy) que nos autorités diplomatiques à Varsovie, déclaraient que huit jours, ce serait déjà beau ». (42)

La Pologne rejoignit donc à nouveau, de mars à août 1939, l’Angleterre comme leurre contre l’alliance de revers : l’alliance militaire anglaise, imaginaire, avait toujours été présentée à l’opinion publique comme le recours suprême, supérieur à tout autre, le soviétique surtout. Après avoir « garanti » en mars-avril 1939 les frontières de la Pologne, qui ne leur avait rien demandé, Français et Anglais admirent lors des préparatifs de la mission Drax-Doumenc des 11-24 août 1939 à Moscou (exclusivement destinée à faire endosser aux « Russes » la responsabilité du fiasco) qu’ils ne consentiraient à Varsovie aucun secours, ni militaire ni économique. Moscou, traitée en « valet de ferme » selon la formule de Jdanov dans La Pravda du 29 juin (43), devrait, privée d’alliance défensive avec Paris et Londres, tout assurer aux Polonais : aide économique et militaire, avec maintien du veto contre l’entrée de son armée en terre polonaise, que les Occidentaux imputeraient aux seuls Polonais souverains.

Le rideau de l’alliance militaire anglo-polonaise fut déchiré le 17 août devant les hôtes soviétiques de haut rang des obscurs délégués militaires français (Doumenc) et anglais (Drax), Vorochilov, commissaire du Peuple à la Guerre, et Chapochnikov, chef d’état-major général. Le général Heywood avoua « des effectifs […] dérisoires » tout en les multipliant par trois : il annonça que les Anglais mettraient six divisions sur pied en France « dans les premiers mois de guerre » alors qu’ils n’en avaient jamais promis plus d’un maximum de deux depuis 1936. Après quoi, devant Vorochilov interloqué de cet aveu partiel, « Drax, après avoir longuement toussoté, finit par présenter un argument qu’il avait déjà soumis à la délégation française pendant la [longue] traversée et qu’on l’avait supplié de ne jamais utiliser : “N’oubliez pas, dit-il, que la Pologne, si elle est seule, peut être écrasée en deux semaines…” ». « Cela voulait dire, commenta l’honnête Doumenc, que la Russie ne pourrait jamais venir à temps à l’aide de la Pologne et qu’elle se trouverait seule en face d’une armée victorieuse. »

Londres et Paris non seulement se gardèrent de le raconter à leurs opinions respectives, mais se retranchèrent derrière le veto polonais renouvelé contre l’aide de l’Armée rouge : Wehrmacht à ses portes, Varsovie entonnait à nouveau (ainsi, le 19 août) le grand refrain de Pilsudski « Avec les Allemands nous risquons de perdre notre liberté, avec les Russes, nous perdons notre âme ». Du veto de la Pologne, incontestable, ses nouveaux « alliés » se moquaient autant que, un an plus tôt, de l’avis de la Tchécoslovaquie sur son droit à l’existence, État-major français au premier chef. Quand celui-ci avait, au printemps 1935, fait semblant d’envisager une alliance avec l’URSS et esquissé en conséquence des plans de guerre (denrée disparue en 1939), il avait retenu trois hypothèses : Pologne 1° « alliée de la France contre l’Allemagne », 2° « neutre », 3° « alliée de l’Allemagne ». Seule, avait-il conclu, la troisième hypothèse avait valeur militaire, car c’est d’une Pologne ennemie, dont on n’aurait pas à requérir l’avis, qu’on utiliserait au mieux la totalité du territoire. (44)

En août 1939, le trio Daladier-Bonnet-Alexis Léger, efficacement relayé à Varsovie par le tandem Léon Noël-Félix Musse, alla même dans le sabotage de « l’alliance de la dernière chance » (Michael Carley) plus loin que les Anglais. Quand le capitaine Beaufre, envoyé là-bas en (fausse) mission le 19 pour quérir l’adhésion polonaise à une demande d’aide de l’Armée rouge, rappela à celui-ci que « les évaluations britanniques relatives à la résistance polonaise donnaient à celle-ci un délai de 15 jours au maximum avant l’effondrement complet », il provoqua l’indignation du « général Musse et [de] ses adjoints » : ceux-ci « s’élevèrent violemment contre cette appréciation portée sur la résistance polonaise, disant qu’il était absurde de sous-estimer une armée excellente, bien équipée, et dont les conceptions tactiques avaient fait de grands progrès ». La noirceur des intrigues, sur ce point et sur bien d’autres, de l’ambassadeur et de l’attaché militaire contre l’alliance tripartite ulcéra le général Doumenc, honteux du rôle que ses chefs civils et militaires lui avaient depuis juillet fait jouer à Paris puis à Moscou. (45)

big-garde strasbourgLe 23 août permit, comme prévu, d’imputer aux Soviets l’échec final, stigmate qui résiste à toutes les ouvertures d’archives et à la production scientifique consécutive. (46) Varsovie porta sa part d’un crime aussi franco-anglais que polonais, et Daladier, un de ses maîtres d’œuvre, mima devant Bullitt la fureur contre « les Polonais coupables de folie criminelle pour n’avoir pas répondu à la proposition des Russes d’une assistance active à la Pologne ». (47) Ce tapage couvrit une autre duperie de « l’opinion française dindonnée par les campagnes “idéologiques” » inépuisables de l’ère munichoise. (48) Les dirigeants français, au moment même où ils avaient ranimé la momie de l’« alliée » polonaise, avaient soutenu la tentative de « second Munich » : ils avaient en avril-mai 1939 brûlé d’enthousiasme pour la « conférence de la paix […] inspirée par Mussolini » et lancée par Pie XII via son nonce à Paris, Valerio Valeri, visant à arracher à Varsovie l’abandon de Dantzig et du corridor. L’affaire, marquée par le célèbre article de Marcel Déat Mourir pour Dantzig ? dans L’Œuvre du 4 mai, s’était enlisée vu la réticence britannique à répéter l’opération de septembre 1938. (49)

Les hérauts français des mains libres du Reich à l’Est ne renoncèrent pas pour autant à obtenir de Varsovie, comme naguère de Prague, le consentement à son propre dépècement. Lukasiewicz, roi de la germanophilie mondaine, avait été brusquement détrôné par la nouvelle étape du Drang nach Osten : il fut pendant l’été abandonné de tous, notamment par le ministre des Affaires étrangères Georges Bonnet, qui le priva de ses visites quotidiennes. (50) Les mêmes « pacifistes » recommencèrent après le 23 août, avec le surcroît d’audace qu’autorisait un paravent antisoviétique et anticommuniste inoxydable. Bonnet prit avec son imposante cohorte « pacifiste » l’initiative de « négociations » avec l’Axe sur la Pologne dont le Reich n’avait plus aucun besoin : incapable d’attaquer avec succès la Tchécoslovaquie en 1938, l’armée allemande était au 1er septembre 1939 en mesure de conquérir la Pologne sans quitus des Apaiseurs. La méthode des tractations alors repoussée par Berlin serait en revanche pratiquée pour préparer une débâcle aussi rapide et spectaculaire que celle de la Pologne, « grand port paralysé […] en 48 heures » (51), celle de la France. Les dirigeants polonais avaient certes activement œuvré à la destruction de la Pologne ; leurs anciens tuteurs, si méprisants qu’ils fussent pour « la camarilla » de Beck, feraient mieux encore au service de la Défaite française de mai (officiellement juin) 1940.

Annie Lacroix-Riz

J’explicite toutes les allusions de cette communication dans Le choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Colin, nouvelle édition 2010, De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, même éditeur, 2008, et Le Vatican, l’Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide (1914-1955), même éditeur, édition 2007 (1996). Sauf exception, elles ne sont pas paginées, vu les contraintes éditoriales.

(1) Michael Carley, 1939, the alliance that never was and the coming of World War 2, Chicago, Ivan R. Dee, 1999, p. 4, souligné dans le texte.

(2) Citation, Jean-Baptiste Duroselle, Politique étrangère de la France, la décadence 1932-1939, Paris, Le Seuil, 1983, p. 142.

(3) Renseignement cité, 12 avril, et « note sur l’évolution du problème tchécoslovaque », 10 octobre 1938, 7 N 3097, Service historique de l’armée de terre (SHAT).

(4) Renseignement EMA 2e Bureau (DB), 6 février 1936, 7 N 3186, SHAT.

(5) EMA DB Depas 177, H/19.1/8, 10 janvier 1934, 7 N 3024, SHAT.

(6) EMA DB, Depas 866, 17 juin 1935, 7 N 3024, SHAT.

(7) Note Europe, 8 mai 1935, URSS 1918-1940, 982, MAE et EMA Depas 177, H/19.1/8, 10 janvier 1934, 7 N 3024, SHAT.

(8) EMA Depas 282, 4 mars 1935, 7 N 3024, SHAT.

(9) Archives allemandes et françaises, Lacroix-Riz, Choix, p. 196-199, 225-227.

(10) Note Europe centrale de la sous-direction SDN, 30 novembre 1937, SDN 1918-1940, 2171, MAE.

(11) Les « nouvelles dettes de jeu » du fils Moscicki s’élevaient à « 200-250 000 zlotys », dépêche 12 de Léon Noël, Varsovie, 4 janvier 1936, SDN 1918-1940, 2168, MAE ; EMA DB, P/a 23863, 18 février 1936, 7 N 3024, SHAT.

(12) Dépêche 32 de Laroche, Varsovie, 30 mai 1933, et télégramme 441-442 de Léon Noël, Varsovie, 8 juin 1936, SDN 1918-1940, 2163 et 2169, MAE.

(13) Télégramme François-Poncet 2063-2065, Berlin, 18 novembre 1933, SDN 1918-1940, 2164, MAE.

(14) Télégramme Laroche 728-36, Varsovie, 18 novembre 1933, SDN 1918-1940, 2164, MAE. Sur le « journaliste » Sieburg, index Choix et Munich.

(15) « Déclaration », 26 janvier, mémorandums Gaus, Berlin, 16 et 22 janvier 1934, Documents on German Foreign Policy (DGFP), C, II, p. 364-367, 394-395 et 421-422.

(16) Dépêche 252 de Laroche, Varsovie, 28 juin 1933, SDN 1918-1940, 2163, MAE.

(17) « Il n’est pas prussien. Il n’en a pas la raideur. Il sort du peuple. “Il veut l’alliance (sic) [(sic) dans le texte] avec l’Autriche” », déclara-t-il le 24 novembre 1933 au général d’Arbonneau, l’attaché militaire français, télégramme 750-755 Laroche, Varsovie, même date, SDN 1918-1940, 2164, MAE.

(18) SDN 1918-1940, à partir du vol. 2163, Pologne, dossier général, février-octobre 1933, MAE.

(19) Télégramme 927 François-Poncet, Berlin, 16 mai 1933, SDN 1918-1940, 2163, et depuis les télégrammes 2053 du même, 16 novembre, et 746 de Laroche, Varsovie, 23 novembre 1933, SDN 1918-1940, 2164, MAE.

(20) Dépêche Beaumarchais 397, Vienne, 25 novembre 1926, Autriche 1918-1940, 77, MAE.

(21) Lacroix-Riz, Vatican, passim et index : Szepticky.

(22) Sources inépuisables depuis le télégramme Laroche 556-7, Varsovie, 16 juin 1934, SDN, 2166, MAE (tous volumes Pologne jusqu’à 2169, février-juillet 1936), et surtout lettre 575 Léon Noël à Laval, Varsovie, 13 novembre 1935, Yougoslavie 1918-1940, 138, assassinat d’Alexandre Ier, 1934-30 décembre 1935, 19 décembre 1936, MAE ; EMA DB, renseignement Depas 882 « d’un informateur compétent et généralement bien renseigné », H/25.7/9, 23 juillet 1934, 7 N 3024, rapport des attachés militaires, 1928-1929, et 1933-1939, SHAT. Marian Wojciechowski, Die Polnisch-Deutschen Beziehungen 1933-1938, Leiden, Brill-Verlag, 1971, p. 241-242.

(23) Berliner Börsenzeitung du 14 juin, « Bulletin périodique de la presse allemande » n° 438 du Quai d’Orsay (4 juin-1er juillet), 6-7 juillet 1934, F 7 13433, Allemagne 1934, Archives nationales (AN).

(24) Laval, Choix, p. 207-208 ; Beck, EMA DB, Depas 116, 19 décembre 1934, 7 N 3024, SHAT.

(25) Dépêche 937 François-Poncet, Berlin, 4 juin 1936, SDN 1918-1940, 2169, MAE.

(26) Note Europe centrale de la sous-direction SDN, 30 novembre 1937, SDN 1918-1940, 2171, MAE.

(27) Rapport Legat sur le CFA, 2 mai 1945, PJ 42, Brinon, archives de la Préfecture de police (APP).

(28) Dépêche 179 de Léon Noël, Varsovie, 8 avril 1936, SDN 1918-1940, 2169, MAE.

(29) Rapport Nac, Paris, 11 octobre 1938, SDN 1918-1940, vol. 2174, MAE.

(30) Souhaitant l’unité du bassin charbonnier et métallurgique, le futur roi industriel et financier de la Tchécoslovaquie préférait le confier à Prague, plus sûre, Segal Paul H., The French State and French private investment in Czechoslovakia, 1918-1938 : a study of economic diplomacy, New York, Garland, 1987, p. 55-67.

(31) Rapport Z1.110/Pol. d’Hoffinger, 27 août 1934, souligné dans le texte, traduction, 7 N 3024, SHAT. Sibilia, Vatican, index.

(32) EMA DB, P/a, 22124, 22141, 8, 9 juillet, et Depas 1095, 29 septembre 1935, 7 N 3024, SHAT.

(33) DGFP, D, II, p. 770-771, 849-850, 861-863, 915-918, etc.

(34) Rapport Musse 98/S, 21 septembre 1938, 7 N 3107, SHAT.

(35) Hénaff, 25e Congrès confédéral CGT, novembre 1938, p. 274.

(36) Tél. 1124 Bullitt, Paris, 26 septembre 1938, Foreign Relations of the United States (FRUS) 1938, I, p. 668-669.

(37) Dépêche 891 de l’ambassadeur Corbin, Londres, 10 octobre 1938, SDN 1918-1940, 2174, MAE.

(38) Dépêche 131 de Triat, consul de France à Poznan, 21 octobre 1938, SDN 1918-1940, 2174, MAE.

(39) Dépêche 942 d’Adrien Thierry, Bucarest, 7 décembre 1938, SDN 1918-1940, 2174, MAE.

(40) Télégramme 1282 de Léon Noël, Varsovie, 8 décembre 1938, SDN 1918-1940, 2174, MAE.

(41) RG, 17 mars, BA 1951, PRNS, 20 avril 1939, GA, T6, archives de la Préfecture de police (APP).

(42) Lettre confidentielle et personnelle à Daladier, Saint André de Mareuil sur Lay (Vendée), 6 septembre 1939, 5 N 581, SHAT.

(43) Dépêche 2309 de Palasse, Moscou, 5 juillet 1939, et article traduit, 7 N 3123, SHAT.

(44) « Note sur l’appui qui pourrait éventuellement être demandé à l’URSS » jointe à la lettre 485 2/RMA de Maurin à Laval, 8 avril 1935, URSS 1930-1940, 928, MAE.

(45) Rapport Doumenc (citations comprises), 7 N 3185, SHAT. Détails, Choix, p. 495-503, et Munich, p. 159-168 (archives françaises et britanniques).

(46) Geoffrey Roberts, The unholy alliance : Stalin’s pact with Hitler, Londres, Tauris, 1989 ; The Soviet Union and the origins of the Second World War. Russo-German relations and the road to war, 1933-1941, New York, Saint Martin’s Press, 1995 ; Michael Carley, 1939 ; Lacroix-Riz, Choix et Munich.

(47) Entretien avec Daladier et Léger, tél. 1543 Bullitt, Paris, 22 août, FRUS, 1939, I, p. 301-304.

(48) Note État-major, anonyme, 15 septembre 1938, N 579, SHAT.

(49) Tél. 897 Bullitt, Paris, 28 avril, FRUS, 1939, I, p. 179-182, depuis le 4 mai 1939, DBFP, 3, 5, p. 411 sq., Vatican, p. 382-384 (et Choix et Munich).

(50) Rapport Guariglia, Paris, 12 juillet 1939, Documenti Diplomatici italiani, 8e série, XII, p. 413-414.

(51) Stachiewicz à Musse, 2 ou 3 septembre 1939, cité au procès Pétain, 31 juillet 1945, F1 a 3310, AN.

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Histoire
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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 11:34

 

maocCet article paru en mai 2009 sur le site de l'Action Antifasciste de Bordeaux retrace bien ces formidables évènements d'il y a 107 ans avec leur étroite imbrication de conscience de Peuple et de conscience de classe, leur héroïsme et leurs profondes contradictions - revenant notamment sur le rôle ambigu du Pelut, le (souvent sacralisé) maire socialiste de Narbonne Ernest Ferroul (qui finira partisan de la Grande Boucherie en 1914 puis adversaire acharné du communisme au Congrès de Tours en 1920, avant de mourir l'année suivante).

Il repose essentiellement sur les travaux de l'ancien maoïste Michel Le Bris (breton de naissance et occitan d'adoption après un passage par le Paris des "années 68", directeur de la Cause du Peuple en 1970-71 etc. etc.).

Nous avons déjà eu l'occasion, l'automne dernier, de rapprocher ce gigantesque mouvement ouvrier et paysan contre l'État central de celui des "Bonnets rouges" bretons ; et nous aurons une pensée émue pour notre "cher" Premier ministre Manuel Valls, dont Clemenceau est une idole revendiquée...


1907

E VOLGUERON PAS TIRAR !

Era l'an 1907
Los paures manifestavan
E volguèron pas tirar
Pòble e soldats éran fraires,
E volguèron pas tirar
los soldats lengadocians

C'était en l'an 1907
Les pauvres manifestaient
Et ils n'ont pas voulu tirer
Peuple et soldats étaient frères
Ils n'ont pas voulu tirer
Les soldats languedociens

Extrait de Lengadoc Roge.
C. Marti.


1907. Le vin ne se vend pas. Et quand le vin ne se vend pas, c'est tout le Midi qui a la fièvre...

Un député supplie le Parlement de prêter attention, avant qu'il soit trop tard, à la rumeur qui s'élève d'Occitanie :

"Une chanson rude et farouche, qui remue des paroles de colère et de révolte, qui exhorte à se lever pour la lutte finale ceux qu'elle appelle les damnés de la terre, les forçats de la faim... La cigale a travaillé tout l'hiver comme tout l’été. Ce n'est pas sa faute si elle vient aujourd'hui crier famine. Je supplie la chambre de l'entendre..."

Le Parlement applaudit le style vibrant de l'orateur, mais ne fait rien. C'est une longue tradition d'ailleurs que de supposer les Méridionaux volontiers exagérant leur situation : « Ce n'est pas si grave »...

Mort aux fraudeurs !

Et pourtant la situation est dramatique. Les cours se sont effondrés, on ne sait que faire du vin, on va jusqu'à s'en servir pour noyer un incendie à Marseillan ! C'est l'époque où nombre de petits viticulteurs ruinés deviennent des «bergougnous» allant mendier aux portes des villes. Les témoins rapportent des scènes de misère extrême : des familles se nourrissant de glands, des enfants marchant pieds nus, le vin vendu dans les cafés de Narbonne a deux sous l'heure (1)  !

La crise atteint son paroxysme cette année-là, mais le marasme se développe depuis sept ans environ. À cette situation, trois causes essentielles :

Les importations. Dans les années 80, le phylloxéra ravageant le vignoble occitan, les négociants se tournent vers les vins étrangers afin de satisfaire à la demande : 12 000 000 d'hectolitres sont ainsi importés chaque année.

Dès la crise surmontée, le gouvernement encourage la reconstitution du vignoble en dégrevant de l'impôt foncier pendant cinq ans toute nouvelle plantation. Une véritable frénésie s'empare des vignerons méridionaux : forêts et mûriers sont arrachés, les prés retournés, on plante même dans le sable ! Aussi, dès 1904, l'Aude a-t-elle de nouveau un vignoble de 130 000 hectares, pour une production de 6 000 000 d'hectolitres.

C'est une catastrophe, dans la mesure où les négociants préfèrent continuer à importer des vins d'Algérie, fort utiles pour le coupage, et de coûts moindres.

Le sucrage. La réduction de la production intérieure française pendant la crise phylloxérique avait incité le gouvernement à autoriser la mise en vente de « vins de sucre », produits par la fermentation de marcs de raisin additionnés de sucre et d'eau (2).

En théorie, ce sucrage ne devait pas dépasser 10 kilos de sucre pour 3 hectolitres de vin.

Dès l'instant où la production redevient normale, la poursuite de ces pratiques devient un scandale : c'est susciter volontairement une crise que l'on appellera ensuite de « surproduction ». De fait, le gouvernement maintient cette loi, sous la pression des betteraviers du Nord, qui entendent ne pas perdre ce nouveau débouché à un moment où la Convention de Bruxelles interdit les primes à l'exportation et où les sucres de canne envahissent le marché intérieur. Il va même jusqu'à ramener les taxes sur le sucre de 60 francs par quintal à 25 francs, le 29 janvier 1903 !

Sucrage du vin

La fraude. En théorie ce sucrage est réglementé, soumis à la surveillance de l'administration. En fait on assiste à des fraudes colossales : « Certains ne se contentent pas de corser une vendange médiocre ou d'extraire des vins de deuxième, voire de troisième cuvée : on fabrique littéralement le vin à partir de sucre, de colorants, d'acides et de raisins secs importés de Grèce et de Turquie par dizaines de milliers de tonnes depuis la crise phylloxérique (3). »

C'est l'époque où l'on voit en un an la consommation de sucre passer de 430 000 tonnes à 700 000 tonnes, c'est l'époque où les recettes les plus étonnantes circulent impunément, telle celle-ci que rapporte Félix Napo :

Dans un fût défoncé, mettre un kilo d'acide tartrique, un kilo d'acide citrique, un kilo d'acide sulfurique. Jeter dessus un litre ou deux d'eau froide pour éviter l'explosion, puis mettre environ 60 litres d'eau bouillante, agiter avec un bâton et jeter dedans 100 kilos de sucre. Tenir le tout en mouvement en agitant pendant une demi-heure. Le sirop ainsi obtenu est prêt à employer. Vous savez qu'il faut environ 100 kilos de sucret pour 6 hectos de vin à obtenir à 10°. Le mélange ci-dessus est bon pour 6 hectos, et on renouvelle autant de fois qu'il est nécessaire...

Le moût expédié, il vous restera le marc avec lequel vous opérerez une quantité égale de piquette en utilisant du sucre.

revolte 1907 3En 1907 il a été calculé que la fraude porte sur 13 millions d'hectolitres, soit très exactement la différence entre l'offre et la demande. Qui parlera encore de "surproduction" ?

Si la fraude atteint des proportions aussi incroyables, c'est qu'elle est protégée à tous les niveaux. En 1907, à Béziers, un trafiquant connu depuis longtemps n'est arrêté enfin que parce qu'il commet l'imprudence d'abattre un contrebandier. Les jurés le condamnent, mais le juge déclare que, bien que les formes légales aient été respectées, les jurés se sont trompés sur le fond et l'affaire est renvoyée à une autre session. Les jurés, scandalisés démissionnent ! ...

Un autre exemple : dans une affaire d'acquit fictif et de mouillage à 35 %, un négociant de Charenton, installé à Béziers, le sieur Tessier, a été acquitté sur la seule affirmation que les 100 hl en cause étaient destinés à ses ouvriers. De nouveau poursuivi pour un excédent de 5 000 hl, découvert dans son magasin, il expliqua qu'une conduite d'eau crevée s'était déversée dans les foudres. On retrouva aussi des acquits validés par de faux tampons, mais les puissants amis du trafiquant tentèrent de faire suspecter... des employés de l'octroi. Il fallut un télégramme du Garde des Sceaux en personne pour décider le Parquet à ouvrir l'instruction. Quand on arrêta Tessier, ses livres de caisse et de comptabilité avaient disparu (4).

Ces affaires se comptent par centaines, l'indulgence des juges fait scandale : c'est ainsi qu'un trafiquant de Millau impliqué dans une très grosse affaire se voit infliger... 50 F d'amende et quinze jours de prison avec sursis !

Et le gouvernement continue tranquillement à nier l'évidence : « Tout cela n'est que fantasmagorie », prétend M. Guyot Dessaigne, ministre de la Justice ! On deviendrait enragé à moins...

J'ai promis d'amener 100 000 hommes, les voila !

Et le peuple occitan, de fait, devient progressivement enragé.

Jadis tout n'était qu'allégresse;
Aux vignerons point de souci.
Hélas ! aujourd hui, la tristesse
Règne partout en ce pays (bis)
On n'entend qu'un cri de colère (bis)
Guerre aux bandits narguant notre misère
Et sans merci guerre aux fraudeurs,
Oui, guerre à mort aux exploiteurs,
Sans nulle merci guerre aux fraudeurs
Et guerre à mort aux exploiteurs.
Oui !

La Vigneronne sur l'air de "Charles VI".

Deux hommes vont alors jouer un rôle décisif : Ernest Ferroul, médecin, maire socialiste de Narbonne, et Marcellin Albert, cafetier et petit viticulteur d'Argelliers, un village situé à dix kilomètres au nord de Narbonne.

Marcellin Albert, celui qu'on appellera d'abord ironiquement « le prêcheur des platanes » avant qu'il ne devienne, le temps d'une révolte, « le roi des gueux »...

Pour Marcellin Albert, dès 1903, le sucrage apparaît comme «la petite fissure par laquelle passera l'éléphant capitaliste, qui sous peu de jours, viendra inonder nos marchés de vins artificiels au détriment de nos produits naturels».

Il prêche d'abord pour son clocher : les vignerons d'Argelliers forment une « commission communale de surveillance » pour lutter contre la fraude. Leur exemple est bientôt suivi par les villages voisins de Coursan et Sallèles-d'Aude. Mais ailleurs, Marcellin Albert n'est toujours pas pris au sérieux. Et quand il vient apporter la contradiction à une réunion tenue à Narbonne par le député socialiste Félix Aldy, Ernest Ferroul, furieux, déclare : « Il est fou ! »

Prolétariat agricole 1907

Mais Marcellin s'obstine, parcourt les villages. Les jours de marché, il grimpe sur un arbre, harangue la foule des viticulteurs. Il commence à faire signer une pétition : Les soussignés décident de poursuivre leurs justes  revendications jusqu'au bout, de se mettre en grève contre l'impôt, de demander la démission de tous les corps élus et engagent toutes les communes du Midi et de l'Algérie à suivre leur exemple aux cris de : « Vive le vin naturel ! À bas les empoisonneurs ! »

Il recueille 400 signatures. Le 16 juin 1905 la municipalité  d'Argelliers  démissionne, après celle d'Alignan-du-Vent (Hérault). Le 20 juin les viticulteurs empêchent une saisie à Argelliers même. À Coursan, les habitants décident la grève de l'impôt.

C'est dans ce climat d'agitation diffuse que le correspondant lézignannais de La Dépêche du Midi écrit :

De gaieté de cœur, les représentants du Nord, dignes descendants de Simon de Montfort, viennent de décider la destruction économique du Midi, qui a le tort d'avoir trop de soleil et aussi trop d'idées généreuses.

Cette destruction, pour être plus lente et d'aspect moins violent que celle des Albigeois, produira les mêmes effets : la désertion dans nos campagnes, l'affreuse misère avec son cortège de privations et de douleurs dans nos villes.

Mais ce n'est que feu de paille : les maires reviennent sur leur décision, Marcelin tente d'intervenir lors d'une réunion des maires tenue par Ferroul à Narbonne, il est éconduit. C'est alors qu'il va sur le marché, monte sur un platane et s'écrie : "Mes amis, écoutez-moi. J'ai promis à Ferroul, en 1903, de réunir ici cent mille hommes. Ayez confiance, un jour je tiendrai parole..."

Marcellin Albert n'est encore que le  « prêcheur des platanes »...

En mars 1907, dans un climat rendu très tendu par le scandale grossissant de la fraude, une commission parlementaire est désignée, qui devra enquêter dans la région. Marcellin Albert saisit immédiatement l'occasion : il réunit tous ses amis pour organiser une manifestation lors de l'arrivée de la commission et lui remettre sa pétition aux 400 signatures. Ils seront 87, petits propriétaires et ouvriers agricoles — les gros ne veulent même pas prêter de voitures. Drapeau en tête, au son du clairon et des tambours, ils se rendent à Narbonne où ils accueillent la commission, pour le moins surprise... Ferroul éclate : « Ah ! ça ne m'étonne pas, ce sont ces fous d'Argelliers et cet imbécile d'Albert... »

Marcellin retourne à Argelliers triomphalement, il y installe un « bureau de défense viticole » qui sera animé par quelques amis du village.

Le 24 mars ils organisent une réunion à Sallèles-d'Aude : 300 vignerons seront au rendez-vous. Le 31 mars ils sont 600 à Bize, le 7 avril 1 000 à Ouveillan» le 21 avril, à Capestang, dix à quinze mille... le fleuve s'est mis en marche. 

Le tocsin

Marcellin Albert monte à la tribune : Unissons-nous tous, sans distinction de partis, sans distinction de classes... Pas de jalousie ! Pas d'ambition ! Pas de haine ! Pas de politique ! Tous au drapeau de la défense viticole !

À la fin du meeting dix-neuf communes décident de se fédérer : une semaine plus tard paraît le premier numéro du journal du comité d'Argelliers, Le Tocsin. Sa première page est comme un coup de poing : en trois parties, « Qui nous sommes ? », « Ce que nous voulons », « Notre organisation », tout y est dit de manière admirable.

La commission d'enquête rentre à Paris, fait son rapport. La seule mesure proposée par Caillaux, ministre des Finances, c'est... l'impôt sur le revenu qui permettrait de « décharger de la plus grande partie de l'impôt foncier les départements du Midi ». La réponse est immédiate : le lendemain vingt-cinq mille personnes descendent dans la rue à Lézignan.

Le 2 mai, 61 communes sont fédérées. Le 5 mai, à pied, en voiture, à bicyclette, par trains, la foule converge sur Narbonne. À 13 heures le défilé commence, commune après commune, chacune avec drapeaux, musique et pancartes de protestation. « " L'aigo al canal e lou sucre  al sucriè ", proclame la pancarte de Gruissan; Mont-redon défile avec son curé et une bouteille vide garnie d'un crêpe; Ginestas et Pépieux avec leur dernier croûton; Boutenac avec une souche fleurie; Moux avec une sardine; Villesèque-des-Corbières avec une courge au bout d'un parapluie; d'autres avec des porte-monnaie vides (5)... » C'est un torrent. Ils sont cent mille.

Ferroul qui n'avait jusqu'alors que mépris pour ces « fous d'Argelliers et cet imbécile d'Albert » monte à la tribune :

Citoyennes et citoyens, au nom de la ville de Narbonne, je salue les viticulteurs du Midi qui se sont levés pour la défense de leurs droits. Je vous souhaite la bienvenue et vous apporte notre adhésion... Voici longtemps que vous faites Crédit à l'État. L'heure est venue où la dette contractée envers vous doit être payée !

Puis c'est au tour de Marcellin Albert de parler :

"Au nom des amis fédérés et en mon nom personnel, je salue les Narbonnais. Il y a deux ans, j'ai promis à Ferroul de lui amener cent mille hommes. Les voilà !

Les vignerons ne sont pas seuls à être venus : c'est tout le peuple occitan qui est là, et en particulier les ouvriers agricoles. Ce qui se décide ce jour-là, de fait, c'est la grande alliance de tout le Midi : les ouvriers marcheront aux côtés des paysans, tout comme les petits commerçants."

Un ouvrier agricole monte à la tribune, et demande en pleurant si l'on peut se fier à l'union avec les propriétaires, vu que ceux-ci font jeter en prison des camarades, comme dans l'Hérault, à la suite des grèves de Cruzy. Bourges promet leur délivrance prochaine, mais l'assistance paraît sceptique. Ferroul se relève : "Je propose que les quatre-vingt mille citoyens ici présents demandent la libération immédiate de ces ouvriers !" La motion est acclamée (6). Le soir, les comités se réunissent à la mairie. Ils n'élaboreront pas de cahiers de revendications, plusieurs délégués ne voulant pas en entendre parler. Par contre c'est ce soir-là qu'est adopté à la demande de Marcellin Albert le texte du fameux « serment des fédérés ».

Constitués en comité de salut public pour la défense de la viticulture, nous jurons tous de nous unir pour la défense viticole, nous la défendrons par tous les moyens.

Celui ou ceux qui, par intérêt particulier, par ambition ou par esprit politique, porteraient préjudice à la motion première et, par ce fait nous mettraient dans l'impossibilité d'obtenir gain de cause seront jugés, condamnés et exécutés séance tenante.

Si, à la date du 10 juin, le gouvernement n'a pas pris les mesures nécessaires...

Le 12 mai, nouvelle manifestation, cette fois à Béziers. Il y aura environ 160 000 personnes. Frédéric Mistral, bien qu'il refuse de prendre la tête du mouvement, envoie un télégramme : « Vivo la terro et l'habitan que la boulego. Plus de poulitico : unioun en Lengadoc ! » (« Vive la terre et l'habitant qui la remue. Plus de politique : union en Languedoc ! »).

revolte 1907 6

Devant la détermination des manifestants, un ultimatum est adressé au gouvernement :

Si, à la date du 10 juin, le gouvernement n'a pas pris les dispositions pour provoquer un relèvement des cours, la grève de l'impôt sera proclamée, et le comité envisagera s'il n'y a pas lieu de prendre des mesures plus énergiques.

Le 19 mai, nouveau rendez-vous à Perpignan. Beaucoup   de   manifestants arborent à la veste une branche de pin ou une feuille d'amandier, pour répondre à leur manière au préfet des Pyrénées-Orientales, Dautresme, qui leur avait déclaré : « La vigne ne peut pas vous nourrir ? remplacez-la par des pins ou des amandiers ! »

Et toujours plus de monde... Il en vient de partout, même du Jura ! Deux cent trente-sept communes envoient des délégations, les trains spéciaux se succèdent en gare, certains manifestants trop pauvres peur prendre le train ont fait 150 kilomètres à pied, acclamés de village en village. Ils sont 172 000 au rendez-vous...

Le 26 mai, 250 000 personnes à Carcassonne. Cinq cents étudiants venus de Toulouse manifestent aux côtés des gueux, sous les acclamations. Et c'est ce jour-là, sous un tonnerre d'applaudissements, que Marcellin Albert s'écrie : "Comme au temps des anciennes croisades, comme au temps où les Albigeois venaient défendre sous les murs de Carcassonne, leur pays et leur foi, l’armée des vignerons est venue camper, aujourd’hui, au pied de l’antique capitale Carcassès. Cause aussi noble ! Cause aussi sainte ! Nos ancêtres du XIIIème siècle tombèrent en héros pour la défendre."

Et le fleuve grossit toujours : 300 000 personnes le 2 juin à Nîmes, 800 000 à Montpellier le 9 juin ! Et puisque le gouvernement reste sourd à tous ces cris de révolte, la grève des impôts et la démission des élus est décidée à partir du lendemain. Ferroul donne l'exemple :

"Nous sommes le Midi debout pour protester contre la misère et la faim. Dès demain, pas une municipalité qui soit digne du nom de méridionale ne sera debout. D'ici trois jours, vous répondrez à ce défi : nous sommes chargés d'exécuter le décret des gueux. Midi, nous jurons de te sauver, de te faire respecter du riche.

Citoyens, aux actes maintenant : demain à 8 heures du soir je fermerai l'hôtel de ville après y avoir fait arborer le drapeau noir et, au son du tocsin de la misère, je jetterai mon écharpe à la face du gouvernement !"

Les municipalités démissionnent et la grève de l’impôt devient effective.

Le 10 juin la Chambre des Députés entame la discussion sur le projet de loi tendant à réduire les abus du mouillage et du sucrage des vins. Mais la coalition des betteraviers est trop forte : il ne sort pratiquement rien des débats.

Le même jour Clemenceau reçoit les préfets du Midi : les démissions des municipalités ne seront pas acceptées.

Avant tout, force doit rester à la légalité républicaine.

Le 12 juin, 149 municipalités ont déjà démissionné. Le 14 juin, elles sont 442 : 185 dans l'Hérault, 160 dans l'Aude, 88 dans les Pyrénées-Orientales, 9 dans le Gard.

On hisse le drapeau noir, on brûle les écharpes tricolores, on annonce aux populations que l'impôt est supprimé, les portes de nombreuses mairies sont murées. À Pollestres, dans les Pyrénées-Orientales, on place une pancarte « Commune libre » à l'entrée du village.

Le 15 juin, les fédérés décident de s'organiser en « fédérations départementales, qui formeront une confédération générale placée sous la direction du comité d'Argelliers ». Certains y verront une sorte d'embryon d'un « pouvoir occitan ».

L'explosion occitane.

jpg_histoire_vins1907-e054e.jpgQue ses dirigeants le veuillent ou non — en fait dès cet instant on les voit en perpétuelle oscillation — le mouvement déborde largement le problème du vin, pour prendre une dimension occitane.

Ce qu'affirme la voix des « gueux », c'est que c'est tout le Midi qui crève, que c'est tout un peuple qui est visé ; et que c'est tout un peuple qui se lève. Et dans l'instant du soulèvement le peuple occitan retrouve son histoire, brandit sa culture et sa langue avec fierté.

C'est ce qui explique les déclarations fracassantes de Ferroul et Marcellin Albert, c'est ce qui explique les contacts pris avec Mistral pour qu'il assure la direction idéologique de la révolte. Car cette idée occitane n'est pas née dans le cerveau de quelques-uns : elle est, même confuse, le sentiment de tous. Elle seule pouvait permettre ce mouvement uni de toutes les classes populaires, elle seule pouvait jouer le rôle d'opérateur de l'unité de tout un peuple. Il est frappant de noter que la quasi-totalité des pancartes étaient rédigées en langue d'Oc et que beaucoup d'entre elles marquaient l'opposition du Midi et du Nord (7).

Ce caractère occitan est si net que tous les journalistes le notent. Certains pour applaudir, tels Reverdy dans La République sociale : "Peut-être viendra-t-il le jour où le Midi, prenant lui-même la direction de ses affaires, trouvera, dans une direction nouvelle, le bonheur qu'on lui aura refusé..."

D'autres, pour s'inquiéter, tel Le Figaro : "Ne vous y trompez pas, c'est un pays à reconquérir, comme au temps de Simon de Montfort."

... Ou pour s'indigner, comme L'Aurore : "Autrefois, ça n'aurait pas traîné : on aurait déjà appris à ces messieurs des départements fédérés qu'il y a une République une et indivisible, et que cette République ne tolère pas qu'on joue avec elle au séparatisme". Dans un tel climat, la démission de toutes les municipalités, la grève de l'impôt prennent un caractère d'extrême gravité.

La réponse de Clemenceau : l’armée.

Pendant que le Parlement se perd en discussions, Clemenceau agit : l'arrestation de Ferroul et Marcellin Albert est décidée, les troupes et des renforts de gendarmerie convergent sur le Midi.

Et pendant que déferlent sur Narbonne le 14e régiment d'infanterie de Brive, le 80e de Tulle, le 10e cuirassier de Lyon, le 139e de ligne d'Aurillac, pendant que le 17e de ligne jugé peu sûr est déplacé de Béziers à Agde, et alors que la population tente de l'en empêcher et se regroupe pour défendre sa demeure, Ferroul se rend aux autorités !

1907 révolte vignerons

Plusieurs membres du comité d'Argelliers sont arrêtés, mais Marcellin Albert, qui multiplie les appels au calme, demeure introuvable.

L'agitation est considérable.

Le 19 juin le comité viticole d'Olonzac expulse le juge de paix; de la mairie. Le soir, à Montpellier, c'est l'émeute : 24 gendarmes seront blessés et 25 personnes arrêtées. Émeute aussi à Narbonne : la sous-préfecture est attaquée. Là troupe tire, charge, massacre sauvagement. Bilan : un mort, plusieurs dizaines de blessés graves.

Rémy de Gourmont devait écrire plus tard : On a envoyé contre les vignerons en détresse des escadrons qui ont chargé comme à Reichshoffen.

Les incidents se multiplient partout, la présence des troupes d'occupation rend folles de rage les populations. Narbonne est placée en état de siège après que plusieurs « mouchards » (agents de la sûreté) aient été lapidés. Une section du 139e de ligne tire sur la foule : 4 morts, une dizaine de blessés. Le même jour la préfecture de Perpignan est attaquée et incendiée. Deuxième soir d'émeute, aussi, à Montpellier. Et les arrestations se multiplient, ainsi que les blessés...

E volguèron pas tirar !

C'est alors qu'éclate une nouvelle qui va secouer toute la France : 500 soldats du 17e de ligne, cantonnés à Agde se mutinent, refusent de tirer sur leurs compatriotes, pillent la poudrière, prennent la route de Béziers.

Nous serions des fainéants si nous laissions tuer nos parents. Nous irons chasser les cuirassiers qui ont tué nos frères.

Des gendarmes se portent à leur rencontre, essaient de les raisonner. Sans résultats : "On assassine nos parents, nous allons les défendre. Inutile d'insister, vous ne nous ferez pas changer d'avis."

Au petit matin du 21 juin les mutins du 17e arrivent à Béziers, sur les allées Paul-Riquet. Ils n'iront pas plus loin, ils vont se faire vendre. Le comité de défense viticole se précipite, tente de les calmer, fait pression sur la troupe et sur les autorités militaires pour « arranger » l'affaire.

Les mutins se rendent : Clemenceau leur a juré qu'il n'y aurait pas de punitions individuelles. Mais ce serment de Clemenceau est un faux, rédigé par Palazy, un des membres du comité de défense... Et le  17e paiera très cher cette trahison : déporté à Gafsa dans des conditions d'hygiène déplorables, il sera plus tard envoyé en première ligne, sans protection d'artillerie, contre les Allemands. Un seul en réchappera. Il portait sur son front une inscription : «enfant du malheur»... 

205-gaston-montehus-gloire-17ieme-1907-l-8.jpeg

Ce soir-là c'est à nouveau l'émeute à Montpellier tandis qu'à Paulhan les habitants ont coupé la voie pour empêcher le 142e de rejoindre Béziers. Ils séquestrent aussi le sous-préfet de Lodève, qui ne sera libéré que le lendemain. Ce sont les derniers sursauts. Le commencement de la fin...

La fin du roi des gueux.

Mais que devient Marcellin Albert ? Le 20 juin, il est parti à Paris, le 23 juin il demande à voir Clemenceau. Le « Tigre » se joue de lui, le convainc de retourner dans le Midi pour tenter d'y calmer les esprits avant de se constituer prisonnier. Clemenceau lui délivre un sauf-conduit, lui donne un billet de 100 francs pour son voyage de retour.

Dès le lendemain, la presse en est informée. On décrit Marcellin Albert pleurant dans le bureau de Clemenceau, se lamentant sur ses fautes, jurant d'essayer de réparer. Marcellin Albert tente de s'expliquer ? Peine perdue : le sauf-conduit et le billet de 100 F sont les preuves évidentes de sa trahison !

Quand il rentre et qu'est connue la nouvelle, son peuple l'accueille comme un traître. Dans son village même on veut le pendre. Plus tard à Sigean, il sera roué de coups...

Ainsi finit le « roi des gueux ».

Un traître ? Certainement pas : sa sincérité fut évidente. Mais sans aucun doute fut-il si effrayé par là tournure des événements qu'il tenta un dernier effort auprès de Clemenceau.

Ferroul qui sait son heure venue l'enfoncera au maximum : « Marcellin Albert est un grand enfant... le rôle qu'il avait assumé n'était pas à sa taille. » Ce serait moins gênant si cela ne signifiait pas aussi : « Les gueux sont de grands enfants... c'est maintenant aux politiciens et aux riches de prendre les choses en main... »

La révolte vendue.

La « trahison » de Marcellin Albert, l'arrestation de Ferroul, les appels au calme de dirigeants dans lesquels ils plaçaient leur confiance... la mobilisation décroît peu à peu. C'est un nouvel acte qui commence, où les « gueux » n'auront plus la parole.

Dès le début des affrontements, on avait d'ailleurs vu la direction du mouvement se scinder. Marcellin Albert croyait vraiment que la succession de manifestations de plus en plus énormes suffirait à faire plier le gouvernement. Les jours suivant la manifestation de Montpellier, lorsqu'il comprend qu'il ne peut pas aller plus loin et que le gouvernement ne bronchera pas, Marcellin se rend «coupable» d'un appel désespéré à Clemenceau désavoué par le Comité d'Argelliers.

ferroul.jpgFerroul, lui, est beaucoup plus politique : il a méprisé la révolte des miséreux tant qu'elle n’était qu'embryonnaire, il a su tourner casaque dès qu'elle est devenue une force, pour en prendre la tête ; c'est lui qui se montre le plus dur en paroles : Pensez-vous qu'il suffira d'avoir fait ces manifestations et même de les continuer indéfiniment pour obtenir satisfaction ? Voulez-vous reculer ou bien ratifier à votre tour cette date extrême, où les actes devront succéder aux paroles ?

Mais le jour où l'affrontement qu'il a suscité devient imminent, Ferroul s'empresse de se rendre aux autorités. Il est rentré en prison comme un martyr, on ne pourra rien lui reprocher sur la suite des événements, il ressortira de prison en héros, quand la révolte des gueux aura été brisée.

Le calcul est simple, pour ce représentant de la bourgeoisie « socialiste » de Narbonne : puisque la révolte populaire est aussi inéluctable qu'un torrent, mieux vaut en prendre la tête, pousser à l'affrontement, disparaître au bon moment, puis revenir sur scène comme un triomphateur lorsque la révolte est décimée : ainsi est assuré son pouvoir et à travers lui, comme on va le voir, celui des gros propriétaires. Le front uni de tout un peuple ne servira que les intérêts des riches propriétaires locaux. Les gueux auront été battus deux fois...

La création de la C.G.V.M.

La suite n'est plus que scénario classique : Clemenceau retire ses troupes mais, pour marquer son autorité, multiplie les vexations telles que des pluies de décorations aux officiers assassins (ce qui donne à Ferroul libéré l'occasion de se montrer, lui aussi, virulent).

Et puis l'on négocie, entre « gens sérieux ». D'un côté, Clemenceau fait promulguer une loi réglementant le mouillage et la circulation des vins. De l'autre les vignerons s'organisent en une Confédération générale des vignerons du Midi. En principe elle sera constituée par les propriétaires (petits et gros), les artisans et commerçants, les ouvriers agricoles. Mais dans les faits il n'en va pas ainsi. Les ouvriers agricoles, les miséreux qui se sont battus avec acharnement seront aussi exploités, sinon plus qu'auparavant (8). La Fédération des ouvriers agricoles du Midi quitte la C.G.V.M. : "Nous ne voulons plus continuer à être les collaborateurs de propriétaires qui, après nous avoir embrigadés dans les meetings au cours de la crise viticole en nous disant : « Aidez-nous aujourd'hui, nous vous aiderons demain », font faillite à leurs engagements".

Quant aux petits propriétaires, ils ne sont pas plus satisfaits : la petite propriété s'est imposée d'énormes sacrifices pour prendre part aux manifestations viticoles, et elle est aujourd'hui sacrifiée par de gros propriétaires qui, en jetant un stock énorme de vins sur le marché, établissent les cours auxquels devront vendre les producteurs. Il nous appartient de nous dresser en face de ceux qui veulent nous affamer.

Et Ferroul, le socialiste ? Il dirige la C.G.V.M !

Lui qui écrivait au moment de la révolte : "Bourgeois et prolétaires ont marché simultanément, ces derniers faisant trêve aux légitimes rancunes que la rapacité des exploiteurs fit imprudemment grandir dans leurs esprits. Le peuple fait crédit au bourgeois. Que celui-ci ne l'oublie pas..." écrit maintenant, alors que le bourgeois a « oublié » les engagements pris en 1907, alors que les ouvriers agricoles, trahis par les propriétaires, sont plus exploités que jamais et parlent de révolte : "Laissons les politiciens, le gouvernement, ceux qui en vivent, ses agents, ses policiers, ses salariés, ses quémandeurs. Ils nous disent : ouvriers, n'allez pas avec les propriétaires, et ils disent aux propriétaires : n'allez pas avec les ouvriers. S'ils parlent ainsi, c'est parce que leur fortune et leur domination sont intéressées à notre division."

En clair : ouvriers, laissez-vous exploiter !

L'Éclair de Montpellier écrivait : « II appartient aux conservateurs de se mettre à la tête du mouvement syndical, de lui imprimer une direction rigoureusement professionnelle et de lui restituer ainsi son caractère traditionnel et contre-révolutionnaire...»

C’est fait. En la personne d’un certain Ferroul, qui se disait socialiste.

Ainsi finit la révolte des vignerons. Elle restera dans toutes les mémoires comme une grande et héroïque page d’histoire, comme un grand sursaut de la conscience occitane.

Et parce que les causes de la misère sont restées les mêmes et que l’on n’apprend jamais tant que dans les défaites, la révolte de 1907 est plus que jamais actuelle.


(1) Témoignages rassemblés par Félix Napo, 1907, La Révolte des vignerons, Privat éditeur

(2) Cette addition de sucre augmente le degré du vin

(3) Félix Napo, op. cil., p. 23-25

(4) Félix Napo, op. cit., p. 35

(5) Félix Napo, op. cit., p. 47

(6) Félix Napo, op. cit., p. 49

(7) Garons (Gard) : « Assez longtemps le Nord a triomphé du Midi. » Bouillargues : « Le vigneron est-il français ou simplement contribuable ? » Caux : « Oh, France, n'attends pas que le Midi te renie ! » Saint-Estève : « La France s'arrête-t-elle où commence la vigne ? » etc.

(8) Les voix attribuées sont proportionnelles à la superficie et à la quantité produite, ou aux taxes versées. Un petit propriétaire se retrouvera avec 2 voix lorsqu'un gros en peut totaliser 10, et un négociant 5 !

 

L'hymne des révoltés 

"Jadis tout n’était qu’allégresse
Aux vignerons point de soucis
Hélas ! Aujourd’hui, la tristesse
Règne partout en ce pays (bis)
On n’entend qu’un cri de colère
Un cri de rage et de douleur (bis)
— 
Guerre aux bandits narguant notre misère
Et sans merci guerre aux fraudeurs,
Oui, guerre a mort aux exploiteurs,
Sans nul merci guerre aux fraudeurs
Et guerre à mort aux exploiteurs
Oui...
— 
En vain on veut sécher nos larmes
Nous berçant d’espoir mensongers ;
Les actes seuls donnent des armes
Quand la patrie est en danger (bis)
Tous au drapeau, fils de la terre
Et poussons tous ce cri vengeur (bis)
— 
C’est dans l’union qu’on aiguise
Les glaives qui font les vainqueurs,
Et la victoire n’est promise
Qu’à l’union des gens de coeur (bis)
Quand la bataille s’exaspère
Il ne faut pas de déserteurs ! (bis)"

 

 

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Histoire
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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 12:13

 

jean-jaures.jpg... Nòstre Joan Jaurès de Castres, socialiste réformiste dont il est tout à fait permis de discuter les positions, antimarxiste mais combattant sincère et infatigable de l’Égalité sociale, OCCITAN fier de l'être [1] et figure du "Midi rouge", opposant implacable à la guerre [2] (cette boucherie d'ouvriers et de paysans pour les dividendes du Capital) ; était abattu à Paris par le nationaliste bleu-blanc-rouge d'extrême-droite Raoul Villain.

Dans les jours et les semaines qui suivront, peut-être par imprégnation du vieux mythe "sans-culotte" de "la Patrie en danger" (le territoire "français" étant très vite envahi par les troupes allemandes) et sans doute aussi... par lâcheté et par peur de connaître le même sort que lui (enrober les choses de verbiage "révolutionnaire" n'étant alors pas le plus compliqué), la quasi-totalité des dirigeants "socialistes" (y compris les "marxistes" autour de Guesde et y compris la quasi-totalité des futurs fondateurs du PC en 1920) se rallieront à "l'Union sacrée" derrière la bourgeoisie impérialiste et à la "mobilisation générale" qui engloutira en 4 ans et 3 mois de ténèbres près d'un million et demi de vies et en brisera définitivement des millions d'autres ; avant que les "critiques" ne ressurgissent timidement à partir de 1916, devant l'éternisation du conflit. Ce devait être là le début d'une longue histoire du "socialisme" hexagonal au service de l'impérialisme et des monopoles, contre le prolétariat et les Peuples jusqu'à nos jours : il suffit d'évoquer les noms de Jules Moch le briseur de grèves de 1947 (contemporainement à la guerre colonialiste en Indochine, la répression-massacre à Madagascar etc. etc., la moitié ou presque des ministres étant "socialistes") ; François Mitterrand le guillotineur d'Algériens puis (devenu président) le maître d’œuvre des guerres impérialistes au Tchad, au Liban ou au Koweït et le formateur et protecteur des génocidaires hutus au Rwanda ; Guy Mollet et ses "pouvoirs spéciaux" aux sbires de Massu contre la Révolution algérienne ; BHL l'atlantiste/sioniste champion du "devoir d'ingérence" et Roland Dumas l'"eurasiste-tiers-mondiste" ami de Dieudonné ; et aujourd'hui Hollande, Valls, Le Drian etc. etc.

Le juste châtiment s'abattra sur Villain 22 ans plus tard, lorsque la CNT le fusillera à Ibiza où il s'était retiré. Mais le monstre qui a armé le bras de l'assassin, l'immonde entité capitaliste, impérialiste et militariste nommée "France", reste toujours impuni !

Nous sommes MAOÏSTES et nous l'assumons de A à Z. Nous sommes maoïstes et nous savons qu'il y aura des débiles mentaux se parant de ce nom - ou en tout cas de celui de "communistes" - pour nous reprocher ce qu'ils auront "compris" (ils ne comprennent rien, c'est le principe avec eux) comme un "hommage" à ce "sale réformiste". Nous sommes maoïstes et donc matérialistes, ce qui signifie que nous n'avons aucun problème à critiquer Jaurès (le réformiste qui ne croyait pas au marxisme et à la révolution mais plutôt à l'évolution naturelle de "la République" vers le socialisme à travers l'"accumulation de progrès" démocratique et social, souvent "patriote" et parfois même "bienfaits de la colonisation" comme toute la gauche "républicaine" de son époque - avant d'évoluer nettement toutefois [3])... tout comme des centaines, tout comme à vrai dire TOUTES les figures dirigeantes passées d'un mouvement ouvrier anticapitaliste (contre le capitalisme, pour le socialisme) qui dépasse et DOIT dépasser en permanence ses limites (comme ce mythe d'une République "sociale par essence" et "simplement" à libérer de quelques "200 familles" dans lequel baignait Jaurès, mythe qui n'avait rien d'invraisemblable à l'époque et qui bercera encore... le PCF par la suite) ; un mouvement ouvrier qui vit et évolue dans l'Histoire, qui n'est pas parfait aujourd'hui et donc - par définition - ne l'était certainement pas hier.

Mais surtout, nous sommes maoïstes et donc (contrairement à beaucoup d'autres petits-bourgeois crachant leurs névroses existentielles à travers leur clavier) NOUS SOMMES LE PEUPLE, et ce qui vit dans le cœur du Peuple vit dans le nôtre - et c'est le cas de Jaurès. Nous connaissons (car nous ne sommes pas des imbéciles) et combattons politiquement l'empreinte négative laissée par l'"évolutionnisme républicain" [4] de Jaurès sur le mouvement ouvrier hexagonal (y compris dans sa composante se voulant marxiste...) ; mais nous ne le reconnaissons et l'assumons pas moins comme une grande figure historique - à une époque donnée dans l’État bourgeois où nous vivons et luttons - du CAMP DU PEUPLE qui est le nôtre ; un homme qui a combattu sans relâche, par les moyens qu'il jugeait appropriés (grèves, journalisme avec L'Humanité, activisme parlementaire), ce que la bourgeoisie capitaliste "républicaine" ("le régime qui nous divise le moins" comme disait son pire représentant des années 1860-70, l'ignoble Thiers...) voulait pour les masses populaires laborieuses d'Hexagone : exploitation assortie de quelques réformettes, "rouleau" uniformisateur culturel et enrôlement dans l'armée productive du Capital, endoctrinement patriotard et mort les tripes à l'air dans les tranchées.

Le mouvement ouvrier socialiste-communiste de l’État français est ce qu'il est parce que nous sommes dans l’État français et pas ailleurs : ceux qui déplorent qu'il n'y ait "jamais eu (en Hexagone) de vraie social-démocratie à l'allemande où à l'autrichienne" (le "vrai socialisme" de "dolichocéphales blonds" ? il faudrait demander à Zemmour...)  n'ont qu'à aller voir dans ces pays si leurs thèses fumeuses y seront mieux accueillies par les masses, ce dont nous nous permettons de douter (encore que, du côté des "anti-deutsch"... à voir). Le mouvement ouvrier de l’État français s'inscrit dans un cadre géographique (l'Hexagone) qui a son histoire, ses caractéristiques et sa morphologie politique et sociale propre, ses contradictions et ses "secrets de l'impuissance" que l'on ne retrouve pas ailleurs. Joan Jaurès était lui-même, de son vivant, un produit de tout cela et plus particulièrement de la partie "méridionale" OCCITANE de l’État, avec ses siècles de lutte pour la justice, la démocratie et l'égalité en héritage. Être matérialistes, cela veut dire que nous critiquons cette expérience accumulée pour en dépasser les limites, mais que nous l'ASSUMONS également en portant dessus (bien sûr) un regard de classe, car l'Histoire n'est pas un absolu, elle est le regard que nous portons sur elle et ce regard a un caractère de classe - le cas Jaurès montrant particulièrement bien, dès le lendemain de la Grande Boucherie qu'il avait vainement tenté  d'empêcher, combien la récupération est chose facile pour la bourgeoisie ; particulièrement vis-à-vis d'une figure ayant toujours assumé la voie du "progrès social", du "dialogue" avec la bourgeoisie et les institutions dominantes et ouvertement rejeté la révolution socialiste, mais il y a beaucoup d'autres cas y compris révolutionnaires : le Che, Lénine lui-même, la Commune etc. etc.

Le mouvement révolutionnaire du prolétariat de l’État français (et a fortiori de sa partie occitane), on est dedans ou on est dehors ; et nous nous sommes dedans : dès lors nous sommes tous les "arrière-petits-enfants" de Jaurès ; ce qui ne veut pas dire le sacraliser, ne pas le critiquer ni vouloir faire mieux, ne pas "tuer le bisaïeul" dans un certain sens œdipien (et le grand-père et le père par la même occasion), et encore moins s'en prévaloir comme d'un totem pour faire oublier qu'on ne lui arrive pas à la cheville, voire que l'on n'est même pas digne de s'en réclamer, comme 99,99% des poseurs de gerbes d'hier après-midi - à vrai dire, si l'héritage politique de Jaurès peut et doit servir à quelque chose aujourd'hui, c'est sans doute bien à planer comme un spectre accusateur sur ces gens-là : il n'était ni marxiste ni révolutionnaire, mais il était DE GAUCHE (progressiste, "émancipationniste") au sens le plus noble de ce terme tant galvaudé depuis...

Ainsi fut Jaurès : un non-marxiste mais un Occitan socialiste de cœur (n'est-ce pas finalement un pléonasme ?) qui a parfois volé aussi bas que les poules, et même jusque dans les cloaques du "socialisme des imbéciles" antisémite si commun à son époque (cet aspect disparaissant toutefois presque entièrement de sa pensée après l'affaire Dreyfus) ; mais parfois aussi à la hauteur des aigles, nul descendant des 350.000 Occitans et des 1.400.000 Hexagonaux massacrés aux tranchées (sous la bannière bleu-blanc-rouge du Grand Capital) ne pouvant oublier son ultime "envol" au bout duquel il se brûla les ailes comme un glorieux Icare, n'ayant sans doute pas mesuré la puissance de ce qu'il défiait.

Aujourd'hui, alors que le bal des faux-culs s'étend pour ainsi dire du FN à Mélenchon en passant par l'UMP et bien sûr le PS, sabreurs de conquêtes sociales et politiciens de la canonnière de l'Afghanistan au Mali en passant (indirectement) par l'Ukraine et la Palestine ; il s'agit moins pour nous de rendre hommage au réformiste social-républicain antimarxiste qu'au SYMBOLE ; moins à ce qu'il a été qu'à ce qu'il a incarné pour des millions d'hommes et de femmes qui tout au long du siècle dernier se sont levé-e-s sous son drapeau pour dire NON à l'injustice, à l'oppression et à l'exploitation, en Hexagone comme au-delà des mers.

Un symbole qu'il n'est particulièrement pas difficile de comprendre aujourd'hui alors que, à quelques jours du centenaire de la Grande Boucherie de 14-18, les bombes pleuvent sur Gaza et Donetsk avec la bénédiction de l'impérialisme BBR et de son gouvernement... "socialiste" ; ce Parti "socialiste" qui y va bien sûr de son "vibrant hommage" (enfin, Cambadélis s'est tout de même fait copieusement huer, c'est déjà ça) au martyr de la paix entre les Peuples et de la guerre aux vautours mais qui n'a eu de cesse depuis 1945 de répandre la mort impérialiste sur la planète, d'Indochine en Algérie, du Tchad au Rwanda, de l'Afghanistan au Mali sans oublier bien sûr son soutien indéfectible à l'armée sioniste "la plus morale du monde" : "le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage" et le capitalisme la-rose-au-poing ne fait pas exception ; alors si la guerre vous fait comme à nous horreur, vous savez ce qu'il vous/nous reste à faire !

C'est CE SYMBOLE - et non le politicien réformiste réel - qui a été assassiné, et aux assassins duquel (quand bien même ils s'approprieraient sa mémoire) nous crions aujourd'hui comme hier : NI OUBLI NI PARDON !


1913-168-Jean-Jaures-au-Pre-Saint-Gervais

 

[1] "J'ai le goût le plus vif pour la langue et pour les œuvres de notre Midi, du Limousin et du Rouergue au Languedoc et à la Provence. J'aime entendre notre langue et j'aime la parler."
[Au sujet de la révolte de 1907] "L'événement qui se développe là-bas, et qui n'a pas épuisé ses conséquences, est un des plus grands événements sociaux qui se soient produits depuis trente-cinq ans. On a pu d'abord n'y pas prendre garde ; c'était le Midi et il y a une légende du Midi. On s'imagine que c'est le pays des paroles vaines. On oublie que ce Midi a une longue histoire, sérieuse, passionnée et tragique."

[2] "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage." : il s'agit en réalité d'une reformulation résumée de "Tandis que tous les peuples et tous les gouvernements veulent la paix, malgré tous les congrès de la philanthropie internationale, la guerre peut naître toujours d’un hasard toujours possible… Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme une nuée dormante porte l’orage. (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche). Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir la guerre entre les peuples, c’est d'abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie — qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille — un régime de concorde sociale et d’unité. Et voila pourquoi si vous regardez non aux intentions qui sont toujours vaines, mais à l’efficacité des principes et à la réalité des conséquences, logiquement, profondément, le Parti socialiste est aujourd'hui dans le monde le seul parti de la paix." (7 mars 1895 à la Chambre des Députés, dans Jean Jaurès : Textes choisis, éd. sociales, paru en 1959, p. 88).

[3] Dans les années 1880 il pouvait ainsi écrire : "Quand nous prenons possession d’un pays, nous devons amener avec nous la gloire de la France, et soyez sûrs qu’on lui fera bon accueil, car elle est pure autant que grande, toute pénétrée de justice et de bonté [...] Nous pouvons dire à ces peuples, sans les tromper, que jamais nous n’avons fait de mal à leurs frères volontairement ; que les premiers nous avons étendu aux hommes de couleur la liberté des Blancs, et aboli l’esclavage…". Mais dès 1895 son discours évolue :  
- "La politique coloniale [...] est la conséquence la plus déplorable du régime capitaliste, [...] qui est obligé de se créer au loin, par la conquête et la violence, des débouchés nouveaux. [...] Nous la réprouvons [aussi] parce que, dans toutes les expéditions coloniales, l’injustice capitaliste se complique et s’aggrave d’une exceptionnelle corruption : tous les instincts de déprédation et de rapines, déchaînés au loin par la certitude de l’impunité et amplifiés par les puissances nouvelles de la spéculation, s’y développent à l’aise ; et la férocité sournoise de l’humanité primitive y est merveilleusement mise en œuvre par les plus ingénieux mécanismes de l’engin capitaliste." (1896) ;
- "Il paraît que les petits Japonais et les Chinois studieux et subtils sont une sorte de bétail innombrable et inférieur que les races blanches peuvent exploiter, utiliser, décimer, asservir. C’est un préjugé barbare, c’est un préjugé d’ignorance, de sauvagerie et de rapine. Ces races jaunes sont composées d’hommes et cela devrait suffire ; mais elles sont composées d’hommes qui pensent, qui travaillent, qui échangent et qui ne paraissent pas résignés à subir indéfiniment les violences d’une Europe qui abusait de leur apparente faiblesse." (vers 1904) ;
- "La résolution qui sera, j’en suis sûr, adoptée au prochain Congrès International Socialiste : «Le Congrès déclare que les mandataires socialistes ont le devoir de s’opposer dans tous les parlements à ce régime d’exploitation à outrance et de servage qui sévit dans toutes les colonies, en exigeant des réformes pour améliorer le sort des populations, en veillant au maintien de leurs droits, en empêchant toute exploitation et tout asservissement, et en travaillant à l’éducation de ces peuples pour l’indépendance.»" (1907) ;
- "Au dehors, les radicaux se sont imaginé qu’ils étaient réalistes, parce qu’ils se saisissaient du Maroc avec une sorte de gloutonnerie sournoise. Mais par le mépris du droit, par la violation des engagements internationaux, par l’emploi combiné de la violence et de la ruse, ils ont contribué à exciter, à déchaîner dans le monde les appétits de domination grossiers. [...] Ils ont amusé la diplomatie allemande par des combinaisons financières qu’ils n’osaient pas avouer en plein jour et dont les vicissitudes obscures mettaient en péril la paix de l’Europe. [...] Pendant que diplomates et financiers accommodent le Maroc à tous les appétits nationaux, ultra-nationaux et internationaux, les Marocains défendent à coups de fusil ce qui leur reste d’indépendance. Une de nos colonnes vient d’avoir six tués, une trentaine de blessés ; nous avons, il est vrai, la consolation d’apprendre que le nombre des Marocains couchés par nos balles sur la terre de la « patrie » est sensiblement supérieur. C’est la civilisation qui progresse. C’est la « douce France » qui s’établit. [...] Enfin, messieurs, si vous voulez regarder au fond des choses, il y avait une civilisation marocaine capable des transformations nécessaires, capable d’évolution et de progrès, civilisation à la fois antique et moderne [...] Et laissez-moi vous dire que je ne pardonne pas à ceux qui ont écrasé cette espérance d’un progrès pacifique et humain, la civilisation africaine, sous toutes les ruses et sous toutes les brutalités de la conquête" (1912) ; et plus fort encore :
- "La politique de rapine et de conquête produit ses effets. De l’invasion à la révolte, de l’émeute à la répression, du mensonge à la traîtrise, c’est un cercle de civilisation qui s’élargit. Nous n’avons décidément rien à envier à l’Italie, et elle saura ce que valent nos pudeurs. Mais si les violences du Maroc et de Tripolitaine achèvent d’exaspérer, en Turquie et dans le monde, la fibre blessée des musulmans, si l’Islam un jour répond par un fanatisme farouche et une vaste révolte à l’universelle agression, qui pourra s’étonner ? Qui aura le droit de s’indigner ?"... Là, le moins que l'on puisse dire c'est que c'est presque du Fanon !

[4] Ce républicanisme de Jaurès provenait sans doute de l'identification, dans l'Occitanie du milieu du 19e siècle où il avait vu le jour, entre "République" et résolution de la question sociale. Son idée était sans doute qu'une fois la République rétablie (1870) et le Parti de l'Ordre évincé (avec Mac-Mahon en 1879), il "suffirait" d'en finir avec les républicains modérés dit "opportunistes" (au pouvoir jusqu'en 1902) et autres disciples de Thiers, bref le "parti des 200 familles", pour voir enfin triompher ce que les Occitans appelaient la Bona ("la Bonne") : la République de la "Justice", du "Travail" et de l'"Égalité". En d'autres termes, Jaurès n'avait pas compris ni dépassé les limites qui avaient conduit le républicanisme "démocrate-socialiste" occitan de 1848-51 et 1870-71 à l'échec.

 

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 09:11

 

CROQUANTS_01.jpgLe nom de Croquants vient originellement du village de Crocq (Limousin), d'où partit sous Henri IV (1594-95) une première révolte qui s'étendra brièvement aux provinces voisines. C'est à la base un nom donné par l'ennemi : les révoltés s'intitulent eux-mêmes les "Tard-Avisés", c'est-à-dire ceux qui en ont beaucoup supporté avant d'en venir à la révolte. Cependant, comme c'est souvent le cas dans l'Histoire, il sera peu à peu repris par les masses populaires à leur compte.

Mais le mouvement qui entrera dans l'Histoire sous ce nom est surtout celui qui débutera 30 ans plus tard et durera près d'un quart de siècle (1624-48), touchant principalement les provinces du Périgord, de la Guyenne et du Quercy soit un pays compris entre la Garonne, le Tarn, la vallée de la Dordogne et celle de l'Aveyron contemporainement avec d'autres révoltes en Gascogne, dans le Languedoc (plus bourgeoise et aristocratique, emmenée par le gouverneur Montmorency qui sera vaincu et décapité à Toulouse en 1632) ou en Provence (Cascavèus, 1630), et bien sûr la réduction des places-fortes protestantes comme Montauban ou La Rochelle. Les années 1620 à 1640... ou l'époque du sinistre Richelieu (auquel succèdera en 1642 le tout aussi sinistre Mazarin), tout-puissant "Ministre principal" de Louis XIII et personnage phare de la "Grande Histoire" francouille, dont Simone Weil dira trois siècles plus tard qu'il avait "tué en France tout ce qui n'était pas Paris".

C'est en effet cette époque qui voit la consolidation définitive de la construction monarcho-aristo-bourgeoise "France", prélude au règne du "Roi Soleil" Louis XIV. C'est dans ce cadre que l'État royal supprime (1621-29) les "places du sûreté" que l'Édit de Nantes d'Henri IV avait accordées aux nobles et aux bourgeois protestants du "Midi" (environ 150 places pour la grande majorité en Occitanie : Montpellier, Nîmes, Aigues-Mortes, Nyons, Privas dont 1.500 défenseurs seront sauvagement massacrés après deux semaines de siège en 1629) et qu'un mouvement s'engage pour transformer les "pays d'États" (dotés d'assemblées régionales autonomes, certes très oligarchiques mais endogènes) en "pays d'élections", directement administrés par des "élus" (fonctionnaires nommés !) de Paris. Le refus de cela est directement à l'origine de la révolte du Quercy (actuels Lot et Tarn-et-Garonne) en 1624, ainsi que des Cascavèus aixois en 1630 et du soulèvement de Montmorency en Languedoc (les deux derniers imposant d'ailleurs au pouvoir central de reculer, les assemblées provinciales resteront en place jusqu'en 1789) ; et indirectement du reste car cela permet à la monarchie d'imposer l'arbitraire fiscal aux "provinces" alors que l'entité France est engagée dans une "Guerre de Cent Ans" (commencée sous François Ier et qui durera jusqu'en 1659) contre sa rivale espagnole , ce qui grève lourdement le budget de l'État. Pour autant, dire que "le Richelieu1peuple était écrasé d'impôts" ne peut se suffire à soi-même comme explication : le "croquandage" est bel et bien un rejet populaire généralisé de la transformation du païs occitan en "province" de l'État français. On ne soulignera jamais assez combien ce 17e siècle que célèbrent les historiens de la bourgeoisie (et certains "maoïstes" !), et pour cause vu qu'il est celui de la consolidation définitive de la France autrement dit de leur base d'accumulation première, du grand râtelier auquel ils bouffent tous, n'a pratiquement pas connu une année sans révolte du peuple dans une "province" ou une autre de l'Hexagone

Comme les Camisards des Cévennes trois quarts de siècle plus tard (années 1700, sous Louis XIV), c'est une véritable guerre engageant des milliers de combattants et mobilisant des régiments royaux entiers contre elle ; et une guerre profondément POPULAIRE (même lorsqu'elle met à sa tête des petits bourgeois, comme le médecin Joan Petit, ou des nobliaux dans la continuité des faidits comme La Mothe) qui de surcroît, à la différence des Camisards, ne reste pas "repliée" sur l'identité religieuse protestante : les paysans, artisans, manœuvres et autres "gueux" qui la mènent sont aussi bien protestants que catholiques et, à vrai dire, écœurés par les possédants de l'un comme l'autre des deux camps qui se sont affrontés pendant près d'un demi-siècle, mettant le "Midi" à feu et à sang (ainsi le vicomte de Turenne, sur le territoire duquel se trouve Crocq, est un grand aristocrate protestant). Passé un premier temps où fonctionne encore le fameux mythe du "bon roi mal conseillé" (surtout que le roi gascon Henri IV jouit en Occitanie d'un préjugé favorable), les revendications et les actions des Croquants se font extrêmement radicales pour l'époque et les notables épouvantés les accusent de vouloir établir une "démocratie à la mode des Suisses" ou pire encore, un véritable communisme populaire comme "la secte des enragés anabaptistes" de Thomas Münzer en Allemagne, qui avait mené une redoutable Guerre des Paysans au siècle précédent.

C'est que, après la première crise générale de la féodalité (12e-15e siècles) qui a donné naissance aux grands États modernes en Europe (sauf l'Allemagne et l'Italie), une nouvelle crise vient dès le milieu du 16e siècle mettre à mal ces constructions "bâtardes" de féodalité et de capitalisme. Les grandes révoltes qui (dans toutes les "provinces") émailleront le "Grand Siècle" d'Henri IV, Louis XIII et Louis XIV seront finalement toutes matées, mais elles mettront à l'ordre du jour la "révolution" bourgeoise (prise en main de l'État par la bourgeoisie pour elle-même). Lorsque celle-ci éclatera enfin en 1789, comme nous l'avons déjà expliqué, elle verra s'exprimer de manière savamment enchevêtrée les aspirations populaires à la démocratie et à l'égalité sociale et les aspirations bourgeoises à faire triompher l'accumulation du capital et enclencher la "révolution" industrielle ; mais elle verra aussi s'affronter la bourgeoisie centraliste du Bassin parisien, souhaitant conserver et même renforcer sa prééminence historique, et celle (fédéraliste) de "province" voulant réaffirmer les "libertés" (autonomies) médiévales dont l'Ancien Régime l'avait progressivement dépouillée. Comme nous le savons tou-te-s, la seconde (les célèbres Girondins) sera défaite et les masses populaires de Paris seront happées derrière "leur" bourgeoisie au service de ses plans centralistes, tandis que celles de "province" seront happées derrière les résidus des vieilles classes féodales (clergé ou noblesse encore "ancrée dans le terroir" et traditionnellement respectée) luttant pour le retour de la monarchie. On trouvera encore le reflet de ces contradictions, au siècle suivant, dans l'opposition entre les communes (dépositaires de la communauté populaire pré-capitaliste et des "droits communaux" sur les pâturages, les forêts, les ressources en eau etc.) et les préfets de l’État instaurés par Napoléon, serviteurs zélés du Grand Capital dans sa guerre pour arracher la force de travail aux moyens de production et à tout moyen de subsistance autre que le salaire [s'il est encore (et nous pensons qu'il est encore) besoin d'illustrer la notion sociale de Centre et de Périphérie, on peut aussi regarder cette très intéressante carte des rébellions collectives contre les forces de répression pour la période 1800-1859... évocateur !]. L'Occitanie, partagée durant la Révolution et l'Empire suivant divers clivages (comme celui entre catholiques et protestants dans le Languedoc) entre "bleus" républicains et "blancs" royalistesCROQUANTS02 et/ou entre jacobins centralistes (nombreux furent les Occitans dans leurs rangs : Barère de Vieuzac - notable bigourdan, grand propriétaire terrien et opportuniste politique de première, par ailleurs pourfendeur acharné des langues populaires nationales ; Carrier, Barras etc.) et girondins fédéralistes, sortira du dilemme en 1848 en se ralliant massivement à une ligne "rouge" démocrate-socialiste d'esprit fortement décentralisateur. Mais c'est une autre histoire, bien que se situant dans la stricte continuité.

Certains meneurs croquants comme l'artisan Buffarost, le médecin de campagne Joan Petit ou (surtout) le paysan Pèire Grellety seront de véritables génies guérilleros dignes prédécesseurs de Mao, Giap, Che Guevara ou Amilcar Cabral ! Malheureusement, l'absence de véritable perspective révolutionnaire organisée (même "démocratique" bourgeoise) fera que même victorieux, ils arracheront tout au plus quelques concessions fiscales et vagues promesses... et/ou avantages pour eux-mêmes : invaincu et après avoir défilé triomphalement dans Périgueux à la tête de 200 hommes (le célèbre ouvrage 700 ans de révoltes occitanes de Gérard de Sède évoque même... des drapeaux rouges !), Grellety se voit... intégré à l'armée royale qu'il a jusque-là combattue, avec le grade de capitaine, et finira même gouverneur de Vercelli dans le Piémont (alors occupé par les troupes françaises). C'était pourtant l'un des leaders les plus "socialistes" de l'insurrection !

C'est que le Peuple travailleur ouvrier et paysan n'avait bien sûr, à cette époque, aucune idée de comment conserver et tirer parti d'un rapport de force favorable : il n'avait pas de stratégie de conquête/instauration du Pouvoir populaire, que le prolétariat et les autres classes populaires possèdent désormais avec le marxisme-léninisme-maoïsme. Les cantons alpins suisses y avaient "réussi" aux 13e-14e siècles : pour être exact, ils avaient maintenu la république solidaire-égalitaire montagnarde contre la tentative (autrichienne) d'instaurer un pouvoir étatique fort. Le capitalisme était alors dans ces régions plus qu'embryonnaire ; en se développant, il différenciera les classes sociales et transformera ces républiques paysannes en États bourgeois oligarchiques (les cantons plus urbains qui adhéreront par la suite comme Zurich, Berne, Vaud, Genève etc. seront du même acabit). Pour les hussites tchèques (au 15e siècle) ou les paysans allemands de Münzer (au suivant), en revanche, il était déjà trop tard : bien que parfois hostiles à un arbitraire monarchique excessif, les bourgeois, aristocrates et autres notables et possédants locaux se retourneront systématiquement contre les masses populaires pour préserver leurs intérêts de classe. Il n'en ira pas autrement pour les Croquants en Terre d'Òc ; et face à cela les masses n'avaient pas encore les "armes" intellectuelles et politiques pour établir un ordre social égalitaire. Encore deux siècles plus tard (décembre 1851), ayant tenu en échec les troupes de Louis-Napoléon "Badinguet" Bonaparte, les ouvriers et les paysans de Haute-Provence (bercés de sornettes sur l'"indivisibilité de la Républiiiiique") prétexteront de l'échec du soulèvement républicain à Paris pour déposer les armes, au lieu de maintenir et "bétonner" leur BASE ROUGE derrière le verrou infranchissable des Mées. En 1871, le même type de stratégie hésitante conduira les Communes de Paris et d'Òc (Marseille, Narbonne, Limoges etc.) au massacre que l'on connaît.

2009DommeJacquou.jpgLa condition paysanne ne s'améliorera guère dans les campagnes du Périgord-Quercy-Guyenne au cours des siècles suivants, la région comptant encore au 19e siècle l'une des plus fortes proportions de métayers misérables d'Hexagone (c'est le cadre temporel du célèbre Jacquou le Croquant d'Eugène Le Roy, où le hobereau est en l'occurrence un bourgeois "racheteur" plus ou moins auto-anobli après la "révolution"), avant que la "révolution" industrielle et l'exode rural allant de pair n'achèvent de la désertifier et de transformer tout ce beau monde en prolétaires ouvriers... Mais le souvenir des héroïques révoltés continuera à vivre dans le cœur des masses populaires jusqu'à nos jours : en 1967, d'anciens FTP de la Résistance antifasciste déposeront à Saint-Mayme (son village natal) une plaque rendant hommage à Pierre Grellety ; et encore en 1980, dans une manifestation à Sarlat, une jeune manifestante pouvait scander "je suis fille et petite-fille de Croquants" !!! Voilà quelque chose que certains "maoïstes", à n'en pas douter, auraient qualifié de "dimension identitaire allant de pair avec la teneur corporatiste des revendications" : comme tant d'autres "avant-gardes" d'aujourd'hui comme d'hier, leur vision du "socialisme" n'est nullement d'en finir avec l'exploitation de la force de travail et la négation des Peuples qui l'accompagne, mais bien de la perpétuer à la place de l'actuelle bourgeoisie, que malgré toutes leurs "grandes études" ils n'ont pas réussi à intégrer...

La vérité c'est que Croquants et Camisards, démocrates-socialistes de 1851 et partisans de 1940-44 (contre l'envahisseur nazi et ses kollabos BBR) doivent être nos figures tutélaires, et leur geste héroïque la RÉPÉTITION GÉNÉRALE de la Guerre populaire prolongée que nous devons et voulons mener, pour une Occitanie libre et socialiste !

Ci dessous, nous vous invitons à parcourir une très intéressante petite étude sur le sujet (source) qui s'appuie, pour l'essentiel, sur l'ouvrage de Gérard de Sède (qui n'est hélas pas trouvable en version numérisée) :

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 06:56

 

la faute au midi1 L'attentat de Sarajevo perpétré le 28 juin 1914 par un nationaliste serbe contre l'archiduc héritier d'Autriche-Hongrie est communément considéré comme le début d'une course à l'abîme militariste qui, en à peine plus d'un mois, allait précipiter l'Europe (surtout) ainsi que de nombreuses autres parties de la planète dans le pire cauchemar dont l'Histoire ait jamais accouché jusqu'alors. Il est pourtant possible de considérer (et nous considérons) que la Première Guerre mondiale avait en réalité déjà commencé plus de 15 ans auparavant (guerre hispano-américaine de 1898, guerre des Boers 1899-1902 puis guerre russo-japonaise 1904-05, guerres balkaniques 1912-13 etc.), dès lors que la grande crise capitaliste mondiale commencée au début des années 1870 (avec dès les années 1850 toute une série de conflits comme signes avant-coureurs) avait été "résolue" au prix d'une "saturation" coloniale totale de la planète, imposant une lutte sans merci entre les puissances impérialistes pour le repartage de  celle-ci ; et qu'elle s'étend encore au-delà de 1918 jusqu'au début des années 1920 (et, ne résolvant rien du tout, elle sera suivie d'une Deuxième Guerre du début des années 1930 jusqu'en 1945 voire 1948-49, puis d'une Troisième classiquement appelée la "Guerre froide" avec encore plus que la précédente un aspect d'affrontement mondial entre révolution et contre-révolution, et enfin depuis la fin de celle-ci une Quatrième Guerre mondiale pour le repartage de la planète après la défaite du camp soviétique).

2009 01 21 cimetiere douaumont inside

Nous avons déjà eu l'occasion de dire à de nombreuses reprises combien pour nous Occitans communistes (comme cela devrait l'être pour tous les Peuples emprisonnés/niés de l'entité francouille ainsi que bien sûr pour les "indigènes" colonisés intérieurs, dont les aïeux ont eux aussi plus que versé l'impôt du sang), cette Guerre de 14-18 est un élément fondamental de notre identité politique : elle montre dans toute son atrocité comment la chair à usine que le Capital et son État BBR ont fait de nos Peuples peut à tout moment être transformée en chair à canon pour "défendre les biens de ces messieurs-là" ; elle montre comment l'impérialisme stade suprême du capitalisme, ce même capitalisme ayant donné naissance aux États qui nous emprisonnent, c'est inévitablement la guerre et le fascisme qui en est la conséquence (plus que la cause) ; et elle montre toute la barbarie, le mépris et la négation des masses populaires par ce système infâme qui, bien qu'ayant permis sur les derniers siècles de notable progrès techniques et scientifiques pour l'humanité, n'en doit pas moins plus que jamais disparaître.

Le 11 novembre dernier, 95e anniversaire de l'armistice de 1918 ouvrant de fait les (hypocrites) commémorations "républicaines" de "l'année du centenaire", avait été l'occasion d'un communiqué de notre Comitat auquel il n'y a pas grand-chose à ajouter :

Comité de Construction pour le Parti communiste révolutionnaire des Terres d'Òc : Déclaration du 11 Novembre

Nous avions aussi relayé la tenue d'une très intéressante exposition à Aix-en-Provence, sur la condition de nos aïeux occitans sauvagement plongés dans l'horreur de ce conflit et souvent fusillés par la canaille-à-galons pour "manque de combattivité" sous la mitraille et les obus :

À la reconquête de notre mémoire, pour la Libération révolutionnaire de demain : exposition "La Faute au Midi" à Aix-en-Provence

Cette exposition se déroule jusqu'au 5 juillet (inclus), il est encore temps d'aller y faire un tour !

Guerre 14-18-Généraux Joffre et de Castelnau-1914

Concernant ce "manque de combattivité" occitan, accusation relayée y compris par d'innombrables TRAÎTRES "méridionaux" (les Joffre, Foch, Gallieni, Nivelle etc.), il faut bien admettre que oui, en effet, les ouvriers et les paysans d'Occitanie ont toujours été assez rétifs aux grands appels "patriotiques" à se faire trouer la peau (et à trouer celle des autres) pour la gloire du Capital... français, pour la grande bourgeoisie parisienne qui avec d'autres (Bretons, Basques, Corses, Catalans, Ch'tis/Picards, Lorrains, Comtois etc. et bien sûr tout "l'Empire" d'outre-mer et les colonies intérieures qui en sont issues) les a au fil des siècles annexés par le fer et le sang à son enclos hexagonal de force de travail, sous la botte de son appareil politico-militaire nommé "France". Ce n'est pas un hasard si l'une des rares voix à s'élever contre l'hystérie patriotarde (alors même que son parti comme toute la social-démocratie européenne allait commettre une trahison historique en ralliant "l'Union sacrée") fut celle du leader socialiste Jean Jaurès, nòstre Joan de Carmaux qui le paiera de sa vie, assassiné par un nationaliste d'extrême-droite le 31 juillet 1914. Tout comme ce n'est pas un hasard non plus si l'"ethniste" François Fontan devra, pour avoir rejeté la guerre d'extermination colonialiste en Algérie, s'exiler en 1959 dans les vallées occitanes du Piémont (État italien) où il mourra 20 ans plus tard sans avoir remis les pieds en "France"...

Ils se mobilisent en revanche sans faille lorsque lo païs est menacé d'invasion militaire (1870-71) et des atrocités qui vont avec, c'est-à-dire d'une botte encore plus effroyable que la tricolore (car se superposant à elle et dans tous les cas secondée par des francouilles toujours prompts historiquement, d'Adolphe Thiers à Pierre Laval, à oublier le "patriotisme" lorsqu'il s'agit de sauver leurs privilèges de classe) ; ou lorsqu'il est effectivement envahi et occupé et qu'à travers le fascisme sont piétinés à la fois leurs intérêts de classe et les valeurs démocratiques qui fondent leur culture populaire (1940-44) : il faut dire qu'ils y sont quelque peu habitués puisque leurs 800 ans d'histoire "en France" ne sont pratiquement que 800 ans de résistance au joug du pouvoir parisien, des faidits du Moyen Âge aux paysans du Larzac en passant par les Tuchins et les Croquants, l'Ormée et les Camisards, les "Fédéralistes" de 1793 et les Demoiselles ariégeoises du siècle suivant, les résistants démocrates-socialistes au coup d'État de Décembre 1851, les Communards de 1871 ou les vignerons languedociens de 1907.

Même lorsqu'un siècle avant la Grande Boucherie le Bassin parisien vibrait aux accents guerriers de "l'épopée" napoléonienne, voici la petite chanson populaire que l'on pouvait entendre dans les campagnes du Languedoc :

Ièu soi un paure conscrit
De l'an mil ueit cent dètz
Cal daissar lo Lengadòc
Per s'en anar a la mòrt.

Luènh d’aici, i a un país
De nèu blanca, de cèu gris
Nos i cal anar morir
Per l’Emperaire e son filh.

Lo rector e lo regent
Nos an parlat plan longtemps
Partirem fòrça contents
Serèm sus lo monument !

Mainatz-vos Lengadocians,
De faire d'autres enfants
N'auràn besonh dins vint ans
Negres o Republicans !
Je suis un pauvre conscrit
De l'an 1810
Faut quitter le Languedoc
Pour s'en aller à la mort

Loin d'ici il y a un pays
De neige blanche et de ciel gris [la Russie]
Il nous faut aller y mourir
Pour l'Empereur et son fils

Le curé et l'instituteur
Nous en ont parlé longuement
Nous partirons tout contents
Nous serons sur le monument !

Dépêchez-vous Languedociens
De faire d'autres enfants
Ils en auront besoin dans 20 ans
Noirs [cléricaux, royalistes] ou Républicains !

Il en a toujours été et il en sera TOUJOURS AINSI dans la Quatrième Guerre mondiale où nous nous trouvons, entre repartage impérialiste du monde après la fin du "système des blocs" et crise générale terminale du mode de production capitaliste, du Sahel à l'Afghanistan en passant par la Centrafrique, la Palestine, l'Irak ou l'Ukraine, que l'entité bleu-blanc-rouge soit impliquée ou non : les Occitans révolutionnaires, Pòble fièr e libre que nous sommes, auront toujours pour ennemi juré les Centres impérialistes rivaux qui font des Peuples leur chair à canon et pour camp irréductible le CAMP DES PEUPLES qui souffrent et meurent mais qui sont aussi "la lumière même du monde", "la fibre, la palpitation inépuisable de l'histoire" car quand ils parlent "tout tremble, l'ordre chancelle, les cimes les plus hautes s'abaissent, les étoiles changent de direction ; car les masses font et peuvent tout" !

Notre objectif est posé clairement et il tient en une phrase : EN FINIR AVEC LA FRANCE, appareil politico-militaire et idéologique issu de la concentration ultime des terres féodales ("stade suprême de la féodalité") et utilisé puis repris par la bourgeoisie pour affirmer son règne capitaliste du crime, Prison des Peuples, membre du G8 et membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU, autrement dit pilier de l'ordre impérialiste mondial.

La seule guerre que veut le Peuple ouvrier et paysan d'Occitània, c'est effectivement la GUERRE À LA GUERRE et à CE QUI LA CAUSE : la guerre au Capital et à l’État moderne (ici dénommé "France") qui en est le fruit et le bras armé ; la GUERRE POUR SA LIBERTÉ qui à différents niveaux d'intensité n'a jamais cessé depuis la sanglante Conquista du 13e siècle.

Armé désormais d'une JUSTE COMPRÉHENSION COMMUNISTE de cette entité "France" dans laquelle il se débat et contre laquelle il lutte, le 21e siècle qui commence sera celui de sa VICTOIRE !

 

1MAM Aniane 31MAM Gentioux

 

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Published by Servir_Le_Peuple - dans Histoire
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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 11:20

 

La RouelleIl y aura 800 ans l'an prochain que s'ouvrait à Rome, en 1215, le IVe concile du Latran. Cette réunion "au sommet" des principaux "princes" de l’Église, qui vue d'aujourd'hui peut sembler enterrée au fin fond des âges obscurs, a été en réalité un évènement capital pour le processus alors en train de donner naissance aux États modernes qui nous asservissent encore aujourd'hui, et notamment pour l'une des expressions de ce processus à laquelle aucun pays d'Europe (sauf peut-être la Pologne-Lithuanie) n'offre de contre-exemple historique : la persécution systématique des personnes de religion juive. Car c'est au cours de ce concile, entre beaucoup d'autres choses, que sera préconisé d'imposer aux Juifs le port de la rouelle, signe distinctif et infâmant (sa forme ronde et sa couleur jaune symbolisant les 30 deniers de Judas, marque du "peuple qui a crucifié le Christ") qui sera repris 7 siècles plus tard, sous la forme d'une étoile de David, par les nazis et leurs alliés fascistes en Europe (notamment en fRance).

C'est l'époque où, malmené par les partisans de l'Empereur germanique (son grand rival pour la primauté sur l'Occident) dans la péninsule italienne, le Saint-Siège tend à chercher l'alliance avec les monarchies en train de fonder l’État moderne (en "France", "Espagne", Grande-Bretagne), en particulier (vieille tradition depuis Clovis...) avec la monarchie capétienne franque de Paris, et à s'en faire le bras armé idéologique voire policier (avec l'Inquisition fondée en 1199) ; ce qui ne va pas sans susciter des ruptures (comme l'hérésie vaudoise, d'ailleurs condamnée à ce même concile du Latran, sans même parler des Cathares) et des dissidences internes (ordre des franciscains), qui défendent la solide alliance de classe passée deux siècles et demi plus tôt (mouvement de la Paix de Dieu, ère romane) entre l'Église et les masses populaires pauvres contre les seigneurs féodaux.

Jewish man - worms - 16th centuryCette alliance avec la Couronne capétienne durera jusqu'à ce que Philippe le Bel (début du 14e siècle) prétende carrément subordonner l'institution religieuse à son autorité, ce que la haute aristocratie de pourpre romaine rejettera, entraînant le schisme d'Avignon (où le Bel installe "son" souverain pontife). Au 15e siècle, le Vatican se tournera alors vers les Habsbourg d'Autriche et les rois de Castille et d'Aragon bientôt fusionnés en "Espagne" (puis unis aux Habsbourg) comme nouveaux porte-glaives de la foi apostolique romaine ; tandis que le royaume capétien mettra en avant le gallicanisme (Église catholique "autonome" sous contrôle du roi, sans aller toutefois jusqu'à la rupture totale comme en Angleterre).

Mais en attendant, au 13e siècle, la Papauté est en plein "pacte d'acier" avec la Couronne franque dont elle a fait son auxiliaire, à moins que (beaucoup plus probablement en fait) ce ne soit l'inverse... C'est l'époque où la sanglante conquête de nostra Patria d'Òc va donner naissance au Royaume de France ; conquête déjà bénie par Rome pour "extirper l’hérésie albigeoise" et dont l’Église et sa toute nouvelle Inquisition (aux mains de l'ordre dominicain, fondé en cette même année 1215 par le castillan Domingo de Guzmán) vont se faire à la fois la Gestapo et les Einsatzgruppen [quelques-unes de ces vermines grouillantes recevront malgré tout la monnaie de leur pièce par la main de quelques valeureux faidits, ces chevaliers occitans dépossédés qui avaient pris la tête de la résistance].

La construction de l’État moderne, concept politique servant à la fois la famille royale et ses affidés (domaines = rentrées d'impôts dans la po-poche), la bourgeoisie du Bassin parisien (qui voit ainsi briser et soumettre ses redoutables rivales du Sud) et l’Église qui y trouve un bras armé pour accumuler elle aussi les domaines et les richesses, implique la liquidation impitoyable de toute "dissidence". C'est bientôt chose faite des Cathares sur le bûcher de Montségur (1244). Les Juifs, eux, représentent la communauté transnationale par excellence de cette Euro-Méditerranée de l'An Mille où le morcellement et la subsidiarité politique n'ont d'égal que l'absence totale de véritables frontières, y compris entre Peuples de religion différente (chrétiens et musulmans). Les individus mais aussi les groupes (ces gentes, familles élargies brillamment étudiées par Engels) Les Juifs du pape en Provencecirculent tout à fait librement, chaque autorité locale (seigneur ou plus généralement "conseil" de la communauté urbaine ou villageoise) décidant de leur ouvrir les portes ou pas. S'ils viennent en paix et apportent quelque chose à la communauté déjà présente, ce qui est généralement le cas, il n'y a aucun problème ; et les Juifs, vivant bien sûr dans leur nationalité de résidence (comment pourrait-il en être autrement ?) dont ils parlent la langue (tout en développant parfois leur dialecte propre à renfort de vocabulaire et de grammaire hébraïque : shuadit ou "judéo-provençal", ladino ou "judéo-espagnol", yiddish "judéo-allemand" etc.) mais reliés aussi par la religion et des traits culturels partagés aux autres communautés juives d'Europe et du Bassin méditerranéen, sont plus que tous les autres dans ce cas de figure.

Pour les nouvelles monarchies à grande échelle, bientôt absolues, plus question de tolérer cela. Chaque individu et chaque parcelle de terre est une source de revenus (impôts) à ponctionner, et à défendre bec et ongles. Mais le projet politique étatique doit aussi être forgé dans une loyauté et une allégeance absolue au royaume et à son souverain - qui est un prince chrétien. Mieux vaut se débarrasser des mauvais sujets : de là le mouvement de balancier, contradictoire en apparence seulement, entre assignation à résidence des Juifs (accompagnée d'extorsions permanentes), massacres "spontanés" par la population chrétienne, bûchers et invitation régulière à vider les lieux presto... sous peine de mort (mais bien souvent là aussi, pour pouvoir partir sain et sauf... il faut payer !). S'ajoute à cela l'habitude vite prise, sans enfreindre le moins du monde la morale chrétienne vu qu'ils ne le sont pas, d'emprunter aux Juifs (déjà sous une forte pression de menaces) des sommes d'argents puis... de les expulser voire massacrer, sous l'accusation d'avoir pratiqué l'usure (le judaïsme n'interdit pas, en effet, le prêt à intérêt), lorsqu'il s'agit de les rembourser : de là l'ignoble assimilation, encore prégnante de nos jours, des Juifs à "l'usure" et à "l'argent". L’Église, quant à elle, ne prélève par définition sa dîme que sur les chrétiens : elle doit donc veiller à ne pas perdre ses fidèles au profit d'une autre religion (interdiction des mariages mixtes), à empêcher la communauté juive de s'étendre et aussi (surtout) de "gêner" économiquement les affaires des bourgeois chrétiens (desquelles provient une bonne part de la Juifs bûcher 15e siècledîme)... Ce que ces derniers, bien entendu, vont acquiescer de bonne grâce ! De plus les intellectuels juifs, 600 ans avant la Haskala, sont déjà souvent porteurs d'idées humanistes assez "subversives" pour l'époque - diffusées notamment depuis l'Andalousie musulmane, dans le contexte de la "Renaissance médiévale". Nous voyons bien là comment tous les intérêts parallèles du processus alors en cours convergent pour refermer les mâchoires du dispositif de persécution.

C'est à partir de 1269 que "Saint" Louis IX (dont l'entité France reconnaissante célèbre aussi, cette année, les 800 ans de la naissance en 1214 : "année Saint Louis") met en œuvre l'imposition de la rouelle dans son tout-beau-tout-neuf royaume. Vraisemblablement les 3/4 des Juifs qui peuplent celui-ci vivent alors dans notre "Midi" occitan fraîchement conquis par son père (Louis VIII) et son grand-père (Philippe Auguste), et dont il achève lui-même la "pacification". Cette présence juive (et la tolérance envers elle) dans les cités du Lengadòc a précisément été l'un des motifs d'"hérésie" de notre Peuple. La mesure de persécution religieuse se double ici indissociablement d'une mesure COLONIALE, de ce premier colonialisme médiéval puis absolutiste dont ont fait les frais, on l'oublie souvent, les Peuples de ce que l'on considère aujourd'hui comme la métropole.

Pour la brillante culture judéo-occitane shuadit commence alors un chemin de souffrance s'achevant sur les édits d'expulsion en série, locaux puis généraux (1306, 1322, 1394). La Provence, alors semi-indépendante sous la branche capétienne cadette d'Anjou, offre un relatif refuge pour deux petits siècles de plus ; mais celui-ci s'effondre avec le rattachement du comté au domaine royal (1482) : les édits d'expulsions s'abattent très vite dans la foulée (1498 et 1501). Ne reste plus alors aux Juifs occitans que le petit "réduit" papal du Comtat et d'Avignon (resté territoire pontifical après la fin du Schisme d'Occident), dans des conditions très discriminées (carrières = ghettos[1]),Plan carriere Cavaillon d'où ils ne sortiront qu'en 1791 avec le rattachement du futur Vaucluse à la France et la simultanée émancipation générale des Juifs par la bourgeoisie révolutionnaire. Cette émancipation de 1791 marque le début du long chemin des Juifs d'Europe vers ce que les "indigénistes post-modernes" (ironie ironie) appellent la "blancheur sociale", l'européité/occidentalité pleine et entière. Un chemin qui n'ira pas sans violents conflits (affaire Dreyfus), entre tentation assimilatrices ("tout leur accorder en tant qu'individus, tout leur refuser en tant que nation" dixit le député libéral Clermont-Tonnerre en décembre 1789) et excluantes ; conflits qui ne seront pas la moindre des racines de l'Holocauste des années 1940. Ce n'est en définitive qu'au 20e siècle que les Juifs deviendront pleinement des "Blancs" européens à part entière ; certains se faisant colonisateurs impérialistes au Proche-Orient avec le projet sioniste (dès les années 1890-1900) ; et plus généralement dans le cadre de l'"expiation" impérialiste générale après la défaite de l'horreur hitlérienne. Cela parfois aux prix de quelques distorsions historiques : ainsi dans les fictions consacrées à la Shoah, la famille juive traquée est souvent moyenne-bourgeoise, laïque et éduquée afin que le spectateur occidental d'aujourd'hui puisse s'identifier à elle ; les juifs misérables, illéttrés, souvent très religieux et ne parlant que yiddish des shtetl d'Europe de l'Est ne sont pratiquement jamais montrés alors qu'ils ont représenté, en réalité, plus de 95% des victimes. Mais l'identification à eux serait, c'est certain, une autre paire de manche...

À la fin du 16e siècle, fuyant les persécutions dans les royaumes d'"Espagne" et du Portugal où leur conversion forcée (souvent de façade) ne suffit même plus aux autorités (qui en doutent par principe : limpieza de sangre), des communautés séfarades s'installent en Gascogne, à Bordeaux et autour de Bayonne, où elles obtiennent non sans difficultés un droit de résidence spécial et dérogatoire (l'"Espagne" et le Portugal, unifiés en 1580, sont alors l'ennemi juré du Royaume de France qui est disposé à quelques dérogations pour leur nuire).

judéo-occitanSéfarades de Gascogne et Juifs "du Pape" provençaux sont les deux grandes communautés juives historiques de nostre païs, avec les noms célèbre de Pereire ou Mendès France pour les premiers et de Crémieux (Gaston le communard marseillais et Adolphe le "citoyenniseur" des Juifs d'Algérie), Naquet ou encore Vidal-Naquet pour les seconds.

S'y sont évidemment ajoutés depuis des Ashkénazes (des rives du Rhin jusqu'aux plaines d'Ukraine), notamment (comme dans tout l'Hexagone) des réfugiés de l'antisémitisme ambiant d'Europe de l'Est puis du nazisme dans l'Entre-deux-guerres [dont beaucoup croyant à tort, en 1940, trouver la sécurité en "zone libre" vichyste puis en zone italienne (1942-43, du Rhône aux Alpes)], des Séfarades "balkano-égéens" (des Balkans, de Grèce et de Turquie, les fameux "Juifs de Salonique" de langue judéo-espagnole) et (surtout) des Séfarades du Maghreb arrivés en masse dans la tourmente de la "décolonisation" (années 1960) - par ressentiment anti-arabe, ces derniers sont souvent en première ligne du soutien à Israël. Originaire de l'actuelle Pologne, arrivé (après un détour de sa famille par la Palestine) à Toulouse en 1931, Marcel Langer restera à jamais une figure incontournable du mouvement communiste (Brigades internationales) et de la résistance antifasciste dans la région. Il mourra guillotiné par la "justice" de Vichy en 1943, après que le procureur Lespinasse ait lancé à l'audience "Juif, étranger et communiste : voilà trois bonnes raisons pour moi de réclamer votre tête" (l'ignoble personnage sera liquidé quelques mois plus tard par les FTP-MOI, et plus aucun procureur toulousain n'osera requérir la peine de mort jusqu'à la fin de la guerre...).

Tout cela (mis à part le dernier paragraphe) s'est déroulé il y a des siècles ; mais comme l'expliquait (de manière idéaliste certes) la philosophe marxiste "hétérodoxe" passée au christianisme progressiste Simone Weil, elle-même d'origine juive, il s'agit là de la RACINE DIRECTE de l'ordre dominant dans lequel nous vivons, que le siècle dernier a vu se déchaîner dans l'horreur et qui nous prépare encore de très sombres heures pour le siècle qui commence. Nous ne pouvons combattre et abattre ce système qu'en l'attaquant idéologiquement (puis physiquement) dans ce qu'il a de plus profond et STRUCTUREL, et en français "structurel" a pour synonyme "800 ans". Il se trouve aujourd'hui de sinistres imbéciles pour venir expliquer que les Juifs (les "sionistes") contrôlent et dirigent l’État français et même le système impérialiste mondial, et il se trouve malheureusement un nombre important de personnes pour les écouter. Mais la réalité est que dans le monde impérialiste blanc européen-chrétien d'aujourd'hui, sous des formes certes différentes des édits royaux et des décrets révolutionnaires bourgeois d'autrefois, les Juifs restent des "Blancs" par assimilation, par octroi de ce statut de "Blancs" sociaux ; ils demeurent des tolérés. Que l'on appelle à l'anéantissement militaire d'Israël au profit d'un quelconque État comprador oriental "ami" (ce qui n'arrivera jamais, mais permet de caresser les oligarques "nationalistes" de ces États dans le sens du poil) ou que l'on soit "prêt", depuis les bords de Seine, à se "battre" pour la place-forte impérialiste sioniste jusqu'au dernier "Juif patriote et enraciné" israélien Medieval manuscript-Jews identified by rouelle are being bu("Vive Israël, mort aux youpins !" en quelque sorte - voir aussi ici), c'est finalement la même pensée structurelle qui domine : lorsque le Juif n'est pas une vermine à éradiquer, il est au mieux de la chair à canon ou un "argentier" de bon cœur ("ils ont de l'argent", c'est bien connu...) pour la domination impérialiste occidentale au Proche-Orient. Jusqu'au milieu du 20e siècle, à l'exception d'une certaine bourgeoisie républicaine BBR post-affaire Dreyfus, le mot "juif" était ultra-principalement l'objet de tous les fantasmes réactionnaires ou pseudo-"socialistes" plus ou moins haineux ; depuis lors il est aussi devenu le faire-valoir de tout un "républicanisme"/"démocratisme" bourgeois et "universalisme" impérialiste ; il y avait dans les années 1920-30 un fascisme francouille qui voyait et dénonçait partout la main du "judéo-maçonno-bolchévisme" tandis qu'aujourd'hui la contre-révolution préventive capitaliste a évolué et il y a en définitive deux fascismes, celui qui crie au "sionisme partout" et celui qui crie à "l'antisémitisme partout" ; mais dans un cas comme dans l'autre (même pour de prétendus "porte-paroles" bourgeois de la communauté juive...) "les Juifs" restent une figure tout aussi abstraite, fantasmée et utilisée : cristallisant et personnifiant, pour les tenants de "l'antisémitisme partout", les "valeurs" de leur sacro-sainte "Républiiiique" bourgeoise (il n'est pourtant pas sûr qu'un militant libertaire comme Pierre Stambul, par exemple, les partage) et pour ceux du "sionisme partout" la dissolution de celles-ci ; prétextes pour les uns à une géopolitique impérialiste alignée sur les USA et pour les autres à une géopolitique "eurasiste", "pro-arabe" ou "tiers-mondiste" opposée à eux... Dans tous les cas, tout ce qui vient d'être exposé précédemment n'intéresse absolument personne voire est purement et simplement ignoré ; y compris chez ces prétendus "antifascistes" sionards qui n'ont que les mots "juif" et "antisémitisme" à la bouche pour nazifier leurs contradicteurs, à savoir les militant-e-s conséquent-e-s avec la solidarité internationaliste envers la Palestine. Mais en même temps, comme aurait dit ce bon Jésus-Christ, il faut leur pardonner : en effet, la bourgeoisie est une classe assumant la totalité du pouvoir depuis la fin du 18e siècle et déjà très influente au cours des deux siècles précédents, et qui écrit depuis lors l'Histoire à sa "sauce" et à son avantage. C'est notamment cette historiographie bourgeoise qui décrit le Moyen Âge comme un âge des ténèbres (auquel nos "régionalisme identitaires féodaux" chercheraient à revenir, "argument" ultra-récurrent) dont les "symboles" (Inquisition, bûchers, paysans révoltés massacrés et pendus, écartèlements en place publique etc.) relèvent en réalité de sa toute dernière phase (13e-15e siècles) et se prolongent bien au-delà jusqu'au 17e voire 18e siècle, autrement dit sont concomitants et indissociables de la construction de l’État moderne dans lequel elle a bâti sa prospérité, question que nous avons déjà maintes fois abordée. De cet "âge des ténèbres" émergent seulement les figures de quelques "grands rois", ceux qui ont "fait la France" autrement dit le cadre territorial et le bras politico-militaire de son accumulation capitaliste, et dont "Saint" Louis IX n'est pas des moindres ; jusqu'à la "Renaissance" qui marque sa première consécration économique et culturelle suivie du "bon Henri IV", du "Roi Soleil" Louis XIV trônant à Versailles puis des portraits plus "mitigés" de Louis XV et Louis XVI jusqu'à la "révolution" de 1789. Devenue après moult péripéties (affaire Dreyfus, régime de Vichy) majoritairement anti-antisémite depuis une soixantaine d'années, la bourgeoisie est dès lors bien obligée de gommer consciencieusement que ses "grands rois qui ont fait la France" sont aussi ceux qui ont mis en place puis maintenu des mesures d'exclusion contre les Juifs n'ayant rien à envier aux lois de Nuremberg.

Synagogue Avignon Paul KlijnÀ vrai dire, très comparable dans sa précarité est la "blancheur" de nos Peuples "provinciaux" d'Europe, guère mieux considérés que du bétail il y a encore 300 ou 400 ans et "blanchis" par la "grâce" de l'Empire colonial au détriment des Peuples colonisés d'outre-mer, accédant ainsi aux Droits "naturels" (mais tout FORMELS) de l'Homme BLANC jusqu'à faire partie de ce que l'on peut qualifier d'"aristocratie ouvrière mondiale", "aristocratie" que le capitalisme en crise générale entraîne désormais dans sa chute. Un "blanchissage" qui n'est là encore pas allé sans accrocs ; ainsi au 19e siècle les Occitans (hormis les classes aisées/francisées) étaient-ils pour Jules Michelet "tout autre chose" que français, "peut-être espagnols ou maures", pour Hippolyte Taine "un mélange de carlin et de singe" (!), pour Joris-Karl Huysmans (parisien de père hollandais) des "gens qui ont de l'astrakan bouclé sur le crâne et des palissades d'ébène le long des joues", des "latins mâtinés d'arabes" (...) "race de mendiants et de lâches, de fanfarons et d'imbéciles" (!!), et plus tard pour l'ignoble Louis-Ferdinand Céline "la partie vinasseuse de la République, profiteuse, resquilleuse, politique, éloquente, creuse" (1938) puis carrément "peuplée de bâtards méditerranéens, narbonoïdes dégénérés, nervis, félibres gâteux, parasites arabiques que la France aurait eu tout intérêt à jeter par-dessus bord (...) rien que pourriture, fainéantise, infect métissage négrifié " (!!!).

D'ailleurs à la "grande" époque du nationalisme antisémite francouille des Barrès, Drumont et compagnie, lorsque la moitié sud de l'Hexagone votait massivement à gauche (radical ou socialiste, incarnant ainsi "l'infâme" république parlementaire) tandis que la moitié nord penchait nettement plus à droite, et comme pour faire écho aux temps du "bon" roi "Saint"-Louis-la-rouelle, le trait d'égalité entre "Midi" et "juiverie" était pour ainsi dire omniprésent : "Dans la politique, c'est le Juif qui dirige et le Méridional qui agit. Derrière Rouvier, il y a Rothschild" écrivait ainsi Gaston Méry, journaliste d'extrême-droite et disciple d’Édouard Drumont en 1891 [ou encore si l'on regarde cette caricature de 1907, pourtant publiée dans un journal se voulant "socialo-anarchiste" (mais manifestement hostile au mouvement), les vignerons occitans affamés sont représentés gras et repus, vêtus bourgeoisement... mais aussi sous des traits rappelant fortement les caricatures antisémites de l'époque, le personnage au deuxième plan formant même une sorte de triangle (maçonnique ?) avec ses mains devant la statue de la République]. Mais s'en étonnera-t-on maintenant que nous avons vu comment le "rouleau compresseur" anti-juif du Royaume de "France" a été indissociable de la Conquista de nos Terres d'Òc et de la sanglante soumission de notre Peuple, et lorsque l'on se souvient que face à la Grande Révolte de 1907 le réactionnaire Figaro brandissait encore la figure "héroïque" de Simon de Montfort ?

Nous avons là le parfait reflet intellectuel de la réalité matérielle : l'expansion en cercles concentriques du système "France", d'abord jusqu'aux rives de la Méditerranée et de l'Atlantique puis au-delà, à partir d'un Bassin parisien certes économiquement moins avancé au départ (12e s.) mais à qui l'exploitation féroce de ses producteurs (servage "dur") et, comme on l'a vu, la bénédiction pontificale donneront la supériorité politico-militaire. Pour les Bretons comme pour leurs cousins irlandais de l'autre côté de la Manche, celtes donc "nordiques" en principe, on ira jusqu'à imaginer que les "vrais" Celtes (après apport romain et germanique) sont les Français et les Anglais ainsi que les classes "supérieures" de Bretagne et d'Irlande, tandis que la populace descendrait d'"Ibères" venus d'Afrique à la fin de la préhistoire. L'antisémitisme, d'abord religieux puis (à partir du 19e s.) "racial" ("ce sont des Asiatiques"), n'est qu'un autre reflet de cette même réalité matérielle structurelle. Tout cela pour déboucher aujourd'hui, dans la nouvelle crise générale du capitalisme et avec les autres Peuples-"provinces", sur cette "France des périphéries" non moins systématiquement rabaissée que celle des "quartiers sensibles" par l'idéologie dominante, surtout lorsqu'elle a l'outrecuidance de "l'ouvrir"... Est-il envisageable aujourd'hui qu'au sein d'un même État européen, la bourgeoisie d'une partie dudit État voie (et propose aux masses) une "sortie" de la crise générale du capitalisme dans l'asservissement brutal, voire le massacre d'autres régions ? L'exemple de l'Ukraine semble hélas nous montrer que ce n'est pas pure politique-fiction. En parlant de l'Ukraine, les ultra-Synagogue Carpentras 3nationalistes des régions de l'Ouest y proclament ouvertement leur volonté de "purger le pays de 400.000 Juifs" ce qui n'empêche pas Washington, Londres, Paris, Berlin et Bruxelles de les soutenir tandis que la presse sioniste fait part de ses sueurs froides : en toute logique, le délire comme quoi "les Juifs/sionistes dirigent le monde" devrait être mort sur le bords du Dniepr...

Tel est le monde dans lequel nous vivons ; le monde que nous voulons et devons changer.

Les Juifs habitant l'Occitanie font partie intégrante du Peuple occitan en tant que communauté culturelle spécifique, dans toute leur judéité (c'est-à-dire sans injonction assimilationniste) ; comme au demeurant tous les Juifs d'Hexagone font partie intégrante de leurs Peuples respectifs ; sauf peut-être les Séfarades d'Afrique du Nord venus dans les années 1960, qui peuvent avoir certaines caractéristiques d'une colonie intérieure - bien que leur antagonisme avec la colonie intérieure maghrébine musulmane (arrivée pour l'essentiel à la même époque...) soit savamment entretenu par le système dominant.

Le Mouvement révolutionnaire de Libération du Peuple occitan (MRLP) ne tolère pas la haine antisémite sur le sol d'Occitanie, d'où qu'elle vienne, y compris de la part de personnes colonisées-intérieures comme cela s'est produit à Tolosa (Mohamed Merah).

À vrai dire, si l'on regarde la liste des "villages des Justes" et autres lieux de mémoire dressée par le mémorial de Yad Vashem, il est même possible de dire que le rejet de l'antisémitisme est une composante intrinsèque de la culture populaire occitane : l'histoire de l'antisémitisme en Occitanie se confond avec celle de la conquête et de la domination francouille et un "Occitan" antisémite est un francisé du cerveau[2] ; fut-il un (soi-disant) farouche "occitaniste" tel Charles Maurras ou Louis Alibert.

Ceci ne signifiant pas pour autant (et nous avons suffisamment expliqué que cela n'a rien à voir) avoir de l'indulgence pour le projet sioniste au Machrek arabe, violemment colonisateur et ségrégateur, ce qu'un Peuple avec l'histoire qu'a le nôtre ne peut accepter.

De fait, le Mouvement révolutionnaire de Libération du Peuple occitan combat tout aussi impitoyablement la merde idéologique sionarde (y compris camouflée sous des salmigondis d'"extrême-gauche", "ultra-marxistes" ou "libertaires") défendant les crimes colonialistes et d'apartheid israéliens, merde idéologique généralement indissociable (là encore sous tous les dehors que l'on veut) de l'idéologie républicarde bleu-blanc-rouge, à laquelle la bourgeoisie juive (qui a commencé à impulser le projet sioniste dès la fin du 19e siècle) est historiquement arrimée.

D'ailleurs, plutôt que d'aller exproprier et martyriser un Peuple qui n'a aucune responsabilité dans les tragédies subies, il est possible d'affirmer sans crainte devant les communautés juives (européennes comme nord-africaines comme orientales) que l'Occitanie révolutionnaire pour laquelle nous luttons peut et veut être la nouvelle Andalus qui peuple leur imaginaire collectif. 

Et que surtout, nul n'oublie jamais cette phrase d'un grand ennemi de l'oppression qui s'adresse à tous les Peuples niés, racisés, "provincialisés" ou impérialisés : "Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l'oreille, on parle de vous" (Frantz Fanon) !

 


[1] Ainsi, trois siècles après avoir initié la persécution systématique des Juifs, la Papauté devenait l'un de leurs tout relatifs refuges tandis que "l'élève" État moderne avait "dépassé le maître"... On retrouvera cette même tolérance en ghettos dans d'autres parties de l'Europe n'ayant pas encore donné naissance à un véritable État moderne, notamment l'Empire polono-lithuanien des 15e-18e siècles (berceau du Yiddishland) mais aussi les multiples petits États du Saint-Empire germanique (= Allemagne, Autriche, Tchéquie actuelles), d'où le fait que l'on trouvait 10 fois plus de Juifs dans ces pays (ashkenazim, Ashkenaz étant dans la Bible l'arrière-petit-fils de Noé et l'ancêtre des peuples germaniques et slaves, servant donc à désigner cette partie de l'Europe) qu'en "France" au moment de l'émancipation de 1791. Mais un siècle et demi plus tard, le nazisme anéantira cette brillante culture (90% d'assassiné-e-s) qui survit aujourd'hui un peu dans la diaspora, principalement aux États-Unis (l'idéologie sioniste d'Israël étant quant à elle très hostile aux cultures juives d'avant l'alya).

[2] maurras-charlesLes jacobinards "rouges" citeront évidemment l'exemple de Maurras pour "démontrer" qu'en "France", le fascisme et l'horrible antisémitisme sont forcément "régionalistes". Pourtant, Charles Maurras (né à Martigues, Provença, en 1868) était typiquement ce qu'il faut appeler un Français du cerveau. En fait, si l'on schématise (pour les besoins de la démonstration) l’État français et ses "provinces" comme un Empire colonial, alors Maurras était un bourgeois comprador souhaitant "refonder le pacte" sur une base plus favorable aux "provinces" ; en fin de compte une sorte d'Houphouët-Boigny ou de Senghor lorsqu'ils voulaient substituer à l'Empire une "Union française" ; d'ailleurs dans une démarche "nationale" purement culturaliste (Félibrige vs "négritude") assez similaire à la base. La seule différence est que pour Houphouët ou Senghor cette "refondation" impliquait une "avancée" démocratique à Paris (bien qu'au final ce sera le "coup d’État permanent" gaulliste qui la mettra en œuvre, et qu’eux-mêmes deviendront des despotes implacables de la "Françafrique"), alors que pour Maurras elle impliquait un "recul" : la république bourgeoise étant "forcément" centralisatrice, il fallait un retour à la monarchie dont l'autorité "naturelle" pouvait seule permettre de décentraliser. Mais l'esprit était finalement le même ; et à des années-lumière de celui à la fois républicain démocratique, socialisant et décentralisateur des luttes occitanes de 1848, 1851 et 1870-71. Le problème est que, Maurras étant devenu le leader de l'Action française après avoir été un "compagnon de route" du Félibrige, il offre aux jacobinards de tout poil cet argument facile : l'occitanisme comme tout "régionalisme" est forcément réactionnaire, preuve que c'est un mouvement qui veut "faire tourner la roue de l'histoire à l'envers"... Jacobinards qui "omettront" bien sûr commodément de citer d'autres noms de l'extrême-droite anti-républicaine et antisémite de l'époque : le lorrain Barrès, et a fortiori les parisiens pur jus Bernanos et surtout Drumont, que Maurras lui-même définira comme son maître à penser ("la formule nationaliste est ainsi née presque tout entière de lui, et Daudet, Barrès, nous tous avons commencé notre ouvrage dans sa lumière") et dont le disciple Gaston Méry, comme on l'a vu, faisait des Occitans le "bras armé du Juif". D'ailleurs, dans une époque littéralement baignée d'antisémitisme, Maurras n'était même pas forcément le plus virulent (Drumont étant de très loin beaucoup plus "gratiné") : il était avant tout anti-allemand, anglophobe et anti-protestant (voyant dans la franc-maçonnerie un crypto-protestantisme, ce qui n'est d'ailleurs pas entièrement faux, et dans les Juifs des alliés de cette dernière).
 


Quelques réflexions au sujet du débat qui agite actuellement le mouvement antifasciste et révolutionnaire, sur le caractère "structurel" ou non de l'antisémitisme aujourd'hui alors même qu'il n'est plus assumé ouvertement par l’État :

- "Structurel" signifie par définition quelque chose, produit d'une situation matérielle, qui imprègne profondément les représentations sociales et les agissements qui en découlent dans les masses populaires. Ainsi, par exemple, le monde capitaliste que nous connaissons repose depuis plusieurs siècles sur la suprématie mondiale des "Blancs" (Européens et euro-descendants d'Amérique du Nord) qui dominent et exploitent (la bourgeoisie exploite directement, les travailleurs récupèrent des miettes de cette exploitation) les Peuples des autres continents (et de surcroît, tendent à instaurer des hiérarchies/rapports de domination entre et au sein de ceux-ci). Le racisme est donc un phénomène structurel qui sous-tend tous les rapports sociaux des "Blancs" avec les "non-blancs" (tant au niveau mondial que dans les "pays blancs"), mais aussi des "non-blancs" entre eux et avec les "Blancs" (comme le fameux "racisme anti-blanc" - avec ses penchants plus ou moins... antisémites - qui est un produit en réaction de cette situation, mais aussi - beaucoup plus souvent - le mimétisme servile, la honte de soi et le mépris pour sa propre identité culturelle etc. etc.).

- L'antisémitisme est né comme produit d'un des nombreux crimes fondateurs (une des "douleurs de l'accouchement") du capitalisme : la spoliation systématique des Juifs à la fin du Moyen Âge et au début de l’Époque moderne, sous l'accusation fréquente d'être des "usuriers", des "rapaces" ainsi qu'un Peuple ayant "renié le Christ", "ennemi des chrétiens" ("enlevant" par exemple des enfants chrétiens pour les assassiner rituellement, empoisonnant les puits pour répandre les épidémies etc.). Il s'est maintenu après le triomphe des "révolutions" bourgeoises et l'entrée dans l'ère industrielle comme expression du conservatisme anti-libéral... et aussi comme "anticapitalisme des imbéciles" en forme de nostalgie du "bon vieux temps" pré-industriel (une grande et grave maladie infantile du mouvement ouvrier !) ; avant d'être mis au service de la lutte contre la tendance historique à la révolution socialiste.

- Ensuite de quoi les crimes nazis l'ont, comme disait (l'antisémite lui-même) Bernanos, "déshonoré"... Pour autant, étant (comme on l'a dit) le produit d'un des crimes fondateurs du capitalisme et intrinsèquement lié à celui-ci, la disparition véritable de la base matérielle de l'antisémitisme ne peut être que celle du capitalisme lui-même. Et même si l'on admettait que cette base aurait disparu (quelque part entre 1945 et nos jours...), l'on sait que les idées et les représentations sociales ont une certaine "autonomie" et "inertie" par rapport à la réalité matérielle qui les a engendrées, et qu'elles peuvent lui survivre pendant un temps assez long. Alors à plus forte raison à un "simple" "déshonneur" bernanosien...

- En clair : il n'est tout simplement pas possible que quelque chose qui a structuré (signification de "structurel" !) la pensée politique européenne et occidentale pendant des siècles, depuis l'émergence du capitalisme au Moyen Âge jusqu'au triomphe des monopoles et à leur lutte contre la révolution prolétarienne au 20e siècle, ait pu cesser "du jour au lendemain" (ou en quelques décennies) après la défaite du nazisme d'imprégner le "sens commun" (= la conscience populaire aliénée/arriérée) de l'"Occident chrétien".

- Pour autant, c'est une réalité (dans les pays impérialistes occidentaux en tout cas) que la position des États bourgeois a changé ; peut-être parce que (plus que "déshonoré par Hitler"...) si le génocide nazi a heureusement pu être arrêté dans son œuvre criminelle, la "solution finale à la question juive" a finalement été trouvée... dans le sionisme, transformant une population dispersée d'éléments "antinationaux" et "subversifs" (démocrates radicaux ou révolutionnaires) en citoyens et soldats ou (du moins) en défenseurs acharnés d'un État faisant office de "rempart de l'Occident" au Proche-Orient et (par-là) de la politique impérialiste et des "valeurs" occidentales en général ; avec comme "salaire" de ceci le "philosémitisme" affiché par (la majorité de) nos directions politiques bourgeoises. Les États bourgeois occidentaux n'assument plus et même répriment les opinions (exprimées "trop fort") et les actes antisémites (l’État français entre 1789 et 1940, par exemple, n'était pas officiellement antisémite et ne discriminait pas les Juifs mais laissait la haine la plus sordide avoir pignon sur rue)... et cela, qu'on le veuille ou non, fait une sacrée différence !

- Cette différence peut s'observer très simplement, de manière chiffrée, dans les études d'opinion qui montrent que tant la haine ouverte que les préjugés (pourtant plus résistants) reculent constamment depuis l'après-guerre dans la population générale, et encore plus si l'on ne prend que les seuls "Blancs". En 2013, 85% de la population hexagonal n'avait pas une opinion négative des Juifs ; et même des éléments au discours extrêmement raciste les placent aujourd'hui (souvent aux côtés des "Asiatiques") en "modèle de communauté bien intégrée qui ne pose pas de problèmes". Les derniers éléments antisémites "blancs" sont des militants politiques nostalgiques des régimes fascistes des années 1930, n'ayant pas accepté la défaite de ceux-ci à l'issue de la Seconde Guerre mondiale (ou quelques intellectuels "rouges-bruns" admirateurs d'une certaine URSS "terminale" et voyant dans la Russie de Poutine sa continuation, sensibles aux théories "eurasistes" d'Alexandre Douguine etc. etc., et niant le génocide antisémite nazi comme "invention de l'Occident et prétexte au sionisme" - ceci rejoignant l'"anti-impérialisme des imbéciles" cf. ci-après). En revanche, ce que l'on observe depuis une vingtaine d'années est une montée des opinions antisémites chez les "non-blancs", principalement les personnes de culture musulmane. Il s'agit là essentiellement de deux phénomènes : 1°/ autour des personnalités "phares" de Dieudonné et Alain Soral, d'une "rencontre" entre l'antisémitisme européen résiduel (d'autant plus virulent qu'il est résiduel, et se sent cerné par un État "philosémite" !) et ce que l'on pourrait qualifier d'"anti-impérialisme des imbéciles", un sentiment spontané et "primaire" de révolte face aux crimes impérialistes perpétrés "contre les musulmans" qui se focalise sur la question palestinienne et tend à faire du gouvernement israélien (et de ses partisans les plus acharnés dans les pays occidentaux, aux États-Unis en particulier) le "maître d’œuvre" de la politique impérialiste occidentale et de tous ses crimes autour du globe ; sachant aussi que déjà à l'époque coloniale, les gros colons tricolores du Maghreb s'évertuaient à détourner vers les Juifs (qui avaient obtenu la citoyenneté française en Algérie, ce que certains supportaient mal...) la colère des indigènes qui leur était normalement destinée ; 2°/ dans la mouvance dite "salafiste/djihadiste", d'une rencontre entre cet "anti-impérialisme des imbéciles" et le projet impérial ("Califat") des oligarques aux pétro-dollars suraccumulés du Golfe, qui font du "Dôme d'Al-Aqsa (la grande mosquée de Jérusalem) aux mains des Juifs" l'un des grands points de mire de leur mobilisation réactionnaire de masse auprès de populations ayant toujours le sort tragique des Palestiniens "à fleur de peau". C'est (comme chacun-e le sait) dans cette dernière mouvance que les sentiments anti-juifs peuvent aller jusqu'à l'assassinat physique (Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, Amedy Coulibaly etc.).

Cette résurgence de l'antisémitisme sous une forme "inattendue", dans des sociétés qui à l'heure de la "Fin de l'Histoire" pouvaient le croire réduit à une poignée de "nazillons dégénérés", a évidemment eu de quoi surprendre, choquer et bousculer les schémas pré-établis de tout un camp progressiste "simpliste" (qui pourra alors se réfugier dans un silence "gêné" que d'aucuns interprèteront comme "ambigu", ou alors tomber dans la force d'attraction de l'un ou l'autre des deux "pôles" réactionnaires sur la question - "philosémitisme" anti-"islamo-gauchiste", "anti-conspi", anti-anti-impérialiste et anti-antisioniste ou alors "anti-impérialisme des imbéciles" vu comme "le sentiment des opprimés").

Mais ce qu'elle montre surtout, c'est que l'extinction de l'antisémitisme n'est possible (et encore, pas du jour au lendemain) que par l'extinction de sa base matérielle d'existence qui est le capitalisme.

 

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 10:03

 

Dien Bien PhuLe 7 mai 1954 sur les hauts plateaux du Vietnam, l’impérialisme francouille subissait l’une des plus cuisantes déculottées de sa lamentable et sinistre histoire : non pas contre des Allemands supérieurs en nombre et en technologie, mais contre un Peuple déterminé à arracher par tous les moyens sa Libération révolutionnaire et guidé par la toute-puissante idéologie communiste ; comme nous le sommes nous aussi désormais.

Une Victoire éclatante mais au coût humain terrifiant : plus de 300.000 combattants rouges et 150.000 civils depuis 1945 puis encore un million de combattants et deux millions de civils jusqu’en 1975, contre la féroce machine militaire US et la fantoche ‘République du Vietnam’ de Saïgon qui avaient pris le relais. Pas une seule de ces pertes n’a pourtant fait reculer d'un cheveu la lutte héroïque du Peuple vietnamien.

Điện Biên Phủ et l’ensemble de ces 30 années de lutte révolutionnaire pour la Libération du Peuple offrent la meilleure démonstration de ce que proclamait dans les années 1980 le président Gonzalo du Parti communiste du Pérou : "Les masses sont la lumière même du monde, elles sont la fibre, la palpitation inépuisable de l'histoire... Quand elles parlent tout tremble, l'ordre chancelle, les cimes les plus hautes s'abaissent, les étoiles prennent une autre direction ; parce que les masses font et peuvent tout".

Le principal artisan de cette victoire fondamentale – tant pour le Peuple vietnamien que pour tous les Peuples colonisés et opprimés de la planète ! – a été le général Võ Nguyên Giáp, qui nous a quitté l’année dernière et auquel nous avons rendu hommage : Honneur internationaliste à Võ Nguyên Giáp

Voici le tract diffusé par l’organisation Voie Prolétarienne à l’occasion du 1er Mai internationaliste 2014, auquel nous ne pouvons que souscrire à 200% :

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D’autres luttes ont depuis lors été livrées contre l’impérialisme et notamment contre l’impérialisme bleu-blanc-rouge, cette entité criminelle jaillie voilà 8 siècles de son Bassin parisien capétien pour s’étendre en cercles concentriques à ce que nous appelons aujourd’hui "la France" (nos Peuples provincialisés) puis au-delà des mers (les Peuples colonisés) ; la poudre à canon remplaçant peu à peu le fil de l’épée puis les missiles téléguidés la poudre à canon.

Certaines de ces luttes ont rencontré un certain succès (Algérie), d’autres hélas non. La première vague révolutionnaire mondiale qui s’était levée après la Grande Boucherie européenne et mondiale de 1914-18 s’est essoufflée dans le dernier quart du 20e siècle ; mais désormais se lève puissamment une NOUVELLE VAGUE qui balaiera toute la pourriture de ce monde sur son passage !

Que 10, 100, 1000 Vietnam fleurissent d’un bout à l’autre de la planète ; que résonne le tonnerre de 10, 100, 1000 Điện Biên Phủ !!!

vietcong

Sur la colonisation de l'Indochine et la Guerre de Libération, lire sur État d'Exception : [Vidéo] Dien Bien Phu : de l’Indochine au Vietnam (1ère partie)

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 11:18

cc pcrtòc

Il y a 95 ans, le 11 novembre 1918, les armes se taisaient (à l'Ouest en tout cas !) sur une Europe transformée en un vaste cimetière. Pour l'État français, ce sera même la plus grande boucherie d'ouvriers, de paysans et autres travailleurs de sa lamentable histoire, bien devant le 'grand' Napoléon et même devant l'autre guerre qui suivra : 1 400 000 morts militaires ainsi qu'environ 300 000 civil-e-s, plus de 3% de la population et donc 6% des hommes (mais aussi plusieurs milliers de femmes, infirmières etc.), un mobilisé sur six et même 1/3 de ceux réellement envoyés en première ligne...

14-18

Une telle saignée que la population "française", malgré une immigration importante, stagnera autour de 40 millions pendant près de 30 ans, jusqu'au fameux "baby boom"...

Dans cette Grande Boucherie causée par l'impérialisme, stade suprême putréfié du capitalisme qui nous exploite, asservit et mitraille quand nous osons relever la tête ; causée pour être exact par la saturation du partage impérial de la planète qui avait, en apparence seulement, "résolu" la grande crise générale du système commencée vers 1870 ; les Peuples périphériques et colonisés, Occitans et Bretons, Corses et Basques, Ch'tis et Lorrains comme Catalans et banlieusards de Paname (venus de tout l'État), Maghrébins, Africains et Antillais payeront comme en s'en serait douté le plus lourd tribut aux règlements de comptes de leurs oppresseurs ; très largement sur-représentés au nombre des victimes, morts, mutilés ou invalides à jamais (évidemment sur-représentés puisque pour nous un "Français" est avant tout une notion de classe, quelqu'un qui a sa "niche écologique" sociale dans le "système France", et ces gens-là étaient rarement en première ligne). Ainsi, les départements occitans auraient-ils totalisé 329.000 morts selon l'état-civil et 362.000 selon les décomptes militaires, pour une population d'environ 8,7 millions soit plus de 4% de la population et 8% des hommes, parfois plus de 10% comme en Auvergne, 17 à 17,5% des mobilisés dans les régions militaires de Montpellier ou Toulouse et même 19% dans celle de Limoges. Les Peuples breton (~ 150.000 morts, 22% des mobilisés, un homme sur dix) ou corse (11.000 morts, 22% à 28% des mobilisés, sur le site même de la préfecture !), basque, catalan ou encore franc-comtois comme le malheureux Lucien Bersot (cf. vidéo ci-dessous) peuvent avancer des chiffres similaires.

poilus14 Des millions d'ouvriers et de paysans, qui n'avaient rien demandé à personne sinon de gagner le moins péniblement possible leur pain quotidien, furent arrachés à leurs champs et à leurs quartiers et jetés du jour au lendemain dans des trains les conduisant directement au bourbier des tranchées, pour s'y faire cribler par la mitraille et les éclats d'obus, enivrés à mort par la piquette pour obtenir une obéissance impossible à obtenir autrement, celle au sacrifice de soi pour l'intérêt de messieurs bien au chaud dans leurs hôtels particuliers de Paris et d'ailleurs. Et lorsque cette obéissance n'était pas au rendez-vous, c'était le conseil de guerre spécial (sans appel) et au bout, le peloton d'exécution, dans quelques mutineries restées célèbres mais aussi pour la moindre insubordination envers une vermine galonnée (hors officiers de métier, le grade dépendait bien sûr de la position sociale) si l'on était à moins de 15 km des tranchées "ennemies", ou encore pour des soldats rendus hagards par l'explosion permanente des obus (shell shock), pour des mutilations volontaires ou non : des centaines de cas recensés et sans doute des milliers d'autres "oubliés", exécutés sommairement etc. (voir quelques exemples ici, ici, ici et ici). Le pouvoir de l'État-major était absolu et aujourd'hui encore, alors que vient de débuter "l'année du centenaire" du grand massacre, Hollande affirme qu'il "fera un geste" mais se refuse à les réhabiliter...

gueule casseeTel était donc le sens et la portée du délirium "patriotique" BBR dans lequel baignait la société hexagonale depuis quatre décennies, à coup de "tu seras soldat" au tableau noir et de "parlez français, soyez propres" sous le préau : faire de nos Peuples, sauvagement annexés par les "grands rois qui ont fait la France" du Petit Lavisse, de bons petits soldats à l'usine et, lorsque le besoin s'en ferait sentir, de la chair à canon aux tranchée. Car telle est la destinée de tous les périphériques dans les États qui les ont périphérisés...

Rien n'a d'ailleurs bien changé aujourd'hui, les armées sont certes professionnalisées et technologisées, et en principe les milices autochtones font l'affaire sur des champs de bataille désormais bien loin de l'Europe, mais on n'est jamais trop prudent et dans tous les cas on formate le "soldat opinion" ; on déshumanise à coup d'islamophobie et autres immondices idéologiques ces peuplades pas-comme-nous qui se révoltent ou dont tout simplement l'élite a l'outrecuidance d'"émerger" outre mesure ; et l'on ménage au cas où un peu d'anti-américanisme à coup d'"anti-impérialisme" de pacotille : ce sont "nos" alliés certes, mais on ne sait jamais. Il est cependant un peu tard, messieurs Guerre 14-18-Généraux Joffre et de Castelnau-1914d'en "haut", car si votre propagande en aliène hélas encore trop, beaucoup dans nos Peuples ont fini par prendre conscience ; et ils et elles se préparent à vous livrer une GUERRE PROLONGÉE, aussi prolongée qu'il le faudra, qui s'achèvera avec vos têtes au bout d'une pique si la seule TERREUR de cette perspective ne vous a pas fait détaler avant, vers chez qui voudra bien de vous. Mais revenons à notre sujet.

La "République" du Capital célébrée depuis alors 40 ans avec tambours et trompettes avait donc montré son hideux visage de classe à ceux et celles qui, dans l'insouciance de la "Belle époque", auraient oublié le sang des Communes de 1871. La république bourgeoise aux parlementaires transis dans leur couardise de notables (beaucoup de pseudo-'socialistes' y compris, après la mort de Joan Jaurès dont on peut penser ce que l'on veut du socialisme antimarxiste, mais qui a néanmoins sacrifié sa vie face à l'hubris militariste) ; république passée sous la coupe du président ultra-réactionnaire Poincaré et des hauts-gradés de la "dictature de Chantilly" (le QG des opérations) ; avant de trouver son dictator providentiel en la personne de 2009 01 21 cimetiere douaumont insidel'inénarrable Clemenceau, vendéen "républicain" mais pas moins versaillais, le sabreur de notre Grande Révolte de 1907 et de dizaines d'autres mouvements sociaux à travers tout l'Hexagone ; pour une "victoire" finalement et totalement due... non pas même aux renforts yankees, mais à l'héroïque soulèvement révolutionnaire des Peuples allemands

Toute la putrescence d'un système criminel depuis sa naissance, mais désormais psychopathe dans son agonie s'étalait là sur les champs de ruines et de petites croix blanches. Comble du comble, ce crime abject contre l'humanité ne résoudra strictement RIEN à la crise générale du capitalisme qui l'avait engendré, il ne fera même que la rendre plus aigüe encore. En Europe s'ouvrira l'ère des fascismes, préparant la nouvelle guerre qui sera plus barbare et dévastatrice encore.

hitler1 Le Traité de Versailles, l'occupation de la Rhénanie puis de la Ruhr imposeront une politique inhumaine de "réparations" aux Peuples d'Allemagne, dont la rancœur légitime et les cris du ventre vide iront nourrir la fraction la plus agressive et revancharde de la bourgeoisie impérialiste : oui, il est possible de dire et nous disons haut et fort que Clemenceau et Poincaré ont fait Hitler ; oui mesdames et messieurs les drapés-de-tricolore, de Marine Le Pen à Mélenchon jusqu'aux jacobinards vernis de rouge voire de noir*, votre Fraaaaance a objectivement sur les mains, en plus du sang des 'poilus' de 14-18, celui des 50 millions de victimes de la boucherie suivante et des 6 millions de génocidé-e-s des camps !

0.210726001257809441.jpg Mais nous n'oublions pas non plus, bien sûr, un autre aspect, lumineux celui-là : l'AUBE ROUGE qui au bout de cette longue nuit s'était levée sur les grandes plaines de l'Est, la Grande et Glorieuse Révolution bolchévique d'Octobre, coup d'envoi de la première vague révolutionnaire mondiale qui allait faire trembler le Capital dans ses chiottes en or et dont nous prenons aujourd'hui le relais, dont nous recueillons fièrement l'héritage pour mener la NOUVELLE VAGUE qui se lève dans le monde entier à la Victoire ; victoire où notre Peuple occitan enchaîné depuis 8 siècles dans la Grande Prison des Peuples nommée 'France' gagnera enfin sa liberté nommée socialisme, comme tous les Peuples de la planète.

Tout ceci ayant été dit, nous tenons aussi à rappeler que :

- Ferdinand Foch, maréchal de France, de Grande-Bretagne et de Pologne, est né le 2 octobre 1851 à Tarbes (Bigorre), fils de fonctionnaire commingeois, polytechnicien [aujourd'hui son nom est souvent donné aux avenues les plus bourgeoises des villes, les possédants savent reconnaître leurs sinistres héros] ;

- Joseph Jacques Césaire Joffre est né le 12 janvier 1852 à Rivesaltes (Catalogne Nord), fils de tonnelier aisé, polytechnicien ;

- Joseph Simon Gallieni est né le 24 avril 1849 à Saint-Béat en Haute-Garonne (Comminges), fils d'un officier d'origine lombarde, passé par le Prytanée de La Flèche et Saint-Cyr ;

- Robert Georges Nivelle est né le 15 octobre 1856 à Tulle (Limousin), fils de notables, polytechnicien, célèbre pour son ignoble phrase : "Ce que j'en ai consommé, du Breton !" ;

comme avant eux Adolf (la faute d'orthographe est volontaire) Thiers était de Marseille (fils d'un parvenu affairiste douteux), Napoléon Bonaparte était corse (famille aristocratique) et un nombre considérable de ses maréchaux occitans... [Et encore aujourd'hui, si l'on regarde bien les noms et les lieux de naissance (ou d'origine familiale, les militaires "de famille" naissant un peu n'importe où, là où leur père est en poste...), l'on s'aperçoit que l'Occitanie reste une très grande pourvoyeuse de hauts-gradés impliqués dans toutes les sales guerres impérialistes (Golfe, Rwanda, Afghanistan, Côte d'Ivoire etc.) et souvent férocement réactionnaires : les Lanxade, Lafourcade, Bentégeat, Puga, Lacaze, Piquemal etc. etc. ; tandis que les jeunes (surtout de milieu populaire rural) qui ne "trouvent" d'autre débouché que la carrière militaire y sont nettement sur-représentés.]

caricature-marianneVoilà qui montre bien jusqu'où les "élites" et autres "méritocraties" "occitanes" et globalement "méridionales" vendues sont prêtes à mener nos Peuples : à l'abattoir ; et ce qu'est et doit encore et toujours être notre lutte : une Guerre POPULAIRE. Comme toujours dans l'histoire et partout dans le monde, les régisseurs sont pires que les maîtres.

Que les clowns électoralistes aillent se faire voir et butiner leurs strapontins municipaux, cantonaux, régionaux voire parisiens avec leurs copains du PS, d'EELV, du Modem, de l'UDI et de l'UMP, aux côtés des caciques bourgeois à la (feu) Frêche, Mandroux, Gaudin, Lignières-Cassou, (ouste !) Douste, Bayrou, Roig, Joissains, Menucci et autres Vauzelle.

Que les vermines maurrassiennes à la Bompard et Roudier, qui veulent encore et toujours faire de nòstra Occitània une "petite patrie charnelle" dans leur "Grande France" (ou parfois, aujourd'hui, leur "Grande Europe blanche") impérialiste, et les ordures fascistes BBR à la Collard et Aliot reçoivent en pleine gueule le crachat de notre haine de classe mêlé au sang versé de nos anciens.

Notre victoire est au bout du fusil et les séides bleus-blancs-rouges pourront toujours nous fusiller comme ils fusillaient nos aïeux "désobéissants devant l'ennemi" ; nous tomberons en chantant la Libertat et nos idées voleront vers d'autres qui, eux, les fusilleront à leur tour comme ils le méritent !

Puslèu morir de pè que viure de genolhons,

LIBERTAT, SOCIALISME ò LA MÒRT !

Comité de Construction pour le Parti communiste révolutionnaire des Terres d'Òc : Déclaration du 11 Novembre

1310743-Raymond Poincarés-14-18hollandeCombats-à-Alep1MAM Aniane 31MAM Gentioux partisanes

"Ils sauront bientôt que nos balles sont pour nos propres généraux"

 


* Parfois aux pitoyables cris de "les prolétaires n'ont ni dieu ni maître ni patrie"... La "patrie" que les prolétaires n'ont pas, c'est l'allégeance et quoi que ce soit à attendre des États du Capital, en revanche, ils/elles sont loyaux/ales à leur Peuple, frères et soeurs de tous les autres Peuples de la Terre et ennemi-e-s juré-e-s de tous les capitalistes et de leurs séides.

 

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DOSSIER PALESTINE (conflit de juillet 2014) :
Sionisme, islamisme et ennemi principal : quelques précisions
Post-scriptum important : le cas Feiglin
Le sionisme, "fils de France"
Au cas où il serait utile de le préciser...
Deux clarifications importantes
Flash info en direct : ils ont semé la hoggra, ils ont récolté l'Intifada !
Flash info - importance haute : la manifestation pro-palestinienne de demain à Paris est INTERDITE
Le problème avec la Palestine...
Grande manif contre les crimes sionistes à Paris (13/07)
Magnifique manifestation pour la Palestine à Tolosa, capitale d'Occitanie occupée
Petites considérations sur le sionisme et l'identification-"obsession" palestinienne
Considérations diverses : une mise au point nécessaire sur nos positions internationalistes et aux côtés des Peuples

juin 2014

POSITION DES COMMUNISTES RÉVOLUTIONNAIRES DE LIBÉRATION OCCITANE SUR LES ÉLECTIONS MUNICIPALES ET EUROPÉENNES DES PROCHAINS MOIS

L'affaire Dieudonné-Valls :
Plutôt bon article sur la ‘Déclaration de guerre de la République à Dieudonné’ (la pseudo-controverse réactionnaire entre l’antisémite dégénéré et les gardiens du temple républicain)
Quelques mises au point complémentaires (et conclusives) sur la ‘‘question Dieudonné’’ (et Dreyfus, le Front populaire, l’antisémitisme etc.)
Réflexion théorique : loi Gayssot, lois antiracistes et "mémorielles", "antifascisme" bourgeois etc., quelle position pour les communistes ?

Dossier Breizh :
Breizh : comment l'étincelle écotaxe a mis le feu à la lande
"Esclave", "identitaire", chouan, cul-terreux arriéré de service : pour paraphraser Césaire, "n'allez pas le répéter, mais le Breton il vous EMMERDE"
Considérations diverses – en guise de ‘‘petit debriefing’’ de ces derniers mois : Bretagne, fascisme, ‘‘Lumières’’ et Kaypakkaya… (point 1)
Considérations diverse (26/11/2013) : eh oui, Servir le Peuple a toujours quelques petites choses à vous dire ;-) (point 1)
Appel de la gauche indépendantiste bretonne (Breizhistance) pour le 30 novembre (avec notre critique de la position du ROCML)
Le Top Five des drapeaux qui n'ont PAS été inventés par un druide nazi  (mortel !)
Et en guise (provisoire) de conclusion : La Gauche indépendantiste bretonne revient sur la mobilisation de Karaez/Carhaix

Comité de Construction du PCR des Terres d'Òc : Déclaration du 11 Novembre

La phrase du moment :

"La tyrannie cessera parmi mon peuple ; il n'y aura que liberté, liberté toute nue, sans déguisement. Bouleversements d’États entiers : je les renverserai de fond en comble, il n'y aura rien de reste. Il va y avoir de terribles renversements de conditions, de charges et de toutes choses. Je veux faire un monde nouveau, je veux tout détruire. Je veux appeler à moi la faiblesse, je veux la rendre forte. Pleurez gens du monde, pleurez grands de la terre, vos puissances vont tomber. Rois du monde, vos couronnes sont abattues !"

Élie Marion, "prophète" et guérillero camisard cévenol, 1706.

Amb l'anma d'un Camisart, Pòble trabalhaire d'Occitània endavant !

 

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  • ANTARSYA (Coordination de la gauche anticapitaliste pour le renversement, avec des trotskystes, des 'maos' etc., en grec)
  • ANTARSYA - France (site en français)
  • Laïki Enotita ("Unité populaire") - France (en français et en grec, scission anti-capitulation de SYRIZA, pour s'informer)
    EKKE (Mouvement communiste révolutionnaire de Grèce, 'maoïsant' et membre d'ANTARSYA, présentation en anglais, le reste en grec)

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La Horde, portail d'information antifa

Rebellyon - rubrique "Facho"

Redskins Limoges

Droites extrêmes - blog Le Monde (site d'information bourgeois bien fourni, parfait pour le "watch")

Document : Ascenseur pour les fachos (série de 6 vidéos Youtube, Antifascisme.org, site social-démocrate)

 

Guerre pop' - Asie du Sud :

Inde Rouge (nouveau site "officiel" francophone)

Comité de Soutien à la Révolution en Inde

Comité de solidarité franco-népalais

Fil d'actu "Inde - Népal" du Secours Rouge - APAPC

J. Adarshini (excellent site en français)

Revolution in South Asia (en anglais)

Maoist Resistance (guérilla maoïste indienne - en anglais)

NaxalRevolution (Naxalite Maoist India, en anglais)

Banned Thought (en anglais)

Indian Vanguard (en anglais)

The Next Front (Népal - anglais)

Signalfire (sur la GPP en Inde et aux Philippines, le Népal et les luttes populaires dans le monde - en anglais)

Communist Party of India (Marxist-Leninist) Naxalbari (a fusionné avec le PC d'Inde maoïste le 1er mai 2014)

New Marxist Study Group (maoïste, Sri Lanka)

Parti communiste maoïste de Manipur (page Facebook)

 

Guerre pop' - Philippines :

Philippine Revolution (en anglais)

The PRWC Blogs

(tous deux remplacés apparemment par ce site CPP.ph avec notamment les archives d'Ang Bayan, l'organe officiel du Parti)

Solidarité Philippines

Fil d'actu "Philippines" du Secours Rouge - APAPC

 

Guerre pop' & Luttes armées - Amérique latine :

CEDEMA - actualité des mouvements armés en Amérique latine (+ qqs documents historiques)

 

Nuevo Peru (Pérou, basé en Allemagne, en castillan et allemand principalement)

Guardias Rojos (Pérou, page FB)

Fil d'actu "Amérique latine" du Secours Rouge - APAPC

Archives

Autres documents théoriques

 

Récapitulatif des "grandes thèses" de Servir le Peuple


À lire également, les Considérations Diverses, petits "billets" trop courts pour faire un article et donc regroupés par trois, quatre ou plus, exprimant notre CONCEPTION DU MONDE sur toute sorte de sujets. 


En finir avec la 'France', appareil politico-militaire et idéologique de nos oppresseurs ! (1) et (2) 

En finir avec la 'France' (3) : l'État bourgeois contemporain et nos tâches

Même étude sur l'État espagnol (1 et 2) ; le Royaume-Uni (1 et 2) et l'Italie.

 

APRÈS 8 SÈGLES… (Huitième centenaire de la bataille de Muret 1213 & DÉCLARATION FONDATRICE de notre Comité de Construction du PCR-Òc)

 

V. I. Lénine : "Il y a deux guerres" 

 

Le 18 Juin, une date symbolique pour les fascistes


Réflexion sur la déviation ouvriériste – Avant-propos

Réflexion sur la déviation ouvriériste : la classe ouvrière, le prolétariat et la révolution. 


Sur le Gouvernement de Bloc Populaire

Rectificatif sur le Gouvernement de Bloc Populaire

Encore une fois sur le "Bloc populaire" et la QUESTION ELECTORALE


Harry Haywood contre la Théorie des Trois Mondes et les dérives réactionnaires des « prochinois »


TKP(ML) : On ne peut pas être communiste sans défendre le maoïsme


La Question nationale au 21e siècle 

Considérations diverses : un (gros) pavé sur la Question nationale...

Clarification sur l'encerclement du 'Centre' par la 'Périphérie'

 

Pour comprendre la Tempête arabe, avoir une analyse de classe correcte de la situation

(n)PCI : La révolution démocratique anti-impérialiste des pays arabes et musulmans

 

2011 : un point indispensable sur le fascisme et l'antifascisme pour les années à venir

 

Thèses fondamentales pour la construction partidaire


Sur le processus révolutionnaire

Sur le processus révolutionnaire (2) : vers le communisme

 

La "négation de la négation" et le maoïsme


Considérations diverses : Sur la question du SECTARISME

 

(Conception du monde) Le Parti révolutionnaire : ARTISAN conscient... ou 'accompagnateur contemplatif' du mouvement historique ?


Sur la 'révolution permanente' et le trotskysme

 

Le 'centre mlm' de Belgique, la Guerre populaire et le (n)PCI (sur la stratégie révolutionnaire en pays impérialiste) ; et dans la continuité :

Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (1ère partie)

et Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (2e partie)

 

 

Sur le document "Expériences, débats et perspectives" du PC d'Équateur - Comité de Reconstruction, adressé au Mouvement communiste international

 

EXCLUSIF : Lotta Continua - "Prenons la Ville !" (1970) [avec un salut rouge et fraternel à l'AA Bordeaux ]


Manifeste Programme du (n)PCI

Présentation

du chap. 1 du Manifeste pour les lecteurs/trices francophones (valable pour tout le Manifeste)

 

(Chapitre I): PDF - WORD

 

Le Plan Général de Travail ((n)PCI)

 

 MANIFESTE COMPLET

(version non-définitive ; chap. 4 et 5 pas encore validés par les camarades italiens)

 

IMPORTANT pour la compréhension du Manifeste :

La crise actuelle, une crise par surproduction absolue de capital (en PDF)

article de 1985 paru dans Rapporti Sociali n°0

[en bas de la page en lien, icône
PDF - Télécharger le fichier pour télécharger le document]

Autres analyses d'actualité

Sarkozy en Chine : ramener le "péril jaune" dans le "droit chemin"

L'accord Iran-Turquie-Brésil, dans la droite ligne de la visite de Sarkozy en Chine

Turquie, Iran, Kurdistan, Israël : qu'en est-il ?


L'expulsion des Rroms, un nouveau (grand !) pas dans la mobilisation réactionnaire de masse


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Pour la "petite" histoire : Marine Le Pen succède (comme prévu) à son père.

Retour sur les cantonales : des signaux déterminants pour l'avenir

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Ce qui a merdé en Libye...


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Situation décisive au Népal 

En matière de conclusion sur la situation au Népal, et ses répercussions dans le Mouvement communiste international 

Questions-réponses sur la situation au Népal

 

Discussion sur la "gauche" en Amérique latine et la bourgeoisie bureaucratique

 

Sur la liquidation réformiste en Euskal Herria : l'analyse d'un communiste abertzale

Sur la liquidation réformiste en Euskal Herria, 2e partie

Sur la liquidation réformiste en Euskal Herria, 3e et dernière partie  

 

 

Considérations du 01/10/2012 : Copé, "droite décomplexée", montée du fascisme et islamophobie

Considérations diverses : Encore une fois sur la question du fascisme (22/10/2012)

Considérations diverses (26/10/2012) : 'traditions' politiques bourgeoises et fascisation ; question nationale et identitarisme ; 'émergentisme' et islamophobie

 

Considérations diverses (19/01/2013) : Retour sur la situation au Mali (osons le "cosmopolitisme" et la "géopolitique" !)

 

Mort d'Hugo Chávez au Venezuela


Considérations diverses 03-2013 - et un peu de polémique/critique, ça fait pas de mal ! (sur Chavez, le 'bolivarisme', le 'fascisme' de celui-ci et autres choses...)


Sur le capitalisme bureaucratique des pays dominés et le prétendu 'fascisme' de certains régimes réformistes bourgeois


La tragédie de Lampedusa est un crime impérialiste de plus contre l’humanité

Autres articles historiques

 

25 avril 1945 : le Peuple italien terrasse le fascisme

25 avril 1974 : la Révolution des Oeillets met fin au salazarisme

 

24 mars 1976, noche negra de Argentina : pour ne jamais oublier

La dictature militaire argentine de 1976 - 1983

 

Pierre Mulele, héros et martyr d'Afrika


Thomas sankara, leader d'un authentique processus révolutionnaire

Le 15 octobre 1987 tombait thomas sankara, le "che" africain 

 

Etudions l'histoire de la Révolution chinoise


Bref panorama historique révolutionnaire des Amériques


Quand Argala répondait (par anticipation) à certaines "lumières éclairées" du "marxisme" le plus social-chauvin...


Document historique : Déclaration "Aux Peuples d'Amérique latine" par la Junte de Coordination Révolutionnaire (Tupamaros-MIR-ELN-ERP) - 1er novembre 1974


35 ans après le coup d’État pro-soviétique, les peuples d'Afghanistan continuent de résister héroïquement aux envahisseurs impérialistes


Grande étude historique : du païs à la Commune populaire, de la communauté populaire précapitaliste à la société communiste

Illustration de la théorie par un exemple historique : la Guerre des Demoiselles en Ariège

Et en guise de récapitulatif/synthèse : Considérations diverses sur les États, les Nationalités, la Subsidiarité et le Pouvoir populaire ; ici (point 1) : Considérations diverses – fin octobre 2013 : État et révolution bourgeoise et ici : Considérations diverses : 1/ Le cœur des nations est aujourd’hui le Peuple