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Retrouvez SLP sur son nouveau site http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/ Servir Le Peuple est un média COMMUNISTE RÉVOLUTIONNAIRE, marxiste-léniniste-maoïste, visant par la RÉFLEXION, l'INFORMATION et l'ÉDUCATION POLITIQUE ET CULTURELLE de masse à favoriser la renaissance du mouvement communiste révolutionnaire dans l'État français et le monde francophone.

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TRIGGER WARNING - Affaire Ramadan


Réellement, les gens qui surfent sur des faits aussi atroces (car s'ils sont avérés, c'est ce qu'ils sont) que ceux reprochés à Tariq Ramadan, pour régler on-ne-sait quels comptes avec on-ne-sait-trop-qui, ou peut-être simplement pour se faire mousser en mode gros alliés mecs des meufs, me gonflent astronomiquement plus que les gens pour qui Tariq Ramadan a été un maître à penser et même un chemin de vie (on parle de foi religieuse là, pas de quelques idées politiques en vrac) et qui sont abasourdis et refusent de tout leur être d'envisager l'hypothèse d'une telle réalité, ce qui n'est somme toute que 'naturel' – d'autant plus naturel lorsque les 'surfeurs' précités, aux côtés du soutien de Caroline Fourest ou encore Europe-Israël aux accusatrices, viennent littéralement apporter une cataracte du Nil au moulin des théories du complot. Pour parler clairement : une institution telle que l'Église catholique n'existerait sans doute plus à ce jour, si ce réflexe de déni n'était pas 'naturel' !

J'ajouterai à cela une petite pique, qui ne plaira sûrement pas à tout le monde mais on est là pour ça :

Coupable, Tariq Ramadan sera un gars de plus, ni le premier ni le dernier, en qui des dizaines de milliers de personnes (pour le coup... pas juste un petit groupe affinitaire) auront cru, dont elles auront bu les paroles tout simplement parce que celles-ci faisaient politiquement et philosophiquement sens pour elles, et qui se révèle finalement avoir une (très) sombre face cachée que nul n'aurait jamais soupçonnée. Tellement jamais soupçonnée que les témoignages de 'moralité' comme quoi c'est 'impossible', et les classico-classiques théories du complot vont bientôt fleurir sur la Toile (de fait, elles fleurissent déjà). Peut-être, tout simplement, parce que quand un individu a eu une telle importance dans votre vie intellectuelle/politique, le réflexe naturel et 'humain' est de ne pas vouloir y croire et non l'inverse.

Ce cas de figure s'est produit X fois dans nos milieux militants 'gauchistes'. Il est bien évident que les affaires de violences sexistes dont le traitement a été 'compliqué', dans ces milieux, n'ont jamais concerné des individus ne faisant QUE agir en prédateurs avec 12 grammes d'alcool dans chaque veine (auquel cas, c'est réglé en 2 minutes). Elles ont concerné des individus qui CACHAIENT BIEN LEUR JEU et qui savaient brillamment se montrer par ailleurs de 'bons militants', reconnus et appréciés localement de tous et (presque) toutes, dans leurs organisations comme au dehors.

[Je ne dis pas milieux gauchistes BLANCS car en l'occurrence il n'est pas rare que des accusés, comme le gars AL-CNT de Metz, ou dans l'affaire non pas de viol (encore que sur fond d'une vague accusation de ce genre) mais de 'tabassage de trans' à Toulouse, ou encore celle des 'violences homophobes' dans un bar militant de Montpellier, ou des 'soutiens' de tels mis en cause, ne le soient pas ; en revanche je parle bien de milieu gauchiste 'classique' et pas décolonial ou 'intersec'.]

Et si il est innocent... Il ne sera là encore ni le premier ni le dernier militant politique 'en vue' (fût-ce très localement) à être la cible de calomnies immondes de cet acabit, par des personnes en rupture personnelle et/ou politique avec lui et parfois (souvent...) instrumentalisées par des ennemis politiques, dans le but de lui nuire à lui en particulier et/ou au courant politique tout entier qu'il représente. Ennemi politique qui serait ici bien sûr le national-républicanisme islamophobe et le sionisme, par qui l'instrumentalisation de ces accusations est d'ailleurs d'ores et déjà un fait établi, abstraction totalement faite de la véracité du fond.

Pour ma part, je persisterai encore à ce stade dans mon refus de prendre une position définitive dans cette affaire, d'autant qu'elle ne me concerne en vérité guère, le courant politique de Tariq Ramadan, aussi large que l'on voudrait le définir, n'étant pas le mien...

Je ne m'étendrai pas non plus sur la question du nécessaire refus de l'instrumentalisation islamophobe ou indigénophobe : les gens pour qui c'est une évidence n'ont nul besoin qu'on le leur dise, et ceux pour qui ça ne l'est pas sont des ennemis politiques de toute façon.

Non, juste, j'dirai ça j'dirai rien : les trucs que j'ai vu environ 200 fois passer sur les réseaux sociaux, dans les milieux disons décoloniaux tendance intersec, au sujet du 'milieu gauchiste repaire de violeurs et soutiens de violeurs', blabla 'les gauchistes/antifas blancs racistes (ça oui dans 80% des cas ok) ET VIOLEURS' ; sur la base d'affaires rentrant systématiquement SOIT dans la première SOIT dans la deuxième de ces catégories (oui oui, je pourrais aussi vous parler de 2 ou 3 cas que j'ai en tête et qui rentrent sans équivoque dans la deuxième)... ça voulait dire quoi du coup, au juste ?

Et ça fait quoi du coup maintenant, quand une figure intellectuelle du milieu militant pas-gauchiste-blanc, suivie non pas par une scène militante locale de quelques dizaines de personnes mais par des centaines de milliers, est exactement soit dans l'un soit dans l'autre de ces deux cas de figure ?

Non, parce que ça me fait pas rire, vu la gravité des choses... mais enfin je me retiens disons, et c'est pas toujours évident.

Les milieux gauchistes/antifas blancs (ou à dominante blanche) sont traversés par le racisme structurel et peuvent faire preuve plus ou moins consciemment de racisme, tandis que les milieux non-blancs auto-organisés ne le peuvent par définition pas. En revanche, la problématique de genre traversant à parts égales toutes les classes, races et autres groupes sociaux, prétendre qu'un milieu vaudrait 'par essence' mieux qu'un autre en matière de sexisme et de violences sexuelles est aussi imbécile dans un sens (celui qui sur la base de l'affaire Ramadan va encore une fois stigmatiser les milieux musulmans et/ou indigènes) que DANS L'AUTRE.

Moralité : dans la nécessaire et tant appelée résolution des problèmes de sexisme dans les espaces politiques quels qu'ils soient, PLUS DE POLITIQUE... et moins d'instrumentalisation de bas étage pour régler ses petits comptes ou simplement le plaisir de médire, ça ne pourra pas faire de mal (en plus des considérations éthiques de respect pour les millions de victimes de ces violences) !!

Réfléchir à des instruments, et à la construction d'une culture collective pour à l'avenir à la fois PRÉVENIR et le cas échéant, TRAITER tant les violences patriarcales ou utilisations pures et simples du militantisme à des fins de prédation... que les éventuelles calomnies et règlements de comptes ou (même) instrumentalisations dégueulasses de faits réels ; ça serait déjà nettement plus constructif...

POST SCRIPTUM(S)

- Le discours en la matière, issu du postmodernisme le plus délirant, qui domine aujourd'hui la gauchosphère, est suffisamment hégémonique pour qu'il ne soit nul besoin de le répéter ici. Mais non, osons le dire, non. NON, le problème avec la présomption d'innocence n'est pas la présomption d'innocence en tant que telle. La présomption d'innocence est un acquis démocratique ABSOLU qui doit être DÉFENDU, et ne fait pas partie de notre critique du monde capitaliste. Rappelons que si la parole de la personne se disant victime doit être respectée... c'est tout simplement AUSSI au nom de la présomption d'innocence : innocence de dénonciation calomnieuse, qui est un délit pénal (et particulièrement odieux, il faut le dire, non tant pour l'innocent accusé que pour les milliers de vraies victimes). JUSQU'À PREUVE DU CONTRAIRE, l'accusé est innocent du crime ET l'accusatrice de mentir. On ne dit pas à tort et à travers "menteuse", tout comme et exactement pour les mêmes raisons qu'on ne dit pas à tort et à travers "violeur". C'est aussi simple, et ne nécessite pas plus de théories alambiquées que cela. La présomption d'innocence en tant que telle n'est pas en cause et n'a pas à être combattue [et autre chose : NON, ça ne vaut pas "que pour l'institution judiciaire" ; ça vaut pour la SOCIÉTÉ dans laquelle se trouve cette institution qui doit rendre la justice sereinement et en impartialité, dans laquelle se trouvent par exemple... les futurs jurés (le viol étant un crime d'assises) ; ça vaut, pour être exact, pour tout DISCOURS PUBLIC "faiseur d'opinion" dans ladite société (et il n'est précisé nulle part "mainstream", "les médias alternatifs ne sont pas tenus"), qui est par conséquent invité à une notion de RESPONSABILITÉ, même si on ne peut évidemment pas empêcher 67 millions de personnes d'avoir une opinion en fonction de ce qu'elles lisent/entendent ou veulent bien lire et entendre] . Rendez vous compte, même sous l'Ancien Régime, on arrachait des aveux sous la torture, mais JAMAIS il n'était question que le seul fait d'être accusé vaille culpabilité. Tout ce discours postmo, devenu hélas hégémonique, est une véritable autoroute de la mort politique.

- Le problème avec la présomption d'innocence, c'est son application à GÉOMÉTRIE VARIABLE. C'est que dans le système capitaliste, appuyé sur le patriarcat et impérialiste donc raciste, cette conquête démocratique des luttes de la petite bourgeoisie des 18e et 19e siècles ne s'applique pas de la même manière à tou.te.s. Et en effet, le crime de viol illustre particulièrement bien cette géométrie variable : on a tendance à plus mettre en avant la présomption d'innocence au bénéfice du mec accusé que pour d'autres crimes (sans même prendre le cas extrême d'un militant corse accusé d'avoir tué un préfet), parfois comme simple façon politiquement correcte de dire qu'on ne croit pas l'accusatrice ; et à plus piétiner celle de cette dernière de ne pas être une calomniatrice malveillante. Mais géométrie variable, aussi, d'une affaire à l'autre, selon qui est l'accusé et qui est la présumée victime : DSK (aujourd'hui libre comme l'air d'ailleurs) n'est pas le prolétaire noir "reconnu" derrière une vitre sans tain (mais bon, "ils se ressemblent tous" n'est-ce pas...) par une Blanche de classe moyenne épaulée par deux flics pressés de tenir un coupable et d'en finir ; et ni l'un ni l'autre ne sont non plus Tariq Ramadan, musulman et intellectuel particulièrement honni de la pensée dominante, mais pas prolo ni sans réseaux ni influences non plus. Il est là, le problème à résoudre : l'ÉGALITÉ devant la présomption d'innocence (que ce soit d'être un pointeur, ou d'être une accusatrice calomnieuse), et non la présomption en elle-même qui devrait être abolie (et pourquoi, au juste, pour CE CRIME en particulier et pas un autre ?) !

- En attendant, simple CONSTAT DE FAIT hein, n'y voyez aucune prise de parti pour les un.e.s ou les autres : cette affaire semble bien avoir mis à jour une DÉCONNEXION PROFONDE entre la mouvance politisée 'intersec' et la BASE populaire non-blanche, en particulier musulmane mais pas forcément seulement, qui penche en très large majorité sinon pour "menteuses"/"calomnies"/"complot", du moins pour un strict respect de la présomption d'innocence du théologien et une attente quiétiste "de ce que dira la justice" [et la SOCIOLOGIE du SOUTIEN à ces prises de positions 'intersecs', pour ne pas être trop méchant et ne citer aucun exemple, est également comment dire... SANS APPEL]. Chose qu'évidemment on ne va pas compter sur les postmos intersecs pour analyser (déjà qu'ils ne sont "pas là pour faire l'éducation" du misérable commun "problématique" des mortels, alors encore moins pour ça, vous vous en doutez !). C'est vrai qu'au premier abord, sans réfléchir beaucoup (chose qu'on se gardera bien de demander à des postmos, ça va de soi LOL), il peut paraître paradoxal et surprenant que des personnes soumises quotidiennement aux violences et à l'impunité de la police, à l'arbitraire de la chasse aux sorcières islamophobe "état d'urgence", montrent soudain une telle confiance dans l'institution judiciaire.

Sauf que voilà : PEU IMPORTE que Ramadan soit coupable de ces crimes abjects, ou innocent et victime d'une cabale, le mal de l'INSTRUMENTALISATION est déjà là. Si c'est faux, le but de la manœuvre est clair, mais si c'est vrai, l'instrumentalisation dans le même but l'est déjà tout autant : stigmatiser, encore une fois, les musulmans et tout particulièrement les musulmans qui prétendent exister politiquement sans s'excuser de l'être, et dont on a fait de lui depuis plus de 15 ans (de manière sans doute très réductrice) un symbole. Et face à cette menace perçue comme telle, faute de mieux, la "valeur sûre" sur laquelle se replier s'impose tout naturellement comme la "confiance en la justice", quand bien même "toutes les statistiques" montreraient qu'on ne peut lui faire une telle confiance ni pour dire qu'un violeur a violé (et le sanctionner en conséquence), ni pour dire qu'un indigène accusé à tort est innocent.

Et le pauvre discours postmo devenu hélas hégémonique en la matière, qui hurle à lui seul toute la misère intellectuelle du gauchisme de notre époque, comme quoi contre le patriarcat et ses violences "c'est simple", "suffit d'toujours croire les victimes", face à cette RÉALITÉ DES MASSES, cette immense DIGNITÉ DU RÉEL populaire, non seulement tombe lamentablement à plat, résonne dans le vide, mais carrément RÉVOLTE et se retrouve finalement accusé d'être inféodé aux agendas politiques de la "gauche" blanche islamophobe. Quel dommage que le culte quasi fétichiste des "premiers concernés" n'ait pas envisagé une telle éventualité : une fronde de ses propres sujets "concerné.e.s" (ici en l'occurrence, les femmes musulmanes) au nom desquel.le.s il s'est si longtemps cru mandaté à parler !*

[Et puis bien sûr, il aura donc fallu une grosse semaine chrono en main pour que Houria Bouteldja soit attaquée : https://blogs.mediapart.fr/camilia-b/blog/011117/laffaire-tariq-ramadan-houria-bouteldja-et-la-necessite-dun-feminisme-decolonial... Vous ne croyiez quand même pas qu'elle allait y couper, non mais !

Et ce texte dit aussi quelque chose qu'il faut absolument contredire : non, on ne peut pas, au nom de "ne pas silencier les victimes", "silencier" celles et ceux qui ne font que relever la pure réalité, à savoir que cette instrumentalisation n'est pas passive mais bel et bien ACTIVE : Henda Ayari a écrit le bouquin que l'on sait au service de qui on sait, et la deuxième plaignante avait apparemment aussi un projet de bouquin avec un équivalent masculin et suisse de Caroline Fourest (et apparemment ce projet aurait été refusé par les éditeurs car "sentant trop le règlement de comptes"...).

Dans la novlangue (novlogique plutôt) postmo idpol, il n'est pas possible de dire qu'une victime de violences instrumentalise celles-ci ou est instrumentalisée.

Mais comme je m'en bats la race de la novlogique postmo idpol, ce droit je le prends, et je dis à Henda Ayari que si elle est réellement victime de ce qu'elle dit, l'instrumentalisation de son récit qu'elle a accepté lui ferme à tout jamais les portes de la justice pleine et entière.

Logique pure. Même si Tariq Ramandan est jugé et condamné, en présence d'éléments suffisants, on est déjà au stade où ça ne changera rien : que ça nous plaise ou non (car le monde n'est pas fait de ce qui nous plaît), il y aura toujours un camp "c'est un sale porc et on l'a enfin eu"... ET un camp "c'est une salope de menteuse au service de Fourest et des sions".

Et les choix desquels résultera cette situation seront UNIQUEMENT LES SIENS. Que ça plaise ou non encore une fois.

Certes elle pourra se contenter du fait que le premier camp soit très majoritaire, ce qu'il sera sans doute. Mais le second existera et la reconnaissance de ce qu'elle a subi ne sera jamais unanime et sans controverse ; et ce, parce qu'elle aura instrumentalisé et laissé instrumentaliser ce vécu.

Et puis il est aussi permis, dans la vie, de penser aux autres : dans quelle mesure cette affaire n'amènera pas le présupposé, à chaque fois qu'un militant musulman ou antiraciste en vue sera mis en cause pour sexisme, qu'il s'agit là d'une "cabale des sionistes" ?]

[Commentaires dans des discussions (quand il y a des étoiles, ça se rattache à l'étoile correspondante plus haut pour en développer le propos) :

*"Là en l'occurrence, c'est l'influence du femrad et de sa logique "classe des femmes" vs "classe des hommes", "guerre des sexes" comme moteur de l'Histoire quoi.

L'intersectionnalité cherche à "corriger" ça mais n'y arrive pas**, parce qu'elle persiste à chercher l'"intersection" et l'"articulation" entre des systèmes d'oppression qui seraient complètement indépendants les uns des autres.

Or en réalité il n'y a pas d'intersection, il y a une subdivision hiérarchisée de genre à l'intérieur de chaque classe ou race sociale (qui elles, sont beaucoup plus proches de classes en fait, dans la division internationale du travail : même les bourgeois/oligarques non-blancs, c'est une place dans la division internationale du travail et pas une simple "subdivision" de la bourgeoisie mondiale).

Là on serait en l'occurrence complètement dans une même race (deux Arabes, musulmans), avec donc un mec et une femme et aussi une différence de classe quand même (il a beaucoup plus de pognon qu'elle, enfin je pense, même avec son bouquin qu'à ma connaissance personne n'a lu).

Dans l'absolu c'est "parfait" sauf qu'il y a... tout ce qu'il y a autour. En l'occurrence le système/pouvoir blanc. Il est riche et pas sans réseaux d'influence, mais son métier pour ça, c'est d'être une bête noire du pouvoir blanc. Elle est non seulement une femme, mais beaucoup plus modeste, en dépit cependant... d'un job de tirailleuse du pouvoir blanc.

Il faut vraiment vivre dans une bulle pour s'imaginer que ces facteurs ne vont pas impacter et parasiter la contradiction de genre qui est à la base de l'affaire.

Mais cette bulle est automatique si on part d'une soi-disant autonomie totale des oppressions les unes des autres."

"Le problème n'est pas Ramadan, la probabilité à tendance croissante de sa culpabilité et celle à tendance décroissante de son innocence. Le problème c'est que vous voulez poser le principe de la présomption de culpabilité pour tout mec accusé, sur la base de statistiques, or chaque cas individuel n'est pas une statistique : 95% d'accusations fondées et 5% de mensongères ne signifient pas que chaque accusé est 95% coupable et 5% innocent, il est coupable ou il est innocent, c'est binaire, 1 ou 0.

Et forcément, comme la terreur de tout homme d'être accusé de ça à tort est démultipliée chez les hommes indigènes, pour des raisons historiques, parce qu'ils savent que leur présomption d'innocence en la matière ne sera pas celle des Blancs, que même si toute leur communauté (les hommes non-blancs) les soutient, ce qui n'est déjà pas acquis, cette communauté est minorisée et n'a pas le pouvoir de celle des hommes blancs... et beaucoup de femmes indigènes savent cela aussi (et ont des amis, cousins, frères hommes indigènes)... vous vous prenez une volée de bois vert et faut pas vous étonner. Parce que vous êtes un microcosme qui raisonne dans l'abstrait, et les dogmes dictées par vos potes radfems blanches 'inclusives' avec leur guerre des sexes comme moteur de l'Histoire."

** "en l'occurrence une theorie politique qui croise les oppressions pour tenter de les neutraliser je trouve pas que ce soit criticable...l'utilisation de certains toujours les memes de cette pensee ca c'est criticable car ils sont nuls et s'en servent plus pour opprimer que pour liberer"

=> "Oui le concept originel chez les militantes de libération noire aux US n'est pas sans intérêt. Le problème, là où je le critique, c'est qu'il cherche l'intersection des oppressions parce qu'il les considère plus qu'autonomes : littéralement indépendantes les unes des autres.

Or ce n'est pas le cas. Il y a un patriarcat qui certes préexiste au capitalisme (argument ultra récurrent), mais qui a été récupéré et remodelé par lui pour être assigné à une fonction bien précise, la reproduction de la force de travail, dont la bourgeoisie propriétaire des moyens de production ne veut pas s'occuper, qu'elle veut garder privatisée (parce que ça ne produit pas de véritable plus-value). Et encore, ça c'est le patriarcat "à papa" et des fois j'ai l'impression qu'on confond un peu tout : il y a aujourd'hui une espèce de néo-patriarcat 2.0, dans lequel s'inscrit essentiellement la culture du viol et de l'agression sexiste systématique comme quasi norme, alors que du temps de mon grand-père on se faisait cogner pour de tels manques de respect par le premier homme qui passait. Ça, c'est plutôt la marchandisation capitaliste de tout qui a atteint (et c'est gravissime)... les femmes en tant que corps sexués. Transformées en "marchandise" à obtenir, or une marchandise ça s'achète (et c'est le but de la manœuvre : générer du bizness pour "obtenir" la meuf)... mais ça peut aussi se "voler". D'où la multiplication des agressions.

Il y a un impérialisme dont découle le racisme, qui lui, naît avec le capitalisme européen et accompagne tout son développement.

Tout ça s'inscrit dans un même système et n'est pas indépendant. Système qu'il faut abattre pour mettre fin à toutes les oppressions... Idée que généralement les idpols/intersecs n'aiment pas : "nan mais ça va pas on va pas attendre la fin du capitalisme pour être libéréEs des oppressions", "et d'ailleurs si vous croyez que la fin du capitalisme mettra AUTOMATIQUEMENT fin au racisme et au sexisme, vous rêvez total !" - voilà en gros les deux arguments. Bon, pas de panique, il y a TOUJOURS dans tous les domaines des conquêtes, des progrès qui sont possibles sans attendre la révolution. Et personne n'a jamais dit que la révolution mettrait "automatiquement" fin à toutes les oppressions, même de classe... Enfin si, les anars le disent et du coup sont les premiers à se retrouver empêtrés dans cette contradiction, entre les gens qui souffrent d'oppression et veulent s'en libérer, et la perspective ultra-lointaine pour ne pas dire impossible d'une révolution immédiate et totale qui mettrait fin à toutes les oppressions d'un seul coup. La révolution anticapitaliste ne mettra fin "automatiquement" à rien, mais est la condition sine qua non pour mettre fin à tout (à terme). Fin définitivement, alors que les conquêtes sans révolution sont toujours partielles et précaires.

Globalement le problème est simple, il faut juste oser le dire : le féminisme radical (et non révolutionnaire marxiste) émane de la PETITE BOURGEOISIE (blanche). Donc dire que le patriarcat est un "mode de production" INDÉPENDANT, mû par une "guerre" entre la "classe des femmes" et la "classe des hommes", et se focaliser là-dessus jusqu'à en faire la contradiction motrice de toute l'Histoire depuis 5000 ans, trouve tout son sens une fois qu'on a osé dire ça. On dit que c'est un "mode de production indépendant" et on conceptualise sa lutte dans ce cadre, tout simplement parce qu'on n'est PAS TOUT À FAIT (un peu, mais pas tout à fait) en position de dominée dans le cadre des classes capitalistes et des races sociales de la division internationale impérialiste du travail, on n'a pas tout à fait "rien à perdre que ses chaînes", mais tout de même quelques petits privilèges à laisser comme plumes dans l'affaire !!

À partir de là, l'intersectionnalité et l'"inclusivité" peuvent venir prétendre corriger cela, mais elles n'y arriveront jamais étant donné que le postulat de départ est flingué. Le dévoiement actuel dont tu parles est en germe dès le départ."]

POUR RÉSUMER À L'EXTRÊME ET CONCLURE : les débats autour de cette affaire Tariq Ramadan, c'est l'histoire d'un grand principe féministe radical 3e vague tout à fait noble dans l'absolu (toujours croire et soutenir les victimes) qui se vautre la gueule devant le réel d'une situation (très) particulière ; du fait 1°/ sur le plan général, du privilège masculin BIEN MOINDRE des hommes non-blancs face à ce type d'accusations, qui leur rend ce discours de "toujours croire" les accusatrices sans attendre la moindre enquête absolument INAUDIBLE et inacceptable, soutenus en cela par d'innombrables femmes se concevant d'abord comme mères, sœurs ou cousines d'un possible futur inculpé à tort, et 2°/ dans cette affaire en particulier, de l'instrumentalisation islamophobe cherchant à atteindre tous les musulmans pratiquants à travers la figure de l'accusé, la première et principale accusatrice étant elle-même une militante islamophobe. Faute de prendre en compte ces paramètres, le grand principe aux accents de pureté gauchiste se retrouve complètement HORS-SOL.

On pourrait encore ajouter (attention, TRIGGER WARNING !!!) que ce débat vient battre en brèche le concept de "premiers concernés" : si le débat s'installe prioritairement entre personnes se vivant d'abord comme musulman.e.s et plutôt fans du théologien, et personnes se vivant d'abord comme femmes, souvent anciennes victimes de violences ; il est on-ne-peut plus entre "concerné.e.s" (les présumées victimes étant elles-mêmes des femmes musulmanes)... mais c'est un DIALOGUE DE SOURD, faute du recul et de la VISION D'ENSEMBLE nécessaires. Le concept de "premiers concernés" apparaît ici non plus seulement comme le dernier argument final lorsqu'on n'en a plus, la "baguette magique" pour ne jamais être contredit.e.s quoi qu'on dise et ordonner le silence à son interlocuteur lorsqu'il ressort évident de son argumentation qu'on a tort ; mais aussi comme le moyen de refuser toute "légitimité" à toute position d'ARBITRE (comme typiquement celle adoptée par Houria Bouteldja et d'autres personnes du PIR), armée du recul et du MATÉRIALISME nécessaire... position pourtant indispensable pour faire avancer les débats de société. Comme si, puisqu'on parle affaires criminelles, un jury d'assises était composé pour moitié de proches de l'accusé et pour moitié de proches de sa présumée victime. Pas de juge-arbitre, celui-ci n'étant pas "concerné"... Arriverait-on un jour à un verdict, à la manifestation de la vérité et à l'éventuelle réparation qui doit s'ensuivre ? Pas sûr. Comme si le débat sur la peine de mort s'était déroulé exclusivement entre familles de personnes assassinées, et familles de condamnés exécutés (certains en clamant leur innocence jusqu'au bout). Pas sûr qu'on aurait avancé d'un iota ! Machiavel (un des premiers penseurs matérialistes en Europe) disait que parfois, "c'est du haut des montagnes que l'on considère le mieux une plaine, et depuis cette plaine que l'on peut admirer les montagnes"...

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Sur la perte absolue de valeurs et de discipline politique du milieu militant gauchiste, et sa contamination à ce niveau d'une frange du champ politique indigène

Commentaires sur une publication de Youssef Boussoumah (PIR) à ce sujet, que voici :

Pour une charte de bonne conduite en milieu militant, respect de l'adab ( la bonne éducation) cher à nos anciens.

Chers amis, la sphère militante indigène doit se repenser !

Il y a péril en la demeure. Bannir certaines pratiques qui empoisonnent notre monde et réjouissent nos pires ennemis s'impose plus que jamais.

Notre milieu n'a que trop souffert de procédés indignes qui font les délices de nos pires ennemis: anathèmes divers, procès en non tertèrisme, accusations infamantes, confusions entre la critique légitime et les pires insultes, dénigrement et diffusion de fausses informations contre tel ou telle militante ou groupe militant auprès de milieux non informés, menaces d'agressions physique, voire agressions physiques, sont ainsi pratiqués sans vergogne par certains dans un virilisme de bas étage qui n'est pas l'apanage que des seuls hommes. Comme pour compenser le vide sidéral de leur cerveau et la faiblesse de leurs thèses.

Pire, certains n'hésitent pas à se répandre et à pratiquer la délation jusque dans les colonnes de la presse hors système ou du système. Donnant alors le spectacle lamentable non pas de différences d'opinion ce qui serait honorable mais d'un déchirement, d'un étripage inouï, hors normes. Tout cela apportant un renfort inédit aux pires ennemis de notre cause commune, la libération.
C'est comme si pour compenser le vide sidéral de leur cerveau, certains désormais n'avaient d'autres recours que de pratiquer la violence interne et suicidaire pour tous.
Du coup, je me prends soudainement à regretter un temps, celui des premiers temps de l'immigration où les armes alors étaient la morale, le respect des bonnes mœurs mais aussi le verbe, les catégories, les concepts, la dialectique et non l'injure, la grossièreté en mode voyou.

Un charte tacite de bon comportement et de courtoisie est plus que jamais nécessaire

Depuis 12 ans on ne compte plus le nombre de fois où en ce qui concerne le PIR mais aussi d'autres militants parfaitement respectables nous avons dû faire face à ce genre d'attitudes méprisables.

Je le dis de façon solennelle, au PIR depuis 12 ans nous n'avons toujours répondu à ces torrents de boue que d'une seule manière, une arme non violente, le refus de travailler et d'avoir le moindre rapport avec toute personne ou groupe contrevenant à un système de bonne conduite.
Désolé mais c'est aujourd'hui la seule façon non violente que nous ayons à notre disposition contre les prédateurs de tout genre qui encombrent le milieu militant, le boycott.

Ils s'en plaignent parfois, vous les connaissez, se transformant le temps d'un post en victimes éplorées, oublieux de leur turpitudes quotidiennes et répétées, oublieux du mal qu'ils font depuis si longtemps.

Le respect d'un minimum de règles de vie, le retour à des pratiques normales, dignes est un objectif aussi important que les combats que nous menons.
C'est je crois aujourd'hui ce vers quoi il faudrait que tous s'engagent contre tous ceux qui pratiquent le mensonge caractérisé, l'insulte, la menace ou la violence.
Nous devons remettre au goût du jour la fraternité et l’abnégation que pratiquaient nos aînés pour lesquels la correction, l'éducation des comportements; al adab, le respect des personnes n'étaient même pas à questionner.
Tout cela dans la diversité de nos opinions. Il en en va de notre survie collective.


Les révolutionnaires blancs conséquents, aussi peu nombreux et "marginaux" soient-ils (ils le sont...), ont aussi leur part de job à ce niveau.

Car la racine de ce qui est décrit là plonge en effet de l'autre côté de la barrière raciale, chez nous. Dans notre gauchisme...

Sur la forme, les pratiques décrites sont tout simplement le quotidien de nos milieux, et la perte évoquée d'al adab n'est ni plus ni moins que le résultat d'une influence de ceux-ci sur le champ politique indigène (nous avions aussi à une époque, tout eurocentrés et indifférents ou "pragmatiques" vis-à-vis de la question coloniale que nous étions, des valeurs populaires similaires qui se sont également perdues, antérieurement).

Sur le fond, on parle de gens qui pensent avoir des "alliés" (il y a eu un bon article sur ce "complexe industriel") mais ont en réalité des maîtres, subtils et dont ils et elles n'ont pas conscience, justement parce que c'est subtil voire presque plus "dialectique" que "direct".

L'"antiracisme" SOS est archi-tricard partout, c'est presque à se demander si il ne commence pas à l'être au PS. Mais vous pensez bien (je n'en ai pas le moindre doute) que le gauchisme blanc y a pensé et qu'il a déjà trouvé la parade, d'autres canaux pour assouvir sa soif de mission civilisatrice dont il n'a jamais cessé de se croire investi, même si il a fini par apprendre (et c'est tout le fond du problème) à clamer le contraire et même, dites-vous que même, à tirer les oreilles de ceux qui n'ont pas appris !

Une phrase, du PIR je crois (de qui exactement, je ne sais plus), qui m'est restée en mémoire, c'est que quand on se construit politiquement CONTRE quelque chose, on se construit toujours quelque part PAR RAPPORT... à ce quelque chose.

En clair, ces gens dont il est question ici construisent quelque chose "contre" le gauchisme blanc et blanco-centré, "contre" le féminisme radical blanc "exclusif" (exclusionnary), etc., mais au fond ce "contre" est toujours un PAR RAPPORT ; autrement dit, en termes peut-être un peu plus violents (TW !!!), à la manière d'une BOUDERIE, et d'une quête de reconnaissance et de validation...

Chose dont les textes/communiqués dont il est parlé ici, ont été en fait une manifestation éclatante : on a (raisonnablement) attendu (fait mine de ne pas répondre immédiatement sur "injonction"), on enrobe cela de toute la rhétorique décoloniale qu'on veut, MAIS 1°/ la gauche radicale blanche a appelé les indigènes à se positionner et 2°/ on a répondu peu ou prou (car elle a implicitement promis de ne pas être tatillonne) ce qu'elle voulait entendre sur Ramadan (et aussi sur Houria Bouteldja qui évidemment, il fallait s'y attendre, ne s'est pas positionnée "comme il faut").

Ce dont parle ce post est donc la marque (ultime, historiquement parlant ?) de l'emprise du gauchisme petit-bourgeois blanc, de surcroît en décomposition avancée (ce qui rend les choses finalement encore PIRES que dans les années 80 !), sur les luttes anticoloniales intérieures. La racine du problème décrit (tant sur la forme que sur le fond) passe sous la ligne de colonialité pour ressortir devant nous, dans notre champ politique blanc.

Enfin... je prends cette image d'une racine, mais si c'était ça, une toute petite racine de rien du tout, ça serait vite réglé. Mais hélas, non : ce dans quoi puisent ces comportements, ce dont ils sont l'expression de l'influence même indirecte et non-dite, ce sont les immenses écuries d'Augias d'une gauchosphère qui a perdu tout début de semblant de notion de matérialisme sans pour autant renoncer à sa prétention d'être le centre de la production intellectuelle légitime en matière d'émancipation ; écuries dont le nettoyage est une tâche... pfffou, que j'espère que vous ne nous en voudrez pas si elle n'est pas achevée de notre vivant.

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