Partager l'article ! 24 mars 1976, noche negra de Argentina : pour ne jamais oublier: Il y a 34 ans, le 24 mars 1976, les militaires argentins dirigés par le g ...
Il y a 34 ans, le 24 mars 1976, les militaires argentins dirigés par le général Jorge Rafael Videla prenaient le pouvoir en renversant
le gouvernement incompétent d'Isabel Perón. L'Argentine plongeait alors pour 7 ans dans la nuit du pire fascisme.
Les militaires lancèrent une véritable guerre d'extermination contre les militants révolutionnaires et progressistes : arrêtés, enfermés dans des casernes militaires, torturés puis souvent exécutés extra-judiciairement - parfois jetés à la mer par hélicoptère : au total, 30.000 "disparitions". Les tortures et les assassinats se déroulaient parfois à deux pas du stade où se tenait la Coupe du Monde de football en 1978...
Une opération inspirée directement de la bataille d'Alger, dont les méthodes furent enseignées par des spécialistes français à l'École
militaire des Amériques à Panama - école où étaient formés la plupart des officiers du continent.
Elle fut coordonnée avec les autres dictatures militaires fascistes du continent, dans le Plan Condor. L'Argentine avait été en effet,
de 1973 à 1976, le seul pays de la région à ne pas connaître une dictature militaire, et des militants de tous les pays voisins y avaient trouvé refuge...
Il est important, non seulement de rappeler ces faits relativement connus, mais de regarder la période qui a précédé, et littéralement conduit, au coup d'État.
Le Parti Communiste Révolutionnaire d'Argentine a abordé le souvenir de ce coup d'Etat et de la période qui a précédé dans son
hebdomadaire en ligne Hoy. Nous en ferons le résumé aux lecteurs qui le
souhaitent. Nous ne l'avons pas traduit, car nous sommes en partie en désaccord avec la position qui y est développée.
Pour les camarades du PCR, qui s'accrochent à ce qui fut leur ligne à l'époque, le péronisme était un régime "bourgeois national" et "tiers-mondiste", et un rempart contre le coup d'État.
SLP considère, au contraire, qu'il n'a fait qu'y conduire inexorablement, comme une
locomotive fonçant droit contre un mur.
Autant l'Unité Populaire d'Allende au Chili a péri par les tares de tout réformisme bourgeois, c'est à dire le refus de la
mobilisation révolutionnaire de masse, le refus d'armer politiquement et militairement le Peuple, et les illusions, la naïveté envers les institutions de l'État oligarchique en
particulier l'Armée (on pourrait faire le parallèle avec ce qu'il s'est passé dernièrement au Honduras) ; autant les forces fascistes du golpe étaient à l'oeuvre directement dans le régime "Perón II".
Car l'analyse marxiste-léniniste-maoïste du péronisme, qui n'a pas été menée en Argentine mais qui peut s'appuyer sur les travaux de
Gonzalo sur l'APRA (au Pérou) ou sur ceux de Kaypakkaya sur le kémalisme en Turquie, est que le péronisme s'analyse comme un fascisme de projet capitaliste national. Comme le
kémalisme, mais aussi comme l'APRA, le MNR en Bolivie ou le gétulisme au Brésil.
Il ne s'agit pas du tout d'une révolution démocratique anti-impérialiste, même dirigée par une bourgeoisie nationale appuyée sur les masses populaires.
Mais bien, en réalité, d'une frange moderniste de la grande bourgeoisie urbaine et de la propriété foncière des
campagnes, appuyée sur la bourgeoisie nationale, la petite-bourgeoisie et notamment les fonctionnaires, l'aristocratie ouvrière lorsqu'elle est présente (elle était très importante en Argentine :
la fameuse bureaucratie syndicale), la paysannerie moyenne... Dans le projet de réaliser un capitalisme national indépendant des puissances impérialistes. Une des
caractéristiques de ces régimes, qui permet de les démasquer, c'est qu'ils ne s'attaquent pas du tout à la semi-féodalité des campagnes, qui est une caractéristique de ces pays, sinon par des
"réformes agraires" purement cosmétiques (distribution des terres en friche aux paysans pauvres, etc.).
Non seulement ce projet n'est pas celui des masses populaires, qui veulent la libération nationale et la révolution démocratique, mais il est irréalisable dans les conditions de l'impérialisme. En général, ces "populismes nationalistes" reviennent bien vite à la raison, et deviennent de nouvelles bourgeoisies bureaucratiques-compradores, dans un système de domination impérialiste modernisé. Ou bien, ils se tournent vers un impérialisme "rival" : dans les années 1930-40, ces expériences avaient de la sympathie pour l'Allemagne nazie ; à partir des années 1960 certaines se tournèrent vers l'URSS révisionniste... Ou, enfin, ils sont renversés.
C'est ce qui s'est produit avec "Perón I", le régime de Juan Domingo Perón entre 1946 et 1955. Épargnée par les guerres mondiales impérialistes, fournissant des matières premières et alimentaires au monde entier, l'Argentine s'était colossalement enrichie. Perón tenta donc, avec des éléments de la bourgeoisie et de l'agriculture extensive, de mettre en place ce capitalisme "indépendant", en s'appuyant sur les "descamisados", les masses populaires (par des mesures redistributives) mais, surtout, sur la bureaucratie syndicale, l'aristocratie ouvrière.
Finalement, il se heurta à l'hostilité des États-Unis qui, appuyés sur l'oligarchie et les propriétaires terriens les plus
réactionnaires, le renversèrent par un coup d'État en 1955. Il partit en exil... en Espagne franquiste.
Pour Perón II, c'est autre chose. En réalité, la dictature militaire
de 1976-1983 n'a été que la réédition, en 10 fois plus terroriste, de la dictature pile poil 10 ans avant : 1966-73 (général Ongania). Sous le nom de "révolution argentine", celle-ci avait mis en
place un régime d'inspiration national-catholique extrêmement brutal. Perón étant maintenu en exil ; cependant, la droite péroniste syndicale ou étudiante (CNU) soutenait (et appuyait même activement), dans
une large mesure, la politique anticommuniste de la junte.
À partir de 1968-69, dans un contexte d'offensive générale de la révolution mondiale (avec la Révolution culturelle en Chine,
la révolution cubaine, l'héroïque guerre du peuple vietnamien, les évènements en Europe et aux USA), la situation se
tend et devient révolutionnaire. Le Cordobazo, vaste soulèvement populaire de la ville de Cordoba, éclate en mai 1969.
À ce moment là, différentes forces révolutionnaires se détachent : le PCR maoïste (scission anti-révisionniste du PCA en 1968,
rejettant notamment l'attitude de ce dernier envers la guérilla du Che en Bolivie), mais aussi le PRT-ERP inspiré du trotskysme, du guévarisme et des révolutions cubaine, chinoise et vietnamienne (un peu comme la LCR en France, et d'ailleurs proche - au début - de celle-ci), et des péronistes
de gauche, les Montoneros, les Jeunesses péronistes (JP) et autres Forces armées révolutionnaires (FAR) ou Forces armées péronistes (FAP), qui s'affirment partisans d'un "péronisme
révolutionnaire, populaire et anti-impérialiste", mêlé d'idéalisme guévariste et de théologie de la libération.
À partir de 1970, ils passent (ainsi que l'ERP) à la lutte armée (Perón les soutient "moralement"). Pour l'oligarchie dominante, le retour de Perón commence à apparaître comme une soupape de sécurité.
Combattant-e-s de l'ERP
Les Montoneros et autres "péronistes de gauche" ne retenaient du péronisme que l'aspect "populaire", "social". Cette représentation du péronisme dans l'esprit des Argentins, surtout à l'époque, était une réalité. Il ne s'agit pas de la nier.
Face au développement incontrôlable de la mobilisation populaire, du mouvement révolutionnaire de la jeunesse et du
prolétariat, et des luttes armées, la junte de la "révolution argentine" finit par "lâcher du lest", et organiser le retour de Perón. Celui-ci (le vieux leader étant toujours interdit de séjour) passe d'abord par l'élection
"libre", en mars 1973, d'un
péroniste (plutôt "de gauche"), Hector Cámpora, appuyé d'ailleurs par le Parti "communiste" révisionniste et les social-démocrates (mettant fin à près de 30 ans d'anti-péronisme "de gauche").
Cámpora libère les prisonniers
politiques (plusieurs centaines), rétablit les relations diplomatiques et commerciales avec Cuba, et autorise immédiatement le retour de Perón et de son entourage, dans une atmosphère de grand espoir et de liesse populaire... C'est ce que la mémoire
collective retiendra comme le printemps camporiste (bien que ce fut l'automne, dans l'hémisphère Sud...).
Mais ces illusions volèrent en éclat (ou en tout cas, auraient dû) dès le retour de Perón après la victoire électorale de ses partisans : le 20 juin 1973, sur l'aéroport d'Ezeiza, alors que 4 millions de personnes sont réunies pour accueillir le général, les péronistes de droite aux ordres de José López Rega (conseiller "personnel" de Perón, qui deviendra ministre du "Bien-être social") et encadrés par la bureaucratie syndicale et le néofasciste italien Stefano Delle Chiaie, tirent sur les péronistes de gauche (Montoneros, Forces Armées Révolutionnaires et Jeunesses péronistes), faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés.
En fait de "Perón II"
(d'abord Perón lui-même (à presque 80 ans) jusqu'à sa mort en juillet 1974, puis sa veuve
Isabel, politiquement inapte), le pouvoir fut celui de López Rega, le "secrétaire personnel" et conseiller intime. López Rega était l'homme de l'oligarchie, pour s'assurer justement que tout resterait
"sous contrôle", que le nouveau péronisme ne serait qu'un repli tactique.
De gauche à droite, Juan Perón, Isabel Perón et López Rega
À la tête d'une organisation paramilitaire, la Triple A (Alliance anticommuniste argentine), López Rega lutte contre les péronistes de gauche, l'ERP et tous les progressistes et les révolutionnaires. Pendant cette période, avant donc le coup d'État, on compte déjà 1500 morts et disparus. Avec la Concentración Nacional Universitaria (extrême-droite étudiante péroniste) et d'autres forces liées à la bureaucratie syndicale, les terroristes réactionnaires de la Triple A se "recycleront" très largement au service de la junte après 1976.
Le deuil des illusions est difficile. Un parti "péroniste authentique" est créé en mars 1974, c'est "le péronisme sans Perón". Les péronistes de gauche quittent le navire un par un : le maître d'oeuvre de la politique sociale Gelbard en novembre 1974, Hector Cámpora, etc...
L'Argentine de 1975 est déjà en pré-dictature. Même si López Rega est écarté et nommé ambassadeur à Madrid, la politique de terreur se poursuit. Une opération d'extermination est lancée contre l'ERP dans la région de Tucumán, directement inspirée de la bataille d'Alger.
Finalement, devant l'incapacité du pouvoir "constitutionnel" péroniste à apaiser les luttes populaires, comme à les écraser, l'oligarchie compradore-bureaucratique-terrateniente "reprend les choses en main" le 24 mars 1976, par l'Armée (le "parti militaire" des coups d'État de 1955, 1962 et 1966).
On a parfois dit que, lorsque les Généraux ont pris le pouvoir, il ne restait en fait plus de révolutionnaires combattants. C'est peu probable, mais ceux-ci étaient certainement très affaiblis.
En réalité, toute la tragédie est que le golpe n'a trouvé face à lui aucune force ayant une ligne révolutionnaire correcte. Les péronistes de gauche étaient prisonniers de leurs illusions quant à la nature ("nationaliste et sociale", "anti-impérialiste") du péronisme. L'ERP s'inspirait d'un léninisme (dont Mao et Trotsky auraient chacun repris une partie de l'héritage, qu'il s'agissait de réunifier dans "un plein retour au léninisme"...) aux accents guévarisants, avec toutes les limites que cela pouvait impliquer : idéalisme, "foyers" de guérilla coupés de la population, tendance de l'armée (ERP) à prendre l'ascendant sur le Parti (PRT) - militarisme, à l'encontre du principe "la politique commande au fusil", etc.
Mario Roberto Santucho, leader du PRT-ERP
Et le PCR, lui aussi, se trompait totalement sur la nature "bourgeoise nationale" et "anti-impérialiste" du péronisme. De plus, ils
persistaient à voir dans les projets de coup d'État la prédominance d'éléments pro-soviétiques...
Comme beaucoup d'organisations pro-chinoises dans le monde à cette époque, mais ici jusqu'à la caricature, ils
étaient prisonniers de la "théorie des trois monde" impulsée par la droite du PC Chinois (Deng Xiaoping), faisant de l'URSS "l'ennemi principal".
De fait, ni le régime d'Isabel Perón, ni aucune des forces "combattantes de gauche" n'étaient pro-soviétiques, et plutôt même anti-soviétiques. L'URSS (et le PCA, ultra-révisionniste depuis les années 1930) a donc accueilli le coup d'État (et ses préparatifs) avec indifférence,
considérant que ses intérêts n'en seraient pas affectés. De même que, face à une guérilla maoïste et anti-soviétique (la NPA), les Soviétiques n'étaient pas hostiles à la dictature de Marcos aux
Philippines. Plus tard, l'Argentine sera même un partenaire commercial de premier plan pour l'URSS, en particulier au moment des "sanctions" suite à l'invasion de l'Afghanistan. Le PCA aura même
une position ignoble sur la junte, distinguant entre... "modérés" et "pinochétistes" !!!!
Mais en réalité, le règne de terreur de 1976-83 a bien été une réédition, en pire, de la "révolution argentine" de 1966-73, d'inspiration
national-catholique et terroriste génocidaire, formée à l'École de Amériques : un fascisme compradore derrière lequel la main de la CIA ne fait aucun doute. La main de la CIA,
et celle de "l'école française", celle de la "bataille d'Alger" transposée à l'École militaire des Amériques de Panama ! Les relations de la junte avec l'impérialisme français seront profondes : envoi d'experts
en contre-insurrection, anciens d'Algérie ; ventes d'armes (Super Etendards, missiles Exocet, qui seront utilisés dans la guerre des Malouines) ; soutien diplomatique - par exemple lors
des appels au boycott de la Coupe du Monde de foot (1978), etc.
Les Généraux ont décimé les forces populaires du pays, et cette extermination s'est encore ressentie lors de la situation révolutionnaire de Noël 2001 : il n'y avait pas de force suffisamment nombreuse et organisée pour se mettre à la tête de la guerre de classe.
Par la suite, pris dans la surenchère nationaliste, ils attaquèrent l'Angleterre aux Malouines (1982). Bien sûr, l'Angleterre était un
allié plus important pour les États-Unis que l'Argentine :
lâchée, la junte dut céder le pouvoir aux civils l'année suivante. Depuis, ceux-ci, d'abord Alfonsín et ensuite Menem, ont mis en oeuvre les
politiques néolibérales dictées par le FMI.
Les assassins du Peuple n'ont, dans l'ensemble (à part des seconds couteaux), jamais été mis en cause, ou n'ont été jugés que pour être
aussitôt amnistiés.
Suite au coup de tonnerre de l'hiver 2001-2002, le pays est dirigé par les époux Kirchner, péronistes "de gauche" : un régime de "centre-gauche", social-libéral qui, tout en dénonçant mollement l'hégémonie US, est lié aux intérêts impérialistes européens (comme le Brésil de Lula, le Chili de Bachelet...).
La seule justice qu'il soit aujourd'hui possible de rendre aux milliers de morts et de "disparus", c'est la révolution
!
À bas l'impérialisme, à bas tous les fascisme compradores !
Guerre populaire pour la révolution démocratique, anti-impérialiste, ininterrompue jusqu'au communisme !
Récapitulatif des "grandes thèses" de Servir le Peuple
du chap. 1 du Manifeste pour les lecteurs/trices francophones (valable pour tout le Manifeste)
(version non-définitive ; chap. 4 et 5 pas encore validés par les camarades italiens)
La crise actuelle, une crise par surproduction absolue de capital (en PDF)
article de 1985 paru dans Rapporti Sociali n°0
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Document :
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